Le Village des Racas
342 pages
Français

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Description

Un village de montagne avec ses habitants… De la vieille femme qui s’accroche à son terrain à la fille facile, du maire coureur de jupons à l’aubergiste égoïste, du vieil alcoolique à la jeune femme dévouée, du curé résigné à l’homme d’affaires au grand coeur, c’est toute une galerie de portraits qui est brossée dans «Le village des Racas». Des relations parfois houleuses, des comportements secrets qui se révèlent lorsque la construction d’un barrage censé faciliter la vie bouleverse les perspectives et attise les convoitises...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2013
Nombre de lectures 17
EAN13 9782826003359
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,006€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Extrait

Prologue

Ce n’est pas aux rois de boire du vin ni aux princes de rechercher des boissons fortes.
En effet, en buvant ils pourraient oublier les lois et porter atteinte à la cause des plus malheureux.
Donnez des liqueurs fortes à celui qui va mourir, du vin à celui qui est rempli d’amertume: qu’il boive et oublie ainsi sa pauvreté, qu’il ne se souvienne plus de sa peine.
Proverbes 31.4-7

Le président de la bourgeoisie fit passer un document que tous signèrent avec soulagement. Quand le papier lui revint, il sourit d’un air satisfait.
– Bien, vous avez pris la bonne décision en me faisant confiance. Demain, j’ai rendez-vous avec le patron de la société qui construit les barrages. Avec ce document, nous récolterons des bénéfices sans investir un sou, et nous serons débarrassés de ce vallon qui n’intéresse plus personne et qui ne crée que des coûts.

Chapitre 1

Cette vallée se remplira d’eau.
2 Rois 3.17

Provenant d’un glacier, le Briccone était un torrent alimenté en eau toute l’année. Il traversait un magnifique vallon alpin verdoyant, et, avant de se précipiter jusqu’au lac Majeur, passait sous un pont de pierre à l’entrée d’un petit village tessinois tout en haut d’une vallée escarpée où quelques habitations au toit de granit étaient frileusement blotties les unes contre les autres. Les habitants étaient peu nombreux. Il s’agissait principalement de personnes âgées, mais il y avait aussi quelques familles. Celles des ouvriers des carrières de pierre qui constituaient l’unique industrie de la région avec celle, très aléatoire, du tourisme estival. Quelques jeunes travaillaient en plaine pour revenir au village tous les soirs. La région était pittoresque, magnifique, cependant, jusqu’alors, peu de ses résidents s’arrêtaient pour admirer les beautés de la nature. Ils avaient plutôt tendance à maugréer contre le sort qui les avait fait naître dans ces montagnes plutôt que dans les plaines fertiles du bas du canton. Là où la vie était bien plus facile, là où l’argent coulait à flot, là où le travail bien rémunéré ne manquait pas pour les hommes de bonne volonté. Là aussi où l’hiver passait quasiment inaperçu.

Quand la route d’accès avait été ouverte, dans les années 1950, presque tous les jeunes s’étaient empressés de transférer leur domicile en ville, près des commodités, revenant quelques années plus tard, très fiers, au volant d’automobiles étincelantes dans ce village où leurs aïeux n’avaient même pas eu les moyens de s’acheter un mulet. La sagesse populaire conseillait à l’époque de se marier plutôt que d’en acheter un: ça revenait moins cher, l’épouse pouvant accomplir plus de tâches que l’animal pour le même investissement initial! Ainsi les femmes avaient plié le dos sous les lourdes charges, réussissant à porter plus de 60 kilos sur des sentiers escarpés, à la montée, et ceci pendant des heures, pour enchaîner avec les travaux de la campagne et ceux du ménage, tout aussi pesants. Ces femmes, mères, épouses et sœurs avaient ainsi peiné de jour comme de nuit, vivant dans l’ombre de leur époux ou père, la tête couverte du foulard noir qui cachait leur chevelure dès le lendemain de leurs noces, les jambes cachées par de longues robes noires, le corps enveloppé dans un tablier.

Ce qu’on aime à décrire comme «le bon vieux temps», ces femmes-là ne l’auraient pas appelé ainsi! Leur vie avait été loin d’être facile, contraintes qu’elles étaient d’entendre «ronchonner» leur mari, de trimer avec un enfant accroché à leur jupon, un autre à leur sein et ceci, tous les jours que Dieu fait, sans jamais de vacances. Les chevilles fines gonflaient, les hanches s’élargissaient, les sourires s’éteignaient et les rides durcissaient vite leur joli visage aux yeux bruns ou, plus rarement, bleus.
Désormais, la vie était tout autre pour leurs descendants: ils apprenaient un métier, vivaient «en ville», se déplaçaient en voiture et pressaient les boutons des appareils ménagers qui leur épargnaient du temps et de la peine. Les vieilles demeures qui, au départ, n’étaient rien de plus que des dortoirs étaient devenues de riantes maisonnettes ne craignant plus la comparaison avec les appartements de la plaine: chauffage central, électricité, salle de bain confortable, cuisine équipée… tout y était et plus personne ne se souvenait du «bon vieux temps», sinon pour regretter quelques objets trop vite jetés à la déchetterie. Car les antiquaires écumaient la région, repérant les bonnes affaires, achetant pour moins que rien les merveilles du temps jadis devenues inutiles. Les greniers remplis de tout ce qui «pouvait encore servir» se vidèrent rapidement et inexorablement: lampes à pétrole, outils agricoles fabriqués à la main, faïences, ustensiles primitifs, coffres, draps de lin, semelles de chanvre, meubles rudimentaires en bois de châtaignier… tout y passa, histoire de faire de la place