Eglises de réveil et salut chrétien au Congo-Kinshasa

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Désenchantée, la population de Congo Kinshasa, tente de sortir de la crise politique, économique et urbaine, par "voie de religion" en se regroupant dans des lieux inédits : les Églises du réveil à caratére syncrétique, ésotérique, promettant des solutions miracles aux problèmes des fidèles. Derrière cette attente se cache un obscurantisme déresponsabilisant l'homme en lui faisant croire que Jésus a la solution à tous les problèmes de la vie. Une nouvelle évangélisation au Congo Kinshasa, source d'engagement social s'impose et ouvrira des pistes capables d'endiguer cette hémorragie des chrétiens vers les nouveaux mouvements religieux.

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Date de parution 01 décembre 2016
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EAN13 9782140023972
Langue Français

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Damien Eind EandaÉglises de réveil
et salut chrétien
au Congo-Kinshasa
Quels défis pour l’Église catholique ?
Depuis 1990, la R.D.Congo connaît des problèmes matériels et, tandis que
les structures traditionnelles et les valeurs sociales s’efritent, la vie des masses
se détériore et la misère s’installe. Désenchantée, la population tente de sortir
de cette crise politique, économique et urbaine par « voie de religion » en se
regroupant dans des lieux inédits : les Eglises de réveil à caractère syncrétique,
ésotérique où des personnages hauts en couleur, monopolisant le paysage
médiatique « kinois » leur promettent des solutions miracles à leurs problèmes.
Derrière cette attente de salut, se cache un certain obscurantisme
déresponsabilisant l’homme de certains engagements qui devraient
l’interpeller, en lui faisant croire que Jésus est la solution à tous les problèmes
de la vie. Des dictons tels que « Nzambe akosala » (Dieu fera), « il est vivant »,
répandus à Kinshasa, s’inscrivent dans cette compréhension utilitariste et
réductionniste du salut.
Au regard de cette vision lacunaire de salut, nous pensons qu’une nouvelle
évangélisation au Congo-Kinshasa doit s’inspirer d’une compréhension du
salut qui tienne compte de la double dimension : historique et extra-historique. Églises de réveil
Ce qui donnera vie à un culte qui aidera à vivre concrètement l’intimité avec
Dieu, source d’engagement social ; et qui ouvrira des pistes capables d’endiguer et salut chrétien
cette hémorragie des chrétiens vers ces nouveaux mouvements religieux.
au Congo-Kinshasa
Damien Etshindo Epandjola est prêtre du Diocèse de Kole en République Démocratique Quels défis pour l’Église catholique ?du Congo(RDC). Après sa licence canonique en théologie à la Faculté théologique de Burgos
(Espagne), il obtient en février 2014, un doctorat de théologie à l’Institut catholique de Paris. Il
est actuellement curé de la Paroisse d’Antrain, dans le Diocèse de Rennes.
Préface de Bede Ukwuije
Illustration de couverture : © Digital Vision.
ISBN : 978-2-343-10149-1
34 €
Églises de réveil et salut chrétien
Damien Etshindo Epandjola
au Congo-Kinshasa
Églises d’Afrique





ÉGLISES DE RÉVEIL ET SALUT CHRÉTIEN
AU CONGO-KINSHASA

QUELS DÉFIS POUR L’ÉGLISE CATHOLIQUE ?































Églises d’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen
Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s’est inscrit
profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de
l’Occident, au point d’en être le fil d’Ariane pour qui veut comprendre
réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux
mouvements d’explorations scientifiques, suivis d’expansions coloniales et
missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d’hommes et de
femmes, s’est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en
Afrique. D’où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont
beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à
l’avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est
aujourd’hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de
l’Église en Afrique ? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Églises
d’Afrique participeraient-elles d’une dynamique qui leur serait propre ? Autant
de questions et de problématiques que la collection « Églises d’Afrique » entend
étudier.
Dernières parutions

François RAKOTOMALALA, Le rôle de l’Eglise à Madagascar dans la
promotion du bien commun, 2016.
Bertrand Magloire NDONGMO, Église catholique et processus démocratique
au Cameroun. Une analyse de la participation politique dans les archidiocèses
de Douala et de Yaoundé, 2016.
Paul Venance NTAMBWE KASONGO, Normes canoniques sur les moyens
d’éviter les litiges, Contexte culturel du Congo-Kinshasa, 2016.
Honorine NGONO, La place et le rôle de la femme dans l’Église, 2016.
Dieudonné ZOGNONG, Christianisme et liberté, Les paradoxes du
pentecôtisme en Afrique noire, 2016.
Simon-Pierre IYANANIO, L’Église catholique et l’éducation à la citoyenneté
en République démocratique du Congo, 2016.
Léon Magloire FOÉ, De la culture à l’inculturation, 2016.
Pierre-Hilaire DJUNGANDEKE PESSE, Le leadership de Néhémie comme
paradigme pour la reconstruction en République démocratique du Congo,
Analyse sociale et herméneutique chrétienne de Néhémie 2-5, 2016.
Stanislas LONGONGA, La crise financière des Églises d’Afrique.
Conséquences sur le ministère des prêtres, 2016.
Louis BIRA, Consacrés africains, pour quoi faire ? Redécouvrir la fonction
sociale des vœux religieux, 2015. Damien ETSHINDO EPANDJOLA






ÉGLISES DE RÉVEIL ET SALUT CHRÉTIEN
AU CONGO-KINSHASA

QUELS DÉFIS POUR L’ÉGLISE CATHOLIQUE ?





Préface de Bede Ukwuije


























































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-10149-1
EAN : 9782343101491

REMERCIEMENT

Qu'il me soit permis de remercier en premier lieu le Dieu Tout Puissant
pour le souffle de vie dont je suis bénéficiaire. N’eût été sa protection, ce travail
n’aurait pas vu le jour !
Ma reconnaissance s’adresse aussi à son Excellence Monseigneur Pierre
d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo pour son soutien matériel et
spirituel qui a permis l’aboutissement de ce travail. Que son auxiliaire Mgr Nicolas
Souchu trouve ici l’expression de ma profonde gratitude. Un grand merci à
Monseigneur Stanislas Lukumwena (évêque émerite de Kole), aux Pères Henri
Chesnel, Franck Tehel,Yann Tangi Kenec’du et à Monseigneur Emery Kibal
(évêque de Kole), pour leurs confiances et encouragements.
Ma gratitude s’adresse également aux professeurs René Tabard, Léonard
Santedi et Bede Ukwuije pour leurs judicieux conseils qui ont su orienter
l'articulation de cette thèse.
Ma pensée va aussi à toute ma famille biologique et plus particulièrement à
mon Papa Etshindo-Iyeshi Jean-Martin et à ses frères Epandjola Okelo Faustin,
Esana Ndjoku Charles, Valentin Etshindo, Danny Mpelendjambi et Ikonga-wetshay
Isaïe dont le soutien surtout moral et affectif m’ont aidé à tenir bon jusqu’à la fin de
cette aventure scientifique.
A mes proches et amis : Andres Hernando Munguia, Bernard Moreau et sa
famille, Marcel et Jacqueline Monnier, la famille André Lelièvre et Maryvonne, la
famille Honoré et Irène, Bernard et Maryvonne Panaget, Joseph Boissier, Auguste et
Marie Thérèse Cochet , les prêtres du doyenné de Fougères, le pères Jean de la
Villarmois, le père Noël Gublin, le père Francis Beillet, Jean Claude et Monique
Lebeltel, Françoise Noblet, Papa Denis Tshiaba, Mukundi-Tshiaba Yollande,
GrâceRégine, Oladje Esanga Adèle, Wilo véronique, Mpongo Etshindo, Claude Epandjola
Etshindo, Mulanga Mireille, Masengu Carine, Emery Asumani, Aseka Tewo
MarieLouise, Ndongo Ndjondjo André ( mon grand père), Ndjondjo Nkishi Jimmy, Pierre
Bembe, Yango Mpetshi Cambodgien, Ndongo Ntshikala Enaza, Yango Jean-Paul,
Véro Kashala, Yemola Patrick, Alain Bangobango et Ben Tshiovo, Nakatala
François, Toussaint Kusenza, Elisabeth Lembe, Ohoto Jean, Adolphe Bonyanga,
Vincent Ndjondjo, Jean Belambo, Godefroid Bokele, Pierre Nkosso, Ndjondjo
Constatin, Claude Tshefu, Blaise Pascal Ndjondjo, Prosper Lombadisha, Olenga
Augustin, Frederic Adroma, Filibert Tado yamo, Martin Kedah, Honoré Mukobo,
Hervé Cochard, Bernard Isambert, André Rebour, Nathalie Yungmann, qu’ils
trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude et de mon amitié indéfectible.
Merci enfin à tous les paroissiens de Vern sur Seiche, de Saint
Melaine de Pacé, de Sainte Croix de la Flume (Gévézé), et de Notre Dame du
Couesnon (Antrain) pour leur amitié et leur soutien.

































A ma chère Maman Régine Ola que la mort a arrachée à
mon affection !



Je dédie ce travail












































PREFACE


Le christianisme en Afrique depuis le 19e siècle a traversé trois
périodes : la première est celle de la christianisation de l’Afrique,
grâce aux efforts des congrégations missionnaires venues d’ailleurs.
La deuxième période a vu les efforts prodigieux de l’africanisation du
christianisme pendant une cinquantaine d’années et prend son essor à
partir de l’élan inauguré par le concile Vatican II. Enfin, la période qui
s’ouvre aujourd’hui est celle de christianisation du christianisme
africain.
En observant le développement du christianisme africain, les
théologiens africains ont pris au sérieux l’invitation du Concile
Vatican II, principalement en Ad Gentes 22, à approfondir dans des
contextes culturels divers, l’unique vérité salvifique de Dieu. Après
des recherches initiales sur la possibilité d’une théologie africaine, les
théologiens africains se sont situés diversement quant à l’approche la
plus adéquate pour parler du rapport entre l’Évangile et le contexte
africain. Ainsi se sont développés des courants divers, adaptation,
inculturation, libération, reconstruction et contextualisation, en vue
d’incarner l’expression chrétienne de la foi dans les cultures
africaines. Aujourd’hui les jeunes théologiens africains ne cherchent
plus à donner au christianisme un visage africain, ni à pallier aux
insuffisances de la période missionnaire. Partant de la conviction que
le christianisme est devenu africain, ils entreprennent une critique de
ce christianisme en vue de l’aider à devenir vraiment chrétien ; donc
un effort de « christianisation du christianisme africain. »
Le présent ouvrage, proposé par Damien Etshindo, s’intéresse
au christianisme africain contemporain confronté à la crise du sens du
salut. L’auteur pose une question claire: comment annoncer le salut
chrétien dans le présent contexte africain ? Il observe que les crises
sociales politiques, économiques et culturelles ont conduit à
rechercher le salut compris comme la libération du mal ici et
maintenant et de la pauvreté matérielle. D’où la ruée vers les églises
du réveil, syncrétistes, qui proposent la guérison et la prospérité. Ces
églises du réveil, bien étudiées dans le contexte de la République
Démocratique du Congo, RDC, réduisent l’annonce de l’Evangile à
« un culte business ». L’auteur note que cette quête spiritualiste et
9
individualiste du salut amène à escamoter l’engagement et la
responsabilité de l’être humain à l’égard de l’action sociale.
Ce diagnostic posé, l’auteur propose une vision du salut « plus
globalisante et humaine, à la lumière de l’engagement de Jésus ».
Cette proposition de salut articulera « la dimension eschatologique et
historique du salut » (p.4).
L’argumentaire est présenté en trois parties suivant la triple
démarche de contextualisation, décontextualisation et
recontextualisation, rendue populaire par le théologien congolais,
Léonard Santeti Kinkupu.
En premier lieu, l’auteur propose un nouveau regard sur
l’énigme du mal et de la souffrance à partir de la vision chrétienne
déterminée par le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus
Christ. Après avoir passé en revue différentes réponses sur l’origine
du mal, il conclut que ce qui importe n’est en définitive pas l’origine
de l’infirmité mais l’annonce du pardon accordé par Dieu en Jésus
Christ.
C’est de ce point de vue que l’auteur critique et déplace
l’attitude du Négro-Africain face à la maladie et à la souffrance. Il
dénonce ce qu’il appelle le « Darwinisme spirituel », à savoir la lutte
pour se maintenir en vie(p. 60). L’essentiel est de guérir et d’être en
vie, peu importe l’église où ce bienfait advient.
Cela amène l’auteur à poser des questions de fond : pourquoi,
après tant d’années d’évangélisation, resurgit cette vision de salut ?
Y’aurait-il eu un malentendu dans l’évangélisation de l’Afrique ?
L’Africain aurait-il accueilli le christianisme seulement à cause des
bienfaits matériels qu’offrait le missionnaire « blanc » ? Autrement
dit, l’Africain aurait-il épousé le christianisme sans conversion
véritable ? En fait, en quel Dieu l’Africain a-t-il cru en recevant le
christianisme ? A-t-il cru en Jésus Christ ou a-t-il été tout simplement
séduit par le christianisme triomphant qui donnait des avantages
garantis par le missionnaire « blanc, messie » ?
Les pratiques des « églises pentecôtistes en RDC, présentées
au troisième chapitre, montrent comment ces églises profitent de ce
malentendu. Elles promettent les miracles et la prospérité ; elles
vendent le salut et la guérison instantanés. Tout en démasquant le côté
business de ces pratiques, l’auteur montre que ces églises deviennent
aussi des lieux de conquête politique. Cette enquête conduit l’auteur à
la conviction qu’une évangélisation en profondeur s’impose, laquelle
10
doit conduire l’Africain à l’attachement au Christ comme le réclament
Ecclesia in Africa et AfricaeMunus (n° 91).
Ces analyses ouvrent la voie à une réflexion approfondie sur la
sotériologie judéo-chrétienne, c’est-à-dire la vision chrétienne du
salut. C’est le projet de la deuxième partie qui correspond au
processus de décontextualisation. C’est en quelque sorte la partie
dogmatique, couvrant la vision biblique, la tradition de l’Eglise - en
particulier les pères de l’Eglise et les documents conciliaires. Il
apparait clairement que la sotériologie chrétienne découle d’abord de
la pratique de Jésus et de la signification de la mort et de la
résurrection de Jésus. Si Jésus a pratiqué la guérison, ce n’était pas son
premier objectif. L’objectif était le salut. La guérison est un signe du
royaume de Dieu. L’auteur opère en effet une distinction subtile entre
guérison et salut. On peut être sauvé sans être guéri physiquement ou
psychiquement et inversement. Le salut est la reconnaissance de
l’initiative gratuite de Dieu à l’égard de l’être humain et l’engagement
de ce dernier dans une vraie relation avec Jésus (p. 147).
Dans la troisième partie qui consiste en un mouvement de
recontextualisation, Damien Etshindo propose ce qu’il appelle « une
conception théologique du salut crédible et renouvelée en RDC ». Il
s’inscrit dans le sillage de la théologie de la reconstruction empruntée
principalement au théologien congolais, Kä Mana, La reconstruction
propose Jésus comme « la réalisation et la révélation de l’être humain
dans l’histoire » (p. 225). Cette vision intègre la vision historique et
eschatologique du salut, car l’humain est déterminé à partir de la
parole de Dieu et de son projet, parole qui interpelle de l’extérieur.
Cela implique que la vision chrétienne du salut en Afrique doive
passer d’abord par l’exigence de la responsabilité de l’homme dans
l’action sociale. On passe donc du salut entendu comme prospérité
individuelle ou guérison individuelle à la reconstruction sociale et
politique.
La dimension complémentaire de cette conception du salut est
eschatologique : L’Africain doit apprendre à regarder le monde à
partir de la croix. Autrement dit, la victoire sur la souffrance et la mort
peut donner sens à nos combats pour la vie, sachant que Jésus mort et
ressuscité est engagé à nos côtés. Tout cela compose ce que l’auteur
appelle une pastorale pour la qualité de la vie.
Cet ouvrage apporte de la fraicheur dans les recherches
théologiques en Afrique. La réflexion mobilise d’une manière
judicieuse des données empruntées à plusieurs épistémologies,
11
ethnologie, anthropologie, sociologie, théologie et philosophie. Toutes
ces données sont exploitées au profit de la réflexion théologique sans
retomber dans les polémiques africanistes qui ont encombré l’histoire
de la théologie africaine.
On aurait espéré qu’une telle recherche en sotériologie
chrétienne approfondisse davantage la dimension eschatologique du
salut. En effet, l’une des limites de la théologie de la reconstruction
empruntée par l’auteur est la conception humaniste du salut. Certes
l’auteur montre comment la reconstruction sociale doit être
déterminée par l’horizon de la mort et de la résurrection de Jésus, mais
la responsabilisation sociale de l’être humain ne doit pas évacuer la
question de ce que nous devenons après la mort.
En effet, même si l’Africain côtoie la mort au quotidien sous
plusieurs formes, il a du mal à intégrer la mort comme réalité de la
vie. Cela est dû en une partie à une vision du monde qui domicilie le
salut ici-bas. L’idéal ancestral comme visée d’une survie après la mort
répond partiellement à cette question, mais il ne permet pas de
dépasser une vision trop anthropomorphique de l’accomplissement
humain, d’autant plus que cet idéal est réservé à une certaine catégorie
de personnes qui répondent à des critères précis.
La sotériologie chrétienne doit rappeler que nous sommes
créés pour connaitre et aimer Dieu afin de vivre éternellement avec lui
après notre vie ici-bas (Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1).
Entendons que nous venons de Dieu et que nous allons vers Dieu. Le
temps de notre vie, quelle qu’en soit la durée, est un temps qui nous
est donné pour connaitre Dieu, le servir et lui rendre grâce. En ce sens,
la connaissance de Dieu dans l’amour des autres est le germe de
l’immortalité (Jean 17,3). C’est pourquoi l’Eglise nous apprend que la
foi, l’espérance et la charité sont des germes de la vie éternelle.
Les sociétés occidentales n’ont pas échappé à l’éclipse de cette
vision du salut. Le danger qui guette la société moderne/postmoderne
de technoscience est l’oubli de la destinée finale de l’être humain.
L’homme risque d’oublier qu’il vient de Dieu et qu’il va vers Dieu.
L’homme moderne en voulant affirmer son autonomie, se coupe de
Dieu. Il devient comme un oiseau à qui on a coupé des ailes. C’est
pourquoi la réalité de la vie devient trop pesante. La souffrance,
l’échec, les imprévus deviennent difficiles à gérer. La mort est vécue
comme une menace, un ennemi. Tout est fait pour cacher la mort ou
même pour la nier.
12
Une autre dimension de la sotériologie chrétienne est la
réflexion sur la question du péché aussi bien individuel que collectif et
de celle du jugement dernier. D’ailleurs, il faudrait voir si l’éclipse de
ces questions n’a pas d’incidence sur la destruction de notre monde, la
« glamorisation » du mal, l’absence de la honte et l’orgueil en tant que
refus de quêter la miséricorde de Dieu. Au-delà d’une proposition du
salut qui permet de responsabiliser l’être humain ici et maintenant,
une véritable sotériologie chrétienne doit aussi aider l’être humain
contemporain à accéder à la foi en Dieu, portée par l’espérance et la
charité. Autrement dit, cette théologie doit faire droit à la question de
notre destinée individuelle et collective en Dieu au-delà de l’histoire
qui passe.
Ces dernières remarques critiques ne diminuent en rien les
qualités de cet ouvrage remarquable que je recommande à tous.
J’exprime toutes mes gratitudes à Damien Etshindo pour cet effort
intellectuel, théologique et pastoral. C’est une véritable contribution à
la pastorale de l’intelligence et de la raison demandée aux Africains
par Benoit XVI (AfricaeMunus n°137).

Bede Ukwuije, CSSp



13
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Le champ de notre recherche s’inscrit dans le domaine de la
théologie chrétienne dont le problème théologique sous-jacent est
celui du « salut chrétien » et de « son annonce » en contexte africain.
En effet, s’assigner aujourd’hui la tâche de réfléchir sur le thème du
salut chrétien et des éléments connexes (guérison, prospérité, maladie
et souffrance) dans le contexte africain renvoie sûrement au caractère
contextuel de la théologie, car « aucun texte théologique ne peut se
soustraire de la situation réelle du théologien et du contexte concret
1dans lequel il élabore ce discours » . Aussi, la théologie africaine du
salut, pour être crédible, doit-elle parler du salut chrétien, non comme
une vérité désincarnée, mais comme s’adressant à l’homme africain
concret, dans le contexte social, politique, culturel et religieux qui est
2le sien aujourd’hui .
Par ailleurs, l’intérêt de notre sujet est fondé sur un triple
constat : d’une part, l’état quasi généralisé d’une « crise
multisectorielle qui engendre partout la pauvreté, la misère, le
chômage, semant la crainte, le doute, l’incertitude, jusque dans les
structures même de l’appareil étatique et des institutions
3économiques » ; par conséquent, la population de Kinshasa en
4République Démocratique du Congo(RDC) , appelée « les kinois » se
trouve désemparée, cherchant où se réfugier en se regroupant dans des
5lieux inédits : les églises de réveil à caractère syncrétique, ésotérique

1 M.CHAPPIN, « Contextualité de la Théologie », D.T.F., p.1393-1394 cité par
ETSOU NZABI, « discours inaugural », Maladie et souffrance en Afrique L’Église
interpellée par la Pandémie du SIDA, actes de la XXIV semaine théologique de
Kinshasa, Faculté catholiques de Kinshasa, 2007, p.11
2 ETSOU, « Conférence inaugurale », Repenser le salut chrétien dans le contexte
africain, Actes de la XXIIe Semaine théologique de Kinshasa du 10 au 15 mars
2003, 2004, p.19.
3 KÄ MANA, « L’engagement des églises africaines au service de droits de
l’homme », Fédération internationale de l’action des chrétiens pour l’abolition de
la torture, Des chrétiens d’Afrique défendent la dignité humaine. Actes du colloque
de Cotonou, 2-7, septembre 1992,87-93, p.92.
4 C’est une abréviation de « République Démocratique du Congo)
5 Nous préférons l’appellation « Eglise de réveil » à la place et lieu du
terme « sectes » et « Eglises indépendantes » car ces Eglises se réclament apporter
du réveil dans le christianisme traditionnel. Les « Eglises de réveil » sont appelées
aujourd’hui et considérées à l’origine comme des Eglises indépendantes ; ces
regroupements religieux « néo-pentecôtistes » sont la consécration de la
15
et salvifique où des personnages hauts en couleur, monopolisant le
paysage médiatique « kinois », leur promettent des solutions aux
problèmes relatifs à la santé et à la prospérité, moyennant des séances
interminables de prières de délivrance et des jeûnes etc.
D’autre part, on observe une profonde effervescence
religieuse, symptomatique, chez le Congolais de Kinshasa, marqué par
une soif effrénée du « merveilleux » et/ou du salvifique par la voie de
la religion. Et pour preuve, partout on prie, on chante Dieu, on danse
pour lui, on jubile. C’est vraiment la fête des religions, de toutes les
6religions, malgré leur rivalité et leur concurrence .
En effet, cette quête de salut est entendue d’abord comme
libération du mal pour vivre (combat entre Dieu et le Démon, entre la
Vie et la mort) ; ensuite comme libération de la misère (pauvreté,
maladie) aggravée par l’injustice sociale (inéquitable distribution des
richesses). Ce réductionnisme du salut se résume en deux points : un
culte d’évasion - un culte qui passe à côté des questions sociales
(problèmes relatifs aux devoirs de citoyens, problèmes d’engagement
à la promotion sociale, à la justice etc.), économiques (pauvreté,
misère. ) et politiques : pauvreté, injustice sociale etc) - et un culte
trop centré sur sa problématique interne (des églises trop enfermées
sur leurs problèmes internes sans ouverture aux autres. Bref, cette
vision de la vie conduit malheureusement ces églises au repliement sur
le bonheur personnel et à un désengagement vis-à-vis des problèmes
de la société.
Un autre constat amer qu’il convient de souligner c’est le fait
que la prédication de bon nombre des pasteurs des églises de réveil
devient un « culte-business », où les Saintes Écritures constituent un
outil idéal pour escroquer les croyants naïfs. Ces pasteurs passent du
livre des prières au livre des comptes financiers pour rentabiliser les “
voix du Seigneur ” en monnaie trébuchante et sonnante. On n’est pas
étonné de voir ces pasteurs vivre dans un luxe vertigineux.

mondialisation religieuse. Deux temps forts marquent leur existence : l’arrivée des
missionnaires américains vers les années 1980 et l’ouverture politique décrétée en
1990, année pivot pour la RDC.
6 T.K.M.BUAKASA, « Fête des religions au Zaïre, dans L’Église en Afrique et le
pluralisme en théologie », Mélanges en l’honneur du Prof. Mgr. J.A. VANNESTE,
Revue Africaine de Théologie vol.12 (1988), n° 23-24 (1988), pp.230-250. Cité par
MBONYIKEBE SEBAHIRE, « Quêtes de guérison et de salut en Afrique
contemporaine : continuités et ruptures », Revue africaine de théologie, vol, 14,
n°27-28 avril-octobre 1990 p.280.
16
Tout bien considéré, n’assistons-nous pas à une sorte de
« déresponsabilisation » de ces adeptes de certains engagements qui
7devraient les interpeller ? Des slogans tels que Nzambe akosala (Dieu
fera), « sans effet », « il est vivant », répandus à Kinshasa, ne
s’inscrivent-ils pas dans cette compréhension lacunaire du salut qu’il
convient de repenser ?
Non point que l’on doute de la puissance inestimable de la
providence divine sur ces adeptes, loin de là, mais l’on reste plutôt
convaincu qu’il est plus responsable pour l’homme d’assumer toutes
ses responsabilités d’humanisation, tout en n’excluant pas la
manifestation de la gratuité de Dieu dans sa vie. C’est Ignace de
Loyola qui affirme : « agis comme si tout dépendait de toi et prie
8comme si tout dépendait de Dieu » .
En clair, notre souci n’est pas ici de faire une étude sur
l’histoire des Églises de réveil au Congo-Kinshasa, mais de mener une
réflexion théologique sur cette crise du sens du salut réduit à la
guérison, à la prospérité, vers une dimension plus globalisante et
humanisante à la lumière de l’enseignement de Jésus. Voilà
brièvement le mobile qui sous-tend notre motivation sur ce sujet en
tant que chrétien et jeune chercheur.
On ne le dira jamais assez, repenser le salut chrétien
aujourd’hui passerait d’abord par l’exigence de responsabilisation de
l’homme, c’est-à-dire d’abord pour un humanisme transcendantal où
l’humanisme de l’homme-Dieu appelle l’humanisation du divin et la
9divinisation de l’humain ? Ensuite par une conjugaison de deux
dimensions de salut : la dimension eschatologique et la dimension
humaine. La première étant celle de l’intervention divine dans
l’histoire des hommes et la seconde mettant en relief la part de
l’homme ou sa responsabilité dans la quête du salut.
Cette nécessité de la double dimension du salut rejoint le sens
des injonctions de saint Paul à ses concitoyens : « Mais nous vous
engageons, frères, à faire des progrès, en mettant votre honneur à
vivre calmes, à vous occuper chacun de ses affaires, à travailler de vos

7 C’est la thèse que soutient L.FERRY dans son ouvrage L’homme-Dieu ou le sens
de la vie, Paris, Grasset, 1996, p.241-242 ; cité par L.SANTEDI, « Hors du monde,
point de salut ». Réflexions sur le salut chrétien en Afrique à l’heure de la
emondialisation », Repenser le salut chrétien en contexte africain, Actes de la XXIII
semaine théologique de Kinshasa, du 10 au 15 mars 2003, FCK, 2004, p.176.
8 L.SANTEDI, a.c.,p.176.
9 L.FERRY, L’homme-Dieu ou le sens de la vie, Paris, Grasset, 1996, p.241-242.
17
mains comme nous vous l’avons ordonné. Ainsi vous mènerez une vie
honorable au regard de ceux du dehors et vous n’aurez besoin de
personne » (1 Th 4,10b-12). « Et si quelqu’un ne veut pas travailler,
ajoute Saint Paul, qu’il ne mange pas non plus. Or nous entendons dire
qu’il en est parmi vous qui mènent une vie désordonnée, ne travaillant
pas du tout mais se mêlant de tout. Ceux-là, nous les invitons et
engageons dans le Seigneur Jésus-Christ à travailler dans le calme et à
manger le pain qu’ils auront eux-mêmes gagné » (2 Th 3,10-12).
Ce projet d’un salut renouvelé a fait l’objet de recherche de
plusieurs théologiens contemporains. Nous pensons ici en particulier à
Bernard Sesboüé qui dans son souci d’élaboration d’une théologie
crédible pour aujourd’hui, a vite réagi à la théologie de la satisfaction,
jugée insatisfaisante par ses contemporains, en promouvant une
sotériologie qui mette en exergue deux dimensions du salut :
historique et eschatologique. Pour B. Sesboüé, les schèmes utilisés par
la tradition étaient autant d’essais pour approcher le mystère du salut,
mais apparaissent aujourd’hui peu crédibles et engendrent même un
profond malaise, chez certains de nos contemporains. Il n’était donc
pas étonnant qu’il se détourne de cette doctrine, qu’il juge non
convaincante et non pertinente pour l’homme d’aujourd’hui, en vue de
promouvoir une sotériologie non à partir de ces schèmes jugés
désuets, mais à partir de la narrativité.
Somme toute, notre effort dans cette étude consistera à
stigmatiser la vision réductionniste et lacunaire du salut dans les
Eglises de réveil de Kinshasa, en vue d’une relecture à nouveaux frais
du concept de « salut » en prenant radicalement en compte ses
acceptions nouvelles générées par les questions de maladie, de
souffrances et de la mort. En d’autres termes, il s’agira de mener une
réflexion théologique qui puisse amener le Congolais à sortir de sa
quête spiritualiste et individualiste du salut, laquelle escamote son
engagement et sa responsabilité à l’égard de l’action sociale. La
conséquence de cette quête lacunaire du salut, c’est la primauté
accordée à la guérison physique à la place et lieu de celle de l’âme. Or
le chrétien ne doit pas seulement être polarisé sur la question du corps.
La guérison de l’âme, la guérison totale de l’homme par Jésus-Christ,
doit aussi le préoccuper, comme c’est déjà le cas chez saint Paul (2 Co
4,16-5,1).
Au regard de cette quête réductionniste du salut, découlent
quelques hypothèses qui sont susceptibles de vérification :
18
- En y regardant de plus près, cette pratique de la délivrance ou
guérison, telle qu’elle fonctionne dans les Églises de réveil au
CongoKinshasa, ne repose-t-elle pas sur une vision dichotomique (ou
manichéenne) du monde, perçu comme le terrain d’affrontement de la
puissance divine contre les forces du mal ?
- En s’intéressant davantage au salut plus corporel que social, ces
Églises de réveil néo-pentecôtistes n’oublient-elles pas l’humanité de
Jésus qui pourtant accomplit son œuvre de salut et manifeste sa
relation avec son Père à travers sa vie, ses paroles et ses actes ?
- Puisque le salut se présente aussi sous forme d’une guérison et d’une
libération, est-il possible de surmonter ce problème de la maladie et
des souffrances uniquement avec de l’argent, pourtant nécessaire, ou
avec un « acharnement de prière » sans que les Africains y mettent
l’âme en engageant leur responsabilité personnelle et collective ?
- En quoi réside la pertinence du salut de Jésus qu’il « prétend »
apporter à l’homme « confronté à la question d’une existence humaine
10plus saine et plus viable » , s’il ne vient pas réaliser ses rêves de
bonheur, ou concrètement l’aider à sortir de ses misères ?
- Comment le salut de Jésus peut-il faire face à la recrudescence de la
11sorcellerie , en termes de possession démoniaque ?
- Le salut chrétien ne serait-il pas désincarné s’il escamotait les
réalités concrètes de l’Africain ? Méconnaître l’aspect social du salut
ne serait-ce pas avoir une vision très déficiente de Dieu et de
l’homme ?
Afin de mener à point ces premières intuitions qui paraissent
jusque-là vastes et complexes, il m’a semblé important de faire un
état de la question afin d’en délimiter les contours de réflexion.
Reconnaissons d’entrée de jeu que les recherches menées
jusqu’ici, dans le contexte de l’Afrique subsaharienne, ont porté sur la
recherche des nouvelles expressions et images susceptibles de corriger
la représentation du salut, entendu comme : rachat, libération,

10 SCHILLEBECKX, Expérience humaine et foi en Jésus-Christ, Paris, Cerf, 1981,
p.56.
11 La sorcellerie est une société secrète au sein de laquelle on s’entraide pour
acquérir et mettre en œuvre des « pouvoir », surtout des pouvoirs de nuire à
quelqu’un que l’on pousse jusqu'au meurtre. Des homicides qui sont perpétrés de
différentes manières : par le poison dont les sorciers sont des grands connaisseurs,
par des pièges tendus, par l’action psychologique sur des êtres influençables. Ces
forces sont pour eux liés à des « esprits ». cf. Idée tirée des propos de HEBGA,
« Sorcellerie et maladie en Afrique Noire : Jalons pour une approche catéchétique et
pastorale », Telema 4 (1982).
19
promotion, recréation, grâce, rédemption, réconciliation et
communion etc. En effet, sans minimiser ces recherches déjà
amorcées, notre objectif se voudrait la continuation de ces réflexions,
edont on peut disposer en grande partie dans les actes de la XXIII
semaine théologique de Kinshasa (mars 2003), sans oublier le
colloque de 1992 sur l’impact de ces églises de réveil sur le corps
social à Kinshasa. Il fait également suite à la question soulevée par le
théologien André Kabasele qui fait le constat « d’un oubli », en
théologie africaine, d’une théologie de la croix,pouvant aider à
articuler, d’une part, un discours théologique social poussé dans lequel
nous situons la plupart des tenants de la théologie de la
« reconstruction », et, d’autre part, un discours sur le ministère de
guérison et de délivrance. Ces deux discours théologiques ne se
rencontrent pas nécessairement en pratique, car l’un souligne la
responsabilité de l’homme, l’autre l’abandon de l’homme dans les
12mains de Dieu .
C’est au cœur de ce débat que se situe la spécificité
théologique de notre étude qui portera sur l’approche des « Eglises de
réveil de Kinshasa », autour de l’épineuse question du salut en lien
avec la responsabilité humaine ; nous traiterons également de la
signification de la croix qui ne conduit pas à la résignation, mais à
l’assomption de la souffrance comme élément constitutif de la
condition humaine ; ce qui se décline objectivement par une
compréhension du salut qui n’est pas nécessairement la fin des maux
existentiels, la guérison de toute maladie, à court ou à long terme, et
l’immobilisme de l’homme qui attend tout de Dieu en le désengageant
de ses responsabilités sociales. Jürgen Moltmann nous éclaire à ce
propos : « Reprendre aujourd’hui la théologie de la croix, c’est en
effet comprendre le crucifié à la lumière de sa résurrection et de
l’espérance qui en découle, c’est reconnaître que le Dieu trinitaire
n’est autre que le Dieu habité par l’histoire et la souffrance, le Père qui
13souffre la mort de son Fils dans la douleur de son amour » .
Notre étude se propose donc de contribuer à la recherche des
voies et moyens susceptibles d’aider les adeptes des Eglises de réveil
de Kinshasa dans leur situation existentielle à la construction
renouvelée de la théologie du salut en Afrique subsaharienne. Ce

12 A.KABASELE MUKENGE, La parole se fait chair et sang. Lecture de la Bible
dans le contexte africain. Kinshasa, Médiaspaul, 2003, pp.25-26.
13 J.MOLTMAN, Le Dieu crucifié. La croix du Christ, fondement et critique de la
théologie moderne, Paris, Cerf-Mame, 1974, voir le dos du livre.
20
projet s’insère dans la théologie de la « reconstruction » telle que le
théologien Kä Mana l’esquisse. Pour notre auteur, l’avenir et la
responsabilité des chrétiens africains dans l’histoire constituent les
axes autour desquels se construit la théologie de la reconstruction. À
en croire Kä Mana, on est donc passé d’un discours de désaliénation et
de libération (selon la terminologie occidentale) à un discours de
reconstruction. Ce projet est relayé par les pères du deuxième synode
14(2009) quand ils soulignaient l’importance d’une action des Églises
instituées en faveur d’un salut holistique qui prenne en compte toutes
15les questions vitales de l’homme .
En outre, en s’inspirant de l’expérience spirituelle du peuple
d’Israël (Exode et vie en Terre sainte) telle que la donne la Parole de
Dieu, Kä Mana essaie de conjuguer les problématiques de l’identité,
de la libération et de la reconstruction en un seul projet. C’est dans
l’acte de la libération engagé par Dieu (libération), que le peuple des
descendants de Jacob, vivant comme esclaves en Égypte, se comprend
comme peuple élu (identité) engagé dans une marche de libération
(libération) et appelé à bâtir (reconstruction) un nouvel espace de vie,
16selon la volonté de Dieu .
En conséquence, Kä Mana considère la libération, l’identité et
la reconstruction comme les trois pôles de l’expérience de foi… Il ne
s’agit pas de maintenir les trois concepts dans une sorte de division
intellectuelle qui situerait chacun dans l’évolution de la pensée
africaine, mais de les prendre comme une seule et même structure
17d’être, à vivre et à accomplir.
Le souci étant d’éviter toute généralisation hâtive
dommageable à la recherche, il sied de signaler que notre observatoire
n’est pas toute l’Afrique, réalité multiple et complexe, mais la
République démocratique du Congo. Aussi, allons-nous beaucoup
plus nous intéresser à l’approche des « Eglises de réveil »

14 EMILIE RAQUIN, « Représentations et recompositions locales à Kinshasa : les
Églises de réveil et les fan-clubs comme réponses sociales à la crise », D. Pidika
Mukawa et G. Tchouassi (sous la dir.), Afrique Centrale : Crises économiques et
mécanismes de survie, Dakar, CODESRIA, 2005, p.289. C’est à juste titre que R.
LUNEAU considère la question de la santé comme « Oubliée de marque au synode
africain ».Voir R.LUNEAU, Paroles et silences du synode africain, Karthala 1997,
p.183-186.
15 R.LUNEAU, Paroles et silences du synode africain, Karthala 1997, pp.162-163.
16KÄ MANA, Théologie africaine pour temps de crise. Christianisme et
reconstruction de l’Afrique, Paris, Karthala, 1993, p.197.
17Ibid.
21
d’inspiration néo-pentecôtiste qui ont pignon sur rue à Kinshasa
comme lieu réel et significatif de confrontation entre les valeurs
africaines et chrétiennes. Quelques brèves allusions seront faites aux
groupes charismatiques d’obédience catholique, car ce qu’on observe
dans les églises indépendantes ou afro-chrétiennes, existe aussi, à
quelques nuances près sur certains points, dans les Églises
18missionnaires catholiques .
Pour mener à bien cette réflexion, nous avons opté pour la
méthode « analytique et inductive » en trois temps : la
contextualisation, qui nous permettra de comprendre le contexte
sociopolitique et économique de l’Afrique, en particulier de la RDC.
La décontextualisation envisagera le dialogue avec l’univers
théologique, biblique et patristique. Enfin, la recontextualisation, qui
nous proposera un nouveau discours et de nouvelles pistes d’action à
partir des acquis de l’analyse du contexte et du dialogue avec la
19tradition de l’Église .
L’argumentation de notre étude se présentera comme suit :
La première partiequitraitera de la maladie et souffrance dans
la vie humaine sera subdivisée en trois chapitres dont le premier
essayera de présenter l’homme confronté à la maladie et souffrance ;
le deuxième chapitre nous permettra de percevoir cette réalité de la
maladie et de la souffrance dans l’univers traditionnel africain tel que
l’anthropologie et la cosmologie africaines les révéleront. Enfin, dans
le troisième chapitre, nous analyserons l’environnement congolais où
se pose la question de l’essor de ces Eglises de réveil au
CongoKinshasa à partir notamment du marasme sociopolitique et
économique.

18 E. MESSI METOGO, « Le salut dans l’Afrique d’aujourd’hui. Perspectives
christologiques », Repenser le salut chrétien dans le contexte africain, facultés
ecatholique de Kinshasa, Actes de la XXII Semaine Théologique de Kinshasa du 10
au 15 Mars 2003, 2004, p.153.
19 Cette méthode est celle utilisée par beaucoup de théologiens africains pour qui les
meilleures études d’inculturation seront celles qui suivront la triple démarche ci-haut
mentionnée. Lire a ce sujet A.KABASELE MUKENGE, La théologie africaine à
l’aube d’un nouveau siècle, extrait du site
http://www.afrikanistikonline.de/archiv/2005/79/, [p.37]. Cette méthode a été aussi prise en compte aux
actes des conférences fixés par les organisateurs de la XXIII e semaine théologique
de Kinshasa, du 10 au 15 mars 2003 : « Repenser le salut chrétien dans le contexte
africain », FCK, 2004. Lire aussi SHIMBA BANZA, « Guérison et salut », Repenser
le salut chrétien dans le contexte africain, FCK 2004, p.275.
22
La deuxième partie portera comme titre : « Esquisse d’une
réflexion théologique chrétienne sur les maladies, les souffrances et le
salut ». Nous entendons articuler cette partie en trois chapitres. Nous
traiterons d’abord de l’annonce du salut et de ses pluralités
d’expressions (chap.4) ; ensuite de la guérison comme signe de salut ;
nous nous attacherons à visiter les Écritures, plus précisément
l’enseignement de Jésus, par rapport à cette question de la souffrance
en lien avec la guérison-salut (chap.5) ; au sujet de ce cinquième
chapitre, il sied de noter avec Cécé Kolié qu’en dehors des paraboles
et récits de l’enfance, les guérisons dans les récits évangéliques
20occupent une place non négligeable .
Mais à travers les guérisons opérées par Jésus (cf. Luc 7,22),
celui-ci s’identifie au porteur de la bonne nouvelle aux pauvres, et
montre que le Règne de Dieu s’est rendu proche ; ce sont donc moins
les miracles en tant que tels qui sont mis en avant que la venue du
Règne de Dieu ; c’est encore moins la maladie qui préoccupe en
21premier Jésus, mais c’est d’abord la personne malade . Ainsi, pour
Jésus, la guérison n’est qu’un signe du royaume de Dieu, guérir ne
mène pas nécessairement au salut, et le salut n’est pas réduit aux
guérisons, contrairement à la vision des Eglises de réveil. Nous
vérifierons ces affirmations à travers l’étude narrative de certains
récits évangéliques, surtout chez les synoptiques. Nous ne manquerons
de montrer un lien existant entre la foi, le pardon et la réconciliation
etc.
Tout bien considéré, l’objectif de Jésus n’était pas de
supprimer la maladie, mais de vaincre le mal et de sauver les hommes
(Luc 19,10) ; l’amour de Dieu ne préserve pas de toute souffrance,
22mais avec lui, la souffrance et la mort ont perdu leur aiguillon. Jésus
est venu manifester de la compassion et de la miséricorde pour les
malades et les opprimés. Sa libération est globale car elle tient compte
de la dimension, sociale, psychologique et morale du mal et de la

20 C.KOLIE, « Jésus guérisseur ? », KABASELE F., DORE Joseph, LUNEAU R.
(sous la responsabilité de), Chemins de la christologie africaine (nouvelle édition
revue et complétée), (Jésus et Jésus-Christ 25), Paris, Desclée, 2001, p.11-13.
21 J.DORE, « Les guérisons de Jésus », Esprit et vie, n°75, février 2003, p.5.
22 HANS KUNG, L’homme, la souffrance et Dieu, Belgique, Desclée de Brouwer,
1969, p.91.
23
23maladie . Enfin, nous aborderons la question du messianisme de
Jésus : un anti messianisme (chap.6)
Notre troisième partie portera sur l’avenir de la théologie
africaine du salut. L’attente confuse d’un salut à formes multiples,
dont sont victimes les adeptes des Eglises de réveil de Kinshasa,
témoigne, comme le souligne remarquablement Claude Geffré, « du
discrédit dans lequel est tombée la notion traditionnelle du salut
24chrétien » .
Pour la meilleure compréhension de cette partie, nous nous
inspirerons des apports de quelques théologiens contemporains dont la
vision sotériologique s’oriente vers une praxis d’un salut crédible et
holistique pour aujourd’hui. Cette orientation correspond à trois
chapitres. Nous étudierons d’abord le salut comme libération
socioéconomique à partir de la pensée de J.M.Ela (chap.7) ; ensuite, nous
parlerons du salut-humanisation ou mieux d’un projet d’une
conception théologique du salut crédible et renouvelé en République
Démocratique du Congo. Kä Mana sera notre interlocuteur privilégié.
(chap.8) ; enfin, nous ferons un essai de synthèse de quelques points
majeurs relatifs à la maladie et souffrance ;ceci nous aidera à esquisser
une pastorale pour éclairer l’Eglise catholique de demain quant à la
question du sens de guérison en lien avec le salut chrétien(chap.9).
Pour ce qui est du corpus et de la revue de littérature, nous
allons nous référer à trois théologiens contemporains, à savoir
B.SESBOÜE, J.M.ELA et KÄ MANA, sans oublier l’apport de
l’éminent théologien allemand J. MOLTMANN dont la contribution
en matière de théologie de la croix s’avère capitale. Voilà ce qu’il dit à
ce sujet : « La croix de Jésus se veut donc le lieu total et définitif de la
guérison, elle est le signe par excellence de contradiction et le centre
de toute théologie chrétienne… La foi atteint son comble dans la
confession de Jésus-Christ Seigneur alors qu’il est maudit, pendu sur
25le bois. »
En recourant à ces théologiens, notre but est de nous référer à
leur vision du salut, pouvant aider à réexaminer la conception de salut
tel que perçu par les Églises de réveil du Congo-Kinshasa, en vue

23 B.UGEUX, Les petites communautés, une alternative aux paroisses ?
L’expérience du Zaïre, Paris, Cerf, 1988, p. 249.
24 C.GEFFRE, « Un salut au pluriel », Lumière et vie, n°250, Avril-juin 2001, p.22.
25 J.MOLTMAN, Le Dieu crucifié. La croix du Christ, fondement et critique de la
théologie moderne, Paris, Cerf-Mame, 1974, p.372.
24
d’une élaboration de la théologie du salut qui soit pertinente pour nos
contemporains africains.
En effet, B.Sesboüé s’intéresse à la notion de libération qui se
rapporte d’abord et avant tout à la libération de l’esclavage du péché
et de la mort ; une libération opérée par Jésus-Christ dans sa mort et sa
résurrection, c'est-à-dire à la manière dont le salut advient à l’homme
telle que l’Écriture le décrit. Le théologien camerounais met l’accent
sur la libération socio-économique et religieuse comme seul gage du
salut pour les populations africaines. Quant au point de vue de Kä
Mana, à la différence de la vision de B.Sesboüé et de J.M.ELA, il se
veut une esquisse d’un projet global de la théologie de la
reconstruction qui implique la « responsabilité et l’engagement de
l’homme »pour son propre salut.
Pour arriver à ce projet, le théologien protestant part d’une
critique de l’imaginaire collectif africain et de celle de la théologie de
la libération et de l’identité culturelle. Ainsi pour lui, il est inutile
d’utiliser les formes de pensée qui ne débouchent pas sur l’action et
l’engagement ; les Africains, ne peuvent pas s’attarder simplement à
chanter, à danser ou à crier, sans agir… Enfin, nous ne ferons pas
l’économie des documents du Magistère local et officiel (Romain),
surtout l’exhortation apostolique « Ecclesia in Africa, voir le N°40 »,
l’encyclique « Spe Salvi » de Benoît XVI (Nov.2007) sans oublier les
lumières apportées par « Africae munus » de Benoît XVI (2009) sur
l’engagement et la responsabilité missionnaire de l’Afrique. Le
manque de documentation solide sur les nouveaux mouvements
religieux, en particulier sur les Églises de réveil au Congo-Kinshasa,
nous a obligé à mener quelques enquêtes sur le terrain en vue
d’approfondir la question.









25



PREMIÈRE PARTIE

MALADIE ET SOUFFRANCE DANS LA VIE HUMAINE.
Approche des Églises Néo-Pentecôtistes en Afrique
subsaharienne
CHAPITRE PREMIER
L’HOMME CONFRONTÉ À LA MALADIE ET À LA
SOUFFRANCE

INTRODUCTION

L’aspiration au bonheur, à la rencontre heureuse de l’autre, à la
vie d’une harmonieuse fécondité, à la simple joie d’être, se heurtent
continuellement, de façon lancinante et parfois tragique au malheur, à
26la maladie et à la souffrance . D’où l’exigence de guérison immédiate
que l’on peut résumer par les slogans : « la santé à tout prix » ou
27« guérir d’abord. »
Devant la souffrance et le mal, qui peut rester indifférent ?
Grands ou petits, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, nous sommes
tous interpellés, mis en cause, ébranlés. Quelle réponse pourrons-nous
28apporter à l’inquiétude générale en ce domaine ? Ne serait-ce pas un
29scandale pour l’homme créé pour le bonheur et confronté au mal et à
la souffrance si on ne lui apporte aucune réponse ?
Devant l’universalité du mal qu’atteste en particulier la
souffrance, je tente de la démasquer en trouvant un coupable. Qui
accuser ? Serait-ce un ennemi politique, un étranger ? Quand la
maladie ne peut plus être réduite à une anomalie purement physique à
laquelle la technique médicale peut (ou devrait) porter remède, alors
30
on incrimine Dieu !
Trois points formeront l’ossature de ce chapitre. Nous
tenterons d’entrée de jeu d’aborder la question de la maladie et
souffrance dans la Bible, ensuite nous montrerons le dessein premier
de Dieu créant l’homme en vue du bonheur ; enfin, notre dernier point

26 Marie-Christine BERNARD, Les fondamentaux de la foi chrétienne, Presse de la
Renaissance, Paris, 2009, p.56.
27 B.UGEUX, Guérir à tout prix ?, éd. Ouvrières, Paris 2000, p.44.
28 SCEAM, L’Église et la promotion humaine en Afrique aujourd’hui. Exhortation
pastorale des évêques d’Afrique et de Madagascar, n°115, Kinshasa, éd. Du
secrétariat du SCEAM, 1985, p.34. Voir aussi R.LUNEAU, Paroles et silences du
synode africain, Karthala 1997, p.183-186.
29 N.GAUTTIER, « Pour guérir et sauver les hommes », Revue catholique
internationale-communio-, T.II, n°3-Mai 1977, p.2.
30Ibid.
29
s’intéressera à l’origine de la maladie et de la souffrance en général
comme faisant nécessairement partie de l’existence humaine et du
contraste présenté par la question du mal et de la souffrance avec la
toute-puissance de Dieu.

I. MALADIE ET SOUFFRANCE DANS LA BIBLE

De prime abord, reconnaître que la Bible n’ignore pas les
maladies, infirmités et misères de toutes sortes affectant l’être humain
dans son corps et dans son esprit est un constat qui s’impose à
l’évidence. On les rencontre dans bien des pages. Il s’agit là d’une
31réalité quotidienne, de quelque chose qui fait partie de la vie . Plus de
deux mille ans nous séparent des hommes et des femmes de la Bible,
mais nous retrouvons les mêmes réalités et sommes logés à la même
enseigne : accidents et handicaps, coups et blessures, troubles liés à
une mauvaise hygiène, difficultés dues à l’âge, fièvres et affections
diverses nous concernent tout comme eux.
Par ailleurs, en parcourant les sources bibliques de l’Ancienne
et de la Nouvelle Alliance, on ne trouve curieusement pas de théorie
sur la souffrance du monde, à moins de prendre comme tel le second
récit de la création (Gn 2-3), qui, dans la Bible même, ne trouvera plus
guère d’écho. Selon ce récit, la souffrance de l’homme a commencé
par sa désobéissance envers Dieu, qui causa son expulsion d’un
32paradis exempt de souffrance… .
Cela signifie par conséquent, poursuit Balthasar, que Dieu peut
utiliser la souffrance, peu importe sa provenance, à de bonnes et
même d’excellentes fins [voir Gn 45, 4-5] : « Je suis Joseph, votre
33frère, que vous avez vendu en Égypte… »
Nous pouvons illustrer deux autres figures. La première est
celle de Job qui, écrasé par la souffrance extrême et presque enseveli
sous elle, crie vers Dieu pour qu’on lui explique, qu’on lui rende
justice. Et, s’il sort justifié par Dieu de son comportement (tandis que
ses amis, qui expliquent la souffrance de Job par le fait qu’il soit

31 GUY VANHOOMISSEN, Maladie et guérison. Que dit la Bible ? Ed., Lumen
Vitae n°48, Bruxelles 2007, p.5.
32 H.U.VON BALTHASAR, Dieu et la souffrance, Chiry-Ourscamp, Ed.du
Serviteur, 1991, p.12-13.
33Ibid., p.13-14.
30
pécheur, sont condamnés), il est tout de même réduit au silence par
l’insondable majesté de Dieu. L’autre figure est celle du « serviteur de
Dieu » dans (Isaïe 53) qui, pour ses frères coupables, subit les pires
outrages et finalement la mort, et qui à cause de cela est non
seulement glorifié par Dieu lui-même, mais reçoit également la
promesse de se voir « attribuer des foules ». Job demeure un
précurseur qui se contente de reconnaître le mystère du mal, tandis
que le serviteur de Dieu trouve dans l’interprétation chrétienne de la
34croix de Jésus, sa figure d’anticipation .
Si l’on pénètre assez profondément dans la foi chrétienne, qui
s’exprime déjà avec toute la clarté souhaitable chez les auteurs du
Nouveau Testament, on découvre que Dieu, dans la croix de Jésus et
dans sa résurrection, n’offre pas une théorie sur l’existence de la
souffrance du monde, mais qu’il exerce une pratique, en vertu de
laquelle la souffrance humaine, on peut dire en sa totalité, est placée
35dans une cohérence lumineuse .

II. L’HOMME EST CRÉÉ POUR LE BONHEUR

La foi chrétienne n’est pas la seule à le dire, mais il s’agit là
d’un point de vue fondateur : « nous les humains, issus de l’univers
36qui nous reçoit, sommes créés par Dieu ; et créés pour le bonheur » .
Cette affirmation de foi s’appuie cependant sur une expérience
commune. Nous éprouvons en nous une incoercible aspiration à une
vie heureuse. L’hypothèse se trouve confirmée par l’expérience d’une
multitude de chrétiens qui nous ont laissé leurs actes, leurs paroles et
leurs écrits en héritage.
Par ailleurs, le fait d’être « heureux », se ressent dès notre
jeunesse. C’est une capacité humaine de base... les tout jeunes enfants
nous le rappellent. Ils ont une façon bien à eux, leurs besoins vitaux
étant assurés, de sourire à la vie, d’ouvrir les yeux et les mains avec
confiance et intérêt, à tout ce qui se présente à portée de sens : ouvrir
les yeux, dresser l’oreille, toucher… Bébés, ils jubilent de tout leur
petit corps à ce qui vient, leur confiance semble inépuisable. Un peu

34Ibid., p.14-15.
35 H.U.VON BALTHASAR, Dieu et la souffrance, Chiry-Ourscamp, Ed.du
Serviteur, 1991, p.14-15.
36 Marie-Christine BERNARD, Les fondamentaux de la foi chrétienne, Presse de la
Renaissance, Paris, 2009, p.23.
31
plus grands, ils gambadent dans leur existence, un pas chassant
l’autre, présent et avide d’expérimenter, d’apprendre, d’éprouver la
texture et la teneur des choses. L’enfant est a priori heureux d’être là
37et disponible à ce qui vient .
La Bible affirme par ailleurs que Dieu est amour (1Jn 4,8). Cet
amour ne transparaît pas uniquement dans sa création, mais aussi dans
les pages de la Bible. En effet, ce livre nous donne des conseils
destinés à favoriser notre épanouissement, jusqu’à notre santé ; il nous
invite à la modération dans tous les domaines et nous met en garde
contre l’ivrognerie et la gloutonnerie (Cf.1Co 6,9-10 et bien des
passages de la littérature de sagesse).
La Bible contient aussi d’excellentes recommandations
concernant les relations humaines ; elle nous encourage à nous aimer
les uns les autres, à témoigner considération et bonté à notre prochain,
et à respecter la dignité d’autrui (Mt 7,12).
Tout cela semble bien beau, paradisiaque même, mais
l’épreuve du malheur n’en persiste pas moins, et le non-sens apparent
de la souffrance et du mal nous laisse en désarroi. Car l’existence est
loin de n’être que bonheur, alors même que Dieu la voulait heureuse.
Somme toute, ce qui fait problème, c’est l’expérience du mal, qui est
une expérience quotidienne, banale, problématique, récurrente que
tout humain connaît. Telle est l’aporie!
Avant d’approfondir ce point concernant le mal et la
souffrance, qu’il nous soit permis de dire un mot sur l’homme, victime
de la maladie et de la souffrance. Une interaction se laisse voir entre
l’homme, sa santé et la maladie. La santé et la maladie révèlent e. Dans une approche phénoménologique et anthropologique,
il y a lieu de saisir l’homme dans sa triple dimension : physique,
psychoaffective et spirituelle.

2.1. L’homme dans son approche phénoménologique

La démarche phénoménologique va permettre de dégager
certaines données anthropologiques utiles à une meilleure définition
de l’homme malade, de la santé et de la maladie. Sans nul doute, la
maladie constitue pour l’homme un lieu unique d’expérience charnelle
et une expérience de l’humain dont l’enjeu est vital. La maladie est à
la fois une expérience corporelle et une expérience spirituelle.

37Ibid., p.26.
32