Inculturation et problématique de l

Inculturation et problématique de l'unité de l'Eglise

-

Français
212 pages

Description

L'unité de l'Église n'implique-t-elle pas une recherche authentique de Dieu ? Du Dieu de Jésus-Christ ? Ne découle-t-elle pas d'une maturité de la foi et d'une spiritualité profonde qui débordent et franchissent les barrières des différences (légitimes) des divergences de pensées et d'expressions, des artifices de l'intelligence et des artifi ces des volontés humaines ? Et de fait, l'unité (de l'Église) ne trouve-t-elle pas sa source dans l'unité des personnes de la divine Trinité et dans celle des noces du Christ et de son Église, de la pleine communion du chrétien avec l'Esprit Saint ? L'inculturation implique, pour être authentique, l'unité dans la diversité.

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Date de parution 26 août 2019
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EAN13 9782140128660
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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AFRIQUE
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Inculturation et problématique de l’unité de l’Église
Blaise Bayili
Dans la liturgie alexandrine de saint Basile, les orthodoxes adressent
au Seigneur un triptyque plusieurs fois repris pour lui demander de se
souvenir, d’édifi er et de donner la paix à « l’Église Une-Unique, Sainte,
Catholique et Apostolique ». Ce sont là des thèmes que d’aucuns Inculturation et problématique théologiens appellent « les notes de l’Église », c’est-à-dire les critères qui
déterminent et caractérisent les communautés chrétiennes, introduites
dans la confession de foi depuis le Concile de Constantinople en 381. de l’unité de l’Église
Si, de façon globale, on estime savoir en gros, bien que cela ne soit
pas toujours évident et facile, ce que sont les trois dernières notes
(Sainte, Catholique et Apostolique), la première note (l’Unité de l’Église)
elle, peut poser problème en ce qu’elle veut profondément dire et en
sa constitution dans la réalité. Et de fait, d’une part, il n’est pas exclu
que l’on confonde unité et union et, d’autre part, il est à craindre que la
notion d’unité (et de catholicité) soit étriquée, voire hypothéquée par une
certaine vision sectariste (au sens de secteur) ou marquée soit par une
recherche ou une volonté de repli continental, régional, voire national, etc.
L’unité de l’Église n’implique-t-elle pas une recherche authentique de
Dieu ? Du Dieu de Jésus-Christ ? N’implique-t-elle pas et ne
découlet-elle pas d’une maturité de la foi et d’une spiritualité profonde qui
débordent et franchissent les barrières des différences (légitimes)
des divergences de pensées et d’expressions, des artifi ces de
l’intelligence et des artifi ces des volontés humaines ? Et de fait,
l’unité (de l’Église) ne trouve-t-elle pas sa source dans l’unité des
personnes de la divine Trinité et dans celle des noces du Christ et de
son Église, de la pleine communion du chrétien avec l’Esprit Saint ?
L’inculturation implique, pour être authentique, l’unité dans la diversité.
Docteur en Anthropologie et Histoire du Droit des Institutions
de l’université Paris-X Nanterre en 1997, Blaise Bayili
est également docteur en anthropologie théologique de
la Faculté de théologie catholique de Strasbourg en 2002
et docteur en théologie de l’inculturation de l’Université
Pontifi cale Grégorienne de Rome en 2007. Auteur de
Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso (Paris, l’Harmattan, 1998) et de
plusieurs autres livres et articles, Blaise BAYILI est directeur actuellement
de deux collections à l’Harmattan-Paris, éditeur et enseignant-chercheur
d’universités.
ISBN : 978-2-343-18342-8
théologique & spirituelle
théologique & spirituelle22,50 €
Inculturation et problématique de l’unité de l’Église Blaise Bayili























L’inculturation et la problématique
de l’unité de l’Église






















Du même auteur


Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso ; les Lyelae du Burkina Faso, Paris,
l’Harmattan, 1997, 480 pages.
Culture et inculturation ; approche théorique et méthodologique, Paris,
l’Harmattan 2008, 306 pages.
Inculturation : chemin d’unité et dialogue de résurrection ; La question de l’unité
de l’Église, dialogue avec la modernité et dialogue de résurrection, Paris,
l’Harmattan, 2008, 468 pages.
La Tierce Église et les défis de l’évangélisation en Europe ; L’inculturation
comme chemin de catholicité de l’Église une dans la diversité, Paris,
l’Harmattan, 2008, 560 pages.
Perceptions négro-africaines en vision chrétienne de l’homme ; Herméneutique
d’une anthropologie théologique, Paris, l’Harmattan, 2012,370 pages.
La vie à travers la naissance chez les Lyelae du Burkina Faso ; Problématique
d’une théologie de l’inculturation, Paris, l’Harmattan, 2014, 244 pages.
Guide méthodologique de l’inculturation ; de la théorie à la pratique, Paris,
l’Harmattan, 2014, 150 pages.
Le concept d’inculturation ; problématique d’un néologisme théologique, Paris,
l’Harmattan, 2014, 238 pages.
L’inculturation : de la Bible à la tierce Église du Sud, Paris, l’Harmattan, 2015,
238 pages.198 pages.
Urgence – Inculturation. D’une Église en Afrique à une Église d’Afrique, Paris,
l’Harmattan, 2016, 214 pages.
La nouvelle évangélisation à partir de l'Europe occidentale. Les défis d’une
inculturation, l’Harmattan, 2016, 224 pages.
Les défis de l’évangélisation en France : vertiges, tribulations et espérance d’une
Église catholique au cœur de la modernité, 2017, 212 pages.
Anthropologie du religieux et du sacré (Manuel de cours en Master), l’Harmattan,
2018, 240 pages.






Blaise BAYILI












L’incculturation
et la problématique de l’unité
de l’Église



















Collection « Afrique théologique et spirituelle »
Dirigée par Blaise BAYILI
Dernières parutions
Emmanuel BATIONO, Justice et équité dans la division des personnes
juridiques publiques. Procédures pour les diocèses et les paroisses, Paris,
l’Harmattan, 2018
Jean-Baptiste SANON, La configuration du prêtre au Christ, Bon Pasteur ;
L’exemple du Curé d’Ars, Paris Harmattan, Paris, l’Harmattan 2017
Blaise BAYILI T, Les défis de l’évangélisation en France : vertiges,
tribulations et espérance d’une Église catholique au cœur de la modernité,
Paris, l’Harmattan 2017
Nabons-Wendé Honoré SAVADOGO, Adoration eucharistique et transformation
spirituelle. Étude de l’expérience mystique de Charles de Foucauld, Paris,
l’Harmattan 2017
Blaise BAYILI, La nouvelle évangélisation à partir de l'Europe occidentale. Les
défis d’une inculturation , Paris, l’Harmattan 2016
Blaise BAYILI, Urgence – Inculturation D’une Église en Afrique à une Église
d’Afrique, Paris, l’Harmattan 2016
Godefroid-Léon KHONDE, L’amour conjugal comme « totalité » et «
espérance ». Une lecture patristique à la lumière de saint Augustin, Paris,
l’Harmattan 2015
Godefroid-Léon KHONDE, El amor conyugal como « totalidad » y « esperanza
». Una lectura patrística a la luz de san Agustín, Paris, l’Harmattan 2015
Pierre MATABARO CHUBAKA et Crispin BUNYAKIRI, Monothéisme
africain. Chance d’un dialogue œcuménique et interreligieux, Paris,
l’Harmattan 2015
Jean-Marie Vianney BALEGAMIRE AKSANTI KOKO, Une histoire d’amour
pastoral ; trente-six ans d’alliance, Paris, l’Harmattan 2015
Jules Muanda Kienga, L’effervescence religieuse en Afrique : crise ou vitalité de
la foi ? Pistes pour une « nouvelle évangélisation », Paris, l’Harmattan 2015
Blaise BAYILI, L’inculturation : de la Bible à la tierce Église du Sud, Paris,
l’Harmattan 2015
© L'Harmattan, 2019
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
www. editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-18342-8
EAN : 9782343183428






Dédicace



À mes frères et sœurs,
En mémoire de nos chers parents
Fidèle et Martine BAYILI
Apôtres au cœur de feu











Sommaire


INTRODUCTION
LA QUESTION DE L’UNITÉ ........................................................ 11

PREMIÈRE PARTIE
DÉBLAYAGE DU TERRAIN : LA SÉMANTIQUE
À LA RESCOUSSE DE LA NOTION D’UNITÉ .................. 13

CHAPITRE 1
LES TERMINOLOGIES : IDENTITÉ, INSTITUTION, CATHOLIQUE,
ETC. ......................................................................................... 17

CHAPITRE 2
TERMINOLOGIE ET RÉALITÉ DE L’ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST ... 41

DEUXIÈME PARTIE
CRITIQUES ET REVENDICATIONS : UN COMPLEXE
ANTI-ROMAIN ? DES QUESTIONS QUI FÂCHENT ...... 57

CHAPITRE 3
DOGMES ET TRADITIONS ; UN TALON D'ACHILLE
AUJOURD'HUI POUR L'ÉGLISE ? ............................................. 63

CHAPITRE 4
LE « POUVOIR » OU « AUTORITÉ » DANS L’ÉGLISE ................. 95

CHAPITRE 5
QUELLE AUTORITÉ (QUEL « POUVOIR ») DANS L’ÉGLISE ..... 127


9

TROISIÈME PARTIE
À PROPOS DE L’INCULTURATION : LES
MALENTENDUS ................................................................... 137

CHAPITRE 6
PRATIQUE DE LA FOI ET THÉOLOGIE AUJOURD’HUI ............... 141

CHAPITRE 7
INCULTURATION .................................................................... 169

CHAPITRE 8
« LA VÉRITÉ EST SYMPHONIQUE » ........................................ 181

CONCLUSION
LA SYMPHONIE EST TOUJOURS DRAMATIQUE ; C’EST LÀ SON
................................................................................ 189 ESSENCE

BIBLIOGRAPHIE ..................................................................... 193

TABLE DES MATIÈRES ............................................................ 201


10




Introduction

La question de l’unité


Dans la liturgie alexandrine de saint Basile, les orthodoxes
adressent au Seigneur un triptyque plusieurs fois repris pour lui
demander de se souvenir, d’édifier et de donner la paix à
« l’Église Une-Unique, Sainte, Catholique et Apostolique ». Ce
sont là des thèmes que d’aucuns théologiens appellent « les
notes de l’Église », c’est-à-dire les critères qui déterminent et
caractérisent les communautés chrétiennes, introduites dans la
confession de foi depuis le Concile de Constantinople de 381.
Si, de façon globale, on estime savoir en gros, bien que cela
ne soit pas toujours évident et facile, ce que sont les trois
dernières notes (Sainte, Catholique et Apostolique) sur lesquelles
nous reviendrons un peu plus largement, la première note
(l’Unité de l’Église) elle, peut poser problème en ce qu’elle veut
profondément dire et en sa constitution dans la réalité. Et de fait,
1d’une part, il n’est pas exclu que l’on confonde unité et union et,
d’autre part, il est à craindre que la notion d’unité (et de
catholicité) soit étriquée voire hypothéquée par une certaine

1 - Dans notre entendement, l’union renvoie aux institutions, de sorte que sa
recherche concerne plutôt le domaine de la bureaucratie théologique, alors
que l’unité (de l’Église), elle, vise plus fondamentalement et plus
directement la vie et l’existence concrètes des hommes en tant que mode
d’être lié à la Vérité et à l’authenticité humaine.

11

vision sectariste (au sens de secteur) ou marquée soit par une
recherche ou une volonté de repli continental, régional, voire
national, soit, en un autre sens, dans un enfermement dans les
frontières de sa propre théologie ou même de sa propre
confession. La nature et la réalité de l’Église telles que voulues
par le Christ ne dépassent-elles pas de loin nos esprits de
clochers théologiques y compris et surtout dans le cadre de
l’inculturation, du message évangélique et du vécu chrétien, de
même que les organisations, institutions et pensées humaines ?
L’unité de l’Église n’implique-t-elle pas une recherche
authentique de Dieu ? Du Dieu de Jésus-Christ ?
N’implique-telle pas et ne découle-t-elle pas d’une maturité de la foi et d’une
spiritualité profonde qui débordent et franchissent les barrières
des différences (légitimes) des divergences de pensées et
d’expressions, des artifices de l’intelligence et des artifices des
volontés humaines ? Et de fait, l’unité (de l’Église) ne
trouve-telle pas sa source dans l’unité des personnes de la divine Trinité
et dans celle des noces du Christ et de son Église, de la pleine
communion du chrétien avec l’Esprit Saint ? L’inculturation
comme dialogue de résurrection implique, pour être authentique,
l’unité dans la diversité.
C’est une telle unité que nous voulons tenter de cerner de
près en vue de sa compréhension la plus approchable possible
dans le cadre de notre thématique d’inculturation. Pour cela,
nous nous proposons de commencer d’abord par déblayer le
terrain au travers d’approches sémantiques, ensuite par un
examen de critiques et de revendications vis-à-vis de Rome
(Vatican), enfin, par une analyse de quelques malentendus en
matière d’inculturation justement.

12






Première partie

Déblayage du terrain :
la sémantique à la rescousse
de la notion d’unité








« Nous croyons en un seul Dieu…, en un seul Seigneur
JésusChrist…, en une seule l’Église ». Il semble que les Pères réunis à
Constantinople accordaient à la dénomination « Église Une » le
sens premier d’unité de cette Église. La foi consiste donc à
confesser qu’il n’y a qu’une seule Église tout comme il n’y a
qu’un seul Dieu Père, Fils et Esprit, autrement dit à l’image de
l’unité du Dieu unique en sa Trinité, c’est-à-dire en la diversité
des personnes ou, plus exactement, en l’unité de chacune des
personnes trinitaires. L’unité de l’Église est, ainsi, celle d’un
organisme vivant fondé sur l’unité de la foi baptismale en un
seul Dieu créateur et Père, en un seul Christ vrai Dieu et vrai
homme, en un seul Esprit qui a parlé par les prophètes de la
première alliance, qui s’est répandu sur les apôtres et qui donne
aux fidèles l’adoption dans le Fils, une seule Eucharistie, une
seule Église corps du Christ qu’il anime. Il en résulte que cette
unité (pluriforme) est un tout dont on ne saurait rompre un point
(chaînon) sans toucher à, sans rompre l’unité sur le tout.
On l’aura compris, l’unité n’est pas l’uniformité et les Actes
des Apôtres tout comme les épîtres catholiques sont là pour
attester cette vérité, car montrant effectivement que l’Église du
Christ ignore l’uniformité sans joie, sans liberté d’ouverture.
L’histoire des Églises apostoliques n’est-elle pas riche de la
diversité des liturgies, d’une discipline ecclésiale respectueuse de
la diversité des cultures et des peuples et d’une théologie qui
accepte les différences d’intelligence d’opinions et de
vocabulaire pour autant que l’essentiel de la foi est vécu avec
sincérité et authenticité ? Cette histoire n’enseigne-t-elle pas que
les risques de rupture de l’unité résident plutôt dans le
refroidissement de la charité, dans le manque de foi en l'œuvre
de l’Esprit Saint et dans une volonté purement humaine émanant

15

souvent de l’égoïsme et/ou de mobiles n’ayant rien à voir avec
l’esprit de l’Église ? Dans ces conditions que peuvent bien
vouloir signifier les terminologies d’identité, d’institution, de
catholique, qu’inspire la notion d’unité, etc. par rapport à la
réalité de l’Église du Christ aujourd’hui ?


16




Chapitre 1

Les terminologies : Identité, Institution,
Catholique, etc.


I - L'Identité

En ce temps de globalisation, le concept d’identité est devenu un
terme qui est à la mode et tout à la fois remis en question,
notamment par les chercheurs. C’est ainsi que le Libanais Amin
2Maalouf, par exemple, écria sur « les identités meurtrières » . Il
parle de l'identité comme étant un « faux ami », car, si au départ,
ce concept reflète une aspiration légitime, il se mue assez
rapidement en un instrument de guerre pour bon nombre de nos
contemporains (individus comme collectivités) ayant de
véritables problèmes d’identité et ne sachant plus où ils en sont
exactement. Cette problématique de l’identité piégée avait déjà
fait l’objet (sujet) d’un ouvrage de François Bayard sous le titre
3de « L’illusion identitaire » . En ce sens, nous nous interrogeons
sur ce qu’on baptise aujourd’hui de repli identitaire, que ce soit
dans le milieu civil, politique, culturel ou que ce soit sur le plan
religieux ou plus exactement culturo-religieux. Un tel repli est,
en effet, source de situations négatives variées telles que la secte,

2 - Amin MAALOUF, Les identités meurtrières, Paris, Grosset, 1998.
3 - François BAYARD, L’illusion identitaire, Paris Fayard, 1996.

17

l’intégrisme, le nationalisme (particulièrement religieux), etc. À
ce propos, B. Chenu se pose, avec pertinence, cette question
dramatique : « N’avons-nous le choix qu’entre la négation de
4nous-mêmes ou la négation de l’autre ? » , question qui nous
interpelle et nous pousse à approfondir le sens et la portée du
concept d’identité pour autant qu’une telle notion est
participative de tout processus d’inculturation en tant que
dialogue de résurrection en situation et cadre d’unité.
L’identité se définit-elle en terme d’appartenance à une
nation, à une classe sociale, à une religion, à un parti politique,
etc. en tant que somme d’interactions de plusieurs
appartenances ? Assurément ! Jamais l’identité ne saurait se
5réduire à une seule appartenance . L’identité est toujours à
conjuguer au pluriel, un pluriel qui entend indexer une
singularité. L’identité signifie donc une singularité donnée par
une appartenance plurielle.
Or, aujourd’hui, ce qui menace l’identité, c’est l’avènement
d’un nouveau type de singularité baptisé sur les fonts baptismaux
de l’individualisme, fruit d’une globalisation perçue comme
menaçante et de l’ultramodernité. Et de fait, les variétés des
appartenances sont de plus en plus prises d’assaut et rendues
vulnérables, voire précaires (c’est le cas de la famille, de l’école,

4 - Bruno CHENU, L’Église sera-t-elle catholique ? Paris, Bayard, 2004,
p. 10.
5 - L’appartenance religieuse est, généralement, un des éléments qui
structurent l’identité. Le problème est qu’une telle appartenance apparaît de
plus en plus aujourd’hui « comme l’appartenance ultime, la moins éphémère,
la mieux enracinée, la seule qui puisse combler tous les besoins essentiels de
l’homme » (Amin MAALOUF, Les identités meurtrières, Paris, Grosset,
1998, p. 129). Elle peut donner lieu à l’intégrisme, au fondamentalisme, etc.

18

du syndicalisme, etc.), de sorte que pour exister, la tentation est
forte de nous replier, de nous focaliser, de nous arc-bouter sur
l’une ou l’autre appartenance éventuellement religieuse de façon
exclusive. D’un autre côté, écrit encore A. Maalouf, « les
différentes appartenances ne font pas un "potchwark". C’est un
dessein sur une peau tendue ; qu’une seule appartenance soit
6touchée, et c’est toute la personne qui vibre » .
Outre son caractère de multi-appartenance, l’identité, c’est
aussi une histoire qui nous précède et qui nous engage. En effet,
chaque personne est structurée plus ou moins consciemment et à
la fois déterminée par un héritage (culturel, religieux, etc.). Que
ce soit la structuration ou l’héritage, la personne est amenée à les
assumer personnellement ce, en arbitrant, en choisissant entre ce
qui nous est imposé et les figures actuelles en présence, et les
intégrer à notre programme d’identité. Cela implique que la
personne doit éviter de se focaliser, de s’arc-bouter, de se fixer
(exclusivement) sur des données du passé, ce qui ne veut pas dire
qu’il ne faut pas avoir recours à son passé, à son histoire (par
exemple, connaître sa généalogie, sa culture d’origine). Mais
alors cela devra se faire sans esprit nostalgique ni volonté
restauratrice.
En clair, l’identité, fût-elle chrétienne, est un paradoxe sans
cesse construit par une volonté d’assimilation, d’intégration,
d’unification, de vie ensemble et tout à la fois par un effort
constant de différenciation et d’affirmation de sa singularité.
Paradoxale, l’identité affiche et affirme que je suis moi-même en
me différenciant et en vivant ma singularité avec d’autres
singularités avec lesquelles je découvre une identique d’un

6 - Amin MAALOUF, Les identités meurtrières, Paris, Grosset, 1998, p. 36.

19

« nous ». Je suis « je » dans un « nous », un « je » d’un « nous ».
« Je suis, dira joliment et avec force B. Chenu, même et je suis
moi-même en me différenciant des autres, en me démarquant,
éventuellement en m’opposant. Je suis autre, je suis original. Je
7suis unique » . Le paradoxe de l’identité se situe à la croisée de
la similitude et de la différence. Il est une dynamique d’un « je »
avec et parfois contre un « nous », une dynamique d’assimilation
et de différenciation. C’est dans le cadre de cette dynamique que,
particulièrement, se situent le chrétien et l’Église appelés à être
tout à la fois « comme » et « autre », tout à la fois « nous » et
« je ». Une telle dynamique a pour socle le dialogue, le vrai et
authentique dialogue avec soi-même et avec les autres, un
dialogue qui dit que l’identité s’inscrit toujours dans un « inter… »,
dans un « entre-deux ». S’inscrivant dans un « inter… », dans un
« entre-deux », l'identité se veut être une dynamique en
perpétuelle quête de vérité, d’un idéal (de moi et/ou du groupe
ou communauté). L’identité est donc une réalité qui change sans
changer, c’est-à-dire une réalité qui évolue sans se renier ; elle
est une dynamique de l’histoire, une dynamique historique dont
le propre est de se modifier dans le temps et dans l’espace,
c’està-dire de refuser de se fixer dans un lieu (territoire ou culture
située), dans une histoire, dans une identification, dans une
appartenance fut-elle sécurisante, dans une société, etc.
L’identité a une dimension et une vocation d’universalité. Sa
(sur)vie ou sa mort dépendent de sa capacité de mouvement et de
dynamisme, d’ouverture et de renouvellement cohérents. À ce
titre, elle renvoie au registre de la symbolique.

7 - Bruno CHENU, L’Église sera-t-elle catholique ? Paris, Bayard, 2004,
p. 12.

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