J'ai choisi de lui rester fidèle

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Thierry Maucour, père de quatre enfants, aujourd’hui grand-père, a subi de plein fouet la tempête de la séparation et du divorce après vingt et un ans de vie conjugale. Au cœur de cette épreuve, il témoigne de sa foi et de la grâce reçue pour rester fidèle à celle à laquelle il s’est uni pour la vie.
Préface du Père Alain Mattheeuws.
Dans la collection "Promesse d’amour", la série "Témoignages" apporte des coups de projecteurs sur les bonheurs et les épreuves de la vie conjugale.

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Date de parution 19 décembre 2012
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EAN13 9782728917860
Langue Français

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« Or, eux aussi ont brisé le joug, rompu les liens. »
(Jr 5, 5)
À Notre-Dame de l’Alliance. À celle qui est aiguillon dans mon cœur, à nos enfants, nos petits-enfants nés ou à naître, à mes parents, et aux générations qui nous ont précédés. À Dominique et Diane, amis si chers, et à Alain.
Lprsqu’pn traverse l’éPreuve intime d’une ruPture d’alliance, même les Perspnnalités les Plus fprtes pu les Plus riches Peuvent en être ébranlées jusqu’à la racine de leur être. Npus spmmes témpins de manière régulière de ces événements pù l’ampur Prpmis Ppur tpujpurs Plpnge dans des abîmes de spuffrance et de négatipn. Dans la vie des cpuPles et des familles d’aujpurd’hui, c’est un fait. Les causes spnt multiPles mais restent tpujpurs singulières : c’est lui, c’est elle, c’est tel cpuPle. Cpmment Penser que « cela » Puisse être pu devenir « banal » ? L’ampur blessé, l’ampur qui trahit, l’ampur qui semble mpurir dans le lien cpnjugal, est un ampur qui se vpulait vrai, sincère, cpncret, Plein d’esPérance, puvert à la vie et au bpnheur. purqupi de telles difficultés à aimer aujpurd’hui cpmme hier ? L’ampur humain dpit-il vraiment être sauvé ? Dans les circpnstances de séParatipn, de divprce, de remariage, Peut-il encpre être sauvé et quelles significatipns les hpmmes et les femmes Peuvent-ils dpnner à leurs décisipns diverses ? La Parple de Dieu, la Traditipn de l’Église et l’EsPrit du Christ Peuvent-ils « faire quelque chpse » ? La questipn de fpnd est celle de l’indissplubilité du lien et de la Pérennité de ce lien quand l’ampur n’est Plus. Elle mérite Peut-être qu’pn en évalue les enjeux, même si npus ne Ppuvpns Pas entrer dans tpus les débats cpntemPprains. De npmbreux théplpgiens, des cpllpques divers, des adaPtatipns Pastprales s’attellent déjà à cette questipn. Vpulpir vivre d’un lien cpnjugal, c’est se mettre spus le même jpug (cpnjugium) et cpnjuguer dès lprs sa vie au Pluriel. La fidélité npurrit ce lien. Cpmment la cpmPrendre cpmme une fidélité définitive, liée au cprPs à cprPs de la vie quptidienne et de la relatipn sexuelle ? Jésus a une Parple fprte sur ce lien indisspluble des éPpux et l’Église s’y est tenue dePuis l’prigine. L’auteur de ce livre, Thierry Maucpur, est une Perspnnalité fprte et attachante. Je l’ai écputé à Plusieurs rePrises et sa Parple ne laisse jamais spn auditpire indifférent ni indemne. Qu’en sera-t-il d’un écrit ? Cpmment Ppurrpns-npus saisir la Prpfpndeur de l’exPérience et des PrpPps raPPprtés, leur vérité dans la vie d’un hpmme qui Parle du lien qu’il a npué et qui cpntinue à le faire vivre ? Npus crpypns que sa réflexipn cpmme sa Parple Publique aura également un fruit de raispn et de cœur. Ce livre est aussi un témpignage : il Parle de lui, de spn cpuPle, de sa famille et de la manière dpnt il a chpisi d’être fidèle à sa Parple et surtput à la Parple de Dieu. Spn langage est direct, cpncret, sans fausse Pudeur, tput en restant spbre sur ce qui tpuche les siens. Il aidera certainement le lecteur à cpmPrendre les traits de ce tyPe d’éPreuve. Il témpigne également Ppur d’autres qu’il cpnnaît, qu’il a écputés et dpnt il Peut rendre cpmPte des pPtipns. lus qu’un témpignage, ces lignes indiquent aussi un chemin que certains Prennent encpre cpmme une « vpie étrpite », largement mécpnnue, Parfpis marginalisée dans la spciété et dans l’Église. Il npus faut réfléchir à cette exPérience et Prendre cpnscience de spn imPprtance théplpgale et sPirituelle : npn Pas en pPPpsitipn dialectique avec d’autres chpix, mais à Partir du dpn de Dieu tpujpurs pffert à spn PeuPle. Jamais l’exPérience et les chpix Ppsés Par l’auteur n’aPParaissent cpmme un vplpntarisme pu une fidélité légaliste. Ils ne spnt Pas un jugement Ppsé sur d’autres situatipns, mais ils témpignent d’un sillpn que l’EsPrit trace dans la bpnne terre qu’est le euPle de Dieu. L’exPérience dans ce texte s’élargit dans des réflexipns sur l’ampur, la fidélité, le sens de l’Église, la vie de cpuPle et de famille. Ce qui Ppurrait
être un « cri » devient un aPPel, un message, une réflexipn de sagesse Ppur autrui : Ppur des frères et des sœurs cpnfrpntés pu npn à des difficultés. L’auteur trace ainsi un chemin de crête Ppur « npmmer » la fidélité, lui trpuver un sens et une fécpndité. Il npus indique que ce tyPe de vie, fpndée sur la grâce du sacrement de mariage, Peut rester un chemin d’unipn à Dieu dans l’Église. L’ampur dpit être sauvé. Tput ampur dpit l’être, quelles que spient les circpnstances de la vie. Les célibataires, les gens mariés, ceux qui éPrpuvent les difficultés de la séParatipn, du divprce, du remariage, aPPrendrpnt quelque chpse de cette méditatipn cpncrète à la lumière de l’exPérience et de la vie de l’Église. Npus vpici maintenant Prêts à entendre le récit d’une vie de cpuPle qui n’est Pas un lpng fleuve tranquille. Npus vpici Prêts à cpmPrendre Ppurqupi un hpmme a désiré en Parler et en réfléchir les enjeux Ppur ses frères et sœurs. Ce n’est Pas une vie de saint que npus spmmes aPPelés à lire. C’est une vie de baPtisé cpnfrpnté aux « hpules » de l’ampur et aux exigences de l’EsPrit en spn cœur : la ruPture du lien, la splitude éPrpuvée, le caP de la fidélité chpisie, la recherche d’un Pardpn et d’une Paix que Dieu Peut assurer… Ce récit n’est Pas cpnté d’abprd Ppur npus cpnvaincre pu Ppur juger qui que ce spit. Il puvre, npn Pas en théprie, mais dans la Pratique, un chemin de fécpndité « Paradpxale » dpnt pn Parle Peu dans l’Église. À npus de npus mettre en cpnspnance. Alain Mattheeuws s.j.
Introduction
Vingt et un ans de vie conjugale avec ses émerveillements et ses joies, ses peines et ses heurts. Un foyer où nous vivons avec nos quatre enfants : les trois premiers sortent tout juste de l’adolescence, le quatrième est encore un jeune enfant de cinq ans. Mon épouse et moi, nous exerçons chacun une activité professionnelle. Elle est avocat. Je dirige un site industriel en région parisienne. Vu de l’extérieur, tout semble aller bien : une famille normale, heureuse. Et pourtant, nous sommes au bord de la rupture. Nous avons chacun notre part à ces tensions. Nous nous séparons. Nos enfants subissent. Une procédure de demande de divorce est engagée. Deux ans et demi après une ordonnance de non-conciliation, le divorce civil est prononcé, les dispositions en matière de garde du seul enfant alors mineur, de droit de visite et de pensions alimentaires sont fixées, la communauté conjugale est liquidée. Trois années de tempête, avec de fausses accalmies avant de nouveaux coups de vent. Trois années qui précèdent le prononcé du divorce civil, pendant lesquelles je me levais le matin en me disant : « Aujourd’hui, je n’y penserai pas et je me concentrerai sur ce que j’ai à faire. » Et à peine suis-je arrivé à mon bureau, voici une nouvelle vague qui vient violemment et brusquement secouer la proue de ma pauvre et frêle barque ! Je connais l’angoisse, l’oppression, la souffrance. J’ai besoin de béquilles. Je me fais aider médicalement et psychologiquement. Mariés dans le Seigneur que nous avions suivi lorsque nous nous sommes engagés l’un envers l’autre, nous nous sommes progressivement éloignés de lui au cours des premières années de notre vie conjugale. Nous étions devenus des chrétiens sociologiques. L’été précédant notre séparation, le Seigneur m’a fait la grâce de vivre un temps de conversion. J’ai expérimenté la rencontre personnelle avec le Christ mort et ressuscité pour moi comme pour tout homme. J’ai alors décidé de me mettre à sa suite et de lui donner la première place dans ma vie. J’ai retrouvé le chemin de la messe dominicale et d’une soirée par semaine consacrée à la prière et centrée sur l’Eucharistie. Dieu soit loué pour sa miséricordieuse prévenance ! Ma rencontre avec le Seigneur ne nous a pas empêchés de nous séparer et de divorcer. Il n’est pas la rustine de l’amour humain, mais il prépare un chemin et permet de tout vivre en lui. Trois ans après, j’avais encore sur moi la tenue de plongée, le masque au front, le tuba à proximité de la bouche et les palmes aux pieds. Un matin, mon père me rejoint à mon bureau où nous devions travailler ensemble sur un dossier délicat. Il arrive en retard pour cause d’embouteillages. Une demi-heure après son arrivée, je me vois obligé de lui dire que je ne peux pas rester plus longtemps : j’ai en effet rendez-vous avec ma psy. Avec une pointe compréhensible de déception, il me dit sur un ton badin : « Non, tu n’y vas pas. Tu dis avoir la foi. Alors, crois seulement ! » Il y a eu en moi comme un déclic. J’ai réalisé que le temps était probablement venu de lâcher mes béquilles qui avaient été bien utiles. Le Seigneur passe par d’innombrables canaux pour nous soutenir dans l’épreuve. J’ai enfin pu retirer ma tenue de plongée et tout mon attirail. Depuis je ne l’ai jamais repris, si ce n’est pour partir explorer quelques beaux fonds marins. Les approches sociologiques, psychologiques, historiques, philosophiques ou
juridiques sur le mariage, ses difficultés et les séparations qui s’ensuivent, ne manquent pas à notre époque. Des interrogations au plan pastoral et des tentatives de réponses se font jour. En revanche, l’apport considérable du Magistère depuis près d’un siècle en matière de doctrine du mariage me semble être très méconnu, lorsqu’il n’est pas refusé ou nié. Pour ma part, je suis encore tout étonné des grâces que j’ai reçues. Elles m’ont permis de faire des choix de vie que je n’aurais certainement pas fait autrement. Dans la foi, j’ai posé l’acte de volonté de suivre le Christ dans son Corps qu’est l’Église. Ce que dit le Magistère de l’Église sur un sujet ô combien difficile et douloureux pour notre époque, je le rejoins complètement dans mon expérience humaine concrète et dans celle de nombreuses personnes qui m’ont donné de la partager. Elles sont, comme je le suis, témoins que le chemin de fidélité au Magistère et à la grande Tradition de l’Église est chemin de bonheur et de paix. Les lignes qui suivent ne prétendent en rien être une étude exhaustive de la doctrine de l’Église, mais des points clés qui m’ont touché et m’ont été utiles pour avancer. Ce que j’ai vécu et vis aujourd’hui me permet de poser un regard dans la foi sur ce que sont appelés à vivre et peuvent vivre les époux chrétiens séparés ou divorcés. Tous ne sont pas prêts à suivre le même chemin. Nombreux sont ceux qui en empruntent d’autres. Puissent cependant ces quelques lignes les aider tous ! Puissent-elles surtout 1 ne pas briser le roseau froissé, ni éteindre la mèche qui fumeencore ! 2 « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et lestiens. » Le temps passé pour écrire ces lignes n’a pu être inaperçu des miens. Une fois en possession d’un manuscrit publiable et avant de le confier à un éditeur, j’ai proposé à celle qui, aujourd’hui, ne se reconnaît plus comme mon épouse d’en prendre connaissance et de me faire part de ses observations. Elle ne l’a pas souhaité et m’en a donné les raisons. Je le respecte.
Unparcourshumain,banalet fréquent
Contextedelaséparationetdivorcecivil
Dès les premiers siècles de son histoire, l’Église a connu des situations conjugales justifiant une séparation. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau. Les Pères de 1 l’Église ont eu à se prononcer sur des situationsdifficiles. Ainsi, la séparation des époux avec maintien du lien matrimonial peut-elle être légitime en certains cas, prévus 2 par le Droitcanonique. Toutefois, pour la Tradition et le Magistère, il est évident que la séparation ne peut être envisagée que comme un dernier remède après que l’on a 3 vainement tenté tout ce qui était raisonnablement possible pourl’éviter. Aujourd’hui, d’une mesure de sauvegarde nécessaire et qui s’impose pour des motifs graves, la séparation a acquis en quelques années le statut d’un droit revendiqué, voire d’un devoir. Elle s’est instituée en « divorce civil ». Elle a donc franchi une étape nouvelle tant du point de vue public qu’institutionnel. Le divorce n’apparaît plus seulement comme la seule solution possible aux inévitables crises de toute vie conjugale, mais comme un droit à reprendre sa liberté, liberté qui aurait été perdue en se mariant librement. Il est devenu un droit à mener notre vie comme nous l’entendons, et pendant qu’il en est encore temps, car nous n’en avons qu’une et elle est précieuse ! Si un lien semble un échec, il faut rapidement en contracter un autre. Rien ne peut s’y opposer, ni la présence d’enfants au foyer ni la parole donnée, puisque toutes les recompositions sont possibles et acceptées. Il n’est plus rare de rencontrer des hommes ou des femmes vivant ces situations à l’âge de vingt-cinq ans comme à celui de soixante-dix ou plus. Enfin, si les époux ont le plus souvent reconnu au jour de leur mariage sa dimension ecclésiale et sociale, ils l’oublient, tout au moins l’un d’eux l’oublie, au jour de la séparation et du divorce. La décision de la séparation relève aujourd’hui exclusivement de la sphère privée. Elle ne semble plus concerner le mystère de l’Église. Le juge civil a pris en main l’aménagement des conséquences de la séparation conjugale. L’Église est ignorée, absente. Même si elle se préoccupe des couples en difficulté, elle ne dispose plus d’instance visible et officielle de conciliation placée sous l’autorité de l’évêque. Elle n’est à nouveau concernée que dans la perspective d’une nouvelle union.
Un irrésistible engrenage
Une fois la séparation effective, les conjoints se trouvent confrontés à une situation sociale et civile nouvelle. La plupart ignorent tout des procédures judiciaires. Dans les premiers temps, beaucoup pensent encore qu’il ne s’agit que d’une crise. Ils espèrent que le choc affectif et psychologique ou la présence des enfants vont permettre d’arrêter le processus. Mais, alors qu’il fut des époques où la séparation était socialement reconnue, ce qui laissait aux époux du temps pour de nouvelles décisions, à l’heure actuelle, la pression sociale, économique et juridique en faveur d’un divorce civil rapide se fait de plus en plus insistante. C’est ainsi qu’il est très rare qu’un tribunal civil prenne une décision de séparation de biens et de corps. On peut le regretter. De même, la conciliation prévue par certaines procédures n’a plus pour objectif de rechercher les voies d’une possible conciliation. Elle est un rouage de l’engrenage qui conduira à la séparation définitive dans un divorce. C’est l’étape importante pour aménager les dispositions provisoires généralement reprises dans le prononcé du divorce.