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Autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Eglises d'Afrique

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L'autonomie financière des Eglises d'Afrique est devenue un objectif urgent et prioritaire. Leur dépendance structurelle représente un véritable obstacle à l'évangélisation qu'elles doivent accomplir et les empêchent de se situer à égale dignité avec les autres Eglises. Il ne s'agit pas de refuser la collaboration ou l'aide venant de l'extérieur, mais de prendre en charge son existence, de contrôler ses programmes, d'adapter le style de vie à ses moyens et de maîtriser la gestion de ses biens.

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Ajouté le 01 février 2007
EAN13 9782296164055
Langue Français
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Autonomie financière et gestion des biens dans
,

les jeunes Eglises d'Afrique

Image de couverture:

Dias Cameroun de A. Costalonga

www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fi-

@ L'Harmattan, 2007 ISBN: 978-2-296-02427-4 E~:9782296024274

Sous la direction de

Silvia Recchi

Autonomie financière et gestion des biens

dans les jeunes Eglises d'Afrique

,

Département de Droit Canonique Université Catholique d'Afrique Centrale Institut Catholique de Yaoundé B.P. 11628 YAOUNDÉ (Cameroun)
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'HarmattanHonp KOnyvesbok KossuthL. u. 14-16 10S3Budapest EspaceL'Harmattan KInshasa Fac..desSc. Sociales,Pol.et Adm.; BP243,KINXI Université Kinshasa ROC de L'Harmattan luUa ViaDegliArtisti,IS 10124Torino ITALIE L'Harmattan Burkina Faso 1200logements 96 viDa 12B2260 OWIgldougou 12

Collection EGLISES D'AFRIQUE
Dirigée par François Manga-Akoa

Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s'est inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de l'Occident, au point d'en être le fil d'Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements d'explorations scientifiques, suivis d'expansions coloniales et missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d'hommes et de femmes, s'est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en Afrique. D'où la naissance de plusieurs communautésecclésiales qui ont beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à l'avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est aujourd'hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de l'Eglise en Afrique? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Eglises d'Afrique participeraient-elles d'une dynamique qui leur serait propre? Autant de questions et de problématiques que la collection « EGLISES D'AFRIQUE» entend étudier.
Déjà parus Nathanaël Yaovi SOEDE, Sens et enjeux de l'éthique, 2007. Jean-Paul SAGADOU, À la recherche des traces africaines du Dieu-Trinité,2006. Lucie BRUNET, Les communautés ecclésiales de base. L'exemple de Bangui en Centrafrique, 2006. Emmanuel BIDZOGO, Eglises en Afrique et autofinancement, 2006. Marcus NDONGMO, Éducation scolaire et lien social en Afrique Noire, 2006.

AVANfPROPOS

L Yaoundé s'est engagé, dès ses origines, à dialoguer avec les cultures de l'Afrique subsaharienne. En effet, son souci est non seulement d'être davantage au service des Églises particulières d'Afrique, mais aussi de rendre effective sa vocation à œuvrer, en faveur de la justice et de la communion, au service du peuple de Dieu qui est dans ce continent, et de collaborer à la croissance et à la maturité des ~glises encore jeunes. À cette fin, ce Département participe au Consortium

e Département de Droit Canonique de l'Institut Catholique de

international ccDroit canonique et culture»)dont il détient la présidence d'honneur et à l'intérieur duquel ont été développées les recherches présentées dans cet ouvrage. Aussi bien, Autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Églises d'Afrique comporte des articles qui traitent d'un sujet d'une brûlante actualité ecclésiale auquel le Département de Droit Canonique, ces dernières années, a consacré une attention toute particulière, au regard de son importance pour tous les fidèles. Le droit que l'Église a de posséder des biens temporels lui vient de son Fondateur, et trouve sa justification dans la poursuite des fins qui lui sont propres. Ces fins, en effet, même si elles sont surnaturelles, ne sauraient être réalisées sans moyens temporels, car l'Église vit et agit dans l'h istoire et.dans le temps. Ainsi la nécessité de disposer des biens temporels est-elle conséquente à la mission reçue de son Seigneur. Ces biens propres à l'Église, acquis et utilisés en vue de réaliser ses fins, sont appelés c(biens ecclésiastiques Pour accomplir sa mission, l'Église agit par plusieurs sujets ou personnes juridiques publiques tels que le Siège Apostolique, les diocèses, les paroisses, les instituts de vie consacrée, et par d'autres personnes juridiques publiques œuvrant en son nom. Tous les biens ecclésiastiques sont sous le gouvernement de l'Église et leur gestion est soumise à sa discipline, laquelle est prévue
)).

11

prise en charge de ses propres besoins en étroite relation avec la communion ecclésiale, même sur le plan matériel. Le manque d'autonomie financière conditionne l'existence et l'engagement des fidèles du continent africain, dans la mesure où il les empêche de se situer, à égale dignité, dans les relations réciproques avec les autres Églisessœurs. l'autonomie des moyens financiers est un élément, parmi tant d'autres, qui atteste la maturité d'une Égliseet qui lui permet de vivre un équilibre entre autopromotion, autonomie et communion avec les autres Églises. Il n'est pas question de refuser toute forme de collaboration ou d'aide venant de l'extérieur; ni de vivre dans l'isolement, ni enfin de ne se soucier que de sa seule vie interne. Il s'agit, au contraire, de prendre en charge son existence, de contrôler ses programmes, d'adapter son style de vie et de maîtriser la gestion de ses biens. le problème d'un autofinancement pour ces Églises est, en même temps, celui d'une gestion correcte de ses propres ressources, qui exigent d'être administrées avec rationalité, prévision, honnêteté, dans le respect du bien commun par le refus de tout esprit d'intérêt personnel (qui a souvent, en Afrique, la dimension d'une famille 'élargie'), de solidarité ethnique et de corruption. le droit canonique offre des structures et des règles pour une gestion ecclésiale correcte des biens ecclésiastiques. Cette discipline demande d'être respectée, voire appliquée. Autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Églises d'Afrique veut offrir, non seulement des éléments de réflexion qui demandent d'être davantage approfondis, mais aussi un- instrument

utile au servicedes fidèles, en leur rappelant quelques normes essentielles par lesquelles le .droit ecclésial discipline la gestion des biens, au niveau des diocèses, des paroisses, des instituts de vie consacrée. Il ne faut pas oublier, pour finir, que l'Église vit dans la société civile; celle-ci peut conditionner ses efforts d'auto-promotion, d'autofinancement et de bonne gestion financière. C'est pourquoi, l'Église de tous les temps et de tous les continents ne peut pas se soustraire à son engagement en faveur d'une société qui favorise ses efforts.

PRÉSENTATION

A

utonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Églises d'Afrique est un ouvrage collectif qui réunit des articles qui se réfèrent au problème mentionné dans le titre, à partir de différents domaines ecclésiaux. Ainsi l'article « L'implantation des Églises nouvelles et le problème de l'autofinancement des Églises d'Afrique Centrale. Une approche canonique » de Silvia RECCHI analyse le concept d'implantation d'une nouvelle Église, ainsi que son processus de croissance jusqu'à atteindre la maturité. Une Église nouvelle, en effet, ne réalise pas le développement de ses potentialités, par lequel elle contribue à enrichir l'Église tout entière, si elle ne parvient pas à une autonomie de personnes, d'action et de structures. À l'intérieur du problème de la plantatio, l'article examine les difficultés relatives à l'autofinancement chez les jeunes Églisesd'Afrique, visant à souligner les aspects, non purement matériels, mais aussi les enjeux ecclésiologiques inhérents au problème de l'autofinancement de ces Églises. l'article cc l'autonomie financière des jeunes Églises. le cas de l'Afrique» de Mariangela MAMMIborde pour sa part le sujet par une a réflexion de caractère plus missiologique. L'auteur souligne comment le modèle ecclésiologique défini par Vatican Il met la recherche de l'autonomie en étroite relation avec la communion ecclésiale, même sur le plan matériel. Ce modèle exige une formation rénovée des fidèles pour la prise en charge de leur propre destin afin de modifier les modèles, les styles de vie et même les structures qui, jusqu'ici, n'ont pas permis d'exploiter les nombreuses ressources dont jouit l'Afrique, au profit de son peuple et pour le bien de toute l'Église. Oscar EONEEONEaborde « Le problème de la subsistance et de la sécurité sociale du clergé diocésain au Cameroun ». Il s'agit là d'un problème délicat et important pour les jeunes Églises d'Afrique. En effet, l'auteur fait émerger le malaise de bon nombre de prêtres diocésains, à ce sujet. La question de la vie matérielle du clergédiocésain

15

permet à l'auteur de donner un témoignage de sa vie et de ses convictions en tant que religieuse africaine. Enfin l'article « La gestion des biens dans les instituts religieux » de Silvia RECCHI est une divulgation simple et essentielle de la disci. pline canonique sur la gestion des biens dans les instituts religieux, avec l'intention d'offrir un instrument utile à ces derniers. En effet, les instituts religieux ont besoin des biens temporels pour réaliser la mission qui leur est confiée et qui est voulue par l'Esprit pour l'édification de toute l'Église. les normes canoniques protègent la « juste autonomie » de vie et de gouvernement reconnue par le législateur ecclésiastique aux instituts et apporte une aide pour une gestion cohérente aux fi nal ités propres des instituts. Il est présenté en annexe un sondage effectué parmi les instituts de vie consacrée, lors de la Quinzaine de Yaoundé, une session annuelle de formation pour les membres des instituts et les ouvriers apostol iques en Afrique, que le Département organise, depuis dix ans. Ce sondage, qui n'a nullement la prétention d'être une enquête sociologique, dans le sens rigoureux du terme, a voulu représenter plutôt un dialogue avec plusieurs instituts œuvrant en Afrique centrale, sur les problèmes liés à leur autofinancement. l'article
« l'autofinancement des instituts religieux en Afrique. Résultats

d'un

sondage» de Emanuela FURLANETTO rend ainsi compte des résultats du sondage et veut montrer la conscience du problème chez les membres des instituts, ainsi que les difficultés majeures pour l'affronter et pour envisager des solutions adéquates.

ue tous ceux et toutes celles qui ont contribué, à des titres divers, à la publication du présent ouvrage veuillent bien trouver ici l'expression de la profonde gratitude du Département de Droit Canonique. L'abbé Dieudonné Espoir ATANGANA, largement aidé à la traduction a des textes italiens. Mlle Marie-Thérèse MENGUEa apporté, en sociologue, des suggestions fort pertinents quand il l'a fallu.

O

ABRÉVIATIONS

AAS
ACERAC AECAWA
AG AMECEA Can.

Acta Apostolicae Sedis Association des Conférences épiscopales de la région d'Afrique centrale Association of the Episcopal Conferences of Anglophone West Africa
'

Ad gentes Association Canonls of Member Episcopal Conferences in Eastern Africa

CD CENC Cf. CIC/l? col. EA GS ICY LG PC PO RM SCEAM

Christus Dominus Conférence épiscopale nationale du Cameroun Confer Code de droit canonique de 1917 colonne Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 septembre 1995 Gaudium et spes Institut Catholique Yaoundé Lumen gentium Perfectae caritatis Presbyterorum Ordinis Encyclique Redemptoris missio, 7 décembre 1990 Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar Université Catholique d'Afrique Centrale

UCAC

L'IMPLANTATION DES ÉGUSES NOUVELLES ET LE PROBLÈME DE L'AUTOFINANCEMENf DES ÉGLISES D'AFRIQUE CENTRALE

Une approche canonique o
PAR SILVIA RECCHI*

algré le fait que les Églises d'Afrique centrale ont connu une croissance significative quant à la constitution d'une hiérarchie locale, au clergé indigène, au nombre des religieux et des fidèles en général, on ne peut pas affirmer qu'elles ont atteint un état adulte. En effet, leur dépendance par rapport aux structures et moyens des Églises mères qui les ont générées est

M
encore

frappante

1.

Le statut d'Église particulière exige une autonomie propre qui permet de vivre, de développer une théologie, une organisation et des structures aptes à répondre à ses propres nécessités. L'évangélisation - rappelle l'exhortation Ecclesia in Africa - requiert, outre les moyens humains, des moyens matériels et financiers substantiels, dont, bien souvent, les diocèses sont loin de disposer dans des proportions suffisantes2. Il est connu que les nouvelles Églises d'Afrique centrale sont encore loin de cette autonomie de moyens matériels et financiers. Leurs structures vivent grâce à l'aide constante qui vient de l'extérieur. Le problème se pose au niveau de
*

Membre

de la Communauté

( Redemptor

hominis»,

est Directrice

du

Département de Droit Canonique de l'Institut Catholique de Yaoundé. L'article a été publié in L'année canonique 43 (2001) pp. 415-432. 1 F. A. OBORJI,La teologia africana e l'evangelizzazione, Laberit, Rama, 1999, pp. 66-67. 2 JEAN-PAUL Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 septembre II, 1995, n° 104 (= EA).

L'implantation

des Églises nouvelles

21

contenu formellement juridique, mais donne plutôt une notion descriptive de l'activité missionnaire5. Le sujet de l'action missionnaire est l'Église qui l'accomplit surtout en envoyant des messagers de l'Évangile. Les destinataires sont les « peuples et les groupes» où l'Église n'est pas encore enracinée. Le but propre de l'activité missionnaire est l'annonce de l'Évangile, la conversion des hommes et l'implantation d'une Église nouvelle. Le can. 786 est l'expression d'une réflexion récente sur l'action missionnaire. Cette réflexion a permis de passer d'une notion de mission perçue comme annonce de l'Évangile aux non croyants et mettant en valeur surtout la théologie de l'Église universelle, à une mission conçue comme implantation d'une Église. Cette dernière approche est le résultat d'une plus grande reconnaissance et de la mise en valeur des cultures non occidentales qui a contribué, en même temps, à poser théologiquement le problème de l'Église particulière6. Bien évidemment, quand on parle d'implantation et d'enracinement de l'Église, il ne faut pas penser d'abord aux structures ecclésiales; c'est l'Évangile qui doit s'implanter et s'enraciner, c'est-à-dire qui doit être accueilli dans ses vérités de foi et vécu dans la pratique de la vie des hommes. Cet accueil est toujours un acte libre, posé par des personnes qui vivent dans un milieu culturel déterminé1. L'implantation ne se réduit pas à l'annonce de l'Évangile aux non croyants ni au premier accueil de la parole de Dieu ou à la réception du baptême de la part de ceux-là. Le can. 786, suivant Ad gentes p'0 6, affirme le lien entre évan~élisation et implantation de l'Eglise. Implanter, c'est fonder l'Eglise là où nondum radicata est. L'implantation suppose l'évangélisation et la
5

J. G. MARTIN, L'azione missionaria

della Chiesa nella legislazione

cano-

nica, Ediurcla, Roma, 1993, p. 63. 6 E. CORECCO, et communio. Scritti di diritto canonico, vol. I, Facoltà lus di Teologia di Lugano, Piemme, Casale Monferrato, 1997, p. 522.
7

A. NOTHUM, Droit canonique et culture: le droit missionnaire comme

droit universel, pro-manuscripto, Yaoundé, 2000-2001, p. 94.

l'implantation

des Églises nouvelles

23

sieurs critères pour déterminer le domaine propre de cette activité, en particulier l'absence de l'Église particulière et sa maturité insuffisante. Les deux aspects vont normalement ensemble, même si dans les temps récents, les choses, semblait-il, se sont passées différemment. Ainsi, actuellement, la plupart des anciens «territoires de mission» sont devenus des diocèses, qui restent pourtant soumis à la compétence de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples. Le changement a été fait au moment où beaucoup de pays ont obtenu l'indépendance politique12. Comme le confirme opportunément l'encyclique Redemptoris missio, « la multiplication des jeunes Églises à une époque récente ne doit pas faire illusion. Dans les territoires confiés à ces Églises, surtout en Asie, mais aussi en Afrique, en Amérique latine et en Océane, il existe de vastes régions qui n'ont pas été évangélisées: des peuples entiers et des espaces culturels de grande importance, dans bon nombre de nations, n'ont pas encore été rejoints par l'annonce de l'Évangile et par la présence d'une Église locale »13. Les critères pour déterminer la constitution d'un diocèse ne sont pas juridiques, ils sont souvent d'ordre pratique, sous l'influence de situations politiques et sociales ou de circonstances particulières 14. Ce qui est sûr c'est que, dans l'activité missionnaire, il y a un mouvement vers ce que le can. 786 appelle les « Églises pleinement constituées». Ce mouvement sous-entend une période intermédiaire, pendant laquelle il y aura des Églises non pleinement constituées, qui sont en voie de le devenir. Cette voie présente différentes étapes qui se caractérisent selon le degré de l'avancement et du progrès de l'évangélisation et de l'inculturation du message évangélique. La progressivité de l'implantation fait partie de la spécificité de l'action missionnaire. L'implantation de l'Église étant un phénomène historique concret, elle se manifeste comme un par12 J.

G. MARTIN, L'azione missionaria..., pp. 68, 86-87.
p. 67.

13 RM 17. 14J. G. MARTIN, L azione missionaria...,

24

Autonomie

financière

et gestion des biens

cours par étapes successives. L'incorporation de nouveaux croyants, la constitution de la hiérarchie, la solidification des structures ecclésiales se font par étapes différentes. La question qui se pose est donc de savoir quand une Église doit être considérée « pleinement » constituée. La commission de révision du Code était consciente de la difficulté de déterminer les critères pour défmir une Église pleinement constituée. A la fin, elle a tranché le problème, en soulignant qu'il ne revient pas au législateur de fIXer les limites pour considérer quand et de quelle manière une Église nouvelle devient « pleinement constituée». C'est à l'autorité compétente d'établir ces critères pratiques15. Le can. 786 prévoit implicitement deux grandes phases du parcours de l'implantation: dans la première, les peuples et les groupes destinataires de l'activité missionnaire sont des sujets passifs; dans la deuxième, ces mêmes peuples, devenus progressivement autonomes, sont sujets actifs jusqu'au moment où les Églises nouvelles « sont munies de leurs propres forees et de moyens suffisants qui les rendent capables de poursuivre par elles-mêmes l'œuvre de l'évangélisation». Cette dernière explicitation du can. 786 exprime, d'une façon générale, ce que le canon entend par l'expression Église « pleinement constituée ». L'encyclique Redemptoris mÎ8sio illumine mieux le sens de ce chemin, en montrant qu'entre la première et la deuxième phase, le dynamisme d'implantation s'identifie avec un profond processus d'inculturation 16. Le passage entre les non croyants, les catéchumènes, les néophytes et les adultes dans la foi exige, en effet, un processus d'inculturation qui est long, difficile et complexe'7. Cette vision est très importante par rapport à notre sujet et nous en verrons plus loin toutes les implications.
15« Non est autem Codicis circumseribere quando et quomodo noveIIae ecclesiae plene eonstitutae habeantur; criteria enim practica pertinet ad auetoritatem, de qua in canone precedenti», Communicationes 21 (1989) p. 289.
16 Cf. RM 52. 17V. PINTO, « La norma codiciale ... », p. 309.

L'implantation

des Églises nouvelles

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Le can. 786 réfère l'action proprement missionnaire aux peuples et aux groupes humains où l'Évangile n'est pas inculturé et où la culture n'est pas évangélisée; où la rencontre entre l'Évangile et la culture et leur pénétration réciproque n'ont pas encore réalisé la promotion de toutes les potentialités de la culture, ni l'explicitation de toutes les potentialités de la foi18. Il devient donc évident que l'implantation n'est jamais le pur résultat d'un acte administratif posé par l'autorité ecclésiastique, moins encore une simple adaptation extérieure; elle comprend une intime transfiguration des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, ainsi que l'enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines19. À partir de cet enracinement, est possible l'existence d'Églises matures, autonomes, munies de leurs propres forces et de moyens suffisants qui les rendent capables de poursuivre par elles-mêmes l'œuvre de l'évangélisation. Bref, capables de participer à plein titre aux échanges et à la communion entre les Églises.
III. LES ÉT4~ES DE L'IMPLANTATION

Le can. 786 nous a montré que, d'un côté, la fondation des Églises particulières est le but de l'activité missionnaire ad gentes et que, de l'autre côté, cette fin est atteinte d'une façon progressive, par étapes2o. La première grande étape a comme but final la constitution du diocèse, la création d'une Église autochtone, d'une Église nouvelle n'existant pas auparavant chez le peuple ou groupe humain en question. Cette étape évoque le système juridique. de la commission par lequel l'évangélisation est confiée à un Institut religieux ou à une Société de vie apostolique jusqu'à parvenir au développement des éléments permettant l'existence d'un dio18 A.

NOTRUM, roit canonique et culture..., p. 94 SSe D
missionaria..., p. 77.

19 Cf. RM 52. 20 J. G. MARTIN, L'azione

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Autonomie

financière

et gestion

des biens

cèse avec un pasteur propre, un clergé indigène, des fidèles et des structures propres. Faute de ces éléments, la circonscription ecclésiastique n'est pas érigée en diocèse; on pourra, dans ce cas, avoir une communauté sui iuris, une préfecture apostolique ou un vicariat apostolique. Le diocèse, une fois érigé, pendant la période de l'activité missionnaire, n'est pas encore une Église pleinement constituée, selon la terminologie et le sens du can. 786. En effet, une fois constituée comme diocèse, la nouvelle Église n'a pas encore atteint la fin propre de l'activité missionnaire qui persévère encore. Elle demeure dans un état initial d'évangélisation et de non-autosuffisance de personnes et de moyens. Ces diocèses sont juridiquement sous la compétence de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples et cette situation est destinée à durer jusqu'à l'accession à un état de « maturité». Le décret Ad gentes affirme que l'œuvre de l'implantation dans les jeunes Églises atteint dans une certaine mesure son terme lorsqu'elle jouit d'une certaine stabilité et fermeté, est enracinée dans la vie sociale et modelée jusqu'à un certain point sur la culture locale. Cette réalité ecclésiale a ses ressources propres, fusent-elles insuffisantes; un clergé local, des religieux et des laïcs; elle est enrichie de ces ministères et institutions qui sont nécessaires pour mener et développer la vie du peuple de Dieu sous la conduite de son propre évêque. Dans ces jeunes Églises, la vie du peuple doit acquérir sa maturité dans tous les domaines de la vie chrétienne21. Il s'agit, selon le texte conciliaire, de disposer d'un côté de personnes et de l'autre de ressources propres, des institutions nécessaires, afin que la vie du peuple de Dieu puisse se développer. L'implantation d'une nouvelle Église est le résultat d'une croissance, en personnes et structures, fruit de l'annonce de l'Évangile et de la réponse des hommes à cette annonce. Le Concile parle de personnes et de ressources propres. Les personnes sont les nouveaux croyants, les :fidèles~le clergé autochtone, les religieux tant du lieu que venant d'ailleurs. Les
21 Cf. AG 19