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Le taoïsme fengliu

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Description

Fengliu - fûryû en japonais - est une expression chinoise qui signifie "aller avec le vent". Celle-ci désigne un courant informel et libertaire du taoïsme. Le présent ouvrage expose les origines politiques et philosophiques du fengliu. Il en explique l'évolution durant deux millénaires au contact du bouddhisme. L'auteur montre que cet "aller avec le vent", mode de vie poétique et excentrique, est aussi une paradoxale sagesse dont le sens et l'importance dans la culture d'Extrême-Orient sont restés peu connus jusqu'à nos jours.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2010
Nombre de lectures 246
EAN13 9782296714229
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.











LE TAOÏSME FENGLIU
Une voie de liberté spirituelle en Extrême-Orient












Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des
travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques.
Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels"
ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une
discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux
qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de
philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou
naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions

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théologico-politique chez Karl Löwith, Carl Schmitt et Hans
Blumenberg, 2010.
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Sylvain PORTIER, Fichte, philosophe du « Non-Moi », 2010.
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cinématographique, 2010.
Djibril SAMB, Le Vocabulaire des philosophes africains, 2010.
Xavier ZUBIRI, Traité de la réalité, 2010.
Marly BULCÃO, Promenade Brésilienne dans la poétique de
Gaston Bachelard, 2010.
Martin MOSCHELL, Divertissement et consolation Essai sur la
société des spectateurs, 2010.
Antoine Marcel












LE TAOÏSME FENGLIU
Une voie de liberté spirituelle en Extrême-Orient































L’Harmattan
Du même auteur

L'Esprit du Bonsaï, Nathan, Paris 1993. Nouvelle édition, revue et
corrigée, Les Deux Océans, Paris, 2004.
Nan Shan, Recueil de la Colline du Sud, Les Deux Océans, Paris,
1997.
Nan Shan, Au Sud des Nuages, Les Deux Océans, Paris, 2001.
Nan Shan, Dresser des pierres, planter des bambous – l’art du jardin
selon Nan Shan maître jardinier du Zen, Les Deux Océans, Paris,
2002.
Carnet Chinois, Arléa, Paris, 2002.
L’Inscription chinoise du Zen, Les Deux Océans, Paris, 2004.
Le Jardin du lettré, Alternatives, Paris, 2004.
L’Appel des grues dans le ciel clair – Éveil, vagabondages et poésie
dans la tradition excentrique du taoïsme et du chan, essai, Les Deux
Océans, Paris, 2006.
Traité de la cabane solitaire, Arléa, Paris, 2006.
Zen & Connaissance – vers une écologie spirituelle, Oxus, Paris,
2009.
Un monde se lève – le court poème d'éveil, son art et sa philosophie,
Accarias-L'Originel, Paris, 2010.
Le Sourire du Bouddha – essai sur la Perfection de Sapience, Les
Deux Océans, Paris, 2010.











© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13622-9
EAN : 9782296136229
SOMMAIRE
____



Introduction ............................................................... 11
Introduction du concept – caractère multiforme du
concept – présentation des objectifs du présent ouvrage –
perspectives


PREMIÈRE PARTIE: Histoire et philosophie du fengliu

Chapitre 1 ................................................................... 15
Origines et histoire du fengliu en Chine – les Classiques
du taoïsme – érémitisme dans la Chine antique – la
période des Six Dynasties – Qingtan et Xuanxue –
Taoyuanming, thème de la retraite du lettré

Chapitre 2 .................................................................... 29
Poètes des Tang – Libai, l'Immortel banni sur terre –
Baijuyi, le moyen ermite – Wangwei et l'aspiration au
retrait – Dufu sur la rive du Long Fleuve – après les
Immortels

Chapitre 3 ..................................................................... 41
Repli des lettrés à l'avènement des dynasties étrangères:
après les Han, sous les Yuan, après les Ming – des Ming
aux Qing – évolution de l'idée de fengliu – peintres et
écrivains: Shitao, Shuta, Li Yu, Shen Fu

Chapitre 4 ..................................................................... 55
Les origines philosophiques du fengliu – une citation du
Liezi – le Laozi – le Zhuangzi – citation du Lankâvatâra –
poésie, sagesse pénétrante et excentricité – encore le
Zhuangzi
7Chapitre 5 .................................................................... 65
Le naturel – l'homme véritable selon le naturel – l'homme
de fengliu – listes et recettes – loisirs philosophiques – les
affaires du sexe – Fu le Grand et le courant excentrique –
engagement et marginalité

Chapitre 6 .................................................................... 75
Le fûryû au Japon de l'Ère Heian – Murasaki Shikibu –
Sei Shonagon – Saigyô – Kamo no Chômei

Chapitre 7 ..................................................................... 85
De l'Ère Heian à l'Ère Meiji – Ikkyû – Sen no Rikyu –
Bashô – Ryôkan

Chapitre 8 ..................................................................... 97
Le chan des Song et son esthétisme – les sentiments
associés au zen dans l'art – wabi – sabi – yûgen – le fûryû
sous l'Ère Meiji – du fengliu au fûryû

Chapitre 9 .................................................................... 105
Trois cas modernes – Chögyam Trungpa – la tradition
excentrique au Tibet – encore les Mâhasiddha – Drugpa
Kunley – le sixième Dalaï-lama – la voie paradoxale –
dzogchen – Taisen Deshimaru – le sûtra du Coeur – Alan
Watts – éthique et éveil



DEUXIÈME PARTIE: Thèmes du fengliu-fûryû


Chapitre 10 .................................................................. 113
Vivre en poésie – vivre en philosophie – vivre en éveil –
des animés et de la voie – la Source des Pêchers


8Chapitre 11 .................................................................. 121
Fengliu et art de vivre – Shen Fu – Li Yu et la science
joyeuse du quotidien – aspects concrets et philosophie de
l'existence

Chapitre 12 .................................................................. 129
Le vin en Chine – histoire du vin en Chine – tradition
orientale et tradition occidentale – vin et poésie –
philosophie du vin – vin, taoïsme et chan – vin et fengliu –
le vin jusqu'à nos jours

Chapitre 13 .................................................................. 137
Des fondements de la morale – la sexualité chinoise au
cours de l'histoire – le fangzhong shu – les manuels –
sexualité taoïste

Chapitre 14 .................................................................. 147
Fengliu et art de la chambre à coucher – qigong – gongfu
– de la maison au monde des courtisanes – le monde des
saules et des fleurs – un poème de Li Shangyin

Chapitre 15 .................................................................. 157
Ukiyo, le monde flottant – les ukiyo-e – Libai – Ukiyo
monogatari – impermanence bouddhiste et monde flottant
– fusheng, fushi – le sûtra du diamant – les berges de la
Sumida – le fûryû dans un monde qui change

Chapitre 16 .................................................................. 165
Partir avec le vent – xiaoyaoyou, voyager librement –
encore le Zhuangzi – randonnées mystiques – poésie –
itinérances, dérives, vagabondages

Épilogue ....................................................................... 173

Glossaire ...................................................................... 177

9



Introduction
____





Aller avec le vent, voilà la proposition poétique
qu'entend investiguer et poursuivre cet ouvrage.
Fengliu, « aller avec le vent », tel est le style de
vie qu'adoptèrent en Extrême-Orient – Chine, Corée,
Japon – nombre de lettrés, de moines excentriques, de
peintres et de poètes, de l'antiquité à nos jours. Inspirés
par un puissant désir de liberté spirituelle, ces hommes,
comme ils le purent, vécurent leur ivresse d'éveil en
vagabonds, en fou-poètes, tantôt en solitaires, dans des
ermitages de montagne, près d'un temple zen, tantôt en
compagnie d'amoureuses, de courtisanes du monde des
saules et des fleurs. Bohème, dandysme, existentialisme,
les références qui sont les nôtres, pour appréhender
l'esprit créatif et libertaire du fengliu sont maladroites,
inadéquates et insuffisantes.
La philosophie du fengliu, qui est aussi un art de
vivre tout imprégné de taoïsme, est apparue en Chine au
cinquième siècle et n'a cessé, depuis, d'exercer son
influence sur la culture chinoise, puis japonaise.
Libertaire et libertine, elle constitue un important
contrepoint aux austères valeurs confucéennes face
auxquelles elle apparaît comme une façon d'épicurisme,
un ascétisme de bon vivant.
L'idée de fengliu s'origine dans le taoïsme
philosophique du Laozi et du Zhuangzi, classiques dans
11�
lesquels l'écoulement spontané de l'eau est une métaphore
du grand Tao. Dans le fengliu, en l'occurrence, c'est le
souffle plus inconstant et capricieux du vent qui sert de
modèle à l'insaisissable.

风 fengliu, « aller avec le vent », est une
expression composée de deux caractères chinois dont le
premier signifie vent, et le second – qui comporte la clef
1de l'eau et celle du fleuve – couler, s'écouler. Un
dictionnaire de la langue chinoise, de nos jours, pour
traduire fengliu donne en général deux sens distincts. Le
premier sens est remarquable et élégant, le deuxième est
léger, licencieux. Quant au terme fûryû, si l'on s'accorde
au Japon pour dire qu'il signifie "beau", son sens reste
insaisissable – l'ouvrage qui suit va tenter de montrer
pourquoi et comment.
Il s'agit là de sens évolués, mutés au cours de
l'histoire, car à l'origine la métaphore désignait la
transmission et l'influence du tao – feng signifie aussi
"méthode" – des anciens. C'est en effet une vie conforme
au tao de Laozi et de Zhuangzi que le poète Taoyuanming
(365-427) se proposa de retrouver en retournant vivre aux
champs. Fengliu, alors, désigna un style de vie solitaire,
simple et poétique, visant un accord serein avec le cours
des choses.

Le caractère feng, vent, que l'on retrouve dans
fengshui, mot passé tel quel dans notre langage, ou
fengjing, « paysage », désigne non seulement le vent mais
l'atmosphère et ses changements, l'incessante mutation du
ciel et son écho dans le cœur de l'homme. Feng, c'est
aussi les brumes flottantes de la peinture de paysages

1 氵est la clef de l'eau, 川 celle de rivière, fleuve. Fengliu s'écrit en
caractères anciens (non simplifiés) 風流.

12montagnes et eaux, lien manifeste entre le vide du ciel et
la forme des dix mille phénomènes, le signe, en somme,
de l'apparaître de l'être-temps. Ainsi, aller avec le vent est
la philosophie d'une résonance intime et joyeuse avec
l'émergence des dix mille choses, un art de se mettre au
diapason de ce qui est, un art de vivre très pragmatique,
au plus près des différents aspects très concrets d'une
existence vécue pour de vrai, au jour le jour. Au cours des
siècles, cependant, des Song aux Qing, de Heian à Meiji,
usé par les références, se copiant et se caricaturant
luimême, cet art de vivre s'est transformé au point de devenir
peu à peu, malgré des périodes de renouveau, une simple
mode affectée et creuse.
En littérature on trouve l'influence de la poétique
philosophique du fengliu dans des formes aussi diverses
que le carnet secret, les notes de chevet, dans les recueils
de recettes de vie heureuse, les carnets de voyage et
même certains romans érotiques.
Au Japon le sens de l'expression a continué
d'évoluer, au contact de la culture bouddhiste japonaise
très imprégnée du sentiment de l'éphémère, il s'est
nuancé, puis s'est édulcoré aussi, au point d'être
simplement employé pour 雅 miyabi, qui signifie
« élégance raffinée ».
L'investigation que nous allons entreprendre,
cependant, montrera que dès lors que l'on en a bien vu les
racines originelles fortement ancrées dans le
confucianisme, puis le taoïsme et le bouddhisme chan, les
diverses acceptions de l'expression aller avec le vent
procèdent d'un même substrat philosophique, et
présentent une cohérence qui échappe à toute
appréhension extérieure par trop formelle ou académique.
Comme il en est dans l'école chan/zen, on est ici au-delà
des écritures, dans la tradition d'une transmission de cœur
à cœur, dont le véritable sens ne peut se situer que dans
un vécu.
13Pour nous, Occidentaux, cette recherche d'un
parfait réglage de tout ce qui constitue réellement
l'existence, la nourriture, le sexe, la toilette, l'habillement,
l'aménagement de maisons et jardins, a quelque chose de
rafraîchissant, car que la vérité de la vie soit dans la vie et
non au monde des idées – Platon, Kant – ou dans celle
d'un dieu créateur, ne nous est pas si habituel. Que liberté
spirituelle et libertinage soient en profond accord ne l'est
pas non plus.
La culture du fengliu, avec laquelle nous avons
souvent été en contact, sans le savoir, à travers la poésie
Tang, les romans érotiques, la peinture, les estampes du
monde flottant et le cinéma d'Extrême-Orient, nous allons
en examiner la formation et l'histoire, tentant d'en
comprendre les véritables enjeux non seulement
philosophiques mais vitaux.



____

14PREMIÈRE PARTIE

Histoire et philosophie du fengliu


____




1


Origines et histoire du fengliu en Chine – les Classiques
du taoïsme – érémitisme dans la Chine antique – souffle
et vent – la période des Six Dynasties – Qingtan et
Xuanxue – Taoyuanming, thème de la retraite du lettré



Les racines de la philosophie fengliu sont
2profondes, elles se perdent dans la nuit des temps. On
peut les reconnaître, déjà, aux temps mythiques de
l'Empereur Jaune, quelque trois mille ans avant
JésusChrist, qui pour conseillers avait deux ermites baroques,
ainsi que, pour l'initier aux choses du sexe, Xuan-nu, la
Fille aux cheveux de jais.
Dès la plus haute antiquité chinoise, en effet, zhen
ren ziran 真人自然, "l'homme véritable selon le naturel",

2
Le terme philosophie, sans doute, est impropre, surtout si on ne
l'entend pas au sens étymologique et antique. Mais tout au long de cet
ouvrage nous devrons approcher tant que possible des réalités
étrangères à notre vocabulaire, malgré tout grâce à lui. Une référence
mesurée aux caractères chinois servira parfois de point d'accroche
pour nous hisser vers les représentations, les concepts d'une pensée
autre.
15constituait une figure idéale, puissante et fondatrice, à
laquelle, par la suite, les sages de Chine tout au long de
l'histoire n'ont cessé de se référer. Il faut, par ailleurs,
songer que dans l'Empire du Milieu l'histoire est
considérée comme un long déclin; ainsi le naturel, critère
ultime, se présente-t-il toujours comme un retour, la
véritable connaissance comme une nouvelle façon
d'entendre le message des Classiques, la Voie authentique
comme une redécouverte de celle des Anciens.
3Les Annales des Hommes Éminents , ainsi,
relatent la vie de ces hommes qui pratiquaient une
réclusion destinée à concentrer en eux-mêmes les vertus
efficientes du cosmos tout entier, car ce n'est qu'en vivant
retiré que l'homme, comme les rochers, les arbres ou les
animaux sauvages, peut développer les propriétés les plus
remarquables de sa nature-propre, sa nature profonde.
Dans la réclusion, l'homme développe non seulement sa
puissance vitale, mais il obtient pureté et intégrité qui sont
aussi sagesse compréhensive. Il est alors à même
d'interpréter les signes, de prévoir l'évolution naturelle des
situations. C'est donc ce qui motivait le vif intérêt que
l'empereur, incarnation du Ciel sur terre, portait aux
ermites, et pourquoi il tenait à en faire ses conseillers.
Le mot ermite, qui suscite en nous toute une
imagerie caractérisée, spécifiquement chrétienne et
occidentale, ne doit pas nous tromper. L'ermite chinois est
aussi un héritier du sorcier-chaman; l'orientation de sa vie,
plutôt que d'être comprise comme de nature
essentiellement contemplative ou religieuse, doit être
pensée dans son contexte, selon d'autres catégories, les
concepts de préoccupations qui nous sont en partie

3 Annales des Hommes Éminents: le Gaoshi Zhuan de Huangfu Mi
ème
(3 siècle).
16étrangères. L'une d'elle, au moins, commence cependant à
4nous être familière en Occident, le 气 qi, ou souffle.

« Une partie de ce qui composera la notion
de 氣 qi préexiste au caractère ou – du moins – à
l'extension de sens du caractère. Ainsi, 風 feng,
vent – caractère bien attesté sur les inscriptions
oraculaires (甲骨文 jia gu wen) et présent dans les
textes les plus anciens – exprime anciennement ce
qui sera plus tard compris dans la notion de 氣 qi.
(...) Le vent, qui représente comme ouragan la
violence de la nature, est l'image de la force, mais
aussi de ce qui circule et apporte ses influences
déterminantes, non seulement sur le plan physique
5mais aussi moral ou comportemental. »

Au printemps, la douceur du vent d'est fait éclore
les fleurs, elle reverdit les vieilles souches. Pour exprimer
cette puissance génératrice, qui est aussi une puissance de
destruction et de mort, on parle donc de qi.
Nourrir son souffle, ainsi, c'est s'accorder corps et
esprit au principe premier, celui qui anime terre et ciel, les
dix mille êtres. Aussi dérivés et évolués que seront par la
suite les sens de fengliu-fûryû, "aller avec le vent", surtout
dans le Japon moderne où fûryû tend à devenir un simple
critère de bon goût, pour être au plus près de cette notion
que l'on a dite insaisissable, ou compréhensible
uniquement ishin denshin 以心伝心,"de cœur à cœur", il

4
Voir François Jullien, Nourrir sa vie – À l'écart du bonheur, dont le
titre quelque peu provoquant tend sans doute à interloquer notre
système de valeurs. Nourrir sa vie – À l'écart du bonheur, Paris,
Seuil, 2005.
5
Élisabeth Rochat de la Vallée, Éléments de cosmologie chinoise,
page 159 de Aperçus de civilisation chinoise, Les dossiers du Grand
Ricci, Paris, Desclée de Brouwer – Institut Ricci, 2003.
17