Travailler avec Foucault

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Le dialogue entre les sciences sociales et l'oeuvre de Michel Foucault se poursuit depuis plus de trois décennies, et les utilisations de ses écrits se sont considérablement multipliées et diversifiées. Plus particulièrement, de plus en plus d'études dans le monde entier emploient les instruments théoriques qu'il a forgés pour rendre compte du politique. Nous souhaitons revenir sur ces différents travaux s'inspirant des analyses de Foucault pour penser le politique afin d'interroger la place de cette oeuvre dans l'intelligence de notre actualité.

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Ajouté le 01 avril 2005
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EAN13 9782336260952
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TRAVAILLER AVEC FOUCAULT

Cet ouvrage est publié avec le soutien du Centre de Recherche et d'Etudes Politiques de l'Université Paris IX-Dauphine

Direction des Cahiers Politiques Dominique Damamme, Brigitte Gaiïi, Jacques Gerstlé, Marie-Cécile Naves, Thomas Ribémont Comité de rédaction Philippe Blanchard, Emmanuel Brillet, Lysiane Cherpin, Kathy Crapez, John Crowley, Nicolas Defaud, Guillaume Garcia, Vincent Guiader, Jean-Philippe Heurtin, Frédéric Lambert, Brigitte Le Grignou, Virginie Le Torrec, Charles Patou, Hugues Simonin, Leila Wühl

Correspondants en France Pierre-Yves Baudot (Université de Paris I), Elise Féron (CIR Paris) Correspondant à l'étranger Bertrand Wert (Bruxelles)

Liste des ouvrages parus dans la collection Citoyenneté et nationalité Elections et électeurs Essais sur la théocratie Communication et démocratie Figures de l'identité Expertise et engagement politique La mondialisation comme concept opératoire Discipliner les sciences sociales Méthodes et outils des sciences sociales L'Union européenne et les médias La démocratie en Europe

Tous ces ouvrages sont en vente en librairie et chez L'Harmattan Site web: www.dauphine.fr/credep Email: mariececilenaves@free.fr @L'Hannatian,2005 ISBN: 2-7475-8251-5 EAN : 9782747582513

Sous la direction de Sylvain MEYET, Marie-Cécile NAVES et Thomas RIBEMONT

TRAVAILLER AVEC FOUCAULT
Retours sur le politique

Cahiers Politiques

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

SOMMAIRE
Introduction SylvainMEYET et Thomas RIBEMONT
Les trajectoires d'un texte: « La gouvernementalité» de Mich el Foucault Sylvain MEYET L'action publique comprise comme gouvernementalisation de l' Etat Pascale LABORIER et Pierre LASCOUMES Bonheur, richesse, tranquillité Les transformations de l'Etat social (autour de Foucault) Laurent GEFFROY

p. 5

p. 13

p. 37

p. 63

Les corps normés n'ont rien d'exceptionnel. Usages contemporains du concept de biopouvoir dans la sociologie de l'Etat p. 75 Nicolas FISCHER Le biopouvoir à l'épreuve des travaux sur la biomédecine: Succès politique d'un .néologisme Virginie TOURNA Y L'apport de Foucault aux théories des relations internationales: une critique du postmodernisme anglo-saxon Stéphane LA BRANCHE Les relations internationales à l'épreuve du poststructuralisme. Foucault et le troisième « grand débat» épistémologique Pierre ANOUILH et Emmanuel PUIG

p 97

p. 119

p. 141

Note sur les réceptions en histoire du travail de Michel Foucault---p. 161 Xavier LANDRIN La recherche et l'engagement: Utiliser Foucault en sciences sociales Entretien avec Eric FASSIN et Gérard NOIRIEL

p. 183

INTRODUCTION Sylvain MEYET CEVIPOF/IEP Paris & Thomas RIBEMONT CIR, CREDEPlUniversité Paris IX
« Travail: ce qui est susceptible d'introduire une différence significative dans le champ du savoir, au prix d'une certaine peine pour l'auteur et le lecteur, et avec l'éventuelle récompense d'un certain plaisir, c'est-à-dire d'un accès à une autre figure de la vérité. » 1

Travailler avec Foucau1t2. L'ambition de cet ouvrage paraphrase la belle défmition foucaldienne : ({introduire une différence significative dans le champ du savoir» sur le politique en s'appuyant sur certains instruments forgés par M. Foucault, au prix parfois, sans doute, d'appropriations créatives... En fait, vingt ans après la disparition de Michel Foucault, son œuvre, à l'étranger comme en France, nourrit de nombreuses recherches sur le politique. « La liste serait [d'ailleurs] longue, constate Eric Fassin, des domaines que traverse cette pensée, qu'il s'agisse de disciplines établies, comme l'anthropologie ou la science politique, mais aussi (et surtout peut-être) de champs nouveaux comme les études féministes (...) ou bien sûr les études 'gaies et lesbiennes'. »3 L'hypothèse sous-tendant ce livre est simple: analyser les utilisations de cette œuvre produites en France comme à l'étranger doit permettre d'évaluer, de s'approprier et de renouveler les études s'appuyant sur elle; en bref, un regard critique sur

l

FOUCAULT Michel, MILNER Jean-Claude, VEYNE Paul, WAHL François, «Des

Travaux », in ColI. Michel Foucault philosophe, Paris, Seuil, 1989, p. 7. 2 Plusieurs mois après avoir choisi ce titre pour ce recueil, nous nous sommes aperçus qu'il avait déjà été donné par Michelle Perrot à un article paru en 1986 dans le Débat. Cet article étant très court et ne couvrant pas le même objet, nous espérons qu'elle ne nous tiendra pas rigueur de cet hommage involontaire. 3 F ASSIN Eric, « Résistances de Foucault. Politiques de la théorie au miroir transatlantique », in ERIBON Didier (dir.), L'infréquentable Michel Foucault. Renouveaux de la pensée critique, Paris, EPEL, 2001, p. 177.

un passé parfois méconnu est un moyen d'ouvrir perspectives.

de nouvelles

En France, suite à une période d'effacement dans les années 19804, les concepts et les problématiques développés par Michel Foucault semblent à nouveau, quoique de façon parfois souterraine, irriguer le champ des sciences sociales. Par exemple, l'Ecole Normale Supérieure, sous la houlette de Benoît de l'Estoile, Gérard Noiriel et Paul Rabinow, organisait en 2001-2002 un séminaire au titre évocateur: «Michel Foucault dans les sciences sociales. » Celui-ci a réuni des sociologues (R. Castel, D. Fassin), des historiens (G. Noiriel), mais aussi des anthropologues (B. de l'Estoile, P. Rabinow) et des politistes (P. Lascoumes, J.-F. Leguil-Bayart.) En plus de ces dialogues interdisciplinaires, des domaines transdisciplinaires, emboîtant le pas de travaux anglophones - voire italiens - antérieurs tels que ceux qui se rattachent aux études de genre ou aux analyses liées au corps, ont également largement exploité son œuvre. En France, les travaux de Didier Fassin ou de Dominique Memmi attestent notamment de ce mouvements. Cette actualité française de l'influence de l'œuvre de M. Foucault tient en partie à sa meilleure accessibilité. Depuis la publication des Dits et écrits et de certains de ses cours au Collège de France, les réflexions du 6 « dernier Foucault» - celui des années 1978-1984 - autour des notions de gouvernementalité et de biopouvoir suscitent un regain d'intérêt important. Les nouveaux travaux inspirés par ces concepts se sont multipliés en France, alors même que les travaux étrangers s'en emparant existaient depuis longtemps. Par exemple, la governmentality school anglaise s'est structurée depuis la parution du volume The Foucault Effect en 19917, et les Italiens disposent de certains cours depuis la fin des années 19708.

4

Ibid, p. 183.

5

FASSIN Didier, MEMMI Dominique (dir.), Le gouvernement des corps, Paris, EHESS,
en 2001.

2004. Ce livre est issu du colloque tenu à Sciences-po
6

Voir sur ce point BERNAUER James, RASMUSSEN David (eds.), The Final Foucault,
The MIT Press, 1988.

Cambridge,
7

BURCHELL Graham, GORDON Colin, MILLER Peter (eds.), The Foucault Effect.

Studies in Governmentality: with Two Lectures by and an Interview with Michel Foucault, . Londres, Harvester Wheatsheaf, 1991. 8 FONTANA Alessandro, PASQUINO Pasquale (eds.). Microfisica del potere: interventi politici, Turin, Einaudi, 1977, pour les cours du 7 et du 14 janvier 1976. Pour le cours en intégralité: Michel FOUCAULT, Difendere la società, Florence, Ponte aIle Grazie, 1990.

6

La perspective de la gouvernementalité était employée depuis longtemps par J.-F. Leguil-Bayart et P. Lascoumes, et plus récemment se sont ajoutés à eux des auteurs aussi divers que F. Aggeri, R. Bertrand, D. Fassin, C. Gautier, o. Ihl et M. Kaluszinsky, P. Laborier, P. Napoli, R. Payre et M. SeneIlart, entre autres. Signe des temps, l'Association Française de Science Politique et le Centre Interdisciplinaire de Recherche Comparative en Sciences sociales ont organisé, en janvier 2005, un colloque sur M. Foucault dans lequel deux ateliers et une séance plénière étaient spécifiquement consacrés à ce concept. De même, la notion de biopouvoir fait l'objet de multiples appropriations. Sans en dresser une liste exhaustive, il suffit pour s'en convaincre de citer les travaux de D. Fassin et de D. Memmi, ceux de M. Mülhe et de M. Bernardot. Là encore, les utilisations étrangères, bénéficiant de traductions inédites en français de textes de Foucault, ont largement précédé celles-ci. L'évocation des travaux de P. Rabinow - et notamment son livre publié visant à relier la notion de biopouvoir aux transformations récentes des sciences de la vie9 - et ceux de G. Agamben suffisentlOpour s'en convaincre. Aussi, si l'engouement pour Foucault a pu, à juste titre, être perçu jusqu'au milieu des années 1990 comme essentiellement anglophone, il n'en demeure pas moins que de plus en plus d'universitaires français utilisent ses travaux dans leurs recherches. A cet égard, la tenue de deux colloques de science politique autour de M. Foucault - l'un au Centre d'Etudes et de Recherches Internationales en 199711,l'autre à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris en 2001 - et la multiplication des événements commémorant le vingtième anniversaire de sa disparition 12 suggèrent que, bien que son œuvre ait pu être considérée comme

9

RABINOW Paul, Le déchiffrage du génome. L'aventure à la française, Paris, Odile

Jacob,2000.
10
Il

Bien entendu, la référence emblématiqueest: AGAMBENGiorgio, Homo Sacer. Le
souverain et la vie nue, Paris, Seuil, 1997 (1995.)

pouvoir

Les actes de ce colloque seront publiés: GRANDJON Marie-Christine (dir.), Penser

avec Foucault. Théorie critique et pratiques politiques, Paris, Karthala, à paraître courant 2005. 12 Des colloques en France (<<Actualités de Sartre et Foucault », « After Foucault », « Autour de Michel Foucault », « Foucault: Nouveaux Déploiements », « Michel Foucault (1926-1984) usages et réceptions», « M. Foucault: l'archéologie du savoir », « Les sciences camérales: activités pratiques et histoire des dispositifs publics»), plus à l'étranger (Campinas, Londres, Mexico, Montréal, Ottawa, Trieste); une exposition au Centre Pompidou; de nombreuses manifestations dans le cadre du Festival d'Automne à Paris; des « lectures autour de Michel Foucault» à Paris; des numéros spéciaux des revues Actuel Marx, Concepts, Le Magazine littéraire, Le Portique, Vacarme.

7

« infréquentable» pendant une décennie, celle-ci fait désormais figure de référence normale dans l'analyse du politique. Le présent ouvrage ne prétend évidemment pas dresser un panorama complet de ces utilisations, pas plus qu'il ne constitue une tentative d'exégèse des travaux de M. Foucault. Nous n'entendons ici surplomber ni le destin de l'œuvre, ni celui de ses postérités. Cinquante ans après les premières analyses de M. Foucault, un temps semble venu - dans le sillage du colloque de Metz sur les «usages et réceptions» de M. Foucault13 - pour s'interroger sur la place de cette œuvre dans l'intelligence de notre actualité. Qu'avons-nous appris grâce aux travaux s'en inspirant? Quelles évolutions ont-ils connu? A quels débats ont-ils pris part et quelles problématiques ont-ils suscité? Ont-ils ouvert de nouvelles perspectives, de nouveaux champs d'études? Comment se situent-ils au sein de leurs disciplines? Que l'on n'attende donc pas ici que nous distinguions de bons et de mauvais usages de Foucault, que ce soit en fonction de leur conformité à l'œuvre ou en fonction de leur utilité politique. Notre projet est, plus modestement, de retracer certaines trajectoires de ces utilisations, afm de nourrir le débat sur les travaux auxquels elles ont donné lieu, et sur les résultats auxquels elles sont parvenues. Cet objectif ne présuppose nulle posture commune - et encore moins apologétique -, certains des textes qui suivent proposant des évaluations différentes, et parfois critiques, des mêmes travaux. Pour ce faire, nous avons regroupé les textes de ce livre en quatre parties thématiques: utilisations du concept de gouvernementalité, de biopouvoir, utilisations en relations internationales puis dans les sciences sociales. Ce partage fait la part belle à deux problématiques émergentes en France et passe sous silence une problématique importante. Cet ouvrage proposant un regard sur la place contemporaine de l'œuvre de Foucault, il semble normal que l'actualité de la recherche domine sa première partie, avec les utilisations des concepts de gouvernementalité et de biopouvoir. L'absence de texte sur l'utilisation de cette œuvre par les études de genre est plus étonnante. Cette lacune a, comme dans toute entreprise collective, des causes conjoncturelles mais aussi des raisons théoriques. Parmi ces dernières, la disponibilité d'un nombre maintenant
13 « Michel Foucault (1926-1984). Usages et réceptions », 4, 5 et 6 mai 2004, Université de Metz. Les actes de ce colloque ont été publiés dans un numéro spécial de la revue du département de philosophie de l'Université de Metz: « Foucault. Usages et actualités », Le portique, n° 13-14,2004.

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important de numéros de revues sur ce sujet a joué un rôle. Le premier axe thématique regroupe trois textes analysant certains usages du concept de gouvernementalité. Ces textes ne partagent ni la même ambition, ni le même axe d'analyse (histoire culturelle, théorie de la sociologie de l'action publique, histoire des idées), ni la même évaluation de l'apport de ce concept. En somme, ils sont complémentaires et proposent des interprétations concurrentes. Sylvain Meyet examine certaines utilisations de la gouvernementalité en les situant au sein du processus matériel de diffusion des textes exposant ce concept. En cela, il propose une analyse de l'influence des variations des formes des textes sur les formations du sens d'un concept. Après avoir retracé les différentes étapes du processus matériel de diffusion de la gouvernementalité, il examine trois exemples où ce processus influence une partie du contenu des utilisations de ce concept. A partir de ceux-ci, il décrit certains des effets propres des formes des textes énonçant le concept sur leurs utilisateurs. Il se place ainsi dans le sillage de Roger Chartier, pour qui « l'auteur est une fonction non seulement du discours, mais aussi d'une matérialité. » Pascale Laborier et Pierre Lascoumes dressent un bilan des nouvelles perspectives que la notion de gouvemementalité a ouvertes en France dans la recherche sur l'action publique. Après avoir expliqué que la conception de M. Foucault du pouvoir, contre les conceptions idéologiques prévalant à son époque, est centrée sur les rationalités et les instruments, ils indiquent que son étude de l'étatisation de la société est une volonté de manifester que les pratiques « font société» autant que les idéologies, et que ces pratiques ont une histoire. Partant alors des pratiques les plus individualisantes, ils analysent son travail sur le gouvernement comme l'expression de sa volonté d'un passage au collectif dans lequel le pouvoir serait exercé par la combinaison de ces pratiques. Contre une lecture simplificatrice - en termes de contrôle total -, ces configurations de pouvoir ne fonctionnent pour eux que par l'existence de résistances, celles-ci participant à ces configurations et les modifiant. Ce sont ces configurations particulières qui peuvent être étudiées. Enfin, ils concluent que les analyses en termes d'instrumentation permettent une étude des moyens par lesquels la « société politique» essaye d'orienter la « société civile. » Laurent Geffroy s'interroge quant à lui sur le faible recours aux analyses du philosophe en sociologie de l'action publique. Il explique que dans les années 1970, les études de l'Etat providence s'inspirant de Foucault l'analysaient comme un moyen d'exclure le marginal et le pauvre,

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servant de guide à certains hauts fonctionnaires dans leur dévaluation des politiques d'inclusion. Puis, à la fin de la décennie, Foucault commença à s'intéresser à l'Etat et proposa le concept de gouvernementalité rationalité de l'Etat libéral voulant conduire les populations vers leur sécurité - comme complément de la normalisation. Des études s'appuyèrent sur ce travail, mais elles restèrent, selon L. Geffroy, peu nombreuses. A cela, il propose alors trois hypothèses explicatives. Le deuxième axe thématique est celui des exploitations savantes du concept de biopouvoir. Les textes consacrés à ce thème partent d'approches totalement différentes et permettent d'explorer aussi bien l'agencement interne des théories que le mécanisme de leur diffusion. Nicolas Fischer étudie le cas de la sociologie de l'Etat et s'interroge sur la place de l'institution étatique dans son rapport à la «vie nue.» Il propose une évaluation critique de deux tendances importantes des usages de Foucault dans les analyses contemporaines du rapport corpslEtat, en soulignant leurs avancées et leurs limites. Tout d'abord, celle qui développe une lecture «réaliste» de l'intervention de l'Etat, percevant celui-ci comme l'agent originel et essentiel de politisation des corps, au risque de tomber dans une vision «répressive» et surtout essentialiste du biopouvoir. Ensuite, celle qui, sur la base d'une « sociologie de la régulation médicale des corps », tend à relativiser le rôle de l'Etat et met l'accent sur l'impératif de protection de l'intégrité physique existant dans nos démocraties. Virginie Toumay s'interroge sur l'emploi du terme dans les espaces universitaires et militants dont l'objectif premier est de caractériser l'avènement de la biomédecine. Décrivant la double nature du concept il désigne à la fois une technologie de pouvoir traversant le corps social et portant sur la vie, et il renvoie à une époque fondée sur une discipline des individus et sur une gestion de l'espèce -, elle démontre que l'intense circulation de ce néologisme intervient à la manière d'un principe agrégatif des multiples dimensions de la médecine qu'il aborde. Proposant une vision globale de l'ensemble des usages du terme, elle conclut que ce concept unificateur de multiples approches permet de désigner un ennemi commun, mais à géométrie variable. Le troisième axe est centré sur une discipline, les relations internationales, et propose deux lectures divergentes de l'influence de l' œuvre de Foucault. Stéphane La Branche présente le courant postmoderne en relations internationales - qui se réclame de Foucault -

10

qui émerge au début des années 1980, au travers d'une étude quantitative et qualitative des articles publiés. Dans une perspective critique, il explique que ces auteurs fondent leur démarche sur le rejet de l'objectivité et prônent une « position d'autoréflexion » à l'égard de leurs pratiques discursives. Pierre Anouilh et Emmanuel Puig, pour leur part, étudient les débats qui ont eu cours au sein de la discipline des relations internationales autour du poststructuralisme. A ce titre, ils se proposent de faire état de l'influence foucaldienne en relations internationales, en insistant sur les dimensions privilégiées de l'investigation poststructuraliste : « la rupture avec la Tradition en RI, la déconstruction du référent Etat/souveraineté, la sécurité comme formation discursive et les rapports entre violence et politique dans l'international. » Enfin, l'ouvrage s'achève sur deux textes - un article et un entretien - qui traitent des lectures et des usages de l' œuvre de Foucault en histoire et en sociologie. Xavier Landrin examine les spécificités de la réception en histoire des travaux de M. Foucault, en accordant une attention particulière au contexte de transformation de l'espace intellectuel à la fin des années 1960, aux effets de lecture inscrits dans les textes du philosophe, ainsi qu'aux variations de la réceptivité des historiens à l'égard de ces textes. Puis, interrogés par S. Meyet et T. Ribémont, Eric Fassin et Gérard Noiriel évoquent leurs utilisations personnelles de Foucault en les contextualisant dans le mouvement global d'intérêt pour cette œuvre. Retraçant leurs usages, ils relient ceux-ci à leurs prises de positions militantes au travers d'une appréhension du travail intellectuel assez semblable à celle de M. Foucault. Leurs propos sont un rappel que cette œuvre s'est en partie construite contre la séparation du savoir et de l'ethos, de la connaissance et de l'engagement.

Il

LES TRAJECTOIRES D'UN TEXTE: « LA GOUVERNEMENT ALITE » DE MICHEL FOUCAULT14 Sylvain MEYET CEVIPOF/IEP Paris
«La construction de l'auteur est une fonction non seulement du discours, mais aussi d'une matérialité, matérialité et discours étant dans ma perspective d'analyse indissociables. » 15

Gouvernementalité. Ce néologisme, forgé par Michel Foucault pour l'analyse des technologies de pouvoir dans une perspective remaniant celle de Surveiller et punirl6, est aussi devenu le titre d'un de ses textes et il peut être cOBsidéré comme l' emblème du « dernier Foucault» 17,de sa dernière approche des relations de pouvoir. Depuis le milieu des années 1990, en France, les travaux s'en inspirant se sont multipliés. Par gouvernementalité, ces chercheurs se réfèrent à un type de technologies de pouvoir défmi comme «gouvernement des conduites », à une rationalité spécifique et historiquement située des arts de gouverner. La défmition la plus couramment citée est un passage d'un des derniers textes de M. Foucault: « Gouverner, en ce sens, c'est structurer le champ d'action éventuel des autres.» 18 Le chapitre que Pascale Laborier et Pierre Lascoumes consacrent dans ce livre à l'étude de l'action publique contextualise, définit précisément ce concept. Notre objectif est différent.

loi Je remercie chaudement Colin Gordon, Pascale Laborier, Marie-Cécile Naves et Jean Zaganiaris pour leur lecture critique de ce texte. 15 CHARTIER Roger, « Qu'est-ce qu'un auteur? Révision d'une généalogie », Bulletin de 2000, p. 23. la société française de philosophie, vol. 94, n° 4, octobre-décembre 16FOUCAULT Michel, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975. 17 En anglais, l'expression « final Foucault» désigne les travaux de M. Foucault de 1976 à 1984. Voir BERNAUER James, RASMUSSEN David (eds.), The Final Foucault, Cambridge, MIT Press, 1988.

18

FOUCAULT Michel, « Le sujet et le pouvoir », in DREYFUS Hubert, RABINOW Paul,
Un parcours philosophique, Paris, Gallimard, 1984 (1982), p. 314.

Michel Foucault.

13

Ce néologisme appartient à une période de son œuvre qui n'a que peu été publiée de son vivant. La publicisation de cette période a été progressive et inégale. Ce sont les effets de ce processus matériel sur la constitution du sens de son œuvre que 'nous allons interroger. L'interprétation d'une remarque de D. F. McKenzie par R. Chartier circonscrit parfaitement le cadre de notre interrogation: « 'De nouveaux lecteurs créent des textes nouveaux dont les nouvelles significations dépendent directement de leurs nouvelles formes' : la remarque [de D. F. McKenzie] désigne avec acuité le double ensemble de variations - variations des compétences, des attentes, des habitudes des lecteurs, d'un côté; variations des formes
dans lesquelles les textes sont donnés à lire, d'un autre

- que

doit prendre

en compte toute histoire soucieuse de reconstruire la manière dont les lecteurs produisent du sens en appréhendant un texte. »19 Laissant ici le premier ensemble de variations, les trajectoires de «la gouvernementalité» et de ses postérités nous permettront d'analyser quelques-uns des effets de la matérialité des textes sur la constitution de l' œuvre. Quelles influences peuvent bien avoir les «variations des formes dans lesquelles les textes sont donnés à lire» sur les formations du sens d'un concept dans diverses communautés de lecteurs? Comment
le premier processus matériel de diffusion d'un texte

- sa

publication

-

affecte-t-ille sens perçu de celui-ci et les utilisations qui en découlent? Une première hypothèse s'impose d'évidence. Si ce terme a mis aussi longtemps à s'imposer en France, force est de constater que la disparition brutale de M. Foucault en constitue l'une des raisons majeures, rendant plus difficile la publication de ses dernières réflexions. Les textes qui nous intéressent ici sont pour la plupart des transcriptions d'interventions orales publiées en premier lieu à l'étranger, et dont la diffusion en France fut d'abord limitée. Leur publicisation ayant été graduelle, nous pourrions postuler que la divulgation des textes a ouvert l'accès à la pensée de Foucault et par conséquent aux possibilités de ses utilisations. Telle n'est pas 1'hypothèse sous-tendant ce travail. Ou plutôt, notre hypothèse est que le processus allant de la publication d'un texte à ses utilisations n'est pas aussi direct et transparent, que l'existence et l'importance du texte ne garantissent pas sa postérité, que la présence physique du texte n'explique pas à elle seule l'intérêt suscité et les directions de recherche prises. Le point que nous voudrions
19

CHARTIER

Roger, «Préface,

Textes,

Formes,

Interprétations

», in McKENZIE

D, F.,

La bibliographie et la sociologie des textes, Paris, Editions du Cercle de la Librairie, 1991, p.14.

14

soulever ici n'est pas celui des contraintes de tous 'ôrdres (politiques, esthétiques, sociales, intellectuelles) qui gouvernent les conditions de la circulation d'un texte. Ces contraintes existent, et ces contextes jouent un rôle important dans ce processus. Mais le point que «la gouvernementalité }) met particulièrement en évidence, c'est l'interférence de la matérialité d'un texte dans sa circulation et ses réceptions.

Les publications d'un texte L'histoire des publications de «la gouvernementalité}) fournit un exemple archétypal des immixtions de plusieurs types de processus matériels, liés aux publications d'un texte, avec la réception d'un concept énoncé dans ce texte: passage de l'oral à l'écrit, traductions, apparitions du texte selon des temporalités différentes selon les langues, publicités inégales de ce texte en fonction du rayonnement propre de la revue le publiant, association avec d'autres textes en modifiant la portée. « La gouvernementalité })fut d'abord une leçon pronoircée au Collège de

France par M. Foucault le 1er février 1978,cette leçon étant la quatrième
du cours de l'année 1978. Ce cours devint un texte de M. Foucault lorsqu'il fut traduit en italien par P. Pasquino pour être publié dans la revue d'extrême gauche Aut-A upo la même année. En 1979, R. Braidotti et C. Gordon traduisirent la version italienne en anglais pour la revue anglaise Ideology & Consciousness21. En 1986, une version apparut dans un numéro spécial de la revue A ctes22, précédée de l'avertissement suivant: «Le texte publié [n'est pas] une transcription directe de la bande originale. [Ce texte a été traduit de l'italien et] malgré le soin apporté à ce travail, de tels allers-retours interdisent de considérer qu'il s'agit d'un 'texte' de M. Foucault. »23 Depuis 1987, les enregistrements sur cassettes audio des cours ont été disponibles au centre Michel Foucault à Paris24. En 1989, le Magazine Littéraire republie le texte25, et
20

FOUCAULT Michel, «La

governamentalità », Aut-Aut, n° 167-168, septembre-

décembre 1978, p. 12- 29. 21 FOUCAULT Michel, «Governmentality », Ideology & Consciouness, n° 6, automne 1979, p. 5-21. Le numéro était intitulé« Governing the Present. » 22 FOUCAULT Michel, « La gouvernementalité », Actes, les cahiers d'action juridique, n° 54, été 1986, p. 7-15.
23

2.J

LASCOUMES Pierre, « La gouvernementalité », Actes, n° 54, été 1986, p. 7.
consultables à la Bibliothèque du Saulchoir,

Ils étaient d'abord (fond M. Foucault.)

et depuis 1998 à l'IMEC

15

des cassettes audio de certains cours, incluant celui-ci, sont éditées26. Puis, ce texte est repris dans des volumes collectifs: tout d'abord dans un livre en anglais publié en 1991, The Foucault Effecr7, puis en 1994 en français dans la série des Dits et Ecrits28. Enfin, la transcription du cours de l'année 1978 vient d'être publiée en français, offrant pour la prémière fois par écrit la « transcription directe de la bande originale. »29 Cette énumération de ces publications successives établit 1'hétérogénéité et l'évolution des publics potentiellement touchés par le texte. Son premier public était composé des seules personnes assistant au cours, le reste du public français ne connaissant Foucault que par ses derniers livres et ses reportages sur .l'Iran. La traduction en italien a été publiée à une époque où Foucault avait un statut d'intellectuel reconnu en Italie. En 1977, un recueil de textes de M. Foucault avait été publié30 et il « eut des répercussions considérables et aiguisa le débat entre marxistes orthodoxes (...) et Foucauldiens. »31Face à ces derniers, le philosophe et député communiste M. Cacciari avait écrit un essai accusant Deleuze et Foucault de légitimer les méthodes de l'extrême gauche italienne, l'Autonomie et le Parti-Armée32. Dans ce contexte, le texte publié eut peu de répercussions. En 1979, le texte fut publié en anglais par la revue Ideology & Consciousness, à un moment où Foucault était lu avec suspicion par une grande partie de la gauche, qui ne savait que faire d'une conception des relations de pouvoir comme omniprésentes et,d'une théorie n'opposant pas la société civile à l'Etat. Pourtant, une minorité de la gauche anglaise a vu dans ces notions «un moyen d'analyse du 'social' (...) plus performant et plus provocant que les théorèmes

25

FOUCAULT Michel, « La gouvemementalité

», Le Magazine Littéraire, n° 269,

septembre 1989, p. 97-103. 26 FOUCAULT Michel, La gouvetnementalité, Paris, Seuil, 1989. 27 FOUCAULT Michel, « Governmentality », in BURCHELL Graham, GORDON Colin, MILLER Peter (eds.), The Foucault Effect. Studies in Governmentality, London, Harvester Wheatsheaf, 1991. 28 Le texte présenté dans les Dits et écrits est une reprise (modifiée tout de même) de la traduction de 1986 (Voir Dits et écrits, t. III., p. 6. et FOUCAULT Michel, Sécurité, territoire, population, Paris, Gallimard-Seuil, 2004, p. 114.) 29 FOUCAULT Michel, Sécurité, territoire, population, op. cit. L'expression utilisée est celle de P. Lascoumes. 30 FONTANA Alessandro, PASQUINO Pasquale (eds.), Microfisica del potere: interventi politici, Turin, Einaudi, 1977. 31 BOMIO Giorgio, « L'effeto Foucault », Actes, n° 54, été 1986, p. 30. 32 CACCIARI Massimo, « Rationalité et irrationalité du politique chez Deleuze et 1977. Cette référence provient du tome IV Foucault », Aut-Aut, n° 161, septembre-octobre des Dits et écrits, p. 625.

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néomarxistes sur l'idéologie ou le contrôle social. »33 Le succès de ce concept est resté limité au sein de l'université, peut-être parce que la revue était marxiste d'obédience althussérienne. En 1986, Le Monde annonce que «l'automne philosophique sera foucaldien. Deux ans après la disparition du philosophe-historien, sa pensée et l'aventure structuraliste demeurent au centre de la réflexion - et de la polémique. »34 En France, les premières ~nnées suivant la disparition de M. Foucault sont paradoxales: le contexte général est celui
d'une diminution de la visibilité publique de son œuvre

- visibilité

qui

n'est plus soutenue par ses publications ou ses interventions -, alors même qu'un double mouvement de critique et de commémoration se déroule sur quelques années35. Critique: le livre de L. Ferry et A. Renaut36 ne constitue que l'épisode le plus connu d'un mouvement dénonçant l'~uvre de Foucault et mettant en cause «vingt ans de philosophie française. »37 Commémoration: le mot déplairait aux personnes dont les noms sont attachés aux divers colloques, numéros spéciaux de revues et livres sur Foucault s'étalant en France de 1985 à 1988. De plus, à cette date, la conceptualisation de la notion de pouvoir cristallisée au milieu des années 1970 reste au cœur de l'image de Foucault. Ce double contexte ne facilite pas la diffusion de ce nouveau vocable. Hors le numéro de Actes, qui publie notamment la vision de P. Pasquino des cours au Collège de France depuis 197638,seuls les articles du Débap9 et de Critique40 font référence à ces travaux sur le gouvernement. En 1986, l'actualité de Foucault est donc occupée par d'autres thèmes, et le public français s'intéressant explicitement au texte est restreint.

33

GORDON

Colin,«

Foucault en Angleterre

p.836. 34 « L'automne de Michel Foucault », Le Monde, 29 août 1986.
37

», Critique, n° 471-472, août-septembre

1986,

35 Voir MEYET Sylvain, « Un 'Foucault Américain' ? », Carrefour, à paraître. 36 FERRY Luc, RENAUT Alain, La pensée 68, Paris, Gallimard, 1985.

FERRY Luc, RENAUT Alain, FINKlELKRAUT Alain, POMlAN Krzystof, « Y a-t-il

une pensée 68 ? », Le Débat, n° 39, 1986, p. 31-54. 38 PASQUINO Pasquale, « La problématique du 'gouvernement' et de la 'véridiction' », Actes, n° 54, 1986, p. 16-21. Texte présenté au colloque de Milan en 1985. 39 PASQUINO Pasquale, « La volonté de savoir », Le Débat, n° 41, septembre-novembre 1986, p. 95.
40

BODEl Remo, «Pouvoir, politique et maîtrise de soi », Critique, n° 471-472, août1986, p. 913.

septembre

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Du texte au concept Nous allons désormais laisser de côté la postérité italienne de ce texte pour nous intéresser aux postérités anglophones et francophones. Ceci dit, parler de «postérité d'un texte» constitue un abus de langage, puisque l'influence exercée sur certains travaux universitaires est en réalité celle du concept de gouvernementalité, et non du texte. Or ce concept n'a pas été énoncé et développé par M. Foucault dans cette seule leçon, même si celle-ci, par son titre, en constitue l'emblème. En fait, un ensemble de textes reprenant la problématique du gouvernement a été publié. Le premier porte le titre de « Omnes et Singulatim », conférence prononcée à l'université de Stanford en 1979, traduite et publiée en anglais en 1981, traduite et publiée en 1986 dans la revue Le Débat et retraduite et publiée dans les Dits et Ecrits en 199441.Le second est un essai titré « Le sujet et le pouvoir », écrit pour le livre de H. Dreyfus et P. Rabinow qui a paru en 1982 en anglais, en 1984 en français, et a été repris dans les Dits et Ecrits en 199442.Les deux textes suivants, titrés «Technologies of the Self» et « The Political Technology of Individuals », sont des conférences prononcées à l'Université du Vermont en 1982, publiées' en anglais en 1988 et reprises dans les Dits et Ecrits en 199443.En langue anglaise, la publication des différents textes développant cette approche a été échelonnée dans le temps (un peu) et dans l'espace (Royaume-Uni ou Etats-Unis.) En France, le retard de publication de ces textes entraîne leur concentration et facilite donc leur mise en relation. R.-P. Droit rend d'ailleurs compte de la publication de plusieurs de ces textes dans un même article du Monde44 où il suggère que Foucault a continué de réfléchir sur le pouvoir après la Volonté de savoir. Nous avons vu cependant que cette mise en relation n'a guère eu d'effets rapides.

41

FOUCAULT Michel, « 'Omnes et Singulatim': Towards a Criticism of Political

Reason », in McMURRIN S. (ed.), The Tanner Lectures on Human Value, t. Il, Salt Lake City, University of Utah Press, 1981, p. 223-254. FOUCAULT Michel, « 'Omnes et Singulatim' : vers une critique de la raison politique », Le Débat, n° 41, 1986, p. 5-36. FOUCAULT Michel,« 'Omnes et Singulatim' », in Dits et écrits, t. IV, p. 134-161. 42 FOUCAULT Michel, « Le sujet et le pouvoir », in DREYFUS Hubert, RABINOW Paul, op. cit,. p. 297-321. Repris dans Dits et écrits, t. IV, n° 306, p. 222-243. 43 Toutes les deux dans Ie volume .suivant : HUTTON P. H., GUTMAN H., MARTIN L. H. (eds.), Technologies of the Self, Amherst, The University of Massachusetts Press, 1988. Respectivement p. 16-49 et p. 145-162. «Les techniques de soi» et «La technologie politique des individus », in Dits et écrits, t. IV. p. 783-813 et p. 813-828. 44 DROIT Roger-Pol, « Les mots et les pouvoirs », Le Monde, 20 novembre 1986.

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La publication en volume de « la gouvemementalité » la met en relation directe avec d'autres textes, apportant d'autres éclairages et l'associant à d'autres problématiques. The Foucault Effect par exemple est composé de quatorze textes, dont trois de M. Foucault: « Politics and the Study of Discourse », « Questions of Method» et « Governmentality » (chapitres 2, 3 et 4.) Le premier est la traduction d'une réponse à la revue Esprit en 1968. Dans ce texte, il définit son travail comme une histoire pluraliste des discours qu'il lie à une pratique politique. Ce texte avait été publié par la revue états-unienne Salmagundi en 1972, et repris dans Ideology & Consciouness en 197845.Le chapitre 3 est la traduction de la table ronde réunissant M. Foucault et des historiens débattant de Surveiller et punir. Dans ce débat, il explique sa méthode et analyse son effet politique, qualifié à l'époque « d'anesthésiant. » Ce texte avait été publié en anglais dans la revue Ideology & Consciouness en 198146.Dans le processus de traduction, les titres ont été transformés et sont plus orientés en anglais. De plus, si le contexte du texte de 1978 est bien rappelé, ce n'est pas le cas pour le texte de 1968. Les deux textes liant méthode et politique peuvent donc passer pour contemporains et complémentaires de «la gouvemementalité. » Ce recueil contient aussi onze autres textes. Six datent des années 1978198247 et ils sont principalement issus de communications orales, dont cinq avaient été reprises dans Ideology & Consciouness. En revanche, un seul avait été publié en français. En bref, ces textes émanent des recherches d'un groupe proche de M. Foucault travaillant sur l'Etat providence dans la période 1978-1982, mais qui n'ont pas été rendus publiques en France48. Ces textes subissent donc un double décalage, temporel et géographique, qui n'est que peu signalé. De plus, bien qu'écrits dans le cadre d'une collaboration avec M. Foucault, ils n'utilisent pas le mot de gouvemementalité. Les cinq autres textes sont inédits49. Le premier est une longue introduction de C. Gordon, où il
~5

FOUCAULT Michel, « Réponse à une question », Esprit, n° 371, mai 1968, p. 850-874 ~

puis « Politics and the Study of Discourse », Salmagundi, n° 20, été-automne 1972, p. 225248 ~et « Politics and the Study of Discourse », Ideology & Consciousness, n° 3, printemps 1978. ~6 « Table ronde du 20 mai 1978 », in PERROT Michelle (dir.), L inipossible prison, Paris, Seuil, 1980, p. 40-56 ~ puis FOUCAULT Michel, «Questions of Method », Ideology & Consciousness, n° 8, printemps 1981. ~7 Chapitres 5 (P. Pasquino, 1978), 7 (G. Procacci, 1978), 8 (J. Donzelot, 1982), 9 (1. Hacking, 1981), 12 (P. Pasquino, 1980), et 13 (J. Donzelot, 1982.) ~8 Voir le texte de Laurent GEFFROY dans ce même ouvrage.
~9

Anglais non universitaires: chapitres 1 (C. Gordon), 6 (G. Burchell) ~ universitaires
10 (F. Ewald), Il (D. Defert) et 14 (R. Castel.)

français:

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