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Du mirage nationaliste à l'utopie-en-action du messie collectif

De
183 pages
Ce livre est une autopsie de la décadence politique, économique, sociale et morale qui tétanise la République démocratique du Congo, dont la double trame s'articule autour d'un pseudo-nationalisme aveuglant et d'une utopie démocratique et république insensée. La proposition de l'utopie-en-action du messie collectif est un manifeste qui propose la refondation d'un Etat de droit et d'une démocratie adaptés à l'histoire, à la culture et aux aspirations des peuples du Congo pour forger une société de liberté et de responsabilité.
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Du mirage nationaliste à l'utopie-en-action du messie collectif
Le cas du Congo-Kinshasa

Théologie et vie politique de la terre Collection dirigée par Dominique KOUNKOU
Dans les années soixante, la vie de la terre rassemblait les théologiens, les politologues, les acteurs politiques, les sociologues des religions, les philosophes. Tout, tout était tenté pour réconcilier l'homme d'avec son Dieu, l'homme d'avec l'homme, l'homme d'avec I'Homme, I'homme d'avec sa responsabilité de continuer à faire vivre en harmonie la création. Tant et si bien qu'on est arrivé à projeter la construction de la civilisation de l'universel Puis il y a eu cette sorte d'émancipation de la politique vite supplantée par le commerce dans un monde en globalisation. Et l'homme?.. Et son Dieu? ... Et sa pensée? ... Tout ce qui est essentiel paraît de plus en plus dérisoire face à la toute puissance du commerce. Comment réintroduire l'homme au coeur de cette avancée évolutionnaire du monde afin que sa théologie et sa volonté politique influent sur la vie de la terre? Tel est le questionnement que poursuit, de livre en livre, cette collection. Déjà parus GONI Philippe, Les Témoins de Jéhovah: pratique cultuelle et loi du 9 décembre 1905, 2004. KOULOUFOUA Frédéric Landry, Envie de réveil, 2004. MOKOKO GAMPIOT Aurélien, Kimbanguisme et identité noire, 2004. KOUNKOU Dominique, La Religion, une anomalie républicaine,2003. KOUNKOU Dominique, Nouveaux enjeux théologiques africains,2003. KOUNKOU Dominique, Possible Foi au coeur de la laïcité, 2002.

site: wVvw.librairieharmattan.com e.mail: harmattan} @wanadoo.ft

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9146-8 EAN: 9782747591461

Félix MUTOMBO-MUKENDI

Du mirage nationaliste à l'utopie-en-action du messie collectif Le cas du Congo-Kinshasa

Préface de Mwayila Tshiyembe

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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Espace L'Harmattan

Kinshasa

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L'Harmattan

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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

Pasteur presbytérien, FELIX MUTOMBO-MUKENDI est professeur à la Faculté universitaire de théologie protestante de Bruxelles. Docteur en théologie et chercheur en philosophie sociopolitique, il est auteur de plusieurs ouvrages et contributions dont: Exégèse et théologie dans Marc. Le Fils de I 'homme, Herméneutique athée et exégèses modernes, Christologie des Pères apostoliques, Cosmogonie africaine au service des sorciers modernes, Cosmogonie africaine dans l'évangile de la prospérité, Cosmogonie traditionnelle dans l'action politique des christianismes africains, etc.

A toutes les victimes du pseudo-nationalisme , à tous les survivants au pays et dans la diaspora pris en otage du leadership des prédateurs parrainés par les fossoyeurs du Congo- Kinshasa.

A tous les morts et à tous les survivants, à tous les pionniers et témoins incorruptibles de l'Espérance, à tous les membres présents et à venir de la Communauté Presbytérienne de Kinshasa, à l'occasion de son Jubilé en mai 2005 à Kinshasa, Bandundu et Bas-Congo, pour votre recherche d'un Etat de droit et d'un Congo pour Christ au péril de vos vies sous le pseudo-nationalisme qui détruit les hôpitaux et élargit les cimetières.

Remerciements
Un livre ne peut être l'œuvre de son seul auteur. Ce dernier ne peut être sans ses maîtres, sans collègues, sans prédécesseurs, sans contradicteurs, sans correcteurs, sans éditeurs, etc. Voilà pourquoi, je suis reconnaissant aux morts et aux vivants qui ont contribué à mes connaissances, mes analyses et à mes propositions. Je ne peux donc les citer tous. Mais, par contre, puissent-ils tous trouver dans ce livre un sujet de fierté! Je tiens, néanmoins, à remercier quelques uns de façon particulière. Je mentionnerai ainsi le Professeur Jesse N.K.Mugambi de l'Université de Nairobi pour son soutien et l'exemple de sa foi en l'homme africain de faire de l'Afrique de demain ce que les autres n'ont jamais voulu qu'elle fût. Je suis reconnaissant au Professeur Mwayila Tshiyembe, de l'Institut Panafricain de Géopolitique, d'avoir examiné le manuscrit et accepté d'en rédiger la préface. Je remercie le Professeur Antoine-Dover Osongo-Lukadi de l'Université de Poitiers de sa disponibilité encourageante, de ses critiques et corrections. Que mon collègue et ami Dr Paluku Musuvaho et son épouse Masika, mon frère Dr Richard Mukendi Kavulu Mayamba et son épouse Astride trouvent ici l'expression de ma reconnaissance pour toute leur assistance diversifiée. Que Henk Stok, alias « Tonton Magister » pour mes enfants, trouve ici l'expression de ma reconnaissance à la fidélité sa sincère amitié. J'apprécie la patience et le soutien de ma femme, Odette, et de nos enfants Annette, Cédric et Michaël qui comprennent et supportent que la recherche, l'enseignement et l'écriture me retiennent souvent éloigné.

Préface
Cri de cœur et de raison, ce livre est une autopsie de la décadence politique, économique, sociale et morale qui tétanise la République démocratique du Congo, dont la double trame s'articule autour d'un pseudo nationalisme aveuglant et d'une utopie démocratique et républicaine insensée. Aveuglant, le nationalisme congolais est un nationalisme de pacotille, pour deux raisons au moins: - d'une part, il s'agit d'une imposture idéologique en rupture avec le patriotisme sous-tendant la résistance congolaise contre l'arbitraire de l'Etat Indépendant du Congo (1885) et de la colonisation belge; d'autre part, la nation congolaise moderne sur laquelle il aurait dû s'appuyer n'existe pas encore, en tant que synthèse ou transcendance des nationalismes ethniques. Sauf à se perdre en conjectures, sur les fonds baptismaux de la racaille et du fanatisme impénitent des matchs de football ou des incantations politiciennes des fêtes officielles. C'est à l'honneur de l'auteur, d'avoir eu la lucidité de dénoncer avec force ce nationalisme verbal déconnecté de la réalité, dans lequel ne cesse de s'encanailler la classe politique congolaise, voici près d'un demi-siècle. En effet, ce pseudo nationalisme est un véritable tissu de mensonge, de traîtrise, d'incompétence, d'irresponsabilité et d'égoïsme narquois. TI s'agit d'une mystification bourrée des sophismes et des logomachies au service de la tyrannie, en vue de dépraver les mœurs, d'endormir les intelligences et de disperser les dévouements des Congolais. Insensée et biaisée, l'utopie démocratique et républicaine n'a duré que « ce que durent les fleurs, l'espace d'un matin », pour paraphraser Ronsard. Tel un rêve éveil-

lé, en effet, cette utopie s'est fracassée sur le roc de la décolonisation bâclée par la Belgique, basculant Patrice Lumumba (Premier Ministre) et Joseph Kasavubu (Président) dans le piège mortel d'une monarchie constitutionnelle mimétique, concoctée par la Loi fondamentale. Pis encore, le Mouvement Populaire de la Révolution, monstre enfanté par le Lieutenant général Joseph-Désiré Mobutu et ses thuriféraires, deux ans après son putsch du 24 novembre 1965, en tant que parti-Etat, a fini par dévoiler les turpitudes de la classe politique (les deux chambres du Parlement) et des élites congolaises toutes tendances confondues (Eglises et mouvements religieux, syndicats ouvriers et étudiants, partis politiques). Tant et si bien que des slogans en ratiocinations, des constitutions en projets constitutionnels, la spécificité congolaise de la république et de la démocratie n'a été définie nulle part. En d'autres termes, pays aux dimensions d'un sous-continent, et taillé sur mesure par la seule volonté coloniale de Léopold II, la République Démocratique du Congo, n'a connu ni république ni démocratie de l'Etat Indépendance du Congo (1885) à nos jours (2005). Dire le contraire, c'est insulter la mémoire et la conscience. Et ce, d'autant plus qu'il n'existe ni les matériaux, ni l'acte de fondation pour en attester le projet. A l'instar d'un bateau ivre sans pilote, prêt à chavirer à la moindre vague, la «République Démocratique du Congo » est un nom factice, dépourvu de sens, mais fièrement arboré pour amuser la galerie, comme il en est des « républiques bananières » sans foi ni loi. Compte tenu de tous ces paramètres, la déliquescence du régime de Mobutu et sa disparition corps et biens, sous les coups de boutoir de la guerre de l'Est (1997), n'a pas su extirper ce «mal qui répand la terreur », comme dirait Jean de la Fontaine. La noyade précoce, dans un bain de sang effroyable, de « l'aventure de libération» rondement menée par Laurent-Désiré Kabila et al8

liés, souligne combien les faits sociaux sont têtus. La République Démocratique du Congo est un théâtre d'ombres où sont englouties les espérances et les bonnes volontés, sans que nul n'ose lever le doigt ou crier gare. Ainsi, s'enchaînent les successions des seigneurs de guerre, des leaders ecclésiastiques (Eglises et mouvements religieux), des mascottes des partis politiques, des seigneurs de la « société civile» et des « dynamiques des composantes », avilissant le champ politique des intrigues et de mauvaise foi. Si la misère, les massacres, les viols qui en résultent n'étaient pas tragiques, ce cinéma de mauvais goût aurait prêté à sourire. C'est fort de ce constat que l'auteur se fait violence, invite les élites congolaises à sortir de la torpeur et rompre avec les chimères du passé. Innovante, sa proposition de« l'utopie-en-action du messie collectif» est un manifeste que l'on peut résumer ainsi: la refondation d'un Etat de droit et d'une démocratie adaptés à I 'histoire, à la culture et aux aspirations des peuples du Congo, pour forger une société de liberté et de responsabilité, est la condition sine qua non de sortie de crise sociétale qui ravage la République Démocratique du Congo. Cet Etat de droit et cette démocratie, précise l'auteur, ne doivent pas être la copie conforme du modèle occidental de l'Etatnation. Certes, on peut regretter que l'auteur ne lève pas le voile sur ce modèle alternatif de l'Etat de droit et de démocratie. Cependant, la fermeté avec laquelle il exige l'invention de l'Etat, de la démocratie et de la nation congolaise s'inscrit dans la nouvelle épistémologie de la sociologie politique africaine que nous avons initiée, voici vingt cinq ans, dont la synthèse est publiée sous le titre

9

«Etat multinational et démocratie africaine: sociologie de la renaissance politique] ». A titre d'illustration, la question de la nation, de la république et de la démocratie peut être mise en perspective2.

.

La République quelle nation?

Démocratique

du Congo, c'est

Obnubilée par l'illusion nationale, l'intelligentsia congolaise n'arrive pas à répondre à cette interrogation, c'est-à-dire qu'elle est incapable d'explorer les tenants et les aboutissants de la nation congolaise moderne, à partir des outils fournis par l'article 6 de la constitution de Luluabourg qui, pour la première fois en 1964, consacre la nationalité d'origine et la nationalité d'acquisition. La nationalité congolaise d'acquisition, est l'expression élective ou citoyenne de la nationalité, ouverte sur le monde par le biais de la naturalisation, de l'option, de l'adoption et du mariage; tandis que la nationalité d'origine est l'expression ethnique de la nationalité, ouverte sur le monde par le droit du sang et le droit du sol comme en témoigne l'article 6 lorsqu'il énonce que est congolais d'origine: Toute personne dont l'un des ascendants est ou a été membre d'une tribu ou d'une partie de tribu, établie sur le territoire du Congo avant le 18 octobre 1908. En effet, la nationalité congolaise d'origine a été pensée comme l'horizon d'un nouvel humanisme destiné à réparer les torts causés par le découpage arbitraire des territoires et des peuples précoloniaux du bassin conven1 Mwayila TSHlYEMBE, Etat multinational et démocratie africaine. Sociologie de la renaissance politique. Paris, L'Harmattan, 2001 2 Mwayila TSHIYEMBE, Géoplitique de paix en Afrique médiane, Paris, L'Harmattan, 2003

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tionnel du Congo et au-delà, par les puissances coloniales. Ce souci d'ouverture de la nationalité congolaise sur le monde est attesté par le terme «membre d'une partie de tribu », alors que le terme «membre d'une tribu » réfute l'allégation coloniale, selon laquelle cette partie du monde était une «terre sans maître ». Il s'ensuit qu'à la lumière de ces outils juridiques, que la République Démocratique du Congo est l'un des rares membres de l'ONU, à avoir constitutionnalisé la conception ethnique et la conception citoyenne de la nationalité, chacune ouverte au monde. Partant de ce double distinguo, la nation congolaise moderne peut être pensée et définie comme une « communauté des peuples dits ethnies et des citoyens exprimant la volonté de vivre ensemble, en vue de forger un destin commun, dans la loyauté et le respect mutuel3 ». Telle est la singularité de la nation congolaise à bâtir, en porte-àfaux avec la conception occidentale de la nation peuple et Etat. Car, c'est aux peuples du Congo dits ethnies et aux citoyens qu'il incombe la tâche de créer l'Etat et non à l'Etat de créer un peuple fictif censé se substituer aux peuples réels dits ethnies, c'est-à-dire des groupes sociaux de chair et de sang, ayant une conscience, une histoire, une culture et un territoire.

.

La République Démocratique quelle république?

du Congo, c'est

Réinventer ou refonder la République Démocratique du Congo, c'est lui donner corps et signification, afin qu'elle cesse d'être une coquille vide depuis l'Etat Indépendant du Congo. Ainsi, le Congo réinventé est une ré3 Mwayila TSHIYEMBE, «Nation spécifique et singularité des solutions aux problèmes de la nationalité en République Démocratique du Congo », communication au Séminaire sur la nationalité, organisé par le Parlement, août 2004, texte inédit.

Il

publique post-nationale, une république cosmopolite, une république multiethnique dans laquelle le libre consentement des peuples dits ethnies et des citoyens, constitue le mode nonnal de légitimation de l'Etat et de légitimité du pOUVOIr. En d'autres tennes, refonder la république, c'est réinventer le pacte républicain. Il s'agit de forger une alliance entre les peuples du Congo dits ethnies et les citoyens, pour fonder une communauté politique ou une communauté de destin sur la logique de la segmentarité, de la différenciation et de la communautarisation. Et ce, par opposition au modèle occidental de la république nationale ou l'Etat-nation, fondée sur le postulat d'unification culturelle, d'unification culturelle et d'individualisation du corps social. Dès lors, la république pluriethnique ou république cosmopolite repose sur quelques principes fondateurs: l'unité dans la diversité, - l'égalité des peuples dits ethnies dits ethnies et des citoyens, - l'humanisme patriotique comme idéologie de l'Etat postnational et non le nationalisme qui est la philosophie d'action des peuples dits ethnies, car la république cosmopolite est le bastion de protection des droits de I'homme, des droits du citoyen et des droits des peuples, par-delà leur origine ethnique, linguistique, régionale, religieuse, culturelle etc.

et des citoyens,

- la

double représentativité des peuples

.

La République Démocratique quelle démocratie?

du Congo, c'est

Réinventé, le pacte démocratique est une alliance entre les peuples du Congo dits ethnies et les citoyens, pour créer un pouvoir de proximité humaine (pouvoir des peuples ou pouvoir traditionnel et pouvoir des citoyens ou pouvoir civil), géopolitique (pouvoir du centre et pouvoir de la périphérie), éthique (morale de responsabilité et mo12

raIe de conviction), culturelle (pluralisme culturel et juridique). Sa fonctionnalité repose sur les principes d'autonomie de gestion (des provinces, des communes et des chefferies traditionnelles) de subsidiarité (la république nouvelle ne peut outrepasser ses compétences et ne décide que dans les cas où son intervention est plus efficace que celle des provinces, communes et chefferies traditionnelles ). Autrement dit, la double culture de l'Etat segmentaire (royaume ou empire kongo, lunda, luba, kuba) pour ne citer que les plus grands et les plus connus) et de la société sans Etat (yaka, anamongo, pende, fuliro, nande etc) constitue la première source d'inspiration. La culture de l'Etat segmentaire foumit les outils de refondation d'une république cosmopolite synthèse de la monarchie congolaise et de la républicaine occidentale (néorépublicanisme) ; tandis que la culture des sociétés sans Etat permet de refonder l'autonomie de gouvernement de chaque segment social des clans, lignages, tribus, principautés etc., comme synthèse du néolibéralisme ou démocratie de proximité. Il se dégage de cette architecture, une nouvelle conception de la gouvernance, de la démocratie parlementaire et de la démocratie judiciaire. La nouvelle gouvemance est caractérisée par la combinaison de la démocratie directe ou réhabilitation du pouvoir traditionnel (en tant que collectivité locale, dotée des compétences et des ressources spécifiques) et la démocratie indirecte ou régime présidentiel doublement limité par l'irrévocabilité et l'autonomie des pouvoirs horizontaux (indépendance du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire) et des pouvoirs périphériques (provinces, communes) dont les dirigeants (gouverneurs et maires) sont élus au suffrage universel. La démocratie parlementaire s'articule autour d'une triple fonctionnalité, correspondant au néo13

bicaméralisme inspiré de la culture de l'Arbre-à-palabre : - distinguer la représentation des peuples dits ethnies au Sénat et la représentation des individus dits citoyens à l'Assemblée nationale d'une part; - créer un pouvoir de contrôle de la gestion du gouvernement de la majorité comme compétence exclusive de l'opposition (qu'elle soit parlementaire ou extraparlementaire), sous réserve d'adopter concomitamment la charte de l'opposition en
vue d'éviter l'anarchie;

-

restaurer

la fonction

tribuni-

tienne afin que le débat sur les questions d'intérêt vital soit ouvert à toute la société et éclaire les lois. Il s'agit de réhabiliter le principe démocratique traditionnel de gagnant/gagnant en lieu et place du principe démocratique occidental de gagnantlperdant. La démocratie judiciaire s'inspire de la culture du Conseil des Sages, pour garantir l'indépendance et l'impartialité du pouvoir judicaire. Dans ce but, le Conseil des sages ou Cour suprême de justice est un directoire coiffant toutes les hautes juridictions du pays (Cour constitutionnel, Cour de cassation, Cour administrative, Cour des Comptes, Cour militaire), y compris les cours et tribunaux. Sa mission est double: - surveiller, réguler, garantir l'indépendance et l'impartialité du pouvoir judicaire; - nommer, affecter, promouvoir, sanctionner des magistrats civils et militaires (en temps de paix). En ce sens, le Conseil supérieur de la magistrature devient l'organe du Conseil des Sages ou Cour suprême de justice. Par conséquent, le Président de la République, chef de l'exécutif, n'a aucune compétence en matière de justice, sauf la politique carcérale. En outre, les juges du Conseil des sages ou Cour suprême de justice doivent être élus au suffrage universel, sur vote des listes, parmi les professeurs de droit, anciens magistrats, juges et avocats, les auxiliaires de justice ayant exercé pendant dix ans au moins, pour un mandat de 9 ans renouvelable une fois. Ainsi, ils auront la même légitimité populaire que le prési14

dent de la république, les députés et sénateurs, pour assumer l'indépendance du pouvoir judicaire, contre vents et maraIS. Voilà quelques pistes ouvertes sur le chemin du destin, par la problématique de réinvention de l'Etat de droit et de la démocratie en République Démocratique du Congo, pour donner sens à l'Utopie-en-action du Messie collectif. A condition, bien entendu, que les élites congolaises fassent appel à leur intelligence plutôt qu'à leurs paSSIons. Fait à Nancy, le 3 mai 2005 Mwayila TSHIYEMBE Directeur de l'Institut Panafricain de Géopolitique

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Introduction
Le vocable mystificateur de 'nationalisme' fit un retour fulgurant dans le langage politique en 1997 au moment où le Congo retrouvait son nom léopoldien. Ce retour fut consacré par l'exil du Vieux et la prise du pouvoir par le Mzee, tous des nationalistes, nationalistes lumumbistes de surcroît.4 Ce vocable, les Congolais nés avant la "(<zaïrianisation»" de leur pays en savent long. En fait, il leur cause de la migraine tant il évoque les événements aussi atroces qu'inoubliables ayant marqué la naissance de la nation congolaise. L'auteur reconnaît la difficulté de parler du nationalisme sans inclure les contingences, voire ingérences internationales. Celles-ci pèsent souvent de tout leur poids dans la conception et le cheminement d'un mouvement nationaliste dans les pays en développement. Toutefois, il fait l'effort de limiter cette brève étude uniquement à certaines données nationales afin de mettre en évidence les responsabilités des nationaux. L'auteur considère ces derniers comme des sujets conscients et responsables de leurs choix diplomatiques, stratégico-rnilitaires, sociopolitiques et de leur type de leadership. Alors cette analyse s'applique aisément aux différents régimes politiques africains depuis les « Pères» des indépendances aux «Colonels », des « Généraux» subitement convertis à la démocratie aux « Diplômés» et aux hauts fonctionnaires internationaux propulsés aux commandes de l'Afrique. En effet, dans ces pages, il s'agit d'une succincte et sélective analyse des prétextes nationalistes des leaders congolais en vue de l'éveil et l'action du {messie collectif'
4

Les termes Vieux et Mzee (Kiswahili) sont synonymes et ils désignent, dans ce livre, des titres d'honneur et de respect selon la culture africaine en général et congolaise en particulier.

au Congo Kinshasa et en Afrique. Se référant à sa situation géographique, on situe le Congo au « Centre » de l'Attique, mais quand l'imagerie du langage fait de l'Attique une personne humaine, le Congo devient son «ventre» ou mieux son « cœur ». La réalité fait que ce qui se passe dans le ventre ou dans le cœur est partagé par l'ensemble du corps! Le fait que la prise du pouvoir et son maintien par la force en 1965 (par Joseph Désiré Mobutu) et en 1997 (par Laurent Désiré Kabila) fut en grande partie l'œuvre des parrains étrangers des nationalistes congolais n'est plus discutable. Une autre évidence indéniable est que le pouvoir par la force en place aujourd'hui à Kinshasa, Goma et Gbadolite constitue le deuxième exemple du nationalisme fortement parrainé par les forces politiques et militaires étrangères. Les conséquences économiques, sociales et politiques de ce parrainage depuis l'indépendance, et surtout depuis 1965 n'offrent qu'une suite ininterrompue de crises et litanie interminable de lamentations du peuple. Parrainé, le nationalisme tue ! D'une manière générale, on entend par nationalisme l'exaltation du sentiment national et l'adhésion marquée à tout ce qui constitue les caractéristiques d'une nation. Ainsi compris, le nationalisme est aussi l'attachement passionné à sa nation tel que démontré par tous les Congolais actuellement, à un moment où le Congo est devenu « un monstre à trois têtes » voulu et imposé par la volonté et la force des étrangers. Ici donc, nationalisme ne se confond ni avec patriotisme en général ni avec xénophobie en particulier, mais il consiste en l'exaltation conquérante du sentiment national. Nationalisme devient ainsi l'expression de la volonté collective de puissance, réelle ou virtuelle. En fait, le nationalisme comme exaltation du sentiment national abonde dans les discours de tous les leaders politiques congolais. Or, force est de constater que ce sentiment est utilisé, non pour libérer le pays, mais contre 18