Représentations I

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Français
244 pages
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L'homme a élaboré les principes de la pensée rationnelle. La raison admet que ses énoncés ne sauraient répondre à toutes les aspirations de l'homme et que d'autres discours sont praticables. Mais ces discours sont inévitablement arbitraires et potentiellement contradictoires. La vie collective est marquée par ces confits d'idées et par les rapports de force et d'intérêts. Sans détenir de solution a priori, la raison peut aussi exercer une fonction régulatrice en matière sociale.

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Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 47
EAN13 9782296465824
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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REPRÉSENTATIONSI
LA RECHERCHE DE LA RAISON
© LªHarmattan, 2011 5-7, rue de lªÉcole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55251-7 EAN : 9782296552517
André VALLAND
REPRÉSENTATIONSI
LA RECHERCHE DE LA RAISON
LªHarmattan
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive dcoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputéeêtre le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ouÈpolisseurs de verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions
Jean-Paul CHARRIER,Le temps des incertitudes. La Philosophie Captive 3, 2011. Jean-Paul CHARRIER,Du salut au savoir. La Philosophie Captive 2, 2011. Jean-Louis BISCHOFF,Lisbeth Salander. Une icône de l’en-bas,2011. Serge BOTET,: l’écriture spéculaire enDe Nietzsche à Heidegger philosophie, 2011. Philibert SECRETAN,Réalité, pensée, universalité dans la philosophie de Xavier ZUBIRI, 2011. Bruno EBLE,Le miroir et l’empreinte. Spéculations sur la spécularité, I, 2011. Bruno EBLE,La temporalité reflétée. Spéculations sur la spécularité, II, 2011. Thierry GIRAUD,Une spiritualité athée est-elle possible ?,2011. Christophe SAMARSKY, Le Pas au-delàde Maurice Blanchot. Écriture et éternel retour, 2011. Sylvie MULLIE-CHATARD,La gémellité dans l’imaginaire occidental. Regards sur les jumeaux, 2011. Fatma Abdallah AL-OUHÎBÎ,L’OMBRE, ses mythes et ses portées épistémologiques et créatrices, 2011. Dominique BERTHET,Une esthétique de la rencontre, 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Stelio ZEPPI,Les origines de l’athéisme antique, 2011. e Lucien R. KARHAUSEN,Les flux de la philosophie de la science au 20 siècle, 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Pascal GAUDET,L’anthropologie transcendantale deKant, 2011.
Introduction
1) Le besoin dªune anthropologie
Sans doute toute époque se vit-elle comme une crise, mais la nôtre davantage encore et invite à se demander, avec les mots de Hölderlin : 1 «Fait-il nuit sur terre en plein jour ?». Notre monde nous parait en proie à l·extension du désordre, à une confusion croissante, traverser«l·automne des idées»(Baudelaire), ces idées qui font tenir l·homme. Les manifestations du malaise dans la civilisation nous assaillent, nous partageons le jugement d·Artaud,«Tout ce qui nous faisait vivre ne tient 2 plus, nous sommes tous fous, désespérés et malades .»Simone Weil aussi 3 parlait déjà de son époque comme de celle où «On a tout perdu». Que diraient-ils aujourd·hui ? Tout livre de nos jours est une«Chronique des 4 temps obscurs .»
La situation présente se caractérise par l·absence de parade effective aux dangers de tous ordres qui menacent la survie de l·humanité. C·est l·homme qu·il faut défendre dans un monde qu·il rend de plus en plus hostile à l·homme.
La première étape est d·analyser l·origine de cette situation. La multiplication des problèmes économiques, sociaux, politiques, écologiques a pour origine le manque de conception globale de l·homme.
Musil a déjà posé le diagnostic : «- Qu·un homme ait aujourd·hui l·ambition d·être encore quelque chose d·entier, cela mérite l·estime, dit Walter - Cela n·existe plus, avança Ulrich. Tu n·as qu·à jeter un coup d·il dans le journal. Il est rempli d·une opacité démesurée. Il y est question de tant de choses que cela dépasse la capacité de pensée de Leibniz. Mais on ne s·en aperçoit même pas. On a changé. Il n·y a plus maintenant un homme total face à un monde total, mais quelque chose d·humain flottant dans un 5 bouillon de culture général .»
1 Àuvres, Pléiade, p. 477 2 Le théâtre et son double (p. 118) 3 Cahiers, I, p. 73 4 Tabucchi, 2006 5 L·homme sans qualités, Seuil, 1956, t. I, p. 261
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Le moment est critique parce qu·il impose un choix : ou bien l·homme renonce à se définir, et alors nul ne sait ce qu·il adviendra de lui, ou bien il se ressaisit en s·efforçant de se doter d·une nouvelle image de soi, tirant profit de ce qu·il a appris.
L·humanitéa besoin d·une nouvelle anthropologie.
Pas seulement au sens de la section des«sciences humaines»ainsi dénommée, constituée depuis le XIXème siècle. Celle-ci est d·abord descriptive, se consacre à l·étude des formations humaines saisies empiriquement dans leur diversité. Elle est ensuite classificatoire, part de leur hétérogénéitépour en analyser les variations. Elle forge des hypothèses sur leurs schèmes de mutation, les lois de combinaison auxquelles elles obéissent (structuralisme). Cette anthropologie-là, elle-même multidisciplinaire, se subdivise en plusieursécoles (sociologique française, sociale britannique, culturelle américaine, etc.). Elle estévidemment fort utile et riche d·enseignements, mais ne peut que présenter un tableauéclaté des connaissances et des concepts, tend à l·homme un miroir brisé. Par essence relativiste, elle se refuse à tout jugement de valeur. Elle est la discipline qui traite de l·homme contingent et fragmenté.
Or l·homme est précisément fait de la pluralitéde ses possibles. L·«anthropologie»au sens classique, celle qui est ici invoquée, est la partie de la philosophie qui traite de la condition et de la finitude humaine en posant l·humain comme catégorie universelle. Kant prend encore le mot dans ce sens et définit l·enjeu de l·anthropologie ainsi conçue dans L·idée d·une histoire universelle du point de vue cosmopolitique et dans De la religion considérée dans les limites de la simple raison. Il se demande quelle doitêtre notre représentation de notre propre espèce; comment forger une vision acceptable de la nature humaine enétudiant l·espèce humaine en tant que réalitéterrestre vivante ? Aborder la question de l·homme sous l·angle du jugement que les hommes portent sur leur propre nature, tel est l·objet de la quatrième question critique«Qu·est-ce que l·homme ? Was ist der Mensch ?». Dans la Logique et l·Opus posthumum, cette question est présentée comme subsumant les trois autres questions critiques : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? :«On pourrait tout ramener à l·anthropologie, puisque les trois premières questions se rapportent à la dernière». L·homme est celui qui se pose cette question. L·anthropologie doit traiter de l·unitéhumaine tout en se pliant au réalisme empirique dictépar la diversitéphénoménale des manifestations de l·humanité. La notion de genre humain est une sorte d·idée régulatrice. L·anthropologie se donne comme but, en tant qu·anthropologie pragmatique,
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6 « une connaissance de l·homme commecitoyen du monde». Deux caractéristiques doivent enêtre soulignées. En premier lieu, son objet est 7 bien la Menschenkenntnis . En second lieu, elle a une visée universaliste et fait sien le postulat de l·unitéde la«race humaine». (Ce postulat et son corrélat, le cosmopolitisme, furent remis en cause aussitôt après Kant, dans le contexte du romantisme naissant. Herder, un desélèves de Kant, nia la réalitéd·une«essence humaine»en exaltant l·originalitéet la diversitédes peuples : ce courant aboutit au nationalisme et au colonialisme, voire au racisme.)
L·anthropologie au sens kantien ne consiste pas à décrire ce que les hommes sont dans les faits, mais à examiner ce que l·homme peut et doit faire de lui-même. Au-delà de l·étude de l·espèce humaine, elle se donne pour fin d·élaborer une conception de la nature humaine. L·anthropologie, d·un point de vue pratique, ne peut que constater l·écart entre la réalité concrète du genre humain, et sa potentialitérationnelle, sa finalitémorale. Son objet est de voir comment l·homme peut, d·«animal rationabile»se muer en«animal rationale»de la facultaffirme dans la Critique . Kant éde juger que le propre de l·existence humaine est que, parmi tous lesêtres 8 vivants, l·homme est le seul qui doive donner sens et valeur à sa vie . La recherche de ce sens est son intérêt ultime, de nature pratique puisqu·il s·agit pour lui de savoir comment conduire son existence. C·est en ayant cette démarche en vue que Kant déclare que«Tout intérêt est finalement pratique et même celui de la raison spéculative n·est que conditionnéet n·est complet 9 que dans l·usage pratique .»
La situation contemporaine rend plus nécessaire que jamais le retour à la conception kantienne de l·anthropologie, à cause de l·universalisation de l·histoire humaine, de la croissance des périls, de la déperdition du sens. L·histoire, davantage encore en sesépisodes les plus récents, démontre surabondamment que la perfectibilitéde l·humanitén·est qu·une possibilité ; l·humanitépeut aussi aller à sa perte. Du moins est-elle désormais consciente d·être engagée dans un processus d·autodétermination : la remise
6 Anthropologie du point de vue pragmatique, Garnier-Flammarion, p. 42 7 Dans sa thèse complémentaire, Introduction à l·anthropologie de Kant, Foucault a montréque l·anthropologie ne peut que se référer à la Critique, aux conditions a priori de la connaissance, aux formes premières de la finitude. Les Anfangsgründe der Natur (principes de la nature, qui traitent de la Physis, de la physique) se passent de Dieu et rendent inutile l·hypothèse d·un infini actuel dont la critique a montréla contradiction interne. L·anthropologie montre l·absence de Dieu et se déploie dans le vide laissépar cet infini. 8 Critique de la facultéde juger,§83, note 1 9 Critique de la raison pratique, trad. Gibelin-Gilson 1983, p.136
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enquestion, la mise en danger, de l·homme par l·homme appelle des réponses que l·homme ne peut attendre que de lui-même. Dans cette perspective, tout livre doit aujourd·huiêtre, sous une forme ou une autre, une contribution à la défense de l·homme.
2) Le surgissement de lªhomme
L·homme est issu de décisif par rapport à elle.
a) L·espèce humaine
l·animalité, y reste ancré, mais est néd·unécart
L·espèce humaine (au sens de la biologie, de la zoologie) est une branche du règne animal. Déterminisme et réductionnisme tendent à ramener l·humanitéà l·espèce humaine. Ainsi, le propagandiste de la 10 «sociobiologie», E.O. Wilson, dans son livre«On human nature», appelle de ses vux«un examen plus approfondi et courageux de la nature humaine, combinant les découvertes de la biologie avec celles des sciences sociales. L·esprit sera plus précisément expliquécomme unépiphénomène de la machinerie neuronale du cerveau. Cette machinerie est à son tour le produit de l·action de l·évolution génétique par sélection naturelle sur les populations humaines pendant des centaines de milliers d·années dans leurs environnements anciens. Grâce à une extension judicieuse des méthodes et concepts de la neurobiologie, de l·éthologie et de la sociobiologie, un fondement approprié peutêtre donné aux sciences sociales et la discontinuité qui sépare aujourd·hui encore les sciences naturelles d·un côté et les sciences 11 sociales et les humanités de l·autre pourraitê.tre supprimée »
Certes, par son substratum biologique, l·espèce humaine est une branche du règne animal. Elle est soumise à une série de déterminismes, la génétique, les pulsions, les archaïsmes, le cerveau reptilien, etc. 99% de nos gènes sont identiques à ceux de nos cousins singes. L·espèce humaine, en tant que telle, est tributaire des lois qui s·appliquent à toutes les espèces, régissant leurs rapports avec leur niche écologique, leur environnement naturel.
Certaines capacités et certains types de comportement se retrouvent au moins à l·état embryonnaire chez d·autres espèces.
Les animaux sont à des degrés divers capables de recourir à des«détours productifs», en utilisant des objets qu·ils trouvent dans la nature à des fins qui leur sont propres (usage de bâtons à fouir, d·un os par un vautour pour
10 Harvard University Press, 1978 11 Op. cité, p. 195
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