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Dieu personnel et l'ultime réalité

-

Livres
168 pages

Description

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Le mystère ultime de l'univers est bien son existence et son sens. En Europe occidentale, deux traditions ont cristallisé ce désir de connaître, de se situer : celle qui s'appuie sur les spiritualités et celle qui a recours au scientifique. L'une privilégiant la recherche de sens, l'autre la recherche de la vérité scientifique. Cet ouvrage veut mettre en évidence la complémentarité, mais aussi la relativité de ces deux traditions.

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Ajouté le 01 mai 2013
EAN13 9782296535091
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Photo de couveruter: M noqieuD haucs,mpe LnaSiSI.ï: NB879 3-2-056943-0 E-017 uepDeil neonrsimlt uettilaér eares eJés reia( iuq iej 14)Exode 3,-t-a y iouqruoPseho cuelque qilL ? ot auojua srlu pt tôe quenrid eeLbiin zenc ctuelle questionicsaf alq noitan’e dseesr merixpus rcr emm.e’loHe coue l exesmosl’e ivuntiul dmetsym erèraC el ce et so existenibnes nore sse t de,alntdecioce poruE nE .snes nsé calliristnt csno tioirtdaue xllCe. ers’i que s eiuppas sel rusir e déonnade c ,edtîerisuts es ur sauencifiqti .eup aLimer erèpiritualités et ecll euq i aerococes al te snes chree unr sue ndus rsi ecolaesf e deerchrechune egaduov teCrvuoe tr éenitraet mv réti érehc eedifique). (scientedc ti éue xsed i laaussativ reliratnemé siam éte ncdeviplom clae nuEorepo ccdientées, toujoursvitcnemeer tsérpadtrioit rnspeesenti scilitéionar ta ral tapeme isantiishr-céoudj el rap ,elatnes sciencions, leser legic moeml , ueuttoar p qceitalétiveuqfieR .ent voile dées ned sno delf ap srcou sla, esoschp sed ednoforp ees sont es exactse ,uas ed symhtcaa rnves en lde.notllE ed ealP tnc elemménemolpté, tarie encommngiomét étni’l etumut rê sue qeléhonèmen,sm ia sdes apparences, sedrbmo ,se sedflere. tsisMaga ésesuerbmon ed sèpr.Ansioitadtrx métaamhte ncrehechede rées annilan sétep snosrenstdet mae fenic sed ue nuv eeds plus eparmi leceenigllciifirt ae euqigoetni’l tcathité ue doliqà l leelevsru’int e ienornftimaeuqipa sqilpseéu a enseigné la luq,eA dnér yaesnt’iesér, es siltnemxua é eselagne d’ouv vingtaieitnfiiuqareg scsrimé éurseesofprenu’d ruetuA .et-Neun-lauvaie Lose ti lodtnev , etxoédiigol euqoptrar mé.quan Dpporhcree nedohrs de tout conterhc ud tsinaitsi’iqu, me ameail et st xetaueofdnu jurs dme edaïsuque.Dieu personnel
et ultime réalité
Je serai qui je serai
(Exode 3, 14)

André ayse

Pentatenanrel tc seecnooue agvr qettruael snaig svÉ eedalysd’anres livertauq éilbup a il, neaiom dces







Dieu personnel et ultime réalité























Religions et Spiritualité
dirigée par

Richard Moreau,
P
rofesseur émérite à l'Université de Paris XII
et André Thayse,
P
rofesseur émérite à l'Université de Louvain

La collection
Religions et Spiritualité
rassemble divers types
douvrages : des études et des débats sur les grandes questions
fondamentales qui se posent à lhomme, des biographies, des textes
inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au
dialogue inter-religieux.

Dernières parutions

Francis WEILL,
Chrétiens et juifs, juifs et chrétiens 
Linéluctable fraternité
, 2013.
Claude-Henri VALLOTTON,
Prédications de Noël à
Pentecôte. Ecouter Dieu au cur de Berlin
, Tome 1, 2012.
Claude-Henri VALLOTTON,
Prédications pour mieux vivre
son quotidien. Ecouter Dieu au cur de Berlin
, Tome 2, 2012.
Michel ANGLARES,
Chrétiens en quartier daffaires. Une
Église à la Défense : enjeux pastoraux et théologiques
, 2012
Sylvie COIRAULT-NEUBURGER,
La piété juive au cur du
réel
, 2012.
Stéphane MARCIREAU,
Le christianisme et lémergence de
lindividu chez René Girard
, 2012.







© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris


http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00569-0
EAN : 9782343005690

André Thayse

avec la collaboration
de Marie-Hélène Thayse-Foubert




Dieu personnel et ultime réalité


Je serai qui je serai (Exode
3
, 14)











LHarmattan

Du même auteur


Approche logique de lintelligence artificielle
, 4 tomes,
Bordas-Dunod, Paris ; Wiley, Londres ; Mir, Moscou, 1988-
1991.
Luc. LÉvangile revisité
, Racine/Lumen vitæ, Bruxelles,
1997.
Matthieu. LÉvangile revisité
, Racine/Lumen vitæ,
Bruxelles, 1998.
Marc. LÉvangile revisité
, Racine/Lumen vitæ, Bruxelles,
1999.
Logique. Méthodes pour lintelligence artificielle
(avec Paul
Gochet et Pascal Gribomont), Hermès-Lavoisier, Paris, 2000.
Logique pour le traitement de la langue naturelle
(avec
Philippe Delsarte), Hermès-Lavoisier, Paris, 2001.
Jean. LÉvangile revisité
, Racine/Le Cerf, Bruxelles et Paris,
2001.
Logique et théorie des systèmes digitaux
, Hermès-Lavoisier,
Paris, 2002.
Calcul différentiel pour les langues de la logique
, Hermès-
Lavoisier, Paris, 2004.
À lécoute de lorigine. La Genèse autrement
, LHarmattan,
Paris, 2004.
Vers de nouvelles Alliances. La Genèse autrement
,
LHarmattan, Paris, 2006.
La Genèse autrement. Rêves, roueries... et réconciliation
,
LHarmattan, Paris, 2007.
LExode autrement. De la Loi à lespérance
, LHarmattan,
Paris, 2008.
Accomplir lÉcriture. Jésus de Nazareth, un enseignement
nouveau
, LHarmattan, Paris, 2009.
Dieu caché et Réel voilé. Lune et lautre Alliance
,
LHarmattan, Paris, 2010.
Sur les traces du prophète de Nazareth. Données
historiques, vérité symbolique
, LHarmattan, Paris, 2011.
Regards sur la foi. À lécoute de la science
, LHarmattan,
Paris, 2012.

Introduction

Parce qu’elles sont les plus fondamentales, les questions qui
traitent de notre destin´ee sont aussi les plus universelles.
Etlespluscomplexes.D’o`uvenons-nouseto`uallons-nous?
Dieu existe-t-il ? Que sont r´eellement l’espace et la mati`ere ?
Qu’est-ce que le temps ? Quel rˆole joue-t-il dans la constitu-
tion de l’Univers ? Quel est notre rapport avec le temps ? Et
avec Dieu ? Toutes interrogations qui ne sont que des refor-
mulationsdelaquestionqueseposaaudix-septi`emesi`ecle
le philosophe et math´ematicien Wilhelm Gottfried Leibniz :
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutˆot que rien ? Car le rien
est plus facile et plus simple que le quelque chose. De plus,
`asupposerquedeschosesdoiventexister,ilfautquel’on
puisse rendre compte du pourquoi elles doivent exister.
Si la science s’est de tout temps int´eress´ `
ee a compren-
dreeta`expliquerlaNature,cen’estqu’`apartird’Isaac
Newton, contemporain et rival notoire de Leibniz, qu’elle
acommence´`ae´nonceravecquelquesucc`eslesgrandeslois
quire´gissentl’Univers.Aboutissementsuprˆemederecher-
ches dont les racines remontent aux antiquit´es grecque et

6

Dieupersonnelteulitme´raeli´tebabylonienne, la loi de la gravitation universelle d´ecouverte
par Newton paraissait si parfaite, si simple et si compl ete
`
qu’a`lafindudix-huitie`mesie`cle,lemath´ematicienJoseph
Louis Lagrange pouvait s’exclamer :
Heureux soit Newton
parce qu’il y a une loi unique qui r´egit la Nature et que c’est
lui qui l’a d´ecouverte !
Et, depuis Newton, engrangeant r´esultat sur r´esultat, la
science a mis a son actif quelques r´eussites exceptionnelles.
`
Elle a tout d’abord mis au point des outils math´ematiques
d’une rare puissance : l’analyse infinit´esimale, la th´eorie des
groupes,lesge´ome´triesnon-euclidiennes,larelativit´e(dont
les´equationscosmologiquesd’Einstein)etlam´ecaniquequan-
tique.Elleaensuiteappliqu´ecesth´eoriesa`lastructurede
l’Universeta`son´evolution.Enparticulierelleestparvenue
a`nousinformerdesanaissanceetdesonexpansion,etce
pratiquement depuis son origine (il y a environ quatorze mil-
liardsd’ann´ees)jusqu’`anosjours.Elleaensuitepr´editque
des restes de l’explosion (mot impropre) qui marqua sa nais-
sance (le
big bang
) devaient subsister encore actuellement. Et
ellelesatrouv´es!Voil`acequ’aucuneautreapproche,qu’elle
soit philosophique ou religieuse, n’avait encore pu faire. D’o`u
le surgissement d’une premi`ere question :
1.
L’explicationultimedelar´ealite´sera-t-elleunjour
accessible en faisant appel uniquement `a la science ?
Avant toute tentative d ´eponse, il s’agit de reconnaˆıtre
e r
que le domaine du discours scientifique est limit´e. En par-
ticulier, il serait difficilement soutenable que science puisse
traiter de l’´ethique, du relationnel, du sens de la vie, ou de la
destine´edel’Homme.LeMondetelquenousleconnaissons
a-t-il une destin´ee heureuse ? Quel est le sens de l’existence
humaine ? Quelle est la finalit´e de notre Univers et de tout
ce qu’il contient ? Manifestement la science n’est pas arm´ee
pour maˆıtriser ces questions. Et mˆeme, dans le domaine qui
leur est propre, de plus en plus de scientifiques, en admettant
les limites de leur discours, annoncent
la fin des certitudes
(I. Prigogine).

Introduction
7

Les limitations de la science sont d’abord dues au fait
qu’elled´ecoupelere´elenstrates:ilyalesniveauxsub-
atomique, atomique, mol´eculaire, etc. Les explications sont
souventpropres`aunniveauete´prouventquelquedifficult´e`a
passer`aunniveauimm´ediatementsup´erieurouinf´erieur,ou
a`embrassersimultan´ementplusieursniveaux.Etcommeil
estg´en´eralementadmis(mˆemedupointdevuedelascience)
qu’il y a plus dans le tout que dans la r´eunion de chacune des
parties,oncon¸coitaise´mentquel’interactionentreplusieurs
niveauxpuissedevenirdeplusenplusdifficile`age´rer.
Mais il y a plus. C’est ainsi que le physicien Bernard
d’Espagnat rel`eve le fait que la d´emarche scientifique ne
nous fait connaˆıtre
que
lare´alit´edite
empirique
.C’est-a`-dire
l’ensemble des
ph´enome`nes
, au sens philosophique du terme.
Lar´ealit´e
en soi
–ler´eelv´eritable–e´tant,elle,audel`adela
physique, au del`a des perceptions que nous pouvons avoir,
audel`adsquenouspouvonsfaire.PourBernard
es mesure
d’Espagnat,laphysiquejoue,pourlar´ealit´eensoi,unrˆole
comparablea`celuijoue´parlesparabolesdanslesreligions:
celuidelaisserdevinersousuneformed´etourne´euneve´rit´e
quiesttenuecommenepouvantˆetreexprime´e
que
sous cette
forme.
1
Etdonc,contrairementacequiavaitunjour´ete´espe´re´
–etproclame´!–,lascience,pasplusquelesmythesetles
religions,nere´v`elelefonddeschoses,lasourceprofondedes
ph´enom`enes.Lascienceseraitdonc´egalementunmythe,au
sensdumythedelacavernedePlaton.Ellenenousr´eve`le
quedesombres,desreflets,quinepeuventetreidentifie´sau
ˆ
r´eelensoi
,c’est-a`-direa`lare´alite´tellequ’elleestvraiment.
Cette conclusion d´ecoule des principes ˆ es de la physique
mem
quantique dont il sera largement fait usage par la suite.
Lar´eponsenaturelle`alapremi`erequestionestdoncqu’il
faudra faire appel `a des notions provenant d’autres approches.

1
B. d’Espagnat et E´ . Klein,
Regardssurlamatie`re.Desquantaetdes
choses
, p. 258, Fayard, Paris, 1993.

8

Dieuepsrnoenlteluitmer´ealit´eLes sciences – dites exactes – ne conduisant pas jusqu’au but
qu’ellessesontfix´e–quiestdeconnaˆıtrelere´el–,ilfautse
fier`ades
guidesmoinssuˆrs
.
2
Cepeuventeˆtrelaphilosophie,
les arts, les religions, les grands mythes, le sentiment d’ˆetre
en communion avec quelque chose qui nous d´epasse. Pour
nous, ces
guidesmoinssuˆrs
– mais qui peuvent conduire
plus
loin
– ce seront certains aspects du jud´eo-christianisme. Plus
particuli`erement ceux qui nous sont accessibles via les textes
fondateurs, et non via ce que nous ont parfois l egue les civi-
´ ´
lisations ou les organisations chr´etiennes. Ce sera l’occasion
dede´couvrirquelarecherchebibliquepeutˆetreaussipas-
sionnante que la recherche scientifique.
La raison du choix du jud´eo-christianisme tient autant `a
la vision puissante et originale du divin qu’a d´evelopp´ee le
juda¨ ` l’extr rdinaire profondeur de sa conception de
ısme, a ao
Dieu,a`lafoistranscendantet,parSaproximit´e,immanent,
qu’`lap´erennite´delaparoledeJe´susdeNazareth.Proph`ete
a
eschatologique dans la tradition des plus grands parmi les
prophetes juifs, il a pratiqu´e, appliqu´e, diffus´e le langage de
`
l’amour au point qu’il est un des seuls – sinon le seul peut-
eˆtreavecSocrate–quipeutpr´etendreavoirparl´eaunom
de toute l’humanit´e.
Refusant toute compromission avec les repr´esentants du
pouvoir – qu’il soit civil ou religieux –, J´esus de Nazareth a
exprime´lesexigencesradicalesdel’amour,etillesav´ecues,
jusqu’`aenmourir.Sibienquesesparoles,sesactes,savie
continuenta`interpellerhommesetfemmes,quellequesoit
leur appartenance philosophique ou religieuse. Fonci erement
`
bon, juste, clairvoyant et visionnaire, il a ainsi ouvert des
perspectives qui peuvent rendre les hommes plus tol´erants,
plus ouverts, plus chaleureux, plus mis´ericordieux, plus con-
viviaux, en un mot : plus heureux. Et donc ce qu’il a dit et
faitm´eriteplusquenotreattention:notreconsid´eration.

2
B. d’Espagnat,
Un atome de sagesse. Propos d’un physicien sur le r´eel
voil´e...
, p. 19, “Empreintes”, Seuil, Paris, 1982.

Introduction
9

Une autre raison du choix du jud´eo-christianisme tient
a`lacultureambianteenEuropeoccidentale.Culturequi
resteimpre´gne´edepass´ejud´eo-chr´etien.Maisdel`asurgit
une deuxi`eme question :
2.
Dans quelle mesure l’approche philosophico-religieuse
propos´eeparlejud´eo-christianismeest-ellecompatibleavec
celleavance´eparlascience?
`
A cette question, nous verrons qu’il est possible de r´epon-
drepositivement.Cequiconduit`aunetroisie`mequestion:
3.
Les approches par les spiritualit´es et par la science
pourront-elles un jour n’en former plus qu’une, ou sont-elles
aucontrairecondamn´eesa`e´voluerse´pare´ment?
`
A cette troisi`eme question, notre reponse sera qu’il ne
´
fautpasme´langercequelecielas´epare´.Cela,desreligieux
et des scientifiques de renom l’ont bien compris, eux qui,
tout en reconnaissant l’insurmontable distance entre science
et religion, ont entrepris d’utiliser ces deux modalit´es de
la connaissance dans le cadre d’une critique constructive
etre´ciproquedel’uneparl’autre.Critiquefaite,nonpas
en vue d’utiliser un mode de la connaissance pour jeter le
discre´ditsurl’autre,maispourd´epasserleurslimitationsen
reconnaissantdessp´ecificite´sdiffe´rentesa`nosdiversesap-
prochesdelarealite´.Parmilespionniersquiontouvertcette
´
voie, il faut citer le cosmologiste belge Georges Lemaˆıtre,
ˆtreetsante´minent,inventeur(aveclerusseAlexandre
pre av
Friedman) de la th´eorie du
big bang
,ainsiquelethe´ologien,
philosopheetpal´eontologuefran¸cais,leje´suitePierreTeil-
hard de Chardin.
Reconnaıˆtreladistanceentredeuxmodesdelaconnais-
sance – le mode scientifique et le mode non scientifique –
permet, en consid´erant alternativement l’un et l’autre, de
porter un regard critique sur l’un et l’autre. Tenant compte
du fait que la distance entre approches scientifique et spiri-
tualiste est bien moins importante que leur commun apport
`alaquˆetee´ternelled’unetoujoursinatteignablev´erit´e,nous
rejoindronslapens´eedum´edecinetbiologisteHenriAtlan

10

iDueepsrnoenletluitme´raelit´elorsqu’ilrele`veque
la seule universalit´e de valeurs possible
estcellequiseconstruitpas`apas,a`traverslesluttes,laco-
existence et le dialogue. Et la seule garantie en est la bonne
volont´esanscomplaisancevis-`a-visdel’autre,del’´etrange
3
etdel’´etranger.
Notons enfin que, dans le domaine de l’intercritique des
sciences et des spiritualit´es, il importe de distinguer l’ath´eis-
me methodologique, propre `a la science qui n’a pas `a se
´
pre´occuperd’unconcept–Dieu–quiluiest´etranger,de
l’athe´ismephilosophiquequi,lui,estuneconviction´etrange`re
`atoutediscipline,scientifiqueouautre.Croireounepas
croire est probablement avant tout une question de milieu
culturel, de mentalit´e, de disposition psychologique, de v´ecu.
Toutesdonne´esquenousnemaˆıtrisonspasentie`rement,ou
mˆemepasdutout.

Organisation du texte

Lejude´o-christianismeestl’histoired’unequˆete:quˆetede
Dieu par l’Homme, mais aussi (et peut-ˆetre surtout) quˆete
de l’Homme par Dieu. Quˆete qui est aussi une recherche de
sens en ce qu’il s’oppose `a l’absurde, ou au non-sens.
Lapremie`repartiedutexteestconsacr´ee`acettequˆete.
Enparticuliernousnousattacherons`amontrera`quelpoint
lestextesbibliqueset´evange´liquespeuventencoredonner`a
penserauxdiffe´rentescommunaut´esinteresse´esparlatou-
´
jours actuelle question de Leibniz :
Pourquoi y a-t-il quelque
choseplutˆotquerien?
Car l’interpr´etation des textes bibli-
ques,loind’ˆetrefige´e,restetoujoursouverte`adesde´velop-
pementsult´erieurs.D´eveloppementsqu’autorisepr´ecis´ement
lede´fautense´mantiquedecestextes.Unexempletypi-
que de texte avec peu de s´emantique – ou avec une valeur
se´mantiqueminimalequoiquenonnulle–estlaparabole
ourecitall´egorique.Quasiabsencedes´emantiquequiper-
´

3
H. Atlan,
`Atortet`araison
, p. 25, Seuil, Paris, 1986.

Introduction
11

met ensuite au lecteur ou `a l’auditeur d’inventer sa propre
interpre´tation.Maispasn’importelaquellecarcelle-cidoit
restercompatibleaveclepeudes´emantiquedure´citori-
ginel.Outrelesbienconnuesparaboles´evange´liques,nom-
bredere´citsdelaBibleh´ebra¨ıqueont´egalementcestatut
detexte`afaiblevaleurs´emantique.Relevonsenparticulier
l’´episodeduBuissonardent,lerevedel’´echelledeJacob,le
ˆ
recit de Jacob avec l’Ange, l’histoire de Job. Tous r´ecits qui,
´
s’ilsonte´te´r´edige´senvueder´epondreauxaspirationsde
communaut´es vivantes, restent encore capables, bien au-del`a
del’e´poquea`laquelleilsonte´t´ere´dig´es,detoucherd’autres
communaut´es.
C’est l’occasion de rappeler la sentence de Gr´egoire le
Grand :
L’E´crituregranditavecseslecteurs.
4
Maise´galement
la conclusion de Ren´e Girard qui, analysant la
L´ de du
egen
grand Inquisiteur
dans
LesFr`eresKaramazov
deDostoı¨evski,
souligne les raisons de l’importance du r´ecit parabolique
etdonc,plusge´ne´ralement,deceuxaporte´esymbolique:
`
L’affirmation directe est inefficace, dans l’art contemporain,
car elle rappelle, forc´ement, l’insupportable bavardage sur les
valeurs
chr´etiennes.
5
C’estdireaussique,pourser´ef´erera`
un point des doctrines juive et chr´etienne, si la Bible est
Pa-
role de Dieu
, alors Dieu aurait ´ecrit le moins possible. Pour
quel’Hommeaitencorequelquechose`ae´crire!
Ce qui vient d’ˆetre dit du rapport entre textes bibliques
etqueˆtedoitˆtrer´ep´et´ea`proposdelarecherchescien-
e
tifique. Si la tradition religieuse – ou humaniste – est une
quˆetedesensencequ’ils’opposeaunon-sens,latradition
scientifiqueestunequˆetedeve´rite´(scientifique!)entant
qu’elles’oppose`al’erreur.V´erit´edontlarigueurestas-
sure´egrˆace`al’alliancedesmath´ematiquesetdelaphysique.

4
Cite´parP.RicœuretA.LaCocque,
Penser la Bible
, p. 9, “La Couleur
des id´ees”, Seuil, Paris, 1998.
5
R. Girard,
Critiques dans un souterrain
, p. 131, Le Livre de Poche, biblio
essais, Grasset, Paris, 1983.

12
Dieu personnel et ultime r´ealite
´

Dans la deuxi`eme partie, toujours en rapport avec la ques-
tion de Leibniz, nous nous pencherons tout d’abord sur les
perspectives de la physique classique (marqu´ee par le sceau
dude´terminismescientifiquequis’apparente`alacausalite´
kantienne), ensuite sur celles de la physique quantique, dont
l’aspect probabiliste introduit, fˆut-ce implicitement, le non
d´eterminismedanslath´eorie.Etl`a,nousnousengagerons
surlechemind’unerationalit´ediff´erente.Unerationalit´e
quid´ecritlesevenementsentantque
possibles
, et non plus
´ ´
entantqueconse´quencesdeloisd´eterministes.Unchemin
o`ulessciencesexactescommenceraientvraiment`ajouer–
selonl’expressiond´eja`cite´edeBernardd’Espagnat–unrˆole
comparablea`celuijoue´parlesparabolesdanslesreligions
.
Avec comme cons´equence que le flou quantique rejoindrait
en quelque sorte le flou s´emantique des paraboles.
Or il se fait que, bien plus que les certitudes, le flou
estf´econd,g´en´erateurdesensetd’ouverture.Einsteinne
se plaisait-il pas `a rappeler que Dosto¨ıevski lui avait bien
plus appris que n’importe quel physicien ? Flou des sciences
dites exactes qui,
in fine
,nousconduira`anousinte´resser
`al’´eclairagequelath´eoriequantiquejettesurlapossibilit´e
ˆ
– ou la non possibilit´e – de l’existence d’un Etre suprˆeme,
´
Source et Raison profonde de tout ce qui existe. Eclairage
qui rejaillit fatalement sur l’approche spiritualiste et qui,
comme nous le verrons dans une troisi`eme partie, conduira
a`toutlemoins`aunereformulation–ouadaptation–de
certains´enonc´esthe´ologiquesdujude´o-christianisme.
Remerciements
Je remercie Pierre de Guchteneere pour son aide et ses
encouragements.Letexteagrandementb´en´efici´edesalec-
tureattentive.Merci´egalement`aRichardMoreaupoursa
constante attention ´editoriale.

Premie`re

partie

:

Jud´eo-christianisme

1
La Tradition jud´eo-chr´etienne

PourquoiDieuS’est-Ilr´eve´l´edansunde´sertinaccessible?
interrogent les sages d’Isra¨el. Afin que nul ne puisse dire :
Sare´v´elationm’appartient
, commentaient-ils ensuite. Il en
vademeˆmedelaparoled’unproph`ete.Nulnepeutdire:
La parole de Mo¨ıse, ou d’Isa¨ıe, ou de J´esus de Nazareth,
m’appartient
. Selon les traditions mill´enaires du juda¨ısme et
du christianisme, la voix du proph`ete appartient d’abord `a
Dieu ! Que le proph`ete parle ou qu’il choisisse de garder le
silence.CarYahv´e,leDieudesHe´breux,esttantˆotParole,
tantˆotSilence.C’estunDieuindicible,inexprimable;Son
ˆ
Nom ne doit pas se prononcer ; Il est l’ Etre ineffable que
magnifiel’ide´ed’unequˆete.L’Hommenepeutqu’enavoir
la nostalgie :
Laproph´etier´epond`alanostalgied’unecon-
naissance ; mais non de la connaissance du lendemain ; de
celle de Dieu.
1
Ainsi, tout regard sur le Dieu du jud´eo-
christianisme ne peut faire l’economie du proph´etisme.
´

1
A. Neher,
L’essenceduprophe´tisme
, p. 9, Calmann-L´evy, Paris, 1972 et
1983.