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Les Animateurs face à l'intégrisme religieux et à l'oppression des femmes

De
269 pages
Trois mémoires devenus trois témoignages. Et trois regards de femmes : Faïza et son désir de vivre musulmane "à la française" en butte au machisme, Anne-Gaëlle qui découvre de l'extérieur en devenant son amie, et Amandine qui problématise le combat féministe. Où s'arrête la sociologie, où commence la politique ? Comment lier politique et théorie ? Quels savoirs, savoir-faire, savoir-être ?
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Les animateurs
face à l'in tégrisme religieux
et à l'oppression des femmesLogiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une
expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes
sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique,
voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels
classiques.
Dernières parutions
Catherine AGULHON et Angela Xavier DE BRITO, Les étudiants
étrangers à Paris. Entre affiliation et repli, 2009.
Alexandre DUCLOS, Des formes modernes de cosmopolitisme, 2009 .
Eric FORGUES, L'activité symbolique. La formation de soi et de la
société,2009.
Atmane AGGOUN (dir.), Enquêter auprès des migrants, 2009.
Jacques CHAVANES, La cité au travail. L'insertion des jeunes de
« banlieue» d'origine maghrébine, 2009.
Anna AURKEN REGLIN, Danseuses de cabaret. De la lumière à
l'ombre, 2009.
Pierre A. VIDAL-NAQUET, Faire avec le cancer dans le monde du
travail,2009.
Jean-Charles BERARDI, Prolégomènes à une sociologie de l'art. Les
formes élémentaires de l'échange artistique et son procès. Tome 2 :
analyse et modèle, 2009.
Jean-Charles BERARDI, Prolégomènes à une sociologie de l'art. Les
formes élémentaires de l'échange artistique et son procès. Tome 1 :
problématique et méthodologie, 2009.
Marianne DEBOUZY, Le monde du travail aux Etats-Unis: les temps
difficiles (1980-2005), 2009.
Roland GUlLLON, Sociologie de la division du travail, 2009.
Damien LAGAUZERE, Le masochisme social, 2009.
Francis COURTOT, Brian Ferneyhough,figures et dialogues, 2009.
Jean FOUCART, Fluidité sociale et souffrance, 2009.
Olivier MOESCHLER et Olivier THÉVENIN (dir.), Les Territoires de la
démocratisation culturelle, 2009.
Lionel ARNAUD, Sylvie OLLlTRAULT, Sophie RÉTIF et Valérie
SALA PALA (dir.), Mobilisations, dominations, identités,2009.
Alain BERGER, Pascal CHEVALIER, Geneviève CORTES, Marc
DEDEIRE, Héritages et trajectoires rurales en Europe, 2009.Pierre Baracca, Amandine Briffaut,
Anne-Gaëlle Cogez, Danielle Delmaire,
Faïza, Malika Messad
Les animateurs
face à l'intégrisme religieux
et à l'oppression des femmes
Témoignages, discussion, enjeux de formation
L'Hltmattan~ L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairiehannattan.com
diffusion.hannattan@wanadoo.ft
hannattanl@wanadoo.ft
ISBN: 978-2-296-09918-0
EAN : 9782296099180Les femmes et la société...
« Partout où l'homme a dégradé la femme, il s'est dégradé lui-même
[...] En règle générale, les progrès et les changements s'opèrent en
raison du progrès des femmes vers la liberté, et les décadences d'ordre
social s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes.
L'extension des privilèges des femmes est le principe général de tous
les progrès sociaux ».
Charles Fourier (1772-1837)
La théorie des quatre mouvements,
2epartie, L'avilissement des femmes et civilisation, 1808
A propos de Charles Fourier: « il est le premier à énoncer que, dans
une société donnée, le degré d'émancipation de la femme est la
mesure naturelle de l'émancipation générale».
Friedrich Engels (1820-1895)
Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1880
« Il Y a cent ans, le français Charles Fourier, ['un des grands
annonciateurs des idéaux socialistes, a écrit ces mots mémorables:
'dans chaque société, le degré de l'émancipation des femmes est la
mesure naturelle du degré de générale'. Ceci est
parfaitement vrai pour la société actuelle. La lutte de masse actuelle
pour l'égalité des droits politiques des femmes est une des expressions
et une partie de la lutte de libération générale du prolétariat ».
Rosa Luxemburg (1871-1919)
Die Gleichheit, 8 mars 1912De la servitude volontaire...
« C'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le
choix ou d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug,
qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse ».
Etienne de La Boétie (1530-1563)
Discours de la servitude volontaire 1548 à 1555
«N'y a-t-il pas eu aussi des millions d'esclaves qui trouvaient
l'esclavage une chose naturelle et ne se fussent jamais affranchis si
des libérateurs n'avaient surgi de la classe même de leurs
propriétaires? Des paysans prussiens, affranchis du servage en
exécution de la loi de Stein, après 1807, n'ont-ils pas pétitionné pour
demander qu'on les y laissât, car, disaient-ils, 'qui prendrait soin
d'eux lorsqu'ils tomberaient malades ou seraient devenus vieux ?' ».
August Bebel (1840-1913)
La Femme et le socialisme
(Die Frau und der Sozialismus), 1883Nous remercions Michèle Flinois
pour sa relecture attentiveORIGINE
ET
CONSTRUCTION DU LIVREOrigine et construction du livre
par Pierre Baracca
Encore un livre de plus sur les femmes et l'islam en
France, vous direz-vous! Oui, c'est vrai en partie. Mais ce
qui n'est pas fréquent, c'est que cette thématique soit
abordée à partir des travaux de trois étudiantes de DUT en
Animation sociale et socioculturelle, une des formations
pour entrer dans le mondel complexe et divers des
travailleurs sociaux. Ce sont d'abord des témoignages qui
sont rapportés. Mais sur lesquels le collectif revient en
deux tables rondes.
C'est parce qu'il est un fait rarissime que des
exercices universitaires donnent lieu à une telle
proposition, qu'il convient de retracer l'origine de ce livre.
Origine du livre
L'idée de ce livre a pris corps le vendredi 23 juin
2006 à l'issue d'une matinée de soutenances de mémoire
de DUT en Animation sociale et socioculturelle (ASSC)
qui est une des options2 du département Carrières sociales
de l'IUT B de Lille 3 à Tourcoing.
1
La notion de «monde» s'inspire ici de celle d'Howard S. Becker
dans Les mondes de l'art, The University of California Press, 1982,
Paris, Flammarion, 1988.
2
Existent également les options «Educateurs spécialisés» et
« Gestion urbaine ».
IlTrois étudiantes avaient successivement défendu
leur mémoire sur une question professionnelle à partir
d'expériences issues de divers terrains dont leurs stages:
- Faïza décrivait et analysait son vécu familial, des
expériences personnelles ou vues dans des structures
sociales pour construire un regard professionnel autour de
la question des femmes et de l'islam en France. Son
mémoire s'intitulait «La religion et les traditions
musulmanes freinent-elles l'émancipation de la
femme? ».
- Anne-Gaëlle Cogez travaillait la même thématique, mais
du point de vue extérieur de la Française non musulmane
qui avait découvert cette problématique en devenant
l'amie de Faïza. Son mémoire s'intitulait: «Des femmes
maghrébines de France» .
- Amandine Briffaut qui était co-fondatrice de la section
de Ni Putes Ni Soumises à Lille, abordait le même
questionnement en s'appuyant sur les apports du
militantisme féministe et de son histoire. Son mémoire
s'intitulait: «En quoi l'égalité des sexes est-elle une
valeur fondamentale à défendre par l'animateur social et
socioculturel? ».
Lors de la délibération pour la troisième soutenance,
la présidente du jury, Danielle Delmaire, émit l'idée qu'un
livre pourrait être produit à partir de ces trois mémoires,
moyennant leur réécriture et la participation des membres
du jury. Proposition qui reçut l'aval immédiat de Malika
Messad, membre du jury à titre professionnel, et de Pierre
Baracca, le directeur de mémoire des trois étudiantes.
Après un échange sur les perspectives d'un tel travail, il
revint à la présidente du jury d'annoncer cette intention à
la fin de la soutenance d'Amandine et, ce, en présence de
12Faïza et Anne-Gaëlle dans le public. Nous convînmes à six
de faire une première réunion après les vacances d'été. Le
mardi 3 octobre 2006 inaugura la suite des nombreuses
séances qui furent nécessaires à l'écriture de ce livre.
Il convient de signaler que Faïza a choisi d'écrire
dans ce livre sous ce pseudonyme pour ne pas blesser sa
famille - dont son père - qui n'accepte pas le fait qu'elle
vive à la française et avec un «Français », de surcroît non
musulman. Elle témoigne ainsi à sa façon pour la cause
des femmes issues des mondes3 de la religion musulmane,
croyantes ou non, vivant en France, tout en espérant que
son anonymat lui permettra de renouer un jour
positivement avec sa famille paternelle.
Le témoignage de Faïza n'évoque en rien les
violences faites aux femmes issues de l'immigration, nées
françaises ou non, qui ont été et sont révélées par les
médias. Rien des violences subies par Samira Bellil4,
victime de «tournantes» qui lui coûtèrent une longue
thérapie après avoir plongé un temps dans la drogue et
l'alcool par culpabilisation. Rien du travail domestique
imposé à Leila par sa famille et de son mariage forcé, elle
« fille d'immigrés marocains, française, mais élevée dans
la pure tradition musulmane »5. Rien du piège s'abattant
sur Jamila Aït-Abbas, née en France, livrée bâillonnée et
attachée nue sur un lit nuptial par sa mère et les femmes de
la famille, mariée ainsi de force à 19 ans au pays, en
Algérie, «à la suite d'une promesse qui tient lieu de
3
C'est à la fois le sens géographique et celui d'Ho S. Becker évoqué
ci-dessus à la note 1.
4
Samira Bellil, Dans l'enfer des tournantes, Paris, Denoël, 2003,
Folio documents, 2003.
5 Leila, Mariée de force, Oh! Editions, 2004, Editions J'ai lu.
Document, n07481, 2005. Citation de la4èmede couverture.
13contrat moral: la Fatiha »6. Rien de « la vie blessée» de
Fatou Diouf, d'origine sénégalaise, élevée en France et
mariée de force « au nom de la tradition, pour l'honneur et
l'intérêt du clan »7, valeurs et normes qu'elle combat
aujourd'hui en dirigeant l'association Femmes solidaires
du 91.
Sans atteindre un tel summum de violences, le vécu
de Faïza procède cependant des mêmes structures et
schèmes de pensée, de représentation et d'action qui
transforment les femmes en des « biens à préserver qui
permettent un échange entre les familles» 8. Type de
transaction qui ne peut être perçu, dans le cadre d'une
socialisation en France de ce début de XXr siècle, que
comme la transformation de la femme en marchandise
échangeable entre familles, clans et surtout entre les
hommes. Cette façon de penser, de sentir et d'agir renvoie,
en quelque sorte, à l'Antiquité grecque et à la conception
de « la propriété instrumentale animée »9 ou de la bête de
somme pour l'esclave chez Aristote, lequel n'étend pas ce
principe au pouvoir marital, même s'il postule que « dans
10.l'ordre naturel (...) le mâle est au-dessus de la femelle»
Face aux témoignages évoqués ci-dessus, celui de Faïza
peut paraître « doux », mais il relève bien des mêmes
structures de la domination masculine patriarcale
traditionnelle que les combats féministes avaient reléguée
6
Jamila Aït-Abbas, La Fatiha. Née en France, mariée de force en
Algérie, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2003, Le Livre de Poche,
4ème2005. Citation de la de couverture.
7 Fatou Diouf, Charles-Arnaud Ghosn, Le scandale des mariages
forcés, Paris, éditions du Rocher, collection Gens d'ici et d'ailleurs,
2009.
8
Fatou Diouf, Charles-Arnaud Ghosn, idem, p 104.
9
Aristote, La Politique, Paris, Denoël Gonthier, Bibliothèque
Médiations, 1983, p 20.
10
Aristote, idem, chapitre III, p 38.
14loin, pensait-on, dans le passé français: très loin du
Deuxième Sexe de Simone de Beauvoirll. C'est la
confrontation directe avec cette violence, certes
symbolique dans le cas de Faïza, et non par la lecture ou
par les médias, qui a incité le jury à envisager l'écriture de
ce livre à partir des trois mémoires.
Avant d'aborder ce qu'il est advenu de ces trois
mémoires, il semble nécessaire de présenter la nature de ce
travail de recherche, «Le mémoire », demandé aux
étudiants du DUT en ASSC à l'IUT B de l'université de
Lille 3.
Mémoire ASSC et recherche-action
Qu'en est-il de ce mémoire? Voici d'abord un
extrait du texte officiel qui est fourni aux étudiants à la
rentrée universitaire en deuxième année, depuis 1999 :
« Le mémoire n'est pas une spéculation gratuite, ni simple récit
d'expérience, ni description de situation, ni compilation de documents.
C'est au contraire une réflexion issue de vos pratiques (stages,
expériences militantes, etc.) articulée à une ou différentes approches
disciplinaires. L'étudiant devra s'appuyer sur son expérience concrète et
personnelle et l'étayer par toutes les sources d'information qu'il jugera
utiles et pertinentes.
ELEMENTS DE DEFINITION
1/ Le mémoire est l'occasion pour l'étudiant de produire et de
soutenir un écrit à partir d'une question issue de sa pratique,
comprenant au minimum quarante pages, hors annexes.
2/ Il s'agit de :
al poser clairement une question;
b/ montrer les tenants et les enjeux de la question
articulée avec les pratiques et avec les disciplines mises en œuvre dans
l'élaboration du mémoire, sans que l'on puisse reprocher à l'étudiant
11Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Editions Gallimard, 1949.
15d'avoir mis en œuvre telle ou telle discipline plutôt que telle autre, ceci
sous réserve évidemment que l'étudiant se situe clairement par
rapport à ses choix et en rende compte;
ci répondre effectivement et exclusivement à la question;
dl s'appuyer sur une bibliographie suffisante et éventuellement des
annexespertinentes;
el remettre un document qui respecte les normes de présentationd'un
texte de recherche (chapitre, sous-chapitre, bibliographie normalisée,
présentation normée, index des sigles, liste des annexes, vingt-cinq
lignes et mille cinq cents caractères par page).»
Ce type de travail procède de l'esprit de la
recherche-action. Il s'agit, pour l'étudiant(e) de dégager
des enseignements généraux à partir d'un parcours
d'expériences et d'observations issues du terrain afin de
s'approprier des connaissances utiles à sa transformation
personnelle en tant que futur animateur professionnel et,
par conséquent, à la transformation de la réalité sociale via
l'action qu'est l'animation professionnelle. Les outils
mobilisés s'apparentent à ceux de la recherche-action:
travail autobiographique, enquêtes, travail monographique
de terrain, croisement de divers champs disciplinaires, etc.
Pour participer pleinement de la recherche-action12, il
12
Pour creuser la notion de recherche-action, cf. l'ouvrage d'Hugues
Bazin, Espaces populaires de création culturelle. Enjeux d'une
recherche-action situationnelle, INJEP, Cahier de l'Action nOS,2006.
Voir aussi le site du LISRA (Le Laboratoire d'Innovation Sociale par
la Recherche-Action), animé par Hugues Bazin:
http://labo.recherche-action.fr/.
« Le LISRA est une plate-forme de travail coopératif et de
mutualisation d'outils mis à la disposition des personnes désirant
développer une démarche par la recherche-action. Depuis plusieurs
années le réseau inter-régional 'espaces populaires de création
culturelle' et ses acteurs en recherche-action constituent naturellement
un laboratoire social. Laboratoire d'idées ancré dans la réalité sociale,
le LISRA continuera de s'appuyer sur les qualités humaines
16faudrait que cette recherche soit soumise à l'analyse d'un
atelier de réflexion collective entre les acteurs, ce qui n'est
pas le cas. A moins de considérer le jury de DUT
(directeur de mémoire, professionnel extérieur à l'IUT,
président de jury) davantage comme une instance
d'échanges professionnels que une
d'examen délivrant un diplôme. Il faut reconnaître que ce
regard est plus évident du point de vue des membres du
jury que de celui de l'étudiant(e). Néanmoins ce travail
place l'étudiant(e) en posture d'initiation à la recherche-
action: on peut espérer qu'il/elle conservera le souvenir
de cette pratique dans son futur métier d'animateur
professionnel.
Voilà l'esprit qui était implicite aux mémoires de
DUT de Faïza, Anne-Gaëlle et Amandine.
Trois témoignages, trois regards...
Chacun des trois premiers chapitres de ce livre
correspond ainsi à la réécriture du mémoire par son
auteure. Chaque mémoire a été condensé, surtout par un
effort de centration sur la thématique globale du livre.
Chacun des trois premiers chapitres fait donc office
de témoignage, même s'il ne correspond pas à un entretien
traditionnel entre une personne qui pose des questions et
un(e) enquêté(e) ; même s'il se présente parfois davantage
comme une méditation écrite à partir d'un questionnement
de départ et mêlant à la fois éléments biographiques, faits
d'actualité locaux ou non, ressentis, représentations,
références philosophiques, historiques, sociologiques,
d'échanges en réseau tout en posant les conditions scientifiques d'une
production de connaissance. »
LISRA, BP 67 - 92114 CLICHY cedex - bazin@recherche-action.ft
17politiques, etc. Ainsi ces trois méditations
autobiographiques fonctionnent entre le mode de la
confession - journal intime et de l'auto-observation.
Malgré son caractère construit et réfléchi, chacun de ces
trois chapitres demeure le ressenti d'un moment donné.
La réécriture n'a pas modifié les positions et les
contenus du moment de la soutenance. Il faut donc lire ces
trois regards comme des témoignages de 2005-2006. Ce
sont en quelque sorte des matériaux pour des travaux
ultérieurs. Des archives disponibles émanant de trois
jeunes femmes, à égalité dans leur condition d'étudiante et
différentes à cause de l'endroit d'où elles regardent. Il va
sans dire que chacun des trois chapitres est uniquement
assumé par son auteure.
Les changements éventuels de positionnement et les
prises de distance affective survenus avec le temps ont été
différés aux deux tables rondes.
En somme, si ces trois chapitres de témoignages ne
sont pas des entretiens individuels au sens strict de la
recherche-action, ils sont néanmoins conscientisants13. Ces
trois témoignages, comme dans la recherche-action, ont
été soumis à la discussion collective du groupe écrivant ce
livre et, ce, sous la forme de deux tables rondes, dans
l'objectif d'en tirer des connaissances.
Deux tables rondes: deux discussions
Le texte de chaque table ronde ne résulte pas de la
retranscription d'un enregistrement d'une discussion
collective en continu, mais d'écrits échangés par courrier
électronique, d'enregistrements collectifs, de prises de
notes depuis la première réunion d'octobre 2006.
13 Cf Hugues Bazin, idem, pp. 58-59.
18L'ensemble a été reconstruit collectivement sous forme de
conversation et dans l'esprit littéraire du dialogue.
Notamment lors de multiples réunions collectives de
discussion et de travail.
La première table ronde revisite la problématique du
statut de la femme et de l'islam en France, celle des
relations du religieux avec le politique et les rapports
sociaux en général. Elle questionne aussi quelques
représentations courantes qui structurent implicitement les
modes de pensée de tout un chacun comme des médias.
Ainsi, par exemple, que signifie être «maghrébine» ou
« maghrébine et musulmane» ou « maghrébine,
musulmane et française », voire en plus «algérienne »,
« marocaine », «kabyle» ou autre? Qu'est-ce qui se joue
derrière ces identités revendiquées pour des femmes
vivant en France et souvent nées en France? Ou encore
quid des communautarismes, des thèses multiculturalistes,
du modèle républicain à la française et de la laïcité?
La seconde table ronde confronte ces sujets à
l'animation professionnelle, que les animateurs soient
sortis ou non du DUT d'AS SC préparé dans plusieurs IUT
en France. Les situations concrètes abordées ne
débouchent jamais sur des recettes à appliquer. Elles ne
sont pas plus des études de cas donnant lieu à la recherche
de postures professionnelles efficaces pour aider un
individu singulier à résoudre ses problèmes comme le
propose l'ouvrage écrit et coordonné par Dounia Bouzar,
Quelle éducation face au radicalisme religieux ?14, qui
s'inscrit, lui, dans le cadre de l'Education spécialisée (ES)
et notamment de la Protection judiciaire de la jeunesse
(PJJ). Les témoignages et les expériences présentés dans
14
Dounia Bouzar, Quelle éducation face au radicalisme intégriste?,
Paris, Dunod, 2006.
19notre ouvrage servent à mettre à plat les stratégies
politiques disponibles, possibles, voire contradictoires,
auxquelles peuvent avoir recours les animateurs et leurs
structures de travail quand ils se frottent à ces situations. Il
s'agit de faire comprendre la cohérence politique de
chaque stratégie en mesurant ses tenants et ses
aboutissants en terme de choix sociétaux. Réagir
professionnellement, prendre des décisions, construire une
action nécessitent de ne pas s'enfermer dans des
représentations approximatives, mais d'avoir une
conscience claire à la fois du cadre juridique et législatif
français, mais aussi des différents systèmes de valeurs,
donc de projets de société, en concurrence.
Dans cet échange à six, chacun assume la part qui lui
revient, c'est-à-dire les positions qu'il développe. Si les
six participants sont tous d'accord pour défendre la
laïcité1S et l'égalité entre les femmes et les hommes, le
lecteur ne manquera pas de constater des nuances et des
différences entre eux. Ce sont autant de postures politico-
philosophiques qui s'offrent aux lecteurs, c'est-à-dire aux
citoyens.
Chaque lecteur, et notamment quand il est travailleur
social et en particulier animateur professionnel, est invité à
s'interroger sur des notions qu'il est amené à utiliser
machinalement comme des évidences, sans en mesurer
nécessairement les prolongements, pour faire face à des
enjeux politiques locaux, régionaux, nationaux auxquels il
risque d'être confronté ou pour les projets qu'il met en
place au sein de collectivités publiques, de structures
sociales, culturelles et socioculturelles.
15
La laïcité sans qualificatif et non la laïcité «ouverte », «positive,
« apaisée », etc. V oiT annexe 3.
20En somme, loin de se trouver devant un livre de
recettes, chaque lecteur est ainsi invité à prendre une
position d'acteur conscient. C'est pourquoi on peut dire
que ces deux tables rondes et le livre globalement
participent, à leur manière, à la démarche de l'éducation
16.populaire
Passons concrètement aux témoignages et, d'abord à
celui de Faïza qui a fait office d'embrayeur matriciel
depuis le début, tant pour ce livre qu'à l'IUT.
16
Sur la notion d'éducation populaire, lire la notice « Populaire
(Education) », Martine Hédoux, Geneviève Poujol, Dictionnaire
3èmeencyclopédique de l'éducation et de la formation, Paris, Retz,
édition, 2005, pp 755-759. Ainsi que le dossier documentaire réalisé
par Isabelle Fiévet, L'éducation populaire, Centre de documentation
de l'INJEP, collection Le point sur, n022, 2006. Rappel: l'INJEP est
l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire,
Etablissement public du ministère de la Jeunesse et des Sports.
21PREMIERE PARTIE
TROIS TEMOIGNAGES,
TROIS REGARDS...Chapitre 1
Incompréhension de l'injustice
faite aux femmes
dans la tradition musulmane
par Faïza
I. Ma vision de l'intérieur
Je suis née dans une famille musulmane, je suis donc
née musulmane, parce qu'on hérite des croyances de sa
famille, jusqu'au jour où l'on devient quelqu'un et alors
on choisit de perpétrer cet héritage ou de le faire évoluer.
Mes grands-parents paternels sont nés dans les
montagnes algériennes. Ils ont vécu dans un petit village et
ils se sont dévoués corps et âmes à leur religion et à leur
culture qui restent, pour ainsi dire, le seul point d'attache à
leur pays d'origine. Aujourd'hui, ma grand-mère vit seule,
mon grand-père étant décédé, dans une cité minière. En
sociologie, j'ai étudié, durant ma première année de DUT,
un texte de la sociologue Zahia Zeroulou dans lequel il est
question de la réussite scolaire des enfants d'immigrés.
Elle y explique que les personnes qui ont grandi dans leur
pays d'origine au sein d'un milieu rural ont plus de
25difficultés à s'intégrer dans leur pays d'accueil que des
personnes issues d'un milieu urbain lesquelles acceptent
plus facilement l'évolution des mœurs1.
Je l'ai constaté tout au long de mon enfance et de
mon adolescence et j'en ai subi les conséquences.
1.1. Apprentissage à la soumission
Depuis que je suis enfant, on m'apprend à me
soumettre à l'homme. Je n'ai jamais compris et
aujourd'hui je ne comprends toujours pas pourquoi, mais
pendant longtemps j'ai accepté sans me poser de
questions. Je devais me soumettre aux volontés des
hommes de mon entourage. Peu importe ce qu'ils me
demandaient, je n'avais pas le droit de me rebeller, je
devais leur apporter ce qu'ils désiraient, même si ce qu'ils
désiraient se trouvait à leur portée. Je devais avoir ce
comportement, par exemple, avec un de mes cousins qui
est mon aîné de quelques années. Lorsque je me disputais
avec lui et que j'allais me plaindre à un membre de ma
famille, on me répondait que c'était de ma faute, que
c'était un homme et que je ne devais pas me révolter s'il
m'ennuyait. J'en étais révoltée et frustrée. On m'a appris,
dès mon plus jeune âge, à servir l'homme sans discuter.
Lorsque ma famille avait des invités, ces derniers
étaient accueillis dans une pièce autre que celle où l'on
mangeait habituellement et je ne pouvais manger que
lorsque que les hommes avaient terminé leur copieux
repas parce qu'il fallait que je sois disponible au cas où
l'un d'entre eux aurait eu besoin de quelque chose. Cela
1 G. Abou Sada, B. Courault, Z. Zeroulou (sous la dir. de),
L'immigration au tournant, actes du colloque du GRECO 13 sur Les
mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays
industriels, Vaucresson, 28-30 janvier 1988, Paris, L'Harmattan,
1990.
26