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Une relecture de l'altérité selon Paul Ricur

De
265 pages
Une certaine façon de penser l'altérité en philosophie contribue à l'indifférence et à la haine vis-à-vis des subjectivités autres. Comment sortir de ces systèmes d'exclusion, de peur mutuelle et de déshumanisation multilatérale ? Paul Ricœur nous fait découvrir une identité subjective qui est dialectique entre la mêmeté et l'altérité pouvant servir de fondement d'une vie éthique et de solidarité. Sa philosophie est une mesure préventive des guerres de toute nature entre frères en humanité.
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Jean ZAMBE
Une relecture de l’altérité selon Paul Ricœur
Nos différences sont toutes humaines
Une relecture de l’altérité
selon Paul Ricœur
Jean ZAMBE
Une relecture de l’altérité selon Paul RicœurNos différences sont toutes humaines
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12226-7 EAN : 9782343122267
« Nous sommes tous pareils, c’est-à-dire humains, sans que jamais personne ne soit identique à aucun autre homme ayant vécu, vivant ou encore à naître. »
Hannah Arendt, in Condition de l’homme moderne, p.42
AVANT-PROPOS
Après un séjour de dix ans en France, je suis revenu dans mon Cameroun natal. J’ai continué à approfondir ma réflexion autour du thème de mon travail de thèse de doctorat. Le rapport à l’altérité, le rapport à la différence habitait en permanence ma pensée. Je n’avais jamais su les raisons profondes de mon intérêt pour cette question. Au cours d’une nuit, sept ans après mon retour au Cameroun, j’étais déjà couché, mais le sommeil tardait à venir. C’était un peu au-delà de vingt-trois heures, soudain, j’eus comme une étincelle que me dévoila les pourquoi et les parce que de mon attachement intellectuel à penser le rapport à l’autre, dans sa race, dans sa couleur, dans son genre, dans sa culture, dans sa vision compréhensive du monde, de la vie, de la mort, de l’existence. En effet, mon séjour en Europe n’a été que rencontre du différent, de l’autre. Ces différences, quand bien même elles étaient profondes, conduisaient très souvent à dire que : les hommes sont les mêmes. Ne pouvant me laisser avaler par le différent, j’étais heureux de m’enrichir de lui. Je me sentais plus homme à mon retour au Cameroun, à la suite du long frottement avec ces altérités qui m’ont déstabilisé positivement sur le plan intellectuel et humain. Les différences que je n’ai pas assimilées ont aussi permis une meilleure connaissance de l’homme Saint-Germain-en-Laye : un dépaysement et une fascination.
Venant de la région de forêt du Sud-Cameroun, j’arrive en France pour la toute première fois au mois de
septembre 1997. Mon Évêque m’y envoya pour poursuivre les études à l’Institut Catholique de Paris. Ce fut l’église où Louis XIV avait été baptisé, l’église de Saint-Germain-en-Laye qui ouvrit mes yeux en France. J’allais habiter dans cette paroisse de banlieue parisienne située à l’un des 1 terminus du RER A , dont la bouche donnait au parvis de cette église riche d’histoire. Plus tard, je vais me faire dire que j’avais la chance d’atterrir dans cette paroisse. Comment pouvais-je réaliser que j’avais la chance, alors que je n’avais pas, jusque-là, connu une autre paroisse en France? Comme prêtre, je fus accueilli avec beaucoup de respect. Une dame bien gentille était venue m’attendre à l’aéroport Charles de Gaulle. Tout était merveilleux et fascinant. J’étais arrivé, un mois avant le début des cours à l’Institut Catholique de Paris, question de me familiariser avec le Nouveau Monde. Autour de moi, tout était propre et beau, mais mon Cameroun me manquait. Rien ne ressemblait à Ngoulémakong, ce village du Cameroun où j’étais curé avant mon départ pour la France. Ce n’était pas le moment de penser à un voyage ou à des vacances au pays. Comme quelqu’un qui ne sait pas nager, j’étais poussé dans l’eau; il n’y avait qu’une alternative, nager ou se noyer. Jusque-là, le repas du soir, pour moi, était lié à l’obscurité de la nuit. En ce mois de septembre 1997, les jours étaient longs. Je restais dans les jardins du château de Saint-Germain-en-Laye, à contempler les avions qui traversaient le ciel bleu; le corps en France, l’esprit au Cameroun. Et quand la lumière baissait, je regagnais le presbytère pour le repas du soir que je prenais seul, parce que j’étais seul. Et quand je regardais la montre, on était déjà à vingt et une heures. Et progressivement, je
1 Nom donné à ces trains qui relient la ville de Paris et la banlieue. À cette époque, on avait les lignes A, B, C, D, E.
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comprenais que j’étais sorti de l’ordre du temps auquel j’étais habitué. Pendant les premiers jours, le curé m’avait servi de guide pour aller à Paris par le train. Et très vite, je me mis à la vie de France, la vie de Paris. De temps en temps, il me faisait des remarques et je compris que j’étais dans un milieu qui avait ses codes, je veux dire, ses «bonnes manières». Il fallait régulariser mon séjour d’étudiant, finaliser mon inscription à l’Institut Catholique, organiser la vie pastorale, préciser mes activités en paroisse en donnant la priorité à mes études.
Je voulais découvrir les civilités françaises; mais en même temps, je tenais à mes traditions et à mon identité. J’étais sur la défensive si mon interlocuteur n’en tenait pas compte. Le réflexe d’affirmer mon identité et ma personnalité était là. Alors que j’étais prédisposé à m’enrichir de la différence, voici le genre de choses auxquelles j’affichais rébellion et mépris : «nous allons à une réunion, tu ne dis pas ci... tu ne dis pas ça». En fait, le curé voulait absolument me faire comprendre qu’être à Saint-Germain-en-Laye était une chance pour moi. Je ne devais donc pas me risquer à prendre trop de libertés; même en parole. Ses conseils étaient plutôt des ordres. Toute occasion était bonne pour me rappeler que j’avais une chance que je ne mesurais pas. C’est ainsi que, dans le silence, je pris la résolution de quitter un milieu de «chance», pour chercher un milieu d’autres humains. Cependant, j’avais pu rencontrer des gens très aimables et simples dans ce milieu dit de «chance», dont les noms me reviennent comme Louis Dugas et bien d’autres qui étaient attristés par mon départ. D’ailleurs, c’est à Saint-Germain que j’avais eu la possibilité et le bonheur de me créer des relations en Écosse, grâce à un des maîtres de chants liturgiques qui était un Britannique; il s’appelait Christopher.
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