Du souvenir à l'espérance

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Français
226 pages
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En ce début de XXIe siècle, les conflits politiques comportent souvent une dimension religieuse. Pour le père Michel Lelong, membre de la Société des Pères blancs les conflits actuels ne tiennent pas aux religions elles-mêmes, mais à la façon dont elles sont encore abusivement interprétées pour tenter de justifier les visées politiques, des intérêts économiques, et parfois les pires violences. Il faut s'efforcer de voir le présent sans préjugés pour préparer l'avenir.

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Date de parution 15 août 2015
Nombre de lectures 3
EAN13 9782336389264
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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Père Michel Lelong
Du souvenir à l’espérance
Du souvenir à l’espérance
Père Michel Lelong
Du souvenir à l’espérance
Du même auteur Pour un dialogue avec les athées (Le Cerf, 1965). J’ai rencontré l’Islam (Le Cerf, 1976). Le don qu’IL vous a fait (Le Centurion, 1977). Deux fidélités, une espérance (Le Cerf, 1979). La tradition islamique (en collaboration avec Sahar Moharram) (Club du Livre et du Disque, 1979). L’Islam et l’Occident (Albin Michel, 1982). Guerre ou Paix à Jérusalem ? (Albin Michel, 1983). L’Eglise nous parle de l’Islam : du Concile à Jean-Paul II (Le Chalet, 1984). Si Dieu l’avait voulu (Tougui, 1984). De la prière du Christ au message du Coran (Tougui, 1991). L’Eglise catholique et l’Islam (Maisonneuve et Larose, 1993). La vérité rend libre (François-Xavier de Guibert, 1999). Jean-Paul II et l’Islam (François-Xavier de Guibert, 2003). Le choix de Cécile (roman) (François-Xavier de Guibert, 2005). Prêtre de Jésus Christ parmi les Musulmans (François-Xavier de Guibert, 2007). Chrétiens et Musulmans, adversaires ou partenaires ? (L’Harmattan, 2007). Les Papes et l’Islam (Koutoubia, Editions Alphée, 2009) Le retour des religions, péril ou espoir ?(François-Xavier de Guibert, 2009). Le message de la Croix (Encre d’Orient, 2011). Pour la nécessaire réconciliation (Nouvelles Editions Latines, 2011). Les religions, source de discordes ou de paix ? (NEL, 2013) © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06572-4 EAN : 9782343065724
Avant-propos
En janvier 2015, eurent lieu à Paris des attentats terroristes qui suscitèrent une profonde émotion, non seulement en France mais dans le monde entier. On vit alors des chrétiens, des juifs, des musulmans, des croyants et des incroyants, des responsables politiques français et étrangers défiler tous ensemble à Paris pour dénoncer la violence et exprimer leur attachement à la liberté. Mais cette apparente unanimité ne doit pas nous conduire à éluder des questions qui méritent d’être posées : pourquoi des jeunes en arrivent-ils à devenir des terroristes ? Pourquoi n’ont-ils pas pu trouver dans leur famille, dans le milieu scolaire, dans leur religion, le soutien et les valeurs qui leur auraient permis de réussir leur vie ? La liberté de la presse doit-elle – ou non – comporter des limites ? La politique internationale menée ces dernières années au Moyen-Orient par les pays occidentaux a-t-elle été raisonnable et équitable ? Certains commentateurs ont dit et écrit qu’une des causes des violences et conflits actuels, c’est la religion musulmane devenue, prétendent-ils, « un péril pour l’Europe ». Ceux qui tiennent un tel langage semblent ignorer que ce sont les musulmans qui sont les plus nombreuses victimes du terrorisme. Ils semblent ignorer aussi qu’en France, comme en beaucoup d’autres pays, de Rabat à Alger et Tunis, du Caire à Damas et Téhéran, tous les principaux responsables et porte-parole de l’islam ont clairement et vigoureusement condamné ceux qui utilisent le message
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du Coran et le trahissent en se livrant à la violence et en menant des actions criminelles. En réalité, les événements qu’ont connus, ces dernières années, le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Europe doivent nous conduire à nous interroger sur une question majeure : celle des relations entre les religions et la politique, tant au niveau régional qu’international. A cette question, dans les pages qui suivent, je m’efforcerai de répondre à la lumière de l’Evangile et des enseignements de l’Eglise catholique. Je le ferai dans la perspective évoquée par ces mots de Michel-Ange : « Quand Dieu créa le souvenir, il lui donna une sœur qui s’appelle l’espérance ». M.L.
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I De Pie XII au Pape François
Depuis vingt siècles, dans un monde qui ne cesse de changer, l’Eglise annonce à tous les peuples le message du Christ. Tout au long de son histoire, elle a dû répondre à une question aussi difficile qu’importante : comment vivre et transmettre ce message en lui étant vraiment fidèle, tout en accordant la plus grande attention aux valeurs culturelles et spirituelles des peuples auxquels est annoncé l’Evangile ? Le problème se posa dès le lendemain à la Pentecôte, les apôtres Pierre et Paul ayant des points de vue différents sur la façon dont les premiers chrétiens devaient se comporter envers les rites du judaïsme. Ce débat, fondamental, fut tranché à Jérusalem par une assemblée que l’on peut considérer comme le premier des conciles. Dans les siècles qui suivirent, les chrétiens furent amenés à connaître la pensée grecque, ce qui suscita de vifs débats théologiques. Puis l’Eglise affronta l’islam, elle vécut la séparation entre Rome et Byzance, les divisions et oppositions entre catholiques et protestants, les contestations venues des « Lumières », du scientisme, du marxisme qui, en Europe, ébranlaient la Chrétienté, tandis qu’en Afrique et en Asie, les apôtres de l’Evangile rencontraient d’autres civilisations.
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De nos jours, le monde connaît de nouveaux et profonds bouleversements : après la guerre de 1939-1945, ce fut la décolonisation ; c’est maintenant la sécularisation des sociétés occidentales, l’extraordinaire développement des moyens de communication, les conflits du Proche-Orient, l’agressivité des intégrismes religieux, autant de défis que l’Eglise catholique doit désormais affronter. Aujourd’hui comme hier, elle y parvient plus ou moins bien, car tout en étant « divine » par le message qu’elle a reçu mission de transmettre, elle est « humaine », parfois pour le meilleur, mais parfois aussi pour le pire et, aujourd’hui comme hier, avec une bonne volonté qui n’empêche pas les maladresses et les faux pas. Entre le message du Christ et la réalité ecclésiale, il y eut souvent – et il y aura toujours – une évidente distance. Mais au lieu de nous en étonner ou de nous en indigner, ne devrions-nous pas plutôt nous demander : suis-je moi-même pleinement fidèle au message de l’Evangile ? Quand j’étais au collège, on chantait souvent, à la messe du dimanche, un cantique à la Sainte Vierge dont le refrain était : « Ô Marie, ô mère chérie, Garde au cœur des Français la foi des anciens jours. Entends du haut du ciel le cri de la patrie : Catholiques et Français toujours ». Les paroles de ce cantique feraient sans doute sourire – ou s’indigner – certains chrétiens d’aujourd’hui. Mais pour nous, en 1940, alors que la France était occupée et meurtrie, une telle prière avait un sens. Aujourd’hui encore, elle m’est chère, car je suis convaincu que,
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comme le disait le général de Gaulle, notre pays doit être fidèle à sa vocation spirituelle et assumer ses responsabilités internationales. J’avais sept ans quand, pour la première fois, je pensai à devenir prêtre. A ma demande, nos parents m’offrirent, pour mon anniversaire, une chasuble et une aube à ma taille, un petit calice, des burettes et du linge d’autel. Avec mes frères et ma sœur, on « jouait à la messe », toujours avec sérieux, mais osant parodier les sermons du dimanche. En nous appliquant à reproduire les rites avec tout le respect qui convenait, nous demandions à Dieu d’aider nos parents, de guérir les malades, de consoler les malheureux et aussi d’empêcher la guerre dont les « grandes personnes » parlaient autour de nous. Mais bientôt s’estompa pour moi l’idée d’une vocation sacerdotale. Calice et chasuble furent soigneusement rangés dans une armoire du grenier. Et quand vint l’été 1939, j’avais décidé de faire, après mon bachot, des études de Droit international. C’est alors qu’éclata la guerre. Il me sembla alors que tout allait changer. Tout changea en effet. Notre père, officier de réserve, fut mobilisé et partit. Notre frère aîné nous quitta, lui aussi, pour préparer le concours d’entrée à l’Ecole Militaire de Saint-Cyr. Quelques mois passèrent, incertains. Puis ce fut le drame : juin 40, l’exode, la France envahie, vaincue, occupée. Notre maison familiale fut réquisitionnée par les Allemands. Notre père qui, dès le premier jour de l’occupation, avait choisi la Résistance, échappa de justesse à la Gestapo qui était venue l’arrêter. Et notre frère, devenu officier, fut tué en Alsace, dans les combats pour la Libération.
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