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Les Unitariens

De
160 pages
Rares sont dans l'histoire les mouvements religieux qui, prenant naissance dans les débuts du christianisme, auront montré une telle opiniâtreté à survivre, malgré l'hostilité conjointe des catholiques et des réformés. L'auteur en évoque les figures fondatrices : Michel Servet, Lelius et Fauste Socin…. Il montre également comment des personnalités aussi diverses que Voltaire ou Albert Schweitzer ont été en sympathie avec ce mouvement. Il présente aussi des exemples de rituels unitariens et les différentes organisations existantes dans le monde. Ce livre informe de façon complète sur un pan méconnu du christianisme.
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LES UNITARIENS

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-7176-9 EAN : 9782747571760

Michel BARON

LES UNITARIENS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Collection Chrétiens Autrement dirigée par Noël HIL Y

Appel aux chrétiens: Croyons-nous comme avant? Croyons-nous tout ce qui est affirmé dans les Églises? Que disons-nous? Nous sommes nombreux à souhaiter nous exprimer en toute liberté, dans des groupes de réflexion, dans des associations diverses de chrétiens, mais aussi dans des revues et des livres. Beaucoup désirent aussi célébrer leur foi chrétienne dans des cérémonies qui tiennent compte de la culture moderne. Nous proposons à ceux qui le désirent d'écrire leur livre personnel, de participer à des livres collectifs pour dire publiquement une foi chrétienne du XXlesiècle. C'est le but de cette collection, laisser la liberté de parole à tous ces chrétiens en recherche.

(voir la liste des livres parus dans la collection en fin de livre)

Père de l'Univers, adorable unité, Qui des lieux et des temps précédas l'existence ,. Toi, dont l'astre du jour atteste la puissance, Et le cours des saisons relève la bonté! Lorsque de tes bienfaits I 'homme reçoit la vie En lui donnant un cœur tufondas ton autel AÙnez votre semblable, adorez l'Éternel, Voilà ce qu'en tous lieux la nature publie ,. Notre culte est fidèle à cette loi chérie, Nous t'en o.fJrons, grand Dieu, le serment solennel

A sa simplicité

distingue notre Personnage

Rien n'est digne à nos yeux de te servir d'image.

Invocation

des Théophilanthropes

à l'Être Suprême

Sommaire

mtroduction Histoire Doctrine Art sacré Vie spirituelle Profil sociologique

7 13 107 131 135 143

INTRODUCTION

Rares sont dans l'histoire les mouvements religieux qui, prenant naissance dans les débuts du christianisme, montreront une telle opiniâtreté à survivre, et ce, malgré I'hostilité conjointe des catholiques et des réformés. Souterrainement, malgré un nombre de croyants minoritaire, ils imprimeront leur influence religieusement et socialement dans de nombreux pays en s'adaptant aux transformations philosophiques et économiques. Au sens large du terme, le mot « unitarien» désigne les antitrinitaires. À l'origine, ce terme concernait donc les subordinatiens d'une part (ariens et semi-ariens) et les sabelliens ou monarchiens d'autre part. De façon plus restreinte, les unitariens (ou unitaires) seront appelés ainsi comme antitrinitaires au moment de la Réforme; ce qui sera, par exemple, le cas d'un Bernardino Ochino ou d'un Michel Servet. Avec plus de justesse encore le terme a été employé à propos des sociniens. Au XVIIesiècle, de fortes tendances unitariennes vont se rencontrer chez les libertins érudits, mais la réapparition « officielle» va avoir lieu au XVIIIe siècle, principalement dans le milieu des déistes anglais: auprès de Newton et Clarke, nous pouvons citer également le poète Milton, auteur du Paradis perdu et d'un Traité de la doctrine chrétienne, et Locke qui développe des idées unitariennes dans un manuscrit intitulé Adversaria Theologica et dans une nombreuse correspondance. À cette époque, de petits groupes existaient, discrets car persécutés: les lois anglaises étaient impitoyables contre les antitrinitaires. Un unitarien, John Biddle, fit de très nombreuses années de prison pour ses idées. Des philosophes français, en particulier Voltaire, vont être les fervents porte-parole des idées unitariennes sur

le continent. Mais c'est surtout dans la sphère anglosaxonne que l'unitarianisme va se développer. En GrandeBretagne, les fondateurs officiels de l'Église unitarienne seront Théophile Lindsey, Joseph Priestley et William Christie. Bien sûr, les idées unitariennes s'implanteront également en Amérique du Nord à partir de la NouvelleAngleterre et de Boston qui va devenir la «Mecque de l'unitarianisme ». De nombreux noms figurent dans la liste des unitariens américains: William Ellery Channing, Ralph Waldo Emerson, Thomas Paine, Thomas Jefferson, Théodore Parker, Henry Thoreau. Ces hommes ne seront pas seulement des théologiens mais aussi contribueront à donner une nouvelle orientation littéraire à la langue anglaise avec le transcendantalisme. En 1925, on comptait aux États-Unis 440 églises unitariennes avec 476 ministres et 58 024 communiants sociologiquement rattachés à la bourgeoisie libérale. En Europe continentale, les unitariens resteront implantés fortement en Roumanie (dans la partie peuplée par les Hongrois de Transylvanie) et dans certains pays comme l'Allemagne ou les Pays-Bas. En France, influencé par les idées voltairiennes, un groupe se constituera sous la protection de l'État révolutionnaire et qui sera supprimé par Napoléon: les théophilanthropes. Ce groupe, par son mode de fonctionnement et ses idées, peut se rattacher à l'unitarianisme. Les doctrines théologiques ont beaucoup évolué et les unitariens furent toujours hostiles à mettre en place un «Canon unitarien»: le fondement demeure le rejet du dogme trinitaire et l'aspect congrégationniste des communautés unitariennes. Les unitariens croient en l'unicité de Dieu, et par voie de conséquence ils rejettent la divinité de Jésus. Les dogmes de l'Incarnation et de la

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Rédemption ainsi que le dogme sacramentaire ont revêtu souvent des formes symboliques. Les principaux points

d accord des groupes unitariens sur leur foi peuvent se
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résumer de la manière suivante:

- partager et répandre leur idéal d'une société ouverte, où tout le monde peut s'épanouir, - accepter et développer leur héritage judéo-chrétien, mais en l'élargissant à tous ceux qui cherchent la vérité où qu'elle soit, quelle que soit la source à laquelle ils puisent et dont ils se réclament, - cultiver une vie spirituelle commune qui dépasse dogmes et doctrines, qui se libère des autorités ecclésiastiques et des traditions dépassées, qui reconnaisse et accorde aux autres la même liberté qu'ils réclament pour eux-mêmes, - respecter l'intégrité et l'autonomie de tout être humain, quels que soient sa race, son sexe, son âge; reconnaître l'autorité de la conscience et le droit de chacun à professer et à d~fendre ses convictions personnelles, - respecter la vie de toutes les créatures, et en particulier des animaux qui ont droit à une existence heureuse et digne, - o.ffrir un lieu d'épanouissement d'amitié, et de libre discussion à tous ceux qui entendent rester maîtres de leur vie spirituelle et intellectuelle; créer un groupe où l'on parle sans contraintes et où l'on écoute l'autre avec attention et générosité, - soutenir ceux qui sont opprimés ou mal considérés, et s'opposer à tout ce qui empêche l'épanouissement de la personne humaine.
Paradoxalement, cette position latitudinaire de l~unitarianisme va le conduire à des conflits internes qui perdurent encore aujourd~hui: parallèlement à l~unitarianisme, aux États-Unis, des groupes s~étaient constitués qui, eux aussi, étaient antitrinitaires et rejetaient le Credo de Nicée. Pour ces croyants, le salut d~un Dieu, dont l'amour était inconditionnel, ne pouvait être qu~universel ; d~où leur nom d~universalistes. Ils croyaient

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en une harmonie entre la puissance divine et l'âme humaine. Leurs idées furent prêchées vers 1740 en Pennsylvanie par Georges de Benneville. Entre 1660 et 1770, la diffusion de ces idées progressa à l'intérieur même des autres dénominations protestantes: ainsi un certain John Murray fut rejeté de son Église méthodiste et il porta une contribution maj eure à l'établissement de l'Église universaliste en Amérique du Nord. Son travail continua par le travail d'un pasteur universaliste aux talents de prédications considérables: Hosea Ballou. Son travail fut mis à profit par les universalistes qui adoptèrent, en 1803, la Déclaration de Winchester qui devint le manifeste religieux reposant sur l'idée que «seule la force morale est nécessaire au salut ». Au départ, unitariens et universalistes envisagent avec peu d'enthousiasme une union, mais Hosea Ballou mit tout son poids dans la balance. Cependant, il faudra attendre le xxe siècle pour qu'une douzaine de résolutions émanant de l'un et l'autre groupe réclamant une fusion fussent votées. Enfin, en 1947 une commission conjointe fut mise au point afin de jeter les bases d'un projet fédératif. En 1951, elle déposait ses recommandations, lesquelles préconisaient une union immédiate dans les domaines de l'éducation religieuse, de l'édition et des relations publiques ainsi que, dans un deuxième temps, une orientation devant conduire à une fusion totale qui deviendra effective en mai 1960 et dont les modalités seront finalisées en mai 1961. Cela va amener les nouveaux unitariens universalistes à s'interroger sur le fait de savoir si, progressivement, leur religion s'est « écartée» de ses origines judéo-chrétiennes pour devenir plus universaliste, élargissant ses horizons spirituels, intellectuels et sociaux. Certains unitariens minoritaires pensent qu'il convient d'opérer un retour vers le christianisme et vivent à l'écart du mouvement

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international des unitariens universalistes. Intolérance chez les tolérants? .. Cette tension mineure n'est que le reflet positif d'un courant religieux qui a su toujours, au cours des siècles, prôner le dialogue comme base de toute relation humaine et comme reflet de la relation entre Dieu et l'homme.

Il

HISTOIRE
Comme nous le savons, il faudra attendre une longue période avant que l'Église ne fixe un canon à la foi chrétienne. C'est dans cette période que vont naître les principales hérésies. Dès la mort de Jésus, de multiples courants vont s'affronter en son nom, courants issus soit du néo-paganisme gréco-romain, soit du judaïsme. C'est dans ce dernier courant que l'on peut voir la naissance de l'unitarianisme.

DES ÉBIONITES À L'INSTALLATION DE L'ARIANISME EN EUROPE
Très vite un conflit va avoir lieu entre les judéochrétiens et les pauliniens de la diaspora, conflit non résolu par la «pirouette» du Concile de Jérusalem et du rêve de Pierre. En fait, très vite les judéo-chrétiens vont réagir et se constituer en courants autonomes. Les ébionites en sont l'illustration la plus forte LES ÉBIONITES De nombreux juifs convertis au christianisme en Palestine ne changèrent rien à leurs habitudes religieuses antérieures et restèrent fidèles aux observances légales tout en remplissant les devoirs de leur foi nouvelle. Certains pensaient même que les non-juifs devaient pratiquer les lois mosaïques pour devenir chrétiens. Cette tendance fut violemment combattue par Saint Paul. Le mot « ébionites » vient d'un mot hébreu signifiant « les pauvres », du fait que les juifs convertis, suivant les préceptes de l'Évangile,

avaient vendu leurs biens pour vivre dans le détachement. Ensuite, ce nom désigna les judéo-chrétiens qui eurent pour chef un homme nommé Ebion. Ils préconisaient que non seulement l'Ancien Testament n'avait rien perdu de sa valeur par rapport au Nouveau, mais qu'il était fondamental comme le rappelait d'ailleurs Jésus dans ses prédications (<<Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi et les Prophètes, je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir» Matthieu v. 17). Pour eux, la vie de Jésus se passait en deux temps: avant le baptême et après. Jésus était un homme, fils de Marie et de Joseph, pleinement homme. Après le baptême, il recevra une mission qui le fait devenir un prophète comme les autres. Les ébionites attaquèrent Saint Paul à qui ils reprochaient son « hérésie» ce qui les amena, dans le Nouveau Testament, à rejeter tous les écrits de l'Apôtre. En fait, ils n'eurent aucun des Évangiles canoniques mais faisaient état de «L'Évangile aux Hébreux» qui était une adaptation de celui de Matthieu avec des suppressions, notamment les deux premiers chapitres où l'on évoque la généalogie de Jésus, le texte d'Isaïe sur la Vierge qui devait enfanter l'Emmanuel, la conception surnaturelle et l'adoration des mages. On note la présence d' ébionites de tendance essénienne différente du courant ébionite pharisien. Ce premier courant insiste sur l'importance donnée à Dieu seul, aux anges, sur l'inutilité des sacrifices et du Temple, sur les usages matrimoniaux, à la nourriture, au vêtement, aux bains fréquents, à la vie en commun. Pour ces ébionites esséniens, Dieu a créé le monde et y a placé deux pouvoirs opposés, celui du démon qui gouverne le monde actuel et celui du Christ qui doit gouverner le monde futur. D'où ces oppositions irréductibles qui obligent à se soustraire, par l'ascétisme, à l'influence fâcheuse et nuisible du démon et à se ranger du côté du Christ. L'économie du salut passe en

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priorité par le mosaïsme contenu dans le Pentateuque. Dans leurs rangs, la personne du Christ amènera de nombreuses controverses. Mais dans l'ensemble, il n'est pas le fils du Père, même s'il est supérieur aux anges. Se disant chrétiens, ils conféraient le baptême précédé de la circoncision; olltre le Sabbat, ils observaient aussi le dimanche chrétien. Les mystères étaient célébrés avec du pain azyme et de l'eau, le vin étant exclu pour des motifs d'ascétisme. Les lieux de réunion étaient appelés synagogues et non églises. Ils évitaient les relations avec les autres chrétiens non circoncis. Contrairement aux ébionites pharisiens, les ébionites esséniens firent un prosélytisme actif qui prolongea leur influence. L'unitarianismc doit plus à l'ébionisme du type pharisien qu'essénien. L'ébionisme dal1s sa forme va poursuivre son activité jusqu'au Ille siècle et, dans l'Église va donner naissance à d'autres courants, notamment les « monarchiens ». Les ébionites retrouveront une existence momentanée au temps de la Réforme en Transylvanie où l'on assiste à la création du courant des « Szombatus » (les sabbataires) qui prônaient un retour au Pentateuque et à l'observance du sabbat. À la fin du XVIesiècle, on comptera 20 000 adeptes de cette tendance réformée extrême. LES MONARCHIENS Le monarchianisme fut un courant de pensée qui niait la trinité des personnes divines, en faisant du fils et du Saint Esprit des modes du Père et non des personnes. Cette doctrine débuta en Asie et fut prêchée à Smyrne entre 180 et 200 par un certain Noët qui ne reconnaissait le Père que comme seul Dieu, accusant ses adversaires d'être « dithéistes ». Il sera condamné par Saint Hippolyte vers

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200 dans son écrit « antinoët ». Sa doctrine sera reprise par l'un de ses disciples: Épigone qui va les répandre à Rome, avec un autre personnage venu lui aussi d'Asie, Praxeas. Mais le courant va être renforcé par un personnage dont plus tard le nom, Sabellius, va servir à définir 1'hérésie sabelienne dont le fondement principal se résume dans la formule: «Dieu, monade simple et indivisible est une personne unique: on le nomme Père-Fils; mais en tant qu'il crée le monde, il prend le nom de Verbe ». Les Sabelliens vont surtout préparer le chemin à Arius. ARIUS ET L'ARIANISME L'arianisme est sans doute le courant religieux qui marquera le plus en profondeur l'histoire des Églises. Il est l'une des sources de l'unitarianisme moderne. Comme Saint Augustin, Arius est originaire du Nord de l'Afrique: il naît en Libye dans la seconde moitié du Illesiècle; mais quand la chronique le fait entrer en scène, il est naturalisé à Alexandrie. Vers 308, il est ordonné diacre par l'évêque Pierre. Ordonné, il est mis à la tête d'une Église paroissiale importante: celle de Baucale, où il est chargé en outre d'expliquer l'Écriture sainte. Un conflit va l'opposer entre 318 et 320 avec l'évêque Alexandre sur le mystère de la Trinité; il soutient que si le Père a engendré le Fils, l'être de ce dernier a eu un commencement, qu'il fut donc un temps où il n'était pas, et que, par conséquent il a été fait du néant; c'était faire de Jésus un homme exclusivement. De très nombreux prêtres et fidèles vont rejoindre ce courant de pensée. En 320, un premier synode va condamner Arius, mais cela n'arrête nullement la progression des idées ariennes. Il va trouver un appui intellectuel important chez les deux Eusèbe, de Césarée et de Nicomédée. Bientôt l'arianisme va s'étendre

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