Minutieusement biblique - La Tora (2) et Conclusion

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Cet ouvrage examine les règles de la Tora formant les codes civil, pénal et de la guerre. Le constat de nombreuses contradictions, lacunes et obscurités amène l'auteur à dénier l'origine mosaïque écrite du Pentateuque au profit de la thèse d'une rédaction étagée sur des siècles à partir d'une tradition orale et à reformuler le concept d'inspiration divine, inassimilable à une dictée. L'aboutissement d'une exégèse à la rigueur toute scientifique: ce nouvel opus clôt la série de près de deux mille pages, répartie en cinq tomes, consacrée par Max Christian Ducomte à l'étude de la cohérence interne des cinq premiers livres de la bible hébraïque, groupés communément sous le nom de Pentateuque. Une étude majeure et indispensable.

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Date de parution 02 août 2012
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EAN13 9782748389296
Langue Français

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Minutieusement biblique :
la Tora (2) et Conclusion



Du même auteur



Rudiments d’économie,
juste assez pour pouffer de rire en écoutant certains discours,
Editions Publibook, 2001
Minutieusement biblique : la lignée patriarcale,
Editions Publibook, 2003
Minutieusement biblique : la naissance d’un peuple,
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les derniers mois de Mochè dit Moïse,
Éditions Publibook, 2006 la tora (1),
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Minutieusement biblique :
la Tora (2) et Conclusion



















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012


Il n’y a pas de véritable amour sans la perte, le gaspillage,
le déchet, les ordures, la colonne de feu surgissant du néant
Armando Llamas














La législation profane


Préambule



Précisions liminaires
Le tome précédent concernait la législation proprement
religieuse. Ce que j’appelle ici législation profane, à défaut de
mieux, à savoir code civil (droit des personnes et des biens),
code pénal, lois de la guerre, procède aussi de la volonté de
IHVH transmise à Mochè pour application obligatoire.
Je n’estime pas utile de réitérer les précisions de forme
fournies au début de chacun des quatre tomes précédents : je les
suppose entrées dans la mémoire des lecteurs. Qu’il me suffise
de rappeler : que je transcris hh un h fortement expiré et
guttural ; qu’une apostrophe interne à un mot appelle un très bref
intervalle silencieux ; qu’une apostrophe au début ou à la fin
d’un mot appelle une prononciation gutturale de la voyelle qui
suit ou précède.
Définition de la population assujettie à la tora
La tora s’applique bien sûr aux israélites. Mais vivent parmi
eux dans leur camp et plus tard leurs villes des gens ne
descendant pas d’Ia’aqov et dont la présence est admise. En font sans
doute partie ceux qui fuirent Mitsraîm avec le peuple élu. Ils
sont eux aussi soumis à la tora et bénéficient de ses dispositions
favorables, car, dit IHVH, les israélites furent eux aussi des
résidents étrangers en terre de Kena’ân et au début de leur
installation en Mitsraîm.
Le goél
Les fonctions du goél concernent à la fois le droit civil et le
droit pénal. Certains le nomment racheteur en droit civil et
vengeur du sang en droit pénal. On le nomme aussi rédempteur.
11 Le goél de quelqu’un est son plus proche parent mâle, frère,
oncle (paternel, ajoutent certains), neveu, à défaut un parent par
le sang selon Lévitique 25:48,49. En Ruth 2:20 et 3:12 et 4:4,
nous apprenons que, si le plus proche parent se désiste, le
suivant prend sa place, ainsi de suite sans doute.
Le goél doit : selon Lévitique 25:47-49 et Néhémie 5:8,
racheter son protégé s’il tombe en esclavage pour dettes ou
autrement envers un étranger ; selon Lévitique 25:25, Ruth
presque entier, Jérémie 32:7-15, racheter les biens fonciers
ancestraux de son protégé si la pauvreté oblige celui-ci à les
vendre ; selon Nombres 35:9-29, Deutéronome 19:1-13, Josué
20:2-9, 2 Samuel 14:5-11, mettre à mort le meurtrier de son
protégé et sans doute d’exercer le talion à la place de son
protégé invalide ; selon Proverbes 23:10,11, protéger de façon
générale son parent faible.
J’étudierai plus tard en détail les règles d’exercice de ces
devoirs. Qu’il me suffise pour l’instant de mentionner l’extension
théologique de la notion de goél : IHVH est souvent présenté
comme le goél d’un juste, par exemple en Job 19:25, dans les
psaumes davidiques 19:15 (19:14 pour le Monde nouveau) et
69:19 (69:18 pour le Monde nouveau), et plus souvent comme
le goél de son peuple qu’il rachète de l’esclavage, par exemple
en Exode 6:6, dans le psaume d’Açaf 78:35, en Isaïe 41:14 et
43:14 et 44:6,23,24 et 47:4 et 48:17,20 et 49:26 et 54:5 et 59:20
et 60:16 et 63:16 et en Jérémie 50:34.
12


Le code civil



L’institution matrimoniale
Généralités
Bizarrement, il est assez peu question du mariage dans la
tora, qui ne contient à ce propos nul développement général. Les
seules règles concernent les empêchements au mariage, les
contestations sur la virginité de l’épousée, la répression de
l’adultère, la répudiation. Je suppose que la conclusion et la
célébration du mariage obéissent à des lois coutumières en
vigueur dans l’ensemble du moyen orient.
Éloge du mariage
Quoi qu’il en soit, l’institution matrimoniale est glorifiée
dans la bible dès le récit de la création du monde. En Genèse
1:27,28, élohîm crée l’être humain mâle et femelle, les bénit et
leur donne consigne de se multiplier, emplir et conquérir la
terre, assujettir les autres êtres vivants. En Genèse 2:18-24,
IHVH déclare qu’il n’est pas bon pour le glébeux (nom qui
rappelle le matériau ayant servi à créer l’homme mâle) d’être
seul et qu’il faut le pourvoir d’une aide, qui va être la femme, à
propos de laquelle Adâm s’écrie : ‘celle-ci, cette fois, c’est l’os
de mes os, la chair de ma chair’. Ainsi l’homme quittera son
père et sa mère, collera à sa femme ; ils seront une seule chair.
Ces formules sont paraphrasées en Genèse 5:2 et 9:1,
deutérocanonique Tobie 8:6 et chez les chrétiens Matthieu 19:5, Marc
10:6-8, 1 Corinthiens 6:16, Ephésiens 5:31, mais Chaoul-Paulos
préfèrera le célibat ou la virginité consacrée.
La tora, nous le verrons, exempte de service armé les jeunes
mariés et même les fiancés n’ayant pas consommé encore le
13 mariage. En Proverbes 18:22 et 19:14, le sage estime que
quiconque trouve une femme avisée trouve le bien ou le bonheur
par faveur de IHVH. En 1 Corinthiens 11:11,12:pas d’homme
sans femme ni de femme sans homme dans le seigneur ; la
femme vient de l’homme, l’homme vient par la femme et tout
vient de Dieu.
Usage symbolique de l’institution matrimoniale
Les prophètes prennent souvent l’union conjugale pour
symbole de l’union de IHVH et de son peuple, par exemple en Osée
2:21,22 (2:19,20 pour le Monde nouveau) où des fiançailles
accordées en pérennité et fidélité à une dévoyée (figurant le
peuple israélite) la mèneront à la connaissance de IHVH ; en
Isaïe 54:5,6 où IHVH, auteur, époux et racheteur d’Israél,
l’appellera vers lui comme la femme de sa jeunesse dont l’âme
est désolée ; en Isaïe 62:4,5 où IHVH se réjouira sur
Ierouchalaîm comme l’époux sur l’épouse ; en Jérémie 31:21,22 où
Israél est comparé à une vierge rebelle qui, par décision de
IHVH, tourne autour d’un homme brave ou robuste ou
recherche un mari ; en Ezéchiel 16:8-14 où IHVH, au temps des
amours, déploie son aile ou le pan de son manteau sur
Ierouchalaîm comparée à une femme, couvre son sexe, lui jure alliance,
si bien qu’elle est à lui.
Chez les chrétiens, l’époux symbolique du peuple fidèle est
le christ Iéchoua’, par exemple : en 2 Corinthiens 11:2 où
Chaoul-Paulos écrit à ses lecteurs qu’il les a fiancés comme une
vierge pure à un époux unique, le christ ; en Apocalypse 19:7-9
(où l’on annonce les noces de l’agneau, c’est-à-dire du christ),
21:2,9 (où la nouvelle Ierouchalaîm descend d’auprès de Dieu,
prête comme une épouse parée pour son homme, l’agneau) et
22:17 (où le souffle ou esprit et l’épouse demandent au christ
Iéchoua’ de venir).
L’interdiction des mariages incestueux
Préambule
Des interdits empêchent certaines unions. Il s’agit plutôt de
prohibitions de l’inceste, mais bien sûr elles valent pour les
14 mariages incestueux. Cette règle apparaît seulement avec la
codification mosaïque, car en Genèse sont relatées sans
réprobation apparente plusieurs unions incestueuses selon la tora.
Avrahâm est marié à sa demi-sœur consanguine selon Genèse
20:12. Ia’aqov épouse, de leur vivant, deux sœurs selon Genèse
29:16-29. Beaucoup plus tard, le père de Mochè, Amrâm, est le
neveu paternel de son épouse Iokèvèd selon Exode 6:20.
La législation mosaïque
Dans le premier texte mosaïque, Lévitique 18:6-18, IHVH
interdit aux hommes, littéralement, de s’approcher de toute
viande de leur chair pour en découvrir le sexe, c’est-à-dire de
copuler avec des femmes proches parentes.
Suit une liste de ces femmes. Le verset 6 mentionne la mère
de l’homme mais aussi, bizarrement, son père ; la mention du
père constitue plutôt un appel à la pudeur et on songe, en
Genèse 9:20-27, à Noahh, ivre et nu, dont un des fils se moqua et
que les autres couvrirent en marchant à reculons pour ne rien
voir. Selon les versets suivants de Lévitique 18, nul homme ne
peut prendre sexuellement ni épouser bien sûr : sa marâtre ; sa
sœur germaine ou sa demi-sœur utérine ou consanguine, native
de la maison ou du dehors, les versets 9 et 11 semblant faire
double emploi ; sa petite-fille ; sa tante maternelle ou paternelle
par le sang ; sa tante paternelle par alliance ; sa bru ; sa
bellesœur. Sa fille est omise, mais cela va sans dire, car elle figure au
premier chef parmi les proches parentes. Par contre, il est
tacitement admis qu’un homme épouse sa cousine ou
petitecousine ; les familles d’avant la tora encourageaient même de
tels mariages, par exemple pour Its’hhaq et Ia’aqov en Genèse
24:3,4,15,51 et 28:2.
Nul homme ne peut non plus prendre sexuellement et bien
sûr épouser : d’une part une femme et la fille ou petite-fille de
celle-ci ; d’autre part, tant que l’une d’elles vit, une femme et sa
sœur pour les opprimer ou en faire des rivales. Cette fin de
phrase signifie à mon sens non pas qu’un homme peut épouser
deux sœurs avec leur accord, mais que cette sorte d’union
entraîne toujours la querelle des deux co-épouses. La licité de
toute autre sorte de bigamie se déduit, soit dit en passant, de ces
règles.
15 En Lévitique 18:24-30, IHVH insiste : les habitants de la
terre promise ainsi rendue impure commettent ces incestes
abominables ; si les israélites en commettent aussi après la
conquête, cette terre les vomira ; le coupable doit être retranché de
son peuple.
Mochè se borne, en Deutéronome 23:1 (22:30 pour le
Monde nouveau), à rappeler la prohibition du mariage d’un
homme et de sa marâtre et, en Deutéronome 27:20,22,23, à
édicter des formules de malédiction à prononcer lors d’une
future cérémonie ; parmi les maudits figurent les hommes
coupables de rapports sexuels illicites avec marâtre, sœur et
belle-mère (sans doute la mère de l’épouse, ce qui rejoint
l’interdiction générale de prendre une femme et sa fille).
Les livres chrétiens
Dans les livres chrétiens, en Luc 3:19,20, Matthieu 14:1-12
et Marc 6:17-29, Iohhanân dit le baptiste est emprisonné par le
tétrarque Hèrôdès et finalement décapité pour avoir condamné
le mariage de celui-ci avec l’épouse de son frère vivant ; en fait,
le frère est plutôt un cousin et l’épouse une petite-cousine des
deux.
L’interdiction des mariages avec les non-israélites
La situation chez les patriarches
En Genèse 24:3 et 28:1,2, bien avant promulgation de la
tora, Avrahâm sans fournir de motif puis Its’hhaq, qui ne tient
peut-être pas à subir les déboires que lui valurent les mariages
de ‘Eçav selon Genèse 26:34 et 27:46, interdisent que leurs fils
prennent femme chez les indigènes. Les fils d’Ia’aqov, selon
Genèse 34:14, rejettent une demande en mariage relative à leur
sœur : ils ne peuvent donner celle-ci à un homme qui a un
prépuce, car ce serait flétrissure. Mais plus tard, en Genèse 38:1,2,
Iehouda épouse une fille des kena’anîm.
16 La législation mosaïque
En Exode 34:16, IHVH prévoit les conséquences de pactes
conclus avec les habitants de la terre promise : tu prendras ses
filles pour tes fils ; elles putasseront derrière leurs élohîm et
entraîneront tes fils à en faire autant. Cette crainte de l’idolâtrie
à la suite de mariages sera désormais récurrente. Nous trouvons
un premier exemple du bien-fondé de cette crainte en Nombres
25 où les filles de Moav entraînent les israélites dans
d’obscènes banquets sacrés et où un prince de la tribu de
Chim’ôn tente de consommer dans le camp son mariage avec
une princesse madianite.
En Deutéronome 7:3,4, Mochè formule une interdiction
explicite : ne te marie pas parmi eux, ne donne pas ta fille à son
fils et ne prend pas sa fille pour ton fils, car il (ou plutôt elle)
écarterait ton fils de derrière moi et ils serviraient d’autres
élohîm ; la narine de IHVH brûlerait et vite il t’anéantirait.
La situation postérieure dans la période ante-chrétienne
Iehochoua’, successeur de Mochè, renouvelle la mise en
garde en Josué 23:12,13:si vous vous mariez parmi eux, IHVH
cessera de déshériter en face de vous ces nations qui vous seront
piège, traquenard, fouet sur vos flancs, épines en vos yeux,
jusqu’à votre perte sur cette bonne glèbe.
Les israélites succomberont néanmoins à la tentation et
trahiront IHVH, par exemple en Juges 3:6. En 1 Rois 11:1-4 figure
mention des mariages du roi Chelomo avec sept cents
princesses étrangères qui adorent leurs élohîm et entraînent son cœur
vers eux. Au retour d’exil à Bavèl dite Babylone, en Esdras
9:2,12 et 10 entier, le desservant ‘Ezra, constatant la
généralisation des mariages d’israélites, chefs en tête, avec des étrangères,
les oblige à renvoyer ces femmes et leurs enfants ; suit la liste
des desservants coupables. La défense est réitérée en
Néhémie10:31 (10:30 pour Monde nouveau), puis, avec des
châtiments, en 13:23-30 alors que l’infraction a continué et que
les coupables ne parlent même plus leur langue ; l’échanson
Nehhèmyah, envoyé en mission par le roi de Perse, cite le triste
exemple du roi Chelomo.
Plus tard, le deutérocanonique Tobie insiste, en 4:12,13, sur
la nécessité pour un israélite de prendre femme de la semence
17 de ses ancêtres et un père cite à son fils l’exemple louable de
Noahh, Avrahâm, Its’hhaq, Ia’aqov. Le contexte suggère qu’il
vaut mieux que la femme appartienne à la famille paternelle de
son mari ; il n’existe aucun autre exemple dans la bible de cette
restriction supplémentaire.
La situation dans les livres chrétiens
Le problème se pose sous une autre forme dans les livres
chrétiens. Chaoul-Paulos légifère en 1 Corinthiens 7 plutôt
relatif, il est vrai, aux mérites comparés du mariage et de la
virginité consacrée. Aux versets 12-16, l’apôtre, ayant signalé
que son propos vient de lui-même, non du seigneur, c’est-à-dire
du christ Iéchoua’, conseille que le frère ou la sœur (c’est-à-dire
l’adepte) marié à un incroyant ne renvoie pas celui-ci s’il
consent à poursuivre la cohabitation ; mais si l’incroyant veut se
séparer, qu’il le fasse ! Au verset 39, l’apôtre instaure une
interdiction particulière : une veuve chrétienne épouse qui elle veut,
mais dans le seigneur, c’est-à-dire doit prendre un mari
chrétien. Puis il revient sur le problème global en 2 Corinthiens
6:14-18 et formule une interdiction presque générale : ne
formez pas avec les infidèles d’attelage disparate ; quel rapport
entre justice et impiété, quelle union entre lumière et ténèbres,
quelle entente entre christ et Belia’al, quelle association entre
fidèle et infidèle, quel accord entre temple de Dieu et idoles ? Et
il cite divers textes bibliques en ce sens.
Les tolérances de 1 Corinthiens 7:12-16 ne concernent donc
que les chrétiens, hommes ou femmes, déjà mariés au moment
de leur adhésion.
La prise de décision au sujet d’un mariage
La situation coutumière
La tora ne réglemente pas la prise de décision en vue de
mariage, mais il saute aux yeux que d’ordinaire les pères décident
pour leurs enfants des deux sexes. Il s’agit là d’une coutume en
vigueur partout dans la région. En Genèse 21:21, Agar, mère
d’Ichma’él, choisit ou prend certes une femme pour lui, mais
cela s’explique : Agar est sans mari.
18 Ainsi, dès Genèse 24:3,4, Avrahâm très vieux envoie un
serviteur de confiance en haute Mésopotamie avec mission de
choisir ou prendre une femme pour son fils Its’hhaq. En Genèse
38:6, Iehouda prend une femme pour son fils aîné. En Exode
34:16 et Deutéronome 7:3, IHVH puis Mochè interdisent aux
pères de prendre pour épouses de leurs fils des filles des
habitants de la terre promise. On trouve des formules analogues
après le pentateuque en Esdras 9:2,12, Néhémie 10:31 (10:30
pour Monde nouveau) et 13:25 et Jérémie 29:6.
Un exception figure en Nombres 36:6 où, selon IHVH, la
fille héritière d’un domaine en l’absence de fils du défunt ne
peut épouser qu’un homme de son clan ou de sa tribu, celui qui
est bien à ses yeux ou selon son choix. Cette liberté soudain
affirmée ne profite-t-elle qu’aux filles propriétaires ?
Droit à la parole des fils à marier
En Genèse 28:1,2, Its’hhaq ordonne à son fils Ia’aqov de
prendre femme parmi ses cousines, mais il le laisse libre de
choisir entre elles. En Genèse 34:4, Chekèm, non israélite,
demande à son père de lui prendre pour femme la fille de Ia’aqov,
dont il est tombé amoureux. Chimchôn, en Juges
14:13,5,7,8,10, présente une demande du même genre à ses parents
et la mère participe au débat, mais c’est surtout à son père qu’il
s’adresse, certes sur un ton impératif.
Genèse mentionne pourtant deux cas de mariages hors
décision paternelle. En 26:34,35 et 28:8,9, ‘Eçav épouse
apparemment deux femmes sans et peut-être contre l’avis de
son père Its’hhaq, mais il a atteint l’âge de quarante ans ; faut-il
comprendre que cet âge est celui de l’indépendance ? Je ne le
crois pas. Selon 25:20 Its’hhaq a certes quarante ans lorsqu’il se
marie et selon 29:18 Ia’aqov se marie au moins sept ans après
son jumeau ‘Eçav et donc à plus de quarante ans, mais dans ces
deux cas leurs pères ont pris d’abord la décision. En 38:1,2,
Iehouda épouse de son propre chef, semble-t-il, une kena’anit,
mais il vit séparé de ses frères et donc ailleurs que chez son
père. En plusieurs passages postérieurs, Juges 3:6, Jérémie 29:6,
Esdras 9:2 et 10:44, Néhémie 13:25, on évoque des israélites
prenant femme sans mention explicite de décision paternelle,
mais dans les quatre derniers cas le contexte est celui de l’exil à
19 Bavèl et d’après le rapatriement. Les israélites mâles déportés
se marient certes comme ils peuvent ; la déportation a séparé
parfois pères et fils, mais on revient au régime antérieur pour le
mariage des fils naissant de ces unions ; des non déportés ont
pris femme pour eux et leurs fils parmi les étrangères, mais cela
leur est désormais interdit…
Hors inceste, certains liens de parenté entraînent-ils pour
l’homme droit ou devoir prioritaire d’épouser sa parente ? En
Genèse 24:50,51, le père et le frère de Rivca semblent estimer
conforme à la volonté divine qu’Avrahâm veuille une bru dans
sa parenté. En Tobie 7:2, le grand-père du marié est l’oncle du
père de la mariée Sara, au moins selon André Chouraqui,
l’école biblique de Jérusalem faisant des deux beaux-pères des
frères, ce que dément 3:15 ; le marié épouse donc sa
petitecousine et, selon 3:17 et 6:12 et 7:10, elle lui est dévolue, car il
est le seul de son clan ; selon 6:13 et 7:12,13, cela constituerait
une règle de la tora de Mochè et le père de la mariée serait
passible de mort s’il violait la tora. Or la tora ne mentionne aucune
obligation de cette sorte, sauf pour le lévirat, institution dont je
parlerai plus tard et qui vaut uniquement entre beau-frère et
belle-sœur.
La situation des filles vierges dans les livres hébraïques
et deutérocanoniques
Aucun doute n’existe pour les filles vierges : leur père les
donne en mariage dans tous les cas. Genèse contient maints
exemples. En 24:50,51, Betouél et son fils Lavân, à qui
l’envoyé d’Avrahâm demande leur fille et sœur Rivca en
mariage pour Its’hhaq, répondent, en invoquant certes le souhait de
IHVH : prends Rivca et va ; elle est la femme du fils de ton
maître. En 29:18-27, Lavân répond à Ia’aqov qui demande en
mariage sa fille Rahhél : mieux vaut la donner à toi qu’à un
autre. Puis Ia’aqov, une fois accompli le temps de service dû
comme prix, demande à Lavân de lui livrer sa fiancée pour
consommation du mariage ; berné par celui-ci qui dans l’obscurité
lui livre sa fille Léa, Ia’aqov proteste et l’autre lui répond : ce
n’est pas l’usage de donner la puînée avant l’aînée ; puis il offre
Rahhél moyennant un nouveau paiement en travail. On
n’imagine point pouvoir plus total. En 30:25,26, Ia’aqov,
dési20 rant rentrer chez lui, sollicite l’accord de son beau-père pour
emmener ses deux femmes, leurs servantes mères porteuses et
ses enfants. En 34:6-8,14,15, ce sont les frères qui posent leurs
conditions au prétendant et à son père pour donner leur sœur
Dina en mariage après son viol, mais la demande leur est
présentée en l’absence de leur père Ia’aqov et ils répondent à sa
place, car ils complotent une vengeance contre le prétendant et
sa ville entière et supposent que leur père n’y souscrira pas,
comme le prouveront ses reproches de 34:30,31.
Mochè, en Deutéronome 7:3, emploie le terme de dation et
l’on mentionne des décisions paternelles discrétionnaires
pendant la conquête et la période des suffètes. Selon Josué 15:16,17
et Juges 1:12,13, le chef Calév promet sa fille au guerrier qui
conquerra une ville sans doute bien défendue et tient parole. En
Juges15:2, le beau-père de Chimchôn, croyant que celui-ci
déteste sa femme, la donne à un autre et propose à Chimchôn, qui
proteste, de lui donner une autre de ses filles. En 1 Samuel
18:17,18,20-23,27, le roi Chaoul promet sa fille aînée à David,
valeureux chef de guerre, mais ne tient pas parole et finit par lui
donner son autre fille après qu’il a accompli un exploit. Enfin,
selon le deutérocanonique Tobie 7:9-16, Re’ouél ne consulte
pas sa fille avant de la donner en mariage à Tovyah dès faite la
demande.
Signalons d’autres textes plus brefs : Juges 3:6, 1 Samuel
17:25, Jérémie 29:6, Esdras 9:12, Néhémie 10:31 (10:30 pour le
Monde nouveau) et 13:25. En deutérocanonique Tobie 7:13,14,
le père de la mariée invoquant la tora rédige un contrat de
mariage qu’il signe avec son épouse ; aucun autre texte biblique ne
confirme sauf erreur ce formalisme.
Le récit du mariage de Rivca et Its’hhaq suscite pourtant de
prime abord un doute. En Genèse 24:5-8, le messager
d’Avrahâm objecte : peut-être la femme ne consentira-t-elle pas
à me suivre vers cette terre-ci ; ferai-je retourner ton fils vers la
terre là-bas dont tu es sorti ? Avrahâm n’écartant pas
l’hypothèse comme ridicule lui répond que, dans ce cas, il sera
exempt de faute. A mon avis, le serviteur craint que la fille
refuse non pas de consentir à son mariage mais de s’expatrier vers
son mari, auquel cas ce dernier devrait peut-être habiter dans sa
belle-famille, ce qu’Avrahâm ne veut pas. Arrive le verset 50.
Le père et le frère de Rivca disent au messager d’emmener
Riv21 ca. Mais, en 54-58, un petit litige surgit : le messager veut
repartir aussitôt alors que la mère et le frère de la fille, préférant
qu’elle passe encore avec eux une dizaine de jours, suggèrent de
la consulter. Iras-tu avec cet homme ? lui demandent-ils. Elle
répond : j’irai ! Et le départ a lieu. Cette dernière discussion
porte à mon avis sur le consentement de la fille non point à son
mariage mais à son départ immédiat.
En 1 Samuel 18:20, une fille du roi Chaoul s’amourache de
David ; informé, Chaoul approuve l’idée d’un mariage, qui
d’ailleurs ensuite aura lieu ; en l’occurrence le souhait de la fille
précède la décision du père, rien de plus.
La condition des filles vierges dans les livres chrétiens
En 1 Corinthiens 7:36-38, Chaoul-Paulos conseille à propos
de leurs filles les chrétiens mâles, confirmant ainsi leur pouvoir.
Voici en quels termes, selon André Chouraqui et l’école
biblique de Jérusalem : si un homme estime qu’il n’est pas
honorable pour sa vierge de lui laisser dépasser l’âge (normal
du mariage, sans doute) ou s’il croit manquer ainsi aux
convenances envers elle il ne faute pas, mais celui qui, libre de son
choix, est fermement décidé à la garder vierge agit bien ; qui
marie sa vierge agit bien et qui ne la marie pas agit mieux.
L’école biblique de Jérusalem évoque en bas de page, sans trop
me convaincre, une coutume chrétienne de l’époque : un fidèle
accepte de vivre avec une vierge dont il n’est pas le père pour
protéger la virginité de celle-ci. Le Monde nouveau se distingue
radicalement de ces traducteurs en ce que, pour lui, il s’agit de
conseils donnés à un homme à propos de son propre mariage :
qui donne sa virginité dans le mariage fait bien, mais qui ne la
donne pas fait mieux. Ce traducteur assume son choix en citant
en marge Matthieu 19:11,12, texte en lequel le christ Iéchoua’
évoque le cas des hommes qui se sont rendus eunuques
euxmêmes à cause du royaume des cieux.
Je consulte le texte grec, seul à faire autorité. Dans la
littérature antique, le mot parthénos (au nominatif pi alfa rô thêta
epsilon nu omicron sigma) désigne ordinairement une fille
vierge et non l’état de virginité. On le trouve, en Luc 1:26,27,
appliqué à Miriâm, future mère du christ Iéchoua’. En 1
Corinthiens 7:25,28,34,36,37,38, ce mot dans les cinq derniers
22 versets, pour André Chouraqui et l’école biblique de Jérusalem,
s’applique à des gens de sexe féminin ; au verset 25, le mot
désigne des gens sans précision de sexe, mais la structure
grammaticale n’établit pas qu’il s’agit de filles. Le Monde
nouveau, quant à lui, applique ce mot au verset 28 à une personne
de sexe explicitement masculin et, aux versets 36,37,38, le
traduit par ‘virginité’. En l’état, je me range à l’avis d’André
Chouraqui et de l’école biblique de Jérusalem.
Les conditions pécuniaires du mariage
Aucun article de la tora n’instaure ni ne réglemente le
régime matrimonial, coutumier dans toute la région. Je vais donc
rechercher la réalité dans divers récits.
La situation chez les patriarches
En Genèse 24:10, Avrahâm confie des cadeaux à son
serviteur. Arrivé à bon port et reconnaissant en Rivca la fiancée
idéale, ce dernier lui remet aux versets 22,30,47 une narinière et
deux bracelets en or pesant respectivement un peu plus de cinq
grammes et demi et cent dix grammes, environ. Une fois
l’affaire conclue, il donne à Rivca, au verset 53, des objets ou
bijoux d’or et d’argent, des habits, et, à son frère et à sa mère,
des cadeaux de choix.
Ia’aqov, selon Genèse 29:18,20,27,30 rappelé en Osée
12:12, sert gratuitement Lavân, père de Léa et de Rahhél,
pendant quatorze ans, sept pour chacune. En Genèse 34:11,12,
Chekèm, demandant en mariage la fille d’Ia’aqov, promet aux
frères de celle-ci de donner ce qu’ils exigeront, même une
grosse somme, comme prix nuptial et cadeau.
Il résulte de ces divers textes qu’avant mariage l’homme
verse une dot à sa future épouse, parfois sous forme de bijoux,
et fait des présents à la famille de celle-ci.
Les dispositions mosaïques
En Exode 22:15,16 (22:16,17 pour le Monde nouveau),
IHVH ordonne que l’homme qui séduit une vierge non fiancée
et couche avec elle verse le prix et la prenne pour femme ; si le
23 père de la fille refuse de la donner, l’homme verse quand même
en argent le prix fixé pour les vierges, sans autre précision bien
qu’il s’agisse d’un prix fixe. Ce prix sera précisé en
Deutéronome 22:28-29 après des décennies : le violeur d’une vierge
non fiancée donne cinquante sicles d’argent, soit environ cinq
cent soixante-dix grammes, au père de la fille ; elle devient sa
femme et il ne pourra plus jamais la répudier. Je signale, pour
fixer les idées, que la valeur de rachat d’une fille ou femme
consacrée par vœu est, selon Lévitique 27:3-6, de trente sicles
d’argent entre vingt et soixante ans d’âge et de dix sicles
d’argent entre cinq et vingt ans. Un tarif général existe donc
aussi pour les vierges à marier.
La situation post-mosaïque
En Josué 15:16,17, Juges 1:12,13 et 1 Samuel 18:25, la dot
fixée pour leur fille par le chef Kalév dans le premier cas, par le
roi Chaoul dans l’autre, consiste pour le futur mari en un exploit
guerrier à accomplir.
En Osée 3:2, le prophète Hochéa’ acquiert une femme pour
quinze pièces d’argent et environ six cent soixante-quinze litres
d’orge. Ezéchiel 16:10-12 donne une idée des bijoux et
vêtements dont l’homme gratifie sa future épouse.
En deux épisodes, des cadeaux sont faits par le père à sa fille
ou même à son gendre. Selon Josué 15:18,19 et Juges 1:14,15,
textes malaisés, Kalév, après avoir mariée sa fille à l’auteur
d’un exploit guerrier fixé comme dot, donne à celle-ci de la
terre dans le Nèguèv ou la relègue au désert. A sa venue près de
son mari, elle incite ce dernier à demander un champ à Kalév
ou, selon l’école biblique de Jérusalem, c’est le mari qui le
suggère à sa femme ; elle se jette à bas de l’âne ou bat des mains,
assise sur l’âne ; Kalév la questionne pour savoir ; elle lui
demande alors une faveur, des sources d’eau, et son père les lui
donne. Je suggère deux explications : la fille se plaint de devoir
aller habiter dans une contrée très méridionale et demande à son
père, en supplément, des sources ; ou bien elle se désole que son
mari par la volonté de Kalév soit dispensé de lui donner une dot
personnelle et réclame donc audit Kalév, son père, une
compensation. En deutérocanonique Tobie 10:10, le beau-père, juste
avant le départ de sa fille et de son gendre, donne à celui-ci la
24 moitié de ses biens en esclaves, bestiaux, bêtes de somme,
habits, argent et ustensiles. Cela surprend, mais selon Tobie 3:15
l’épouse est fille unique.
Licité de la polygamie
Tolérance de la polygamie
La bible hébraïque admet la polygamie explicitement en la
réglementant, implicitement en en parlant sans condamner.
Pendant la période patriarcale, un descendant de Qaîn,
Lèmèc, possède simultanément deux femmes et ‘Eçav trois selon
Genèse 4:19,23 et 26:34 et 28:9, mais Noahh, Avrahâm (sauf sa
copulation génitoire autorisée avec Agar) et Its’hhaq sont
monogames ; Ia’aqov, qui désirait Rahhél, ne devient bigame qu’à
cause de la ruse de son beau-père selon Genèse 29:26-30.
En Lévitique 18:17,18 et Deutéronome 21:15-17.et 25:5-10,
IHVH et Mochè autorisent implicitement la polygamie ou tout
au moins la bigamie : en interdisant d’épouser une mère et sa
fille ou deux sœurs du vivant de chacune ; en édictant que le fils
de celle des deux femmes qui est la moins aimée ne peut être
privé, s’il est l’aîné, du droit d’aînesse ; en instituant le lévirat,
dont je reparlerai. En 1 Samuel 1:2, un homme possède deux
femmes dont l’une deviendra la mère du prophète Chemouél.
Les réserves sur la polygamie royale
En Deutéronome 17:17, Mochè conseille que le roi futur ne
multiplie pas ses femmes afin qu’il ne renie pas IHVH ; la
polygamie royale multiple est donc crainte en unique raison de
l’influence qu’exerceraient des étrangères idolâtres. Selon 2
Samuel 5:13 et 1 Chroniques 3:9, David accroît le nombre de
ses épouses en s’installant à Ierouchalaîm. En 1 Rois 11:1-8, le
roi Chelomo, époux de sept cents princesses étrangères,
succombe à leur idolâtrie, ce que confirme Néhémie 13:26 ;
l’usage, évoqué dans le psaume des fils de Qorahh 45:10 (45:9
pour Monde nouveau), paraît être d’épouser des filles d’autres
rois pour nouer des pactes. Selon 2 Chroniques 11:21, le roi
Rehhav’âm dit Roboam prend dix-huit épouses. En Cantique
25 des cantiques 6:8 est évoqué un roi pourvu de soixante épouses
reines.
L’incitation à la monogamie
La bible hébraïque loue la monogamie. En Ecclésiaste 9:9 le
sage conseille : vis tous les jours de ta vie avec la femme que tu
aimes. En Proverbes 5:18,19:réjouis-toi de la femme de ta
jeunesse et sois toujours épris de son amour. En Malachie
2:14,15:IHVH est un témoin entre toi et la femme de ta
jeunesse, ton amie, la femme de ton pacte.
Bizarrement, les livres chrétiens ne formulent, sauf erreur,
aucune condamnation explicite de la polygamie. Simplement,
en deux instructions organisationnelles, 1 Timothée 3:2,12 et
Tite 1:6, Chaoul-Paulos ordonne que tout préposé, épiscope ou
surveillant, tout assistant ministériel ou diacre, tout ancien ou
presbytre soit le mari d’une seule femme. L’école biblique de
Jérusalem seule estime que chacun d’eux doit n’avoir été marié
qu’une fois, ce qui exclut les répudiations antérieures.
Célébration du mariage
La coutume générale
Le premier récit d’un mariage figure en Genèse 29:21-30.
Quant il a payé le prix, le fiancé exige qu’on lui remette sa
femme pour qu’il vienne vers elle, c’est-à-dire consomme le
mariage. Le père de la mariée donne un festin, au soir duquel il
livre sa fille après lui avoir, sans doute s’il en a les moyens,
donné une esclave prélevée sur la domesticité. Les époux
consomment aussitôt le mariage. La fête dure sept jours selon
l’école biblique de Jérusalem et le Monde nouveau.
Maints textes confirment ensuite la pratique du festin : Juges
14:10-12 où, offert par le marié selon Monde nouveau et André
Chouraqui ou par le père de la mariée selon l’école biblique de
Jérusalem, il dure sept jours avec participation de trente
compères ou garçons d’honneur ; Tobie 8:20 et 10:7 où la fête dure
quatorze jours ; Jean 2:1-10 avec le récit des noces de Qana, où
le vin vient à manquer ; Matthieu 9:15, Marc 2:19 et Luc 5:34
où le christ Iéchoua’ rappelle que les amis de l’époux ne jeûnent
26 pas tant qu’il reste avec eux ; Matthieu 22:2-13 où le père de
l’époux fait égorger pour le banquet plusieurs taureaux et bêtes
grasses, les invités étant tenus de porter un vêtement de noces ;
Apocalypse 19:9 où les fidèles sont comparés à des invités au
repas des noces de l’agneau (mariage symbolique du christ et de
son église).
En Genèse 24:67, Its’hhaq consomme dans la tente de sa
mère son mariage avec Rivca, pratique confirmée seulement en
Cantique des cantiques 3:4 et 8:2 où l’amoureuse rêve de
conduire l’homme qu’elle aime dans la maison maternelle.
Les exemples des mariages d’Its’hhaq, Ia’aqov et Iehouda en
Genèse 24 et 29:21-29 et 38:1,2, d’une princesse étrangère avec
un roi israélite dans le psaume 45:15,16 et de Tovyah en Tobie
7:11-13 sont peu significatif quant au lieu du mariage, chez le
marié dans les premier et troisième cas, chez le père de la
mariée dans les autres, car dans tous ces cas les familles résident
très loin l’une de l’autre. Quand les familles sont assez voisines,
ce qui représente la majorité des cas, la seule indication figure
en Matthieu 25:1-12 où dix vierges nubiles vont accueillir dans
la nuit, munies de lampes, l’époux arrivant du dehors vers la
salle du banquet, laquelle paraît, à en croire Jean 3:29, contiguë
à la chambre nuptiale ; tout se passe donc chez le père de la
fille.
Quoi qu’il en soit, les futurs époux et surtout la fiancée sont
parés joliment comme cela résulte d’Isaïe 49:18 et 61:10 et
d’Apocalypse 21:2. Selon le psaume 45:14-16 des fils de
Qorahh, la princesse arrive escortée par des vierges et vêtue de
brocarts ou d’habits sertis d’or. En Apocalypse 19:7,8, l’épouse
est vêtue de lin fin, resplendissant et pur.
La célébration du mariage ne donne pas lieu à cérémonie
proprement religieuse, par exemple à des sacrifices et à
l’intervention de desservants ou de lévites.
Les précisions particulières du livre de Tobie
Le deutérocanonique Tobie 7:14-16 et 8:1-9 fournit des
précisions intéressantes et uniques sur la consommation d’un
mariage postérieur à la destruction du royaume israélite du
nord. Aussitôt après un repas familial, non décrit comme un
festin avec nombreux invités, la mère conduit sa fille dans la
27 chambre, l’encourage, puis vient le mari ; les époux ferment la
porte et l’homme, instruit quelques jours auparavant par un
messager ou ange, prie pour que IHVH les protège, dans les
termes suivants : “Tu es béni, élohîm de nos pères ; ton nom
grand et glorieux est béni de toute pérennité ; les ciels et toutes
les créatures te bénissent. Tu as fait Adâm, tu lui as donné une
aide, un appui, Hhava, et d’eux naquit la semence des hommes ;
tu as dit : il n’est pas bien pour l’homme d’être seul, faisons-lui
une aide semblable à lui. Maintenant, IHVH, ce n’est pas pour
la copulation ou le plaisir que je prends ma sœur, mais en vérité
ou avec un cœur sincère ; ordonne que je sois matricié ou
daigne nous avoir en pitié et que je vieillisse avec elle.”. L’épouse
dit amén et ils se couchent dans la nuit. L’épouse est ici, non
certes sœur de l’époux, mais fille du neveu du père de celui-ci.
Peut-être cette prière est-elle motivée par les circonstances : les
sept précédents fiancés sont morts avant consommation du
mariage.
Obligation de virginité de la mariée
Situation générale
Bien que non explicité dans la tora, il est évident que la
mariée, sauf veuve ou répudiée, doit être vierge. Les vierges
portent sans doute un signe distinctif : en Genèse 24:16,
l’envoyé d’Avrahâm voyant Rivca pour la première fois sait
aussitôt qu’elle est vierge.
Nous avons déjà vu le cas de la réparation civile (sans
sanction pénale) due par qui dépucelle une fille non fiancée. Selon
Deutéronome 22:23-29, la mort par lapidation est infligée à
l’homme qui couche en ville avec une vierge fiancée à un autre
et aussi à celle-ci, car elle n’a pas crié alors qu’on pouvait
l’entendre ; elle échappe à toute sanction si l’acte a été commis
dans la campagne ; seul l’homme est mis à mort. Je reverrai ces
dispositions dans le contexte du droit pénal.
Les hommes s’efforcent donc de respecter les vierges. En
Job 31:1, le sage déclare : j’ai conclu un pacte avec mes yeux
afin de ne pas fixer une vierge. Les filles se glorifient de leur
virginité. En Tobie 3:14,15, la fille déclare : aucun homme ne
28 m’a touchée et ainsi je n’ai déshonoré ni mon nom ni celui de
mon père.
Il n’existe pas d’interdiction entre fiancés des relations
sentimentales chastes avant mariage. Certains passages du
Cantique des cantiques sont un chant d’amour alterné entre
personnes non encore mariées.
Drames provoqués par le viol de vierges
Le viol de vierges provoque au moins deux drames relatés
dans la bible. En Genèse 34, les fils d’Ia’aqov massacrent les
habitants d’une ville parce que le fils du roi a violé leur sœur
Dina. En 2 Samuel 13, un des fils de David viole sa demi-sœur
consanguine bien qu’elle l’ait implorée en ces termes : ‘on
n’agit pas ainsi en Israél ; ne commets pas cette infamie ; où
irais-je porter ma honte ?’ Puis, en signe d’affliction, elle
répand de la poussière sur sa tête, déchire son vêtement de
princesse vierge, manteau à longues manches ou aube à rayures,
met sa main sur son crâne et s’en va en criant. Son frère
germain l’accueille chez lui, désolée ou abandonnée ou privée de
contact avec autrui, puis fait tuer le coupable.
La contestation maritale de virginité
En Deutéronome 22:13-21, la contestation de virginité est
présentée comme résultant d’une désaffection du mari pour sa
femme, qu’il accuse alors publiquement. L’affaire se traite à la
porte de la ville, devant les anciens ; le père de l’épouse
explique que son gendre la hait ; puis père et mère déploient la
tunique nuptiale (sans doute tachée de sang) en face des anciens
qui se saisissent alors du mari et, puisqu’il a calomnié une
vierge d’Israél, le condamnent à verser à son beau-père une
indemnité d’un kilogramme cent cinquante grammes environ
d’argent ; en outre, ce mari ne pourra plus jamais répudier son
épouse. Si les parents n’exhibent par contre aucun signe de
virginité, leur fille est condamnée à mort par lapidation. J’y
reviendrai avec le droit pénal. Les parents d’une mariée doivent
donc conserver soigneusement les preuves sanglantes de la
virginité.
29 L’interdiction de l’adultère
La réprobation de l’adultère pendant la période patriarcale
L’obligation de fidélité sexuelle est absolue pour l’épouse,
mais point pour le mari qui peut être polygame et avoir des
concubines. Le mari ne tombe sous le coup de la loi pénale que
s’il copule avec l’épouse ou la fiancée d’un autre homme.
Figurent en Genèse 12:10-20 et 20 entier et 26:7-11 les
premières mentions d’opprobre frappant l’adultère. Avrahâm et
Its’hhaq émigrent vers des pays où l’usage, surtout pour les rois,
est de tuer tout étranger mari d’une femme belle (ainsi
devientelle veuve) afin de se l’approprier ; chacun des deux patriarches
demande donc à son épouse de se présenter comme sa sœur ou
la présente lui-même ; mais à chaque fois le roi du pays,
s’apercevant de la supercherie, reproche au mari de l’avoir
exposé à commettre un péché mortel avec une femme mariée. En
Genèse 39:7-9, Iocef, sollicité par la femme de son maître
Potifar, considère qu’il commettrait un péché grave contre élohîm
s’il cédait à ces avances. Mais la réprobation frappant, selon
Genèse 35:22 et 49:4 puis 1 Chroniques 5:1, la liaison coupable
de Reouvén avec la concubine de son père semble concerner
l’inceste plutôt que l’adultère.
La prohibition de l’adultère dans la tora
En Exode 20:14,17 et Deutéronome 5:18,21 figure la
première prohibition explicite parmi les commandements du
décalogue : tu ne commettras pas l’adultère, ne convoiteras pas
la femme de ton compagnon ou de ton prochain. Le christ
Iéchoua’ et les auteurs chrétiens en feront des citations textuelles
en Matthieu 5:27 et 19:18, Luc 18:20, Jacques 2:11 et Romains
13:9.
En Lévitique 18:20, l’adultère est présenté comme une cause
d’impureté, au sens rituel du terme : à la femme de ton
concitoyen, tu ne donneras pas ta coucherie avec émission de sperme,
car tu deviendrais impur en elle. En Lévitique 19:20-22, IHVH
traite de la faute particulière de fornication avec l’esclave
concubine d’un autre homme ; les coupables ne seront pas mis à
mort, car la femme n’est pas libre, mais l’homme devra offrir le
sacrifice de coulpe d’un bélier pour être absous. Retenons la
30 moindre gravité de l’acte. La peine de mort est enfin
explicitement édictée en Lévitique 20:10:l’homme qui commet
l’adultère avec la femme d’autrui ou de son compagnon est mis
à mort, et la femme avec lui. Deutéronome 22:22 précise qu’on
doit prendre les fautifs sur le fait, ce qui semble exclure les
autres modes de preuve. Nous en reparlerons avec l’ordalie des
eaux amères pratiquée en cas de soupçon nourri par l’époux.
L’adultère dans les autres livres hébraïques
Il est souvent question d’adultère dans les livres d’après le
pentateuque. Selon 2 Samuel 11 entier et 12:1-23 et 1 Rois
15:5, le roi David faute avec Bat-Chèva’ et ordonne que le mari
de celle-ci, mercenaire étranger, soit mis en position d’être tué
au combat, ce qui arrive ; IHVH punit David en faisant mourir
le garçon né de cette liaison et en faisant venir sur la maison
royale de nombreuses calamités. En Job 31:9,10, Iov affirme sa
réprobation de l’adultère : s’il arrivait que mon cœur soit séduit
par une femme, que j’épie ou m’embusque devant la porte de
mon compagnon ou de mon prochain, eh bien que ma femme
tourne la meule pour autrui et que d’autres s’agenouillent sur
elle ! En Proverbes 6:29,32-35:celui qui vient vers la femme de
son compagnon ou prochain et la touche ne s’en tire pas
indemne ; qui commet l’adultère manque de sens, détruit son être,
trouve fléau et turpitude ou récolte coups et quolibets ; sa
flétrissure ne s’efface pas, car la jalousie enfièvre le brave
robuste ; au jour de la vengeance il ne fait pas de quartier, n’a
égard à aucune compensation, ne consent à rien quand même le
coupable le comblerait de présents. En Proverbes 7:10-20 et
30:20, l’on décrit avec grivoiserie les manigances d’une épouse
dissolue ; elle signale à tout venant que son mari est parti en
voyage lointain, puis mange, s’essuie la bouche et dit : je n’ai
pas commis de faute.
Les prophètes ne se privent pas de condamner l’adultère.
Ainsi en va-t-il : en Osée 4:2,12,13 (où ce péché est associé à
celui d’idolâtrie) ; en Jérémie 5:7,8 (où l’israélite, cheval dopé,
courtise sitôt levé la femme de son compagnon ou prochain et
hennit), 7:9 et 13:27 et 29:23 ; en Ezéchiel 18:11 et 22:11 ; en
Malachie 2:14 (où est honni l’homme qui trahit la femme de sa
jeunesse, de son pacte, son amie) et 3:5. Ces prophètes
em31 ploient souvent l’image de l’adultère pour stigmatiser les
infidélités du peuple à l’égard de IHVH en : Osée 3:1-5 (où le peuple
aimé par IHVH se tourne vers d’autres élohîm et ressemble à la
femme aimée qui commet l’adultère) et 7:1-4 ; Jérémie 3:6-9,20
(où le peuple commet adultère avec la pierre et le bois,
c’est-àdire avec les idoles), 7:9 et 9:1,2 et 13:26,27 et 23:9-12 ;
Ezéchiel 16:1,32 et 23:1-4,36-37. L’on a d’ailleurs du mal parfois à
distinguer dans un même passage ce qui a trait à l’adultère
sexuel de ce qui a trait à l’adultère religieux symbolique.
L’adultère dans les livres chrétiens
Les auteurs chrétiens condamnent l’adultère sexuel, par
exemple en Marc 7:22 et 1 Corinthiens 6:9, Romains 7:3,
Hébreux 13:4 et 2 Pierre 2:14, et usent du symbolisme de
l’adultère religieux, par exemple en Jacques 4:4. Mais le christ
Iéchoua’ durcit la notion, d’abord en Matthieu 5:28,29:qui
regarde une femme en la désirant commet déjà l’adultère en son
cœur ; si ton œil droit te fait trébucher, arrache-le et jette-le loin
de toi ! Ensuite, en Matthieu 5:32, en dénonçant la répudiation
comme cause d’adultère : il a été dit que celui qui renvoie sa
femme doit lui donner un acte de rupture ; moi je vous dis que
celui qui répudie sa femme, sauf à propos de sexe, lui fait
commettre l’adultère et que celui qui épouse une répudiée commet
l’adultère. L’interdiction se précise en Marc 10:11,12:qui
répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère et il en
va de même pour la femme qui renvoie son mari et en épouse
un autre. Matthieu 19:9 et Luc 16:18 confirment sans ajouter
rien de nouveau. Ces textes posent deux problèmes dont je
traiterai dans la section consacrée à la répudiation.
L’ordalie des eaux amères en cas de soupçon d’adultère
La procédure d’ordalie
Nombres 5:11-31 décrit la procédure à suivre par un mari
qui, à raison ou à tort, soupçonne son épouse d’infidélité. Le
texte évoque d’abord le cas d’un homme dont la femme dévie,
un autre couchant avec elle à coucherie de semence ; or cette
femme, qui ainsi se contamine ou se déshonore, dissimule ses
32 agissements aux yeux de son mari, sans témoin contre elle, sans
avoir été prise sur le fait. Et voici qu’un souffle ou esprit de
jalousie passe sur le mari. Il arrive aussi que ce souffle passe sur
l’homme dont la femme ne s’est pas souillée, est innocente.
Le mari jaloux amène sa femme au desservant avec un
présent pour elle, environ quatre litres et demi de farine d’orge où
il ne met ni huile ni oliban, car c’est offrande de jalousie. Le
desservant ou la femme (les traducteurs sont divergents)
présente cette offrande. Le desservant verse dans les eaux
consacrées (ou vives selon les septante) que contient un vase de
grès ou d’argile de la poussière ramassée sur le sol de la tente
du rendez-vous. Puis il tient la femme debout en face de IHVH,
lui échevelle la tête ou dénoue sa chevelure et met sur sa paume
l’offrande commémorative.
Il prend en main les eaux amères qui rendent maudit, puis
fait jurer la femme et lui dit : si un homme n’a pas couché avec
toi, si tu n’as pas forfait en contamination alors que ton homme
a pouvoir sur toi, sois innocente par ces eaux amères qui
rendent maudit ; mais si tu as forfait, t’es contaminée en partageant
la couche d’un homme autre que ton mari… La formule
s’interrompt et le desservant défère le serment à la femme et lui
dit : que IHVH te fasse servir à l’imprécation au milieu de ton
peuple en donnant à ta cuisse de dépérir ou à ton sexe de se
flétrir, à ton ventre de gonfler, car ces eaux qui rendent maudit
viennent pour cela dans tes boyaux !
La femme dit : amen, amen ! Le desservant écrit dans un
acte ces imprécations et les efface dans l’eau amère dont il
abreuve la femme. Il prend des mains de celle-ci l’offrande de
jalousie qu’il balance en face de IHVH et présente sur l’autel,
en fait fumer une pleine poignée en mémorial, puis fait boire
l’eau amère à la femme. Si la femme s’est souillée et dissimulée
contre son homme, son ventre gonfle, sa cuisse dépérit (dans le
texte hébreu) ou son sexe se flétrit. Genèse 46:26 où il est dit
que les fils d’Ia’aqov sont sortis de sa cuisse donne à penser que
ce terme pudique désigne le sexe. La femme en outre sert
d’exemple au sein de son peuple dans les malédictions. Si par
contre elle est pure, elle est innocentée ou reste indemne et sera
ensemencée de semence ou aura des enfants.
Si ce rituel est observé, l’homme est innocent du tort et la
femme porte son tort. Je suppose que cela signifie : l’homme
33 n’est pas coupable d’avoir soupçonné à tort sa femme et, si
celle-ci au contraire est coupable, elle reçoit le châtiment de sa
faute.
Problèmes posés par ce texte
Le desservant fait jurer la femme deux fois, aux versets 19 et
21, avant le début de la formule imprécatoire interrompue puis
après celle-ci prononcée. Il fait aussi boire deux fois les eaux
amères à la femme, aux versets 24 et 26, après avoir effacé la
formule écrite dans les eaux amères, puis après le rite
d’offrande de farine. Cela me paraît étrange, la tournure des
phrases suggérant que la femme boit à chaque fois toute l’eau.
Me paraît aussi étrange la scission de la formule imprécatoire
alors que la fin de la première partie s’ajuste au mieux au début
de la seconde. Je suppose l’œuvre non concertée de plusieurs
compilateurs ; à mon sens, le desservant prononce d’un jet la
formule imprécatoire avant ou après avoir fait jurer la femme
une seule fois et lui administre une seule fois les eaux amères,
avant ou après le rite d’offertoire de la farine. Le début du
verset 21 est une maladroite redite du début du verset 19.
Le châtiment de la femme adultère se borne-t-il à celui prévu
dans la formule imprécatoire alors que l’adultère est
généralement puni de mort ? Nous verrons cela avec le droit pénal.
Condition de l’épouse
Sa condition dans les livres hébraïques et deutérocanoniques
L’épouse, issue de son mari, lui est soumise. En Genèse
3:16, IHVH énonce un des châtiments héréditaires infligés à la
femme : vers ton homme ira ta convoitise et lui dominera sur
toi. Cette formulation semble faire du désir sexuel de la femme
la cause de sa condition subalterne.
Et, de fait, plusieurs indices attestent cette condition. Là où
certains traducteurs parlent d’une femme mariée, d’autres
écrivent qu’elle appartient à un propriétaire. Ainsi en va-t-il en
Genèse 20:3, Exode 21:3, Deutéronome 22:22 et 25:5,
Proverbes 31:11,23,28. Ailleurs, le mari est présenté comme adôn ou
seigneur de son épouse et parfois son épouse parle ainsi de lui,
34 par exemple en Genèse 18:12 et dans le psaume 45:12 des fils
de Qorahh (45:11 pour le Monde nouveau). En Genèse 24:65,
Rivca se couvre d’un voile à l’approche de son futur mari. Nous
avons déjà vu que, selon Nombres 30:7-9,11-16 (30:6-8,10-15
pour Monde nouveau), le mari peut annuler, le jour où il les
apprend, les vœux prononcés par son épouse.
Bizarrement, en Proverbes 31:10-31, où sont énumérées les
qualités de l’épouse parfaite, la soumission au mari n’est point
mentionnée. Voici les tâches incombant à l’épouse et
qu’accomplit spontanément et parfaitement la femme de
valeur : notamment, elle s’occupe de la laine et du lin avec
quenouille et fuseau, distribue à la maisonnée la pitance et aux
servantes la besogne, surveille allées et venues dans sa maison,
fait l’aumône aux pauvres, confectionne les habits de la famille,
des couvertures et du drap qu’elle vend, livre une ceinture au
marchand ; elle se lève alors qu’il fait encore nuit et il arrive
que sa lampe ne s’éteigne pas de la nuit.
Condition de l’épouse dans les livres chrétiens
C’est dans les textes chrétiens que la subordination est le
plus fermement proclamée, surtout chez Chaoul-Paulos et
d’abord en 1 Corinthiens 11:2-16 et 14:34,35. Voici quelques
extraits : le chef de la femme est l’homme de même que le chef
de l’homme est le christ et le chef du christ est Dieu ; l’homme
est l’image et le reflet ou la gloire de Dieu alors que la femme
est la gloire ou le reflet de l’homme ; la femme fut tirée de
l’homme et créée pour lui et non pas le contraire ; voilà
pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion à cause
des messagers ou anges ; si la femme ne veut pas se couvrir la
tête, qu’elle se tonde ! Je ne vois pas très bien ce que viennent
faire les messagers ou anges dans cette affaire. Et encore : il est
inconvenant pour la femme de parler dans une assemblée ;
qu’elle se tienne en soumission et, si elle veut s’instruire sur
quelque point, qu’elle interroge son mari à la maison ! L’apôtre
reprend des termes et arguments analogues en Ephésiens
5:2124,33 où la femme doit frémir du mari, en Colossiens 3:18 et en
1 Timothée 2:11-15 où la femme doit apprendre en silence et
soumission et ne peut enseigner ni prendre une initiative avant
l’homme ou lui faire la loi, car Adâm fut formé en premier et
35 Hhava séduite, née à la transgression (allusion à l’histoire du
fruit défendu et du serpent), sera néanmoins sauvée en devenant
mère. Le devoir de soumission est réaffirmé en Tite 2:4,5 et en
1 Pierre 3:1,5,6 où Chim’ôn-Petros rappelle, se référant à
Genèse 18:12, que Sara obéissait à Avrahâm et l’appelait adôn ou
seigneur.
Devoirs du mari envers sa femme
Le mari doit aimer son épouse selon : Proverbes 5:18,19 où
l’amour est dû par l’homme à la femme de sa jeunesse ;
Ecclésiaste 9:9 ; Malachie 2:14,15 où l’homme est invité de nouveau
à ne pas trahir la femme de sa jeunesse. Les livres chrétiens le
confirment : en Ephésiens 5:25-33 où est citée la formule de
Genèse 2:24 en raison de laquelle l’homme doit aimer son
épouse comme lui-même, comme son propre corps, comme le
christ a aimé sa communauté, car nul ne hait sa propre chair et
au contraire la nourrit et en prend soin et ainsi l’amoureux de sa
femme s’aime lui-même ; en 1 Colossiens 3:19 ; en 1 Pierre 3:7
où le mari doit accorder honneur à sa femme, vase plus fragile,
cohéritière de la grâce (ou faveur imméritée) de la vie.
N’oublions pas ce qu’on appelle pudiquement le devoir
conjugal. Le mari polygame doit s’unir sexuellement à ses épouses,
chacune à son tour, selon ce qu’évoque Genèse 30:15 où Rahhél
cède sa place pour la nuit à Léa contre des mandragores. En 1
Corinthiens7:3-5, Chaoul-Paulos, dans un contexte de mariage
monogamique et de réciprocité des devoirs, conseille à chaque
conjoint de payer sa dette envers l’autre, car chacun a pouvoir
sur le corps de l’autre ; ne vous privez pas l’un de l’autre,
insiste Chaoul-Paulos, sinon d’un commun accord pour un temps,
afin d’avoir le loisir de prier, puis revenez ensemble de peur que
Satân vous éprouve en votre manque de maîtrise !
La répudiation
La répudiation dans les livres hébraïques
L’unique texte mosaïque sur la répudiation figure en
Deutéronome 24:1-4:quand une femme ne trouve pas grâce aux yeux
de l’homme qui, l’ayant épousée, découvre en elle une tare ou
36 quelque chose d’inconvenant, il écrit pour elle un acte de
rupture, le lui donne en main et la renvoie de sa maison ; elle en
sort et appartient (ou plutôt sans doute peut appartenir) à un
autre homme ; si celui-ci en vient aussi à la prendre en aversion
et la répudie, ou s’il vient à mourir, le premier mari ne peut pas
la reprendre alors qu’elle a été ainsi souillée, car c’est une
abomination en face de IHVH. De quel genre de souillure s’agit-il
puisque la tora ne prohibe nulle part le remariage des veuves ?
Pourquoi la femme est elle tenue pour souillée par son premier
mari et non par un éventuel troisième mari ? On peut imaginer
que cette règle tend à éviter les répudiations inconsidérées sous
l’effet de la colère. La répudiation de l’homme par la femme
n’est pas envisagée. Les motifs de répudiation signalés sont
vagues et laissent un droit discrétionnaire au mari. On trouve
allusion à ces règles en Jérémie 3:1,8.
Plusieurs prophètes réprouvent la répudiation, surtout si
l’homme répudie la femme épousée dans sa jeunesse comme
indiqué en Isaïe 54:6 et Malachie 2:14-16.
La répudiation dans les livres chrétiens
La condamnation vient surtout du christ Iéchoua’ qui institue
l’indissolubilité du mariage dès Matthieu 5:31,32 et Luc
16:18:qui répudie sa femme, sauf à cause de sexe ou en cas de
fornication, lui fait commettre l’adultère ; qui épouse une
répudiée, qui répudie sa femme et en épouse une autre commet
l’adultère. Iéchoua’ réitère en Matthieu 19:3-9, Marc 10:2-12 où
des perouchîm demandent pour l’éprouver s’il est permis de
répudier sa femme (sans motif ou pour n’importe quel motif,
selon Matthieu). Il répond en citant Genèse 1:27 et 2:24 et
ajoute : que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Les
perouchîm lui objectent que Mochè a prescrit de donner à la
femme un acte de rupture. Pour Iéchoua’, c’est à cause de la
sclérose de leur cœur que Mochè a prescrit cela, mais il n’en
allait pas ainsi lors de la création ; et il répète sa formule,
ajoutant que la femme qui renvoie son mari et en épouse un autre
commet un adultère. Les disciples sont perplexes : quel
avantage y a-t-il dès lors à se marier ?
La possibilité de renvoi d’un mari par sa femme ne repose
sur aucun précédent biblique ; il faut donc croire que l’usage
37 s’est répandu. Mais la difficulté majeure résulte de ce que le
christ Iéchoua’ admet la répudiation à cause de sexe ou en cas
de fornication. Les églises chrétiennes sont en désaccord sur
l’interprétation. Certaines admettent la dissolution du mariage
avec possibilité de remariage en cas d’infidélité du conjoint.
D’autres, et surtout l’église catholique, estiment que la solution
est la séparation de corps sans possibilité de remariage.
Pour Chaoul-Paulos en 1 Corinthiens 7:10-16,27,39, nul ne
doit répudier sa femme ; celle-ci, liée à son mari aussi
longtemps qu’il vit, ne doit pas se séparer de lui et, si elle le fait, ne
doit pas se remarier ; si par contre le mari meurt, elle épouse qui
elle veut, mais seulement dans l’adôn ; autrement dit, le second
mari doit être chrétien. Chaoul-Paulos précise que cela vient
non pas de lui-même mais de l’adôn (sans nul doute le christ).
Puis il passe aux couples où l’un est chrétien et l’autre non et
précise que ceci vient de lui-même et non de l’adôn : comme
déjà vu, le chrétien ou la chrétienne, si son conjoint incroyant
consent à poursuivre la cohabitation, ne doit pas le renvoyer, car
le non-croyant est sanctifié par le croyant et leurs enfants sont
consacrés. Par contre (et l’église catholique parle à ce propos de
privilège paulin), si le non-croyant veut se séparer, qu’il le
fasse, car le croyant n’est pas lié : sait-il s’il sauvera le
noncroyant ? Je suppose qu’alors le croyant peut se remarier. Cela
confirme la possibilité pour la femme de répudier son mari et
instaure une autre exception à la règle chrétienne
d’indissolubilité, pourtant rappelée dans le même chapitre. En
Romains 7:2,3, Chaoul-Paulos réitère en partie ses ordres de 1
Corinthiens 7:39.
Condition des veuves
Condition des veuves dans les livres hébraïques
La tora ne contient aucune règle relative au remariage des
veuves. Leur liberté semble résulter de Deutéronome 25:5-10,
mais réduite par l’institution du lévirat en l’absence de fils du
défunt. Je traiterai plus loin du lévirat qui concerne le droit
successoral davantage que le droit matrimonial.
Les veuves non remariées pourvues d’enfants sont sans nul
doute accueillies par l’un d’eux, le fils aîné en premier lieu
38 puisqu’il devient goél. Une autre indication particulière à cet
égard est fournie tardivement en Jean 19:26,27 et donne à
penser que le goél peut se désigner un successeur hors de la famille.
Dans cet épisode, le christ Iéchoua’, déjà suspendu à la croix,
pourvoit en fait sa mère Miriâm d’un goél sans lien connu de
parenté avec lui en la personne du disciple aimé Iohhanân.
Femme, voici ton fils ! dit-il. Et toi, voici ta mère ! Depuis lors,
Iohhanân prend Miriâm chez lui. Cet épisode alimente une
querelle épineuse : le christ Iéchoua’ a-t-il des frères utérins ?
Les veuves pauvres sans soutien figurent souvent dans les
listes de personnes dignes de pitié qu’il faut non seulement ne
pas exploiter mais secourir, par exemple en Exode 22:21 (22:22
pour Monde nouveau), Deutéronome 10:18 et 14:29 et 26:12
(26:13 pour Monde nouveau) et 27:19, Isaïe 1:17,23, Jérémie
22:3, Ezéchiel 22:7, Zacharie 7:10 et Malachie 3:5. J’étudierai
leur sort en même temps que celui des pauvres.
Remariage des veuves dans les livres chrétiens
En 1 Corinthiens 7:8,39,40, Chaoul-Paulos apprécie que les
veuves restent comme elles sont et aussi comme lui, c’est-à-dire
hors du mariage : elles seront plus heureuses ; mais, comme
mieux vaut se marier que brûler, celles qui ne se peuvent
maîtriser doivent se marier, libres d’épouser qui elles veulent, mais
parmi les chrétiens. L’apôtre se méfie des jeunes veuves ; il
refuse en 1 Timothée 5:11-14 qu’on les inscrive sur la liste dont
plus loin je parlerai, car, désœuvrées, courant les maisons, elles
bavardent à tort et à travers, sont agitées et s’occupent de ce qui
ne les regarde pas. L’apôtre, après avoir affirmé que leur désir
de se remarier vient de leur sexualité qui se met entre elles et le
christ, conseille qu’elles se remarient, aient des enfants, soient
maîtresses de maison sans donner aux adversaires une occasion
d’outrage.
Le problème des veuves inscrites
A lire Actes des apôtres 9:36-39, il semble que les veuves de
la communauté chrétienne primitive forment groupe car, lors du
décès d’une d’elles, elles exhibent devant l’apôtre
Chim’ônPetros les preuves de la bonté de la disparue. En 1 Timothée
39 5:3-16, Chaoul-Paulos mentionne pour la première fois
l’existence de veuves inscrites. Le lecteur est d’abord exhorté à
honorer les veuves vraiment veuves, c’est-à-dire seules au
monde. La famille est présentée comme soutien prioritaire aux
versets 4,8,16:que les enfants ou petits-enfants vénèrent leur
propre famille et s’acquittent de leur dette envers leurs parents ;
si quelqu’un ne pourvoit pas aux siens, surtout ceux de sa
maisonnée, il a renié sa foi ; si une chrétienne a des veuves (sans
doute dans sa parenté), qu’elle les assiste pour que la
communauté n’en ait pas la charge et alors les vraies veuves pourront
être secourues.
Une veuve est mise sur la liste si elle a au moins soixante
ans, a été femme d’un seul mari, fournit des témoignages de
belles œuvres ou de bonne conduite, a élevé des enfants, est
hospitalière envers les étrangers, a lavé, sans doute en rite
d’hospitalité, les pieds des consacrés, c’est-à-dire peut-être des
enseigneurs chrétiens itinérants, secouru les affligés, pratiqué
toutes formes de bienfaisance. La gêne pécuniaire par suite
d’absence ou de carence des enfants ne figure donc pas parmi
les conditions pour qu’une veuve soit inscrite ; il semble même
que les veuves inscrites soient des femmes aisées, aptes à
l’hospitalité et à assister les pauvres. Il n’y a donc pas identité
complète entre les veuves inscrites de 1 Timothée 5:3-16 et
celles d’Actes des apôtres 6:1-6, à qui l’on distribue chaque jour
de la nourriture prise en commun dans des réfectoires. Le
premier texte est d’ailleurs postérieur au second. Chaoul-Paulos en
1 Timothée distingue, semble-t-il, trois sortes de veuves non
remariées : celles que n’a pas à assister la communauté, car
elles ont de la famille ; celles que la communauté doit assister,
car elles sont de vraies veuves ; celles enfin qui, assistées ou
non par la communauté, sont appelées par elle à remplir
certaines fonctions à condition de satisfaire à des exigences sévères.
Pratique du concubinage
Préambule
On semble entendre le concubinage comme cohabitation
avec relations sexuelles d’un homme et d’une ou plusieurs
femmes en dehors des formes du mariage.
40 Les premières concubines signalées pendant la période
prémosaïque sont des esclaves que le mari d’une épouse stérile
engrosse pour qu’elles soient mères porteuses. Mais, selon
Genèse 25:6, Avrahâm eut plusieurs concubines non justifiées par
la stérilité de l’épouse ; on ne sait par contre si Qetoura, qui
donna six fils à Avrahâm, fut épouse véritable prise après la
mort de Sara.
La législation mosaïque
La tora atteste de la licité, pour convenances masculines, du
concubinage. Selon Exode 21:7-11, un père israélite peut
vendre sa fille comme esclave apparemment destinée à être
concubine ; le prix d’achat diffère peut-être de la dot par le fait
que la fille n’en reçoit rien. Si cette dernière déplaît à son
maître, il peut la faire racheter par quelqu’un d’autre qui ne doit pas
appartenir à un peuple étranger. Si l’acheteur de la fille la
destine non à lui-même mais à son fils, il doit faire pour elle selon
le droit en vigueur pour les filles, ce qui paraît signifier qu’elle
perd le statut d’esclave et acquiert celui de bru. Enfin, si le
maître prend pour lui une concubine de plus, il ne doit rien
retrancher à la première de sa nourriture, de son vêtement et de
ses droits à rapports sexuels ; sinon, elle quitte la maison
gratuitement, sans avoir à se racheter ou à se faire racheter. Nous
avons déjà vu Lévitique 19:20-22, où, quand une esclave
concubine a des rapports sexuels avec un autre que son maître, il ne
s’agit pas d’adultère puni de mort.
Le concubinage dans les livres hébraïques postérieurs
Juges 19 entier et 20:1-5 donnent une étrange idée de la
condition des concubines, à la fois meilleure et pire. Celle d’un
lévite retourne chez son père, puis, sur les instances du lévite,
son maître, accepte de revenir ; pendant le voyage de retour, le
lévite, menacé de viol collectif par des gens de la tribu de
Biniamîn, leur livre sa concubine. Elle meurt des violences subies
et les gens des autres tribus tiennent cela pour un crime majeur
justifiant une guerre punitive si on ne leur remet pas les
coupables.
41 Cas particulier des concubines royales
L’entretien par les rois d’un grand nombre de concubines est
attesté par plusieurs textes. Selon 2 Samuel 5:13 et 1
Chroniques 3:9, David accroît le nombre de ses concubines. Selon 1
Rois 11:3, Chelomo en possède trois cents, outre sept cents
épouses. Selon 2 Chroniques 11:21, le roi sudiste Rehhav’âm en
possède soixante, outre dix-huit épouses. En Cantique des
cantiques 6:8, l’auteur évoque un roi pourvu de quatre-vingts
concubines.
Selon de nombreux commentateurs, le harem d’un roi échoit
à son successeur, ce qui suscite maintes intrigues. En 2 Samuel
3:7,8, une querelle éclate entre le chef de l’armée et le fils du
défunt roi Chaoul parce que le premier a pris pour lui une des
concubines du défunt et s’est posé ainsi, semble-t-il, en
prétendant au trône.
Plus tard, selon 2 Samuel 15:16 et 16:21,22, Avchalôm, fils
révolté de David, réalisant la prophétie faite par Natân en 2
Samuel 12:11, copule devant la foule avec dix concubines
laissées sur place par son père ; reprenant le pouvoir, David, selon
2 Samuel 20:3, fait séquestrer ces dix femmes dans une maison
jusqu’à leur mort, les y entretient, mais ne vient plus vers elles,
dès lors considérées comme veuves d’un vivant.
Selon 1 Rois 1:1-4 et 2:13-25, après la mort de David, le fils
aîné, évincé par son frère Chelomo, fait demander à ce dernier
qu’il lui donne pour femme une jeune fille qui, pour réchauffer
le très vieux roi, dormait avec lui sans rapports sexuels ;
Chelomo prend cela pour une prétention à la royauté et fait mettre à
mort le quémandeur.
La virginité consacrée chrétienne
La virginité des nubiles dans les livres ante-chrétiens
Le mariage est présenté dans les livres hébraïques et
deutérocanoniques comme l’état normal des hommes et femmes
nubiles ; il n’existe, sauf erreur qui me surprendrait, nul éloge
du célibat ou de la virginité perpétuels. Célibat ou virginité ne
figurent même pas au nombre des obligations temporaires du
nazir de Nombres 6:1-21.
42 Les continences temporaires parfois imposées ont pour but
d’assurer la pureté rituelle des hommes en des occasions
précises : selon Lévitique 15:18 les rapports sexuels rendent impur
jusqu’au soir. Ainsi Mochè ordonne-t-il aux israélites mâles, en
Exode 19:15, de ne pas aller vers la femme en attente de la
théophanie du mont Sinaï. Ainsi selon 1 Samuel 21:4,5 le
desservant (à qui David demande du pain pour ses soldats)
exige-til pour donner du pain consacré, le seul qui lui reste, que
ceuxci se soient gardés loin de la femme ; David répond que la
femme leur est prohibée depuis l’avant-veille au matin
lorsqu’ils sortent (pour opérations militaires sans nul doute). En 2
Samuel 11:11, le roi David invite à aller retrouver sa femme le
mercenaire Ouryah, occupé au siège d’une ville puis dépêché en
mission à Ierouchalaîm, mais celui-ci s’y refuse en raison de la
situation du pays.
Continence et virginité dans les évangiles
Selon Matthieu 1:24,25, Iocef s’abstient de connaître ou
pénétrer Miriâm jusqu’à ce qu’elle ait accouché de celui qui
deviendra le christ Iéchoua’ ; Iocef adopte une telle attitude par
déférence sans doute : en rêve un messager ou ange lui a prédit,
se fondant sur les paroles du prophète Iecha’yahou en Isaïe
7:14, le glorieux destin de cet enfant, engendré par le souffle
sacré ou esprit saint.
La première indication sur l’éminence de la virginité ou du
célibat figure en Matthieu 19:10-12 dans la bouche du christ
Iéchoua’. Ses adeptes demandent s’il subsiste quelque intérêt à
se marier après prohibition de la répudiation. Il leur répond :
seuls comprennent ceux à qui c’est donné ; certains eunuques
sont sortis en cet état du ventre de leur mère ; d’autres ont été
émasculés par les hommes ; d’autres enfin se sont faits
eunuques eux-mêmes à cause du royaume des cieux. Les exégètes
estiment pour la plupart que le christ Iéchoua’ invite ainsi, non
certes à la castration, mais à la continence pérenne les hommes
qui se consacrent entiers à ce royaume. Or la tora tient pour
honteuse la condition d’eunuque ; le desservant et le fidèle
eunuques, selon Lévitique 21:17-20 et Deutéronome 23:2 (23:1
pour le Monde nouveau), sont exclus du service sacerdotal pour
le premier, des assemblées de IHVH pour le second. Il faut
at43 tendre Isaïe 56:4,5 pour qu’un prophète mentionne la
bienveillance de IHVH envers les eunuques qui observent ses chabats,
font ce qui lui plaît, se tiennent fermement en son alliance : il
leur donnera en sa maison, en ses remparts, mieux que des fils
et des filles, à savoir une stèle et un nom de pérennité. L’accent
mis par Iéchoua’ sur la difficulté qu’il y a à comprendre ses
paroles en atteste l’anomalie.
Continence et virginité selon Chaoul-Paulos et Iohhanân
Chaoul-Paulos précise en 1 Corinthiens
7:1,6-8,25-29,3235,37,40 qu’il est beau pour l’homme de ne pas toucher à la
femme et souhaite, sans néanmoins l’ordonner : que celui sans
lien avec une femme ou délié de femme n’en cherche pas et
reste comme lui-même, célibataire ; que les veuves ne se
remarient pas, car elles seront plus heureuses. Chacun reçoit pourtant
de Dieu son propre charisme : mieux vaut se marier que brûler.
Les gens qui se marient ne fautent pas, mais auront des
tourments dans leur chair, que l’apôtre veut leur éviter. Les
célibataires s’inquiètent des réalités de l’adôn et de comment lui
plaire pour être saints de corps et de souffle ou d’esprit, tandis
que les époux s’inquiètent des réalités de ce monde et de
comment plaire chacun à l’autre. Et Chaoul-Paulos conseille même
à ceux qui ont des femmes de faire comme s’ils n’en avaient
pas. Pour les vierges, il admet n’avoir pas reçu d’ordre de
l’adôn et donc exprime un simple avis, mais digne d’intérêt, et
conseille aux pères, si telle est leur volonté en toute liberté de
choix, de garder leurs filles vierges en cet état. Le Monde
nouveau, nous l’avons vu, comprend autrement ce passage : un
homme vierge fait mieux de le rester.
Par un hasard curieux, l’apôtre, dans la même épître en 9:5,
rappelle que les apôtres, par exemple les frères de l’adôn,
c’està-dire du christ Iéchoua’, et Kèfa dit Petros, ont droit d’être
accompagnés dans leurs missions par la sœur ou croyante qui
est leur épouse. Certains exégètes comprennent que
l’accompagnatrice est non pas une épouse mais une croyante
qui s’occupe des besoins matériels de l’envoyé.
L’apôtre justifie sa position sur le célibat et la virginité par le
constat de la détresse présente, car le temps a cargué ses voiles
et la figure de cet univers est en train de passer. De nombreux
44 exégètes soulignent l’intérêt de cette allusion ; ces conseils
insistants seraient liés à l’imminence de la parousie, retour en
gloire du christ Iéchoua’, c’est-à-dire de la fin de ce monde,
affirmée en 1 Corinthiens 7:31 et 1 Jean 2:17.
Enfin il est précisé en Apocalypse 14:1-5 que les cent
quarante-quatre mille hommes élus de 7:3-8 ne se sont pas souillés
avec des femmes et sont vierges.
45


La filiation et l’héritage



Les modes de filiation
La filiation naturelle
IHVH est maître de la fécondité, qu’il accorde ou refuse à
son gré.
En Genèse 20:18, il ferme par châtiment toute matrice dans
une maison. En Genèse 30:2, Ia’aqov dit à son épouse Rahhél
encore stérile : suis-je élohîm qui t’a interdit le fruit du ventre ?
En Osée 9:11, pour l’école biblique de Jérusalem et Monde
nouveau, un châtiment collectif infligé par IHVH consiste en fin
des conceptions, grossesses, accouchements ; en Jérémie 15:7,
IHVH prive son peuple d’enfants.
IHVH ouvre aussi les matrices des femmes stériles, qu’il fait
fructifier, en Genèse 29:31 et 30:17,22 et 41:52. En 1 Samuel
1:5,6,11,19,20, il rend stérile puis féconde, exauçant enfin sa
prière assortie d’un vœu, Hhana, mère du prophète Chemouél.
Selon le psaume salomonien 127:3, des fils sont largesse de
IHVH et le fruit des entrailles est récompense. Dans le psaume
non attribué 113:9, IHVH prend la stérile et l’installe en une
maison, mère d’enfants, joyeuse.
La filiation par le moyen d’une mère porteuse
Il arrive que des femmes stériles possédant des esclaves
femelles attribuent celles-ci à leur mari qui les engrossera ;
l’enfant une fois né est considéré comme celui de l’épouse et
bien sûr du mari. Nous en trouvons des exemples en Genèse
16:1-4,15 avec Avrahâm, Sara et Agar, en Genèse 30:1-13 avec
Ia’aqov, Rahhél et Bilha, Léa et Zilpa, et apprenons que la mère
porteuse accouche sur les genoux de sa maîtresse, sans doute
pour symboliser un accouchement par celle-ci.
47 La filiation adoptive
Le seul exemple biblique d’adoption, sauf erreur, figure en
Genèse 48:5-20 où Ia’aqov s’attribue comme fils Efraîm et
Menachè, nés de son fils Iocef sur la terre de Mitsraîm avant que
lui-même Ia’aqov y arrive. Il les met au même rang que ses fils
naturels, sans doute par faveur faite à Iocef, le bienfaiteur de la
famille. Puis Ia’aqov précise : tes enfants nés après Efraîm et
Menachè seront à toi.
Cette adoption donne lieu à un rite. Ia’aqov demande à Iocef
de lui amener les deux garçons ; Iocef se prosterne à terre, les
fait avancer vers Ia’aqov qui entrecroise ses mains et place la
droite sur la tête du puiné et la gauche sur celle de l’aîné ; Iocef
est mécontent, car ce geste est inhabituel ; la main droite vaut
plus que la gauche. Ia’aqov bénit Iocef par une invocation à
élohîm où figure cette formule : que le messager ou ange qui me
rachète ou m’a sauvé de tout mal bénisse ces jeunes ; mon nom
sera crié sur eux ou survivra en eux ainsi que celui de mes pères
Avrahâm et Its’hhaq ; ils croîtront multiples sur la terre. Enfin il
bénit les adoptés : Israél en toi bénira pour qu’élohîm te mette
comme Efraîm et Menachè. Ia’aqov veut dire peut-être que leur
nom servira de formule de bénédiction chez les israélites pour
souhaiter aux gens qu’élohîm les rende semblables à Efraîm et à
Menachè.
Selon Genèse 50:23, après cette adoption et la mort de
Ia’aqov, les petits-fils de Menachè sont mis au monde sur les
genoux de Iocef ; j’ignore le sens de ce rite, peut-être marque de
déférence envers l’ancêtre. Toujours est-il que plus tard, dès le
premier recensement au désert par Mochè, les clans d’Efraîm et
de Menachè sont élevés au rang de tribus à part entière selon
Nombres 1:10,32-35 que confirment Nombres 7:48,54 et
10:22,23 et 26:28,29,35 et 34:23,24, Josué 14:4 et 16 entier et
17 entier.
Le lévirat
L’exemple de Iehouda et Tamar
Le lévirat est après tout un mode de filiation. La première
trace figure en Genèse 38:8-11,14,24-26. Iehouda marie son fils
aîné avec une femme, Tamar, mais ce fils meurt sans enfant ;
48 Iehouda prie donc son second fils, Onân, d’aller vers la veuve et
de remplir envers elle son devoir de beau-frère pour susciter une
semence à son frère. Onân, sachant que la postérité ne sera pas
sienne, pratique le coït interrompu et laisse perdre son sperme à
terre quand il s’unit à Tamar ; en châtiment, IHVH le met à
mort. Iehouda demande alors à sa bru d’aller habiter dans la
maison de son père en attendant que grandisse le troisième fils,
encore impubère. Il a surtout peur que celui-ci meure comme
ses frères. Ce fils grandit et Tamar constate que Iehouda ne le
lui donne pas pour mari. Elle se déguise en putain sur la route
et, voilée du visage, se fait engrosser par Iehouda, qui passe par
là. Ce dernier, qui conserve autorité sur son ancienne bru bien
qu’elle vive chez son propre père, sans doute parce que le
mariage léviratique demeure théoriquement possible, la condamne
à mort dès qu’il apprend la grossesse : il ignore qu’il en est
l’auteur. Tout finira bien. Il semble donc admis que la veuve
peut tricher pour obtenir l’application du lévirat.
La codification mosaïque
Mochè codifie l’institution en Deutéronome 25:5-10. Levir
signifie en latin beau-frère et traduit l’hébreu yabâm. Quand des
frères habitent ensemble (et rien n’indique si la cohabitation
s’entend de la même maison ou de la même ville) et que l’un
d’eux meurt sans avoir de fils, sa veuve ne peut appartenir
dehors à un homme étranger (à la famille, bien sûr) ; son
beaufrère vient à elle, la prend pour femme et consomme avec elle le
mariage léviratique ; l’aîné qu’elle enfante relève le nom du
frère mort qui ainsi ne sera pas effacé en Israél. En d’autres
termes, on considère l’enfant comme celui du mort. Le frère
chargé d’engrosser le veuve est sans doute le plus âgé comme il
semble dans l’exemple de Tamar. Rien ne semble le dispenser
de ce service s’il est déjà marié.
Si le beau-frère ne veut pas prendre sa belle-sœur, celle-ci
monte vers la porte de la ville ; les anciens informés par elle
convoquent le lévir et lui parlent, sans doute pour le rappeler à
son devoir ; s’il persiste dans son refus, la femme s’avance vers
lui, lui déchausse la sandale du pied, crache en face de lui ou lui
crache au visage et crie : ainsi est-il fait à l’homme qui ne bâtit
pas de maison pour son frère. Les gens traitent dès lors le
dé49 faillant de déchaussé de la sandale. Sans doute s’agit-il d’une
formule infamante. L’exercice du lévirat est donc un devoir
d’honneur pour le beau-frère. La veuve ne peut sans doute pas
se refuser à lui s’il décide d’accomplir son devoir. Reprenant
l’exemple de Tamar, je suppose que la défaillance du premier
frère transfère l’obligation au suivant s’il en existe un et ainsi de
suite. Il n’est point précisé si la femme, après avoir essuyé le
refus de tous ses beaux-frères, peut se remarier hors de la
famille de son défunt mari.
En Matthieu 22:23-28, Marc 12:18-23 et Luc 20:27-33, les
tsadouqîm ou sadducéens, membres d’une secte israélite qui nie
la résurrection des morts, posent au christ Iéchoua’ une question
insidieuse : un homme meurt sans semence et ses six frères,
après s’être succédés auprès de la veuve, meurent tous sans
l’avoir engrossée ; auquel des sept appartiendra-t-elle lors de la
résurrection ?
Le cas particulier évoqué dans le livre de Ruth
En Ruth, notamment en 1:11-13 et 2:1,20 et 3:9,12,13 et
4:117, le cas de figure est inédit puisqu’il combine à la fois
l’institution léviratique et celle du racheteur familial ou goél
résultant de Lévitique 25:25:quand quelqu’un tombe dans la
gêne et vend sa propriété, son goél rachète ce qu’il a vendu. En
Ruth donc, une femme, Na’omi, perd son mari Elimèlèc et leurs
deux fils, ces derniers sans enfants, et invite ses deux brus à se
remarier ailleurs puisque, trop vieille, elle n’aura plus de fils à
leur attribuer, mais l’une d’elles, Rout, choisit de rester, veuve,
avec sa belle-mère ; un proche parent d’Elimèlèc, Bo’az, goél
de second rang, la demande en mariage, mais reconnaît que le
goél de premier rang possède priorité ; il réunit donc dix
anciens à la porte de la ville et demande en leur présence au goél
de premier rang s’il accepte de racheter un terrain que Na’omi a
vendu à un tiers ou met en vente ; Bo’az précise que, dans ce
cas, l’homme doit aussi relever le nom du mort sur son
patrimoine en épousant Rout ; l’homme refuse, retire sa sandale et la
donne à Bo’az comme on fait en Israél pour valider toute parole
en matière de rachat et d’échange ; les anciens donnent acte à
Bo’az de ce qu’il vient de racheter à Na’omi tout ce qui
appartenait à Elimèlèc et à ses fils, ainsi que Rout pour épouse afin de
50 relever le nom du mort. Rout enfante à Bo’az un fils ; Na’omi le
place sur son sein et devient pour lui une marraine ou prend
soin de lui ; les voisines crient son nom, Ovéd, et disent qu’un
fils est né à Na’omi. Ovèd sera le grand-père du roi David. Il
n’existe aucun autre exemple biblique de cette procédure.
Le droit successoral
Le droit d’aînesse
Près de mourir, Avrahâm donne tous ses biens à Its’hhaq qui
est, non son premier-né, mais le seul fils qu’il a eu de sa
première épouse, Sara. En Genèse 25:31-34, ‘Eçav vend son droit
d’aînesse à son frère jumeau cadet Ia’aqov contre du pain et un
bouillon de lentilles ; en Hébreux 12:16,17, bien plus tard, cette
action lui sera encore reprochée. En Genèse 43:33, les frères de
Iocef s’assoient lors d’un festin avec préséance à l’aîné. En
Genèse 49:3, Ia’aqov près de mourir cite d’abord parmi ses fils
son aîné Reouvén, prémices de sa virilité, malgré la vilenie qu’il
a commise ; mais, selon 1 Chroniques 5:1,2, l’aînesse est
conférée à Iocef, car Reouvén a profané le lit paternel ; ce transfert
résulte implicitement des dernières volontés de Ia’aqov qui, en
Genèse 48:22 et 49:3,4,26, dit à Reouvén qu’il ne sera pas
comblé et qualifie Iocef de nazir de ses frères ou consacré parmi eux
ou séparé d’eux ; d’ailleurs, en Genèse 50:21, après la mort de
Ia’aqov, Iocef promet à ses frères de les entretenir ainsi que les
personnes à leur charge.
Il est donc établi qu’avant la promulgation de la tora : il
existe une prééminence du fils aîné ; elle lui donne droit, s’il est
issu d’épouse, à l’attribution des biens du père défunt ; ce
dernier procède à dévolution avant sa mort et peut déchoir de
l’aînesse le titulaire indigne ; la filiation par esclave mère
porteuse ne confère pas l’aînesse en présence d’un cadet issu
d’épouse.
En Deutéronome 21:15-17, Mochè apporte une précision
importante, qui d’ailleurs légitime encore la polygamie. Si un
homme a deux épouses, l’une aimée et l’autre non, si toutes
deux lui enfantent des fils et si l’aîné est issu de la femme non
aimée, le père ne peut donner l’aînesse au fils de l’aimée ; l’aîné
reçoit double part de ce que possédait son père. Les cadets
51 jouissent donc dès lors de droits réduits mais précis. Comment
calculer la double part de l’aîné ? Reçoit-il une part double de
celle de chacun de ses frères ou une part double de celle de tous
ses frères ? Pour quatre fils par exemple, on fait dans la
première hypothèse cinq parts égales, dont deux pour l’aîné, et,
dans la seconde hypothèse, trois parts, deux pour l’aîné et une
pour les autres qui se la partagent en trois. Je ne sais.
Droits successoraux des autres fils
En Genèse 25:5,6, Avrahâm près de mourir donne certes à
Its’hhaq tout ce qu’il possède, mais il fait des dons aux fils de
ses concubines et les envoie loin d’Its’hhaq, vers l’orient. Nous
assistons en 2 Chroniques 21:1-3, beaucoup plus tard, à une
succession royale, celle de Yehochafat : il donne le royaume à
son fils aîné, mais fait aux six autres des dons multiples en
argent, or, joyaux et villes fortifiées. Peut-être ces dons
représentent-ils la part inférieure qui revient aux cadets selon
Deutéronome 21:15-17.
Les droits des cadets se trouvent confirmés, beaucoup plus
tard, en Luc 15:11,12,31 dans la parabole dite du fils prodigue.
Du vivant d’un père de deux fils, le cadet réclame la part du
patrimoine qui lui revient et le père s’exécute sans objections et
répartit sa fortune entre les deux ; le cadet s’en va, dilapide sa
part et tombe dans la misère ; quand il revient en suppliant à la
maison, son père l’accueille avec joie et dit à son fils aîné, qui
proteste : tout ce qui est à moi est à toi.
La traduction de Proverbes 13:22 par l’école biblique de
Jérusalem et Monde nouveau prête à confusion : aux fils des fils,
l’homme de bien laisse son héritage. Comme les petits-fils
n’héritent pas directement de leur grand-père, peut-être faut-il
imaginer que l’homme de bien vit si longtemps que ses fils
meurent avant lui. André Chouraqui fournit une version banale :
le bien (opposé au mal selon le contexte) donne possession aux
fils des fils ; l’on peut comprendre que les petits-fils du juste
seront eux aussi, un jour, comblés de biens.
52 Problème particulier des fils adoptifs
En Genèse 48:5,6, Ia’aqov, après avoir annoncé l’adoption
par lui, pour qu’ils soient siens, des deux premiers fils d’Iocef,
déclare qu’il laisse les fils postérieurs d’Iocef à celui-ci, puis
prononce, à propos sans doute de ces derniers selon la
construction grammaticale, une phrase énigmatique. Mot à mot : au nom
de leurs frères, ils seront criés avec leur possession. Selon les
deux autres traducteurs de référence : ils porteront le nom de
leurs frères pour l’héritage ou en même temps que le nom de
leurs frères ils seront appelés dans leur héritage. Or les frères
des fils postérieurs d’Iocef sont précisément les deux adoptés
devenus fils d’Ia’aqov. La phrase analysée n’a pas de sens, sauf
à considérer qu’elle concerne, malgré les apparences, les deux
adoptés et non les fils postérieurs d’Iocef : les deux adoptés
viendront bien sûr à l’héritage d’Ia’aqov en même temps que
leurs nouveaux frères, ancêtres des onze autres tribus.
Dévolution successorale de l’homme qui meurt sans fils
Les filles, en présence de frères, n’ont donc pas de droits
successoraux. Le motif est peut-être qu’elles recevront une dot
de leur mari et, s’il vient à mourir le premier, seront entretenues
par leurs fils.
En Nombres 27:1-11, Tselofhhad issu de Menachè meurt en
laissant cinq filles qui exposent leurs doléances à Mochè, au
grand desservant, aux princes et à la communauté : pour que le
nom de notre père ne soit pas soustrait de son clan, donnez-nous
une propriété parmi ses frères ! IHVH consulté approuve et
ordonne qu’on remette aux cinq filles les biens de leur père afin
qu’elles deviennent propriétaires dans le clan au même titre que
leurs oncles. Puis IHVH généralise et complète : si un homme
meurt sans fils, sa possession passe à ses filles, puis,
successivement et par défaut, à ses frères, à ses oncles paternels, enfin à
son plus proche parent par le sang.
Plus tard, le problème des filles de Tselofhhad rebondit.
Selon Nombres 36:1-12, les chefs des familles de leur clan
exposent à Mochè et aux princes que, si ces filles épousent des
hommes appartenant à d’autres tribus, leur possession, lors du
jubilé cinquantenaire prévu par Lévitique 25:8-17, sera ajoutée
à celle de leur nouvelle tribu, celle de leur mari, et donc
sous53 traite à leur tribu paternelle. Je traiterai de ces transferts
matrimoniaux entre tribus, qui me surprennent, en même temps que
de l’institution jubilaire, partie du droit général des biens.
Toujours est-il que IHVH, consulté de nouveau, trouve la requête
justifiée et ordonne que les filles héritières de leur père
épouseront qui leur conviendra, mais seulement au sein de leur clan
paternel. Et les filles de Tselofhhad épousent leurs cousins. Lors
du partage de la terre promise, elles recevront d’ailleurs des
domaines selon Josué 17:3,4.
Le seul autre exemple d’application de ces règles figure en 1
Chroniques 23:22 ; un lévite du clan de Merari meurt en ne
laissant en ligne directe que des filles ; leurs cousins du côté
paternel, appelés ici frères, les épousent.
Retour sur le refus du lévirat
Nous avons vu l’opprobre frappant le beau-frère rebelle à
son devoir léviratique. Ce refus procède souvent de soucis
successoraux consécutifs aux règles de Nombres 27:7-11. Si le
défunt sans fils a une fille, l’héritage échappe au lévir quoi qu’il
en soit. Par contre, la succession de l’homme sans enfant passe
en priorité à ses frères, la veuve n’héritant pas : si le lévir
suscite un héritier au défunt, il se prive de recueillir lui-même tout
ou partie de l’héritage.
Ce dilemme est confirmé en Ruth 4:6 dans une situation
certes un peu différente. Pressenti, le goél de premier rang refuse
de prendre Rout pour femme et invoque le motif suivant : si je
rachetais pour moi, je détruirais ma possession ou nuirais à mon
héritage (entendu peut-être ici au sens de patrimoine ou
d’héritage à venir au profit dudit premier goél). Mais cela
manque de logique : abandonnant son droit à Bo’az, qui va
engrosser Rout, il aboutit au même résultat ; il ne recueillera pas
l’héritage du défunt.
Rapports entre parents et enfants
Droits des pères sur leurs enfants
Les pères ont sur leurs enfants, au moins avant qu’ils soient
adultes, des droits de commandement et de châtiment très
éten54 dus, et même de disposition puisqu’ils peuvent les vendre. La
pratique de donner les filles (et d’ailleurs aussi les fils) en gage
pour obtenir des vivres perdurera longtemps puisqu’on en
trouve trace en Néhémie 5:1-5, surtout dans les traductions de
l’école biblique de Jérusalem et du Monde nouveau.
Devoir éducatif des pères envers leurs enfants dans les livres
hébreux et deutérocanoniques
Le devoir d’éducation procède d’une vue pessimiste, car,
selon Genèse 8:21, la formation du cœur du glébeux est un mal ou
les desseins de son cœur sont mauvais dès jeunesse ou enfance.
Ce devoir paternel est édicté par IHVH dès Genèse 18:19:j’ai
connu Avrahâm afin qu’il ordonne à ses enfants ou à ses fils et
à sa maison après lui de garder ma voie pour accomplir des
œuvres justes. Et Mochè réitère à l’intention des israélites en
Deutéronome 4:9 et 6:7 et 8:5 et 11:19 avec ordre : d’enseigner
les choses que leurs yeux ont vues à leurs fils et aux fils de leurs
fils ; d’inculquer à leurs fils, dans les maisons et sur la route, en
se couchant et en se levant ou couchés aussi bien que debout,
les paroles que lui, Mochè, leur ordonne aujourd’hui. Il dit aussi
que IHVH corrige l’homme comme un père son fils.
Rappel figure dans le psaume d’Açaf 78:5,6. Des allusions
sont faites en termes presque semblables en Proverbes 3:12 et
22:6 et Sagesse 11:10, deutérocanonique.
Devoirs des enfants envers leurs parents dans les livres hébreux
et deutérocanoniques
Il est dit en Exode 20:12 et Deutéronome 5:16, dans le
décalogue : glorifie ou honore ton père et ta mère pour que se
prolongent tes jours sur la terre que IHVH te donne. Jeunes, les
enfants ont surtout, comme indiqué en Lévitique 19:3,
Proverbes 1:8 et 2:1-5 et 3:1 et 4:1 et 6:20 et 15:5 et 23:22 et dans
deutérocanonique Siracide 3:1 et 6:23, à frémir de leurs parents,
surtout de leur père, à les écouter en vue de la sagesse, à
observer leur enseignement, leur discipline, à ne pas mépriser leurs
ordres ou y répugner comme des sots.
Adultes, les enfants ont d’autres devoirs. On peut lire à ce
propos Proverbes 15:20 et 23:22, et surtout Siracide 3:1-16 dont
55 les traducteurs divergent parfois. Le bon et sage fils donne
satisfaction à ses parents, les glorifie, réjouit son père, se fortifie
dans la gloire de celui-ci, sert ses engendreurs comme des
maîtres, ne se glorifie pas de la turpitude de son père, ne
l’abandonne jamais ou l’aide dans sa vieillesse, ne lui fait aucun
opprobre ou aucune peine ou est indulgent quand son esprit
faiblit alors que lui, son fils, est en pleine force.
Selon ce dernier texte, le bon fils en retire avantage. Il
restitue à Dieu et amasse un trésor, reçoit l’absolution de ses fautes
et toutes les bénédictions, se réjouit dans ses propres fils, est
exaucé au jour de sa prière, prolonge ses jours. IHVH le bénit,
glorifie son père en lui, fortifie pour lui le jugement de sa mère.
La charité faite à un père ne s’efface pas pour le bon fils, est
rappelée pour lui au jour de la détresse et, comme chaleur sur le
givre, fait disparaître ses torts. La bénédiction du père fonde la
racine ou affermit la maison de ses enfants alors que la
malédiction de la mère en extirpe le plant ou en détruit les fondations.
Ces devoirs vont de pair avec une obligation générale de
respect envers les vieillards, comme dit en Lévitique 19:32:en
face du sénescent, lève-toi ; magnifie les faces de l’ancien. En
Job 32:6, un visiteur d’Iov déclare : je suis jeune et vous êtes
anciens ; aussi je rampe, je frémis de dire ce que je sais devant
vous. En 1 Timothée 5:1,2, Chaoul-Paulos conseille de ne pas
rudoyer ou critiquer sévèrement un vieillard, mais de le
réconforter ou exhorter comme pour un père et les femmes âgées
comme pour des mères.
Châtiment des mauvais enfants dans les livres hébreux et
deutérocanoniques
Les mauvais enfants font le malheur de leurs parents et
offensent IHVH. Les vitupérations abondent en Proverbes 15:20
et 17:21,25 et 19:13,26 et 28:7 et 30:11, Michée 7:6, Ezéchiel
22:7, Siracide 3:16. Fou, veule, infâme, compagnon des
débauchés, des goinfres, le mauvais fils traite légèrement, méprise,
insulte, maudit, délaisse, chasse, dépouille, rudoie, maltraite ses
père et mère. Même la fille se dresse contre sa mère. Cette
engeance afflige et irrite les pères, est pour eux calamité,
opprobre, plonge les mères dans l’amertume et, maudite,
blasphématrice, irrite aussi son créateur.
56 Maints textes incitent aux châtiments corporels. En 2 Samuel
7:14, IHVH annonce par le prophète Natân qu’il considérera le
fils de David comme son propre fils et donc, quand il sera dans
son tort, le châtiera avec le bâton et les coups des hommes.
Selon Proverbes 13:24 et 19:18 et 22:15 et 23:13,14 et 29:15,17,
verges et discipline délivrent l’enfant ou l’adolescent de la
sottise ancrée en son cœur, lui donnent la sagesse ; laissé à
luimême, il fait frémir sa mère ou en est la honte ; ne lui ménage
pas la correction et il t’épargnera l’inquiétude, fera les délices
de ton âme ; qui retient son bâton hait son fils et qui l’aime lui
prodigue la discipline ; quand tu le frappes d’un bâton, il n’en
meurt pas ; secours ainsi son être contre le chéol ; fais-le tant
qu’il y a de l’espoir, mais ne va pas jusqu’à le faire mourir.
Nous verrons en étudiant le droit pénal que IHVH en Exode
15:17 et 21:15 et 21:17 et Lévitique 20:9 et Mochè en
Deutéronome 21:18-21 prescrivent la mise à mort de qui frappe son
père ou sa mère, les maudit ou appelle le mal sur eux et, sur
décision de ses parents, du fils dévoyé et rebelle. Mochè énonce
en Deutéronome 27:16 une malédiction solennelle : honni soit
qui traite indignement ou avec mépris ou maudit son père et sa
mère !
En 1 Samuel 2:25 et 3:13, IHVH décide de faire mourir les
deux fils du grand desservant ‘Eli qui n’écoutent pas la voix de
leur père et il impute à grave tort à ‘Eli de n’avoir pas tancé ou
corrigé ses fils qui maudissaient ou appelaient le mal (sur
IHVH, ajoutent l’école biblique de Jérusalem et le Monde
nouveau). Selon Proverbes 20:20, la lampe de celui qui maudit père
et mère vacille à l’approche des ténèbres ou s’y éteint. Selon
Proverbes 30:17, les corbeaux du torrent crèveront, les vautours
ou aigles mangeront l’œil qui nargue le père et méprise
l’obéissance due à la mère ou le grand âge d’une mère.
Devoirs réciproques des parents et de leurs enfants dans les
livres chrétiens
En Ephésiens 6:4 puis Colossiens 3:21, Chaoul-Paulos
conseille aux pères et plus généralement aux parents de ne pas
provoquer leurs enfants à méfaire ou de ne pas les exaspérer
jusqu’au point où ils se décourageraient, mais de les nourrir de
l’enseignement et de la discipline du maître, c’est-à-dire du
57 christ Iéchoua’, ou d’user en les éduquant de corrections et
semonces qui s’inspirent du maître. Le même, en 2 Timothée 1:5,
attribue l’adhérence ou foi du destinataire de la lettre à
l’influence de sa grand-mère et de sa mère.
En d’autres passages, la rude discipline infligée par Dieu est
comparée à celle que les pères infligent à leurs enfants.
Paraphrasant Proverbes 3:11,12 en Hébreux 12:5-11, l’auteur
développe une idée : dans un but pédagogique, Dieu fouette ou
châtie les hommes qu’il agrée de même que font les pères pour
leurs fils selon la chair, car, sans la discipline, ceux-ci sont non
pas des fils mais des bâtards ; ces pères disciplinent leurs fils
comme ils le croient bon, mais pour peu de jours, alors que
Dieu nous corrige pour que nous participions à sa sainteté ; la
correction sur le moment semble une peine et non pas une joie,
mais elle rend plus tard à ceux qui sont formés par elle son fruit
de paix et de justice. En Apocalypse 3:14,19, le christ Iéchoua’
déclare par le truchement de l’évangéliste Iohhanân : je blâme
et châtie ceux que j’aime.
Selon Luc 2:51, le christ Iéchoua’ enfant était soumis à ses
parents. En Matthieu 21:28-31, devenu grand, il raconte
l’histoire de deux fils que leur père prie d’aller travailler à la
vigne ; l’un dit ‘non’, puis regrette et y va ; l’autre dit ‘oui,
maître’, mais n’y va pas ; c’est le premier qui a fait la volonté de
son père. Chaoul-Paulos recommande en Ephésiens 6:1-3 que
les enfants obéissent à leurs parents en union avec le seigneur et
rappelle le commandement et la promesse du décalogue en
Exode 20:12. Il réitère en Colossiens 3:20.
En Matthieu 15:1,4-6 et Marc 7:5,10-12, le christ Iéchoua’
rappelle le texte du décalogue et la peine de mort prévue en
Exode 15:17 et 21:17, Lévitique 20:9, puis dévoile une astuce
par quoi certains se rendent quittes de leur devoir de secours
envers leurs parents et annulent la parole de Dieu au nom de la
tradition ; ils disent à leur père ou à leur mère : ce dont, de mon
bien, j’aurais pu t’assister, je le consacre à Dieu ou le déclare
qorbân. Certains biblistes estiment que ce vœu reste fictif et
n’entraîne nulle dépossession, mais interdit aux parents de
prétendre aux biens voués à Dieu ; perouchîm et soferîm tolèrent
que ces gens ne fassent plus rien en faveur de leurs parents. En
1 Timothée 5:4,8, Chaoul-Paulos rappelle fermement
58 l’obligation alimentaire, envers les veuves sans ressources, de
leurs enfants et petits-enfants.
En Romains 1:30 et 2 Timothée 3:2, Chaoul-Paulos cite
parmi les impies, notamment ceux des derniers jours, les
indociles à leurs parents.
Applications symboliques de la notion de paternité
Applications à IHVH dans les livres ante-chrétiens
Déjà, en Exode 4:22, IHVH déclare Israél son fils aîné.
Mochè, en Deutéronome 32:6,18,19, déclare au peuple que IHVH,
qui l’a fait et affermi, grâce à qui il subsiste, est son père, son
auteur, le roc de son enfantement. En Osée 2:1 (1:10 pour le
Monde nouveau) et 11:1, le prophète proclame qu’après son
retour en grâce Israél sera dit fils de l’él vivant, puis met une
parole dans la bouche de IHVH : j’aimais Israél adolescent et
dès Mitsraîm je l’appelais ‘mon fils’. On trouve des formules
analogues, au sujet de cette filiation proclamée par IHVH et par
son peuple, en Isaïe 43:6 et 63:16 et 64:7 (64:8 pour le Monde
nouveau), en Jérémie 3:19 et 31:9 (où IHVH déclare Efraîm son
aîné, par suite de l’indignité de Re’ouvén sans doute et de
l’adoption par Ia’aqov des deux premiers fils de Iocef avec une
préférence pour Efraîm).
Dans le psaume 89:21,27,28 (89:20,26,27 pour le Monde
nouveau) du chantre Eitân, David appelle IHVH ‘mon père’ et
IHVH répond comme à un aîné. En 2 Samuel 7:14 et 1
Chroniques 17:13 et 22:10, Natân le prophète prédit au futur roi
Chelomo qu’il sera fils de IHVH. Le psaume non attribué 2:2-7
fait mention d’un messie ou oint de IHVH, sans doute David ou
Chelomo ; IHVH en effet déclare : tu es mon fils ; moi
aujourd’hui je t’ai enfanté ou engendré. Cette phrase sera
appliquée littéralement au christ Iéchoua’ en Actes des apôtres
13:33 et Hébreux 1:5 et 5:5.
L’application symbolique à la filiation du christ Iéchoua’ dans
les livres chrétiens
Dans les livres chrétiens, la qualité de fils de Dieu, en tant
que christ, est attribuée presque d’emblée à Iéchoua’. En 1
59 Thessaloniciens 1:1,3,10, livre rédigé une vingtaine d’années
seulement après la mort d’Iéchoua’, Chaoul-Paulos, appelant
Dieu notre père, présente ce christ comme le fils de Dieu qui
vient ou viendra des cieux.
Mais revenons-en aux évangiles. La famille d’Iéchoua’, en
Matthieu 2:15, s’enfuit en Mitsraîm et y reste jusqu’à la mort
d’Hérodès et l’ordre de retour donné par Dieu ; l’auteur cite
Osée 11:1 qu’il interprète librement, jouant sur deux sens du
verbe ‘appeler’ : nommer et convoquer ; chez le prophète,
IHVH parlant d’Israél dit : dès Mitsraîm je l’ai appelé mon fils ;
l’évangéliste, parlant d’Iéchoua’, fait dire à IHVH : de Mitsraîm
j’appelle ou j’ai appelé mon fils. Les désignations du christ
Iéchoua’ comme fils de Dieu se succèdent ensuite : soit dans la
bouche de Dieu lui-même comme en Matthieu 3:17 et 17:5,
Marc 1:11, Luc 3:22 (avec ajout par André Chouraqui d’une
filiation particulière, par engendrement) et Luc 9:35 ; soit dans
la bouche du christ Iéchoua’ en Matthieu 10:32,33 et 12:50 et
26:29,39, Luc 2:49, Jean 2:16 et 3:16-18 (avec mention d’une
filiation particulière en tant que fils unique envoyé dans le
monde) et 8:42 (où il se déclare issu de Dieu) et 10:29,30 (où il
déclare que lui et le père sont un) et 14:6,14,28 (où il déclare
que le père est plus grand que lui) et 17:24,25 (où il déclare que
le père l’a aimé avant la création de l’univers) ; soit dans la
bouche de l’évangéliste comme en Jean 1:14 (avec, là encore,
mention de l’état de fils unique).
Le même dogme se retrouve, avec des développements
doctrinaux, ailleurs que dans les évangiles. Nous avons vu la
mention de 1 Thessaloniciens 1:10. En Actes des apôtres 13:33,
Loucas applique à Iéchoua’ la parole du psaume non attribué
2:7 déjà vu, visiblement messianique. L’affirmation de filiation
figure en Galates 4:4, Romains 1:1-4 et 8:29,32, Colossiens
1:15,16 (où le christ Iéchoua’ est qualifié premier-né de toute la
création en qui, à travers qui et pour qui tout a été créé), 1 Pierre
1:3, Hébreux 1:2,5,6,8 et 5:5 (où l’auteur, citant 2 Samuel 7:14
et le psaume 2:7, déjà étudiés, confirme la part prise par le fils à
la création des ères et sa désignation par Dieu comme aîné
héritier de tout), Hébreux 10:29 et 2 Pierre 1:17, Apocalypse 14:1, 1
Jean 4:9.
60 L’application symbolique à la filiation des fidèles dans les
livres chrétiens
Dans les évangiles est affirmée aussi la paternité de Dieu à
l’égard de ses fidèles du nouveau peuple élu, par exemple en
Matthieu 6:1,4,6,8,9-15,18,26,32 (où figure la prière du Notre
père) et 23:9, Luc 12:32 et Jean 1:12, mais intervient une notion
nouvelle, celle d’intermédiation d’Iéchoua’ dans cette filiation.
L’idée d’adoption divine des fidèles (au début, ceux issus
d’Israél) par le moyen du christ se manifeste déjà en Galates
3:26-29:vous êtes fils de Dieu par la foi au christ Iéchoua’ ;
immergés ou baptisés en lui, vous l’avez revêtu ; étant de lui,
vous êtes de la semence d’Avrahâm, héritiers selon la promesse.
En Galates 4:4-6, l’accession à la filiation semble encore
réservée aux israélites : Dieu, quand vint la plénitude du temps,
envoya son fils, né d’une femme sous la tora, pour racheter
ceux qui étaient sous la tora, afin que nous recevions filiation ou
adoption filiale ; et puisque vous êtes des fils, Dieu a envoyé le
souffle ou l’esprit de son fils en nos cœurs, criant ‘Abba, père’.
La pensée se précise en Romains 8:14-23,29:ceux conduits par
le souffle ou esprit de Dieu, qui est un souffle de filiation ou
d’adoption, sont fils de Dieu, donc héritiers de Dieu et
cohéritiers du christ, s’ils souffrent ou puisqu’ils souffrent pour être
glorifiés avec lui. S’y ébauche aussi une doctrine de la
prédestination : ceux que Dieu a discernés d’avance, il les a
préordonnés pour être conformes à l’image de son fils afin qu’il
soit l’aîné parmi beaucoup de frères. Puis en Ephésiens
1:5,6:Dieu nous a prédestinés à une filiation adoptive par ou
grâce au christ Iéchoua’, pour lui-même, selon le bon plaisir de
sa volonté ou à la louange de la grâce dont il nous a chéris dans
ou par le moyen de l’aimé. En Hébreux 2:11,13, l’auteur
mélange un peu les liens de parenté : le consécrateur et les
consacrés sont issus d’un seul ; aussi le christ Iéchoua’ ne rougit
pas de les appeler frères. Puis, citant Isaïe 8:18 où le prophète
parle de ses disciples, il fait dire au christ Iéchoua’ : me voici,
moi et les enfants que Dieu m’a donnés.
Cela n’exclut pas l’expression de la paternité générale ou
élective de Dieu, par exemple en 2 Corinthiens 6:18, Jacques
1:17,18, Ephésiens 4:6 et 1 Pierre 1:17, Apocalypse 21:7 et 1
Jean 3:1,2, ni le rappel de la filiation antérieure des israélites,
par exemple en Romains 9:4.
61


La condition des esclaves,
des salariés et des pauvres



Condition des esclaves
Là où André Chouraqui et l’école biblique de Jérusalem
traduisent par serviteur et servante, le Monde nouveau parle
d’esclave mâle et femelle.
Licité de l’esclavage des non israélites
L’esclavage est alors habituel. En Matthieu 18:25, le christ
Iéchoua’ cite en parabole un roi dont on ne sait s’il est ou non
israélite et qui fait vendre son débiteur insolvable avec sa
femme, ses enfants et ce qu’il possède, jusqu’à ce qu’il ait payé.
L’esclavage chez les israélites, quand il concerne des étrangers,
obéit donc aux règles coutumières. Les israélites, selon
Lévitique 25:44-46, peuvent acheter en définitive et pleine propriété
des esclaves mâles et femelles parmi les nations autour d’eux et
aussi parmi les immigrants résidant avec eux ; ils les donnent en
possession à leurs fils après eux pour qu’ils en héritent.
En Josué 9, les princes israélites asservissent, afin qu’ils
coupent le bois et pompent l’eau pour le peuple et l’autel de
IHVH, les kena’anîm de Guiv’ôn échappés par ruse à
l’extermination. En 1 Rois 9:20-22, le roi Chelomo assujettit à
corvée de construction de son palais et du temple les non
israélites survivants de l’interdit par anathème, alors qu’il n’y
assujettit aucun israélite.
Réprobation de principe contre l’esclavage des israélites
En Lévitique 25:46,55, IHVH rappelle que les israélites,
devenus ses esclaves quand il les sauva de l’esclavage chez les
mitsrîm, ne doivent pas assujettir leurs coreligionnaires. Mais
cet interdit se borne à l’assujettissement par violence et nous
63 verrons en étudiant le droit pénal que le rapt d’un israélite par
un autre afin de le réduire en esclavage constitue un crime
capital, selon Exode 21:16 et Deutéronome 24:7. En Exode 21:2-6
et Deutéronome 15:12-18 d’une part, en Lévitique 25:39-43,46
de l’autre, les textes autorisent, en le réglementant, l’esclavage
d’un israélite, acheté de gré à gré ou asservi pour dettes
impayées, chez un de ses coreligionnaires.
Subsiste néanmoins une réprobation. En Amos 8:6, le
prophète vitupère contre ceux qui achètent contre argent les chétifs
ou pauvres et contre des sandales les indigents. Selon Néhémie
5:1-13, après retour d’exil, la famine et le poids des impôts ont
obligé des israélites à vendre, après leurs autres biens, leurs fils
et filles à des coreligionnaires ; le gouverneur Nehhèmyah,
indigné, ordonne qu’on leur remette leur dette et qu’on leur
restitue ce qui leur appartenait.
Valeur marchande des esclaves
Combien vaut un esclave ? En Genèse 37:28, Iocef est vendu
par ses frères pour vingt pièces d’argent. Selon Exode 21:32, si
un taureau encorne à mort l’esclave mâle ou femelle d’autrui,
l’indemnité est de trente sicles. On peut tirer aussi un ordre
d’idées de Lévitique 27:1-7 bien qu’il y soit question non
d’esclaves mais d’êtres humains voués à IHVH par ceux qui ont
pouvoir sur eux. La valeur diffère selon sexe et âge : cinquante
sicles d’argent selon le sicle du sanctuaire, soit un peu moins de
onze grammes et demi, pour le mâle de vingt à soixante ans et
trente sicles pour la femelle entre les mêmes âges ; vingt pour le
mâle et dix pour la femelle de cinq à vingt ans ; cinq pour le et trois pour la femelle d’un mois à cinq ans ; quinze pour
le mâle et dix pour la femelle de soixante ans et au-dessus.
Selon Zacharie 11:12,13, le salaire d’un berger (ou plutôt, selon le
contexte, son prix d’achat) est de trente pièces d’argent ; le
salaire versé à Iehouda dit Judas pour qu’il livre le christ Iéchoua’
est identique selon Matthieu 26:15 et 27:9.
64 Caractère temporaire de l’asservissement d’un israélite par un
autre
Il s’agit d’abord des esclaves ‘ivrîm ou hébreux en général.
Mais qu’est-ce qu’un ‘ivri (hébreu) ? Descend-il du ‘Evèr de
Genèse 10:21,24 et 11:14-17, arrière-petit-fils de Chém et
lointain ancêtre d’Avrahâm, ou est-il un israélite ? La première
version implique qu’on englobe dans les ‘ivrîm, mieux traités
que les étrangers, la majeure partie des sémites, ce qui étonne.
D’ailleurs, en Deutéronome 15:12-18, Mochè parle du ‘ivri
comme d’un frère, c’est-à-dire coreligionnaire.
Selon Exode 21:2-6, si un israélite achète un esclave ‘ivri, ce
dernier servira six ans et, le septième, sortira libre sans quoi que
ce soit à payer ; s’il est marié, sa femme sort avec lui, sauf si
son maître la lui a assignée et qu’elle a enfanté ; femme et
enfants sont dans ce cas pour le maître ; l’esclave sort seul, mais,
s’il dit qu’aimant son maître, sa femme et ses enfants il ne veut
pas sortir libre, le maître le mène vers élohîm, lui perce avec un
poinçon l’oreille contre la porte ou le montant (le portail,
précise Mochè en Deutéronome 15:16,17) et l’esclave le servira en
pérennité. S’agit-il de la porte de la maison du maître ou de la
demeure divine ? Le montant de l’entrée de la tente du
rendezvous est certes en bois, mais plaqué d’or selon Exode 26:15,29.
Le portail est donc sans doute celui de la maison du maître
En Deutéronome 15:12-18, Mochè confirme la durée
septennale et ordonne en sus des largesses : ne renvoie pas à vide
ton esclave ; gorge-le de cadeaux, produits de ton aire de
battage, de ta cuve ou de ton pressoir (à huile et à vin, ajoute le
Monde nouveau), de ton troupeau, à proportion de ce dont
IHVH t’a béni, car cet homme t’a servi pendant six ans pour le
double de la valeur d’un salarié. Peut-être cela signifie-t-il que
l’esclave a rapporté au maître le double de ce qu’eût rapporté un
salarié, ce qui se comprend : l’esclave a travaillé sans être payé.
Selon Jérémie 34:8-22, plus de six cents ans après entrée en
vigueur de la tora, les israélites sudistes obéissant au roi
Tsidqyahou affranchissent leurs esclaves coreligionnaires ; ils
changent ensuite d’avis et les réasservissent par force ; seuls
sont mentionnés, pour condamner cette pratique, les textes du
pentateuque sur l’affranchissement septennal.
65 Cas apparemment particulier des israélites asservis pour dettes
Lévitique 25:39-43,46 concerne apparemment les seuls
asservis pour dettes : si ton coreligionnaire près de toi ou en
rapports ou en relations d’affaires avec toi (ce qui semble
impliquer un rapport de débiteur à créancier) tombe dans la gêne
et t’est vendu ou se vend à toi, ne le réduis pas en esclavage ; il
sera avec toi comme un salarié, un immigrant, te servira jusqu’à
l’année du jubilé (nous verrons plus tard l’institution jubilaire),
puis sortira de chez toi, lui et ses enfants, et reviendra dans son
clan, dans le domaine de ses pères. Aucune précision n’est
donnée quant au sort de sa femme. Faut-il appliquer la règle
d’Exode 21:4 selon laquelle, si le maître a marié lui-même son
esclave ‘ivri, la femme reste chez le maître comme esclave une
fois son mari affranchi. Il n’est pas précisé non plus si le
créancier retient sur le salaire de quoi se rembourser de sa créance.
Le débiteur est assimilé étrangement à un immigrant qu’il est
licite, selon Lévitique 25:44-46 déjà vu, d’acheter comme
esclave à vie.
Suit la formule générale : ne doivent pas se vendre ou être
vendus comme esclaves mes serviteurs que je fis sortir de
Mitsraîm.
Possibilité de rachat des esclaves israélites de résidents
étrangers
Selon Lévitique 25:47-54, si un résident étranger acquiert de
la fortune et si ton frère (au sens figuré) se ruine dans ses
rapports avec lui, est vendu ou se vend à lui, un de ses frères (au
sens propre), à défaut son oncle ou son neveu ou quelqu’un de
sa chair dans son clan ou sa famille, peut le racheter. Le rachat
n’est donc qu’une possibilité et non une obligation, même pour
le goél qui en a les moyens. S’il en a lui-même les moyens,
l’esclave peut se racheter lui-même ; il sort, à défaut de rachat,
l’année du jubilé cinquantenaire et ses enfants avec lui.
Suivent les modalités du rachat, fondées sur l’institution
jubilaire de Lévitique 25:8-18 qui limite à cinquante ans la durée
des aliénations de biens. Il semble, le texte sur les modalités du
rachat étant confus et diversement traduit, que le prix de rachat
se calcule d’après le salaire d’un salarié. Le verset 50, général,
fait mention des journées d’un salarié alors que les versets
66 52,53, qui traitent du cas particulier où il reste peu d’années à
courir, font mention du salaire à l’année. Passe-t-on du calcul
par jours à celui par années lorsque le jubilé approche, ce qui
crée une différence bizarre entre cette situation et celle où il
reste beaucoup d’années à courir ? S’agirait-il plutôt d’une
précision générale maladroitement ajoutée, selon laquelle le calcul
se fait toujours par années et non par journées ?
Le prix de rachat se calcule en multipliant ce salaire, donc
annuel, par le nombre d’années entre la mise en esclavage et le
jubilé selon le verset 50, ce qui est à la fois illogique et injuste,
ou, selon les deux versets suivants, par le temps de travail
restant à courir entre l’année du rachat et l’année jubilaire, temps
de travail que l’esclave ne fournira pas. J’opine en faveur de la
seconde interprétation. Le prix d’achat initial de l’esclave ou la
dette que cet achat a remboursée n’entrent donc pas en compte
dans le calcul. Il semble aussi résulter du texte que, si les années
à courir sont peu nombreuses, l’ancien esclave, une fois le prix
de son rachat payé, doit continuer à travailler sous son maître
qui devra dès lors le payer comme salarié. Cela paraît étrange
puisque l’esclave est désormais libre, mais se comprend lorsque
le prix du rachat ne couvre pas la dette. Le patron ne doit pas
dès lors brutaliser son salarié sous les yeux des israélites. Cette
formule en dit long sur le sort des esclaves.
En 2 Rois 4:1-7, le prophète Elicha’ fournit par miracle à
une veuve dont un usurier a asservi les deux fils de quoi les
racheter.
Problèmes posés par les règles du rachat
La comparaison, en Lévitique 25, des versets 39-43 et 47-55
révèle que la latitude de rachat ne s’applique pas à l’israélite
esclave, pour dettes, de son coreligionnaire. IHVH
compense-til par la possibilité de rachat la condition plus pénible de
l’esclave par rapport au salarié forcé ?
Il résulte de ces mêmes textes que la libération du salarié
forcé israélite chez un coreligionnaire et celle de l’esclave
israélite chez un étranger résident n’interviennent que lors de l’année
jubilaire, ce qui les désavantage par rapport aux esclaves ‘ivrîm
qui bénéficient d’une libération septennale selon Exode 21:2 et
Deutéronome 15:12. Faut-il y voir une distinction entre
67 l’esclave ‘ivri acheté sans autre précision par un israélite et
l’esclave israélite attribué à son créancier impayé, israélite ou
étranger résident ? Quel sens attribuer dès lors à ‘ivri ? Quoi
qu’il en soit, la distinction demeure peu compréhensible
puisque dans la situation du débiteur le texte souligne fortement son
indigence, qui devrait lui valoir quelque avantage.
Conditions de vie des esclaves selon la tora
Certains textes tendent à protéger les esclaves contre des
abus. Nous avons déjà étudié, dans le passage sur les filles
israélites vendues par leur père comme esclaves concubines, les
règles d’Exode 21:7-11 qui manifestent un certain respect à leur
égard.
En Exode 20:10 et 23:12 et Deutéronome 5:14, le repos du
chabat est accordé aux serviteurs ou esclaves mâles et femelles,
ainsi qu’au bétail de travail. Et, en Deutéronome 29:9-12,
Mochè admet à une assemblée religieuse collective les étrangers
habitant dans le camp, abatteurs d’arbres et pompeurs d’eau
compris.
Selon Exode 21:20,21,26,27, si un maître frappe avec une
trique son esclave mâle ou femelle et le fait mourir sous sa
main, il subit la vengeance, mortelle sans doute (et c’est ici la
première mention du rôle du goél vengeur du sang). Par contre,
si l’esclave survit un ou deux jours, il ne peut être vengé, car
c’est l’argent du maître. Si un homme frappe et détruit l’œil de
son esclave mâle ou femelle ou fait tomber sa dent, il doit le
renvoyer libre, c’est-à-dire dispensé de compensation
pécuniaire. L’on peut s’étonner de ce que : la vengeance du sang ne
s’exerce pas si l’esclave, dès lors considéré comme un bien,
meurt de ses blessures hors délai ; le seul meurtre susceptible
d’être vengé soit celui commis au moyen d’un bâton ; la dent
soit mise au même rang que l’œil ; aucun avantage ne soit fait à
l’esclave victime, de la main de son maître, d’une infirmité tout
aussi pénible, par exemple le fracas irréparable d’un pied. Ces
règles valent-elles aussi pour les esclaves étrangers ? Dans le
même Exode 21, les versets suivants, 28-37, régissent la
réparation pénale et civile des violences à autrui, libre et esclave sans
précision de nationalité ni de religion. L’on peut estimer par
ailleurs que les règles protectrices (ici jusqu’à un certain point)
68