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L'enjeu symbolique

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Livres
290 pages

Description

Si le retour sur la scène publique du discours identitaire et religieux laisse percevoir une fracture entre modernité et tradition, celle-ci n'est qu'apparente. Interrogeant les religions issues du judaïsme - islam, catholicisme, protestantisme - l'auteur recense et interprète les spécificités qui ont contribué à différencier leur destin. Il ressort de cette investigation, qui remonte jusqu'aux fondements des sociétés humaines, que les archaïsmes sacrificiels sont toujours opératoires dans les sociétés contemporaines.

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Ajouté le 01 novembre 2004
EAN13 9782296372641
Langue Français
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L'ENJEU SYMBOLIQUE Islam, christianisme,modernité

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse téllloigne que démarche clinique et théorie issues de challlps voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus BENOIT Pierre, Le COJpSet la peine des HOlnlnes, 2004. LEFEVRE Alain, Le spectateur appliqué, 2004. STRAUSS-RAFFY, Le saisissement de l'écriture, 2004. DINTRICH Carmen, Autopsie d'unfantôme, 2004. DUBOIS Thierry, Addiction, ce monde oublié, 2004. TOUSSAINT Didier, Renault ou l'inconscient d'une entreprise, 2004.

LEFEVRE Alain, De la paternité et des psychoses, Tome 2

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Du

psychotique, 2004. J.L. SUDRES, G. ROUX, M. LAHARIE et F. De La FOURNIERE (sous la dir.), La personne âgée en art-thérapie. De l'expression au lien social, 2003 BARRY Aboubacar, La double inscription, 2003. P. MARCHAIS, L'activité psychique, 2003 HACHET Pascal, Du trauma à la créativité: essais de psychanalyse appliquée, 2003 PRATT Jean-François, Mots pour maux, 2003. PIERRAI(OS Maria, La « tapeuse » de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée, réflexionsd'une psychanalyste navrée, 2003. CUYNET Patrice (dir.), Héritages - « les enjeux psychiques de la transn1ission », 2003 LEFEVRE Alain, Les vestibules du ciel. A propos de la paternité et des psychoses tOlneJ-Du père, 2003. SUDRES J.-L., ROUX G., et LAHARIE M., Humeurs et pratiques d'art-thérapie, 2003. ZAGDOUN Roger, Hitler et Freud: un transfertparanoïaque, 2002.

Véronique Hervouët

L'ENJEU

SYMBOLIQUE

Islam, christianisme, modernité
Interprétation psychanalytique religieux et idéologiques et de leurs conflits

des fondements

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti IS 10124 Torino ITALIE

HONGRIE

Du même auteur

J'ouïs, ou la modernité en équivoque, Sides, 2001.

cg L'HARMATTAN, 2004 ISBN: 2-7475-7067-3 EAN: 9782747570671

Préambule

Nous sommes entrés dans une phase aiguë du "malaise dans la civilisation" énoncé par Freud, qui se caractérise par un double mouvement offensif: - le déploiement auto-destructeur et néo-colonial du monde occidental qui se réalise sur le mode de la mondialisation économique et financière; - l'insurrection d'un Islam totalitaire décidé à imposer par la violence sa conception archaïque du monde et sa domination. D'aucuns diagnostiquent dans cet état de faits un choc des civilisations tandis que d'autres y voient une réaction légitime, contestataire, à l'arrogance occidentale, un versus islamique de la lutte des classes qui prendrait le relais des revendications des peuples depuis l' effondrement du credo marxiste. Contournant l'ornière que constituent ces deux points de vue en raison de leur ancrage idéologique, nous développerons notre analyse dans le champ symbolique, espace au sein duquel nous nous attacherons à réduire cette fracture entre modernité occidentale et tradition en les plaçant sur un même axe symbolique que nous désignerons en termes de "signifiants archaïques". Des signifiants qui déterminent, structurent et régulent à leur insu l'ensemble des

sociétés humaines, sous-tendant les symptômes spécifiques manifestés par le monde musulman et s'exprimant aussi - différemment mais de façon non moins symptomatique - dans le monde occidental contemporain déconcerté par la déchristianisation, déstructuré par la féroce emprise de l'économie et aveuglé par l'idéologie libérale libertaire. Des signifiants qu'il convient d'exhumer pour mettre à jour la logique symbolique qui conditionne d'une part l'immobilisme des sociétés structurées par l'Islam et d'autre part l'aliénation de la société occidentale contemporaine convertie à l'économisme qui les conduisent l'une et l'autre au totalitarisme et à la barbarie. C'est à partir de la réduction, en termes symboliques communs, de cette fracture du monde qu'il nous semble possible d'envisager les amendements nécessaires à une possible réconciliation. De l'actualité comme symptôme Si l'effacement des rapports de force "Est-Ouest", la domination exclusive de la puissance américaine, l'expansion accélérée du marché dans l'espace mondial laissaient présager les dangers inhérents à l'accroissement rapide et ostentatoire du déséquilibre mondial, les événements du Il septembre 2001 sont venus bouleverser, en insérant la marque hétérogène du réel et de l'horreur, cette projection du monde occidental dans un fantasme de toute-puissance enraciné dans les certitudes scientifiques, le pouvoir technologique et l'abstraction économique et financière. Des événements qui se sont distingués en suscitant, au moins autant que l'horreur, une pétrification étrange confinant à la fascination du monde occidental. Une réaction qui fait état de l'irruption inattendue d'une 8

dialectique oubliée faisant ressurgir de l'inconscient, comme aux forceps, des symboles archaïques dont la puissance se fonde de leur conjonction aux repères les plus matérialisés du réel et de leur relais dans l'imaginaire par le réseau médiatique mondialisé : la chair sacrifiée en un gigantesque holocauste et l'effondrement des deux tours symboles de l'érection magistrale du Nouveau Monde dans sa maturité triomphante; défi et menace d'un Islam se déclarant humilié, adressés au "vieux maître occidental" et exposés à la face du monde sous la forme symbolique d'une castration monumentale. Symbolique de la castration qui revient brutalement au sujet occidental sous les feux de l'actualité, par delà trente années d'anesthésie pratiquée par la société de consommation qui le gouverne; symbolique que tous les médias du monde ressassèrent avec une complaisance singulière comme si, ne demandant qu'à se distancier de sa culture à l'opportunité de cette séquence spectaculaire de fléchissement de sa maîtrise, la société occidentale se montrait capable de devenir étrangère à elle-même au point de s'identifier à ses agresseurs pour prendre sa part de jouissance dans cet échantillon de sa propre apocalypse. Si la symbolique des événements du Il septembre nous donne des indices significatifs, il convient toutefois d'appréhender les signifiants en amont, notamment lesquels motivent le sentiment d'humiliation revendiqué par l'Islam. De même, il est impératif d'élucider la signification sous-jacente aux réactions identificatoires paradoxales du monde occidental. Questions qui ne sauraient trouver de réponse sans que soient analysés en profondeur le champ symbolique de l'Islam, dialectisé en termes religieux définitifs, et celui de la société occidentale contemporaine qui se distingue, via les exégèses et réformes historiques, par des mutations dont il convient 9

d'élucider les termes en étudiant leurs transitions successives: de la théologie judéo-chrétienne à une sécularisation qui se caractérise par le triomphe d'un matérialisme technicien et d'une dialectique régie par le signifiant économique.

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1ère PARTIE

SIGNIFIANTS ARCHAÏQUES

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Malaise dans la tradition

La tendance au durcissement de l'Islam contemporain traduit sans équivoque l'impérieuse nécessité d'un repli sécuritaire vers un ordre et une identité culturelle antérieurs. Le ressentiment à l'égard des croisades et de la colonisation est souvent évoqué par les tenants de cette fuite à rebours pour en pointer la cause. Mais l'on ne saurait se contenter de cet argument pour autant que la plupart des pays du monde, qui ont subi nombre d'invasions douloureuses au cours de leur histoire, seraient susceptibles de revendiquer ce même ressentiment. Ce qui est loin d'être le cas général. Le plus souvent, l'histoire fait état d'un progressif aménagement de la culture d'origine avec celle de l'envahisseur, n'excluant pas les influences réciproques. L'Andalousie souffre-t-elle d'un ressentiment à l'égard de ses ex-conquérants arabes, éprouve-t-elle un sentiment récurrent d'humiliation? Les pays d'Asie qui ont aussi subi douloureusement la colonisation ressassent-ils des 13

rancoeurs à l'encontre de leurs anciens colons? Or, dans le cadre des pays structurés par l'Islam, le ressentiment qui s'articule en termes de "sentiment d'humiliation" prend les dimensions symptomatiques d'un traumatisme indépassable. De quelle nature spécifique est donc ce traumatisme pour qu'il engendre ce mouvement de repli phobique dans des traditions séculaires au point de compromettre toute perspective d'amélioration et même d'aggraver les conditions d'existence déjà précaires de ces populations? En quoi ces traditions constituent-elles un refuge?
Colonisation, décolonisation, mondialisation

Évidemment, nous ne saurions ignorer le problème de la colonisation. Tout le monde s'entend pour considérer qu'il s'agit d'un traumatisme pour les pays qui l'ont subie. Notre propos n'est pas d'inventorier cette séquence douloureuse qui a fait par ailleurs l'objet de nombreux ouvrages. Notons toutefois que la culpabilité qui s'y attache dans la société occidentale sous-tend des affects inconscients qui ont pour conséquence d'empêcher une critique dépassionnée du colonialisme et de ses effets. C'est en quoi il nous paraît préférable, pour étudier cette confrontation conflictuelle des valeurs de la modernité occidentale à celles des sociétés traditionnelles à laquelle nous assistons actuellement, de contourner ces espaces polémiques où l'analyse cède à la culpabilité ou au ressentiment, autrement dit d'écarter maints aspects du "refoulé" qui participent de ce que l'on appelle l'idéologie dominante. Nous nous abstiendrons donc d'aborder notre sujet dans une perspective historique et chronologique sans toutefois nous interdire d'y faire référence chaque fois qu'il en sera besoin. 14

Une analyse de Constantin Von Barloewenl, dont nous vous présentons quelques extraits, nous permet d'aborder d'emblée la confrontation problématique des sociétés traditionnelles avec la modernité, dans son actualité, c'està-dire le contexte contemporain de la mondialisation. Elle présente en outre l'avantage d'orienter notre interrogation vers les fondements de cette problématique:
"Depuis la fin du conflit Est-Ouest, on assiste d'un côté à la globalisation de la communication et des finances, de l'autre à une fragmentation et à une balkanisation politiques à travers les conflits qui éclatent dans le monde entier. On peut presque parler d'une "ethnicisation" des relations politiques et économiques internationales. (...) Carl Friedrich von Weizsacker a pu parler d'une "politique intérieure mondiale". Cette dernière tourne de plus en plus autour d'un problème d'Archimède: la relation avec l'autre (...). Les grands acteurs occidentaux de la politique et de l'économie internationale exercent de fortes pressions sur le reste du monde pour imposer la modernisation telle qu'ils l'entendent. Or les sociétés et les cultures qui subissent celle-ci entrent en conflit avec elles-mêmes. Sont particulièrement visées les cultures de l'islam comme celles traditionnelles du Caucase, les cultures anciennes d' Afiique, celles de certains pays d'Amérique latine ou d'Asie. Nous sommes témoins d'un conflit politique et économique virulent sur la nature de l'ordre et de l'identité publics. La révolte contre la modernité occidentale et l' instrumentalisation politique du concept d'identité aboutissent à des conflits fondamentalistes, comme en Algérie ou en Mghanistan, au Soudan, en Inde ou au Pakistan. Les tendances fondamentalistes sont essentiellement anti-modernes. (...) Nous devons donc nous poser la question élémentaire: pourquoi le développement est-il possible en Europe ou en Amérique du Nord, alors qu'il est impossible au Kenya, en Arabie Saoudite ou au Brésil?

1. Constantin Von Barloewen est professeur d'anthropologie et auteur de L'anthropologie de la mondialisation (éd. des Syrtes, Paris 2001). L'extrait du texte que nous présentons est issu d'un article intitulé aLa culture, facteur de la Realpolitik", paru dans le Monde diplomatique (nov. 2001).

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Sous-estimée par la Realpolitik, l'histoire culturelle s'avère indispensable pour comprendre les véritables logiques de la pensée et de l'action d'une société et de son économie -le mouvement interne."

Pour comprendre ce mouvement interne dans les sociétés traditionnelles, qui se présente actuellement en état de crise où culmine le problème de la relation à l'Autre, qui retentit dans le corps social en un conflit avec lui-même, nous pensons nécessaire de déterminer tout d'abord les enjeux symboliques sous-jacents à ces manifestations identitaires pour savoir en quoi ils participent des aspects violents et passionnels de cette crise. Si l'expansion de la modernité dans le champ des traditions est évidemment en cause, le caractère identitaire de la réaction qu'elle génère peut aussi orienter notre investigation au coeur des sociétés musulmanes, pour y pointer dès à présent quelques conséquences de la décolonisation: alors que l'accès à l'indépendance portait logiquement la promesse d'une avancée autonome vers une vie meilleure, les années passèrent sans que vienne l'amélioration espérée; le temps de faire le constat d'un rendez-vous manqué avec le progrès. Un échec induisant un doute sur soi-même, un sentiment d'impuissance qui confine à "I 'humiliation". Échec d'autant plus douloureux que la responsabilité ne peut plus être affectée à l'Autre, la puissance coloniale, mais à trouver à l'intérieur de soi-même. Un échec qui suscite des questions identitaires parce qu'il sous-tend des implications d'ordre culturel: en l'occurrence les contraintes exercées par une religion réfractaire à l'exégèse théologique, qui conditionne la rigidité des traditions dont l'incidence principale intervient sur le plan des moeurs, qui elles-mêmes déterminent l'immobilisme des structures sociales et économiques.

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Nous n'aborderons pas dans le détail cette conjoncture qu'Abdelwahab Meddeb analyse admirablement - en recadrant la séquence coloniale et post-coloniale dans une perspective historique amplement déployée - dans La Maladie de l'Islam (éd. du Seuil, 2002). Dans cet ouvrage, l'auteur repère et décrypte, dans les structures psychiques, sociales, idéologiques arabo-musulmanes, les symptômes issus des échecs successifs enregistrés par l'Islam. Échecs bien antérieurs à la colonisation mais que la colonisation et l'expansion mondiale de la culture occidentale vont accentuer jusqu'à engendrer un ressentiment dont il semble que l'intégrisme soit la phase réactive majeure:
"Le monde islamique n'a cessé d'être inconsolé de sa destitution. Il a connu un très grand moment de civilisation, accompagné de son audace hégémonique. (H') Pour l'Islam, l'entropie était à l'oeuvre dès le XIVe siècle, mais c'est seulement à la fin du XVIIIe (avec l'expédition de Bonaparte en Égypte) que les musulmans euxmêmes commencent à prendre conscience qu'ils ne sont plus à la hauteur de l'Occident. Un tel écart a conduit nombre de pays appartenant à la territorialité islamique à être colonisés parce qu'ils étaient colonisables. Le sujet islamique, qui se revendiquait supérieur ou au moins égal à l'occidental, ne saisit pas le processus qui l'a conduit à tant de faiblesse dans sa confrontation avec le

protagoniste européen ('H)' Les sociétés d'Islam (H'), lors de la
phase post-coloniale, ont connu la démocratisation sans avoir goûté à la démocratie. C'est dans un tel contexte que la mutation a eu lieu: d'aristocratique, le sujet islamique devint peu à peu l'homme du ressentiment, cet homme frustré, insatisfait, se pensant audessus des conditions qui lui sont faites (...). Or, cet état de choses ne date pas de l'époque coloniale; la domination impériale qu'ont subie la plupart des pays d'islam n'est pas la cause de leur déclin mais la conséquence: le sujet islamique n'était plus créateur depuis des siècles dans le domaine scientifique et il n'était pas non plus maître de l'évolution technique (...)."

Nous sommes ramenés par ces voies à cette tendance à l'immobilisme, caractéristique des sociétés traditionnelles, dont nous faisions état précédemment. Jean-Claude Barreau, dans un livre pertinent et 17

audacieux paru en 1991, période où le silence sur ce sujet était total (De l 'lslam en général et de la modernité en particulier - éd.Le Pré aux clercs), développe une analyse originale, oscillant de la théologie comparée (Islam / christianisme) au rationalisme laïque. Il pointe notamment une incidence majeure du conservatisme des sociétés traditionnelles sur la dynamique socio-économique qui, bien que toujours vérifiée sur le terrain au point de faire évidence, est rarement soulignée:
"Les rapports de l'homme et de la femme sont au coeur de toute civilisation. (H') entre l'homme et la femme, nous sommes obligés de constater que la seule civilisation qui n'ait pas complètement tenu la femme à l'écart de la vie publique est l'occidentale. C'est certainement l'un des facteurs de sa modernité. (H') Sans la différence des sexes, la dynamique sociale est moins forte. Les pôles masculin et féminin sont indispensables pour mettre le corps social sous "haute tension".

L'écrivain Fawzia Zouari, intellectuelle française d'origine tunisienne, confirme ce diagnostic; articulant avec une remarquable concision le malaise de la société musulmane contemporaine avec cet échec issu de sa confrontation avec l'Occident, elle place judicieusement la question du statut féminin au centre de cette problématique:
"La question de la femme est aujourd'hui au coeur du débat sur le développement et le devenir des sociétés arabes contemporaines. Au point précis où s'articulent le rapport entre les sexes, mais aussi la tension entre tradition et modernité, entre laïcité et religion. Partant, elle fait l'objet des querelles incessantes que se livrent les politiques et les religieux, les forces progressistes et les courants orthodoxes. Tous savent que la réponse qui sera apportée au "statut de la femme" équivaut ni plus ni moins au choix d'un modèle de société et demeure indissociable de tout projet de "modernisation" . De fait, l'émergence des femmes dans l'espace public constitue la véritable épreuve de I'homme arabe contemporain. Elle menace de brouiller les repères de celui qui, depuis le déclin de sa civilisation et la disparition de ses empires, de Bagdad à l'Andalousie, sait qu'il n'est plus le centre du monde, le 18

maître traqué ultime privé,

du savoir et de la science, mais un observateur impuissant, jusque dans le lieu où il a choisi de se retrancher, cette retraite où il peut encore commander: le gouvernement du c'est-à-dire du féminin." (Extrait d'un texte intitulé "Les hommesà l'épreuve", paru dans Téléraman° 2706 du 21/09/01).

Soulignons

au passage

le terme

"repères"

- dont

les

contenus sont à préciser et la nature sYlnbolique à définir, de même que l'adjectif "impuissant", attribué au sujet masculin pour qualifier son malaise, auquel on peut donner valeur de symptôme. Si l'on veut bien considérer que c'est le "système des valeurs d'une culture qui influe sur l'ensemble de la société [et que] I'histoire culturelle de l'être humain s'exprime au travers des comportements symboliques déterminés par le langage2", nous nous attacherons, dans notre prospection de l'histoire, de la religion et des traditions de l'Islam (notre propos n'étant pas de les inventorier mais d'en prélever des échantillons significatifs) à étudier la façon dont sont gérés dans ces sociétés ces paramètres symboliques déterminants que sont: la différence sexuée, les modalités d'identification qui s'en déterminent; les modes de régulation du désir et de la jouissance qui s'y attachent, en mettant l'accent sur ces aspects spécifiquement humains que sont la gratification et son revers, l'Interdit... et le sentiment de privation qui s'en déduit.

L'Islam et l'Autre Nous ne nous engagerons pas dans une interprétation psychanalytique de la version coranique du récit biblique mais tenterons de mettre en évidence, pour en dégager
2. Constantin Von Barloewen, ibid.

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les signifiants, les écarts qui la différencient des textes fondateurs et tout particulièrement de sa version chrétienne3. Nous initierons notre analyse en pointant d'emblée cet aspect le plus saillant de la religion mahométane qu'est la problématique féminine, axe fondamental autour duquel s'articulent tant les textes sacrés que les prescriptions de la tradition, mais également les revendications du fondamentalisme islamique contemporain. Les historiens s'entendent pour dire que l'Islam se constitue selon un modèle guerrier, qui se confinne historiquement par son mode d'expansion militaire. Son articulation, dans tous ses vecteurs d'application, se déploie selon une logique fondée sur une promotion exclusive des valeurs viriles qui exige l'exclusion de tout ce qui se manifeste comme différent, susceptible de les mettre en cause. Postulons d'emblée, sans risquer de nous tromper, que la femme se trouve ici désignée comme l'objet d'exclusion de référence pour être l'Autre absolu, qui incarne ces deux facteurs de trouble. Il n'est pas besoin de s'étendre sur la condition réservée aux femmes en terre d'Islam pour que se vérifie cette hypothèse tant elle demeure l'objet central, pathologique, livré aux feux permanents des discours. Pointons notamment ce précepte révélateur que la femme soit, selon les indications du prophète lui-même, traitée sur le modèle des prisonniers de guerre4, ce qui la désigne
3. Cette option comparative avec le christianisme, notamment ses versions catholique et protestante, se justifie par la projection de notre ouvrage dans le champ de la modernité occidentale contemporaine que nous développerons dès la seconde partie. 4. Dans un sermon prononcé en 632, Mahomet compare les femmes à des prisonnières de guerre et préconise de les traiter comme telles.

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irréductiblement - et quelle que soit son appartenance comme étrangère à la "Maison de l'Islam". Étant entendu que l'Islam différencie le monde en trois parties: la Maison de l'Islam, désignant l'ensemble des pays musulmans; la Maison de la Trêve, les pays avec lesquels les États musulmans ont conclu des traités; la Maison de la Guerre étant le reste du monde que l'on peut qualifier, conformément à cette logique "islamocentrique", d'Autremonde. Un schéma qui confirme de façon éloquente les fondements politiques et guerriers sous-jacents à l'Islam et sa structure phobique - explicitement phallocentrique fondée sur la disqualification de tout ce qui est Autre, étranger à lui-même. Dans ce contexte dialectique, la femme se présente comme l'ennemi de référence, l'Autre qui menace, qui met en péril la cohésion du collectif masculin et qu'il s'agit de mettre hors d'état de nuire. Cette discrimination fonctionne comme un principe régulateur des sociétés structurées par l'Islam et se décline en deux versants sur lesquels s'articulent le système légal et les caractères spécifiques de l'économie: -l'inégalité entre hommes et femmes, -l'inégalité entre musulmans et non-musulmans5. Ces exclusions déterminent en quelque sorte une soushumanité à partir de laquelle se définit le corps social élu en s'en différenciant, pour en déduire le privilège de sa

5. La condition inégale des non-musulmans était patente dans les séquences historiques où l'Islam était dominant,. l'influence de l'Occident dans le monde contemporain en rend la réalisation plus difficile aujourd 'hui, même si l'Islam intégriste tend à vouloir rétablir cette prérogative dans des espaces politiques moins protégés (notamment au Soudan et en Mauritanie).

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jouissance6. Dans ce contexte, l'Autre est chargé d'assumer la privation de jouissance. Privation qui fonde ce concept psychanalytique essentiel (qui ne manque pas de faire toujours scandale et de susciter dénégation, incrédulité et suspicion) : la castration symbolique. C'est cette castration assignée à l'Autre (dont la femme incarne le prototype), qui suscite ce mépris qu'on lui témoigne, la distance dans laquelle on la tient, qui confinent ordinairement à I'horreur et à la haine. L'Islam, par ses traditions qui se soutiennent des discours limpides de la théologie, met en évidence ce qui paraît à des degrés divers dans la plupart des sociétés traditionnelles, et se manifeste par des poches de résistance obscure, voire sous couvert de dénégations ostentatoires dans les sociétés modernes: la constitution des premières sociétés humaines - à commencer par la cellule familiale n'a pu s'élaborer sans légiférer impitoyablement sur les relations sexuées. Les rivalités et les risques de discorde qui s'y attachent ne sont certes pas faits pour unir les hommes... mais il semble plus encore que ce soit l'embarrassante problématique de l'inceste, spécifique aux êtres parlants que nous sommes, qui ait induit cette organisation sociale singulière où l'entente des hommes ne peut se réaliser, le plus généralement, qu'au prix de la
6. Le Coran consacre de longues sourates à légiférer sur les modalités de jouissance et leur répartition: à commencer par celle acquise sexuellement auprès des femmes (sourate 4) et, par extension, celles acquises aux dépens des non-musulmans: interdits, obligations et impôts spécifiques assignés aux Hdhimmis" (terme désignant les non-musulmans) de même que les butins (qui font l'objet de la sourate 8), fruits du pillage des biens pris à l'ennemi, butin qui inclut cette autre richesse que constituent les prisonniers voués à l'esclavage (force de production et objets marchands). Esclavage qui définit d'ailleurs une catégorie inférieure dans la sous-catégorie des femmes: Hies captives ", esclaves converties à l'Islam, dont le statut inférieur implique moins de contraintes à la jouissance.

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marginalisation des femmes.
"La peur de la femme, l'angoisse devant les forces procréatives qu'elle charrie en elle, l'étrange inquiétude que soulève cette attirance mystérieuse vers un être inconnu qui n'est souvent que l'inconnu de l'être. Tout cela se mue fréquemment en beaucoup de sociétés en refus de la femme." (Abdelwahab Boudhiba, La sexualité en Islam, p. 143, éditionsPUF, 1e édition 1975, 3e édition
1982.)

De la loi des mâles à la loi du Père, au culte de Dieu-IePère, le raccourci est sans doute un peu triviaL.. Aucun témoignage ne subsiste pour confirmer cette déclinaison mais les textes religieux, notamment l'Ancien Testament biblique ou le Coran qui en dérive, sont traversés de part en part de cette problématique sexuelle, d'anecdotes et d'évocations significatives qui permettent de penser que le sacral et le sexuel ont pour le moins des relations réciproques.
"S'il m'avait été donné d'ordonner à quelqu'un de se prosterner devant un autre qu'Allah, j'aurais assurément ordonné à la femme de se prosterner devant son mari, si grands sont ses droits sur elle." (dans La sexualité et l'Islam, A. Boudhiba, p. 144).

Dans ce commentaire du prophète Mahomet, moins anodin qu'il y paraît, s'articule clairement que, derrière la relation de I'homme à Dieu, se profile la relation de la femme à I'homme telle que ce dernier l'a déterminée: la soumission (rappelons au passage qu'Islam veut dire soumission en arabe). Les hypothèses articulées par Freud dans Totem et tabou et la logique lacanienne se conjoignent en effet pour reconnaître des origines sexuelles au sacré, affectant les mêmes structures aux archaïsmes infantiles (à mettre sous le signe du complexe d'Œdipe) et aux religions monothéistes qui en dérivent. Œdipe traumatique Il se trouve que dans le cadre particulier de l'Islam, la 23

soumission des fils au Père se trouve renforcée d'un caractère traumatique par le préalable d'une parenthèse d'amour fusionnel entre le fils et la mère qui s'inscrit durablement, intimement, de la naissance jusqu'aux rites d'initiation qui ont lieu tardivement, dans les années précédant parfois de très près la puberté. Quelques vues sur la pratique du hammam, qui occupe une place symbolique et érotique prépondérante dans les sociétés arabo-musulmanes, peut nous donner une idée de l'intimité et de l'intensité singulière de cette relation mère-fils:
"Aller au hammam, c'est s'enfoncer dans un mystère. C'est retourner en rêve au sein maternel. (...) L'usage veut que les enfants aillent au hammam en compagnie des femmes et ce jusqu'à leur puberté. Comme par ailleurs l'âge de la puberté n'est pas le même pour tous, que le seuil à partir duquel on "est devenu grand" est fort élastique; comme une mère a toujours tendance à voir dans son fils un éternel enfant; comme les autres femmes ne sont nullement dérangées par la présence d'un garçon jeune ou pas, comme au surplus mener un garçon au hammam est une corvée dont le père préfère se décharger aussi longtemps que possible sur la mère, le spectacle de grands enfants, de pré-adolescents, cotoyant dans leur nudité celle de femmes de tous âges n'est pas rare. (H') Quel arabo-musulman ne garde le souvenir de tant de chair nue et de tant de sensations ambiguës? (...) Le hammam, pour le garçon, c'est le lieu où l'on découvre l'anatomie de l'autre et dont on est chassé une fois la découverte réalisée. " (A. Boudhiba, p. 211, ibid.)

Pour ce qui est des rites initiatiques, caractéristiques des sociétés primitives, ils marquent à la fois charnellement et symboliquement le passage du statut d'enfant à celui d'adulte-sexué; ils constituent le moyen par lequel la collectivité légifère en matière de sexualité et de procréation. Ils concernent plus particulièrement le sexe mâle et prennent singulièrement la forme de la circoncision sur des continents fort éloignés les uns des autres et dans des

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cadres religieux très différenciés (des populations aborigènes d'Australie à celles de l'Afrique, animistes ou musulmanes). Ces rites sont scrupuleusement conservés dans la plupartdes sociétés traditionnelles. Dans le cadre de l'Islam, la circoncision peut avoir lieu entre un et douze ans?, l'âge n'en étant pas fixé de manière rigoureuse. Mais elle intervient généralement très tardivement. Les rites traditionnels qui l'accompagnent (bien qu'ils donnent lieu à des interprétations diverses) démontrent de façon éloquente qu'ils ont pour fonction symbolique de sanctionner l'appartenance sexuelle au groupe masculin et de signifier la séparation irrévoccable avec la mère. Acte symbolique dont on ne saurait ignorer ce qu'il comporte de menace, signifiée charnellement par la mutilation de ce précieux organe dont l'enfant sait qu'il lui vaut tous ses privilèges, menace d'autant plus tangible qu'elle intervient sur fond de culpabilité.

7. A titre comparatif, la tradition judaïque qui préconise de pratiquer la circoncision au huitième jour, n'induit pas de conséquences psychiques traumatiques chez l'enfant (n'étant pas encore introduit au langage, il ne peut donc en mémoriser aucune signification) ni de singularité ou d'incidence particulière sur le plan de l'organisation sociale. Si nous observons par contre les traditions des Papous de Nouvelle-Guinée, où l'enfant est soustrait à l'univers féminin vers l'âge de 9 ans, la circoncision pratiquée très tardivement parmi d'autres rites initiatiques extrêmement violents et traumatiques (qui comportent une dimension homosexuelle affirmée) sont destinés à rompre les liens profonds et exclusifs établis entre l'enfant mâle et sa mère,. l'organisation sociale qui s'en déduit est la séparation radicale des sexes, où la phobie est très perceptible: les femmes y font l'objet d'un mépris explicite et de traitements brutaux,. rejetées du collectif masculin, elles survivent de façon misérable, regroupées en marge de la collectivité masculine. Nous pouvons en déduire sans risquer de nous tromper qu'en tel contexte le désir féminin frustré se rabat sur les fils dans une relation d'amour intime et fusionnel, occasionnant les incidences usuelles sur les plans psychique et social, à savoir le rejet phobique et violent du sexe féminin, la bipartition sexuelle.

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"Les festivités dont ils l'entourent sont en fait des cérémonies par lesquelles les jeunes enfants sont admis dans le groupe. D'où l'âge avancé auquel elle est pratiquée. La circoncision est un passage au monde des adultes et une préparation faite dans le sang et la douleur, donc inoubliable à l'heure des responsabilités. (H') Entrer dans le monde des adultes signifie(H') peut-être avant tout ne plus cotoyer que les hommes, ne plus voir que les hommes, ne parler qu'à des hommes. Le hiatus qui consacre la bipartition sexuelle de la société musulmane est alors consommé." (A. Boudhiba, idem.)

Cette séquence fusionne lie mère-fils assortie de son issue traumatique est profondément ancrée dans l'intimité du vécu et l'inconscient des sociétés musulmanes. Si elle n'est pas à proprement parler institutionnalisée, il semble "qu'elle soit demeurée souterraine, presque masquée, occultée, comme s'il valait mieux n'en point sonder les profondeurs susceptibles de s'abîmer vertigineusement vers l'inceste". (Camille Lacoste-Dujardin, Des mères contre les femmes, éd. La Découverte/Poche, 1996.) Elle engendre un tel rejet phobique de la femme par les hommes que le couple originaire mère-fils de la période infantile demeure la seule et ultime représentation de l'amour entre les sexes.
Dans toutes les sociétés traditionnelles, les rapports entre hommes et femmes sont des rapports sans amour. (Jean-Claude Barreau, p. 81, ibid)

C'est en effet parce que pèsent sur la femme toutes les représentations de la privation de jouissance et que celleci se réfère explicitement à l'appartenance sexuelle; parce qu'elle se confirme de la dépréciation générale de son statut et de son exclusion sur le plan social, de son asservissement au désir et aux besoins masculins sur le plan intime, qu'elle se traduit inconsciemment en termes de castration, induisant l'horreur d'une menace qui concerne autant l'organe masculin que le privilège 26

d'existence qui s'y attache. C'est pourquoi la femme fait l'objet d'un puissant tabou et d'un bannissement tels que le couple hétérosexuel adulte n'existe qu'en fonction de considérations sexuelles formulées en termes "d'hygiène" (masculine), de la nécessité de la procréation et des avantages des services domestiques et patrimoniaux (la dot) que la femme peut prodiguer.
"Pas d'attente affective dans la relation au conjoint, pour les hommes comblés par leur mère, pour les femmes qui seront comblées par leur fils. La relation hétérosexuelle la plus forte, la relation maternelle des mères à leurs fils, fait trop écran à la relation conjugale." (Camille Lacoste-Dujardin, idem.)

Quand l'Autre est à ce point voué au refoulement et à la méconnaissance, on peut comprendre que le mariage puisse être arrangé, laissé au choix des parents sans consulter les protagonistes. Cette situation engendre une immense frustration des deux sexes, mais tout particulièrement une aliénation du désir féminin qui se reporte avec d'autant plus d'intensité dans la relation mère-fils fusionnelle.
"Si la sexualité féminine potentiellement subversive a pu être dominée, soumise, refoulée à génération égale entre hommes et femmes, canalisée dans les règles sociales établies par les hommes, en même temps que l'affectivité, celle-ci a trouvé un refuge toléré parce que non compromettant pour l'ordre social à une génération d'écart, dans la relation forte, chamelle, intime et durable qui lie les mères à leurs fils." (Camille Lacoste-Dujardin, idem.)

Cette fixation au fils du désir féminin occasionne la déception et la frustration des mères à la naissance de leurs filles, qui est vécue comme une calamité; rejetées par la société masculine, les filles le sont aussi par la société des femmes à commencer par leur propre mère (ce qui, à chaque génération, réaffirme leur disgrâce sur le 27

plan symbolique puisque c'est la mère qui, par son désir, désigne le privilège du phallus). Cette privation de toute reconnaissance, de toute considération; la soumission au devoir, le renoncement total à leur propre désir, l'abnégation qu'on leur enseigne en conséquence, constituent une blessure profonde dans le psychisme féminin. De cette discrimination, les femmes conçoivent du mépris pour leur propre sexe mais éprouvent aussi par contre-coup un intense besoin d'amour et de reconnaissance sociale, lesquels, d'être frustrés par le rejet des hommes, ne pourront se concrétiser que par la naissance... d'un fils. Car dans la tradition, la seule fonction, la seule compétence reconnue aux femmes, le seul bonheur qui leur soit autorisé et qu'elles puissent concevoir est la maternité; la seule valorisée étant celle d'un fils. Cette relation abusive de la mère au fils occasionne évidemment des difficultés quand vient l'heure fatidique du mariage. Une rivalité féroce s'instaure alors entre belle-mère et bru, c'est-à-dire la mère-du-fils et la femmedu-fils, d'autant plus douloureusement que la tradition les fait cohabiter. Si la belle-mère ressent douloureusement l'obligation de partager son fils avec une rivale, elle trouve pourtant une compensation en la soumettant à son service; position de domination et d'autorité qui lui donne un semblant de revançhe sur ce qu'elle a elle-même subi en lui permettant de bénéficier à son tour d'une part de jouissance de l'asservissement... du féminin. Curieuse séquence où la femme rejoint, aux dépens d'une autre femme, une identification quasiment masculine. C'est ce cantonnement des femmes dans leurs fonctions procréatives et maternelles, où la frustration de leur désir se reporte en amour éperdu pour leur fils, qui participe, de génération en génération, à perpétuer leur aliénation. 28

Cette disqualification du féminin, qui fonde la religion, structure les lois et se confirme dans l'intimité des traditions, induit chez les fils un assujettissement particulièrement symptomatique à l'ordre masculin, dont il convient de décrypter le sens pour en dégager le signifiant d'élection.

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