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Le christianisme outragé

De
178 pages
Dans cet essai engagé, l'auteur analyse le phénomène des dérives religieuses en Afrique noire qui mêle pentecôtisme, superstition, opportunisme et manipulations. Il oppose au discours, tenu par cet entreprenariat prophétique, une philosophie religieuse capable de guérir de ce qu'il nomme l'"analphabétisme herméneutique".
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Le christianisme outragé
Dieudonné Zognong Le christianisme outragé La misère religieuse en procès
Du même auteur : L’Éthique des droits de l’homme chez Teilhard de Chardin : de l’évolutionnisme à l’humanisme juridique, Paris, L’Harmattan, 2012, 258 p. Philosophie et changement : méditations axiologiques,Paris, L’Harmattan, 2013, 192 p.
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02353-3 EAN : 9782343023533
Pour Elie-Philippe et Henri-Louis
Introduction DOXISMES PROBLÉMATIQUES
Dieu a le vent en poupe ces derniers temps; le christianisme a rarement été à la mode comme aujourd’hui. À la faveur de la mondialisation tous azimuts et de la 1 libéralisation sociopolitique , on assiste partout à un raz-de-marée de la religiosité, une prolifération sans précédent de l’entreprenariat du croire, des aventuriers du christianisme concurrençant désormais sérieusement les théologiens crédibles. Le business religieux n’est plus l’apanage du méga-monde américain et sa tradition deselectronic church et prédicateurs audiovisuels ; le boom est spectaculaire. L’Afrique noire n’est pas en reste, loin de là. Le fidéisme y prospère de façon inédite, l’entreprise prophétique n’y ayant jamais été aussi luxuriante, comme l’indique la multiplication effrénée des groupes plus ou moins pentecôtistes, dans des mégapoles comme Yaoundé et Douala, qui affichent une densité d’au moins un site « pentecôtiste »au kilomètre carré. À la manœuvre, toutes sortes de prophètes et pasteurs autoproclamés, flattés de la perspective de pouvoir eux aussi instrumentaliser le christianisme à des fins lucratives, tondre de la laine sur le dos des amoureux de Dieu, en se dotant de puissants outils de propagande, dont stations de radio et de télévision, tandis que les moins nantis de ces groupes théologiques qui squattent dans des sites aussi insolites que les domiciles privés, les anciens bars, les habitats à l’abandon, etc., ne sont pas moins courus.
1  L’accélérationde la globalisation et l’explosion africaine des nouveaux mouvements évangéliques partagent la même date : le début de la décennie 90, tandis que les premières églises pentecôtistes sont d’importation américaine.  7
C’est ainsi que, au-delà du sociologue, le milieu africain s’offre au philosophe comme un poste privilégié d’analyse du phénomène chrétien, dont les dérives, dans leurs formes nouvelles, soulèvent des questions incontournables : Le fidéisme généralisé repose-t-il sur une intention spirituelle pure, au sens kantien du mot, tant chez le fidèle que chez l’entrepreneur théologique? Les nouvelles vogues religieuses sont-elles assises sur l’autonomie morale? Quelles sont les incohérences et les insincérités du prédicant qui se dépense sans relâche sur la base d’une exégèse révocable en doute, nourrie d’analphabétisme herméneutique ? Le droit au pluralisme confessionnel semble utilisé à des fins plutôt délinquantes. S’il n’y a rien à redire sur la légitimité du droit à l’initiative théologique qui s’exprime dans les nouvelles inventivités religieuses faites d’indocilité théologique et de dissidence anti-autoritariste, dans une conjoncture historique où les Africains furent psychologiquement conquis par l’idéologie coloniale d’hypostase romaniste du christianisme, le protestantisme inachevé et sans fin, qui perpétue la crise du monolithe papiste en boudant le catholicisme comme la dimension théologique de l’occidentalisation du monde, donnent tout de même plus à penser et à parler qu’à croire et à prier. Car la vogue contemporaine du fidéisme s’apparente à de la misère subjective secrétée par la misère objective; une misère culturelle générée par la misère matérielle et la détresse économique. Celle-ci semble pour beaucoup dans les nouveaux encrages populaires de la mentalité métaphysicienne :n’est-ce pas elle qui aiguillonne l’ardeur de l’inventivité religieuse dans ses stratégies lucratives? Comment cette misères’offre-t-elle concrètement comme terrain fertile pour l’entrepreneur prophétique dans son dessein d’orchestrer une exégèse distordue, orientée et délibérément fallacieuse? Pour bien comprendre les dérives en cours, une exploration bidirectionnelle s’impose, sociopolitique et philosophique.
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Exploration sociopolitique
Contrairement à l’Occident où la prolifération des initiatives théologiques naquit du souci d’individualiser 2 l’attitude théophilique, assumer la liberté de conscience, s’émanciper des «institutions historiques devalidation du croire », selon le mot de Danièle Hervieu-Léger, et mettre en congé la civilisation paroissiale, en Afrique, inventivité religieuse et sécessionnisme théologique semblent davantage déterminés par la souffrance socio-économique. Ce semble principalement la détresse matérielle qui se masque en piété chez le sujet aux abois. La piété semble travestie en stratégie de survie tandis que la part s’avère grande de l’ambition affairiste, voire mafieuse, chez l’entrepreneur prophétique qui érige Dieu en enjeu majeur et presque exclusif du quotidien, lui qui cultive des stratégies dufaire croire, profitant des temps difficiles qui permettent à son discours de prospérer chez ses consommateurs. Force est de savoir comment les entrepreneurs théologiques se servent concrètement de l’étiquette chrétienne à des fins lucratives en exploitant la détresse des gens. Ensuite, les processus d’ethnicisation africaine du christianisme sous forme d’afro-christianismes chamaniques sont-ils des vraies solutions de décolonisation du discours évangélique et d’assomption du pluralisme religieux? Les formes africaines de «dérégulation institutionnelle» du 3 religieux et de «recomposition des croyances» réalisent-elles effectivement l’autonomie du croire,chère à l’individualisme rationaliste des Lumières? La liberté religieuse semble instrumentalisée à des fins étranges.
2  Dethéophilie. J’élaborece néologisme à partir de theos etphilos, pour désigner l’amour de Dieu. Ce nouveau concept se réfère à l’Évangile que Luc dédie à son «cher Théophile», celui qui aime Dieu. La théophilie est le mouvement appétitif de l’âme pour Dieu. À ne pas confondre donc avecthéologie,le discours sur Dieu. 3  D.Hervieu-Léger,Le pèlerin et le converti : la religion en mouvement,Paris, Champs/Flammarion, 1999, p. 18.  9