Inculturation chrétienne du mariage au Congo

Inculturation chrétienne du mariage au Congo

-

Livres
408 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Lors du synode des Evêques africains sur la famille chrétienne en 1980, le cardinal Malula proposait la christianisation, non seulement des individus, mais de toute la famille. A travers cette étude de l'évolution du mariage au Congo, on comprend l'importance de cette institution dans l'évolution de la société et pourquoi les Africains, simples citoyens ou chrétiens affirmés, sont si attachés à la préservation des valeurs traditionnelles.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 juin 2015
Nombre de lectures 118
EAN13 9782336382586
Langue Français
Signaler un abus

Godefroid-Léon KhondeInculturation chrétienne
du mariage au Congo
Problèmes et Perspectives
Inculturation chrétienneImprégner la foi chrétienne dans les familles africaines est l’objectif majeur de
la pastorale en Afrique. Lors du synode des Évêques africains sur la famille du mariage au Congo
chrétienne en 1980, le cardinal Joseph Malula proposait la christianisation
non seulement des individus, mais de toute la famille africaine afn de
réellement intégrer le christianisme sur le continent. En effet, en Afrique Problèmes et Perspectives
en général, l’individu est étroitement lié à sa communauté et à sa famille.
Famille qui ne peut vraiment exister que si au départ un homme et une
femme ont pris l’initiative de former par le biais du mariage la communion
du « nous personnel ». Il est donc logique que, pour étendre rapidement
son infuence, le mariage soit l’objet prioritaire de l’évangélisation.
À travers une étude historique de l’évolution du mariage au Congo,
cet ouvrage permet de comprendre l’importance de cette institution
dans l’évolution de la société, et pourquoi les Africains, simples citoyens
ou chrétiens affrmés, sont si attachés à la préservation de ses valeurs
traditionnelles.
Godefroid-Léon Khonde est né en 1960 à Tshela-Mbanga dans la
province du Bas-Congo en République démocratique du Congo. Diplômé en
philosophie au Grand Séminaire Saint Robert Bellarmin de Mayidi en 1983 et en
théologie au Grand Séminaire Jean XXIII à Kinshasa en 1986, il fut ordonné
prêtre en 1987 à Matadi en RDC. Curé de la paroisse Sainte Marie de Loma
à Mbanza-Ngungu de 1994 à 2000, il a décroché en 2003 la licence sur le
mariage et famille en Espagne à l’Institut Pontifcal Jean Paul II de l’Université
Pontifcale de Latran et un Doctorat en théologie morale à l’Académie saint
Alphonse de Liguori de l’Université Pontifcale de Latran à Rome en 2008.
Il est actuellement curé des paroisses et professeur de Morale Sociale et de la
Doctrine Sociale de l’Église à l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses San
Damaso à Tortosa en Espagne.
Photographie de couverture : 123RF.
ISBN : 978-2-343-01887-4
39 e
Inculturation chrétienne
Godefroid-Léon Khonde
du mariage au Congo
Eglises d’Afrique





INCULTURATION CHRÉTIENNE
DU MARIAGE AU CONGO
Problèmes et Perspectives





















Collection « Églises d’Afrique »

Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s’est inscrit
profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de
l’Occident, au point d’en être le fil d’Ariane pour qui veut comprendre
réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux
mouvements d’explorations scientifiques, suivis d’expansions coloniales et
missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d’hommes et de
femmes, s’est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en
Afrique. D’où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont
beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à
l’avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est
aujourd’hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de
l’Église en Afrique ? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Églises
d’Afrique participeraient-elles d’une dynamique qui leur serait propre ? Autant
de questions et de problématiques que la collection « Églises d’Afrique » entend
étudier.

Dernières parutions

Panphile AKPLOGAN, L’effacement de la dette des pays africains, L’approche
de la Doctrine Sociale de l’Église Catholique, 2015.
Grégoire MALOBA, Inculturation et eschatologie. Enjeux et débats dans les
traditions bantu, 2014.
Sous la direction de Jean BONANE BAKINDIKA, La mission de l’église dans
la construction des états africains, 2014.
Gabriel HOUSSEINI, L’éternité promise…, 2014.
Gabriel TCHONANG, Du Jésus de l’Histoire au Christ de la gloire, 2014.
Joseph BELEPE, Des écoles pour les pygmées du Mai–Ndombe (RD-Congo),
Contribution des missionnaires scheutistes, 2014.
Olivier NKULU KABAMBA, Le corps humain et sa sexualité, Jalons pour un
nouveau regard théologique, 2014.
Fabrice N’SEMI, Lecture d’Africae munus du pape Benoit XVI. Éléments d’une
théologie prophétique en Afrique, 2013.
Lendo MAKUNGA, Le combat de l’Église pour la justice sociale. Revisiter le
message d’Amos, 2013.
Olivier NKULU KABAMBA, La théologie académique : une discipline
universitaire en éclipse, 2013.
Francis Michel MBADINGA, Ce que le Gabon doit savoir pour entrer dans sa
destinée prophétique, 2013.
Godefroid-Léon KHONDE





INCULTURATION CHRÉTIENNE
DU MARIAGE AU CONGO
Problèmes et Perspectives












































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01887-4
EAN : 9782343018874
AVANT-PROPOS


Au moment où nous voulons publier notre travail écrit, avec grande
joie, nous voulons nous arrêter pour adresser nos remerciements à tous
ceux qui de près ou de loin ont par leurs critiques et leurs suggestions
collaborer à l’élaboration de ce travail. Logiquement nous avons
bénéficié de leur amour sans lequel il nous serait difficile de le
présenter au public actuel. Sincèrement, nous leur disons merci pour
leur générosité et leur disponibilité qu'ils n’ont cessé de nous accorder
et pour nous avoir accompagnés dans exercice intellectuel.
Nous pensons plus particulièrement aux Excellences Monseigneur
Nkembo Mamputu Gabriel retraité et Monseigneur Nlandu Daniel
titulaire actuel du Diocèse de Matadi qui nous ont donné l’opportunité
de faire des études universitaires en Espagne et en Italie. Qu’ils
trouvent ici nos sincères remerciements. De même notre
reconnaissance à l'Université Pontifical "Académie Alfonsiana" à
Rome pour nous avoir formé aux études de théologie Morale.
Nous pensons à tous les professeurs et en particulier au père José
Silvio Botero Giraldo et père Aristide Gnada, tous deux professeurs
qui nous ont accompagné pour leurs conseils et critiques
constructives. Qu’ils reçoivent ici nos remerciements. Pour avoir au
préalable une très bonne connaissance de la question, du sujet et pour
que le travail d’investigation aboutisse et soit fructueux, nous avons
dû recourir aussi à l’aide de certains confrères, que Dieu les bénisse
tous.
Il n'aurait pas été possible d'étudier à l'étranger sans l'appui matériel
des familles et d'amis, en particulier à la famille Monerris Gascó.
Qu’ils soient dignes de notre reconnaissance pour cela. Finalement,
nous dirigeons notre reconnaissance à nos familles pour leur sacrifice

5

et compréhension à notre endroit ainsi qu’au diocèse de Tortosa qui
nous accueille. Que tous reçoivent ici nos reconnaissances.

6

SOMMAIRE
SOMMAIRE ............................................................................................................. 7
ABREVIATIONS ET SIGLES ................................................................................ 9
INTRODUCTION GÉNÉRALE ........................................................................... 11
1. TITRE DE L’OUVRAGE ET MOTIVATION.............................................................. 11
CHAPITRE I .......................................................................................................... 17
ELE MARIAGE CONGOLAIS AU XX SIÈCLE ................................................ 17
INTRODUCTION ..................................................................................................... 17
1.1. LE MARIAGE CONGOLAIS AVANT VATICAN II ................................................ 19
1.2. LGE CONGOLAIS APRES VATICAN II ................................................. 76
CONCL USION .................................................................................................. 146
CHAPITRE II ....................................................................................................... 149
MESSAGE CHRETIEN ET INCULTURATION DU MARIAGE .................. 149
INTRODUCTION ................................................................................................... 149
2.1. LE MARIAGE COMME ALLIANCE FIDELE DANS LES CULTURES ANCIENNES ... 150
2.2. INCULTURATION ET EVANGELISATION ......................................................... 196
CONCLUSION ...................................................................................................... 272
CHAPITRE III ..................................................................................................... 275
CRITÈRES D’INCULTURATION CHRÉTIENNE DU MARIAGE ............. 275
INTRODUCTION275
3.1. PRESENCE DES «SEMINA VERBI» DANS LA CULTURE TRADITIONNELLE
CONGOLAISE ....................................................................................................... 277
3.2. CRITERES POUR UNE INCULTURATION CHRETIENNE DU MARIAGE ................ 293
3.3. INCULTURATION CHRETIENNE DU MARIAGE ................................................ 314
3.4. LES PERSPECTIVES DE L’INCULTURATION .................................................... 319
3.5. QUELQUES MECANISMES CONCRETS POUR UNE INCULTURATION CHRETIENNE
DU MARIAGE337
3.6. LE MARIAGE MIXTE : FRUIT D’INCULTURATION CHRETIENNE ET RELIGIONS 349

7

CONCLUSION ...................................................................................................... 358
CONCLUSION GENERALE .............................................................................. 361
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................... 365
1. ÉCRITURES SACREES ....................................................................................... 365
2. DOCUMENTS CONCILES ŒCUMENIQUES .......................................................... 365
3. MAGISTERE PONTIFICAL ................................................................................. 365
4. MAGISTERE DE L’ÉGLISE ................................................................................ 368
5. ENCHIRIDION VATICANUM ............................................................................. 368
6. CONFERENCES ÉPISCOPALES AFRIQUE ........................................................... 369
SCEAM (AFRIQUE-CARAÏBE ET MADAGASCAR) ............................................... 369
7. PERES DE L’ÉGLISE ......................................................................................... 371
8. LITTÉRATURE ................................................................................................. 372
9. OEUVRES COLLECTIVES .................................................................................. 380
10. ARTICLES ...................................................................................................... 389
11. DICTIONNAIRES OU ENCYCLOPEDIES ............................................................ 393
12. JOURNAUX .................................................................................................... 394
TABLE DES MATIE RES .................................................................................... 395












8


ABREVIATIONS ET SIGLES
AAS = Acta Apostolicae Sedis
AG = Concile Oecuménique Vatican II, Ad Gentes
ASS = Acta Santae Sedis
Aug. = Augustinianum
BAC = Biblioteca de Autores Cristianos
CChr. SL = Corpus Christianorum
CCC = Catechismo della Chiesa Catolica.
CERA = Cahier d’Etude des Religions Africaines.
CIC = Codex Iuris Canonici, Romae 1917.
CIC 1983= Codex Iuris Canonici 1983
CivCatt = La Civiltà Cattolica
Denz = Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de
rebus fidei et morum.
DTM = Dizionario di Teologia Morale
DV = Dei Verbum
EC = Enciclopedia Cattolica
FC = Familiaris consortio
FR = Fides et ratio
GS = Gaudium et spes
GR= De Gruyter
LG = Lumen Gentium
PMV= Panneaux à Messages Variables
PL = Patrologiae Cursus completus
SECAM = Symposium des Evêques de Caraïbe, Afrique et
Madagascar.
RTM = Rivista di teologia morale
VS = Veritatis splendor
StMor=StudiaMoralia



9





INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans cette introduction, nous allons d’abord présenter le titre et la
motivation, puis la problématique et le contenu, et enfin la méthode et
le critère bibliographique.
1. Titre de l’ouvrage et motivation
Au cours de l’histoire de l’Église chrétienne, il s’est tenu beaucoup
de Conciles. Parmi ces Conciles, les deux derniers ont laissé beaucoup
d’impacts sur la vie de l’Église. Cependant, le Concile Vatican II a été
sans doute le Concile le plus reformeur de l’Église en ce qui concerne
la liturgie, les sacrements, les communautés chrétiennes et les autres
religions, le laïcat, la vie consacrée, le profil des études
ecclésiastiques, la liberté religieuse, les rapports foi/culture, et les
moyens de communication sociale.
Le Concile Vatican II représente donc un événement d’une
originalité unique en son genre parce qu’il est différent des conciles
antérieurs. En effet, si le Concile de Trente a évolué à l’intérieur des
frontières doctrinales bien limitées, c’est-à-dire le rapport
Écriture/Traditions, le péché originel, la justification et les sacrements,
le Concile Vatican II, par contre, se préoccupera plus de la pastorale
1
dans tous les niveaux et aspects de la vie de l’Église mère .

1Cf. René LATOURELLE (Ed), Vatican II. Bilan et perspectives. Vingt-cinq ans après
(1962-1987), 15, vol. 1, Cerf, Paris 1988, 7.

11
Introduction
Le Concile Vatican II a ouvert le passage qui a conduit à la
thématique de l’inculturation, en passant par l’accommodation et
l’adaptation. L’inculturation, en fait, signifie incarnation de la vie et
2du message chrétien dans une zone culturelle concrète . C’est une
expérience qui permet à la foi de s’exprimer avec des éléments
propres de la culture, mais qui devient en même temps le principe
inspirateur, normatif et unificateur qui transforme et recrée la culture,
donnant ainsi origine à des nouvelles perspectives et une nouvelle
3création .
Les Évêques d’Afrique manifestent un grand intérêt pour
l’inculturation qu’ils considèrent comme une méthode modèle et un
instrument efficace pour l’évangélisation des peuples. Cette méthode,
en effet, intéresse tous les aspects de la vie. C’est pour cela que tout
doit être inculturé. Il s’agit d’inculturer la théologie, notamment la
théologie sacramentaire, la liturgie, la morale, le droit ecclésiastique,
le mariage et la famille, la santé et la maladie, les rites d’initiation, etc.
La Conférence Épiscopale du Congo recommande aux théologiens
congolais d’avoir une connaissance approfondie de l’inculturation
parce qu’elle permet de mieux traiter les problèmes pastoraux de
l’Église congolaise. Le désir de la Conférence Épiscopale du Congo
est aussi le nôtre. Avec l’inculturation, nous voulons faire une étude
sur la forme à partir de laquelle les Congolais veulent l’évangélisation
tant des hommes que de leurs institutions sociales et religieuses.
Le mariage au Congo, qui est un fait de culture, est celui que nous
avons choisi d’étudier afin de distinguer les différences et les
similitudes avec le mariage chrétien, de telle manière qu’on arrive à
comprendre mieux notre culture. Les Congolais peuvent ainsi
apprendre à vivre la foi chrétienne dans leur propre identité, et
partager cette expérience avec d’autres peuples qui ne sont pas
obligatoirement de la même culture que la leur.


2
P. ARRUPE, «Lettera sull’inculturazione (14 maggio 1978)», dans Inculturazione.
Concetti. Problemi. Orientamenti, Centrum Ignatianum Spiritualitatis, Roma 1983,
145.
3
Cf. P. ARRUPE, «Lettera sull’inculturazione», 145.

12
Introduction
2. Problématique et bref contenu de l’ouvrage

Lors du synode des Évêques africains sur la famille chrétienne en
1980, Joseph Malula disait que si on voulait sauver le christianisme en
Afrique, il fallait qu’on pense à christianiser non seulement les
individus, mais tout d’abord toute la famille africaine. Joseph Malula
avait été influencé par l’idée de la tradition culturelle selon laquelle la
communauté, la famille, a plus d’ascendance sur l’individu. Dans le
même sens, le Concile Vatican II affirme dans Gaudium et spes, 47,
que «le bien être de la personne et de la société, soit humaine que
chrétienne, est strictement lié à la prospérité de la communauté
conjugale et familiale».
En Afrique en général, l’individu est étroitement lié à la
communauté et à la famille. Il appartient à la communauté et à la
famille de chercher le bien-être de ses membres. La communauté et la
famille sont par conséquent objets d’évangélisation. Cependant, la
famille à évangéliser ne peut vraiment exister que si au départ deux
personnes –un homme et une femme– ont pris l’initiative de la former
par le biais du mariage. Il semble plus logique que le mariage, qui est
le facteur déterminant de l’avenir de la famille, soit dans tous ses
détails le premier qui soit objet d’évangélisation.
D’aucuns ignore que sur le plan naturel, l’institution du mariage est
un sacrement naturel. Ce sacrement naturel ne doit pas s’arrêter là, il
faut qu’il aille mûrissant jusqu’à ce qu’il atteigne son statut de
plénitude. Il vaut mieux le suivre, l’accompagner pastoralement. C’est
dans ce cadre, pour être plus pratique, que nous voulons y retrouver
des éléments de valeurs tant spirituels que moraux qui favorisent la foi
en parlant du mariage naturel congolais. Ces éléments de valeurs sont
en soi des «semina Verbi» à partir desquels la foi chrétienne peut être
initiée.
Notre travail se compose de trois grands chapitres qui se
subdivisent chacun en section. Le premier chapitre décrit la situation
du mariage en République Démocratique du Congo avant et après le
dernier Concile du Vatican. En effet, avant le Concile Vatican II,
malgré l’évangélisation faite en territoire congolais, la culture

13
Introduction
traditionnelle congolaise et sa mentalité païenne n’ont pas encore
suffisamment été étouffées par le christianisme, pour quelques raisons.
Il s’agit notamment des problèmes de la non-uniformité des
coutumes dans l’ensemble des régions congolaises, de l’emprise de la
culture traditionnelle sur les individus, et de la disparité de cultes chez
les conjoints. Tout cela crée beaucoup d’irrégularités dans le
comportement des conjoints congolais. Ces problèmes semblent
remettre en cause le mariage chrétien en République Démocratique du
Congo. Les Évêques congolais ont voulu crever l’abcès par la
recherche de la connaissance approfondie de cultures respectives des
conjoints, en vue d’y pratiquer une inculturation chrétienne en
profondeur, sur tous les paliers de la vie.
Le mariage, étant une réalité sociale qui influence la vie
communautaire, est une des institutions sociales qui mérite d’être
inculturé chrétiennement. Dès lors, l’analyser et le connaître a été une
manière de donner une certaine identité au peuple congolais. Le
deuxième chapitre souligne les éléments qui déterminent et fondent le
mariage traditionnel congolais : celui-ci est avant tout une alliance
entre les conjoints ainsi qu’entre leurs familles respectives.
Ces alliances impliquent les notions de l’unité et de
l’indissolubilité. Ces éléments sont fondamentaux pour tout mariage
chrétien catholique. C’est ici qu’il revient de nous interroger sur le
sens profond de l’inculturation chrétienne et sur son applicabilité à
l’intérieur de l’Église d’Afrique, et plus particulièrement dans
l’institution du mariage, afin de créer un dialogue entre la loi naturelle
(le mariage naturel qui est un fait culturel) et la foi chrétienne.
Les Évêques congolais ont, dans leur ensemble, opté pour
l’inculturation, l’unique méthode d’évangélisation valable qui amène
la foi et les cultures à maintenir un dialogue franc. Cette méthode
d’évangélisation peut aider les chrétiens congolais à inventer une
manière adéquate de vivre chrétiennement le mariage naturel qui est
un fait culturel. Cependant, les différentes acceptions d’autres
concepts qui prétendent créer de la confusion à l’inculturation nous
permettent de fixer la portée opératoire du concept d’inculturation.
Le dernier chapitre traite des critères appropriés d’inculturation
chrétienne du mariage dans la tradition culturelle congolaise, et des

14
Introduction
perspectives réalisées, présentes et futures. Il s’agira, en effet, d’une
formulation de principes comme normes morales. Les «normes»
morales ne sont autre chose que des critères conformes à ce qui doit
être fait ou banni ; des critères qui se réfèrent à la réalisation d’actions
humaines. Or lorsqu’on parle d’actions humaines, on ne peut faire fi
du fait que l’être humain agit d’après des perspectives.
Le message évangélique et tout le contenu du Concile Vatican II
sont pour ces valeurs humaines et morales une illumination. Ils
servent à orienter les Congolais de bonne foi à communier avec les
autres chrétiens dans ce qu’ils ont en commun. L’Évangile apporte
ainsi à toutes les cultures la vérité immuable de Dieu afin qu’elles
croissent et s’alimentent des valeurs nouvelles qu’elle leur apporte.

3. Méthode et critère bibliographique

Notre méthode sera analytique-descriptive : notre démarche
consiste à faire une analyse approfondie et une description minutieuse
de quelques éléments relatifs au mariage dans la culture congolaise. Il
s’agira non seulement de voir en quoi ces éléments analysés et décrits
sont compatibles avec la foi chrétienne, mais aussi de chercher à
souligner lesquels sont parmi ces éléments matrimoniaux de la culture
congolaise sont réellement des semina verbi.
C’est pour cela que nous irons directement consulter les sources
écrites sur le mariage, sources produites par des Évêques, par des
auteurs congolais et par des écrivains étrangers. Une place importante
sera aussi réservée aux sources ci-après : les Saintes Écritures,
quelques documents conciliaires de Vatican II, le Catéchisme de
l’Église catholique, le code de droit canonique et le code du droit civil
du Congo-Zaïre, les encycliques, exhortations et lettres apostoliques,
des discours papaux, des documents officiels du Saint Siège, quelques
Congrès internationaux, ouvrages et articles appropriés, quelques
dictionnaires et revues. Contribution et finalité
Lorsqu’il est question d’inculturation chrétienne du mariage en
République Démocratique du Congo, notre contribution et notre
finalité sont celles de découvrir, à partir du Concile Vatican II, quelles
ont été jusque-là les possibilités d’ouverture de la tradition culturelle

15
Introduction
congolaise –spécialement la tradition culturelle bantu– à l’Évangile et
au contenu de ce Concile en ce qui concerne l’institution du mariage.
Il est possible que, de ce dialogue entre la tradition culturelle
congolaise et l’Évangile, on puisse davantage découvrir le bien que
peut faire l’Évangile à la culture congolaise dans son avenir.
Et comme il y a du semina Verbi dans toute culture, cela revient à
dire qu’avant d’imprégner la culture traditionnelle congolaise, avant
d’en intégrer toute nouveauté, les Congolais devront d’abord assumer
et sauvegarder véritablement les valeurs qu’il y a déjà dans leur propre
culture.

16

CHAPITRE I
E LE MARIAGE CONGOLAIS AU XX SIÈCLE
Introduction
Dans ce chapitre, nous voulons porter notre réflexion sur le
mariage au Congo. Nous voyons d’abord la manière dont il est conçu
au Congo avant le Concile Vatican II. Ensuite, nous verrons les
différents changements qui y sont intervenus après le Concile Vatican
II. Le mariage est une valeur positive et profonde. Cependant, dans
toute culture, la pratique de tout ce qui est moralement connu, de tout
ce que l’on considère comme valeur, est difficile à vivre.
Dans la culture congolaise, le mariage, est non seulement un fait
social, mais aussi une réalité naturelle profondément reliée à la
morale. Il s’agit spécialement ici de la morale conjugale et familiale. Il
y a, en ce domaine, la difficulté pour tout Congolais chrétien de mettre
en accord sa conduite avec la croyance chrétienne, surtout que la
tradition coutumière pèse encore de tout son poids sur les Congolais.
Cette situation est aggravée par la nouvelle législation civile du
colonisateur.
Cependant, tout n’est pas négatif dans la tradition coutumière
congolaise. Il y a sans doute des valeurs compatibles avec l’éthique
chrétienne, à côté des antivaleurs qui ne cadrent pas avec le
christianisme et sont donc passibles de purification. C’est le cas de la
polygamie, de l’infériorisation de la femme, des abus de la dot du
mariage etc. Au fil des temps, on a pu observer que la législation
civile seule ne pouvait suffire pour améliorer l’institution du mariage
coutumier congolais.
Celle-ci est solidement enracinée dans une tradition ancestrale bien
établie. Il a fallu, en plus de cela, l’apport de la législation
ecclésiastique. Cette dernière allait servir d’ingrédient propice pour
une bonne morale dans l’institution du mariage coutumier congolais.
Si le mariage traditionnel congolais (mariage naturel) est ouvert à la
foi chrétienne, il doit alors faire l’objet d’une inculturation chrétienne,

17
eLe mariage congolais au XX siècle
car il est une réalité sociale qui crée les familles et par conséquent la
société.
Cependant, le mariage naturel est l’œuvre du Créateur avant de
devenir un fait de culture. Dès lors, l’action de l’Esprit Saint y est
nécessaire. Avec l’aide de l’Esprit Saint, des hommes et des femmes
de la foi chrétienne ont besoin de vivre la réalité matrimoniale comme
de vrais chrétiens, c’est-à-dire, de la manière dont Dieu veut que le
mariage soit assumé par ceux qui le réalisent pour leur sanctification.
Dieu sanctifie le mariage parce qu’il l’approuve et le soutient. Il en est
le fondateur et c’est lui qui bénit les époux.
Au total, pour mieux comprendre la conception du mariage
traditionnel en territoire congolais, il faut le situer à deux niveaux, à
savoir : l’identité du mariage avant, puis après le Concile Vatican II.
Dès lors, notre objectif sera d’abord de montrer comment se présente
son évolution en ces périodes. Ensuite, nous essayerons de dégager les
différents problèmes qui l’accompagnent dans son évolution. Pour
terminer, nous donnerons une conclusion synthétique où nous
soulignerons les directives pastorales de la Conférence Épiscopale
Congolaise en cette matière.
















18
eLe mariage congolais au XX siècle
1.1. Le mariage congolais avant Vatican II
Dans sa conception séculière ou profane, le mariage est un pacte
fait par deux partenaires qui décident de vivre une union permanente,
juridique et morale. Pour les chrétiens, le mariage est avant tout une
communauté d’amour et de vie ; et Jésus a reconnu la dignité
sacramentelle de cette réalité qu’est le mariage. La société africaine a,
pour le mariage, des conceptions bien différentes de celles de sociétés
occidentales.
Toutefois, qu’il s’agisse de la société africaine, occidentale,
américaine et asiatique, tous les groupes humains sociaux du monde
considèrent le mariage comme la cellule de base de la société
humaine. Le Congo, situé au cœur de l’Afrique, avec une superficie de
22.345.000 km , est fait de contrastes géologiques, climatiques et
culturels. On note, par exemple, une légère distinction culturelle et
climatique entre le Congo de l’est et celui de l’ouest ; entre le Congo
du nord et celui du sud.
Cependant, malgré ces contrastes, on ne pourrait nier l’existence,
dans la culture congolaise, de facteurs communs qui favorisent l’unité
nationale et la convivialité entre les différents groupes ethniques
congolais du nord au sud, de l’est à l’ouest. Parmi ces facteurs, nous
avons l’attachement et le respect pour la vie, la solidarité, le dialogue,
et le fait social que sont les alliances à partir desquelles se forment des
unions conjugales, lesquelles alliances ont été un facteur très
important pour la garantie de la paix sociale.
Le peuple congolais fut, à l’heure de la colonisation, considéré
comme un peuple sans civilisation, sans religion et sans culture ; parce
que sa tradition ancestrale est totalement différente de la culture du
colonisateur. De fait, la tradition ancestrale congolaise, avec ses
coutumes et sa structure sociopolitique, fut l’objet d’une persécution
ouverte parce qu’elles n’étaient pas conformes aux normes de
l’Occident. Parmi ses coutumes, la polygamie a été une des plus
visées. Afin de soustraire les adeptes à la polygamie, les missionnaires
coloniaux se sont permis de former des familles et associations
chrétiennes séparées des païens.

19
eLe mariage congolais au XX siècle
Toutefois, une des caractéristiques ayant marqué la tradition
coutumière congolaise est le mariage. La tradition congolaise accorde
beaucoup d’importance au mariage. Mais quelle est la logique de cette
tradition coutumière congolaise avant le Concile Vatican II en ce qui
concerne le mariage ?
1.1.1. Le mariage congolais dans la logique de la tradition
coutumière bantu
4Dans toute l’Afrique noire, particulièrement chez les Bantus , le
mariage a toujours été considéré comme un fait social et une alliance
entre deux groupes parentaux. Comme fait social, il est régi par un
certain nombre de normes sociales coutumières. Le consentement
matrimonial et le versement de la dot sont tenus comme un passage
obligé pour sa réalisation. La communauté se charge des tractations et
des cérémonies de ce passage. Le mariage coutumier est une occasion

4
Le groupe bantu est cette grande famille de peuple noir du sud saharien qui occupe
la partie occidentale de l’Afrique. De cette grande famille, nous avons choisi cinq
échantillons, notamment les Bakongo (R.D.C, Congo Brazzaville et Angola), les
Bashi (R.D.C), les Banyarwanda (Rwanda et R.D.C), les Baluba du Kasaï et les
Mongo (R.D.C). Nous nous référerons à la conclusion qui se dégage des études
monographiques déjà faites au Congo –notamment sur les Bakongo, les Mongo, les
Baluba, les Bashi, les Banyarwanda et les Barundi– en ce qui concerne la distinction
à faire entre le mariage coutumier le mariage civil et le mariage religieux. Le
gouvernement congolais reconnaît le mariage coutumier qui reste protégé par la
coutume et les tribunaux indigènes tandis que le mariage civil est celui qui met les
contractants sous la protection de la loi de l’Etat congolais. Le mariage religieux par
contre n’est protégé que dans la mesure où il entre, soit dans le groupement des
mariages coutumiers, soit dans celui des mariages civils. Cf. Actes de la Première
Conférence Plénière des Ordinaires du Congo Belge et du Ruanda-Urundi
(O.C.B.R.U), Léopoldville 1932, 171. Toutefois, pour ne pas éparpiller nos efforts
dans nos recherches, nous allons nous limiter au peuple Kongo chez qui nous
retrouvons encore quelques survivances de culture du royaume Kongo. Par ailleurs,
nous estimons que les études qui avaient déjà été faites sur le peuple kongo par J.
van Wing, continuent de garder leur actualité, spécialement en ce qui concerne le
mariage coutumier et le sens que ces études rappellent au lecteur mukongo. Cf.
eL’évangélisation dans l’Afrique d’aujourd’hui. Actes de la X Semaine Théologique
de Kinshasa, Faculté de Théologie Catholique, Kinshasa 1980, 15-211.

20
eLe mariage congolais au XX siècle
qui favorise la connaissance réciproque entre les membres de la
5communauté sociale .
Le mariage est un fait social. Au Congo, il est vécu historiquement
dans la tradition et dans la modernité comme dans deux cadres de vie
en relation de conflit. La tradition est perçue comme un profil à rejeter
ou à corriger : la modernité accuse la tradition d’être dépourvue des
idées d’émancipation, de promotion, de lutte et de libération de la
6femme ; Cependant, la modernité n’existe pas sans la tradition, car
cette dernière est la promotrice de celle-là. Par ailleurs, tout en étant
un fait social, et inévitablement religieux dans la mesure où la religion
traditionnelle africaine subsiste encore entièrement de manière latente
7et patiente , le mariage est régi par des lois.
Lorsqu’on fait allusion aux époux, le terme matrimonium désigne
8le mariage comme acte juridique . Pour cette raison il revêt le sens de
contrat. Le caractère contractuel est sans doute la raison pour laquelle
le mariage est, entre les conjoints, un pacte ou une alliance que Dieu
confirme par sa bénédiction. Chaque société humaine, si primitive
soit-elle, a ses lois qui réglementent les coutumes et le comportement
de ses membres. Et comme la réalité du mariage se trouve intégrée
dans les us et coutumes de chaque peuple, il est juste de penser que
cette notion est présente dans la tradition coutumière congolaise.
Elle y est présente, mais avec cette caractéristique propre que tout
mariage congolais implique et l’individu et la société. En quoi
consiste la logique du droit coutumier congolais à propos du mariage?
Elle consiste en ce que la fille soit mariée à un homme et à un lignage
agréés par son père, car juridiquement le père est le seul représentant
des ancêtres. C’est à lui seul que revenait le pouvoir d’autoriser que sa
fille sorte de la lignée dont il était le premier responsable, pour être

5 Cf. Nazaire BITOTO ABENG, «Fallimento degli sforzi di inculturazione del
cristianesimo in Africa? », dans Concilium 26/5 (1990) 129.
6
Cf. Gérard BUAKASA, Réinventer l’Afrique. De la modernité à la modernité au
Congo Zaïre, L’Harmattan, Paris 1996, 89.
7
Cf. Gérard BUAKASA, «L'impact de la religion africaine sur l'Afrique d'aujourd'hui.
Latence et patience », dans Bulletin Pro Dialogo 38 (1978) 114-123.
8 Cf. Pietro DACQUINO, Storia del matrimonio cristiano alla luce della Bibbia. La
celebrazione del matrimonio. Vol. 38, Ed. Elle di Ci, Torino 1989, 393.

21
eLe mariage congolais au XX siècle
introduite dans une lignée alliée autre, en vue de la continuité de la
descendance.
C’est parce que ce mariage est une action sociale et publique que
les Congolais croient trouver en lui un moyen de continuer la lignée
9de l’ancêtre fondateur duquel ils tirent leur origine et protection. Dès
lors, au Congo, l’institution matrimoniale ne peut être altérée,
manipulée, galvaudée, ni modifiée à la légère. Elle est le fruit d’une
10réflexion et de la sagesse de toute la société congolaise . D’ailleurs,
la pensée du mariage est visiblement présente dans l’esprit des
citoyens congolais depuis leur bas âge.
En effet, les 8/10 des conversations et des quolibets qui se
verbalisent dans les rues font allusion à la femme, à la différence
11sexuelle parmi les humains, au mariage et aux animaux . Il n’est donc
pas étrange que les parents parlant à leurs fils ou à leurs filles
indiquent au garçon celle qui deviendra un jour son épouse et à la fille,
celui qui deviendra un jour son mari. Les expressions comme celles-ci
sont parlantes : Lowi, tala mwasi wa yo (Louis, voici ta femme) ou
bien : Marya, tala mobali wa yo (Marie, voici ton mari).
Elles définissent parfaitement l’initiation au projet du mariage et le
12commencement d’une relation entre deux familles . Ces expressions
démontrent également que les parents exprimaient pour leurs enfants
ce sentiment proprement humain qui veut que l’homme et la femme
aspirent vivre heureux l’un pour l’autre comme deux compagnons
ayant décidé de mettre en commun leur destin, s’engagent à se
partager joies et peines. C’est dans ce sens que la femme est

9 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien. Paul Afrique, Kinshasa 1991, 13.
10
Michel LEGRAIN, Questions autour du mariage. Permanences et mutations,
Salvator, Strasbourg 1983, 117
11
Cf. Joseph MALULA, «Foyer heureux», dans The African Enchiridion. Documents
and texts of the Catholic Church in the African World (1905-1977), Ogunu Oseni
(Ed.), vol. 1, Missionaria italiana, Bologna 2005, 41.
12
Cf. Joseph MALULA, «Foyer heureux», dans The African Enchiridion. Documents
and texts of the Catholic Church in the African World (1905-1977), Ogunu Oseni
(Ed.), vol. 1, 41.

22
eLe mariage congolais au XX siècle
compagne de vie de l’homme et celui-ci compagnon de vie de la
13femme ; ainsi tous deux peuvent dominer leurs préoccupations .
Cependant, même si la notion du mariage est présente dans la
culture congolaise, nous soulignons que les us et coutumes de la
plupart des tribus congolaises, à l’exception de quelques-unes,
prohibent tout mariage d’un homme et d’une femme de la même
famille. Lorsque la femme à épouser doit venir d’un autre clan que
celui du mari pour éviter l’inceste, cela s’appelle l’exogamie.
L’exogamie, en effet, interdit le mariage entre les membres d’un
même lignage ou d’une même famille.
Elle «interdit le mariage avec n’importe quelle personne
14apparentée» . Elle est la pratique la plus fréquente au Congo. La loi
coutumière le veut ainsi pour éviter toutes les conséquences de la
consanguinité dont la mortalité infantile. Les ethnies Mongo, Baluba,
Bashi, Kongo ont conservé cette pratique. La loi de l’exogamie régit le
mariage kongo. Dans celui-ci, il est stipulé que les gens du même
luvila (lignage) ne peuvent pas se marier, excepté dans certaines
circonstances.
En vertu de cette loi de l’exogamie, les jeunes congolais issus d’un
même lignage ne prennent pas femme dans leurs propres clans.
D’ailleurs, il était convenu que soient connues au préalable les
origines des aspirants avant toute officialisation des fiançailles. De
fait, les fiançailles congolaises pouvaient avoir lieu seulement après
vérification de certaines conditions comme l’âge, le lien sanguin et le
rapport entre familles. Si de ces vérifications il ne se révèle aucun
empêchement, les géniteurs du jeune homme se décidaient
d’entreprendre les démarches pour demander la main de la fille auprès
de ses tuteurs.
En outre, conduire ces démarches à bonne fin était non seulement
le devoir, mais aussi l’orgueil d’un bon chef de famille ou d’un bon
tuteur. Quand nous parlons de la famille, nous pensons plus

13
Cf. Carlo Gustavo JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Gallimard,
Zurich 1964, 145.
14 Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 26.

23
eLe mariage congolais au XX siècle
particulièrement au père de la jeune fille, à sa mère et à ses oncles
maternels lorsqu’elle est issue d’une famille à régime matriarcal. Au
Congo règnent deux régimes familiaux : le matriarcat et le patriarcat.
C’est dans ces deux régimes familiaux que se canalisent toutes les
démarches propres au mariage.
Et dans toutes ces démarches, c’est la famille du jeune homme qui
traite avec celle de la jeune fille. D’ailleurs, ce sont les deux familles
qui considèrent le mariage de leurs enfants comme un enrichissement
mutuel non seulement des jeunes gens à marier, mais aussi de leurs
familles respectives. Ces démarches peuvent être internes sinon
externes au clan. Lorsque la future épouse vient du même clan que
celui du futur mari, on parle de l’endogamie. Nous rencontrons
celleci dans la tribu congolaise de Banyarwanda dans laquelle le mariage
15entre consanguins est permis .
Il y a donc une différence caractérisée entre les tribus congolaises
surtout en ce qui concerne le mariage, car dans « une région immense
16comme le Congo belge, les coutumes ne peuvent être uniformes » .
Cependant, on ne doit pas oublier qu’en général, toutes ces ethnies et
tribus ont quelques caractéristiques communes. Parmi ces dernières,
nous avons:



1) L’institutionnalisation sociale et communautaire des alliances
entre les familles.
De fait, dans toute l’étendue du territoire congolais, le mariage n’est
pas une convention entre deux personnes seulement, mais bien plus

15 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, Saint Paul Afrique, Kinshasa 1991, 54.
16 e III CONFERENCE PLENIERE DES ORDINAIRES DES MISSIONS DU CONGO BELGE ET
DU RUANDA-URUNDI, «Le mariage et la famille chrétienne», dans The African
Enchiridion. Documents and texts of the Catholic Church in the African World
(1905-1977), Ogunu Oseni (Ed.), vol.1, 25. En effet, la superficie de la République
2 Démocratique du Congo est de 2.267.050 km selon les données récentes. Et dans ce
pays vivent plusieurs ethnies. (Cf. Guida del Mondo. Il mondo visto dal sud,
Missionaria Italiana, Bologna 2003/2004, 205-207).

24
eLe mariage congolais au XX siècle
17une alliance entre deux familles . En effet, «l’alliance des époux est
18d’abord symbole et instrument de l’alliance des familles» .

2) L’échelonnement du mariage traditionnel congolais d’après un
processus à la fois dynamique et progressif.
Cet échelonnement va de la première étape constituée par les
19fiançailles jusqu’à la dernière, celle de la célébration du mariage .
Les fiançailles, d’abord, sont un moment réservé aux pourparlers et
tractations. Enfin, quand tous les pourparlers et les tractations sont
épuisés, vient la célébration du mariage selon les dispositions
coutumières.

3) Le pouvoir de décision des parents ou des tuteurs.
Dans le mariage traditionnel congolais, les géniteurs sont considérés
comme ceux qui prolongent et perpétuent la vie dans leurs
20descendants , cette vie même qui vient de Dieu. Ce sont eux qui ont
le pouvoir de décision sur leurs enfants, surtout sur leurs filles,
puisque c’est de ses géniteurs que la vie à transmettre passe aux
générations futures. C’est aux parents ou tuteurs qu’il revient de
rencontrer la famille alliée pour dialoguer, évaluer et décider si, oui ou
non, les deux enfants ainsi que leurs familles respectives peuvent
s’unir.
4) La sacralisation du mariage.
En Afrique, le mariage traditionnel est une institution sacrée. Bien
qu’acte de droit et de société, ce mariage est non seulement soumis à
certaines formes rituelles de la tradition, mais aussi inséré dans le

17 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 57-58.
18
Michel ISTAS, «La première caractéristique du mariage traditionnel», dans Revue
Africaine de Théologie, 14/27-28 (1990) 128.
19
Cf. Joseph MALULA, «Matrimonio e famiglia in Africa», dans Il Regno
Documenti, 21 (1984) 689.
20 Cf. Vincent MULAO GWA CIKALA, «Solidarité africaine et coresponsabilité
chrétienne à la lumière de Vatican II », dans Foi chrétienne et langage humain.
Actes de la Septième Semaine Théologique de Kinshasa, Facultés de Théologie
Catholique, Kinshasa 1978, 88.

25
eLe mariage congolais au XX siècle
cadre du culte des ancêtres. Celui-ci joue un rôle important dans une
éducation morale basée sur les us, coutumes et sagesse des anciens.
21Les Bantu vivent en union avec le monde visible et invisible . Ainsi
pendant la période de fiançailles, dans certaines tribus de l’Afrique
Centrale comme les Luba ou les Bakongo, les rapports sexuels sont
prohibés pendant les fiançailles. D’ailleurs, toute mère d’une fille qui
se marie vierge reçoit une chèvre comme prime pour la bonne
22éducation assurée à sa fille .

5) L’indissolubilité du mariage.
Le mariage traditionnel congolais est en principe indélébile. Tous les
ethnologues qui ont étudié l’Afrique attestent qu’en Afrique, le
23mariage «est un nœud qu’on ne peut pas dénouer» . Par conséquent,
il est indissoluble. Le mariage traditionnel accepte la séparation des
corps, mais n’admet pas le divorce. Celui-ci n’intervient que lorsque
toutes les possibilités de réconciliation entre les conjoints sont
épuisées.
En fait, une grande partie de groupes sociaux en Afrique refuse le
divorce à cause de l’importance des relations nouées entre les familles
–voire entre ethnies– des conjoints. Une alliance matrimoniale
implique non seulement les vivants, mais aussi les ancêtres, car la «vie
est communion avec Dieu (…), avec les autres hommes (…), et avec
24les êtres célestes (…) et avec le cosmos (…) » . Avant l’arrivée des
e 25colonisateurs au Congo, au XIX siècle , il n’y avait pas –ou pour

21 Cf. PAUL VI, Africae terrarum (29 Oct. 1967), dans La Documentation
Catholique, 1505 (1967) 1940-1943.
22 Cf. Frédéric ETSOU-NZABI BAMUNGWABI, «Du mariage coutumier au mariage
chrétien», 113.
23
Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 67.
24
Mugarukira MUGARUKA, «Y a-t-il une approche négro-africaine de la Bible ?»,
dans Revue Africaine de Théologie, 27/28 (1990) 27.
25 En effet, c’est en 1885, avec la Conférence de Berlin, que le Congo devint
officiellement une colonie belge.

26
eLe mariage congolais au XX siècle
mieux dire, on ne parlait jamais– de divorce, parce que celui-ci n’était
26pas accepté et permis dans la tradition culturelle congolaise .
C’est lors de l’élaboration du droit civil congolais par les
colonisateurs que la loi du divorce est introduite. Cependant, jusqu’à
nos jours, le droit civil n’intègre pas encore totalement les habitudes et
coutumes de la tradition congolaise. Celle-ci préfère la séparation des
corps plutôt que le divorce entre les époux. C’est sur ce point que la
tradition congolaise rejoint le droit canonique catholique qui n’accepte
pas le divorce.
La doctrine chrétienne catholique et la tradition coutumière
congolaise n’approuvent pas le divorce parce que, en réalité, le
divorce porte préjudice non seulement aux conjoints, mais aussi à
leurs familles, leurs clans, voire leurs ethnies. Par ailleurs, les
conséquences provoquées par le divorce peuvent être tellement graves
qu’elles déséquilibrent psychologiquement aussi bien les enfants,
fruits de l’union des conjoints, que les conjoints eux-mêmes.
De manière générale, dans la culture congolaise, une femme
répudiée par son mari ressemble à une personne ayant perdu jusqu’à
sa valeur humaine et spirituelle. De fait, elle perd sa considération
sociale et son orgueil d’autrefois comme épouse et mère : un statut
dont toute fille congolaise rêve un jour ou l’autre.
Sur le plan spirituel, l’homme et la femme sont créés pour jouir de
la béatitude éternelle au ciel s’ils vivent en respectant les lois des
ancêtres car ces derniers sont considérés dans la tradition coutumière
congolaise comme les seuls représentants valables de Nzambi, le Dieu
Créateur. Le pouvoir des ancêtres est conféré aux anciens de la
tradition qui ont établi dans leurs schémas sur le mariage coutumier
que tout mariage coutumier réalisé en bonne et due forme est valable
et indénouable.
D’ailleurs, dans le cas présent de cette tradition, une femme
expulsée par son mari, même si elle se remarie avec un autre homme,
sa famille n’aura plus à bénéficier de mêmes privilèges qu’elle avait

26 Cf. Joseph MALULA, «Matrimonio e famiglia in Africa», in Il Regno-Documenti,
21 (1984) 690.

27
eLe mariage congolais au XX siècle
27avant le premier mariage parce que le coût de la dot sera moindre .
D’ailleurs, l’expérience démontre que dans le mariage civil congolais,
la femme divorcée remariée court le risque d’occuper le second plan
dans la hiérarchie des femmes mariées.
Une des caractéristiques du mariage en Afrique est qu’il noue ou
resserre des liens entre deux familles. A cet égard, la femme est
particulièrement importante. En effet, la tradition africaine enseigne
que « la jeune fille est celle qui fonde la communication entre les
groupes ; elle qui, dans le discours de l’alliance, est l’élément premier
28du message » . Elle porte pour cela une grande responsabilité dans la
survivance de la communauté sociale.
En cas de divorce, elle devra tirer les conséquences de s’être
convertie en agent de désunion. Dès lors, la crainte du divorce et ses
conséquences conduisent les femmes à contrôler et à soigner leurs
rapports non seulement avec les membres de leur famille et de leur
29belle-famille , mais aussi avec leurs maris et les membres de tout le
groupe social. Quant à l’homme marié coupable de divorce, il
n’échappera pas aux menaces qui peuvent être verbales ou physiques
de la part de la famille de son ex épouse.
Vis-à-vis de la société, il portera dorénavant l’étiquette d’homme
méchant. S’il doit se remarier, il se contentera souvent d’épouser la
femme d’un second mariage. Il y a donc, comme on peut le
remarquer, une méconnaissance ou un refus social du divorce.
Toutefois, il faut dire que des changements sont intervenus dans le
comportement et les habitudes des Congolais depuis l’imposition du
code de droit civil qui aujourd’hui protège, par des lois l’état civil,

27 Cf. Jacques BINET, Le mariage en Afrique noire, Éditions du Cerf, Paris 1959,
130.
28
R. BASTIDE, «La sexualité chez les primitifs», dans Sexualité humaine, Aubier
Montaigne, Paris 1970, 50.
29
Cf. Bruno DOTI SANOU, L’émancipation des femmes madar ε. L’impact du projet
administratif et missionnaire sur une société africaine (1900-1960), E. J. BRILL,
New York 1994, 44.

28
eLe mariage congolais au XX siècle
toutes les formes de mariages présents au Congo et que nous avons
30dénombrés auparavant .
Ceci dit, le divorce décidé finalement avec l’intervention des
autorités compétentes, n’était qu’une question de principe statuant sur
31une situation de fait qui rendait impossible de continuer le mariage .
D’ailleurs, nous n’allons pas nier que c’est avec l’apparition du droit
civil dans la culture congolaise qu’on va noter l’altération de la
tradition congolaise à propos du mariage. Toutefois, à l’exception de
certaines valeurs comme celles évoquées ci-haut, toute porte à croire
que dans la conception du mariage selon la tradition congolaise, la
mentalité traditionnelle est encore très forte avant le Concile Vatican
II.
En effet, avant le Concile Vatican II, le mariage traditionnel
congolais est encore comme une convention non seulement entre deux
personnes réellement contractantes, mais aussi comme une alliance
entre deux familles. Par conséquent, au-delà de la volonté
individuelle, la volonté sociale est très importante. D’ailleurs, « ce
n’est pas (le couple) qui dit qu’il est marié et quand il est marié, ce
32sont les autres ; c’est la société » , car le mariage en Afrique
appartient à la communauté.
Les Africains qui se sentent encore intégrés dans cette tradition
ancestrale veulent que l’entrée en mariage ne soit pas la préoccupation
des fiancés seuls, mais qu’elle soit une opération qui exige la
collaboration des membres de leurs familles. De plus, on veut que
cette entrée se fasse au rythme des tractations familiales, avec
évidemment la remise des différents cadeaux prévus de la part des
deux familles et des amis. C’est une manière de vivre propre aux
Africains de la région occidentale.
Nous soulignons que ce sont des peuples qui font eux-mêmes leurs
propres cultures et c’est au peuple congolais de faire la sienne, car la

30 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 67.
31 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 36-37.
32
Paul RICŒUR, «Pour une étude de la sexualité», dans Esprit 28 (1960) 18.

29
eLe mariage congolais au XX siècle
« culture de chaque société est unique, elle comprend des
combinaisons de normes et valeurs qu’on ne trouve pas dans un autre
33lieu » . Toutes ces caractéristiques matrimoniales traditionnelles
congolaises montrent combien est présent, dans les ethnies
congolaises, le sens d’une institution matrimoniale structurée et
organisée, dans la mesure où celle-ci est faite des règles coutumières
pour sa réalisation.
Toute société humaine a ses normes qui régissent tout l’ensemble
de ses structures. En effet, «chaque société a ses empêchements, ses
34passages obligés, ses rites sociaux» . Or voici que la législation
coutumière des peuples africains était généralement ignorée de
manière expresse par les colonisateurs en faveur de celle occidentale.
La vérité est que le colonisateur a imposé sa culture, la faisant passer
pour la seule valable et donc la meilleure de toutes.
Toutefois, notre étude ici consiste à savoir le chemin parcouru par
le mariage dans la société traditionnelle congolaise avant comme
après le Concile Vatican II. C’est alors seulement que nous pourrons
mesurer l’ampleur et la quintessence des transformations apportées
par l’Évangile et par les sociétés industrielles aux formes
traditionnelles du mariage. En effet, la logique du droit coutumier
congolais, à propos du mariage, est que le père donne sa fille en
35mariage à un mari et à un lignage qu’il agrée évidemment en tenant
compte de l’accord de sa fille.
Ce qui veut dire qu’à la volonté de cette dernière se joint celle des
parents selon que la fille appartient à la lignée patriarcale ou
matriarcale. C’est donc les parents qui consentent au mariage de leurs
enfants. Quand ce consentement fait défaut, le mariage, même conclu,
n’a pas atteint réellement son but. De fait, dans la majorité des tribus
congolaises, c’est le père qui est juridiquement le représentant des

33
Ian ROBERTSON, Sociologia, Ed. italiana au soin de Marcello Dei, Zanichelli,
Bologna 1993, 65. (Traduit de l’italien par nous).
34
Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 64.
35 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 14.

30
eLe mariage congolais au XX siècle
ancêtres, surtout dans une affaire aussi vitale que le contrat
matrimonial.
Dans la tradition, il revenait au père d’autoriser ou de refuser que la
sa fille sorte de la lignée dont il était le premier responsable, et qu’elle
entre dans une lignée amie dans laquelle la fille est appelée à prendre
36à son tour le rôle d’ancêtre . Ceci dit, on peut comprendre combien
les lois et coutumes indigènes congolaises avaient, dans le passé, une
influence très grande même dans les familles qui se sont converties au
christianisme; car – il faut le dire – le Congo n’avait pas encore une
très longue tradition chrétienne.
Ainsi l’institution du mariage au Congo était-elle très soumise au
droit coutumier. Par ailleurs, malgré la diversité des formes de
mariage qu’on rencontre en Afrique, et en particulier au Congo, l’acte
juridique du contrat matrimonial est, dans sa forme, exclusivement
coutumier; c’est-à-dire, le droit coutumier congolais ne reconnaît
qu’un seul type de mariage, celui qui répond aux critères établis par
les lois coutumières congolaises : le mariage coutumier.
D’habitude, le débat savant sur le mariage traditionnel africain et
chrétien se réfère à la monogamie et à la polygamie. Pourtant, il y a
bien plus d’une forme de mariage présente dans le territoire congolais.
Nous en donnons les plus connues dans les sous-points suivants.
1.1.1.1. Le mariage impubère
Parmi les diverses formes de mariage au Congo, nous citons
d’abord le mariage impubère. Celui-ci est une sorte de mariage
d’honneur qui existait particulièrement chez les Mongo de la province
de l’Equateur dans le nord-ouest de la République Démocratique du
Congo. Ce mariage est appelé impubère parce qu’il est question de
marier son enfant pendant que celui-ci ou celle-ci n’a pas encore

36 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 14.

31
eLe mariage congolais au XX siècle
atteint l’âge de la majorité. La coutume mongo, par exemple,
37admettait le mariage d’une enfant attendue ou encore en très bas âge .
Dans la plupart des cas, dans ce type de mariage, la précocité de
l’union crée une relation d’appartenance assez profonde où la mort
reste le seul motif envisageable de séparation. De manière concrète,
les parents de la fillette confiaient celle-ci à la belle-tante qui prenait
la responsabilité de l’élever sous le même toit que celui qui allait
devenir légitimement l’époux de la fillette ; le but étant de donner à
38l’une et à l’autre le même enseignement et les mêmes goûts . Ayant
grandi ensemble et ayant vécu comme frère et sœur, la jeune fille et le
jeune homme étaient préparés pour assumer ensemble leur destin
commun.
Le problème éthique avec ce type de mariage est que les deux
protagonistes couraient le risque de passer toute leur vie matrimoniale
vivant une relation fraternelle sans aucune attraction physique
mutuelle; ce qui, sur le plan psychique, peut devenir un drame pour le
couple.
A part le mariage impubère, il y a aussi –dans la même tradition
congolaise– le mariage coutumier, le mariage d’inclination, les
mariages polygamique et monogamique.
1.1.1.2. Le mariage coutumier
C’est un type de mariage qui se fait par étapes allant de la période
des fiançailles jusqu’à la célébration du mariage devant les institutions
juridiques coutumières. Il est reconnu et accepté non seulement par le
droit coutumier, mais aussi par le droit civil congolais; dans ce sens, il
respecte les normes de ces deux juridictions. En fait, les non-avertis
risquent de croire que les Congolais se marient trois fois. Il n’en est
pas ainsi.

37
Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 70.
38 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 70.

32
eLe mariage congolais au XX siècle
Il ne s’agit là que d’une même alliance matrimoniale célébrée en
trois étapes jusqu’à sa maturité assumant par conséquent une
signification plus complète. La première étape est faite des pourparlers
entre les familles des deux promis. Cette phase appelée pré dot, est
celle de la présentation officielle des fiancés. La phase suivante est
celle de la remise de la dot proprement dite à la famille de la fiancée.
Pré dot et dot font le mariage coutumier.
Ce dernier est certifié par la loi civile et la loi religieuse. Malgré la
différence de leurs procédures dans la législation matrimoniale
congolaise, le mariage coutumier se confond souvent au mariage civil.
Ce dernier n’est que formel. Il ne se justifie que par la nécessité
juridique de faire reconnaître l’époux et l’épouse par l’autorité civile.
Il se réduit essentiellement à l’enregistrement du couple dans le
registre civil matrimonial.
Certaines tribus congolaises considèrent le temps des fiançailles
comme une période d’épreuve et de connaissance mutuelle, tandis que
les premières années du mariage seraient celles d’apprentissage. Par
contre, n’observant aucune transition, d’autres tribus passent
directement au mariage proprement dit. Le jour de la célébration du
mariage coutumier, la fiancée cesse d’être considérée comme une
étrangère dans la famille de son mari. Elle s’y intègre petit à petit.
Quittant sa propre famille, la jeune femme s’incorpore
définitivement dans la famille de son mari, dans laquelle elle acquiert
les mêmes droits et jouit des mêmes prérogatives que les épouses des
frères de son mari. Par conséquent, dans le clan de son mari, la jeune
mariée prend place dans la hiérarchie des épouses. Malgré cela, étant
encore sans expérience, elle doit s’affirmer comme alliée en
s’intégrant progressivement dans la famille de son mari.
Cette intégration sera complète seulement lorsqu’elle aura
perfectionné les qualités d’épouse et de mère. Le mariage au Congo
est, par conséquent, un processus dynamique dans lequel les conjoints
doivent croître en perfection. C’est aussi la vision et le souhait de
39l’Église que les conjoints arrivent à la perfection . Si selon la doctrine

39 Cf. CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, dans Acta
Apostolicae Sedis 58 (1966) 46-47.

33
eLe mariage congolais au XX siècle
catholique, le mariage est consommé par l’union charnelle conjugale
de laquelle il accède au niveau sacramental, on peut dire que cela n’est
pas la même chose avec le mariage coutumier congolais.
Le mariage coutumier congolais est sans doute consommé par la
totale intégration et l’harmonie des conjoints. La tradition congolaise
exige deux conditions pour la stabilité du mariage et son
indissolubilité : le versement de la dot et la naissance des enfants (la
progéniture). La dot a une signification particulière dans toute
l’Afrique Centrale : elle est non seulement une garantie pour la
stabilité et l’indissolubilité du mariage, mais elle en constitue aussi la
40preuve juridique .
La dot est, par conséquent, la condition sine qua non de la validité
du mariage traditionnel. Elle était à l’origine à la fois un symbole
d’amour du fiancé à l’égard de sa future épouse et un symbole de d’amour symbole de
l’amitié qui s’étabé lissait entre leurs deux familles. Ici apparaît le
41caractère du mariage comme alliance entre les familles . D’ailleurs,
l’Etat congolais, en ayant accordé à la dot traditionnelle une valeur
« juridique », a renforcé le mariage monogamique traditionnel et son
42indissolubilité . Cela crée un point de rencontre avec le mariage
chrétien.
Cependant, il existe encore une claire dichotomie entre les deux
mariages au niveau de la célébration rituelle : rites culturels du
43mariage traditionnel, d’une part, et rite du sacrement, d’autre part .
La progéniture occupe aussi une place importante dans le mariage
congolais. Autrefois et bien avant le Concile Vatican II, la procréation

40
Paul DALMAS, «Conception chrétienne de la famille», dans The African
Enchiridion. Documents and texts of the Catholic Church in the African World
(1905-1977), Ogunu Oseni (Ed.), vol. 1, 178-182.
41
Cf. Frédéric ETSOU-NZABI BAMUNGWABI, «Du mariage coutumier au mariage
chrétien», 113-114.
42
Code de la famille dans Journal Officiel de la République du Zaïre, 28è année,
St. Paul, Kinshasa 1987, art. 3 de l’ordonnance n°157, 7.
43 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, Saint Paul, Kinshasa 1981, 62-63 ; J.B GAHAMANYI, «La dot et la
polygamie», dans Aujourd’hui la famille, Synode des Évêques 1980, Le Centurion
Ed. Paulines, Paris 1980, 54.

34
eLe mariage congolais au XX siècle
était le but primordial du mariage dans la tradition congolaise, car le
maintien et la survie du clan étaient ses finalités prédominantes. En
plus de la procréation, existent d’autres aspects du mariage comme
l’entraide et la prise en charge mutuelle ainsi que l’amour et la fidélité
conjugale.
Bref, dans la tradition congolaise, les Congolais se marient pour
former une communion de vie, c’est-à-dire, une famille dans laquelle
l’époux et l’épouse partagent et travaillent la main dans la main pour
la réalisation des projets communs. Au Congo, le mariage est donc la
voie qui conduit de manière normale à une procréation assumée dans
la responsabilité parentale et sociale. Celle-ci n’est vraiment possible
que par la communion des âmes et des corps de conjoints.
C’est pour cela d’ailleurs que, lors de la célébration du mariage,
l’officiant de l’Etat civil comme le ministre religieux rappellent aux
mariés qu’ils sont, non seulement procréateurs mais aussi des
personnes qui s’aiment mutuellement dans la liberté, le respect et la
dignité. Lorsqu’on parle de la procréation, notre attention se porte
davantage sur la fécondité physique des protagonistes du mariage.
Cette fécondité physique s’accompagne, par le sacrement de mariage,
d’une fécondité spirituelle.
En effet, la fécondité n’est pas seulement biologique. Elle devient
spirituelle lorsque les époux «se consacrent au service de l’humanité
avec un complet détachement d’eux-mêmes et de leurs propres
intérêts, dans l’action incomparablement plus vaste, totale,
44
universelle» . La fécondité est une valeur très importante dans la
culture traditionnelle congolaise. En effet, elle détermine l’avenir de la
famille dans la société par la qualité de la paternité et de la maternité.
La paternité et la maternité ne peuvent être exclues de la
45communauté d’amour et de vie entre l’homme et la femme . Nous
soulignons ici deux rôles : masculin et féminin, même si on doit les

44
PIO XII, «Discorso alle donne sulla dignità e la missione della donna», 7 (21 Ott.
1945) dans I documenti sociali della chiesa. Da Pio IX a Giovanni Paolo II, au soin
de Raimondo Spiazzi, Vol. 1: dal 1864 al 1965, Massimo, Milano 1988, 528
(Traduit de l’italien par nous).
45 Cf. JOANNES PAULUS II, Lettera Apostolica Mulieris dignitatem, 29 (Roma, 29
Juin 1995), dans AAS 6 (1988) 17.

35
eLe mariage congolais au XX siècle
interpréter selon les caractères spécifiques de l’économie
sacramentelle. Les enfants viennent en quelque sorte baliser l’amour
qui existe entre l’époux et l’épouse. Ainsi au Congo, des partenaires
sans enfants deviennent une préoccupation tant pour leurs familles que
pour leurs amis.
Dans la culture congolaise, l’enfant est non seulement un don de
Dieu, mais aussi l’espoir de la survie des géniteurs. Il est attendu dans
la famille avec beaucoup de joie. Il est à noter que la communauté
traditionnelle prenait en charge les enfants orphelins. Ceux-ci étaient
46recueillis, par exemple au Mayombe , par le mbombe. Le mbombe
était un regroupement des familles d’un village quelconque ou une
communauté en vue de s’assister et de partager solidairement avec
tous les membres du village en travail, fête et deuil. Il était comme
une sorte de coopérative à esprit caritatif.
Avoir beaucoup d’enfants était pour les parents congolais un signe
de bénédiction. En effet, «les enfants sont une garantie, un don sacré
47de la condescendance divine» pour les époux. Ainsi, non seulement
ces enfants sécurisent la permanence de la famille, mais ils constituent
aussi une génération des futures forces économiques de la famille et
du clan. C’est une des raisons pour lesquelles, dans la tradition
congolaise, certains ont fait l’éloge de la polygamie : le moyen
adéquat pour assurer une descendance abondante qui pérennise la
lignée et les ressources humaines.
Cela explique aussi la place primordiale accordée à la fécondité
surtout de la femme. D’aucuns croient qu’avant de s’engager pour un
mariage, il vaut mieux s’assurer, par une cohabitation à l’essai, que le
couple est fécond. Et cela pour répondre à l’exhortation originelle de
48Dieu : «soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre» . Il y a,
par conséquent, à distinguer entre le mariage en règle et la situation de

46
Le Mayombe constitue, en République Démocratique du Congo, la zone du
Basfleuve occupée par l’ethnie Yombe.
47
Joseph MALULA, «Foyer heureux», dans The African Enchiridion. Documents
and texts of the Catholic Church in the African World (1905-1977), Ogunu Oseni
(Ed.), vol. 1, 35-52.
48
Gn 1, 28 ; 2, 18.

36
eLe mariage congolais au XX siècle
ceux qui, n’étant pas encore à même de porter le poids d’un mariage
régulier, adoptent le mariage à essai.
1.1.1.3. Le mariage à essai
Le mariage à essai existe dans certaines tribus au Congo,
spécialement chez les Baluba du Kasaï. Ce type de mariage prévoit
une période d’essai qui est en réalité une période d’épreuve pour les
deux promis. Mais en général, c’est plus la fiancée qui doit
effectivement «prouver qu’elle est capable de tenir un ménage et
49donner des garanties d’une union durable et féconde» . Ce type de
mariage existe aussi dans beaucoup d’autres régions d’Afrique.
Dans ces régions, les jeunes garçons vivent avec de jeunes filles de
manière provisoire pour ne les épouser définitivement que lorsqu’elles
50auront donné des enfants . Par ailleurs, cette période d’épreuve de
convivialité existe tant pour les filles quant à leur fécondité et leur
capacité de gérer les affaires domestiques, que pour les garçons quant
à leur caractère et leur capacité d’assurer la survie du foyer. C’est une
manière de s’assurer que toutes les conditions sont réunies pour
mériter d’être épouse et mère, ou époux et père.
Cela permet, en fin de compte, de passer avec une certaine
assurance au mariage civil, et éventuellement au mariage chrétien
présumé l’indissoluble. L’indissolubilité exclut le divorce, car lorsque
les protagonistes sont liés dans le mariage chrétien, ils se lient pour
toute la vie. Dans le cas du Congo, parfois la femme s’est elle-même
accoutumée à la pensée de croire qu’elle ne peut pas contracter le
sacrement de mariage avant d’avoir eu au moins un enfant : une façon
de se rassurer de sa fécondité biologique avant de s’engager
définitivement.

49
Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 41.
50
Cf. Paul DALMAS, «Conception chrétienne de la famille», dans The African
Enchiridion. Documents and texts of the Catholic Church in the African World
(1905-1977), Ogunu Oseni (Ed.), vol. 1, 180.

37
eLe mariage congolais au XX siècle
Dès lors, bien qu’elle adhère à la foi chrétienne, cette femme ne
trouve point détestable l’idée d’essayer une cohabitation. Il apparaît
dans ce type de mariage, toutefois, un problème moral dans lequel la
jeune femme a aliéné sa conscience. Elle peut être soit gardée, soit
rejetée par celui avec qui elle a cohabité, selon qu’elle se sera avérée
utile ou non. C’est une atteinte, en réalité, contre la dignité de la
femme, parce que l’homme la profane dans sa valeur inaliénable en
tant que personne humaine.
Dieu a donné la dignité à toute créature humaine et la tradition
ancestrale congolaise en est aussi tributaire. La méconnaissance de
cette dignité humaine incite à opter pour la polygamie.
1.1.1.4. La polygamie
La polygamie est cette forme d’union conjugale d’un individu avec
plusieurs individus. Elle n’existe que dans les cultures où il est permis
à l’homme de prendre plus d’une femme en mariage. Elle est
aujourd’hui surtout répandue dans les régions d’Afrique du nord sous
l’influence islamique. La tradition coutumière luba et mongo du
Congo peut à peine tolérer cette forme, sans l’admettre, même si elle
51s’est profondément implantée en Afrique .
Dans le contexte économique d’avant l’urbanisation, la polygynie,
qui est une des formes de la polygamie, était considérée au Congo, et
dans beaucoup de régions d’Afrique, comme une source de main
d’œuvre. La polygamie favorise, dans certaines sociétés, l’entraide
mutuelle entre les épouses. Certains l’adoptent plutôt par la force des
circonstances : par exemple, la tradition congolaise pouvait proposer,
sous condition d’un accord avec les deux familles, que l’un des frères
d’un défunt prenne la veuve sous son toit, comme épouse, alors qu’il
est déjà marié avec une autre. La veuve avait toutefois le droit
d’accepter ou de refuser cette offre. Ce lévirat a presque disparu
aujourd’hui.
C’est, en fait, une pratique qui visait la prise en charge de la veuve
avec ses enfants. C’était une sorte de sécurité sociale. Mais la

51
Cf. Jacques BINET, Le mariage en Afrique noire, 61.

38
eLe mariage congolais au XX siècle
polygynie n’a jamais été une obligation dans aucune tradition
africaine. Bien que tolérée, cette pratique est surtout l’apanage des
chefs de villages, des notables et des commerçants. Il est aussi courant
que la polygynie soit utilisée comme une solution à la stérilité
féminine –en cas de maladie ou vieillissement de l’épouse par
exemple– soit encore comme une compensation pendant la longue
période d’allaitement. Une telle polygynie requiert l’accord de
52l’épouse légitime , autorisant ainsi son époux à satisfaire ses pulsions
sexuelles avec une autre femme.
53Notons que cela est une concession à la faiblesse humaine . En
Afrique centrale, c’est l’union monogamique qui est la plus diffuse. A
l’exception des pays à religion islamique et des pays dont la
législation civile reconnaît les deux régimes de mariage, il n’existe pas
54de polygamie juridiquement instituée en Afrique . Toutefois, la
polygamie peut être successive ou simultanée. La polygamie est dite
successive lorsque l’homme épouse une autre femme après la mort de
sa première épouse. Elle est simultanée au sens de polygynie
55lorsqu’un homme est uni à plusieurs femmes simultanément .
La polygamie en Afrique est parfois dictée par des raisons d’ordres
politique et économique. Economiquement, la polygamie a servi aux
hommes d’accroître le nombre de femmes et d’enfants susceptibles de
travailler pour eux. Le mode de production à l’époque nécessitait une
force de travail importante et cela souligne la cohérence interne d’un
système matrimonial et d’une organisation sociale proprement

52 Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 44.
53
Cf. Vincent MULAGO GWA CIKALA, Mariage traditionnel africain et mariage
chrétien, 53.
54
Cf. Bruno DOTI SANOU, « L’émancipation des femmes madar ε, l’impact du projet
administratif et missionnaire sur une société africaine, 1900-1960 », dans Studies in
Christian mission, 2 (1994) 35 ; Cf. Frédéric ETSOU-NZABI BAMUNGWABI, «Du
mariage coutumier au mariage chrétien», dans La famiglia: dono e impegno
speranza dell’umanità. Atti del Congresso Internazionale, (Rio de Janeiro, 1-3
ottobre 1997), Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 1998, 113.
55 Cf. Camille KUYU MWISSA, Parenté et famille dans les cultures africaines. Ed.
Karthala, Paris 2005, 29.

39