Eglises chrétiennes et Etats-Nations en Afrique

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Politique et religion sont deux concepts de sciences politiques profondément enracinés en Afrique Noire. A partir d'un cas particulier, le Cameroun, l'auteur a refait le parcours théologico-politique de l'Afrique Noire, depuis la rencontre de ce continent aux Religions Traditionnelles multiples avec les religions monothéistes. L'auteur porte sur les fonts baptismaux un nouveau concept de sciences politiques, celui des Etats-Nations tri-confessionnels au sein desquels la politique et la religion entretiennent des relations quasi-maritales se démarquant du concept importé d'"Etat laïc".

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Ajouté le 01 novembre 2005
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EAN13 9782296417908
Langue Français
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Églises chrétiennes et États-nations en Afrique
Un couple tenté par l'adultère

Sociétés Africaines et Diaspora Collection dirigée par Babacar SALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle accueille également des essais et témoignages pouvant servir de matière à la recherche. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche afticaine tout en restant ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie. Déjà parus Antoine WONGO ARANDA, La communication au Cameroun, 2005. Issa Laye THIA W, Lafemme Seereer (Sénégal), 2005. Mar FALL, Le destin des Africains noirs en France, 2005. Claude KOUDOU, Côte d'Ivoire: pour un nouveau mode de coopération entre l'Afrique et la France, 2005. Modibo DIAGOURAGA, Modibo Keïta un destin, 2005. Mamadou DIA, Radioscopie d'une alternance avortée, 2005. Mamadou DIA, Echec de l'alternance au Sénégal et crise du monde libéral, 2005. Mody NIANG, M Wade et l'alternance, 2005. Dominique BANGOURA (dir.), Guinée: L'alternance politique à l'issue des élections présidentielles de décembre
2003, 2004.

Titinga Frédéric PACERE, Pensées africaines. Proverbes, dictons et sagesse des Anciens, 2004 Amadou NDOYE, Les immigrants sénégalais au Québec, 2004. Danielle PÉTRISSANS-CA V AILLÈS, Sur les traces de la traite des Noirs à Bordeaux, 2004. Khadim SYLLA, L'éducation en Afrique, 2004. Philippe NOUDJENOUME (dir.), Les frontières maritimes du Bénin, 2004. Dominique BANGOURA (dir.), L'Union africaine face aux enjeux de paix, de sécurité et de défense, 2003. Chouki EL HAMEL, La vie intellectuelle islamique dans le Sahel ouest-africain (XVIe-XIXe siècles), 2002.

Vincent

Sosthène

FOUDA

,

,

Eglises chrétiennes et Etats-nations en Afrique
Un couple tenté par l'adultère

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

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Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

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Université

www.librairiehannattan.com hannattanl@wanadoo.fr diffusion.hannattan@wanadoo.fr
(Ç)L'Hannatlan, 2005 ISBN: 2-7475-9459-9 EAN : 9782747594592

Dédicace
«

En recueillant le dernier souffle de papa, j'ai entendu comme

me parvenant de l'au-delà ces mots: je laisse ceux que j'aime pour vivre désormais avec ceux que j'ai aimés! Dans la vie me voici sur le sentier lumineux de la recherche pour vivre avec vous les moments fondateurs de l'Afrique. A Chantal Magdeleine, pour sa patience, A Anniella-Cosima à venir, A Angélica-Serena, A Clément A J essie-J onnathan A Théry-Sosthène Roland Michel Pour un Cameroun citoyen dans une Afrique debout et responsable A Yolaine et Pierre Messmer, au bout du petit matin, cette douce reconnaissance. A la mémoire, d'André FOUDA ANABA, ESSOMBA NGONDZIGUI, EWONDO FOUDA TSOGO, ESSOMBA MANI

EWONDO, MINLO MI BALA ».

Du même auteur En Français

Notions de réussite et d'échec dans la filiation adoptive analyse juridico-sociologique (collection contemporaines) L'Harmattan, 2000. Questions

Dans le rétroviseur, (Nouvelle) éditions Thélès, 2003. Les médias face à la construction de l'État-Nation en Afrique noire: un défi quotidien au Cameroun (Collection Etudes Africaines) L'Harmattan, 2004 A paraître: Amour haine Amour Amour (poésie) Acoria Ma bague de fiançailles est en poils d'éléphant (roman) L'adoption expliquée à ma nièce (Seuil)

Avertissement Le titre de cet ouvrage pose problème; en lui seul, il est une ambition démesurée! Voilà, je dois l'avouer mon propos se veut modeste, il ne s'agit point ici d'étudier en deux cents pages toute 1'histoire de la construction de l'État-Nation en Mrique noire. J'aurais volontiers voulu faire simple mais hélas, chaque mot écrit, chaque phrase construite a chassé les évidences comme pour me rappeler que le concept d'État-Nation réussit à lui tout seul le paradoxe, comme le soulignait très souvent Georges Burdeau, en parlant de l'État, d'évoquer à la fois une notion vide de sens, une image multiforme et une force toute-puissance. Parler de l'État-Nation en Mrique noire est donc une tâche ardue mais pas une mission impossible. Aujourd'hui plus qu'hier, diverses branches des sciences sociales bougent leur feuillage en Mrique noire, créent des écoles de recherches afin de comprendre l'organisation sociétale du continent et de l'analyser jusque dans ses racines. Toutes ces écoles luttent contre une seule chose, une seule maladie: l'afro pessimisme et l'absence de l' Mrique de la scène politique mondiale. Elles posent en même temps les jalons d'une nouvelle recherche en Mrique, une recherche qui sache dire l' Mrique par ses mots et ses réalités. TIs'agit donc pour nous et dans le domaine qui est le nôtre de sonder le paysage socio-constitutionnel de l' Mrique. Dans quel but et dans quelle finalité? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons d'apporter des réponses suivant les concepts de sciences politiques. Ceci suppose donc que nous allions dans les profondeurs culturelles de l' Mrique. Qui parle de culture, parle des manières de penser, d'être, d'avoir, de sentir et d'agir. TIs'agit donc pour nous de rassembler toutes ces façons d'être et d'en faire un

« nous-commun» suivant les canaux de la science politique. Beaucoup auraient souhaité que le titre de cet ouvrage se limite au seul Cameroun; mais non! TIva au delà tout en reconnaissant comme le disait déjà en 1948 Fernand Braudel, «que chaque partie du monde reflète l'histoire du monde entier, la subit, s'en accommodel ». Le Cameroun semble se présenter comme le cœur de l' Mrique et c'est en ce cœur que tout part pour dire l' Mrique dans sa réalité et sa diversité. Cet ouvrage est construit sur deux axes fondamentaux aujourd 'hui en sciences sociales; la théorie et les enquêtes de terrain. En science politique il est de notoriété publique que la théorie ne jouit pas d'un grand crédit c'est ce que l'on retrouve dans la proposition de Wittgenstein: «nous devons en finir avec ce qui est

explication pour laisser la place à la seule description. »
Auprès de mon maître Pierre Bréchon, j'ai été initié aux recherches empiriques mais et surtout aux enquêtes. A travers ce travail, qu'il me soit permis de lui rendre hommage. Pour écrire ce livre, nous avons bénéficié du soutien d'un nombre considérable de personnes et d'institutions. Je suis particulièrement reconnaissant à Christophe Talin du département de Science Politique de l'Université de Montréal pour ses brillantes recherches sur «cultures politiques et identités traditionnelles », elles m'ont aidé à mieux cerner ma problématique. Maintes idées de cet ouvrage viennent des recherches entreprises sur les conseils de madame Sylvie Lemasson co-doyenne de la faculté franco-biélorusse des Sciences Politiques et d'Etudes Européennes à Minsk et conseillère de Coopération et d'Action Culturelle à l'Ambassade de
1 Fernand Braudel, Au Brésil..., Annales, 1948, p. 102.

France en Biélorussie, elle a été mon ancienne Alma mater de mastaire. Le professeur Nandini Heath Ph.D de Politique internationale à la Corporate Communications de Californie a donné de précieux commentaires sur mes conférences et a accepté de préfacer le présent ouvrage. Merci au professeur Jean-Emmanuel Pondi secrétaire général de l'Université de Yaoundé II qui m'a accueilli à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun, m'offrant ainsi l'occasion de confronter mes thèses à celles de nombreux enseignants et chercheurs de cet établissement mais et surtout de découvrir l'université camerounaise de l'intérieur. Merci aux nombreux étudiants dans les trois continents qui ont ouvert avec moi un dialogue fort enrichissant sur le devenir du concept d'État-Nation en Mrique noire. Christian Cardinal Tumi, archevêque de Douala a mis à ma disposition sa correspondance avec les autorités camerounaises, qu'il trouve ici toute ma reconnaissance. Merci à ma fidèle assistante Pascale Paquereau. J'ai reçu de précieux conseils et commentaires de la part de plusieurs collègues et amis, dont Yann Lohr qui m'a suggéré l'illustration du Père Engelbert Mveng en couverture, Mlle Zineb Benabbes Taarji du département de linguistique de la Sorbonne a conçu la quatrième de couverture. Merci à Valérie Léon. Qu'il nous soit permis ici d'exprimer notre gratitude à Hyacinthe Stanislas Essomba+, Sabine Mengue, Jessie Jonathan Fouda, Théry Sosthène Roland-Michel Fouda, Anniella-Cosima Fouda. A la mémoire de mon Père Hyacinthe Stanislas qui s'est endormi le 24 août 2004 à I'heure des complies entouré d'hommes et de femmes imprégnés de l'esprit chrétien insufflé par les premiers missionnaires, à sa manière il a

été un artisan de la construction d'un État-Nation endogène au Cameroun. Je voudrais saluer ici la mémoire du professeur Pierre Mendier du département d'histoire de l'Université Lyon III, il fut un ami et un mentor. Je voudrais aussi saluer la mémoire du professeur Paul-Ango Ela pour nos échanges. Je m'incline devant la mémoire du Père Didier Rimaud (SJ) et celle de l'Abbé Etienne Delorme du diocèse de Lyon. Merci aux Pères Dominique Jacquemin qui malgré ses nombreuses occupations a pris le temps de relire cet ouvrage, Joseph Furzon et Philippe Ambassa, chacun de vous m'a entouré de son amitié et de son affection. Comme toujours, je remercie aussi ma famille pour son soutien sans faille à l'occasion de l'écriture de cet ouvrage. Enfin, je voudrais saluer la mémoire de ma sœur Renata Gisèle Ngono Essomba Ngondzigui+ qui s'est endormie le 16 août 2005 au petit matin dans une odeur de sainteté.

Sommaire

Préface du Professeur Nandini HEATH PREMIERE PARTIE Que disons-nous que nous sommes et qui disons-nous que nous devons devenir?

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Introduction Genèse de la recherche

..17 21

[Carteadministrativedu Camerouncarte 1] Source : Populationdata.net/Cameroun 27 Justification du choix des champs disciplinaires... ... ... ... ... .29 Justification de la démarche et plan de rédaction 31 {Carte ethniquedu Cameround'après une esquissedu Père Engelbert

MvengJ Présentation du Cameroun géopolitique et religieux Analyse géopolitique Le trip ode géopolitique La présence des Églises au Kamerun La Baptist Missionary Society (B.M.S.) La Mission Presbytérienne Américaine (E.P.A.) [Cartedu Camerounrotestant. arte3J p C L'Église Catholique Romaine [E.C.R] L'Islam...

45 47 49 51 53 55 63 66 67 69

7

DEUXIEME PARTIE « Églises présentes au Cameroun, quelle a été votre contribution à l'émergence de l'idée de consciencenationale dans ce tenitoire» ? Arrivée des missionnaires baptistes et quête d'une identité nationale 1843-1884 73 Les pasteurs à la rencontre des autorités temporelles 75 Contribution de l'école baptiste à l'émergence d'une identité nationale. 79 Quel est l'esprit dans lequel se prépare l'envoi des
missionnaires allemands au Kamerun

... ... ... ... ... ... ......83
85 87 91 95 99 103 107

La contribution des Églises allemandes à l'émergence de la conscience nationale au Kamerun 1884-1914 Une double éducation La tentation de l'adultère Les missionnaires catholiques français mais tout d'abord Alsaciens Les Églises et l'Espace public L'Église Presbytérienne Américaine et l'Ecole Normale de Fulassi L'Église baptiste et la figure du pasteur Lottin à Samé

TROISIEME PARTIE «Appropriation de Dieu ou inculturation du message évangélique au service de l'émancipation d'un peuple» Introduction 113 Un si long silence! 119 Preuves et raisons du silence 121 Les raisons d'ordre inteme 125 Relation humaine et organisation 125 Les Églises face aux partis politiques: raisons extemes 127 Les prises de position de la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CNEC) . 133 La contribution des Églises à l'émergence d'une conscience nationale au Cameroun sous le prisme d'une enquête 139

8

QUATRIEME PARTIE « La contribution des Églisesà la volonté des Camerounais d'être une nation»
Conclusion ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .173 Le modèle Jacobin... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ..175 Une laïcité douteuse et tri-confessionnalité affirmée... ... ... .179

CINQUlEME PARTIE: ANNEXES Annexe 1 : Extrait de la conférence du Pasteur Reichel 185 Annexe 2 : Point de vue catholique sur les rapports entre la Kolonialpolitik et la Mission. 186 Annexe 3a : Lettre de démission de Mgr Thomas Mongo du Conseil consultatif Constitutionnel 188 Annexe 3b : Monsieur le pasteur AKOA secrétaire général de l'Église Presbytérienne du Cameroun. 190 Annexe 4 Déclaration de la conférence des Evêques du Cameroun 193 Annexe 5 : Lettre de Christian Cardinal Tumi aux voleurs de Douala ... 199

9

Préface du Professeur Nandini HEA1H

L'État-Nation n'a pas disparu, il est encore en ce troisième millénaire, le cadre d'existence et d'exercice de la souveraineté, de la démocratie et de la gouvemance vers lesquelles tend courageusement l'ensemble du continent africain. Tel est le propos de Vmcent Sosthène FOUDA dans cet énième ouvrage qui le place définitivementparmi les politologuesafricains avec lesquelsil faut compter. L'État-Nation est appelé à pénétrer encore plus les profondeursde la sociétéafricaineafin que celle-cise l'approprie. Lorsque l'État est né en France, en &pagne, en Angleterre, il coexistait encore avec d'autres formes de systèmes politiques, à savoir les cités,l'empire et la papauté par rapportauxquelsil a eu à s'émanciper. C'est à cetteémancipationqu'invite le politologue africain, afin que l'Afrique puisse se dire par elle-même. Pour Vmcent Sosthène FOUDA, l'État-Nation tel qu'il s'est construit en Afrique depuis les années 50 et surtout 60 est un reflet du modèle stato-national occidental et principalement du modèle stato-national français d'où les difficultés sociologiques et constitutionnelles que rencontre l'institution aujourd'hui en Afrique noire. En proclamant la mort de l'État-nation importé qualifié «d'État-Nation-Laïc », le politologue camerounais prend à contre-pied le modèle d'État-Nation stato-national si cher à la politologie française (un peuple =un État = une politique)pour appeler de tous ses vœux l'avènement d'un État-Nationadapté à la réalitéafricaine.Autrement dit il invite à la (re)fondationd'une organisation politique dans laquelle l'on retrouvera un centre décisionnelunique qui puisse correspondreà différentspeuples, à des traditions multiples. Pour y parvenir, l'Afrique politique et citoyenne devrait cesser de croire à l'inféodation du modèle « d'État-Nation-Laïc» occidental pour bâtir un État-Nation triconfesionnelqui tienne compte de l'héritage culturelet religieux du continent.

11

Les Religions Traditionnelles Africaines, l'Islam et le Christianisme prendront alors une place «visible» dans la construction du «nous-national ». Je dis «visible» dans la mesure où l'ouvrage de Vmcent sosthène FOUDA pré~nte les relationsentre les religionset le politiquecomme enferméesdans «des cercles d'initiés» d'où la terminologiemaritale qui revient sans cesse ; inceste, infidélité,mais surtout fidélité mais celle-ci se fait hors de l'espace public, lieu d'expression de la volonté du peuple. Dans cet ouvrage aux thématiques saisissants, apparaît plus nettement ce qui dans Les nrediasface à la constructionde l'État-Nation en Afrique I, n'était encore qu'une nébuleuse; Vmcent Sosthène FOUDA fait des sciences politiques une pluridiscipline qui conduit le chercheur à s'intéresser «aux
détails qui seraient passés inaperçus sans cet effort »

Confirmation du rôle de l'État-Nation La où certains en Afrique sont tentés de proclamé l'échec de l'État-Nation nés avec la décolonisation, le politologue invite à une structuration basée sur une maîtrise des différents attributs (puissance, souveraineté et légitimité) par les différents acteurs que sont les populations, c'est l'hommage qu'il rend au premiers missionnaires qui ont su créer un espace public propice à l'émergence des mouvements nationalistes qui ont conduit aux indépendances. Ce sont toutes les confessions religieuses présentes au Cameroun qui sont passées à l'analyse du sociologue dans un but de construction.

Vmcent Sosthène FOUDA, Op.cil., p. 24.

1

L'Hannattan,

2004, 180P.

12

Églises et États-Nations en Afrique noire: un couple tenté par l'adultère est un livre hautement original, pour la compréhension de l'Afrique de ce troisième siècle. TIabolit les frontières entre différentes disciplines, des sciences sociales, sociologie, anthropologie, communication et sciences politiques. La thèse des ÉtatsNations tri-confessionnels coexistant à côté du modèle stato-national occidental est un apport majeur dans les sciences politiques modernes. Sur différents concepts abordés ici, Vincent Sosthène FOUDA prend une certaine autonomie de pensée nécessaire pour porter dans les fonts baptismaux de nouveaux concepts. Madame Nandini Heath, Ph.D Rewnonslnœrnanonaks Georges Mason University

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I

Première partie Introduction Générale:
Que disons-nous que nous sommes et qui disonsnous que nous devons devenir?

IN1RODUCfION Dans le numéro 71 de l'hebdomadaire L'autre Afrique du 9 au 15 décembre 1999, l'historien camerounais, Joseph Achille Mbembé, alors secrétaire exécutif du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODES RIA), impute l'échec de l'État-Nation en Afrique à «une méprise sur la nature de l'identité africaine ». Pour lui, on n'est jamais parvenu «à penser le cosmopolitisme ». De quoi s'agit-il en effet? Le concept d'État et encore moins celui de Nation ne semble exister dans la culture politique africaine. Pour l'auteur de De la postcolonie2, «l'ÉtatNation ne peut pas se construire sur la base de cultures politiques qui reposent sur des idées de localité et d'autochtonie3 ». Ce constat de Joseph Achille Mbembé découle d'une série d'études effectuées sur l'état de santé de l'ÉtatNation en Afrique noire depuis les indépendances. Si nous partageons cette analyse, à savoir un manque de réalité de l'État-Nation dans les cultures politiques africaines et le caractère inapproprié de ce concept, il nous semble cependant prématuré de parler de l' « échec» de l'État-Nation en Afrique noire. Une analyse historique du concept d'État-Nation dans les sociétés européennes d'où il tire son origine et où il s'est le mieux exprimé, débouche sur des conclusions qu'une étude comparative avec les résultats obtenus en Afrique noire par le même concept ne nous permet pas de valider4.
2

Achille Mbembé, De la postcolonie - Essai SIff l'imaginaire poliJique dans

l'AfiùJue contemporaine, paris, Karthala, 2000,293 p. 3 Entretien accordé à l'hebdomadaire L'Autre AfiùJue, du 9 au 15 décembre 1998. 4 lire à cet efIetLes médias face à la construction de L'État-Nation enAfiùJue Noire: un défi quotidien au Cameroun, tome 1.

17

En effet, Norbert Elias dans La dynamique de l'occidenr nous montre comment à partir d'un duché, pour ce qui est de la France, va se développer, peut être de

façon accidentelle, « une concurrence libre» en même
temps que se forment des monopoles notamment territorial, militaire et économique.» L'Afrique et le Cameroun en particulier, ne compte pas à l'origine des royaumes forts capables de créer des situations de

monopoles encore moins de « concurrence libre », ensuite,
l'État-Nation camerounais si tant est qu'il existe n'est point la résultante à l'origine d'une dynamique interne. Une étude de l'État-Nation tel qu'il s'est développé en Europe nous montre que celui-ci à l'origine désigne l'unité prépolitique d'une communauté de destin historique. L'État-Nation se développe alors autour d'un territoire aux frontières bien délimitées et l'attachement au territoire est premier dans ce processus. Comme toute institution, la finalité est alors, si l'on emploie une terminologie républicaine, d'aboutir à la formation d'une identité nationale et d'une idée de citoyenneté ainsi que nous le fait remarquer Jürgen Habermas dans L'intégration républicainé. L'État-Nation tel qu'il s'est développé en Europe a en effet «créé l'infrastructure d'une administration disciplinée et offert la garantie d'un espace non étatique de l'action individuelle et collective7 ». fi a aussi favorisé la mise en place «d'une homogénéité culturelle et ethnique sur la base de laquelle la démocratisation de l'État a pu s'imposer depuis la fin du XVIIIème siècle8 ». On peut ainsi dire que les concepts de citoyenneté et de démocratie sont étroitement liés au concept d'État-Nation tel qu'il s'est développé en Europe
5 NorbertElias,LaDynmniquerk l'Occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975. 6 Jürgen Habermas, L'intégration républicaine, Essais rk théaie poliJique, Paris, Fayard, 1998, p.69. 7lliidem 8lliidem

18

et tout particulièrement en France et en Allemagne au XVlIIème siècle9. Peut-on dire aujourd'hui que les deux concepts précédemment cités se soient enracinés dans les ÉtatsNations importés qui se développent en Afrique depuis la colonisation jusqu'à ce troisième millénaire? L'Afrique est encore et toujours déchirée par d'interminables guerres ethniques et la démocratie en est à ses balbutiements, signe visible s'il en était encore besoin d'États-Nations endogènes embryonnaires, hésitants, chancelants, possibles et peut-être impossibles. Ces conclusions issues de nombreuses études historiques et monographiques nous invitent à revisiter la mémoire de l'importation et ou de l'implantation de l'ÉtatNation en Afrique noire. Assiéger ainsi les bases de la fondation de l'État-Nation en Afrique noire devrait sans doute nous permettre de comprendre la dynamique de ces jeunes institutions ou alors leur dysfonctionnement; une façon de voir si l'Afrique est entrée dans un processus d'appropriation de ces concepts. TI y a bientôt treize ans que nous explorons les fondements ou les fondations des États-Nations, non pas à la manière d'un historien visitant les lieux de mémoire pour leur permettre de rester à jamais vivants dans la mémoire collective mais comme un chercheur en sciences sociales qui questionne le passé afin de comprendre l'avenir tout en participant à la construction du présent.
9

Pour comprendrecomment se sont formés les tenitoirestout particulièrement

en France et en Allemagne, il serait intéressant de lire l'étude de Norbert Elias, La dynamiqu£ tk l'occident, dans laquelle le sociologue allemand montre comment par les guerres, les jeux d'alliances et le commerce, les tenitoires se sont regroupés autour d'un centre donnant de façon aIbitraire et parfois involontaire naissance à des États et aux Nations. Pour ce qui est de la dérmcratie et de la citoyenneté, il faut cependant souligner des cas où l'ÉtatNation n'a point donné naissance à ces deux concepts, c'est le cas du Mexique et de la Russie.

19

Comme dans toute recherche, il serait très difficile de ce fait de dire a posteriori ce que nous espérons y trouver! Dans un précédent ouvrage, que nous avons consacré aux médias face à la construction de l'États-Nations en Afrique noire, dont celui-ci n'est que la suite logique, il

ressort que I'histoire de la « décolonisation de cet espace,
de ce lopin de terre qui porte le nom d' Mrique, nous montre qu'il s'est développé, dans chacun des territoires coloniaux qui composent ce continent, des courants de pensée visant à la naissance d'un nationalisme dont le but premier est l'émergence d'une conscience nationale propice à la formation des États-NationslO ». Nos travaux infirment chaque jour les nombreuses thèses, qui affirment et confirment que l' Mrique noire n'a jamais pensé son devenir qu'en terme de lutte arméell. Poursuivant nos recherches dans le même sens et dans le même domaine, il nous semble important aujourd'hui de nous intéresser à une autre force présente en Mrique depuis l'ère coloniale voire bien avant: les Églises. Nous pourrions dire ici comment il nous est venu l'idée de prolonger nos recherches du côté des Églises.

A['i;fe 1 Beaucoup de pays du continent africains, l'Angola, le Zaïre ont accédé à l'indépendance au prix d'une longue lutte militaire contre les puissances coloniales, les lendemains des indépendances n'ont malheureusement pas extirpé le fléau bien au contraire! le ver semble avoir élu domicile dans le fruit, le continent africain se présente aujourd'hui comme le continent qui concentre à l'échelle mondiale le plus de conflits armés, un conflit armé sur deux dans le monde a lieu en Afrique. Lire à cet effet le mémoire de DEA de Science Politique que Jean Baptiste ADJOVI consacre à L'Organisation de l'Unité Africaine et la gestion des conflits internes, Paris, lEP de Paris, 1998, p. 43. Cependant, est-ce une raison pour penser que tout se bâtit dans ce continent par les armes? Telle n'est pas notre hypothèse de base. 20

10 Vmcent FOUDA, Les médias face à !il construction de l'État-Nation en noire: un défi quotidienau Cameroun, Paris,L'Harmattan,2003.