//img.uscri.be/pth/9f6e517b12422cab16f8e090e7e3536a89853277
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

A quel saint se vouer ?

De
199 pages
"Je ne sais plus à quel saint me vouer", entend-on parfois. A quoi, à qui faire confiance ? Les hommes restent sur leur faim et leur soif, déçus ou découragés. Jamais les réponses humaines aux questions des hommes n'ont paru aussi décevantes. Jamais les "offres célestes" n'ont été aussi nombreuses... si dangereuses parfois. Il n'y a vraiment que la foi qui sauve. Il y a plus de deux mille ans, quelqu'un a proclamé : " je suis la lumière du monde". Si c'était vrai ?
Voir plus Voir moins

Jacques LAIR

A QUEL SAINT SE VOUER?
Il n'y a que la foi qui sauve

L'Harmattan

Du même auteur, chez le mêlne éditeur

On m'a appris au catéchislne De quelques curiosités du dogme catholique

Avril2002

Infidèle Eglise L'étrange navigation de la Barque de Pierre Septelnbre 2002

Sommaire

A vertissement au lecteur

I MEFIEZ-VOUS!
1. Méfiez-vous 2. Un dangereux royaume...
3. Et pourtant

CE MONDE EST DANGEREUX !
... ... ... ... 13 21
49

il faut vivre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

II A QUEL SAINT SE VOUER? Les offres célestes
1. Il était une foi. Le fait religieux. .. ... ... ... ... ... .. .. 65

.. . '? 2 . Une re 1 Iglon. ? P our qUOI aIre. fi
3. On tue au nom de Dieu.. 4. Dieu a tué ... ... ... .. ... ... ... ..... . .. ...

.

83

97 131

5. On a tué Dieu. « Dieu est mort! » mais il se porte encore bien 151

III

IL N'Y A QUE

LA FOI QUI SAUVE

Une Une Une Une

foi plutôt foi intime

qu'une

religion.

. ... .. .... ... ... ... ..... . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . .. . . . . . . . ..

183 184 186 187 191 195

et personnelle.

foi don et choix. foi engagée.

. . . . . . .. . . . . . . . .. .. . . .. . .. . .. . . . . .. .. ..

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Une foi intelligente et éclairée
« Je suis la lumière du monde».

....
.. . . . . . .. . . . .. . .. . . . . . . . .. .

Envoi.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

201

8

Avertissement au lecteur

Méfie-toi, lecteur! Ce livre que tu viens d'ouvrir peut te conduire où tu ne désires pas aller. Il peut aussi t'attirer et t'accompagner vers des horizons que, plus ou moins secrèten1ent peut-être, tu souhaites, un jour, contenlpler.

I

MEFIEZ-VOUS! CE MONDE EST DANGEREUX!

1 MEFIEZ-VOUS!

« Méfie-té d 'zautes. Méfie-té d'ton pé. Méfie-té d'ta mé. Méfie-té d'té! »

Ainsi parle l'antique sagesse de la Nonnandie profonde. A-t-elle tort? A-t-elle raison? Qui sait? Méfiez-vous des pickpockets. Méfiez-vous des regards indiscrets au distributeur de billets. Méfiez-vous des publicités mensongères. Méfiez-vous des marchands de rêve. Méfiez-vous des bombes aérosols, elles détruisent la couche d'ozone. Méfiez-vous du tabac. Fumer tue. Méfiez-vous de l'alcool au volant. Boire tue. Méfiez-vous de l'air que vous respirez, de l'eau que vous buvez, de ce que vous mangez. Méfiez-vous de l'eau qui dort. Méfiez-vous de la lnarée montante et des sables mouvants. Méfiez-vous des préservatifs, ils ne préservent pas toujours. Méfiez-vous de la méthode Ogino, sa progéniture est innombrable. Méfiez-vous du colis abandonné.

Méfiez-vous, un train peut en cacher un autre. Méfiez-vous des transfusions sanguines, du sida, de I'hépatite C, de la vache folle, des maladies nosocomiales, des OGM. Méfiez-vous de l'annonce d'un nouveau vaccin ou d'un remède miracle. Méfiez-vous des chauffards et des automobilistes qui brûlent les feux rouges. Méfiez-vous de ce que vous voyez à la télé, de ce qu'on vous dit à la radio, de ce que vous lisez dans le joun1al. Méfiez-vous de la mode, elle se démode. Méfiez-vous de « qui vous savez» et de ceux qui savent tout. Méfiez-vous des bruits de couloir, des rumeurs alarmistes, des effets d'annonce, des promesses électorales. Méfiez-vous des flatteurs et des faux prophètes. Méfiez-vous de ceux qui sonnent à votre porte et des démarcheurs à domicile. Méfiez-vous des contrefaçons. Méfiez-vous du courrier administratif auquel vous ne comprenez rien. Méfiez-vous des contrats d'assurance et de leurs petites notes en bas de page. Méfiez-vous des factures et des relevés de compte. « Méfie-toi, César, des ides de Mars! » Méfiez-vous de tous les intégrismes. Méfiez-vous des terroristes. Méfiez-vous fillettes, fillettes. Gare au gorille! Otez vos rouges tabliers. Méfiez-vous des rapports d'experts, des aveux spontanés, des preuves préfabriquées, des enquêtes judiciaires bâclées. Méfiez-vous de la mondialisation. Méfiez-vous des certitudes, des idées reçues,

14

de la pensée unique. Méfiez-vous de votre mémoire, elle peut vous jouer des tours. Méfiez-vous de votre in1agination et de vos réactions. Méfiez-vous de tout, vous dis-je. Attention à la marche en sortant. Attention au départ, fermez les portières s'il vous plaît, attachez vos ceintures. Ne laissez pas les enfants jouer avec la serrure. Ne descendez pas avant l'arrêt cOlnplet.

Chacun est à même de vérifier que je n'exagère pas, et d'allonger, selon sa propre expérience, la liste inépuisable des «Méfiez-vous! » Voilà bien ce que l'on entend ou que l'on fait à longueur de journée, dans cette vie moden1e et civilisée qui est la nôtre. Nous vivons dans l'ère de la méfiance, de la défiance, du soupçon. Il faut constamlnent se méfier de tout et de tout le monde, se tenir vigilant, toujours en alerte. Faute de quoi il peut nous en CUIre. Qui ne se méfie risque de passer pour un naïf - et c' en est un ou pour un pigeon facile à plumer - et c'en est un -, innocent candide perdu dans la jungle impitoyable et cruelle où règne la loi du plus fort, du plus riche, du plus malin, du plus ambitieux et du moins scrupuleux. Malheur donc à l'innocent, au naïf et au crédule. Le royaume de la terre ne lui appartient pas. Il n'y survivra pas 10ngteInps. Nous vivons dans un monde inquiet et inquiétant, redoutable et angoissant. Dans un monde en état de siège. A quel saint se vouer? Sommes-nous, «I 'hon1o absurdus, habitant sans vie d'un siècle dont le prophète est Kafka» 1 ? Kafka s'entendrait bien avec le roi Ubu. On pourrait s'en tirer par une pirouette en se disant, avec Michel Audiard, qu'après tout « La vie est une épreuve dont on ne sort pas vivant. » Alors à quoi bon s'angoisser? C'est évidemment
1 Roger Grenier, Utilité du fait divers, in Revue des Temps Modernes, n° 17, p. 95, cité par Nathalie Sarraute, L'ère du soupçon, Gallimard, coll. Idées, 1966.

15

aller un peu vite en besogne, car le chemin est long avant de trouver la sortie. Beaucoup se demandent: Où sommes-nous? Que vivonsnous? Où nous mène-t-on ? Comment continuer à vivre sans vision de l'avenir? Cela mine leur capacité d'espérer et les empêche de regarder loin devant eux. Nous baignons dans la violence. Entendons-nous sur le mot. La violence ne se réduit pas à l'agression physique, aux coups et blessures. Est violence tout ce qui contraint de quelque manière et entrave, sans notre assentiment, notre liberté. Cela peut aller du chantage aux techniques raffinées d'exploitation des faiblesses humaines. Par nature, la violence est destructive. Dans notre siècle qui se veut moderne elle est partout présente. Violence politique. Attentats terroristes, kamikazes ou autres, prises d'otages, agressions de toutes sortes, par des individus ou des Etats, dictatures, conflits ethniques, mais aussi mensonges officiels, élections truquées, cynisme de responsables politiques, violence de l'appareil d'Etat. La fin justifiant les moyens, là plus qu'ailleurs. Violence religieuse des intégristes et fanatiques de tous bords voulant imposer au genre humain leur conception de la vie et de la société. Violence de ceux qui brandissent le Livre, petit ou grand, rouge ou de tout autre couleur, telle une anne de combat et de conquête. Communautarisme exacerbé, intolérance, fanatisme, endoctrinement souple et insidieux des esprits dociles d'enfants ou d'adultes. Violence urbaine, très quotidienne et terre à terre. Certains transports en commun aux heures de pointe sont une redoutable épreuve. Le taux de compression des voyageurs dans le métro parisien frôle parfois la catastrophe. Si vous laissez votre voiture en stationnement la nuit elle risque de s' enflamlner. Automobiliste, vous attendez à un feu rouge, quelqu'un vient brutalement prendre votre place au volant et s'enfuit avec votre véhicule. Les piétons ne sont pas plus avantagés, ils risquent d'être renversés sur un passage en principe protégé ou même sur le trottoir. Pour se mettre à l'abri de la violence urbaine, des cités ou résidences sécurisées poussent un peu partout, à l'imitation des

16

«gated communities », ou cités forteresses, des Etats-Unis. Véritables ghettos pour riches, villes coffres-forts avec enceÎ11tes, gardes, caméras de surveillance, règlement intérieur implacable lnais librement souscrit, garantie de protection dans un espace bien tenu et « bien habité ». Ces villes closes sont le signe d'une fracture sociale inquiétante. Elles constituent un véritable apartheid socioethnique. Une lninorité prudente et possédante se replie sur ellemême, se coupe radicalelnent d'une masse ou d'éléments réputés dangereux avec lesquels il ne faut surtout pas frayer. Se protéger à tout prix. Vivre dans un camp retranché. On organise confortablelnent son espace privé, on abandonne l'espace public à ceux qui font peur parce qu'ils n'ont pas pris le bon train, à ces populations qui se sentent oubliées par les pouvoirs en place. Le spectacle des voitures brûlées la nuit, dans certaines banlieues populaires, complaisamment relayé et lnis en scène par la télévision, contribue fortement à renforcer cette fuite sécuritaire. Les pouvoirs publics favorisent souvent cette politique, ne serait-ce que par le biais des permis de construire, alors que se développe tout un marché de la sécurité générateur de profits: portes blindées, télésurveillance, systèlnes d'alarme de toutes sortes, sociétés de vigiles. Violences naturelles. Avalanches, tremblements de terre, éruptions volcaniques, canicule, inondations... Certaines évitables si l'on avait la sagesse ou le courage de ne pas construire en zone inondable ou dans un couloir d'avalanches ou si l'on avait tenu compte des alertes météo et des mises en garde. Et que dire des marées noires et autres pollutions maritimes ou aériennes dont on ne peut tout de mêlne pas accuser la nature? Violences et insécurité sanitaires. Atteintes à la santé et à l'environnement. Sang contaminé. Epidémies, endémies, pandémies, épizooties, vache folle, syndrolne respiratoire aigu sévère (Sras), grippe asiatique ou aviaire, légionellose, maladies nosocomiales. On attribue à ces dernières 4 000 décès chaque année. Microbes, bactéries et autres virus rôdent partout cherchant qui dévorer. Comlnent ignorer le sida, bien sûr! pandémie mondiale qui ne cesse de progresser et menace de devenir incontrôlable,

17

notamment en Afrique et en Asie. Des chiffres effarants. Près de quarante millions de malades dans le monde (deux fois plus qu'en 1995). Il 000 personnes par jour infectées par le VIH. Trois millions de morts en 2006 (plus de 8 000 chaque jour) dont plus de 600 000 enfants. Ce fléau doit-il tout à la fatalité? Ce n'est pas sûr. Sa naissance peut-être, mais pas sa propagation si rapide et si dévastatrice facilitée par des facteurs de différents ordres: culturel (surtout ne pas en parler! On se voile officiellement la face en Inde, en Russie et en Chine par exemple), religieux (intransigeance Inorale, con-damnation criminelle du préservatif), économique (cherté des Inédicaments), technique (manque de personnel soignant) ou politique (concertation insuffisante entre pays, refus d'ingérence, promesses de financelnent non tenues). Violence dans le monde du travail plongé dans la flexibilité et la précarité. Le risque est quotidien d'apprendre par la presse que votre usine va fennel" et se délocaliser vers quelque paradis de la main-d'œuvre pas chère. Les salariés cOlnprennent qu'ils sont devenus jetables 2, et leur travail une ressource comme une autre, une matière première et une marchandise que l'on gère comme telle. Il convient que cette marchandise rapporte et soit rentable. Employabilité, rendement, cadences, horaires morcelés, rémunération et avancement au mérite, au plus rapide, au plus docile. On subit par peur de déplaire à son chef. Harcèlement moral, désenchantement, désillusion, perte de sens. « Les gens ont peur de ne pas réussir, peur les uns des autres, peur des restructurations. Le rapport au travail, qui est pourtant un facteur de santé n1entale, a été ruiné 3 . »
2 A titre d'exemple - parmi cOlnbien d'autres! - en décembre 2002, les ouvriers de LU, dans le Pas-de-Calais et à Ris-Orangis, ont appris la fermeture de leurs deux sites pour motif de stratégie économique. Or, ils ont reçu la même semaine une lettre de la direction assortie d'une prime pour les bons résultats obtenus l'année précédente. 3 Christophe Dejours, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, cité par Claudine Ducol, journaliste, in Témoignage Chrétien du 19 décembre 2002.

18

Cette constante pression du travail sur les individus et cette insécurité sociale de bas en haut de l'échelle génèrent stress et dépression pouvant aller jusqu'au suicide. L'atmosphère devient pesante. A qui faire confiance? A quel saint se vouer? Aux « psys » peut-être? Ils sont de plus en plus en vogue. Pas un accident, à plus forte raison une catastrophe, sans la présence immédiate sur les lieux du psychologue, en même telnps que les premiers secours. Un de mes amis s'est récelnment fait voler sa carte bancaire lors d'un retrait au distributeur. Lorsqu'il s'est présenté au commissariat de police pour porter plainte, on lui a demandé obligeamment s'il désirait une assistance psychologique. La profession a de l'avenir ! La psychologie imprègne la société. Voyez ces émissions de télévision où des gens acceptent (avec quel empressement !) de se dévoiler sans pudeur aucune devant des millions de spectateurs, d'exprimer leurs sentiments et leurs fantasmes à la face du monde. N'y a-t-il pas là un signe de désarroi personnel, une forme contemporaine du besoin d'aveu et de confession? Le stress du quotidien nous fait douter de nous-mêmes et de notre propre capacité spirituelle. Nous allons chercher écoute et conseils auprès de spécialistes, parfois autoproclamés, pour nous dire ce qui est bien ou mal, ce qu'il faut penser, comment il convient de se comporter selon les normes de la société dans laquelle nous vivons. Un véritable formatage mental. Ballotté sur un océan périlleux semé d'écueils, sur quelles terres fermes et sûres le navigateur que nous sommes va-t-il pouvoir poser le pied? A qui, à quoi faire confiance pour mener sa barque? Aux mondes médiatique, politique, économique, international?

19

2 UN DANGEREUX ROYAUME

Une fillette vietnamienne s'enfuit sur une route, nue, hurlant de douleur et de terreur, brûlée par le napalm déversé par des avions américains. C'est le 8 juin 1972. Son nom: Phan Thi Kim Phuc. Qui n'a vu cette photo? Elle a fait le tour du Inonde. Elle fut plus éloquente que cent reportages parlés ou écrits pour sensibiliser ce qu'on appelle l'opinion publique à l'horreur de la guerre du Vietnam. On se souvient - car il y a toujours des guerres - de cette photo, à Gaza, en Palestine, du petit Mohamed, tremblant de peur, abrité par son père qui essaye en vain de le protéger des tirs hostiles pendant l'Intifada, le 30 septembre 2000. Le gamin est finalement tué, en direct, sous l'œil de la caméra du reporter de France 2, qui offre la photo aux chaînes du monde entier. Ce reportage suscite l'émotion que l'on imagine et pas mal de controverses. Avait-on le droit de filmer ainsi la mort en direct d'une innocente victime? Inépuisable interrogation. Faut-il montrer ou ne pas montrer l'horreur? Jusqu'où peut-on aller dans l'indécence? Faut-il pudiquement cacher? Faut-il informer? Qui aurait eu la moindre idée de la Shoah et des camps de concentration nazis sans les photos publiées en 1945 par les reporters des armées alliées? « Après la Seconde Guerre n10ndiale,

alors que les discours sonnent creux, ce sont les in1ages qui hurlent 4 la fracture des ten1ps. » écrit André Glucksmann citant ensuite Susan Sontag: « Ce furent pour lnoi les photographies de BergenBelsen et de Dachau, que je découvris par hasard chez un bouquiniste de Santa Monica en juillet 1945. Rien de ce que j'ai pu voir depuis lors - en photographie ou dans la vie réelle - ne nle fit janlais une impression plus vive, plus instantanée et plus profonde. Il me sen1ble vraÙnent que je pourrais diviser n1a vie en deux séquences: celle d'avant la vue de ces photographies [...] et celle

d apres .» Faire voir est essentiel. Pour le Ineilleur ou pour le pire. Ce qui ne se voit pas n'existe pas. L'information est indispensable. Si on n'informe pas, qui saura? Une photo comme celle de la jeune Vietnamielme a probablement créé un choc émotionnel et fait prendre conscience à quantité de gens d'une réalité insupportable. C'est vraiment« le choc des photos et le poids des mots ». De là à provoquer un mouvement d'opinion suffisamment fort pour influencer les décisions des responsables politiques, il n'y a que quelques pas vite franchis. Ce genre d'information mobilise l'opinion. Pour la b01l11e cause en l'occurrence. Vu sous cet angle, c'est un antidote à la guerre. Reconnaissons le rôle irremplaçable des médias. Grâce aux médias, des scandales, des critnes, des génocides comme celui du Rwanda, en 1994, ont vraitnent existé pour le grand public. De ténébreuses affaires politico-financières se sont trouvées exposées en pleine lumière. Grâce à eux, les choses n'ont pas été camouflées ou étouffées. Des citoyens, des électeurs mieux informés ont pu se faire une opinion, prendre position, exiger que justice soit rendue. On ne peut pas échapper aux médias. Omniprésents, omnipotents et omniscients, journaux, radios, télévision, internet, affiches, publicités, courriers et messages de toutes sortes nous entourent, nous envahissent, nous imprègnent, nous informent - ou
4 André Glucksmann, La troisième Inort de Dieu, Nil éditions, Paris, 2000, p. 160. 5 Susan Sontag, La Photographie, Le Seuil, 1979, pp. 30-31.

,

,5

22

nous désinforment - nous influencent et parfois nous manipulent « à l'insu de notre plein gré ». Pour faire signer des chèques aux téléspectateurs du Téléthon, on fait venir sur les plateaux de télévision des petits infirmes en fauteuil roulant, propres à exciter la compassion. Effet choc, effet assuré. De même les tentes de SDF dans les rues de Paris. Les lnédias sont des complices de la politique «colnpassionnelle ». « Celle-ci sollicite, à grands coups de spectacles, les larnles et les dons du public, lnais laisse lan1entablen1ent prospérer, dans l'ombre, les causes de la misère 6. » L'intention qui sous-tend de telles actions peut être noble, comme elle peut être ignoble. Lorsqu'on vous montre la photo de cadavres suppliciés, les poignets serrés par des fils de fer barbelés comme ce fut le cas, dans la Roumanie de Ceausescu, à Timisoara, en 1990, l'intention est bien de susciter la haine et la vengeance, et non la compassion. C'est d'autant plus écœurant que la photo, on l'a su plus tard, était truquée. On avait tout bOlmelnent déterré quelques innocentes « victimes» pour monter une macabre mise en scène. Pendant la première guerre du Golf, dite Tempête du désert, n'a-t-on pas rapporté que des soldats irakiens, les envahisseurs, avaient, au Koweït, débranché des couveuses de nourrissons en soins intensifs? Information forgée de toutes pièces pour les besoins de la cause. Aussi cette photo d'un GI pleurant la mort d'un de ses calnarades tué par erreur par son propre camp (cela s'appelle un friendly fire, un tir amical, en ce sens qu'il provient d'amis... qui l'ont tué amicalement !). Ce cliché remporta le prelnier prix du World Press, l'une des plus hautes distinctions de la corporation. « Grâce à lui, écrit un confrère, un fait tout à fait marginal avait été transforn1é en une image syn1bole, résumant et masquant un conflit qui a surtout coûté la vie à des nlilliers de
pauvres bougres irakiens
6 7

7.

»

Michel Cool, in Témoignage chrétien du 29 janvier 2004. Cité par Edgar Roskis, in Le Monde Diplonlatique de janvier 2003, dans

un article intitulé Tant de clichés et si peu d'Ùnages ...

23