//img.uscri.be/pth/082a5684235eccd370fa85f017386cb8756f3841

Le Coran au féminin

-

Livres
131 pages

Description

Cet essai propose du Coran, des Hadiths et de la Charia une lecture froide de femme - et de femme occidentale - pour emmener le lecteur au coeur des textes sacrés qui tournent tous, effectivement, autour du désir incarné par la femme. Car c'est cette peur du désir qui a présidé à leur rédaction, privant ainsi l'homme de sa meilleure moitié, l'obligeant à assumer le rôle de juge et partie à la fois: ne serait-il pas temps alors d'entreprendre une révision, déchirante sans doute, mais absolument nécessaire, des textes sacrés qui la maintiennent en état d'infériorité ?

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 février 2006
Nombre de lectures 337
EAN13 9782296142145
Langue Français
Signaler un abus

Le Coran au féminin
La femme, le diable et le désir

Histoire et Perspectives Méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.
Déjà parus René DOMERGUE, L’intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, 2005. Kamel KATEB, Ecole, population et société en Algérie, 2005. Ahmed B. BERKANI, Le Maroc à la croisée des chemins, 2005. Melica OUENNOUGHI, Les déportés algériens en NouvelleCalédonie et la culture du palmier dattier, 2005. Anne SAVERY, Amos Oz, écrire Israël, 2005. R. CLAISSE et B. de FOUCAULT, Essai sur les cultes féminins au Maroc, 2005. Nordine BOULHAIS, Histoire des Harkis du Nord de la France, 2005. Jean-François BRUNEAUD, Chroniques de l’ethnicité quotidienne chez les Maghrébins français, 2005. Ali HAROUN, Algérie 1962 – La grande dérive, 2005. Yoann KASSIANIDES, La politique étrangère américaine à Chypre (1960-1967), 2005. Abdelaziz RIZIKI, La diplomatie en terre d’Islam, 2005. Jean-Pierre CÔMES, La guerre d’Algérie et ses fantômes, 2005. Louis Saïd KERGOAT, Frères contemplatifs en zone de combats. Algérie 1954-1962, 2005. Jilali CHABIH, Les finances des collectivités locales au Maroc, 2005. Yves SUDRY, Guerre d’Algérie : les prisonniers des djounoud, 2005. Samya El MECHAT, Les relations franco-tunisiennes. Histoire d’une souveraineté arrachée. 1955-1964, 2005. M. FAIVRE, Conflits d’autorités durant la guerre d’Algérie, 2004.

Colette JUILLIARD

Le Coran au féminin
La femme, le diable et le désir

L’Harmattan 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Könyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L’Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa – RDC L’Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE L’Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur : Imaginaire et Orient. L’Harmattan, 1996. L’Écriture du désir, Paris,

www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr © L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-00121-1 EAN : 9782296001213

Avant-propos

Lorsque j’ai écrit cet essai sur la femme et le Coran en 1993, je ne connaissais pas le sort particulièrement cruel, concentrationnaire, qui serait imposé aux femmes au nom d’un Dieu dont chaque louange commence par « Au nom d’Allah le très miséricordieux… » Et d’aucuns m’ont reproché d’avoir exagéré, de faire montre d’un féroce préjugé contre cette religion. C’est tout à fait exact : je propose ici une lecture occidentale et féminine – que je préfère à féministe, quelquefois entaché d’extrémisme également – des livres sacrés de l’islam. J’en reconnaîtrais volontiers les limites s’il n’y avait eu l’interprétation qu’en ont fait les intégristes de tout poil, qu’en font toujours les pays islamistes « durs », et qui vont totalement dans mon sens : une lecture littérale du Coran et des Hadiths permet de rendre la Femme responsable de tous les désirs coupables des hommes, à la museler et à la cantonner dans un rôle de bête à plaisir. A sens unique, évidemment, et c’est ce que cette étude, sur laquelle j’ai travaillé pendant plusieurs années, a l’ambition de prouver. Tous mes arguments, aussi choquants soient-ils, sont dûment documentés : il suffit de lire une version non adoucie et non expurgée du Coran pour s’en rendre compte. Je n’ai pas voulu ici choquer mon lecteur, mais lui ex-poser, dans le sens étymologique du terme, le sort réservé aux femmes dans la dernière-née de ces trois religions du désert… C.J.

La femme, le diable et le désir

Peut-être n'est-il pas de femme aussi célébrée dans notre littérature et notre peinture du XIXe siècle que la femme orientale, cette femme de harem si lointaine, si mystérieuse, et de ce fait si éminemment désirable... Nue et enfermée, première ambiguïté, elle s'offre aux yeux de tous mais n'appartient qu'à un seul, autre ambiguïté. Et ambiguïtés impossibles, si l'on peut dire : le Coran, livre sacré de l’islam, ne reconnaît pas à l'homme le droit de « voir » la femme, ni à plus forte raison de la représenter. Traduit et donc connu en France dès le XIIe siècle par Pierre le Vénérable, le Coran est donné à nouveau à lire au XVIIIe dans une traduction plus accessible au grand public, tandis que les arabisants peuvent l'étudier dans le texte, ramené d'Orient puis diffusé grâce aux éditions successives. Tous connaissent donc très précisément à cette époque, à travers cette lecture et celle des récits de voyage de Volney, Chardin ou Tavernier, Flachat ou Lady Montagu, le statut d'enfermement de la femme musulmane. Ce même XVIIIe siècle voit l'arrivée en littérature de ce que nous appellerions maintenant un « best-seller » : Les Contes des mille et une nuits, traduits par Antoine Galland qui en élimine les poèmes, dont il n'a pas senti la fonction courtoise, substitut de la fonction phallique, d'accès au cœur de la femme désirée mais défendue, par la parole. Et ces Contes, beaucoup plus faciles que le Coran, et surtout beaucoup plus licencieux, agissent comme un détonateur sur l'imaginaire d'une société qui, au XIXe siècle, celui précisément des odalisques, a connu l'extase sous la Révolution et l'Empire, mais étouffe maintenant dans la stase d'un conformisme imposé et mortel : l'art, impulsion jaillissante, va donc chercher un exutoire dans le défendu –

il ne demande que cela – et le trouver dans la chaleurrefuge du harem. Ingres, Chateaubriand, Lamartine, Chassériau, Nerval, Delacroix, Flaubert, Gérôme, Loti, Moreau, il n'est pas un grand – et moins grand – artiste qui n'ait cédé au désir de représenter le désir, ni au désir de transgression qu'implique la représentation de ce désir. Cet Orient fantasmé va hélas perdre corps au XXe siècle, ou plutôt, le sentiment du corps va changer, en France d’abord, en Europe ensuite. La mode, le droit de vote, l’égalité reconnue des sexes, les études supérieures enfin ouvertes à tous, vont nous rendre beaucoup plus intransigeants sur le sort réservé à nos semblables dans les pays qui font du Coran une interprétation stricte, et surtout beaucoup plus intransigeants envers ce que certains musulmans imposent à leurs femmes et à leurs filles, à leurs sœurs ou à leurs fiancées dans notre propre espace occidental. Car il y a total paradoxe à se voiler quand on est libre, à s’exclure en se cachant comme si le corps féminin était porteur d’une horreur quelconque, à renoncer au sentiment romantique de l’individualité unique et irremplaçable de chaque être pour se fondre dans une nébuleuse informe et sans nom, à exhiber par un bout de tissu une virginité à vendre ou un ventre à engrosser, à se proclamer pure au nom de quelques centimètres de cheveux face aux « impures », bref, à renoncer aux acquis pour lesquels les femmes occidentales se sont battues pratiquement depuis la Révolution française. C’est au nom du Coran que les musulmans, même européens, éliminent leurs femmes du jeu social, économique et politique : exige-t-il vraiment cette exclusion ? Et pourquoi ? Sur quelles sourates, sur quels versets les hommes fondent-ils leur argumentaire ? Et pourquoi a-t-on l’impression troublante que la femme sert de bouc émissaire à leurs pulsions et à leurs obsessions de tous ordres ?

10

Seule une étude approfondie du texte sacré dans ses rapports à la femme peut y apporter réponse, réponse que l’on pourrait brutalement cristalliser sur un mot : haram, défendu, tabou, sacré. Tout, en effet, est interdit en ce qui touche à la femme : sa contemplation, son espace, son voile, son paradis même... Et seul le désir masculin est autorisé, légitimé, vanté, codifié, dans une masse compacte de versets qui se déversent sur le corps de la femme : ses bijoux, ses parfums, ses chevilles, sa démarche, sa couche, son âme enfin, quelquefois… Car la Femme est la grande Tentatrice, et l’Homme un être faible, fragile, qu’il faut protéger de luimême, qu’il faut surtout innocenter dans sa sexualité… Pour étudier sérieusement ce champ du féminin, il est indispensable de s'appuyer avec le plus d'indépendance d'esprit possible sur les textes eux-mêmes, anciens ou modernes, sacrés ou profanes, musulmans ou non, qui ont traité de la place de la femme dans le Coran et de ses implications, tant au plan du spirituel (le paradis, le diable, le devoir sacré de l'accouplement et de la reproduction), qu'au plan de la spatialité (le harem, les bains, le voile, la virginité), sans oublier le plan de l'imaginaire arabe luimême, qui n’hésitera pas dans les Contes, malgré les tabous, la censure, les menaces, les sanctions (qui iront jusqu’à la décapitation parfois), à ouvrir cette veine profonde qu'Hérodiate et Plotin avaient entrevue, et qui n'arrivera au grand jour qu'avec la psychanalyse.

11

Première partie La femme et le livre