La Version arabe de la collection des lettres de Jean de Dalyatha

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Pour l'amour de Dieu, je prie quiconque rencontre ces traités de ne pas en blâmer l'auteur. Car, c'est ouvertement (et) dans la confiance qu'il exprimait les mystères de l'Esprit (et) me les envoyait à moi, le Frère du saint Jean, voulant ainsi me consoler, sachant que je souffrais à cause de lui. Il se trouvait privé de tout discours, de la vue des gens et du repos, isolé de tous les êtres humains dans une montagne hostile; malheureux au milieu des bêtes et des serpents, comptant sur son Seigneur et espérant chaque jour la mort. Parce que je portais dans mon coeur sa souffrance, il a cherché par ces lignes emplies de dons et de joie, à dissiper mes afflictions à son égard; toutefois il ne savait pas que je les copiais pour que d'autres les voient. C'est de cette manière que l'un des frères de Jean de Dalyatha expliqua la transmission des lettres de celui-ci... Une transmission par effraction en somme, qui vient jusqu'à nous pour nous inviter à pénétrer la mystique chrétienne de l'Église d'Orient. À travers un texte qui fixe en arabe et traduit en français cette oeuvre épistolaire, M. Nicolas établit une édition savante et argumentée de la production de Jean de Dalyatha sans jamais occulter la poésie et la beauté de textes qui rendent compte d'une expérience spirituelle intense.

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Date de parution 18 avril 2013
Nombre de visites sur la page 73
EAN13 9782342005981
Langue Français

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La Version arabe de la collection des Lettres de Jean de Dalyatha
Du même auteur
Les Sources du muwaššaandalou & Traité sur le zağal De la tradition mésopotamienne antique à la tradition "arabo-andalouse"Éditions Publibook, 2010
Michel Nicolas La Version arabe de la collection des Lettres de Jean de Dalyatha Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0117871.000.R.P.2012.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013 Illustration de couverture : extrait de la Lettre de Jean de Dalyatha à son frère en langues syriaque, arabe et éthiopienne, concernant le recueil assemblé par celui-ci (traduction p. 266)
Préface
« L’émerveillement » dans Dieu, thème central de l’œuvre de Jean de Dalyatha placé au sommet de l’engagement spirituel menant à l’approche de Dieu, ne consiste pas en la spéculation passionnée qui analyse des thèmes « théologiques ». Elle n’est pas non plus la prière, ni le rêve de joindre Dieu, mais est le point culminant qui dépasse toutes ces situations psychiques. Au stade de l’émerveillement, ces états-là surmontés n’auront plus raison d’exister. En d’autres termes, tant qu’il y a absence de cet émerveillement, le sujet demeure novice en dépit de toutes sincérité et assiduité dans l’engagement spirituel. Mais qu’entend l’auteur par cet émerveillement tant mis en relief ? C’est l’absorption dans Dieu, le Nirvana ou « extinction » en langage bouddhique ; la fusion dans le param-Brahman en langage hindou ou dans la Vérité Absolueﻖﻠﻄﻤﻟاﻖﺤﻟاen termes soufis… Il y a erreur donc d’estimer que la réalisation spirituelle s’accomplit au stade des mouvements psychiques et physiques de la prière et des élans émotionnels, ou à l’issue de simples spéculations intellectuelles si pénétrantes soient-elles. Et, quoique le dévot passe par ces étapes, s’il ne les franchit pas jusqu’à la fusion-émerveillement dans Dieu, le non-stade, le dévot maintient, qu’il en soit conscient ou non, une distance entre lui et Dieu. La méditation-absorption dans Dieu qui élimine toutes les formes par l’Informe, est le but de la vraie réalisation et le chemin du retour à Dieu, la fusion en Lui et la disparition de toute scission d’avec Lui. L’expression de ce thème central et but ultime accompagné des moyens qui permettent de le réaliser n’a nullement perdu de son aura avec la traduction de l’œuvre de Jean de Dalyatha du syriaque en arabe et de l’arabe en éthiopien malgré tous les écarts que ces trois textes affichent l’un par rapport à l’autre. De même, les œuvres de Jean de Dalyatha, déjà au début du e VIII siècle, brisent le « monopole » de toutes poétiques par la composition métrique prosodique en favorisant la prose
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poétique, la poésie « prosaïque », comme si l’auteur lui-même déjà à son époque avait conscience de la poétique sans les cadres et les bornes prosodiques, et comme s’il était conscient de la poésie appelée « libre » dans notre langage moderne. Outre les textes poétiques de Jean de Dalyatha, d’autres écrits d’un autre esprit et d’un auteur tout autre mais de la même époque, au nom de Josephazzaya, des Lettres aussi, introduites par erreur de copistes de manuscrits syriaques dans la collection des Lettres de Jean de Dalyatha, traitent de deux questions principales : « les opérations de la grâce dans l’intellect » traduites par des visions de positions des astres opérées dans l’ascète. Ces positions « vues » sont interprétées par les « opérations de la grâce » qui sont de trois niveaux : la 1 Pureté au sens général du terme, la Limpidité d’un niveau supérieur à la Pureté de par son lien direct avec le mental, et un troisième niveau supérieur aux deux et de nature purement spirituelle. Le second thème traité par Josephazzaya concerne la manifestation chez l’ascète des entraves liées aux pulsions des sens et les moyens de s’en libérer ainsi que des symptômes dans l’ascète qui s’en est affranchi. La qualification du personnage parazzaya qui veut dire « le voyant » en syriaque, se justifie par ses « interprétations » d’images perçues par des ascètes lors de leur prière ou méditation, ces derniers qui s’adressaient à lui pour en connaître la signification et la portée. Le présent ouvrage offre une approche pénétrante à ceux intéressés par la lecture mystico-poétique et qui portent un intérêt à l’orient chrétien des premiers siècles. Il donne en outre une analyse d’un langage arabe imprégné de syriaque et étudie le texte de manière didactique pour les amateurs de linguistique. Michel Nicolas
1 shapiûtaen syriaque veut dire aussi « transparence ».
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1 Le « Vieillard Spirituel » et son œuvre Ambiguïtés
Le surnom de « Vieillard Spirituel » est celui du mystique 2 chrétien nestorien de la Haute-Mésopotamie auquel est attribuée cette collection de Lettres écrite avec d’autres œuvres de lui en syriaque et traduite en arabe puis en éthiopien à partir de l’arabe. Les manuscrits syriaques désignent l’auteur par Sâba Rouanâya, arabes par ash-Shay ar-Rouâni et éthiopiens par Arägawi Manfäsawi. Dans les trois langues, le premier de ces termes veut dire « le vieillard » ou « l’ancien », et le second « spirituel ». Tous les manuscrits syriaques et arabes en notre 3 possession ne mentionnent pas le prénom « Jean » de l’auteur , ce qui laisse croire que le personnage était plus connu par son surnom le « Vieillard Spirituel » que nous trouvons dans tous les manuscrits syriaques, arabes et éthiopiens, que par son nom.
1  Signalons d’ores et déjà que pour permettre une identification sans ambiguïté des noms propres, nous adoptons une transcription conventionnelle en y marquant seules les laryngales. 2 Le Nestorianisme, Eglise indépendante, se réfère au Syrien Nestorius (m. 451) patriarche de Costantinople déposé par le concile d’Ephèse en 431 ayant prêché la séparation de la nature humaine du Christ de celle divine, et retirant à Marie le titre de « Mère de Dieu » en en faisant mère de seule la nature humaine du Christ. Cette doctrine précède Nestorius et se relie à Théodore de Mopsueste théologien et évêque grec originaire d’Antioche. 3  Dans notre texte, il est mentionné dans l’« Apologie » écrite par le frère de l’auteur, mais pas dans tous les manuscrits syriaques et arabes ; il n’est cité dans aucun manuscrit éthiopien (v. l’Appendice).
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4 L’absence de mention de l’identité complète de l’auteur a créé la confusion avec notamment un autre « Jean » contemporain et nestorien comme lui à savoir Jean bar Penkayê mais qui est d’un esprit et d’un style très différents. Cette e confusion s’était répandue au XV siècle bien qu’au même siècle des manuscrits syriaques aient commencé à affirmer que le « Vieillard Spirituel » prénommé Jean s’appelait en fait Jean 5 de Dalyatha .
Et, c’est cette même incertitude sur l’identité du « Vieillard Spirituel » dont la connaissance du prénom seul ne suffit pas à identifier, qui a laissé inédites les œuvres de l’auteur jusqu’au vingtième siècle, alors qu’elles sont d’une haute valeur spirituelle et littéraire. Et, jusqu’aux années soixante, ni la confusion entre notre auteur et Jean bar Penkayê, ni le mystère qui entourait l’identité du « Vieillard Spirituel » n’avaient encore été totalement dissipés par les travaux des chercheurs. Mais, dès le début des années soixante-dix, les travaux du Père Robert Beulay ont mis en lumière la véritable identité de notre auteur éclairant par conséquent le chemin de tous les autres chercheurs qui travaillent sur la question.
4 Selon Robert Beulay,Patrologia Orientalis, t.xxxIx, fasc.3, n° 180, p.10, la condamnation de Jean de Dalyatha par le patriarche nestorien Timothée Ier (v. plus loin) et malgré sa réhabilitation par le successeur de ce patriarche, a fait en sorte que ceux qui ont copié les œuvres de Jean évitent de mentionner son nom. Je ne partage pas cette opinion pour les deux raisons suivantes : a) Les autres auteurs condamnés à la même occasion par le patriarche susmentionné, leur nom n’a pas été objet de telles ambiguïtés et confusions ; b) les Jacobites (monophysites de langue syriaque se référant à leur pionnier Jacques Baradée m. 578) qui ont admis et transcrit ses œuvres, n’auraient pas hésité de citer son nom malgré sa condamnation vu l’intérêt qu’ils portaient à ses œuvres et vu leur opposition par là même aux Nestoriens qui, en raison de cette condamnation ne transcrivaient pas du moins ouvertement les œuvres de l’auteur. À signaler en outre qu’en raison de cela tous les manuscrits syriaques trouvés étaient écrits en caractère occidental (jacobite) qui diffère de l’écriture adoptée par les Nestoriens. 5 V. R. Beulay, ibid., p. 6.
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