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Histoire de l'Eglise catholique du Cameroun

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Avec cet ouvrage, il est question de savoir comment Rome, à travers ses différents Papes, de Grégoire XVI à Jean-Paul II, a pu édifier l'Eglise catholique du Cameroun. Il s'agit d'un travail d'évaluation de la contribution réelle et effective de chaque pontife romain à l'édification, l'évolution et l'épanouissement de l'Eglise catholique du Cameroun.

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Ajouté le 01 septembre 2007
EAN13 9782296178670
Langue Français
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Roger ONOMO ETABA

,

Histoire de l'Eglise catholique du Cameroun de Grégoire XVI à Jean-Paul II
(1831-1991)

L'Harmattan

@

L'Harmattan,

2007 7500S Paris

5-7, rue de l'Ecole

polytechnique;

http://www.Iibrairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03788-5 EAN : 9782296037885

LISTE DES ABRÉVIATIONS

- A.A.Y.:

Archives de l'Archidiocèse

de Yaoundé.

- A.C. : Album du Centenaire. - ACERAC: Association des Conférences Épiscopales de la Région d'Afrique Centrale.

- AD LUCEM : Association Des Laïcs Universitaires Catholiques et Missionnaires
- A.P.A. :
- B.E.P.C.: - CDJP :
Affaires Politiques et Administratives.

Brevet d'Études du Premier Cycle Commission Diocésaine Justice et Paix.

- C.D.O. : - CENC :

Centrale Diocésainedes Oeuvres. ConférenceÉpiscopaleNationale du Cameroun.
Centre d'Édition et de Production pour l'Enseignement

- CEPER

:

et la Recherche. - CFA: CommunautéFinancièreAfricaine. - CSSP : Congrégationdes MissionnairesSpiritains. - DC. : DocumentationCatholique. - FALSH : Faculté des Arts, Lettres et SciencesHumaines. - FLSH : Faculté des Lettres et SciencesHumaines. - IRIC : Institut des Relations Internationalesdu Cameroun. - ISP : Imprimerie Saint-Paul. - JEC : Jeunesse EstudiantineChrétienne. - JM : Jeunes du Monde. - JOC : Jeunesse OuvrièreChrétienne.

- Me

:

Maître.

- Mgr: - MICA: - OIEC : - aMI: - ONU:

Monseigneur. Mouvement des IntellectuelsChrétiens Africains. Office Internationalde l'EnseignementCatholique. Oblats de Marie Immaculée. Organisationdes Nations Unies.
Parti Communiste Français.

- PCF

:

- PGD : - RCA :

- SCEAM

Presso GraficheDehoniane. République CentrAfricaine
: Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et

de Madagascar. - SCI : Congrégationdes Missionnairesdu Sacré-Coeur.

Société Des Nations. - S.E. : Son Excellence. -SOPECAM : Société de Presse et d'Éditions du Cameroun. - S.S. : Sa Sainteté. - UCAC : Université Catholiqued'Afrique Centrale. - UPC : Union des Populationsdu Cameroun.

- SDN:

LISTE DES TABLEAUX
Tableau N° I : Personnel ecclésiastique et assimilés au Cameroun en 1985 et 1990. P. 194 Tableau II : Tableau synoptique de l'Église catholique du Cameroun par diocèses en 1990/91 P. 196 Tableau III : Frères et soeurs par diocèses en 1990/91 P. 198 Tableau IV : Évolution des effectifs des prêtres au Cameroun de 1890 à 1990 P. 201 Tableau V: Les évêques camerounais des origines à 1990 P. 204 Tableau VI : Répartition des structures ecclésiastiques en 1990-1991-P. 205 Tableau VII: Évolution chronologique des structures ecclésiastiques de l'Église du Cameroun P. 207 Tableau VIII: Congrégations étrangères (féminines et masculines) présentes dans les diocèses P. 208 Tableau IX : Statistiques de l'éducation catholique dans les territoires dépendant du dicastère pour les missions 1987-1988 P. 215 Tableau X : Situation de l'enseignement catholique au Cameroun jusqu'en 1987-198 8 P. 216 Tableau XI : État récapitulatif de la promotion humaine et de la politique sociale de l'Église du Cameroun en 1990-1991 P. 221 Tableau XII: Répartition des provinces ecclésiastiques par région géographique au Cameroun en 1990-1991 P. 233 Tableau XIII: Nombre de diocèses par région géographique en 1990.P. 234 Tableau XIV: Récapitulatif sur la représentativité des diocèses et provinces ecclésiastiques par rapport aux superficies et aux habitants dans chaque région géographique. P. 235 Tableau XV : Origine du haut clergé camerounais par région géographique. P. 239

INTRODUCTION GÉNÉRALE
L'histoire est une vision totale du monde. Celle-ci est politique, sociale, économique, culturelle, etc. Choisir de parler de l'histoire de l'Église et des institutions religieuses au Cameroun, n'exclut en rien l'évocation d'autres aspects relatifs au volumineux passé de ce pays. C'est aussi là l'expression du caractère interdisciplinaire de cette science. En effet, la «grande» histoire du Cameroun ne peut s'écrire sans une allusion faite à la pénétration des tous premiers apôtres de l'Évangile du Christ. Ceci ne voudrait nullement signifier que les autres obédiences religieuses sont à omettre. Car, bien avant l'arrivée des missionnaires chrétiens au Cameroun, la foi s'est manifestée à travers les religions traditionnelles, les pratiques animistes, l'islam et enfin le christianisme depuis les années 1840. Lorsqu'on feuillette quelques pages de I'histoire religieuse dans le continent africain, on se rend tout de suite compte que, depuis le quatrième millénaire avant notre ère, la croyance en un Dieu Unique et Tout-puissant a marqué beaucoup de civilisations. Pour les peuples de cette époque, Dieu pouvait se manifester à travers de nombreuses autres divinités secondaires à savoir: le dieu de la récolte, le dieu de la fécondité, le dieu des pluies, le dieu de la chasse... pour tout dire, à travers les dieux des besoins. Et c'est ce qui a fait dire à certains chercheurs et analystes, de la première heure, que le polythéisme était la chose la mieux partagée chez ces peuples. Et pourtant, pourrions-nous dire, ces peuples étaient polythéistes de forme mais monothéistes de fond. C'est dire combien l'être humain, abandonné dans son environnement, où il doit se faire, reste conscient et soucieux de la présence ou de l'existence d'un Être omnipotent et invisible dont les manifestations sont bien visibles et sensibles. Croire à ce schéma, c'est manifester sa foi. Et la manière choisie pour la manifester peut être appelée religion. Si la religion se définit comme l'ensemble des pratiques et des rites propres aux croyances et aux dogmes définissant le rapport de

l'homme avec le sacré!, c'est dire qu'elle est une démarche, une manière et non un modèle absolu ou unanimement accepté et applicable partout. D'où la prolifération des «manières de croire» qui, avec leurs méthodes respectives, ont donné naissance à la multiplicité des religions. La manifestation de cette foi a fait l'objet de grandes structures et institutions telles que: les églises, les ordres, les temples, etc. Ainsi rencontrons-nous, au quotidien, les Églises catholiques, protestantes, les organisations bouddhistes, confucianistes, etc. Chacune de ces orientations religieuses présente ses spécificités propres; et peut, à bien des degrés, ressembler aux autres. Parlant spécifiquement de l'Église catholique romaine, celle-ci dégage une structure qui se schématise ainsi qu'il suit; en amont, l'Église dite universelle et en aval, les Églises particulières. Ces deux notions sont courantes dans le jargon de l'histoire de l'Église. Mais leur sens profond continue d'échapper à une certaine opinion. En outre, l'Église universelle est représentée par le Siège apostolique; tandis que les Églises particulières, à l'instar de celle du Cameroun, sont disséminées à travers le monde. À la tête de la première, trône le Pape. Les secondes sont dirigées par les responsables nommés par le Pape. Il est donc utile de définir ces deux notions et de présenter les principales attributions du Saint-Père. L'Église universelle, dont il est ici question, est une; JésusChrist est son unique pasteur invisible. Cependant, elle a un centre visible de communion qui est, en fait, l'Église romaine. Et à la tête de celle-ci, se trouve le successeur de Saint-Pierre à qui Jésus-Christ a dit : «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... »2. Sa Sainteté le pape Paul VI, empruntant cette métaphore à Matthieu 13, 32, la définit comme: «un grand arbre dont les branches abritent les oiseaux du ciel»3.

1 Dictionnaire Encyclopédique Larousse (Paris: Éditions Larousse, 1993), p. 873. Du même document, la foi se défmit comme le fait de « croire en Dieu, en des vérités religieuses révélées». cf. p. 447. 2 Paul Poupard, Le Pape, 2è Ed. (Paris: P.D.F., Coll. «Que Sais-je? », 1985), p. 7. L'auteur reprend Matthieu 16, 18. 3 S.S. Le Pape Paul VI dans l'exhortation apostolique «EVANGEL/] NUNT/AND]» présentée par Son Éminence le Cardinal Agnelo Rossi, alors Préfet de la sacrée congrégation pour l'évangélisation des peuples.

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Au vu de ce qui précède, on peut comprendre que l'Église universelle est le socle ou mieux le berceau de toute l'Église. Elle est, tout son début et toute sa fin. Car tout part d'elle et s'achève en elle. Elle a donc une vocation universelle. Mais cependant, l'Église universelle deviendrait une simple abstraction si elle ne prenait pas corps et vie à travers les Églises particulières. C'est dire, avec le Père Louis Bouyer, que «l'Église une et universelle ... n'a d'existence concrète à proprement parler que dans les Églises locales»4. Il faut le rappeler, pour clarifier cette nuance, que le code de droit canonique, de 1983, a opté pour l'expression: «Église particulière» plutôt que d' «Église locale». Et pour les définir, il en ressort que:
<<.Les glises particulières É dans lesquelles et à

partir desquelles existe l'Église catholique une et unique sont en premier lieu des diocèses auxquels sont assimilés, sauf s'il s'avère qu'il en va autrement, la prélature territoriale et l'abbaye territoriale, le vicariat apostolique et la préfecture apostolique, ainsi que l'administration apostolique érigée de façon stable»5. Comme nous pouvons le constater, l'Église catholique du Cameroun, en tant qu'Église particulière, a traversé quelques unes des étapes évoquées dans cette définition. Elle est partie de la préfecture apostolique aux archidiocèses en passant par les vicariats et les diocèses. Comme qui dirait, cette Église est, à la perfection, une Église particulière. Sa Sainteté le Pape Paul VI, dans son exhortation apostolique, du 08 Décembre 1975, intitulée: «EVANGELII NUNTIANDI», la définissait en ces termes:
4 Henri De Lubac, S.l. et G. larczyk, Les Églises particulières dans l'Église Universelle (Paris: Aubier Montaigne, 1971), p. 35. En fait, l'Église locale peut désigner un ensemble plus ou moins homogène d'Églises particulières, dont la constitution résulte le plus souvent de données géographiques, historiques, linguistiques et/ou culturelles. 5 Roch Pagé, Les Églises particulières. Leurs structures de gouvernement selon le code de droit canonique de 1983 (Montréal: Ed. Paulines, 1985), pp. 14-15. L'auteur cite le canon 368.

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«L'Église particulière est constituée de telle ou telle portion d'humanité concrète, parlant telle langue, tributaire d'un héritage culturel, d'une vision du monde, d'un passé historique, d'un substrat humain déterminé.»6. D'une manière générale, les Églises particulières peuvent se regrouper en provinces et régions ecclésiastiques, en conciles particuliers et en conférences des évêques comme celle du Cameroun. Cependant, il est dit que toute Église particulière qui se couperait volontairement de l'Église universelle perdrait sa référence au dessein de Dieu. Elle s'appauvrirait dans sa dimension ecclésiale7. Cette prise de position de Sa Sainteté le Pape Paul VI, Chef de l'Église catholique, est pleine de signification. Elle est en toute évidence, le témoignage de l'étroite liaison entre l'Église universelle et l'Église particulière. Elle est aussi la traduction d'un esprit d'obéissance et de fidélité que la seconde doit à la première. Comme un père à ses fils, l'Église universelle imprime une ligne de conduite, une doctrine et toute une philosophie aux Églises particulières. La divergence de vues née de l'interprétation de ce genre de rapport fait parler de «dictature» à certains et de «discipline» à d'autres. Mais le moins qu'on puisse dire est que, quelque part, il y a une domination même si celle-ci se fait dans l'ordre et la discipline. Étudiant l'état des rapports entre l'Église universelle et les Églises particulières, Jean-Marie Zingui aboutit à la conclusion selon laquelle: ceux-ci sont asymétriques, autrement dit, pour ce diplomate qui s'intéresse aux questions de l'Église, l'Église universelle a une main mise considérable sur les Églises particulières. Elle y est omnipotente et omniprésente8. Cependant, sans pour autant nier la puissance de l'Église universelle face aux Églises particulières, nous notons tout de même qu'autant un parti politique a besoin de sa base, autant l'Église universelle a besoin des Églises particulières pour être ce qu'elle est.

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7 Sa Sainteté le Pape Paul VI, «EVANGELII NUNTIANDI», Ibid., p. 70. SJean-Marie C. Zingui, «Les relations entre le Cameroun et l'Église catholique romaine (1960-1990)>>,Thèse de doctorat, Yaoundé, I.R.I.C., 1991, p. 38.

Sa Sainteté le Pape Paul VI, « EVANGELIINUNTIANDI», op. cit., p.69.

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Car, il faut le reconnaître, sans Églises particulières, l'Église universelle ne serait elle-même qu'une simple Église particulière. Pour exercer son autorité sur les Églises particulières, l'Église universelle se sert d'un certain nombre d'instances à savoir: la papauté, la secrétairerie d'État, les congrégations, les tribunaux et bien d'autres encore. Ces instances agissent notamment sur l'évangélisation, la sanctification, l'éducation, le personnel ecclésiastique, l'administration des biens temporels, le droit, la justice, le culte et la discipline pour ne citer que ces domaines. Néanmoins, nous n'entrerons pas dans les détails pour ce qui est de la définition des attributions de chacun de ces organes. De même que nous n'insisterons pas tellement sur les rapports d'ensemble entre le Siège apostolique et l'Église du Cameroun. En plus, convient-il de rappeler, ce travail n'a pas une orientation théologique; il est plutôt historique et ne s'appuie que sur les faits et les événements de cette nature. Ainsi entendons-nous nous appesantir sur les principales attributions de celui là qui est en droit d'être considéré comme la «locomotive» de l'Église universelle: Le Pontife romaIn. Successeur de l'apôtre Pierre, le Pontife romain est le vicaire du Christ et le chef visible de toute l'Église. Il exerce sur celle-ci un pouvoir plénier, suprême et universel. Il est clairement établi que le Pape possède un pouvoir: «ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu'il peut toujours exercer librement»9. Le canon 331, consacré au pouvoir du Pape, le nomme évêque de l'Église de Rome. Il y est également dit qu'il est « ... le pasteur de l'Église tout entière sur cette terre»lO. Le Pape peut exercer son pouvoir dans toutes les Églises particulières, ainsi que dans leurs différents regroupements. C'est donc dire que son pouvoir ne connaît pas de limite spatiale. Bien que se faisant aider par certaines structures et certains collaborateurs, le Pontife romain jouit d'un pouvoir discrétionnaire de choix.
9 Commission Théologique Internationale, L'unique Église du Christ (Paris: Centurion, 1985), p. 36. 10 Lamberto De Echeverria, Code de Droit canonique annoté (Paris: Ed. du Cerf et Ed. Tardy, 1989), pp. 231-232. Lire également Patrick Valdrini, Jacques Vernay, Jean-Paul Durand et Olivier Echappe, Droit Canonique (Paris: Dalloz, 1989), p. 149.

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Encore appelé Souverain pontife, Saint-père, évêque de Rome, Prince des apôtres, Patriarche d'Occident, souverain de l'État de la Cité du Vatican ... le Pape, en sa qualité de chef de l'Église catholique romaine, est garant de la foi. C'est dans cette perspective qu'il instruit et édifie l'Église universelle par ses enseignements à travers les messages, les décrets, les discours, les exhortations apostoliques, les encycliques, etc. Le Pontife romain a également la plénitude du pouvoir législatif sur toute l'Église. Quoiqu'il se fasse épauler par la curie romainell dans la gestion des affaires de l'Église catholique, le Pontife romain possède seul le pouvoir sur toute cette Église. Le même pouvoir s'étend sur tous ceux qui en font partiel2. Parallèlement, en aval, l'Église catholique du Cameroun, en sa parfaite qualité d'Église particulière, n'échappe pas au pouvoir du Pontife romain. Et depuis ses origines lointaines, jusqu'en 1991, onze souverains pontifes se sont succédé au siège apostolique. De Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI (1831 - 1846) à Jean-Paul II (depuis 1978); en passant chronologiquement par les Papes: Pie IX (18461878), Léon XIII (1878-1903), Saint Pie X (1903-1914), Benoît XV (1914-1922), Pie XI (1922-1939), Pie XII (1939-1958), Jean XXIII (1958-1963), Paul VI (1963-1978), et Jean-Paul 1er (26 Août 1978 28 Septembre 1978)13. Dans ce livre, il est question de savoir comment Rome, à travers ces différents Papes, de Grégoire XVI à Jean-Paul II, a pu édifier l'Église catholique du Cameroun. En fait, chacun de ces Pontifes romains a posé un acte ou pris une décision en direction de l'Église catholique du Cameroun. Tout comme, dans l'histoire de cette Église, il s'est produit un certain nombre d'événements ou de situations historiques remarquables, lesquels ont interpellé, d'une manière ou d'une autre, la réaction ou l'intervention du Pontife romain. En définir les contours et les issues constitue le centre d'intérêt de ce document.
Il

Placée sous la haute autorité du Pape, la Curie romaine comprend: la

secrétairerie d'État, les congrégations, les tribunaux... 12Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Code de droit canonique (Paris: Centurion-CerfTardy, 1984), Cann. 330 à 459. Lire le Canon 331 consacré au pouvoir du Pontife romain. 13Dominique et Michel Fremy, QUID (Paris: Robert Laffont, 1989), pp. 521-525.

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En d'autres termes, il sera question d'évaluer la contribution réelle et effective de chaque Pontife romain à l'édification, l'évolution et l'éveil de l'Église catholique du Cameroun dans le temps et dans l'espace. Et quand on sait qu'à travers leurs enseignements, certains Pontifes ont merveilleusement instruit l'Église tout entière, on ne peut qu'en déduire le grand intérêt que revêt ce livre. Parmi ces Pontifes romains, il y en a qui ont donné une dimension nouvelle à l'Église du Cameroun; dimension en termes de personnel, d'infrastructures, de règlement des conflits, de maturation, de grandeur, etc. Cette problématique exige une approche rigoureusement chronologique, évaluative, interprétative et analytique. C'est dire que d'un pontificat à un autre, nous évaluerons les apports, les actes, les décisions et tout événement historique jugé important. Ces données seront au même moment analysées et interprétées. À l'issue de cette démarche, une conclusion sera tirée. L'avantage d'une telle approche est qu'elle permet d'être très méthodique et de faire un travail fouillé et substantiel. ; encore plus que chaque pontificat présente ses spécificités et ses réalités. De même, les contextes ne sont pas toujours identiques. Car, ce que Léon XIII a fait pour l'Église du Cameroun n'est pas la même chose qu'a réalisée Jean-Paul II. Les contextes chronologiques sont tout aussi différents. Le livre comporte quatre parties et quatorze chapitres. Par l'approche chronologique adoptée, il est fort à parier qu'il faut s'attendre à une suite; tant il est vrai que cette histoire est soumise à une dynamique historique évidente. Cette suite abordera donc, à son temps, le restant du pontificat de Jean-Paul II et de bien d'autres encore.

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PREMIÈRE PARTIE DES ORIGINES DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE DU CAMEROUN AU DÉBUT DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (1842 - 1914)

L'Église catholique du Cameroun est fille de l'Église catholique romaine. Elle est née en 1890, année de débarquement et d'installation effectifs des tous premiers missionnaires catholiques. Ces derniers étaient tous pallottins et de nationalité allemande. Cette réalité historique est tellement bien assise dans les esprits au point où, l'opinion publique, nationale et internationale, n'échappe à l'énigme que pose la véritable genèse de cette Église. Comme toute Église, celle du Cameroun a des origines profondes. En effet, la date de 1890 n'est que l'aboutissement d'un très long processus. Le passé de l'Église du Cameroun se situe sous les pontificats de Grégoire XVI et de Pie IX, c'est-à-dire à partir de la préfecture apostolique des deux Guinées. Ce n'est que sous Léon XIII que cette Église connaîtra une existence effective. La machine qui s'ébranlera à partir de Janvier 184214marquera son premier temps d'arrêt en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Et, ce sera sous le Pape Pie X. Cette première partie va s'appesantir sur l'évolution de l'Église catholique du Cameroun de ses origines profondes au début de la Première Guerre mondiale. Cet espace chronologique interpelle principalement les pontificats de Grégoire XVI, de Pie IX, de Léon XIII et de Pie X.

14La date du 22 Janvier 1842 marque la création de la préfecture apostolique des deux Guinées par Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI.

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CHAPITRE I : LES PONTIFICATS DE GRÉGOIRE XVI, DE PIE IX ET LA GENÈSE DE L'ÉGLISE DU CAMEROUN (18421878)

Le christianisme est chose effective au Cameroun15 depuis les années 1840. Mais, on ne parle que d'Église protestante. Il faut attendre près d'un demi-siècle, pour voir le vent du catholicisme souffler au Cameroun. Ce sera fait en 1890, avec l'arrivée des missionnaires pallottins allemands. Ces derniers vont créer les premières missions catholiques et diffuser l'Évangile. Cependant, avant cette date, de nombreuses démarches seront entreprises par le siège apostolique dans le souci de faire du Cameroun une terre de missions. L'ensemble de ces démarches s'inscrivent dans les origines lointaines de l'Église catholique du Cameroun. Celles-ci ont été les oeuvres respectives de Grégoire XVI et de Pie IX, et commencent avec la création de la préfecture apostolique des deux Guinées. A. LES PREMIERS PAS DU CHRISTIANISME AU CAMEROUN: LE PROTESTANTISME Le Cameroun est une terre de missions. Cette affirmation peut paraître peu évidente à ceux qui n'ont pas une vision claire du passé de ce pays. Mais à d'autres, plus avertis, elle ne souffre d'aucun doute. Ce pays a été la convoitise, non seulement, des puissances hégémoniques, mais aussi et surtout des forces religieuses16. Ce qui signifie que le temporel et le spirituel ont cheminé ici, s'ils n'ont pas tout simplement coopéré en vue d'asseoir l'influence de la métropole. Ainsi, France, Angleterre, Allemagne ... catholiques, musulmans, protestants, ... ont négocié, chacun dans son domaine, leur droit de regard sur le Cameroun. Mais en fin de compte, l'histoire reconnaît aux missionnaires protestants, l'honneur et le mérite d'avoir évangélisé, pour la première fois, les peuples du Cameroun. C'est ce qui fait dire à Jean Criaud que: «la foi chrétienne a pénétré au Cameroun grâce aux missions

Dans le souci de mener ce travail en évitant toute polémique, nous choisissons le terme Cameroun tel qu'il est connu aujourd'hui. Il représentera alors les réalités historique et territoriale avant et après la signature du traité de protectorat germanodouala de Juillet 1884, de même qu'après le départ des Allemands jusqu'à nos jours. 16Louis-Paul Ngongo, «Pouvoir politique occidental dans les structures de l'Église en Afrique», ln Civilisation noire et Église Catholique. Colloque d'Abidjan, 12-17 Septembre 1977 (Paris: Présence Africaine et Nouvelles Éditions Africaines, 1978), pp. 39-40. Du même auteur, Histoire des forces religieuses au Cameroun (Paris: Éditions Karthala, 1982), p. 15.

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protestantes»17. Et la société missionnaire baptiste de Londres est considérée, dans cette logique, comme la pionnière, ou mieux, la toute première à s'installer au Cameroun, c'était en 184318.Elle sera suivie chronologiquement par la mission presbytérienne américaine19 et bien d'autres missions soeurs un peu plus tard. Jusque là, on ne parle pas encore de mission catholique au Cameroun. En effet, la société missionnaire baptiste de Londres est déjà présente dans certains pays africains tels que l'Angola, le Congo... On la signale en Jamaïque où elle a pris une part active à l'émancipation des esclaves noirs2o. Progressivement, elle va se rapprocher du Cameroun. Présente dans l'île de Fernando Poo, depuis 1842, et sous l'impulsion de l'un de ses pasteurs, Joseph Merrick, cette mission va ouvrir une station à Douala en 1843, une église et une école à Bimbia en 1844. Mais on note qu'elle tient sa véritable extension grâce au pasteur Alfred Saker. Celui-ci se fixe à Douala en 1845 puis achète, en 1858, près de 128 km2 de terrain au Roi William de Bimbia où il fonde Victoria et implante son Église21. Dès Juillet 1884, l'Allemagne prend possession du Cameroun. Les Allemands entendent faire de ce nouveau territoire leur chasse gardée sur tous les plans. C'est alors que, conscients des griefs ~ui les opposaient aux Anglais, au sujet de l'occupation du Cameroun 2, les
17 Jean Criaud, Ils ont planté l'Église au Cameroun. Les pallottins 1890-1915 (Yaoundé: Imprimerie Saint-Paul, 1989), p. 7. Toujours du même auteur, La Geste des Spiritains, (Yaoundé: Imprimerie Saint-Paul, 1990), p. 25. 18En 1843, le premier missionnaire Baptiste -le Jamaïcain Joseph Merrick - crée la première mission chez les Douala. Et une année plus tard, il en crée aussi à Bimbia chez les Isubu. 19 Les tous premiers missionnaires presbytériens sont signalés dans la région de Batanga vers 1879. 20 R.P. Engelbert Mveng, Histoire des Églises chrétiennes au Cameroun: Les origines, (Yaoundé: Imprimerie Saint-Paul, 1990), p. 9. 21 Victor T. Levine, Le Cameroun du mandat à l'indépendance, Vol. I, (Paris: Nouveaux Horizons, 1970), pp. 4647. 22 En fait les Anglais, très actifs au Cameroun avant 1884, ne s'attendaient pas du tout à l'occupation de ce territoire par l'Allemagne; jusqu'ici désintéressée à l'activité coloniale. Mais contre toute attente, les Allemands devanceront les Anglais en concluant des traités de protectorat avec les Rois Bell et Akwa du Cameroun. Au point où lorsque le Consul Anglais Edward Hyde Hewett arrive au Cameroun pour les mêmes raisons, il trouve que le Dr. Nachtigal avait déjà occupé le Cameroun sur ordre du Chancelier Bismarck, depuis le 14 Juillet 1884. Ce jour fut très amer non

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Allemands vont estimer que la présence de la mission baptiste de Londres, au Cameroun allemand, était indésirable. Il fallait donc s'en débarrasser et faire venir les missionnaires protestants allemands, pour évangéliser le pays. C'est dans cet esprit que la mission baf:tiste de Londres va céder la place à la mission de Bâle en 1886 3. Si la première mission protestante s'est beaucoup plus concentrée dans la zone côtière, la seconde quant à elle s'est étendue à l'intérieur du pays pour couvrir la zone bamiléké, les régions de Foumban et d'Eséka. La mission de Bâle est secondée plus tard par la mission baptiste de Berlin. Mais au moment où ses premiers missionnaires débarquent au Cameroun, c'est-à-dire en 1891, l'Église catholique y est déjà représentée par la première équipe des pallottins arrivés en 1890. Avant l'arrivée effective des catholiques, les Allemands ont partagé l'évangélisation du Cameroun avec la mission presbytérienne américaine. Présents au Gabon, depuis 1842, à l'île de Corisco, en Guinée Équatoriale, en 1850; signalés dans la région de Batanga vers les années 1870, les presbytériens américains s'installent effectivement au Cameroun à partir de 1885. Sous l'impulsion du Dr. Good, la mission presbytérienne américaine va prendre en main l'évangélisation du pays boulou, bassa, etc. On comprend que, si les Allemands ont ainsi accepté de coopérer avec les Américains, cela tient à un certain nombre de raisons. D'abord, pour les Allemands, les Américains ne présentent aucun danger. Ils n'ont pas des ambitions colonisatrices comme l'Angleterre, la France, etc. ensuite ils ont une longue tradition protestante comme les Allemands. En somme, les Américains ne sont pas perçus comme de potentiels rivaux des Allemands. Avant l'implantation, non moins difficile, des missionnaires catholiques au Cameroun, les missions protestantes s'étaient déjà investies suffisamment dans les domaines de l'évangélisation, des infrastructures, de la fondation des stations missionnaires, des écoles,
seulement pour Hewett, mais aussi pour les Anglais qui venaient de perdre là ce qui se présentait pour eux comme un acquis.
23

R.P. EngelbertMveng,Histoire du Cameroun,(Yaoundé: CEPER, 1978),p. 229.

Bâle est une ville Suisse, située au Nord du pays pratiquement à la lisière frontalière avec l'Allemagne. Les missionnaires de Bâle sont de culture et d'expression allemandes.

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de la traduction des Saintes Écritures, en langues locales, de la formation des pasteurs, des catéchistes, de la création des activités lucratives, etc. Au point où, il ne serait pas erroné de dire qu'au moment de l'installation des missionnaires catholiques au Cameroun, l'Église protestante avait déjà pris une avance considérable. B. LA CRÉATION DE LA PRÉFECTURE APOSTOLIQUE DES DEUX GUINÉES. Au moment où la présence des missionnaires protestants peut être considérée comme effective au Cameroun, du côté des catholiques, c'est le vide total. En effet, à Rome, on ne parle pas encore de création d'une mission dans ce pays. Ce qui fait la préoccupation centrale de la sacrée congrégation pour la propagation de la foi, c'est l'évangélisation de la côte occidentale d'Afrique. Pour ce faire, le 22 Janvier 1842, Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI24 crée la préfecture apostolique des deux Guinées. Le siège de la jeune préfecture se trouve à Libreville au Gabon. Et le territoire du futur Cameroun en fait partie25. Le pontificat de Grégoire XVI est ponctué par la crise née des luttes d'influences entre le temporel et le spirituel. Ainsi le Souverain pontife se battra-t-il, pour l'affirmation intransigeante de l'autorité et des droits de l'Église par rapport aux autres pouvoirs. C'est hors d'Europe que la politique de Sa Sainteté semble beaucoup plus attirer notre attention. Car dès 1834, il porte le Cardinal Fransoni au poste de Préfet de la propagande. Ille charge de la lourde mission d'ériger de vastes circonscriptions missionnaires et un dense réseau de vicariats apostoliques aux États-Unis, au Canada, en Amérique Latine, en Asie et en Afrique. Ce ne serait donc pas une fantaisie que de présenter Grégoire XVI, comme «le Pape des peuples
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Grégoire XVI ou BartolomeoAlberto Cappellariest né à Bellune le 18 Septembre

1765. Élu Pape, le 02 Février 1831, il sera couronné le 06 Février de la même année. Il succède à Pie VIII dont le pontificat a été le plus court du XIX siècle, soit vingt mois seulement. Son encyclique «MIRARI VOS» du 15 Août 1832 est la première encyclique antilibérale du XIXe siècle. Elle anticipe sur le <<.SYLLAB de Pie IX US» contre la société moderne. Sa lettre <<lNSUPREMO APOSTOLATUS» du 03 Décembre 1839, condamne la traite des Noirs, mais pas l'esclavage encore pratiqué par les principales puissances catholiques. Son instruction du 15 Novembre 1845, préconise la formation d'un clergé indigène. Cf. Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la Papauté (Paris : FAYARD, 1994), pp. 767-773. 25 R.P. Engelbert Mveng, Histoire des Églises Chrétiennes au Cameroun: les origines, op. cit., p. 62.

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de Dieu abandonnés». Autrement dit, ce Souverain pontife se présente dans l'ensemble comme celui qui songera à étendre la Parole de Dieu vers ceux qu'une certaine opinion, subjective, avait toujours considéré comme «primitifs»26. Pour Grégoire XVI, il est donc clair que l'Évangile n'a pas de frontières territorialement établies. Lorsqu'on tente d'en créer, on nationalise la Parole de Dieu. Et dès cet instant, Dieu n'est plus un Tout complet mais une particularité, ou mieux, une propriété tribale, régionale ou nationale. Il devient le Dieu des Européens, des riches, des sages... et n'est plus le Dieu de tout le monde. S'il est admis de tous que l'Église catholique du Cameroun est née en 1890 sous le pontificat de Léon XIII, il n'en demeure pas moins vrai que la genèse de cette Église se situe sous les pontificats de Grégoire XVI et de Pie IX. Le premier a le mérite d'avoir créé et érigé la préfecture apostolique des deux Guinées en vicariat du même nom. Et 1'histoire reconnaît au second la division dudit vicariat en deux et la création du vicariat du Gabon: véritable souche de l'Église catholique du Cameroun. À première vue, les termes préfecture et vicariat apostoliques sont sujets à confusion. Les définir n'est toujours pas chose aisée. Rappelons donc qu'on parle de préfecture et de vicariat apostoliques pour désigner une Église particulière. En effet, ainsi que les définit le canon 229, la préfecture apostolique est le premier stade
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Les voyages d'exploration organisés depuis l'Antiquité marquent les premiers

contacts entre l'Europe et le reste du monde. À l'issue de ceux-ci, et au vu des nouvelles réalités culturelle et traditionnelle découvertes ailleurs, les Européens ont commencé à bâtir un complexe de supériorité prétendant être les seuls dépositaires de la civilisation. Un tel égarement conceptuel leur faisait même dire que les autres peuples d'Asie, d'Afrique, d'Océanie, etc., parce que différents d'eux, étaient primitifs, non civilisés et même sans histoire. C'est le mythe du bon sauvage, innocent bon enfant perdu dans la nature. On a vu des grands penseurs européens, pourtant estimés dans les milieux de la science, noyer leur génie dans ces basses considérations péjoratives. On peut citer ici le grand philosophe Allemand Friedrich Hegel, le non moins célèbre écrivain et diplomate Français Le comte Joseph Arthur de Gobineau avec son «fameux» ouvrage intitulé: L'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853 - 1855), le philosophe Français Lucien Lévy Bruhl et bien d'autres
encore. Sa Sainteté le Pape Grégoire XVI

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à travers ses actions

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semble donc

vouloir briser toutes ces barrières idéologiques. Le Saint-père démontre, par là même, que devant Dieu, nul n'est plus civilisé; qu'il n'y a pas de peuple abandonné, primitif ou sans histoire.

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d'organisation d'une communauté hiérarchique27. Elle est placée sous l'autorité d'un préfet nommé par la congrégation pour l'évangélisation des peuples. Cependant, le développement d'une préfecture apostolique aboutit donc à la transformation de celle-ci en vicariat apostolique. Et le vicariat est dirigé par un vicaire apostolique, titulaire de la charge pastorale et nommé cette fois par le Pontife romain28. Et il faut se le dire, la transformation des vicariats en diocèses est l'un des buts poursuivis par l'Église. Fidèle à cette logique, Grégoire XVI va ériger la préfecture apostolique des deux Guinées en vicariat.

27 Patrick Valdrini, Jacques Vemay, Jean-Paul Durand et Olivier Echappe, Droit Canonique:}.op. cit., p. 173. 28Patrick Valdrini et autres, Droit Canonique, Ibid., pp. 173-174.

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c. L'ÉRECTION DE LA PRÉFECTURE APOSTOLIQUE DES DEUX GUINÉES EN VICARIAT DU MÊME NOM Au vu des éclaircissements qui précèdent, on comprend aisément les rôles joués par Grégoire XVI et par Pie IX dans les origines profondes de l'Église catholique du Cameroun. Grégoire XVI, en érigeant la préfecture apostolique des deux Guinées en vicariat apostolique le 03 Octobre 184229, le faisait, peutêtre, pas pour le Cameroun en tant qu'entité territoriale3o clairement définie. Néanmoins, nous sommes à même d'affirmer que le souci d'évangéliser le territoire dans lequel se trouvait inclus celui du Cameroun habitait déjà le Saint-père. Et tout porte à croire que si la mort ne l'avait pas surpris en 1846, il aurait fait mieux dans le sens de la naissance d'une Église catholique au Cameroun. Mais, le moins qu'on puisse dire est que, au moment où s'éteint Grégoire XVI, la souche profonde de l'Église catholique du Cameroun est déjà plantée: c'est le vicariat apostolique des deux Guinées. Ce vicariat est confié aux pères du Saint-Esprit, dirigés par le Père Libermann. Cette lourde responsabilité que Grégoire XVI accorde aux pères du Saint-Esprit ne relève pas d'un simple hasard. En effet, la décision du Souverain pontife est très empirique. Car les missionnaires de cette congrégation avaient jusque là entrepris des fructueux efforts d'évangélisation des Noirs dans les colonies depuis le XVIII ème siècle31. En 1846, le Pontife romain Pie IX32 succède à Grégoire XVI sur le trône de Saint-Pierre. À l'image de son prédécesseur, le

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R.P. Engelbert Mveng, in Album du centenaire.1 (Presso Grafiche Dehoniane,

1990), p. 22. 30 Le Cameroun n'existait même pas encore sous cette formule. 31 Fondée au XVIIe siècle par Pierre Poulard Desplaces et dirigée par un Juif, le Père François Marie-Paul Libermann, la Congrégation du Saint-Esprit est considérée comme la pionnière dans les colonies. Depuis le XVIIIe siècle, elle est présente aux Antilles. Et depuis 1840, on la retrouve au Sénégal, au Gabon, au Congo et même dans plusieurs colonies anglaises d'Afrique.
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Pie IX, de son vrai nom Giovanni Maria Mastai-Ferreti,est né à Senigalia,près

d'Ancône, le 12 Mai 1792. Élu Pape le 16 Juin 1846, il mettra 31 ans 7 mois sur le trône de Saint-Pierre. Il est mort à Rome le 07 Février 1878. Inhumé à Saint-Pierre de Rome, sa dépouille sera transportée, plus tard, à Saint-Laurent-Hors-Les-Murs en 1881. Cf. Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la Papauté, op. cit., pp. 1343-1348.

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nouveau Pape va s'intéresser à l'évangélisation des Noirs en général et à celle de la côte Ouest africaine en particulier. Cependant, il se pose le problème - non moins crucial - de l'immensité du vicariat apostolique des deux Guinées. Les missionnaires engagés à la tâche s'y trouvent perdus comme dans une grande forêt. Car il y a plus de territoires à évangéliser que d'hommes pour le faire. Et pourtant, l'hypothèse d'une augmentation du personnel missionnaire n'est pas évidente, les autres congrégations étant réticentes à la proposition. En outre, on se souvient encore de nombreux cas de décès enregistrés par la congrégation du Saint-Esprit. Décès dus aux rudes conditions de travail, aux mauvaises conditions climatiques, à la végétation et à la faune responsables de nombreuses maladies. Une telle «carte de visite» ne motive véritablement pas les autres congrégations missionnaires. Malgré ces handicaps inventoriés, rien n'arrêtera plus le cours de I'histoire du vicariat apostolique des deux Guinées. Progressivement, les choses vont s'éclaircir en direction du Cameroun avec la création du vicariat apostolique du Gabon. D. PIE IX ET LA CRÉATION DU VICARIAT APOSTOLIQUE DU GABON Au moment ou Pie IX succède à Grégoire XVI, le vicariat apostolique des deux Guinées vit une situation d'immobilisme. Le travail n'avance pas. Car, le territoire est très vaste mais le nombre de missionnaires insuffisants. Pour tenter de déclencher à nouveau le processus, les propositions fusent de partout. Mais la plus rationnelle semble être celle du Père Libermann faite en 1846. En effet, le Père Libermann propose à Rome de diviser l'immense vicariat des deux Guinées en six vicariats autonomes, soit cinq vicariats en Guinée supérieure et un vicariat en Guinée inférieure33.
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Voici comment se présente le plan du Père Libermann.Il propose de faire éclater

le vicariat apostolique des deux Guinées en deux grandes zones d'évangélisation: La Guinée supérieure et la Guinée inférieure. La première devant comporter cinq vicariats à savoir: le vicariat de Sénégambie avec siège à Dakar, le vicariat de Sierra Leone et du Liberia avec siège à Freetown, le vicariat d'Ashanti avec siège à Kumasi, le vicariat du Dahomey avec siège à Abomey et le vicariat du Gabon avec siège à Libreville. La deuxième zone intégrant les territoires du Loango, du Congo et de l'Angola ayant pour siège Loango.

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Si la proposition du Père Libermann paraît plus adaptée, son adoption et sa mise en application sont trahies par les lenteurs observées au niveau du siège apostolique. Et ceci se confirme par le temps mis par le Pontife romain pour réagir à cette idée. En effet, ce n'est que dix-sept ans plus tard, c'est-à-dire le 06 Février 186334, que le Pape Pie IX décide de faire éclater l'immense vicariat des deux Guinées pour en créer le vicariat apostolique du Gabon. Cette nouvelle division rapproche les choses du Cameroun. En fait, sans être une zone d'évangélisation à part entière, le Cameroun est tout de même sorti du vaste ensemble du vicariat des deux Guinées pour «appartenir» au sous-ensemble du vicariat du Gabon. Mais le pays reste jusqu'ici en dehors de toute influence missionnaire. Pie IX a pris en considération la proposition du Père Libermann. En créant le vicariat apostolique du Gabon, il a fixé son siège à Libreville et l'a confié à la congrégation du Saint-Esprit. Il a placé à la tête du vicariat Mgr. Bessieux comme vicaire apostolique. Si la situation semble s'éclaircir sur le papier, elle ne l'est pas encore sur le terrain. Au Cameroun, en dehors du déploiement acharné des missionnaires protestants, aucune autre activité chrétienne n'est signalée. Implanter véritablement le catholicisme dans ce pays exige des pionniers qu'ils aillent tout d'abord sur le terrain découvrir l'éventail des problèmes et des valeurs existants. Mais cette exploration des missionnaires catholiques se fera attendre pendant une bonne vingtaine d'années; au point de se poser la question de savoir si le Cameroun n'est pas une terre oubliée. Cette inquiétude se confirme avec la mort du Pape Pie IX. Car, en fait, au moment où s'éteint le Souverain pontife, en 1878, la situation n'a pas beaucoup évolué. En résumé, on peut bien affirmer que Grégoire XVI et Pie IX ont posé les jalons de la naissance d'une Église catholique au Cameroun. Leur refuser ce mérite, c'est être scientifiquement ou historiquement ingrat. C'est ignorer la genèse de cette Église.
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R.P. Engelbert Mveng, In Album du centenaire,Ibid., p. 22. Pie IX a pris dix-sept

bonnes années pour créer le vicariat apostolique du Gabon. De tels intervalles chronologiques, véritables passages à vide, nous permettent de faire observer, une fois de plus, que le champ d'étude ici est apparemment vaste. Mais avec ces périodes creuses, il se réduit très raisonnablement. Et des «temps morts}) comme celui-ci se multiplient dans les pontificats.

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L'oeuvre de ces Pontifes romains est à l'Église catholique du Cameroun, ce que la première pierre des fondations est à un édifice. C'est dans le souci de l'achever que le Pape Léon XIII va créer la préfecture apostolique du Cameroun; véritable «acte de naissance» de l'Église catholique du Cameroun.

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CHAPITRE II : LE PONTIFICAT DE LÉON XIII ET LA NAISSANCE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE DU CAMEROUN (1878 - 1903)