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Aimez vos ennemis

De
150 pages
Une injonction à priori impossible à première vue devient tout à fait réalisable pour qui change d'attitude intérieure et se laisse guider par le respect de soi et la considération de l'autre. La communication non-violente de Marshall Rosenberg est adaptée à toutes les cultures car elle est fondée sur la personne humaine. Michel Monod la traduit pour nous dans notre culture chrétienne et trouve dans le Christ le fondement originel de la communication pacifique.
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AIMEZ VOS ENNEMIS

www.1ibrairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr diffusion.harmattan @wanadoo.fr @- L'HARMATTAN, 2006 ISBN: 2-296-00721-X EAN : 9782296007215

Michel MONOD

AIMEZ VOS ENNEMIS
Traité de communication pacifique et non-violente

et Pas à pas vers la paix: descriptif du cours

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ~BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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REMERCIEMENTS

Ma reconnaissance va d'abord à Marshall Rosenberg qui a su par son enseignement de la communication nonviolente compléter ma formation personnelle. Je tiens aussi à remercier Hélène Domergue, Anne Bourrit, Laurence Bruschweiler et Jean Philippe Faure qui m'ont accompagné dans cette formation.

Je remercie également Philippe Becquelin et Pain Pour le Prochain qui m'ont autorisé à reproduire les illustrations de ce livre.

AVANT-PROPOS

Frappé par les événements tragiques de la deuxième guerre mondiale j'ai toujours été un militant de la nonviolence. Je fais partie du Mouvement International de la Réconciliation et j'ai rejoint le groupe de formation de la branche romande. J'ai suivi des séminaires de communication non-violente donnés par Marshall Rosenberg, des stages d'approfondissement et un groupe de pratique. Cette formation m'a beaucoup intéressé car je retrouve dans cette méthode la force de la vérité et l'approche du cœur que soulignait Gandhi. J'ai été Pasteur de l'Eglise Protestante de Genève et maintenant je suis à la retraite, j'ai donc du temps à disposition. J'ai été invité à animer des séminaires dans plusieurs pays d'Afrique à la demande d'amis africains rencontrés à Genève ou qui ont fait appel par courrier électronique au groupe de formation. L'intérêt des Africains est très grand pour la communication nonviolente car ils vivent ensemble, ils ont besoin les uns des autres et voudraient pouvoir régler leurs conflits pacifiquement. Leur culture est très riche dans ce domaine mais ils restent ouverts à un apport extérieur. J'ai du m'adapter à leur milieu, à leur culture et j'ai développé une méthode d'enseignement qui tient compte des attitudes non verbales, des gestes, du souffle et de la spiritualité. Cette méthode d'enseignement reste fidèle dans le fond à la communication non-violente de Marshall

Rosenberg mais elle innove sur la forme. Par respect pour la méthode originale je la nomme communication pacifique et non-violente. Je marque ainsi la différence mais je reconnais aussi l'allégeance que je dois à l'initiateur de la méthode.

PREMIERE PARTIE

Signification spirituelle et portée politique de la communication pacifique et nonviolente

CHAPITRE I

AIMEZ VOS ENNEMIS

Qu'est-ce que l'amour? Nous pensons immédiatement à une émotion, un sentiment, de la surprise à l'affection en passant par l'intérêt, la tendresse, etc. Mais l'amour est aussi un besoin, le plus répandu, celui d'aimer et de contribuer au bien être des autres et celui d'être aimé. C'est encore une inspiration fondamentale, une énergie créatrice donnée à chacunle et que nous appliquons à un objet pour le posséder ou à la personne aimée pour nous connecter avec elle. La haine est à l'inverse de l'amour une énergie négative à laquelle on se laisse aller. Cette haine est un poison que nous destinons aux autres et que nous avalons nous-mêmes. Il se peut même que nous imaginions que l'autre nous haïsse mais ce n'est en fait que la projection sur lui/elle de notre propre haine. Il/elle devient alors notre ennemi/e. Je- Tu, Je-ll/Elle Martin Buber parle de la relation entre le Je et le Tu comme d'un événement qui modifie chaque personne. Il s'agit d'une rencontre entre deux sujets, décidée volontairement, librement. Si l'un tend à utiliser l'autre comme un objet, il n'y a plus de liaison vraie entre un Je et un Tu mais une distinction entre un Je et un Il/Elle comme

avec n'importe quel objet d'expérience. Pour retourner à une relation vraie il est nécessaire d'opérer un revirement, prendre le risque de la rencontre qui est accueil de l'autre au lieu de s'en servir. TI s'agit d'accepter la réciprocité, devenir présent l'un à l'autre. Cette présence l'un à l'autre est ce que Martin Buber appelle l'amour. Il est ce qui se produit entre deux personnes et qui ne peut être objectivé. Il est à l'origine des sentiments que l'on a, il existe entre le Je et le Tu.1 L'ennemi, l'ennemie. La communication est le lien établi entre deux personnes qui sont ouvertes l'une à l'autre. Si nous sentons que l'autre va nous juger, nous exploiter, nous opprimer nous ne pouvons que nous refermer. Nous avons l'impression d'être traité comme un objet et nous refusons d'être utilisé. Nous établissons une opposition entre elle et nous. A son tour elle n'est plus une personne mais un objet. Cette personne devient l'objet de notre ressentiment, nous l'objectivons, nous la réduisons à l'état d'une chose malsaine à détruire. C'est pourquoi dans les guerres l'ennemi est représenté par des images négatives qui n'ont plus rien d'humain, des objets malfaisants qu'il faut éliminer. La violence Mais pourquoi tant de haine? Parce que cette personne nous a fait mal, physiquement ou psychiquement. Nous avons subi une blessure dans notre corps ou dans notre âme que nous percevons comme une violence. La violence est une atteinte à notre intégrité corporelle s'il y a coup, blessure. Elle est une infraction à notre intégrité psychique
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Martin Buber. Je et Tu. Page 26. Aubier 1992

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s'il y a critique, reproche, insulte, moquerie. Cela se produit quand une personne est agressive à notre égard. Le jugement Je suis soumis à une violence subtile quand je subis le jugement de quelqu'un. Une évaluation est prononcée sur moi comme un prix dérisoire est affiché sur une marchandise. Même une évaluation flatteuse est désagréable parce qu'une personne n'a pas de prix. Tout jugement est une atteinte à notre identité que personne n'a le droit d'évaluer. Quand j'entends une critique, un reproche, un jugement, j'ai mal, je suis mal à l'aise. J'attendais de l'estime, de la considération et me voilà déçu. Je sens monter en moi de la haine. Le conflit Un mur d'incompréhension se dresse entre nous. Parfois je préfère laisser tomber et quitte la pièce parfois je riposte du tac au tac, critique pour critique, reproche pour reproche. Je deviens violent à mon tour en portant atteinte à l'autre par réciprocité. Ces critiques et ces reproches en fait n'ont rien à voir avec l'attitude de l'autre car ils viennent de moi et je les projette sur l'autre. C'est comme on vomit quelque chose qu'on a mal digéré. Je deviens agressif à mon tour et cela génère le conflit. La dispute Je pense que l'autre a tort, c'est sa faute. Il y a concentration sur l'objet du conflit qui peut être véniel mais donne lieu à un échange d'arguments. C'est parfois rien du tout mais ce rien devient le prétexte pour ressortir toutes sortes de rancunes, de régler de vieux contentieux qui 13

traînent. La pensée sert trop souvent à masquer nos sentiments et nos besoins, elle nous coupe de notre être. Le mental s'emballe et se plait au jeu jusqu'au déraisonnable. Les arguments font appel à des croyances, ils sont étayés par des convenances supposées indispensables, des prescriptions soi-disant incontournables, bref tout un cinéma. Le tout se termine par une exigence impérative, comminatoire qui indigne et révolte l'adversaire. Il va donc répliquer et présenter ses propres arguments tout aussi contestables. Il s'ensuit un échange peu amène au niveau du mental qui ressemble fort à une partie de ping-pong. C'est la dispute qui casse la relation. Le chacal et la girafe Marshall Rosenberg est l'initiateur de la communi-cation non-violente. Il nous enseigne comment éviter la dispute et faire en sorte que le conflit devienne plutôt l'occasion d'améliorer la relation. Il s'agit de rétablir la communication entre les adversaires. Pour cela il utilise des symboles très simples: le chacal et la girafe. La personne agressive est comme un chacal. Mais cette agressivité n'est qu'une apparence car dans le fond le chacal est un petit animal facile et généreux. Il suffit d'en prendre conscience. Tout chacal est une girafe qui s'ignore dit Marshall. Pourquoi la girafe? Parce qu'elle a un grand cœur. Nous avons tous la possibilité d'être une girafe, de prendre du recul par rapport à une situation, de préférer tourner trois fois sa langue dans sa bouche et surtout de faire appel à notre fond de générosité et de bienveillance. Marshall Rosenberg l'appelle l'élan du cœur. Cet élan nous porte à exprimer nos sentiments et nos besoins et à reconnaître les sentiments et les besoins des autres plutôt que de se laisser 14

aller à l'agressivité. Cette bienveillance est naturelle chez certains. Chez d'autre il s'agit de la cultiver.2 Un choix conscient Le choix nous est laissé de communiquer ou de ne pas communiquer. Ce choix est une question de conscience. Par conscience nous entendons plus que la simple conscience des événements qui se produisent autour de nous. Il s'agit plutôt d'un supplément d'âme qui permet la prise de conscience. Je prends du recul, une pause et après une respiration je renonce à ma violence qui ne me mène à rien et prends conscience que j'ai d'autres ressources en moi qui me seront plus utiles dans la circonstance. Je comprends que l'individu en face de moi est aussi une personne et je ne peux pas haïr une personne. L'auto empathie Je renonce donc à la haine. Je laisse mes accusations portant sur l'objet du conflit car il est inutile de se disputer à propos de ce qui nous oppose. Cela ne sert à rien sinon à gonfler le conflit. Je renonce à argumenter et à faire valoir mon bon droit comme si j'avais raison. La pensée ne peut se suffire à elle-même. J'ai recours à la conscience, une antenne sur l'être intérieur, les sentiments et les besoins. Je suis plutôt attentif à ce qui se passe en moi profondément. A la surface il y a bien la colère, l'indignation à propos du différend qui nous oppose. Je le prends en considération mais je ne suis pas obligé de l'exprimer tout de suite. Je peux rester avec comme dit le Bouddha, rester Zen, en attendant une meilleure occasion de le régler lorsque la communication sera rétablie.
2 Marshall Rosenberg. Les mots sont des fenêtres. Page 9.

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