Les dames de Sainte-Elisabeth

Les dames de Sainte-Elisabeth

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L'église Sainte-Elisabeth, dans le Marais, appartenait anciennement à un monastère désormais disparu. L'auteur s'est intéressée à ce lieu oublié et aux trois cents religieuses qui l'ont habité et qui appartenaient à de grandes familles parisiennes. On découvre le quotidien de ces femmes et ce qu'elles ont vécu durant les évènements survenus entre 1616 et 1792. C'est également l'occasion de s'interroger sur les raisons de la disparition de ce lieu de culte.

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Ajouté le 01 juin 2014
Nombre de lectures 37
EAN13 9782336350325
Langue Français
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Dominique Sabourdin-Perrin
LES DAMES
DE SAINTE-ÉLISABETH
Un couvent dans le Marais (1616 - 1792) LES DAMES
DE SAINTE-ÉLISABETHLors d’une promenade dans le Marais, en passant devant l’église
Sainte-Elisabeth, rien ne laisse supposer qu’il s’agit de l’église
d’un vaste monastère, aujourd’hui disparu. En ce lieu, les reines, Un couvent dans le Marais (1616 - 1792)
Marie de Médicis et Anne d’Autriche, une favorite royale,
Madame du Barry, des ministres, des chanceliers de France,
Séguier, Voysin, des écrivains, Madame de Sévigné, des peintres,
Charles Le Brun, des hommes d’église de grande renommée,
tels Bérulle, Condren, Camus, ou des saints, comme Vincent de
Paul et François de Sales, sont venus prier, travailler. Certains y
ont été enterrés.
L’auteur, après de nombreuses recherches, a retrouvé le nom
des trois cents religieuses qui ont vécu dans ce couvent, pendant
176 ans, découvrant que la plupart de ces femmes appartenaient
aux plus grandes familles du Parlement et de la municipalité
de Paris. Elle raconte leur vie quotidienne, de leur entrée au
monastère jusqu’à leur décès.
Bien qu’elles aient vécu en clôture, elles n’ont pas échappé aux
évènements qui se sont déroulés de 1616 à 1792. Ce livre les fait
sortir de l’anonymat et interroge le lecteur sur les raisons qui ont fait
disparaître ce monastère de l’espace urbain et de l’histoire de Paris.
Dominique Sabourdin-Perrin réside depuis plus de quarante
ans dans le quartier du Temple. Capétienne, Docteur ès lettres,
professeur de lettres modernes en collège et lycée, conférencière,
Préface de l’Abbé Xavier Snoëkchevalier des palmes Académiques, elle s’est intéressée à ce
quartier de Paris chargé de souvenirs, publiant livres et articles,
eparticulièrement dans la revue Histoire du III arrondissement.
Photographies :
Dame de Sainte-Elizabeth en costume de chœur.
Façade de l’église Sainte-Elizabeth.
ISBN : 978-2-343-03564-2
Histoire de Paris38 e
Dominique
LES DAMES DE SAINTE-ÉLISABETH
Sabourdin-Perrin
Un couvent dans le Marais (1616 - 1792)
LES DAMES
DE
SAINTE-ELISABETH

Un couvent dans le Marais (1616 – 1792)




























Histoire de Paris
Collection dirigée par Thierry Halay

L’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France est un vaste champ d’étude, quasiment
illimité dans ses multiples aspects.
Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que
ce soit à travers les lieux, les personnages ou les événements qui ont marqué les siècles.
Elle s’efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des
Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu’il s’agisse d’individus
célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées.
Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la
base de leur sérieux et d’un travail de fond, s’adressent à un large public, qui y trouvera
un ensemble documentaire passionnant et de qualité.
A côté de l’intérêt intellectuel qu’elle présente, l’histoire locale est fondamentalement
utile car elle nous aide, à travers les gens, les événements et le patrimoine de différentes
périodes, à mieux comprendre Paris et l’Ile-de-France.

Dernières parutions

Claude MOREAU, Charenton-le-Pont. Un dictionnaire historique des rues
anciennes et actuelles, 2014.
Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. Du Moyen-Âge à la Révolution, 2013.
Pascale GAUTHIER, L’Épopée des Espagnols à Paris de 1945 à nos jours,
2010.
eHubert DEMORY, La Mémoire du XVI Arrondissement. Inventaire des plaques
commémoratives, 2010.
ePierrette BINET-LETAC, Les sœurs de l'Hôtel-Dieu dans le Paris des XIV et
e
XV siècles. Philippe du Bois, Marguerite Pinelle..., 2010.
Sylvain BRIENS, Paris, laboratoire de la littérature scandinave moderne.
1880-1905, 2010.
Janice BEST, Les monuments de Paris sous la Troisième République :
contestation et commémoration du passé, 2010.
Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De l’Annexion à la Grande Guerre, 2009.
Françoise BUSSEREAU-PLUNIAN, Le temps des maraîchers franciliens. De
erFrançois 1 à nos jours, 2009.
Jean-Marie DURAND, Heurs et malheurs des prévôts de Paris, 2008.
Jérôme FEHRENBACH, Une famille de la petite bourgeoisie parisienne de
Louis XIV à Louis XVIII, 2007.
eMichel SURUN, Marchands de vin en gros à Paris au XVII siècle. Recherches
d’histoire institutionnelle et sociale, 2007.
Juliette FAURE, Le Marais, promenade dans le temps, 2007.
Bernard VESPIERRE, Guide du Paris médiéval, 2006.
Jacques MARVILLET, Vingt ans d’urbanisme amoureux à Paris, 2005.
Dominique SABOURDIN-PERRIN





LES DAMES
DE
SAINTE-ELISABETH

Un couvent dans le Marais (1616 – 1792)






Préface de l’Abbé Xavier Snoëk
















Du même auteur


Les Enfants du Temple (Théâtre) – Triartis, 2010

Les Confesseurs de Dieu (Théâtre) – L’Harmattan, 2011

Les Oubliés du Temple (Essai) – Persée, 2012


























© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03564-2
EAN : 9782343035642 Je tiens à remercier Pierre Moracchini et ses assistantes, Cécile de
Cacqueray et Monika Bem, de la Bibliothèque des Capucins, pour
leur accueil, leurs conseils et leur patience, l’Abbé Xavier Snoëk,
Curé de l’église Sainte-Elisabeth, chapelle de l’ancien monastère des
Filles de Sainte-Elisabeth, pour ses conseils et ses encouragements,
Très spécialement, Marie-Josèphe et Rafaël de Mendoza pour leur
assistance inconditionnelle et quotidienne en informatique, Dorothée
Saint-Aubin pour ses informations ponctuelles, Maïten Auschitzky
pour la réalisation pointilleuse des arbres généalogiques, Claude
Pouillard pour ses cours sur la spiritualité du XVIIe siècle ainsi que
Magali Courcol pour sa maquette.

rAvertissement
Les extraits en italique et les noms propres ont été recopiés dans le
français des XVIIe et XVIIIe siècles.

rPréface
Si vous entrez dans l’église Sainte-Elisabeth, tôt le matin ou le soir,
vous entendrez probablement quelques personnes psalmodier l’Office,
et si vous avez un peu de chance, vous verrez, peut-être, le chœur
occupé par des hommes vêtus de la coule noire frappée de la croix de
Malte blanche. Ils succèdent depuis la Révolution aux religieuses
élisabéthines qui, depuis le 11 octobre 1621 jusqu’au 29 Août 1792,
ont chanté l’Office dans l’église de leur monastère, construite sous la
protection de la reine Anne d’Autriche.
En effet, notre église devenue paroissiale en 1809, et officiellement
église conventuelle de l’Ordre de Malte en 1938, après une première
messe célébrée par l'Ordre en 1815, a d’abord été l’église conventuelle
des religieuses du Tiers-Ordre franciscain, dites Elisabéthines.
Dominique Sabourdin-Perrin nous donne, grâce à son travail sur les
archives du couvent, conservées à la Bibliothèque franciscaine des
capucins, d’entrer dans la vie quotidienne des moniales. Ainsi, nous
faisons connaissance avec ces femmes, nous connaissons leurs
dépenses, leurs achats, leurs maladies, leur costume, leur vie de
prière… Nous pénétrons dans une petite société fermée, composée
non seulement de plus de 60 religieuses mais aussi de dames
pensionnaires et de jeunes élèves. Dominique Sabourdin-Perrin a
réussi à retrouver derrière les noms de religion, les noms des familles
auxquelles elles appartenaient. C’est ainsi qu’apparaissent les noms
plus ou moins connus des grandes familles de la noblesse de robe et
celles de la cour de Louis XIV, du Régent, de Louis XV, les Séguier,
Harlay, Trudaine, Angoulême, Sully, Verneuil, …
Si des personnages aussi célèbres sont venus chez les Dames de
Sainte-Elisabeth, pourquoi leur couvent et leur église restent-ils si
méconnus ?
Les figures spirituelles les plus connues du Grand Siècle y sont venues
prêcher, prier, conseiller, mais pour l’instant, aucune personne de cette
communauté, n’est considérée comme un personnage de premier plan.
Vincent Mussart, le fondateur, n’a pas été canonisé. Les religieuses
sont restées dans l’anonymat. Elles sont passées à côté du piétisme et
du jansénisme, alors que leurs proches y succombaient, et sont restées
fidèles à l’Eglise quand le curé de Saint Nicolas, jureur, a tenté
d’entraîner à sa suite quelques-unes d’entre elles. Aussi, aucun
scandale, aucun procès retentissant, comme à Port Royal ou ailleurs,
ne retiennent l’attention !
Quel a été leur secret ? Vraisemblablement une théologie sûre, une
spiritualité équilibrée mêlant les racines franciscaines et la spiritualité
de l’école française, mais aussi, une pauvreté et une intériorité, dans
un cadre magnifique et peut-être même précieux, particulièrement
dans la chapelle, comme nous le laissent entrevoir, encore aujourd’hui,
les lustres regroupés dans le chœur, qui étaient espacés, jadis, dans la
nef. C’est donc, à travers la régularité du quotidien de cette maison de
prière décrite par Dominique Sabourdin-Perrin, que l’on pourra
comprendre ce qui a fait l’essentiel de la vie de ces femmes.
Abbé Xavier Snoëk
Curé de l’église Sainte-Elisabeth
Chapelain de l’Ordre de Malte

rSOMMAIRE
INTRODUCTION ............................................................................ 13
I FONDATION 21
II MONASTERE ........................................................................ 29
III PROFESSES DE CHŒUR – CONVERSES ....................... 61
IV ENTREE EN RELIGION ..................................................... 75
V DAMES DE SAINTE-ELISABETH .................................... 93
VI MALADIE, MORT, ENTERREMENT ............................. 155
VII VIE SPIRITUELLE ............................................................. 171
VIII SOCIETE .............................................................................. 223
IX VIE LAIQUE ........................................................................ 257
X VIE ECONOMIQUE ........................................................... 293
XI EXPULSION ........................................................................ 321
CONCLUSION ............................................................................... 331
ANNEXES ....................................................................................... 339
- LISTE DES FILLES DE SAINTE-ELISABEH .................... 341
- GLOSSAIRE ............................................................................. 357
- BIBLIOGRAPHIE ................................................................... 357
- TABLE DES ILLUSTRATIONS ............................................ 375



rINTRODUCTION
A Paris, le promeneur qui visite le quartier historique du Marais, et
1passe devant le 195 rue du Temple, longe la façade d’une église
serrée, sur le côté gauche, par des maisons basses, cernée sur le côté
droit par des arbustes chétifs et poussiéreux, prisonniers d’une grille
noire, et que côtoie un passage reliant la rue du Temple à la rue de
Turbigo. S’il levait la tête et admirait, dans leur niche, les statues de
Saint François d’Assise, Sainte Elisabeth de Hongrie, Saint Louis, roi
2de France , il saurait, alors, que l’église est d’origine franciscaine.
Mais, ce promeneur ignorerait toujours qu’il se trouve devant l’église
d’un ancien monastère, car aucun guide, aucune plaque n’en fait
mention. Le monastère des Filles de Sainte-Elisabeth, bâtiments et
jardins, a disparu, ainsi que le couvent franciscain des Pères de
Notre3Dame de Nazareth qui jouxtait le monastère des femmes et lui
fournissait chapelain, confesseur, frères lais, de même que celui des
Filles de la Madeleine dont le jardin était mitoyen. Rien ne rappelle le
décor environnant constitué par l’enclos du Temple démoli sous
Napoléon Ier, si ce n’est un café qui s’appelle la Tour du Temple. Le
monastère des Dames de Sainte-Elisabeth n’est pas seulement absent
du paysage urbain, il est totalement oublié par la mémoire collective
du XXIe siècle, alors qu’il était un lieu fort couru aux XVIIe et au
XVIIIe siècle.
Au tout début des années 1600, Paris est en pleine transformation
comme le chante Corneille dans "le Menteur",
Paris semble à mes yeux un pays de roman.
J’y croyais ce matin voir une île enchantée.
Je la laissai déserte et la trouve habitée.
1
Cette façade ressemble à celle de l’église du Gesu à Rome.
^]v? Louis et Elisabeth de Hongrie ont été choisis comme saints patrons par le
Tiers-Ordre dans lequel ils n’ont pas fait profession au sens canonique, mais ils
ont vécu, en quelque sorte, selon l’idéal pénitentiel proposé par François
d’Assise.
3 e La rue Notre-Dame de Nazareth (Paris 3 ) porte le nom de ce couvent masculin,
13
?
Quelque Amphion nouveau, sans l’aide de maçons,
En superbes palais a changé ses buissons.
Paris voit tous les jours de ces métamorphoses,
Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses.
Aux superbes dehors du Palais Cardinal,
Toute une ville entière avec pompe bâtie,
Semble d’un vieux fossé par miracle sortie.
Le Marais est un des quartiers parisiens qui, à cette époque, connaît le
plus de transformations. On y voit partout des travaux, partout des
constructions individuelles ou religieuses. En 1628, lors de la
construction du monastère des Elisabéthines, comme on les appelait
familièrement dans le voisinage, cet espace urbain tel qu’on le
délimite, aujourd’hui, offre des visages divers, On y pouvait distinguer
les rues anciennes, chemins peu à peu bordés de constructions dont
beaucoup remontaient à la fin du Moyen Age, des rues nouvellement
percées, le long desquelles s’alignaient des maisons neuves et des
4terrains encore libres . De nombreux bâtiments neufs remplacent, peu
à peu, les vieilles maisons, conservant les rues tortueuses, alors que
5des lotissements se couvrent d’hôtels et de rues régulières et larges .
Dans sa description de Paris, en 1687, Germain Brice écrit à propos du
quartier du Marais, A présent c’est un beau quartier dont les
logements sont très commodément bâtis, occupés par un grand
nombre de personnes de considération.
Tout au long du Grand Siècle, une affluence de gens riches, souvent
montés de province, est venue habiter le Marais, le transformant en un
endroit à la mode et commode, car proche du quartier de la Finance
entourant Saint Eustache et Saint Jacques de la Boucherie. Evêques,
maréchaux, ministres, noblesse d’épée et noblesse de robe s’y
côtoient. Cette dernière est si pleinement représentée qu’on peut
estimer qu’elle "occupe" ce quartier de Paris. Louis XIV qui s’est
4 La vie quotidienne au Marais au XVIIe siècle – Jacques Wilhelm – Hachette.
5
Lotissements de la Culture Sainte-Catherine, de l’Hôtel Saint-Paul, de l’Hôtel
des Tournelles, des Marais du Temple, de l’ancien fief des Fusées.
14


révertué à faire cohabiter les deux sociétés qui l’entourent, ne peut
empêcher que dans le quartier du Marais, la robe y soit prépondérante.
Dans une étude récente sur l’habitat à Paris, Yves Durand établit qu’en
1649, 54 pour cent des fermiers généraux habitant Paris, résident dans
6le Marais, dont 34 pour cent se trouvent dans le Haut Marais .
Toute cette société fait preuve de zèle, de vertus, et de ferveur
religieuse, De saints évêques, des pasteurs vigilants, de sages
directeurs des consciences, des missionnaires intrépides, des religieux
édifiants, des religieuses ferventes, des princesses vouées aux bonnes
œuvres, des dames allant porter journellement des consolations et des
secours dans les réduits de la misère et les asiles de la douleur, des
laïcs, des magistrats, qui au milieu du monde s’honorent aussi de
pratiquer la société et de soulager leurs frère, tel est le spectacle que
présente la société.
7Entre 1600 et 1660 , les nouveaux quartiers de la Capitale se couvrent
d’églises et de communautés religieuses, on ne concevoit pas qu’il fût
possible de bâtir un faubourg et de former quelque établissement, si
on ne les mettait sous la protection divine en y érigeant un lieu de
8prières et un autel … Si à Paris, plus de cent cinquante édifices
religieux, églises, chapelles ou oratoires sont construits, une
quarantaine d’entre eux se trouvent dans le Marais, et dans ce nouvel
espace mondain, la pratique des exercices spirituels s’exerce à
l’intérieur des églises Saint-Paul-Saint-Louis,
Saint-Gervais-SaintProtais, et des nombreuses chapelles de couvents qui connaissent une
présence assidue, non seulement de la population du quartier, mais
aussi de toute la ville et de la Cour. C’est l’esprit de religion qui
enfante ces réformes austères, ces congrégations modestes… qui,
tantôt dans la retraite, tantôt dans le milieu du monde même, se
9consacraient aux œuvres de miséricorde .
6 L’autre noblesse – Y. Durand – 1971 – U – Paris 10.
Phénomène que Paris n’avait pas connu depuis le XIIIe siècle. Il faut toutefois
noter un ralentissement vers 1640 avant une importante reprise.
8
Michel Joseph Picot – Op.cit.
9 Id.
15
?
Les couvents de femmes sont nombreux et variés. En 1677, l’abbé
10Michel de Marolles dans son livre, Paris ou description de cette ville
se permet de rimer,
L’une et l’autre Calvaire avec leurs domaines
Les Sainte-Elisabeth, la Visitation,
Sainte Marie aux Bois l’heureuse Assomption
11La Passion, la Croix et les Saintes Liesses
On y trouve les religieuses cloitrées du monastère de l’Ave Maria fort
12connues pour leur austérité, les Visitandines , également cloitrées,
dont la chapelle, en bordure de la rue Saint-Antoine, évoque les
souvenirs de Mme de Sévigné, petite fille de Sainte-Jeanne de Chantal
(fondatrice de l’Ordre de la Visitation), qui venait y rencontrer une
jeune religieuse, la fille de son cousin Bussy-Rabutin, et Louise de La
Fayette qui vint s’y réfugier, en 1637, pour fuir les assiduités de Louis
XIII. Le monastère des Hospitalières de la Place Royale, Dames de
Saint-Anastase, rappelle la présence d’une certaine Madame
13Scarron , qui comme le voulait la mode, venait, en 1658, y entendre
14les sermons de l’Avent prononcés par le Jésuite Enevé , et qui
devenue la veuve Scarron, y prit appartement et y tint salon. De l’autre
côté de la Place Royale, se dressent les murs des bâtiments des Filles
de la Croix, chargées d’éduquer les fillettes pauvres. Près de l’Hôtel
de Carnavalet, s’élève depuis 1622, le couvent des Annonciades de
Saint-Augustin ou Filles bleues.
Dans le Nord du Marais, appelé, aujourd’hui, le Haut Marais, de
nombreux terrains libres attirent ceux qui ne possèdent pas de
demeure dans le quartier et qui y font construire, pour ne pas se
trouver éloignés des habitants de la place la plus courue de Paris, la
Place Royale. C’est, aussi, un lieu où s’élèvent peu à peu de nouveaux
L’abbé de Marolles (1600-1681) est un érudit dont la collection d’estampes est à
l’origine du cabinet des estampes de la BNF.
11
Anciennes descriptions de Paris T III – réédité par A. Quantin imprimeur-éditeur.
12 Eglise de la Visitation Sainte-Marie élevée de 1632 à 1634 par Michel Villedo.
13
Future Madame de Maintenon, épouse morganatique de Louis XIV.
14 Mémoires de Mademoiselle de Montpensier.
16

??

r15monastères. Proches du nouvel hospice des Enfants Rouges , qui a
vocation éducative pour les enfants orphelins, et du couvent des
16capucins, rue d’Orléans , dont les frères servent de pompiers pour le
17quartier , non loin du couvent des Blancs-Manteaux où s’est installée,
en 1618, une nouvelle communauté placée sous la protection de Saint
18Maur , se côtoient les monastères des Madelonnettes, la Maison des
Filles pénitentes ou Maison du Sauveur pour les dames de petite vertu,
et les Filles de Sainte-Elisabeth, religieuses cloitrées, dont la chapelle
est une des plus courues, comme la marquise de Sévigné l’écrit à sa
erfille, le 1 avril 1672, Le matin d’hier on fit un service au Chancelier
à Sainte-Elisabeth. Je n’y fus point parce qu’on a oublié de
19m’apporter mon billet, tout le reste de la terre habitable y était .
Plus de cinquante-six ans séparent cette évocation d’une nombreuse
20assistance dans la chapelle des Tiercelines du Marais, de l’arrivée
parisienne et obscure, au mois de décembre 1615, des deux premières
Dames de Sainte-Elisabeth.
15 L’hospice des Enfants Rouges a été construit en 1628, la même année que le
couvent des Dames de Sainte-Elisabeth. Les orphelins étaient vêtus de drap
rouge, couleur de la charité.
16 e
Aujourd’hui rue Charlot. Paris 3 . L’église du couvent est devenue la cathédrale
catholique Sainte-Croix des Arméniens.
17
Un grand nombre de religieux des ordres mendiants servaient de pompiers.
18 Saint Maur est un disciple de Saint Benoît. La communauté dont il s’agit est
celle des Bénédictins réformés dits Mauristes.
19 er Mme de Sévigné – lettre à Mme de Grignan du 1 avril 1672 – n° 258
correspondance T I Pléiade – La marquise parle du chancelier Séguier.
20 Nom donné, en Franche-Comté, aux Dames de Sainte-Elisabeth.
17

Paris – Plan général (1657)
Plan de Janssonius – 1
18
?
r2 Paris – Quartier du Temple (1657)
Plan de Janssonius – 2

19
rI
FONDATION
En ce mois de décembre 1615, Louis XIII est roi de France, mais sa
mère, Marie de Médicis, dirige encore le royaume, bien qu’elle ne soit
plus régente. C’est sous leurs royales protections, munies des lettres
de réception accordées par la régente, qu’ayant quitté Dôle, dans le
carrosse de Messire de Clapisson et après un long voyage, que les
Mères Claire-Françoise de Besançon et Cécile de Saint-François,
Filles de Sainte-Elisabeth, arrivent dans une maison de la rue
NeuveSaint-Laurent, sise dans les marais du Temple. Selon la chronique, il
s’agit d’une construction en assez mauvais état et de peu de
commodités, un bâtiment menaçant ruine et aussi resserré
21qu'irrégulier .
Elles y sont attendues par douze femmes, propriétaires des lieux
depuis décembre 1613, qui ont été réunies par le Révérend Père
22Vincent Mussart, leur accompagnateur spirituel . C’est à sa demande
que les deux religieuses sont venues les rejoindre, pour fonder sous sa
direction, un monastère parisien semblable à celui qu’elles ont quitté
deux mois plus tôt, et dont les femmes de la rue Neuve-Saint-Laurent
seront les premières moniales.
Cette arrivée des Filles de Sainte-Elisabeth, à Paris, n’est qu’une étape
dans l’expansion, en France, de cette communauté religieuse. Après
l’ouverture d’un premier monastère à Vercel, elle s’est étendue,
rapidement, de Salins à Gray, puis à Dôle, Lyon et vient, en cette fin
d’année 1615, s’établir dans la capitale du royaume.
L’Ordre des Filles de Sainte-Elisabeth, a vu le jour, en 1397, dans la
ville de Foligno en Italie, et malgré une certaine expansion, il ne jouit
21
Jean-Marie de Vernon – Histoire Générale du Tiers-Ordre Art XXV p 186
Appelé aussi Vincent de Paris, réformateur du Tiers-Ordre franciscain. La
coutume des tertiaires réguliers, comme celle des capucins, voulait que le nom
religieux soit composé d’un prénom suivi du lieu de naissance. La fondatrice des
Filles de Sainte-Elisabeth de Vercel s’appelle Françoise de Besançon et sa fille
Claire-Françoise de Besançon.
21

??
pas, en France au XVIe et à l’aube du XVIIe siècle, de l’intérêt qu’il
mériterait.
Quand, en 1603, à Besançon, ville de Franche-Comté, une femme
appelée Marguerite Borrey, baronne de Récy d’Orgelet (1559-1609),
23veuve et tertiaire de Saint-François , cherche à concrétiser son appel
24à la vie religieuse, en accord avec sa très jeune fille, Oudette , mais
les moyens et la forme de son projet manquent de précision.
Une rencontre imprévue, dont la date est imprécise oriente le choix
spirituel de la Mère Françoise de Besançon et de sa fille. Il existe
plusieurs récits de l’évènement. Tout d’abord, celui de l’Histoire
Générale des Dames de Sainte-Elisabeth…Un jour que la sainte veuve
sortait de l’Eglise, elle aperçut à la porte de la rue un enfant chargé
d’une balle pleine de livres de piété. Il la pria d’en choisir
quelqueuns. La beauté du petit colporteur la frappa. Mais sans y faire
attention, elle porta la main au hasard sur son magasin et ouvrit la
Règle de l’étroite Observance du troisième ordre de Saint-François
que le fameux père Vincent Mussart venoit d’établir en France. Sa joie
fut extrême, ses yeux dévorèrent avidement le premier chapitre qu’elle
trouva parfaitement conforme à ses pieuses intentions, elle se hâta de
trouver sa bource pour payer son marchand et savoir de lui d’où
venoit ce trésor, mais il avoit disparu quelque empressement qu’elle
eut de le trouver, ces recherches furent inutiles, elle resta persuadée
25que le jeune homme étoit un ange .
Puis, celui de Jean-Marie de Vernon, franciscain du Tiers-Ordre
Régulier est un peu différent … la providence de Dieu voulut qu’un
petite mercier venant estaller sa marchandise à Salins proche de leur
Couvent, ces Religieuses l’appelèrent à leur grille pour en acheter : la
Règle du tiers-ordre nouvellement imprimée, avec des annotations
ajoutées par le soin de nos serviteurs, se rencontra heureusement
entre les denrées. Elles ne manquèrent pas de s’en pourvoir et de la
lire, ce qui les porta à conjurer les Pères de la Congrégation
26Gallicane de leur rendre quelque visite …
23
Cf. Glossaire.
24 Odette, Oudette ou Antoine-Oudette, selon les auteurs.
25
Ms 082 p 54-55.
26 Jean-Marie de Vernon – Art XXVII Ch. XIX p 366.
22


rQuoi qu’il en soit, la baronne de Récy voit dans cette lecture, la
réponse de Dieu à son attente et se trouve d’autant plus bouleversée
par la lecture du texte de Vincent Mussart, qu’elle connaît bien les
27milieux franciscains, en particulier, capucins et cordeliers . Elle y voit
un signe du Ciel et n’a, bientôt, plus d’autre désir que de fonder un
monastère qui suivrait la règle du Tiers-Ordre réformé par Vincent
28Mussart (1570-1637) et se placerait sous la direction des Frères de
l’Ordre. Mais elle se trouve confrontée à une nouvelle difficulté : la
règle qu’elle voudrait adopter ne concerne que les couvents masculins.
Il faut donc l’adapter à un monastère féminin.
Mme de Récy apprend l’existence d’un ordre féminin italien qui vit
sous la règle du Tiers-Ordre. Les vœux solennels y sont prononcés,
mais l’observance de la clôture n’est plus respectée dans les
vingtneuf maisons installées en France. Canoniquement conseillée par le
29R.P. Lanzavicchia , la baronne de Récy change son projet de
fondation par celui de refondation de cet Ordre monastique, afin de
30rétablir l’Ordre primitif tel qu’il était toujours respecté en Italie . Le
concile de Trente ayant précisé que toutes les religieuses à vœux
solennels doivent être cloitrées, les Filles de Sainte-Elisabeth doivent,
donc, obligatoirement vivre à l’intérieur de leur monastère.
Sur la proposition de la comtesse d’Ogliani, la ville de Vercel est
31choisie pour l’installation du nouveau monastère . Le 8 janvier 1604,
voit la réalisation du projet de Madame de Récy, l’archevêque de
Besançon ayant donné l’autorisation de faire des démarches pour
fonder, dans le Bourg de Vercel, un monastère du Tiers Ordre de
SaintFrançois pour des filles et femmes comme il en existait déjà en
27 Mme de Récy organise, en 1600, à Besançon, une quête pour restaurer une
chapelle nécessaire aux révérends pères conventuels, puis elle fait donner, aux
capucins de la même ville, par sa sœur et sa nièce, un terrain, afin d’y établir un
monastère – Ms 037 p 25-26.
28 Vincent Mussart après avoir participé aux guerres de religion en défendant la
Ville de Chartres contre les Huguenots d’Henri de Navarre, a l’idée de réformer
le Tiers-Ordre régulier, réforme reconnue par le pape Clément VIII et par le roi
Henri IV.
29 Révérend Père Bernardin Lanzavicchia d’Alexandrie, visiteur et commissaire des
frères mineurs conventuels de la province de Bourgogne
30 Dans l’Institut des monastères de la Bienheureuse Angéline.
31
La marquise d’Ogliani avait eu le projet d’installer un monastère d’Ursulines
dans cette ville.
23

32Italie . L’archevêque de Besançon fait allusion, officieusement, à
l’Ordre régulier des Filles de Sainte-Elisabeth, fondé par Angéline de
Marsciano en 1397, placé sous la protection de Sainte Elisabeth de
33Hongrie .
3 Beata Angelina da Montegiove dei Conti di Marsciano
Par lettres Patentes du 20 janvier 1604, la fille de Philippe II, l’Infante
Claire-Eugénie, gouverneur de la province de Bourgogne et de
34Franche-Comté, tertiaire franciscaine, devient leur protectrice . Cinq
mois plus tard, le 27 mai 1604, l’affaire est officialisée par une bulle
32 Rousset – Dictionnaire géographique et historique des communes du Jura 1858 T
VI p 526.
33 La fondatrice italienne avait réuni aux trois vœux solennels, obéissance,
pauvreté, chasteté, celui de clôture.
34 Abbé Dalloz – Vie de Marguerite Borrey.
24


r35papale . La baronne de Récy et sa fille, en compagnie de quatre
36femmes , prennent l’habit et reçoivent les constitutions établies par la
37Bienheureuse Angéline de Marsciano . Le lendemain, 28 mai 1604,
ont lieu les élections d’un chapitre, dont Mme de Récy, devenue Mère
Françoise de Besançon, devient la première Supérieure. L’année de
noviciat terminé, trois postulantes prononcent leurs vœux solennels, le
16 juin 1605, trois autres étant trop jeunes pour le faire.
La petite communauté observe une vie contemplative, gardant la
clôture, des vœux solennels de pauvreté, pénitence, obéissance, avec
38Grand Office , lever de nuit, abstinence et jeûnes fixés par la règle et
surtout, oraison. Face à l’incompréhension de leur vie contemplative
39par la population de Vercel, le Très Révérend Père François Ramel ,
40décide de leur transfert à Salins , en octobre 1607. Mme de Récy
meurt dans cette ville, le 4 avril 1609, sans avoir pu réaliser
complétement, son vœu. Elle a refondé l’Ordre des Dames de
SainteElisabeth selon l’esprit de Vincent Mussart, mais sans sa
collaboration.
Sa fille, la Révérende Mère Claire-Françoise de Besançon, élue
Supérieure, en 1611, décide de poursuivre le projet. Les lettres qu’elle
adresse, dans ce sens, aux supérieurs de la congrégation du
TiersOrdre régulier de Paris et de Lyon, n’obtiennent que des refus, malgré
l’expansion de la congrégation et l’ouverture d’un troisième
monastère à Gray en 1611, puis d’un quatrième à Dôle, en 1614.
35 Bulles et Brefs nécessaires ont été accordés par le pape Clément VIII pour la
fondation d’un monastère des Dames de Sainte- Elisabeth cloîtrées à Vercel.
La servante Pierrotte Bulet (sœur laie), la nièce Jeanne de Lisola, une amie
Christine de Grandcey (sœur Chrestienne) et Claudine Martelot (sœur Elisabeth).
Quelques années plus tard, le blason du monastère de Dôle a rappelé les origines
de l’Ordre, d’azur à une Notre-Dame, les mains jointes, entourée d’une image
semée de têtes d’anges de même avec cette inscription Sigill Convent Dolant B.
Mariae de Angelis soror, 3 ord. Sti. Francis Strict. Observ. Selon l’Armorial
Général de France de d’Hozier – Bouchet – Dijon – 1875.
38
Grand Office par opposition au bréviaire bref.
39
Provincial des pères conventuels.
Ms 082 p 80 et suivantes – Le concile de Trente oblige de renfermer dans
l’enceinte des villes les nouvelles communautés de filles.
25

??
??
??
A cette date, Vincent Mussart, premier vicaire général de la
41congrégation du Tiers-Ordre réformé , est vivement sollicité par les
membres d’un réseau social de la haute finance et du Parlement de
Paris regroupé autour de Jeanne de La Grange, et cela depuis un
certain temps. Il accepte, enfin, que son frère François, provincial de
la province de Saint-Louis et Saint-Elzéar rende visite aux moniales
de Salins, dont la vie cloîtrée est un modèle que voudraient imiter
certaines femmes de sa connaissance. Le 2 mars 1614, François
Mussart est si édifié par le quotidien et l’ordinaire d’une telle
communauté, qu’il ne put s’empêcher de verser des larmes de
consolation, et qu’il conseille à la Révérende Mère Claire-Françoise
d’adresser une nouvelle requête aux Révérends Pères de son Ordre,
qui vont se réunir à Lyon, très prochainement.
C’est ainsi que lors de la tenue du Chapitre National des Pères
er 42Réformés du Tiers-Ordre, le 1 juin 1614 , les Filles de
SainteElisabeth sont agrégées à la congrégation du Tiers-Ordre régulier et
deviennent Dames de Sainte-Elisabeth, Religieuses du Tiers-Ordre de
43la Pénitence de Saint-François . Dès lors, les Elisabéthines peuvent
quitter la Franche-Comté pour s’implanter en France et en Lorraine.
Louis XIII leur a déjà accordé des lettres patentes, le 31 janvier 1614,
enregistrées par le Parlement de Paris, le 1er août 1615, pour la
fondation d'un monastère dans la capitale de son Royaume et
conjointement avec sa très honorée Dame et Mère, s'en est déclaré
fondateur, donnant au monastère, le titre de Fondation Royale.
L’archevêque de Paris, Henri de Gondi, autorise son installation rue
Neuve-Saint-Laurent, dès le 16 mai 1615. Le monastère féminin
41
Lors de la première réunion du Chapitre Général du monastère franciscain de
Picpus, en 1613.
er 1 juin 1614 – Réception solennelle des Dames de Sainte-Elisabeth dans le
Chapitre Général des pères réformés du Tiers-Ordre, elles, et toutes les
communautés qui en sortiraient (V. Mussart de Paris Visiteur Général, F. de
Châlons, Provincial de France, F. Mussart de Paris, Provincial d’Aquitaine, F.
Pierre de Paris, Provincial Définiteur Général, F. Jérôme de Langres, F. Raphaël
de Troyes, Définiteur Général, F. François de Crépis, Définiteur Provincial, F.
Pierre de Villars, Définiteur Provincial, Frère Elzéar de Dombes, Secrétaire
Général).
Il y a un différend avec les pères conventuels qui veulent les garder sous leur
juridiction et portent l’affaire devant l’archevêque de Besançon, mais ils sont
déboutés.
26

??
??

rcloitré, auquel la reine ne de Médicis a promis de s’intéresser, peut,
désormais, accueillir une communauté.
Les frères Mussart ayant décidé que la jeune supérieure des
monastères de Salins et de Dôle, fille par la chair de la fondatrice,
remplirait parfaitement la charge de supérieure du monastère parisien,
il ne leur reste plus qu’à organiser le voyage de la Révérende
ClaireFrançoise de Besançon, accompagnée par deux compagnes, dont l’une
fonde le monastère de Lyon et l’autre celui de Nancy, quelques années
44plus tard . La règle de clôture est respectée, une permission de sortie
étant prévue pour aller fonder ailleurs un monastère de l’Ordre, les
Sœurs ne pourront aucunement sortir hors les limites de la closture,
sinon aux cas licites par le droit… et de l’expresse licence du Ministre
45Provincial …
Pourtant, les choses ne sont pas simples. La fille de Madame de Récy
est si connue pour ses vertus et ses dons naturels que les habitants de
Dôle et ceux de Salins ne veulent pas la laisser partir et font jurer au
Père Mussart, devant le Saint-Sacrement exposé, de la leur renvoyer
46après la fondation projetée . Ainsi s’accomplissaient deux
prédictions, la première faite par la fondatrice, Claire-Françoise ferait
en France de longs voyages pour l’établissement de son Ordre, la
deuxième, par la Mère Claire-Françoise elle-même, qui étant à Dôle,
fort malade, refusa la pause d’un cautère, il ne faut pas… appliquer ce
remède qui l’empêcherait d’agir dans les occupations que le Ciel lui
destine, les Supérieurs l’enverront bientôt à Paris pour y exercer
l’office de Supérieure.
4
Sur la route pour Paris, Mère Claire-Françoise de Besançon présente sœur
Magdeleine de Saint-François à l’évêque de Lyon, le cardinal de Marquemont,
pour être érectrice d’un monastère de l’Ordre dans cette ville. Sœur Magdeleine
de Saint-François était appréciée de François de Sales, ce qui ne pouvait que
plaire à Monseigneur de Marquemont qui se disait le fils spirituel, l’humble
disciple de l’évêque de Genève.
45 Ms 065 p 84.
46
Annales du couvent des Tiercelines de Dôle (Cf. abbé Chamouton 1. C. p 30).
C’était, également, le vœu de Mère Claire-Françoise.
27

??
Borne frontière entre France et Franche-Comté

La borne aux lions, posée en 1613, dans le massif du Jura,est une de celles qui ont
marqué la frontière entre Franche-Comté et Royaume de France. Elle est située à la
limite des arrondissements de Saint-Claude, Gex et Nantua. (photo – août 2013)
28
?
rII
MONASTERE
Le voyage des trois religieuses de Dôle à Lyon, se déroule dans le
carrosse de Messire de Clapisson ; on installe la Vénérable Mère
Madeleine de Saint-François comme supérieure du monastère
lyonnais, puis on repart pour Paris, en rencontrant les difficultés
propres aux aléas de l’époque. De ce voyage et de l’installation à
Paris, en décembre 1615, on ne connaît que peu de choses. Mais il est
certain que, les douze tertiaires séculières réunies par Vincent Mussart,
rue Neuve-Saint-Laurent, attendent, impatiemment, la venue de leur
supérieure et de sa compagne, pour revêtir l’habit de la congrégation.
Jean-Marie de Vernon écrit que, lors de son arrivée à Paris, la Mère
Claire-Françoise trouva beaucoup de facilité dans l’exécution de son
pieux dessein par le secours de Mademoiselle de la Grange, qui
donna sa maison pour les loger en qualité de Fondatrice et fit une
action digne de sa parfaite vertu et de la grandeur de sa naissance.
Il dit aussi que le bâtiment n’estant qu’un Hospice, auquel
manquaient les formalitez necessaires et principales pour
l’asseurer…était une construction en mauvais état, exigüe, manquant
des plus élémentaires commodités, un chetif Hospice situé dans
l’endroit de Paris, le plus desagreable, et le plus abandonné, il n’y
avoit qu’un petit jardin et une vieille maison tombant en ruine… Le
Révérend Père caractérise les bastiments… par les adjectifs petits et
simples, et confirme son propos à plusieurs reprises, Bien que l’Eglise
de ce Couvent ne soit pas de grande étenduë… la cloche de la
47première et petite Eglise .
La reine Marie de Médicis, particulièrement croyante et attentive au
renouveau spirituel dont elle ne néglige pas les bénéfices politiques,
patronne, généralement, l’installation des nouvelles communautés et
l’embellissement des couvents. C’est ainsi qu’en ce lieu peu agréable,
accompagnée d’Anne d’Autriche, sa toute nouvelle et très jeune
bellefille de quinze ans, elle assiste en personne, à la cérémonie de clôture
47 Jean-Marie de Vernon – Art XXV p 186
29

des premières tertiaires, qui ont pris l’habit, le 30 mai 1616, jour de
48l’Ascension .
On sait, également, que l’année suivante, le 24 mai 1617, deux jours
après la cérémonie des vœux solennels des neuf premières Dames de
49Sainte-Elisabeth parisiennes , la chapelle du monastère est dédiée en
l’honneur de la Vierge Marie et de Sainte Elisabeth, sous le titre de
Notre-Dame de Nazareth et Sainte Elisabeth de Hongrie, par
Monseigneur Henri de Gondi, cardinal de Retz, Evêque de Paris… à
la demande de la Reine Marie de Médicis et en faveur des Religieuses
50de Sainte-Elisabeth, qui y demeuraient alors … Le cardinal ordonne
qu’on en célèbre la fête, le dimanche le plus proche de l’Octave des
Saints Pierre et Paul, concédant, à perpétuité tous les ans, quarante
jours d’indulgence à ceux qui visiteraient cette église, depuis les
premières vêpres jusqu’aux secondes.
51Le duc de Ventadour et la duchesse de Vendôme ont été choisis
comme parrain et marraine de la cloche du monastère, baptisée
Françoise-Elisabeth. Offerte par Anne d’Autriche, portant le prénom
d’une belle-fille d’Henri IV, épouse d’un fils légitimé, et celui de
Sainte-Elisabeth, cette cloche témoigne, publiquement, du lien qui
unit la congrégation au pouvoir royal. Cette protection est effective à
plusieurs reprises, particulièrement le 21 mars 1635, lorsqu’un arrêt et
une ordonnance déchargent le monastère de plusieurs taxes, puis en
août 1669, lorsque les Filles de Sainte-Elisabeth obtiennent de la
Juridiction Royale, le droit de Commitimus, privilège confirmé en
mars 1680. Le 8 juillet 1679, un arrêt du Conseil d’Etat du Roy les
ème 52décharge de la taxe du 8 denier . Un autre témoignage de cette
48
Cf. Ch. I Fondation - Le jour de l’Ascension avait été, aussi, celui de la prise
d’habit des premières religieuses de Vercel.
49
Sur les douze femmes qui ont pris l’habit en mai 1616, seulement neuf ont
prononcé leurs vœux solennels en 1617.
50
Jean-Marie de Vernon – Art XXVII § XII p 322.
51 Cf. Ch. VIII Société.
52
1) Ces privilèges ont été accordés peu après la visite d’Anne d’Autriche, le 19
mai précédent – 2) AN – L /1113 Droit de Commitimus, privilège de juridiction
accordé à certains dignitaires, officiers royaux, prélats, maisons religieuses pour
faire évoquer tous leurs procès devant des juges spéciaux, tels que les Maîtres
des Requêtes, le Grand Conseil, du petit Sceau (Chambre des Requêtes du
Parlement et du grand Sceau et pour toute la France pour une affaire de plus de
1 000 livres). Au criminel, jugement par le Parlement, uniquement. D’après
le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
30


rbienveillance royale est celui des offrandes, aumônes et bonnes
œuvres de sa majesté, qui figure encore dans le registre des recettes de
1732, 1735, 1736, en précisant, toutefois, qu’à ces dates, ce sont des
Commissions qui attribuent les aides.
On sait que le nombre des religieuses parisiennes s’accroît
rapidement, ainsi que leur réputation de sainteté, non seulement dans
le quartier du Marais, mais encore, dans les milieux de la Cour et des
Parlements. En 1627, le monastère compte cinquante-sept religieuses.
Leur première demeure se trouva en peu de jours trop étroite et
incommode, pour le dessein que Dieu avoit d’accroître le nombre de
ses epouzes.
Le projet élaboré au tout début du siècle, par le réseau social de la
bienfaitrice Jeanne de La Grange-Trianon, pour l’établissement d’un
couvent à Paris ou en ses entours. Les Supérieures aviseront… est
devenu une nécessité si pressante, en raison de l’exiguïté des
bâtiments de la rue Neuve-Saint-Laurent, qu’il obtient l’assentiment
de toute la communauté et des supérieurs majeurs du Tiers-Ordre.
Sous l’impulsion et avec l’appui du Père Oronce de Honfleur, qui
s’entendait fort bien en toutes choses spéculatives et pratiques, la
Mère Marie de Saint-Charles, seconde supérieure, peut être considérée
comme celle qui a œuvré pour l’édification du nouveau monastère.
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, (1899) Ce droit a été accordé aux pères
de Nazareth et aux religieuses de Sainte-Elisabeth. 3) Cf. Ch. X Vie
Economique.
31

Argent, Achat, Architecte
Mère Claire-Françoise, fort malade, et Mère Marie de Saint-Charles,
ces deux grandes intelligences travaillèrent ensemble à préparer les
matériaux afin de bâtir un autre monastère et une église. Elles
agissent avec perspicacité et efficacité, en accord avec leur chapitre et
leurs supérieurs successifs, Vincent Mussart, Oronce de Honfleur,
Chrysostome de Saint-Lô, recherché des Ministres d’Etat et des plus
53grands du Royaume , Antonin, confesseur, qui donna beaucoup
d’émulation aux religieuses, tous, religieux de grande renommée. La
force des moniales est de s’appuyer sur la prière, la supérieure ayant
ordonné que deux religieuses communieraient tous les jours, et
priroient Dieu avec ferveur qu’estant le Père de ce Couvant, il le
pourveut d’autant de biens tamporels, que sa Majesté savoit estre
necessaire pour y maintenir le Spirituel, & pour y estre servi avec
fidélité. Les prières et les compétences des deux communautés sont
bien utiles pour résoudre les difficultés. Il faut trouver l’argent
nécessaire pour agrandir la surface au sol, assumer de coûteux et
importants travaux, choisir l’architecte qui va les diriger.
Le premier problème est canonique, l’Eglise n’autorisant la fondation
de nouveaux monastères qu’avec l’assurance de leur autosuffisance.
Cette contrainte est incompatible avec le vœu de pauvreté prononcé
par les religieuses, tel qu’indiqué au chapitre VIII des constitutions,
Elles ne peuvent ni recevoir ni donner aucune chose… On remet en
vigueur une règle de 1263, établie par le pape Urbain IV, qui avait
permis à Angéline de Marsciano et à ses filles, d’entrer en possession
de biens, non pas individuellement, mais en communauté.
L’affaire étant résolue, Vincent Mussart peut, dès lors, aider ses chères
filles à résoudre le second problème, celui de l’argent. Les religieuses
amassent espèces et biens, grâce à leurs familles qui versent les dots
54promises , et aux dons de généreux bienfaiteurs. Elles cumulent
53 Le Père Oronce de Honfleur, réélu cinq fois, Provincial et supérieur des Pères de
Nazareth – Le Père Chrysostome de Saint-Lô, Provincial et supérieur des Pères
de Nazareth.
54
Des douze premières postulantes, il n’en reste que neuf, parmi lesquelles se
trouvent la belle-mère des frères Mussart, Mère Gabrielle de Sainte-Anne, et leur
sœur Marie Mussart, en religion Mère Marie de Saint-Joseph, qui donnent toutes
les deux, une rente de 600 livres, en octobre 1613. Le 27 novembre 1613, Jeanne
32


r5518 000 livres de rente , qui s’accroissent rapidement, La dot d'une
novice et les charités de quelques bienfaiteurs firent une somme de
56quarante mille francs .
L’emplacement de la deuxième bâtisse offerte par Jeanne de La
Grange, le 5 août 1616, est retenu pour la construction, l’emplacement
57de laquelle on construit le monastère , à l’angle des rues
NeuveSaint-Laurent et Temple, face à l’ancien monastère. De 1617 à 1635,
les religieuses agrandissent ce terrain et annexent plusieurs bâtiments
des rues adjacentes, en achetant successivement trois maisons, rue du
Temple, deux autres, rue Neuve-Saint-Laurent, une sixième dont le
lieu n’est pas précisé, et des jardins, auxquels s’ajoute un legs de
l’hôtel d’Angoulême. Des achats, plus espacés dans le temps ont lieu
58jusqu’en 1747, soit pendant plus de 130 ans .
Gaudion donne une rente de 200 livres, le 29, Marthe Lallemant donne 262
er
livres, le 1 décembre, Catherine Du Bois donne 290 livres. Agnès Mazier,
Marie Bréan, Antoinette Claineau, Marie Mauclère, Françoise Moinée, Jacques
Desprez, Marie Desprez sa femme, François Hainault donnent à plusieurs autres
rentes par contrat des 1, 10, 16, 27, 31 décembre 1613..
55
Tiercelines ou six siècles de vie franciscaine et nationale p 176.
56 Les actes d’achat sont signés au nom des religieuses par Vincent Mussart.
57
Amédée Boinet – Les églises parisiennes.
58 1) 3 600 livres tournois acquis sur le sieur Boucot – contrat devant Maîtres
Houallet et Herbin (ce qui représente la surface de l’église et d’une partie de
l’intérieur du monastère (AN s 4691 – 1 et 2) – 2) A M. Depari et de Dame
Catherine Bonvallet son épouse – partie du terrain dans la clôture et 2 très petits
corps de bâtiment de surplus – Maison rebâtie et fait les 2 petits corps de
bâtiments, dont l’un est loué au Sieur Passinge et l’autre à M. Dupont avec
passage des parloirs et partie dans l’intérieur du monastère (AN S/ 4691 – 1 et
2) – 3 600 livres et 375 livres de rentes – 3) Achat au sieur Legrain pour 1 800
livres et 250 livres de rente, contrat devant Maître Parque. d’une maison rue du
Temple attenant à l’église et à servir de logement aux religieux qui desservaient
notre monastère jusqu’à l’année 1774, qu’elle a été rebâtie et fait à présent
partie de la Maison neuve rue du Temple qui donne le passage du Monastère
pour 1 800 livres et 250 livres de rente, contrat devant Maître Parque (AN
e
S/4691 art 6. 2 carton) maison louée en 1790 à 5 locataires pour 5 400 livres (Id)
– 4) Maison rue du Temple – Partie dans la clôture partie dehors – au sieur
Parfait – 3 000 livres et 250 livres de rente remboursées en 1790 – 5) Terrain
entièrement dans la clôture – achat aux Dames de Chelles pour18 000 livres.
e
(AN – S/4691 art 2 carton).
AN S/4691 et Q/2/119 n° 140-142 – Actes d’achat et relevés du mois d’août
1790, établis par Messieurs Giraud et Delespine, deux experts mandatés pour
estimer les biens nationaux.
33

Les Filles de Sainte-Elisabeth parviennent, peu à peu, à obtenir un
grand terrain dans Paris, le tout monastère contient en général 2
59arpents, vingt perches et demie et 56 pieds de superficie devant les
murs de l’enceinte du Temple, dont on aperçoit le comble entouré de
quatre tourelles. En 1763, l’abbé Expilly confirme que l’emplacement
du monastère occupe 42 toises sur 16, qu’il prend place entre les rues
du Temple, Neuve-Saint-Laurent, des Fontaines du Temple et qu’il est
60fermé par des murs .
Les difficultés ont été oubliées, pourtant elles ont été nombreuses,
particulièrement pour la vente du bâtiment de Notre-Dame de
Nazareth aux franciscains du Tiers-Ordre réformé. Le 17 mars 1628,
un contrat de vente, incluant des servitudes, avait été passé devant
notaire pour la maison qu’Elles vendirent aux Supérieurs quelques
années avant la division, mais elles n’en ont été payées que
long61temps après par ceux qui l’occupent maintenant . Si les servitudes
62ont été respectées , l’argent de la vente nécessaire pour financer les
autres achats et les travaux des nouveaux bâtiments n’a pas été versé
dans l’immédiat. Victimes des différents procès suscités par les
divisions du Tiers-Ordre, les moniales ont dû attendre l’arrêt des
63procédures judiciaires pour encaisser le montant de la vente. Les
Pères de Nazareth, installés dans ce monastère depuis 1642, n’ont
payé leur dû qu’au bout de vingt-huit ans, lorsqu’ils ont été assurés
d’être les vrais propriétaires des bâtiments, et ont pu le faire grâce à un
don du chancelier Séguier, leur conseiller et bienfaiteur.
Malgré la bonne fin de cette vente, les ennuis d’argent ne cessent pas,
mais des sommes arrivent toujours au bon moment, pour subvenir aux
59 Ms 102 – L’arpent ordinaire est de 4221 m² l’arpent royal est de 5107 m² et
l’arpent de Paris fixé en 1669 est de 3 419 m²
60 Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de France – T II.
61 Jean-Marie de Vernon – Art XXVII §. XII p 322 et 326 – Lorsqu’elles passent
contrat avec le syndic des frères pénitents, Jacques Cottard, le témoin n’est autre
que Louis Séguier, baron de Saint-Brisson, seigneur des Ruaux-St-Firmin,
conseiller du roi, oncle du cardinal de Bérulle.
62 Les Pères, dits de Nazareth, promettent de desservir le monastère et de pourvoir
les religieuses d’un chapelain et d’un confesseur.
63 Arrêts de justice qui mettent fin aux procédures concernant les divisions internes
au Tiers-Ordre entre province de France et province de Normandie, à laquelle
appartiennent les couvents des Pères de Nazareth et Dames de Sainte-Elisabeth.
34


rnécessités pressantes. Et cela en des endroits de la Maison où l’on
estoit asseuré qu’il n’y en avoit point.
Il ne reste plus qu’à trouver un architecte et un maître d’œuvre, qui
devront respecter le chapitre XIII des constitutions, lequel décrit avec
une précision minutieuse, la construction d’un monastère de l’Ordre
…de même pour les nouveaux édifices qui seront simples mais la
structure de l’église de ce nouveau monastère devra surpasser en
hauteur les autres bâtiments…
Les trois religieux responsables du projet sont parfaitement au courant
des contraintes. Il n’est pas impensable que la Mère Claire-Françoise
ait couché sur le papier quelques projets avant de mourir, car elle avait
déjà réalisé des aménagements pour le monastère de Salins dont elle
avait remis les dessins à un architecte, selon le manuscrit de l’Histoire
Générale.
Le franciscain du Tiers-Ordre qui prend en charge la construction de
l’ensemble monacal parisien est sans conteste le Père Oronce de
Honfleur, par les soins & la conduite duquel ce Monastère a esté
64basty & mis en l’estat qu’il est … et il sait que la forme et la manière
de bastir des sœurs sera proche de celle des frères de la mesme
65Congrégation .
Bien que le temps de son supériorat soit achevé, les supérieurs de la
66custodie exigent de Mère Marie de Saint-Charles la continuité de son
action pour la direction de la construction et la conduite du noviciat,
Le nouveau monastère des religieuses ne laissait pas que de s'avancer
par les soins et la diligence de la Mère de Saint Charles... elle y fit
travailler avec une diligence sans pareille, en quoi elle fut aidée par
les secours envoyés par la Providence.
Le plan du monastère a été projeté sur papier avant le commencement
des travaux, mais il reste à savoir si ce sont uniquement les maîtres
d’œuvre, Louis Noblet puis Michel Villedo, qui l'ont conçu ou s’il y
eut la participation d’un architecte, auquel certaines mentions de
l’Histoire Générale font allusion, Mais l’adresse de l’Architecte,
64
Jean-Marie de Vernon – Art XXVII §. XIX p 374.
65 Ms 065.
X o}?? ]? (
35
'
??
comme c’est l’ordinaire de ces sortes de Gens… l’engagea à une
dépense beaucoup plus grande. Que faut-il entendre par architecte ? Il
n’existe que les deux contrats signés par la Mère Marie de
Saint67Charles, avec les maîtres d'œuvre Louis Noblet et Michel Villedo .
La construction du monastère
1 – Louis Noblet
Toutes les conditions étant réunies, treize ans après l’ouverture de la
première fondation, la construction du monastère est mise en œuvre.
Le 14 avril 1628, avant même la signature du contrat avec Louis
Noblet, la reine Marie de Médicis pose la première pierre, et cet
honneur luy a donné le titre de Monastere Roial, selon l’inscription
suivante :
D.O.M
ILLUSTRAT ECCLESIAS
MARIA MEDICOEA
TEMPLE HUJUS PRIMARIUM LAPIDEM POSUIT
UT QUAM IN TERRAS REGNI REGIAE PROLIS VILE ET
NOMINIS
DUCEM HABET AC MAGISTRAM
EAMDEM IN COELIS HABEAT AETERNA SALUTIS
ADJUTRICEM
67
Les Constructeurs de l’Eglise Sainte-Elisabeth à Paris – Bulletin de la Société de
l’histoire de l’art français 1954, p 186 à 201, article de Ciprut – Devis des
maîtres d’œuvre Noblet et Villedo signés par Marie de Saint-Charles et six
religieuses avec les maîtres maçons devant les notaires Parque et Garreau, les 2
mai 1628 et 9 mars 1643. Arch. Nat. Min. Cen. LXXXVI 275 Devis Villedo mai
1643 Cl 08 à 16.
36


rTEMPLUM CHRISTO, SCEPTRAGERIT DUM SEPTARENT
CHRISTUS DAT TEMPLA PARENTI REGINA DAT ARAS
MARIA AUGUSTA CRESCUNT DUM FLORENT
68GALLIAE ET NAVARAE REGINA
Billet émis pour la pose de la première pierre
Les travaux de construction sont considérables, on peut dire sans
mantir qu’au commancemant de ce nouveau monastere, l’on y a
travaillé comme l’on fit au tems d’Esdras pour reparer les Murailles
de Jerusalem… et donnent du travail à de nombreux ouvriers.
68 La traduction se trouve sur le document imprimé à cette occasion.
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