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Pour une unification du monde et son accomplissement

De
236 pages
Historiquement, les domaines de la science et des religions ont connu différentes phases de conflits culturels. le langage rationnel et les modèles qu'il engendre est là pour rendre les choses intelligibles y compris celles qui s'inscrivent dans le champ de la métaphysique. Un grand scientifique et théologien, Teilhard de Chardin a apporté une large contribution dans la compréhension du Monde, en raison de ses travaux sur l'évolution et en liaison avec le christianisme.
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ographiePhotutre: er ed vuocISia :BN F ©olot7010630-2-3-9 87iquestor eHi-423niamod sel ,tnemceenci slae desno soc t unnffidt es delireongi eocflnti suctlruérentes phases dsueigileh’l ed ea Ls.el rretunamooplac ev césa a somment mouves le ldeceusibptoitus sn sellovénouvelleréalité et rnu eiua pproci Sla: s lu pleôrtnoc en li’uq ur lée sfondest c- ileel! C neecitraau sospp’o s al à re eL .iofisona racult, faamni éuh ien euqu’ q eilennge dr tsep àl ruodnerlangage rationne ltel sem dolèseiuq sellec sirpmdat enivcrns’i s sniohessec erl y coles igibtellsel red o nEertundra desèrni gesma pedl snl ehcysique. a métaphm nallse sedèierore éclouvede n seuqfiittiaf tnortveouécenci sessn iedp ul snep qui apparaît aivecn riom elednoen pr se detcoe éolon thes eercherhcel sev cela ibatmpcos lu pncod ,exelpmoc sulne sont Genèse, ilrel ap raituc es,ent blbiueiqxet set.eigseL in, hardde Card eal énuoptr apaontiburintcoe rghérpmoc al snad rendre aplus à p eall te uipded angrscd e.trn UT ,ehlietneiuqfiia evsinoc rh celanisistiEn fme. uot ,tiayd al ete quminareot ndeneisnod uoMdn,e en raison de sert suavaus x’l rolévioutenn ia l ne a lI. ntyaro cete quamittaéhedm ue rfess pro quetantmoccsilp à lA nun upeapie vst ecseitnfiibm yse tl Cosement.sétiapeb C).PE Cleutca( r tnemelilosa phe, iophi moemedl dutche ieimt eseuq ,titstrielle nedp yhisuq eniudmi ades seaies ded dahC ieT rahle de l’ast membrnol oynnsscoaiitméa lete gilomoe lI .euqisyhpatialispécest l s’na sésd p alésnevé etulonnioteise dilTelnietllgineecd es Écritures à te ednocca nosemsslimpe Dten .oPdrnienu ruu catinifiu moon dMarcel Comby

De lintelligence des Écritures
à la pensée évolutionniste de Teilhard de Chardin

Pour une unif ication du monde

et son accomplissement

ndiarChe drdha



Pour une unification du monde
et son accomplissement



Marcel Comby










P
OUR UNE UNIFICATION DU

MONDE

ET SON ACCOMPLISSEMENT

De l’intelligence des Ecritures
à la pensée évolutionniste de Teilhard de Chardin















































































DU MÊME AUTEUR


Spectroscopie,
Editions Bénévent,

décembre 2004
Le monde tel que je le comprends
, Editions TdB, septembre 2009
Fille de Sion, réjouis-toi
, Editions Aubin,

septembre 2011
Lhomme, qui est-il vraiment ?
, Editions Edilivre,

mars 2012

























































© LHarmattan, 2013
5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00701-4
EAN : 9782336007014


Introduction

La notion d'accomplissement

La Bible nest pas un simple discours, un enseignement, une
exhortation, une histoire édifiante, mais une
théophanie,
cest-
à-dire une manifestation divine, une révélation particulière.
Elle saccomplit à travers
lhistoire
dun peuple :
Israël.
Ce qui
constitue Israël, cest la Parole, cest lAlliance, cest la
Promesse, données en premier lieu à Abraham et renouvelées à
différentes reprises. Lhistoire dIsraël apparaît comme une
suite dinfidélités et de transgressions obligeant Dieu à rénover
continuellement lAlliance. Il y a un combat perpétuel entre
Dieu et le Mal. Il importe de comprendre que si le Christ a
remporté une victoire contre les forces du Mal, la lutte nen
continue pas moins entre le nouvel Israël : l
Eglise
,

et Satan, et
la victoire définitive ne sera acquise quà
la fin des temps
, au
niveau de la
Jérusalem céleste
, lorsque
tout sera consommé
.
Ainsi donc, sil est essentiel pour lintelligence de lAncien
Testament de le situer dans la perspective du Nouveau, il est
non moins important pour lintelligence du Nouveau Testament,
de le situer dans la perspective apocalyptique. Il y a une sorte de
paradoxe et naturellement un mystère. Le Christ a accompli
lAncien Testament et renouvelé lAlliance, mais le Nouveau
Testament ne sera accompli lui-même, ainsi que le
renouvellement de toutes choses, quà la fin des temps, au
retour du Christ Glorieux. Tout est renouvelé dans le Christ,
mais ce renouvellement est intemporel,

principiel et supra
historique. Sur le plan de limmanence, rien na donc changé.
LExode a libéré Israël de lesclavage dEgypte, ce qui ne
lempêcha nullement dadorer le Veau dOr, tandis que Moïse
assistait à la théophanie du Sinaï. De même le baptême, qui est
lantitype de lExode, libère le chrétien de lesclavage du mal,
ce qui ne lempêche pas dadorer toutes les idoles du Panthéon
moderne, pendant que le Christ Glorieux siège à la droite du
Père. Nous distinguons là une profonde analogie entre lAncien
et le Nouveau Testament : lhistoire dIsraël est celle de
lEglise. Ainsi la compréhension de lévolution doit-elle

7

dépasser le niveau de lhistoire. Ce sont les événements
bibliques qui constituent le symbole de ce qui doit saccomplir
à la fin des temps. Ajoutons que, dans lesprit de la révélation
chrétienne, le temporel ne saurait être rénové par le spirituel car
le Veau dOr est encore là, toujours debout !
Laccomplissement final na rien à voir avec le terme dune
évolution quelconque de nature immanente.

Telle est lunité du dessein de Dieu.

Extrait de la COMMISSION PONTIFICALE BIBLIQUE,
Rome, 2001

«
Dès le début, l'agir de Dieu dans ses rapports avec les
hommes est tendu vers sa plénitude finale et en conséquence,
certains aspects qui seront constants commencent à se
manifester. Dieu se révèle, appelle, confie des missions, promet,
libère, fait alliance. Les premières réalisations, si provisoires et
imparfaites qu'elles soient, laissent déjà entrevoir quelque
chose de la plénitude définitive. La notion d'accomplissement
est une notion extrêmement complexe, qui peut facilement être
faussée, si on insiste unilatéralement soit sur la continuité, soit
sur la discontinuité. La foi chrétienne reconnaît
l'accomplissement, dans le Christ, des Écritures et des attentes
d'Israël, mais elle ne comprend pas l'accomplissement comme
la simple réalisation de ce qui était écrit. Une telle conception
serait réductrice. L'accomplissement comporte un dépassement.
En réalité, dans le mystère du Christ crucifié et ressuscité,
l'accomplissement s'effectue d'une manière imprévisible. Il
comporte un dépassement. Jésus ne se limite pas à jouer un rôle
déjà fixé  le rôle de Messie  mais il confère aux notions de
Messie et de salut une plénitude qu'on ne pouvait pas imaginer
à l'avance. Il les remplit d'une réalité nouvelle. On peut même
parler, à ce sujet, d'une nouvelle création. On aurait tort, en
effet, de considérer les prophéties de l'Ancien Testament comme
des sortes de photographies anticipées d'événements futurs.
Tous les textes ont eu une valeur et une signification
immédiates pour les contemporains. Tous les textes, y compris
ceux qui, par la suite, ont été lus comme des prophéties

8

isseompl accussiiehlruT .oPemtne lntdoe ncrapéa tse tom ertîamsquelless par lesi elnus eérlael rioigd,ares l sedeiovs sn tnoivisnu eèr snot tiveposirôle du l ed étihpsoon ae Ce.èrc on dstmuiaen .« Lehure est certainesed ler oigid sns anavltuen hre nud sedopitna ux an,fienr gega eédtis todtue ù peue o venmentmeni tnesiofelp àuea lmye iqstn uoevllmi,éu enisme péroriental » . inreuv( ednom udamed ed e. Liennute a roni euhamrhtétec ,st .)7 dee ei Tarlhnd eL iop d tnuv estors hi desiensap sse t iedeculi lucet ese undoigiler seC .snL'attente juive messianique n'est pas vaine. Elle peut devenir

pour nous chrétiens un puissant stimulant à maintenir vivante la
dimension eschatologique de notre foi. Nous comme eux, nous
vivons dans l'attente. La différence est que pour nous, celui qui
viendra aura les traits de ce Jésus qui est déjà venu et est déjà
présent et agissant parmi nous.

9

messianiques, ont eu une valeur et une signification immédiates
pour les contemporains, avant d'avoir une signification plus
pleine pour les auditeurs futurs. Le messianisme de Jésus a un
sens nouveau et inédit. Le premier but du prophète est de mettre
ses contemporains en mesure de comprendre les événements de
leur temps avec le regard de Dieu. Il y a donc lieu de renoncer
à l'insistance excessive,

caractéristique d'une certaine
apologétique, sur la valeur de preuve attribuée à
l'accomplissement des prophéties. Cette insistance a contribué
à rendre plus sévère le jugement des chrétiens sur les juifs et
sur leur lecture de l'Ancien Testament : plus on trouve évidente
la référence au Christ dans les textes vétérotestamentaires et
plus on estime inexcusable et obstinée l'incrédulité des juifs. Ce
qui est déjà accompli dans le Christ doit encore s'accomplir en
nous et dans le monde. Mais la constatation d'une discontinuité
entre l'un et l'autre Testament et d'un dépassement des
perspectives anciennes ne doit pas porter à une spiritualisation
unilatérale. L'accomplissement définitif sera celui de la fin,
avec la résurrection des morts, les cieux nouveaux et la terre
nouvelle : La Jérusalem céleste.
»

oc al à itcurtsnr eu ldedetutiapiuc erq gr enoeve laon dsphè nooitce ,evlieTdrahnsDaet c ptesperno snef notcoi n juge les religi

Quand je suis devant un paysage sublime, une belle
architecture ferroviaire ou devant limpressionnante splendeur
des récits bibliques et que je suis seul, mon bonheur est entaché
par cette solitude. Jéprouve un réel besoin de partager ce qui
est beau. Or rien nest plus beau, plus grandiose que les grandes
philosophies, les grandes théories scientifiques et les
magnifiques uvres dart de toutes sortes. Ces multiples
productions du génie humain sont à mes yeux comme des palais
magnifiques, des châteaux somptueux au sein desquels,
cependant, on ne peut pénétrer sans les clés du gardien. Il
convient, entre toute autre chose justement, de rendre
accessibles les idées les plus fortes des grandes visions du
monde, trésor irremplaçable pour comprendre notre époque et
nous-mêmes. Teilhard invite à un renouveau théologique qui ne
privilégie plus les dimensions doloristes de la croix, mais le
dynamisme dune montée de la vie vers un accomplissement
dans le Christ toujours plus grand. Le sens de la rédemption, ce
nest pas seulement expier, c est comprendre, traverser et

vaincre.

Préambule sur lorganisation du monde

10

La majeure partie de ma vie professionnelle fut consacrée à
lenseignement des mathématiques en classes préparatoires
scientifiques. Jai pu découvrir que beaucoup de notions
étudiées avaient le privilège de procurer des modèles capables

ond que lus profovli,àp eill e : murérates pteanticiuo élum lpitoutede tion ératl bip rauo,tceT avn ue,stgee êmm ud te ,tneména .eDevin risumtl et le spirituel,ertul evinlesr letn ur paaulm mê ,nepm s eet daartndretteieics al l te ecnlei ics n,oies b» ,io sejv ne t1). t. 1es, uvr «(mmoCssentiel de lâm euhamni.e» s seeschpoe detl ,riovue evêr ee amtouton dbitiiais elp eir,rd isng léduqiupsihe dherc rece laM raP « .nUl endteenje qutiysemtnd ea ttcaehtique. Ltype mysm editsyet e emrcoace rde quy snc ue douvemn moevsrne tcaocu nemsslimpne ut,ennarépse nu te ecvre selp io OntgaméLe. ot mler oigiéd nngis
dêtre utilisés pour décrire notre univers et montrer toute sa
cohérence à partir dune logique orientée vers une unification
intelligible des choses. Il existe des relations, des analogies, des
convergences assez extraordinaires entre les éléments pris au
sein de domaines très différents au point de vue niveau de
réalité : le macrocosme, le microcosme, la métaphysique. La
physique moderne a pour ambition de décrire un domaine de la
connaissance profondément mystérieux ; mais elle ne se
contente pas de souvrir aux seules visées technologiques. Elle
atteint le domaine de la pensée et de la culture où elle a conduit
lhomme à une révision profonde de sa conception de
lorganisation de lunivers et de sa relation avec lui. La notion
de matière dans le monde subatomique est totalement différente
de lidée traditionnelle de substance matérielle dans lancienne
physique newtonienne. Il en est de même des notions despace,
de temps, de cause et deffet. Ces notions structurent notre
vision du monde et celles-ci changent en même temps quelles.
Ces changements ont fait lobjet de grandes discussions entre
scientifiques et philosophes durant les dernières décennies, mais
il fut rare quon ait compris que ces bouleversements de
paradigmes et de dialectique conduisissent dans une même
direction. Il existe en effet des parallèles surprenants entre des
mondes de nature très différente. Ces relations danalogie qui
relient des domaines bien distincts sont désignées sous le terme
disomorphismes ou dhomologies. Dans le cadre qui nous
occupe, la description de ces isomorphismes peut être résumée
dans un tableau à double entrée quon appelle matrice.
Le symbolisme de la matrice possède un caractère universel
lié à la fécondité et à la manifestation de toute chose. Dans tout
processus de transformation, la matrice fonctionne comme un
ensemble ordonné de codes souvent numériques qui permet de
générer, dans une logique bien précise, les différentes phases de
la transformation en question. Dans les religions védiques, la
matrice de lunivers est la
prakriti
ou substance universelle que
la Bhagavad Gîtâ identifie à Brahmâ en lequel se dépose le
germe. Les éléments de cette matrice que jai désiré construire,
sont ordonnés par les règles habituelles de lanalogie.
Ce mode de penser est omniprésent dans les différentes
méthodes scientifiques. On rencontre lanalogie en

11

mathématiques, physique, technologie, cybernétique, biologie,
linguistique, psychologie, droit, philosophie, science des
religions et théologie. On la met en uvre comme moyen
heuristique pour faire progresser la compréhension de notre
environnement. Le langage usuel étant trop simple devant la
complexité des choses de la vie, on recourt à ce quon
appelle :
transfert de signification dun type dexpérience à un

autre
. Les différentes cultures ont créé des métaphores qui
sont des mots ou des expressions imagés qui médiatisent par un
recours aux faits concrets des connaissances abstraites. Par
exemple, la
tête
en tant que partie du corps, sert à exprimer
des réalités plus complexes : chef de famille, chef dentreprise,
de clan, etcCependant les métaphores tout comme les
symboles et les mythes avec la poésie qui les véhicule, peuvent
disparaître en raison de la subjectivité dont ces choses sont
porteuses au sein dune civilisation. Lanalogie fonde son
transfert de signification sur la similitude entre choses
comparées. On peut avoir des similitudes de structure, de
forme, de fonction, de comportement, etcDes propositions
analogiques ont toujours quelque chose de relatif et de
réformable. Elles ne fixent pas dans le définitif ce quelles
signifient. Elles ouvrent par contre de manière constructive sur
un domaine plus vaste, englobant davantage de vérités. Dans la
Bible, on assiste au mariage entre le langage de tous les jours et
celui du culte. Le divin est dit humainement, comparé pour le
croyant à lhomme et à la nature. Le transfert suivant lequel
lhomme est dit créé à limage de Dieu, semblable à lui,
présuppose que dabord Dieu soit imaginé semblable à
lhomme ou à la nature. Le texte de Genèse I met laccent sur
une
analogie dagir
. Cependant le Créateur se différencie
infiniment de tout créé par son essence même, ce qui montre
que lanalogie ne constitue pas une preuve dexistence de Dieu
ni une description objective du réel. Le croyant et le théologien
voient dans les métaphores et les analogies surtout des
indications de la direction dans laquelle une approche
respectueuse peut être tentée. Les paraboles de Jésus ne veulent
rien prouver mais seulement proposer un chemin de vie qui
annonce le salut. Ce sont des analogies du royaume à venir.

12

Ce que je désigne sous le terme « matrice universelle »,
représente simplement une certaine organisation du monde
fondée à la fois sur la diversité dans lessence des choses et sur
lunité de ces choses. Ne lit-on pas dans le livre de la Genèse :
«
Dieu créa lhomme à son image et à sa ressemblance.
» ?
Il sagit dun tableau comprenant trois lignes et quatre colonnes,
soit 12 cases. Ne dit-on pas aussi que le nombre 12 admet une
haute signification symbolique ? Le symbolisme repose sur la
dynamique de limage. Cette notion de matrice est intimement
associée à une autre notion de caractère dynamique que
Teilhard nomme :
la transformation créatrice
et qui entre dans
le cadre dune théologie absolument renouvelée dans la mesure
où la scolastique fait limpasse sur la notion de mouvement,
dévolution et de relation permanente entre les événements de
notre vie terrestre et lagir divin qui sexerce de manière
mystérieuse et silencieuse dans la profondeur de la matière et de
lesprit. Nous pouvons parler dune véritable synergie qui
sopère dans les plus infimes parties de la réalité cosmique.
Cette vision scholastique débouche sur une conception de la
religion en général qui relève du dogmatisme, du formalisme,
de la morale, voire de la sociologie et de la politique Nous
devons interpréter ce tableau symbolique dune autre manière
que celle du pur descriptif et du fixisme. La vision intéressante
de Teilhard conduit vers une autre conception plus organique
donc plus attractive pour une pensée en recherche de sens.
Lhypothèse teilhardienne fondamentale est que lunivers dans
son ensemble est lié à un plan divin dans une sorte de
mouvement nommé par lauteur : Christo- genèse. Lhomme
nest pas dans labsolu un être autonome et coupé dune source
suprême qui, à tout instant, lui offre un don gratuit quil est
libre daccepter ou de refuser. Cependant la condition humaine
réside dans lillusion de la
séparativité.
Le réel nous est voilé
comme laffirme le physicien Bernard dEspagnat. Suivant le
chemin spirituel de Teilhard, nous devons admettre que cette
relation entre lhomme et Dieu est davantage, comme on la dit,
de lordre de lorganique que dun ordre moral et fixiste, ce qui
entraîne certaines conséquences. Dieu nest plus une idée
abstraite, ni un juge impitoyable, ni un lointain protecteur et
manipulateur du cosmos, ni un maître à qui lon rend un vague

13

sentiment dallégeance, ni un alibi pour pratiquer des vertus
bourgeoises ou pour opprimer les peuples en faisant la guerre.
Dieu, qui sest incarné en Jésus de Nazareth, se manifeste par
une rencontre. Les systèmes de pensées philosophiques et
religieuses ont souvent cherché un bonheur qui viendrait den
haut : «
Jésus est venu sur terre à notre rencontre en
contradiction radicale avec cette vision
. » souligne François
Bal dans «
lévangile de ceux qui ne sen sortent pas
. »
Lorsque le Christ rencontre quelquun, cest fréquemment sur
un lieu déchec : une maladie, un handicap, un deuil, un
mensonge, un désordre. Nous sommes là en plein paradoxe.
Mais cette rencontre repose, non pas sur une béate félicité ni sur
une naïve sensation émotionnelle ni même sur la conviction
passive dêtre sauvé par un Christ qui accepte tout par amour,
mais sur une réalité partagée. Cette réalité est celle de la Croix.
Ce quon nomme alors la transformation créatrice repose sur
lidée que le mystère de la Crucifixion est plus quun
événement de notre histoire biblique. Elle procure un sens à
toute chose et en particulier à la souffrance et à la mort. Là
encore, devant nous, se présente le paradoxe selon lequel notre
condition humaine ne reconnait que laspect immédiat dune
chose qui est à extirper, sans reconnaitre que cette chose- là
possède un sens qui réside dans un renouveau, un progrès, une
renaissance et plus tard un accomplissement. Lêtre humain se
transforme selon le plan divin qui est coextensif à toute action
humaine qui comporte, comme on le sait, de multiples phases
de grandeur et de désordre. Ce que je désire développer au
cours des différentes étapes liées aux éléments ordonnés de
cette fameuse matrice universelle, sinscrit naturellement dans
lhypothèse évolutionniste telle que nous la suggéra un jour
Pierre Teilhard de Chardin. Cette démarche me parait cohérente
dans la mesure où le terme même de matrice est associé, non
pas à une simple intention descriptive, mais à lexistence dun
grand mouvement universelle en gestation. Nous sommes, dans
cette perspective dynamique, bien au-delà de la poétique de
Bachelard et de la rigidité anachronique de certains
enseignements catéchétiques. Pour Teilhard, lhomme est
appelé à sinscrire dans une dynamique qui annonce un
grandiose projet cosmique et libérateur.

14

Le christianisme, religion de lavenir

Le christianisme est, aux yeux de Teilhard, la religion de
lavenir. Il y a à cela plusieurs raisons. Dabord, le
christianisme est une religion du personnel. Dans un texte de
1917, pendant la guerre,
Le Milieu mystique
, il écrit :
«
Les expériences que relate cette étude ne sont quune
introduction à la mystique. Au-delà du point où je marrête,
lÊtre en qui sest personnifié adéquatement le Milieu
cosmique supérieur, révèle, comme il lui plaît, les charmes de
son Visage et de son Cur. Il y a dinfinis degrés dans cette
initiation amoureuse dune personne à une autre insondable
Personne.
» Ensuite, le christianisme est la religion de lavenir
parce quil sinscrit dans le mouvement de la vie en évolution ;
il anticipe la réalisation ultime et il assume ce quil y a de
meilleur dans les religions. La mystique nest pas lémotion
individuelle, mais luniversel et général mouvement qui anime
lhumanité de lintérieur. La dimension mystique des religions
est lexpression dune aspiration à la plénitude. En troisième
lieu, laspiration des personnes est une aspiration à la
communion. Pour lui, ce mouvement est accompli par le
christianisme. Il y a, au fond de lhomme, une aspiration à la
communion avec plus grand que soi que le christianisme offre
avec la présence du Christ.

Ainsi, pour Teilhard, le christianisme assume toute la richesse
des religions et les purifie pour leur faire porter un meilleur
fruit. Mais ceci nest pas déjà donné, cest à faire. Teilhard
sattache à un point important, la religion de la science qui, en
loccurrence, nest pas le scientisme.
«
La religion du Personnel, loin de contrarier mes tendances
panthéistes profondes, le christianisme bien compris, na
jamais cessé, précisément parce que sauveur du Personnel, de
les guider, de les préciser, et surtout de les confirmer en leur
apportant un objet
. » Teilhard trouve dans cette situation
caractéristique de la modernité une

analogie avec ce que montre
lhistoire du christianisme. Teilhard considère donc

que la
nouveauté actuelle des connaissances scientifiques est une
occasion pour

faire ce travail daccomplissement de la mystique
qui habite la recherche

scientifique.

15

«
Aujourdhui que se dissipe la poussière des premières
batailles, nous commençons, il semble, à nous en apercevoir :
un univers de structure évolutive  pourvu que soit bien placé le
sens de son mouvement  pourrait bien être, après tout, le
milieu le plus favorable aux développements dune noble et
homogène représentation de lincarnation. Le christianisme eût
étouffé dans un évolutionnisme matérialiste. Ne trouve-t-il pas
son climat le mieux approprié dans les larges perspectives
montantes dun univers entraîné vers lEsprit ? Quoi de mieux
qu une ascendante anthropogenèse

pour servir darrière-plan

et de base aux illuminations descendantes dune Christo-
genèse ?
»

Ainsi le christianisme est-il la religion de lavenir parce quil
assume le travail de la raison et de la science. Le moteur de
lavancée des religions est le sens de la vérité qui prend forme
dans la recherche qui caractérise lâme de la modernité. Or une
telle aspiration doit être convertie. La conversion nest pas un
renoncement, mais une réalisation optimale. Telle est la mission
de lEglise : faire réussir la grande aspiration des hommes à
exister pleinement dans lesprit. Cest par rapport à cela que
Teilhard a vécu sa vocation de prêtre. Pour finir, il me semble
bon de citer un texte écrit peu avant sa mort par Teilhard de
Chardin. Il achève lécriture du bilan de sa vie, par cette prière :
«
Seigneur de mon enfance et Seigneur de ma fin,  Dieu
achevé pour soi, et cependant, pour nous, jamais fini de naître,
Dieu qui, pour vous présenter notre adoration comme

"évoluteur et évolutif", êtes désormais le seul à pouvoir nous
satisfaire,  écartez tous les nuages qui vous cachent encore, 
aussi bien ceux des préjugés hostiles que ceux des fausses
croyances. Et que, par Diaphanie et Incendie à la fois, jaillisse
Votre Universelle Présence. Ô Christ toujours plus grand.
»
(
Le Cur de la matière
, p. 70)

Devenu jésuite, scientifique de renommée mondiale, Teilhard
élabore une vision de la foi chrétienne qui tient compte de la
sensibilité des hommes et des femmes de son époque, plus
conscients du pouvoir quils ont de transformer le monde, mais
plus angoissés également par la perspective de la mort

16

universelle. Teilhard sait que, pour un grand nombre de ses
contemporains, ce qui est réel, cest le monde visible. Parler de
Dieu dune manière qui ne tient pas compte de ce fait cest sans
le vouloir favoriser lincroyance. Il croit que Dieu prend ce
monde au sérieux, et que cest en le prenant au sérieux que le
chrétien fera réapparaître pour ses contemporains la figure du
Christ. Quand Teilhard regarde le réel en face, il ne voit pas la
mort, mais le ressuscité qui sest fait solidaire de ce monde. Le
ressuscité nest pas pour lui un concurrent du monde, mais celui
qui seul lui assure un avenir. Cest que Teilhard sait unir là où
dautres ne savent quopposer. Et il retrouve lesprit dans lequel
certains chrétiens des premiers siècles avaient pensé le
christianisme, ainsi Saint Irénée, évêque de Lyon au deuxième
siècle, qui ne songeait pas un instant à opposer le monde créé et
la vie déternité avec Dieu. Ces mots dun contemporain de
Teilhard, le philosophe Maurice Blondel, font saisir la
préoccupation de Teilhard : «
On craint de confondre, il faut
craindre de ne pas unir assez Cest en effet quand on ne sait
pas bien unir quon craint de confondre. Si trop souvent
aujourdhui la vie générale de lhumanité se retire du
christianisme, cest peut-être quon a trop souvent déraciné le
christianisme des viscères intimes de lhomme.
»
(Cité par Henri de Lubac, Teilhard Posthume)

Teilhard voulait faire percevoir «
la connexion intime qui
existe entre le triomphe du Christ et la réussite de luvre que
cherche à édifier ici-bas leffort humain. »
Il découvrait dans
les Ecritures non pas ce qui déprécie les tâches terrestres, mais
ce qui les situe dans un devenir. Il ne voyait pas dans le travail
humain, comme ce fut trop souvent le cas, une « peine », mais
un accomplissement. Cela ne signifie pas que Teilhard
confonde réussite terrestre et royaume de Dieu. Il sait que
laction gratuite de Dieu doit tout transfigurer. Mais ce que
Dieu transfigurera cest bien ce monde. Sil est un lieu où
plusieurs grandes intuitions de Teilhard se vérifient, cest dans
lEucharistie. Que deviendront le pain et le vin, «
fruit de la
terre et du travail des hommes
» ? Ils deviendront le corps et le
sang du Christ. Cest-à-dire quils ont un avenir inespéré, quils
ne peuvent se donner à eux- mêmes. On comprend que Teilhard

17

puisse écrire : «
En réalité, ce nest pas le sens de la
Contingence du créé, mais cest le sens de la Complétion
mutuelle du Monde et de Dieu qui fait vivre le Christianisme.
»

Une lecture des Ecritures

Lévolution de la pensée depuis lAntiquité, suivie de la
dernière révolution scientifique, ont apporté des visions du
monde de plus en plus riches et complexes. Et cela nest pas
sans retentir sur dautres modes de la connaissance telles que la
théologie. Comment, en particulier, ne pas sinterroger sur ces
premiers mots de la Genèse,
Dieu créa lhomme à son image et
à sa ressemblance
? Il existe une intelligence de la foi qui
conduit à lire la Bible autrement que par le biais de
linterprétation littérale. Ce que je propose dans cet essai, est
une méthode de penser qui articule dune certaine manière foi et
raison, en laissant une grande place à lanalogie et au
symbolisme. Tout texte biblique possède plusieurs sens, ce qui
laisse à tout chercheur de sens une certaine part de liberté qui va
sallier à lintuition et au principe rationnel de cohérence des
choses. Néanmoins, la Bible doit rester dans le domaine
surnaturel et ne pas constituer un livre de science.
Avant même dêtre Pape, le Cardinal Ratzinger déclarait :
« Pour comprendre la création du monde, référez-vous à la
Genèse, à St Jean lEvangéliste ; la pensée de Teilhard de
Chardin vous aidera à progresser

dans cette recherche.
» Non
seulement Benoît XVI confirme lintérêt de tenir compte de
lévolution, mais il proclame que la science ne soppose pas à la
religion
.
A Rome, le mercredi 18 mai 2011, Benoît XVI
demanda aux catholiques de lire et méditer la Bible pour y
découvrir « la merveilleuse histoire de Dieu avec les
hommes », celle, essentielle, du « pardon » qui leur est
accordé. Cependant, un discours scientifique ne saurait se
présenter comme définitif car il existe encore beaucoup de
choses à apprendre. A contrario, la théologie doit rester
disponible à une nouvelle herméneutique ; elle ne peut quen
sortir enrichie et plus proche des hommes et de la vérité.

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ednood ,arg m dnon dlec meosst eà l h'mor paoptrvers parnc l'uni» ednom titep «n ust eui qmeemtnpmél noc àosort rapppar et meosue qou nres erial : im ecorctard. Le martuoevorsnp ul sn uci i, cepaesemsocorcengiséd ure.cultOcci En mespnut nu ee t enemqugilomoty Eis emsocorcam ,tngfiei« g ardnm onde », qui vied tnrg um ceorca(μs ρόακ «ς,ra g )tedn» om sc so όκ( « ,ςομσ»)e ndmooccrMa. elm uq eei neub marqqui 71, n 15e eslecaraP tse enciriéothd angrtsp sal soemn e'e macrocet que lep n titnom e edese unt roicsmco Qu : « estelleevua einbielv sieu se,ur lntmeled tuot etan al e est le limon deté éofmr é ?lEelon dl't mmhoa e tec p etssuoerèies las(ps ontinocorcam ed )stom faipeut on dentel set rmenoerr agthisor aetPyu sua a is ,emsiammicrocososme et prihms eemà l O'enu tilbigolana e trene atqus leém e uiTalotedP ythan. P étagoregâ ed seal eeiv 'u dhon e.mme Lers iaossnd uomnde et les quatr sed te stnemélé fdue ncntmemairreeralt aLc .. . cie, du de l etppa'elle nu rcim pstrqoui uo lonse talq iutnseesocosme. L'homme s.reeuritéins cerof sel te serue ceue etcosmacroudm er sa tsL sedee e cexl'plemfo n erfecnooitps extéries forcee tnerl occnuosrcrit l'Eappeure ell ll ed eminoreer tlaêm mce, ,ueiD eva sèrpa la terre, c'està-d-ri eelg ardnon m..deDe. a lniuqssetecneeuq uq idn e tomepittes touientcont ud sétilauq sel'e Ce.ndmod angrl ergnaio rrcéé a forméd monde,om t.edn el itepst ee c'h Lmeomdet a lnccotiep .noIntroduction

»19

Chapitre 1

Le macrocosme

t une action spéicifuq euam monecos dex soaiinmbe iuq snnerdnegn micx dusme rocone tofmr euenert
Dans le domaine des sciences, on y parle plus couramment
du macroscopique et du microscopique qui désignent des
échelles d'observations
, par exemple l'agitation moléculaire au
niveau microscopique peut être traduite en notion de chaleur au
niveau macroscopique (qui ici peut correspondre à l'échelle
humaine). Le macroscopique sintéresse à une vision globale
des choses, autrement dit à une vision qui sappuie sur les cinq
sens. Dans lhistoire de lhumanité, il existe une très longue
période qui précède la révolution scientifique du
XX
e
siècle et
qui se caractérise essentiellement par une certaine manière de
pensée. A une certaine période, deux domaines de la
connaissance entrent en opposition : le rationalisme et
lexpression de la foi. Science et religion proposent des visions
du monde qui sexcluent lune de lautre. Se référer à laffaire
Galilée (
1564- 1642
) pour comprendre que la raison donne une
explication du monde en contradiction avec une aspiration
religieuse. Le conflit démontre que la foi des hommes de cette
époque simpose à leur esprit dans la mesure où limportance
du divin ne saurait saccommoder dune vision de la terre qui ne
serait pas le centre du monde. Toute nouvelle conception
mécaniste, telle que la proposée Copernic, constituait alors une
sorte de sacrilège car elle sopposait au dessein divin qui
considère la création comme une réalité absolument sacrée. Une
histoire identique est arrivée au mathématicien Thalès lorsquil
osa découvrir, au pied des pyramides dEgypte, le moyen de
calculer la hauteur dun objet sacré non accessible au risque
dencourir la colère des dieux et la punition des hommes. Pour
détailler lhistoire de ces deux antagonismes culturels qui ont
précédé les grandes découvertes récentes, il est bon de prendre
comme exemple le domaine scientifique qui représente le
mieux lexpression de la raison et de lobjectivité : je veux
parler de la physique. Cette science nous a apporté depuis des
siècles une révolution inéluctable dans la conception du monde
face à tout lhéritage imaginaire et religieux accumulé depuis
lAntiquité. Noublions pas que la physique se fonde à la fois
sur lexpérimentation et sur un merveilleux langage, celui des
mathématiques. Il nous faut maintenant examiner en quoi se
fonda la pensée au sein dun monde dominé par la logique
formelle et déterministe.

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La pensée induite par la physique classique


La vision de ce monde que nous connaissons bien puisquil
est à notre portée, est fondée sur le modèle mécaniste de
lunivers de Newton. Cest bien entendu un fondement riche et
solide qui soutient une certaine forme de science et toute une
philosophie en vigueur depuis plusieurs siècles. Le théâtre de
lunivers newtonien est lespace à trois dimensions de la
géométrie euclidienne traditionnelle. Il sagit, nous pouvons
nous en rendre compte, dun espace absolu, toujours en repos,
inchangeable et immuable. La variable temps, qui nous est tout
aussi familière, constitue une dimension séparée, tout aussi
absolue et sans rapport avec le monde matériel. Cette réalité
temps nous fait passer inexorablement du passé vers le futur en
passant par le présent. Cela nous semble si évident et pourtant !
Le progrès scientifique nous fait découvrir un autre monde dont
nous ne soupçonnons pas toutes les étranges et mystérieuses
réalités. Ce que nous percevons dans notre milieu dit
macroscopique, sont des masses ponctuelles, des objets solides
et indestructibles. Ce modèle de vision des choses est un peu
semblable à celui des atomistes grecs qui ne considéraient que
le plein et le vide. Ce qui est vide est dépourvu de toute
substance et de principe. Ce qui est plein reste identique dans la
masse et la forme. La matière est entièrement conservée et
essentiellement passive. Les forces que nous connaissons et en
particulier la force de gravitation sont, dans cette vision
macroscopique, des choses relativement simples faisant partie
de tout un ensemble organisé créé par Dieu donc non sujet à des
analyses approfondies ni à des spéculations philosophiques ou
théologiques. Pour Newton, il semble probable que Dieu, au
commencement, a formé la matière à laide de particules
solides, massives, dures, impénétrables, mobiles, dotées de
forme et de taille. Dans la mécanique newtonienne, tous les
phénomènes physiques sont réduits au mouvement de point
matériels dans lespace, causé par leur attraction mutuelle. Afin
de décrire ce mouvement de manière intelligible, il a fallu
inventer des concepts totalement nouveaux et une technique
mathématique, celle du calcul différentiel. Ce fut un exploit
intellectuel immense qui permit de résoudre quantités de

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problèmes liés à la physique, à la chimie et à beaucoup dautres
domaines encore. Selon Newton, Dieu a créé, au
commencement, les particules matérielles, les forces qui
sexercent entre elles et les lois fondamentales qui régissent
tous les mouvements, sachant que ces lois sont fixées une fois
pour toutes. En ce sens, le monde entier fut mis en mouvement
et continue de tourner comme une immense machine gouvernée
par des règles immuables. La conception mécaniste de
lévolution des mondes est donc étroitement liée à un rigoureux
déterminisme. Ainsi tout phénomène qui survient, admet une
cause bien définie et peut lui-même engendrer un autre
phénomène absolument prédictible. Selon le mathématicien
français Pierre-Simon Laplace, un intellect qui, à un instant
donné, connaîtrait toutes les forces en action dans la nature et la
position de chaque chose dont les mondes sont faits,
comprendrait dans la même formule les mouvements des plus
grands corps de lunivers et ceux des atomes les plus infimes ;
rien ne serait incertain pour lui, et lavenir, comme le passé,
serait présent à ses yeux. La dualité fondamentale : sujet  objet
introduite par Descartes constitue la base philosophique de ce
rigoureux déterminisme. Par suite de cette division, on croyait
que lensemble des éléments de lunivers pouvait être décrit en
toute objectivité sans jamais faire entrer en ligne de compte le
rôle joué par lobservation humaine. On doit à Newton les
équations intervenant dans la mécanique céleste, en particulier
dans le mouvement des planètes autour du soleil. Cependant il
dut recourir au principe dune intervention divine pour
expliquer certaines irrégularités dues, sans aucun doute, à
certaines approximations dans ses calculs.

Laplace sassigna la tâche très ambitieuse dépurer et de
parfaire les travaux de Newton dans une grande étude en cinq
volumes : «
La Mécanique céleste
», dans laquelle il réussit à
expliquer le mouvement des planètes, de la lune, des comètes et
de tout ce qui relève de la force de gravitation tel que le flux des
marées. Il démontra que les lois du mouvement de Newton
prouvaient la stabilité du système solaire et lautorégulation de
lunivers tout entier. Encouragés par le brillant succès de la
mécanique de Newton, les physiciens sempressèrent de

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