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Les catholiques de l'Isère et la Grande Guerre 1914-1918

De
190 pages
Comment les catholiques de l'Isère ont-ils vécu la Première Guerre mondiale ? Comment clergé et laïcs ont-ils pris part à l'effort de guerre ? Dans un diocèse situé loin du front, les quatre années de conflit ont vu naître des œuvres sociales d'une ampleur insoupçonnée, mais aussi de nouvelles pratiques de dévotion. L'Union sacrée et la fraternisation dans les tranchées entre prêtres mobilisés et anticléricaux, ont permis une pacification des esprits. Voici un pan méconnu de l'histoire de l'Eglise catholique en Isère.
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GillesMarie Moreau
Les catholiques de l’Isère et la Grande Guerre 19141918 « La mort était près de nous, mais aussi le Bon Dieu »
Série Études
Les catholiques de l’Isère et la Grande Guerre 1914-1918
Religions et Spiritualité fondée par Richard Moreau, Professeur émérite à l’Université de Paris XII, dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain. La collectionReligions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue interreligieux. Derniers titres parusChristian Ngazain Ngelesa,La nature humaine comme norme morale d’après Hans Urs von Balthasar, 2016.Jean-François Fyot,Une règle pour des laïcs : la règle de saint Benoît pour des laïcs cisterciens, 2016. Albert Soued,Des clés pour comprendre la Qabalah, 2016. Michèle Juin,: une pensée puissante, d’après ClaudeLe christianisme Tresmontant, 2016. Giraud Pindi,Méditations dominicales d’un curé de paroisse, 2016.Sylvain Kikwanga,La charité comme fondement du droit canonique, 2016. R. Alex Neff,: trajectoires identitaires entre laEvangéliques en réseau France et les Etats-Unis, 2016. Robert Culat,Le paradis végétarien : méditations patristiques, 2016.Fabio Schmitz,Causalité de Dieu et péché dans la théologie de saint Thomas d’Aquin. Préface du P. Serge-Thomas Bonino, 2016.Bruno Florentin,Vivre avec Dieu dans le livre du Lévitique, 2016. Mgr Jacques Perrier (évêque émérite de Tarbes et Lourdes),Lourdes dans l’Histoire : Eglise, culture et société de 1858 à nos jours. Préface de l’abbé René Laurentin, 2015. François Pongo Lowanga,Le recours aux Ecritures dans le récit matthéen des tentations de Jésus (Mt 4, 1-11), 2015.Francis Lapierre et Pierre Watremez,Les prières de l’Ancien Testament : mille ans de dialogue avec Dieu, 2015. Fr. Etienne Goutagny (moine de Notre-Dame de Cîteaux),Les impératifs de Dieu, 2015. Francis Weill,: lire la Bible après la ShoahJudaïsme, christianisme, islam , 2015.Jean-Paul Le Guillou,: l’enquête de canonisationSaint Yves de Tréguier . Préface de Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, 2015.Philippe Beitia,Le sens de l’épreuve chez sainte Thérèse d’Avila, 2015.
Gilles-Marie MOREAU Les catholiques de l’Isère et la Grande Guerre 1914-1918 « La mort était près de nous, mais aussi le Bon Dieu »
Du même auteur, dans la même collection La cathédrale Notre-Dame de Grenoble, 2012.Le Saint-Denis des Dauphins : histoire de la collégiale Saint-André de Grenoble, 2010.En collaboration François et Michèle Guy :Un couple au service de la vie. Entretiens avec Gilles-Marie Moreau, 2015.Albert Rey (en collaboration avec Jacques Rogé et Gilles-Marie Moreau) : Henri Reymond (1737-1820), évêque constitutionnel de l’Isère (1793-1802), évêque concordataire de Dijon (1802-1820), 2014.Joannès Praz (chanoine) :Mgr Alexandre Caillot (1861-1957), évêque de Grenoble. Introduction et notes de Gilles-Marie Moreau, 2013. A mon grand-oncle Raoul Joubert, mort pour la France en 1914 :In Paradisum deducant te angeli.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10370-9 EAN : 9782343103709
Introduction
Il peut sembler paradoxal d’étudier la Grande Guerre dans le diocèse de Grenoble qui, situé très à l’arrière, loin du front, ne fut jamais au contact des combats, et ne subit ni occupation étrangère ni destruction. Pourtant, ses habitants endurèrent comme tous les citoyens des pays belligérants les affres de la guerre : les pères, les maris, les frères, les fils partis au front, et dont on apprend un jour qu’ils ont été tués ou, peut-être pire encore, qu’ils ont disparu lors d’un affrontement particulièrement violent, et que leur corps n’a pas été retrouvé. Il ne faut pas sous-estimer les souffrances éprouvées par les populations de l’arrière, ni d’ailleurs les initiatives de charité et de solidarité qu’elles ont pu susciter pour tenter de les atténuer. Sous ce dernier point de vue, on verra que l’action de l’Eglise fut importante, et qu’elle mérite d’être rappelée. Mais il est tout aussi intéressant de comprendre comment les catholiques de l’Isère ont appréhendé ces quatre années de conflit, comment la hiérarchie et le clergé ont pris leur part à l’effort national, comment les mentalités, que l’on aurait pu penser figées durablement par les affrontements de la Séparation de l’Église et de l’État, ont évolué plus rapidement et plus radicalement qu’on eût pu le supposer a priori. Comme l’a écrit Xavier Boniface, le fait religieux durant le premier conflit mondial est très souvent passé sous silence :Les histoires générales de la guerre (…) ignorent largement cette dimension, comme s’il y avait des
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1 cloisonnements thématiques. Nous avons modestement souhaité combler cette lacune en menant cette étude, qui s’appuie en grande partie sur le dépouillement de la 2 Semaine Religieuse du diocèse de Grenoble, et ne prétend donc assurément pas à l’exhaustivité. Mais elle vise néanmoins à donner un aperçu assez large de la façon dont fut vécue la Grande Guerre par les catholiques isérois, qui auraient tous pu reprendre à leur compte cette phrase du petit séminariste Louis Martinet :La mort était près de 3 nous, mais aussi le Bon Dieu .Nous tenons à remercier tout particulièrement Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble et Vienne, qui a eu l’heureuse initiative de ces recherches en demandant aux Archives diocésaines d’organiser une exposition sur ce thème. Notre gratitude s’adresse également à Mme Frédérique Corporon, archiviste diocésaine, ainsi qu’à MM. Jean-Louis Boffard et François Lumalé, bénévoles aux Archives diocésaines, qui ont réalisé l’exposition à laquelle ce livre est associé. MM. Jean-Louis Boffard et Michel Labeau ont réalisé la carte du diocèse en 1914. L’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux nous a aimablement permis de reproduire les textes de la messe pro tempore belli. M. Jérémy Pignard nous a communiqué des éléments de sa future thèse sur les monuments aux morts, ainsi que des illustrations. M. et Mme François Guy nous ont donné des éléments sur le clos des Capucins de Meylan où Anne-Marie Guy-Giroud servit comme infirmière. Enfin, Mme Richard Moreau a fait bénéficier ce texte d’une relecture attentive. 1  Cf. RHEF (Revue d’Histoire de l’Eglise de France), t. 101, 2015, p. 157. 2  C’est à cet hebdomadaire que nous ferons allusion chaque fois que nous parlerons du « bulletin diocésain ». 3 Cf.Livre d’Or(voir bibliographie), p. 248. NB : par la suite, lorsque nous ferons référence auLivre d’Orsans autre précision, il s’agira du Livre d’Ordu diocèse, et non pas duLivre d’Ordu Rondeau.
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1 La Mobilisation Le contexte de la Séparation e Comme partout en France en ce début de XX siècle, les catholiques de l’Isère ont durement subi les diverses lois anticléricales qui se sont succédé depuis 1880 et ont abouti à la Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Depuis plus de trente ans,le pouvoir a été exercé par des gouvernements se caractérisant tous, à de rares exceptions, par leur anticléricalisme. (…) Ce processus politique et juridique a consisté à imposer à la société française une succession de lois laïcisatrices toutes dirigées contre l’Eglise catholique, et dont certaines ont eu pour conséquence d’exclureles religieux catholiques 1 du régime commun aux citoyens. Le diocèse de Grenoble en a comme les autres éprouvé les conséquences : expulsion des congrégations religieuses (en particulier celle des Chartreux en 1903, chassés malgré un vaste mouvement de soutien dépassant les clivages politiques, acte dont le caractère injuste a scandalisé bien au-delà des sphères catholiques), expulsion de l’évêque de son évêché et des séminaristes du Grand Séminaire, spoliation des Petits Séminaires (dont celui de La Côte-Saint-André, qui n’était achevé que depuis quatre ans seulement et avait été construit grâce aux dons des fidèles), inventaire des églises. En France, ce sont plus de
1 Cf. Jean Sévillia, pp. 17-19 (voir bibliographie).
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80 000 religieux qui ont dû s’exiler, 16 700 écoles catholiques qui ont été fermées, et 53 000 religieux qui ont 2 été interdits d’enseigner . 456 communautés féminines ont fait une demande d’agrément, qui ont toutes été refusées. Cette politique est le fait de gouvernements d’inspiration franc-maçonne, qui ne cachent rien de leurs intentions. En 1902, le Grand-Orient propose ainsi de retirer le droit de vote aux ecclésiastiques. En juin 1904, quelques jours avant les épreuves de l’agrégation, Emile Combes interdit aux membres du clergé de se présenter au concours. Le 15 janvier 1901, René Viviani, alors député de la Seine (ce co-fondateur du journalL’Humanité sera président du Conseil au début de la guerre), déclare à la tribune de l’Assembléelivrer une guerre d’exterminationà l’Eglise catholique. Son ami Maurice Allard, député du Var, affirme quant à lui le 10 avril 1905 à la tribune de la Chambre :Le christianisme est un outrage à la raison, un outrage à la nature. (…) Je veux poursuivre l’idée de la Convention et achever l’œuvre de déchristianisation de la France. Jean Jaurès clame que l’Eglise et le christianisme sont la négation du droit humain. Un libre penseur va jusqu’à écrire que, contre le prêtre,tout est permis, car la civilisation a un droit de légitime défense. Elle ne lui doit ni ménagement, ni pitié. C’est le chien enragé que tout passant a le droit d’abattre, de peur qu’il ne morde les hommes et n’infecte le troupeau. Un autre soutient quela religion est une des plus cruelles maladies mentales et une lâcheté. En retour, le député et académicien Albert de Mun déplorela déchristianisation légale et méthodique du pays. Dans un tel climat, une grande partie des catholiques de ce temps, que certains historiens actuels qualifient du mot
2 Chiffre donnés par Alain Toulza. Jean Sévillia donne des estimations moins importantes : 30 000 à 60 000 religieux et religieuses exilés, 14 000 écoles fermées.
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3 malsonnant d’intransigeantistes, se sentent persécutés. Beaucoup d’entre eux se sont opposés physiquement aux expulsions et aux inventaires. Ces péripéties et ces tensions incessantes entre l’Etat et les congrégations religieuses, et au niveau local entre les mairies et les paroisses, ont engendré de profonds ressentiments. On pourrait donc se demander dans quelle mesure les
EXPULSION DESCHARTREUX EN1903 Carte postale, coll. part.catholiques qui se sentent d’une certaine façon « hors-la-loi » sont disposés, lorsque la guerre éclate, à se battre et à risquer leur vie pour une République contre laquelle ils ont conservé de durables rancœurs. En ce début de 1914, le bulletin diocésain isérois continue de se faire l’écho des persécutions qui s’abattent
3 Intransigeantisme : théorie selon laquelle les catholiques sont divisés en deux grandes tendances, les libéraux (minoritaires) et les intransigeants qui refusent toute concession à la modernité et à l’esprit des Lumières. Cf. Moreau (Odile et Richard) :D’Einsiedeln à la Salette au fil des siècles : avec les pèlerins comtois sur les pas de la Vierge Marie. L’Harmattan, Paris, 2012, pp. 198-200.
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