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Le christianisme face à la crise écologique mondiale

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Livres
167 pages

Description

La crise écologique mondiale est aujourd'hui trop profonde pour être résolue par de seules solutions scientifiques ou économiques. La reconquête d'une dimension spirituelle semble être le seul contre-pouvoir à notre société techno-économique. Le christianisme, porté par les poussées "mondialisantes", doit poursuivre les transformations commencées depuis Vatican II, surmonter les blocages dogmatiques, se réapproprier le message christique, et développer une vision chrétienne de l'écologie.

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Ajouté le 01 septembre 2009
Nombre de lectures 246
EAN13 9782296237544
Langue Français
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PROLOGUE Un monde qui ne sait pas où il va !

L’industrialisation explose à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’utilisation d’une énergie fossile abondante et quasiment gratuite. Presque en concomitance, du fait des progrès de la médecine et de l’hygiène, un raz de marée démographique s’impose et s’intensifie. Une progression éloquente : 250 millions d’hommes peuplaient la terre à l’époque de Jésus-Christ, 3 milliards en 1960, 6,5 milliards aujourd’hui, population qui devrait se stabiliser en 2050 entre 9 et 10 milliards. Cette explosion démographique est lourde de conséquences pour l’environnement : il faudrait six planètes comme la terre pour faire bénéficier tous les humains des conditions de vie des pays les plus riches. (1) Alors que, pendant de nombreuses années, certains ont pu relativiser les problèmes environnementaux, la tension sur la biodiversité reconnue aujourd’hui par tous comme très préoccupante a désarmé ces oppositions. Des écosystèmes remarquables (massifs coralliens, forêts tropicales etc.) sont déjà réduits de moitié. D’innombrables espèces disparaissent. (2) Les dérèglements climatiques font également peser une menace globale sur l’avenir de l’humanité. En effet, aujourd’hui, plus aucun scientifique sérieux ne nie l’importance exceptionnelle du phénomène. Les températures moyennes du globe devraient augmenter de 1,8 à 4
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degrés d’ici la fin du siècle et la montée subséquente du niveau des océans devrait être comprise entre 0,18m et 0,59m (3). Les changements climatiques et la chute de la biodiversité ne sont toutefois pas les seuls problèmes qui doivent nous interpeller : la pollution des eaux par les engrais (4), les hydrocarbures pétroliers (5) et les pesticides, la qualité de l’air et des aliments sont également des sujets d’alarme. Outre l’atteinte à l’environnement que nous venons d’évoquer, quel avenir pour des milliards d’êtres humains ? Si une partie des habitants de la planète (pays industrialisés) vit dans des conditions de bien-être très supérieures à celles que leurs ascendants avaient connues, plusieurs milliards de pauvres végètent avec moins de 2 dollars par jour et le fossé entre riches et pauvres se creuse. Aujourd’hui la moitié de la population humaine demeure dans les villes ; les prévisions sont angoissantes en ce qui concerne l’urbanisation de ces concentrations humaines dans les pays en voie de développement. Quels dramatiques effets sociaux et psychologiques ! Cette surpopulation, on le constate tous les jours dans le monde, est source de conflits en tous lieux, voire de génocides, pour s’assurer des espaces vitaux. La population planétaire est maintenant bien trop nombreuse pour les ressources disponibles. Ce constat ne conduit pas à l’optimisme. Oui, la planète est en péril, un péril longtemps occulté, mais dont étaient très conscients plusieurs précurseurs de l’écologie tels René Dumont, Théodore Monod, Jean Dorst, JacquesYves Cousteau, François Ramade, précurseurs que j’ai eu le privilège de bien connaître. Actuellement une économie galopante liée à une concurrence généralisée aboutit à la mondialisation libérale. C’est bien la fin des grands idéaux.
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Comme l’indique Luc Ferry, « L’univers de la compétition mondialisée est bien, au sens large « technique » car en lui, le progrès scientifique cesse bel et bien de viser des fins extérieures et supérieures à lui pour devenir une espèce de fin en soi (…) Et c’est justement cette disparition des fins au profit de la seule logique des moyens qui constitue la victoire de la technique comme telle. » « Pour la première fois dans l’histoire de la vie, une espèce vivante détient les moyens de détruire la planète tout entière et cette espèce ne sait pas où elle va ! Ses pouvoirs de transformation et, le cas échéant, de destruction du monde sont désormais gigantesques, mais comme un géant qui aurait le cerveau d’un nourrisson, ils sont totalement dissociés d’une réflexion sur la sagesse. » (6). Le pire reste à craindre… « Comme il paraît loin aujourd’hui l’optimisme technologique qui culminait dans les années 1950 et 1960 ! C’était le temps de la course au plus grand barrage, de la conquête de l’espace, du développement de l’industrie nucléaire, du scientisme triomphant. La révolution verte allait vaincre la faim dans le monde, la chimie industrielle faire périr ravageurs et parasites, la médecine éradiquer toutes les maladies – au moins infectieuses… » (7)
Qu’en est-il du christianisme et de la modernité?

On peut juger de l’importance d’une religion d’après ses effets sur l’histoire. Or le christianisme a enfanté le monde moderne. Frédéric Lenoir dans son ouvrage Le Christ philosophe nous indique que les grands principes modernes sont déjà présents dans ce qu’il appelle « la
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philosophie du Christ » : « égalité, liberté de l’individu, fraternité humaine, séparation des pouvoirs spirituel et temporel » (8). Sur le plan éthique, le message christique prône l’égalité de tous, la liberté individuelle, l’émancipation de la femme, la justice sociale, la séparation des pouvoirs, la non-violence et le pardon et la reconnaissance de la personne humaine comme sujet autonome : la modernité, mais avec une transcendance pour fixer des limites à la suffisance humaine. C’est par fidélité à ce message et non pour racheter nos péchés que le Christ acceptera la mort. Le message des évangiles est passé dans la société civile ; il s’est sécularisé ; ainsi Luc Ferry peut justement écrire : « La plupart de nos valeurs démocratiques, contrairement à l’image qu’à voulu en donner l’idéologie révolutionnaire, ne sont le plus souvent qu’un héritage « humanisé » ou, si l’on veut, « dédivinisé », du christianisme et du judaïsme ». Il ajoute qu’il « ne voit rien de très nouveau dans nos déclarations des droits de l’homme au regard d’une éthique chrétienne. » (9) Le besoin de recherche qui ouvre la porte au monde moderne est une exigence fonctionnelle chez l’homme, un moteur qui pousse des millions d’humains à y consacrer leur vie. La science, déjà en germe depuis d’innombrables millénaires dans Homo habilis, « l’homme habile », devait un jour s’imposer. C’est le christianisme qui va la faire éclore à la Renaissance car la recherche scientifique « était inscrite dans le projet chrétien de connaître toujours plus le mystère de Dieu et de sa création » (10). La société chrétienne possédait, par ailleurs, un élan vital qui la portait à la conquête du monde qu’elle voulait « emplir et soumettre », en suivant les instructions de son créateur. La Genèse (1, 26) nous apprend effectivement que Dieu a créé l’homme à son image. En s’appuyant sur son

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intelligence et sa volonté, « l’être humain, en pleine liberté, va aspirer à devenir semblable à Dieu. » (11) Tout n’est-il pas alors permis, notamment l’extraordinaire politique d’exploration océanique amorcée par Henri le Navigateur au Portugal au début du XVIe siècle, politique que prolonge la reconquête de la péninsule Ibérique sur les Maures ? La révolution scientifique qui s’amorce à ce momentlà a été possible parce qu’en 1500 la société chrétienne européenne engendrait un bouillonnement intellectuel dans plus de cinquante universités réparties dans toute l’Europe, la langue véhiculaire étant le latin… (12). Claude Allègre peut donc écrire « C’est parce qu’il y a eu une Bible à approfondir et à critiquer, et un lieu pour le faire, l’Université, que la science à pris son essor en Occident. » (13) L’idée de progrès est donc bien une idée judéochrétienne (14) alors quelle est perçue, nous dit JeanClaude Guillebaud, comme « agnostique et même agressivement antichrétienne. » (15) Pourquoi les Chinois qui ont (presque) tout inventé, l’agriculture, l’élevage, l’écriture, la métallurgie, le papier, la brouette, le collier d’attelage, le gouvernail, la poudre à canon et de nombreuses autres découvertes, n’ont-ils pas réalisé cette percée scientifique et technologique ? Parce que leur but premier était de garantir la permanence et non de chercher du nouveau, parce que, prisonniers d’un temps circulaire, ils identifiaient le changement au péché. Cette société d’ailleurs pensait que son organisation était idéale ou du moins proche de l’idéal. En bref, elle avait les capacités mais pas la motivation. « La « révélation » biblique constitue en effet une grande rupture par rapport aux autres conceptions religieuses ou philosophiques qui ne font pas appel à un Dieu créateur. A partir de la Bible, l’univers est conçu
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comme créé et ordonné par Dieu et devient le cadre d’événements situés dans le temps. Dès lors, le rapport à l’absolu ne passe plus par l’espace, la nature (ses mystères, son ordre, sa beauté, son harmonie), mais par l’histoire, à travers une rencontre directe entre Dieu et l’homme. » (16) Pour conclure, « il apparaît clairement (…) que, si la science appartient en propre à l’ensemble de l’humanité au sein de laquelle elle devait nécessairement un jour prendre corps, le christianisme peut revendiquer une réelle paternité dans sa conception qu’il a sans doute hâtée.» (17) Pourtant tout va changer au XVIIIe siècle. L’équipage foi - raison qui a été le moteur de l’histoire de la pensée en occident pendant 15 siècles est dissocié avec Descartes et la raison prend son envol en dehors de la religion. La science, vecteur de modernité, se détache alors du christianisme. Quelles sont les modalités de cette dissociation ? En 313, par la seule volonté d’un homme, l’empereur Constantin, le christianisme passe brusquement, sans transition aucune, du rang de religion persécutée à celui de religion officielle. A partir de là, l’Eglise construit progressivement un dogme en péréquation avec sa situation de puissance temporelle dominante au détriment du message christique qu’elle va progressivement remodeler. Le magistère ecclésiastique s’opposera ensuite à la recherche scientifique lorsque celle-ci contestera son enseignement. C’est ce qui va advenir à la Renaissance avec le procès Galilée (18). Plus tard encore au XVIIIe siècle, nous l’avons dit plus haut, les humanistes des Lumières, tel Descartes, réfutent cette prétention de l’Eglise à subordonner la connaissance rationnelle à la tradition et au dogme, et comprennent qu’ « il n’y avait qu’en séparant l’ordre de la raison et celui de la foi et en abandonnant tous les arguments d’autorité que la raison
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pouvait aller le plus loin possible dans l’exploration de l’homme et du monde » (19). Le message du Christ se trouvait ainsi réactivé, mais hors de l’Eglise. La scission était donc effective. La science se détachait du christianisme et induisait progressivement la société techno-économique que nous connaissons. Le christianisme s’est par la suite, presque systématiquement, opposé à la modernité et aux progrès scientifiques. La crise écologique mondiale étant directement liée au développement des sciences et des techniques, la religion ne semble donc n’avoir aucune part dans son apparition. L’Eglise ne reconnaîtra l’autonomie de la science que lors du concile Vatican II (1962-1965). Aujourd’hui le blocage n’est pas totalement supprimé pour autant, nous y reviendrons. Une chose est certaine : l’Eglise n’admet de se rallier à la nouveauté qu’avec réticence. Elle temporise avant d’admettre l’inévitable et éventuellement de le faire sien. La philosophie du Christ est donc passée dans la société civile occidentale par deux voies, l’une religieuse depuis les premiers siècles du christianisme, l’autre humaniste à partir de la Renaissance. En dépit de toutes les déviations qui lui ont été imposées au cours des siècles, elle « a réussi à imprégner profondément la civilisation occidentale jusqu’à modeler les valeurs phares de notre monde ». Par « la mutation d’une éthique chrétienne à une morale laïque », « le message du Christ s’est échappé de l’Eglise pour revenir dans le monde moderne sous une forme laïcisée ». (20) La modernité est donc bien advenue en Occident par le biais du christianisme. Ceci dit, elle naît contre l’Eglise mais avec pour origine, ce qui est sidérant, le message évangélique ! (21)
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L’historique des liens entre modernité et message christique que nous venons de tracer devait être évoqué en premier lieu. Effectivement, il éclaire les rapports entre un monde dénaturé par une surpopulation massive et un christianisme que désertent nombre de ses fidèles dans ses fiefs traditionnels de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

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I Un monde surpeuplé

En ces débuts du XXIe siècle, l’explosion démographique humaine, loin d’être achevée, constitue la catastrophe naturelle majeure qui affecte l’humanité ; elle est la cause première de la crise écologique mondiale (1) car elle exacerbe les multiples facteurs qui dégradent la nature : perte de l’habitat, pollutions diverses, nuisances des espèces invasives disséminées partout sur le globe, exploitation à outrance des ressources naturelles. La population mondiale est maintenant trop nombreuse par rapport aux ressources disponibles. Effectivement la terre compte aujourd’hui 6,5 milliards d’habitants et la poussée démographique ne s’arrêtera pas subitement, pas plus qu’en pleine vitesse un train ne s’immobilise à l’instant. Mais, en fin de course, dans quel état sera alors la planète ? Elle s’accroît de l’ordre de 76 millions d’Homo sapiens supplémentaires par année et comprendra environ 9,3 milliards d’habitants en 2050. L’ONU prévoit que le monde comptera alors environ 2,5 milliards d’habitants de plus qu’aujourd’hui, soit un chiffre égal à l’ensemble de la population mondiale en 1950.

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L’explosion démographique Pour François Ramade (2), cette prolifération contemporaine est suicidaire car elle conduit à la ruine de la biosphère. Elle « représente la plus gigantesque catastrophe écologique à laquelle notre espèce est confrontée et est la cause de la plupart des autres. » Depuis les années 1970, nous avons dépassé la capacité de charge de la planète et vivons en «sur-régime». Il est improbable que l’on puisse répondre à l’accroissement du nombre de bouches à nourrir : la crise alimentaire que nous connaissons aujourd’hui l’illustre amplement. La seule croissance à laquelle se trouveront confrontés à l’avenir de nombreux pays dits en voie de développement sera, comme l’évoquait le célèbre agronome René Dumont, « la croissance de la famine » mais plus encore, devrions-nous ajouter, la croissance des violences et des troubles sociaux… Jean Dorst en 1979 (3) écrivait : « Si l’humanité n’arrive pas à maîtriser sa propre prolifération, qu’il s’agisse du nombre absolu ou de sa répartition spatiale, inutile de s’attaquer à la situation des autres problèmes, devenus absurdes par la force même des choses. L’explosion démographique, phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, porte en elle le germe de notre mort. » De même Jacques-Yves Cousteau affirmait que la surpopulation est « la pollution première, cause profonde de toutes les exactions commises à l’encontre de la nature ». (4) Pour James Lovelock aussi, pas d’équivoque : le réchauffement climatique, maladie dont souffre la terre, est provoqué par le fléau de la surpopulation (5). Edward O. Wilson n’est pas en reste ; la surpopulation humaine est
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