Prières de l

Prières de l'Ancien Testament

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Francis Lapierre rend hommage à Pierre Watremez en proposant une relecture des prières disséminées dans l'Ancien Testament. Trois grandes périodes apparaissent : les prières de la conquête de la terre promise, les prières de l'exil et enfin, les prières de Sagesse de l'époque perse puis grecque. On découvre que le texte le plus achevé est celui du dernier Esaïe (ch. 56-66). Comment méditer et prier avec ces textes que Jésus connaissait par coeur ?

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Ajouté le 01 décembre 2015
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EAN13 9782336397276
Langue Français
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Les prières de l’Ancien Testament Francis Lapierre
Mille ans de dialogue avec Dieu et Pierre Watremez (†)
Nous avons choisi de relire les prières disséminées dans l’Ancien Testament,
suivant l’ordre le plus probable de la rédaction des livres.
Le dialogue entre Dieu et les hommes couvre presque mille ans ! Les prières de l’Ancien Testament
Trois grandes périodes de rédaction apparaissent :
Mille ans de dialogue avec Dieu - s prières de la conquête de la erre promise caractérisées par
leur brièveté et la politique du donnant-donnant (rétribution), si tu me
donnes, alors je…
- s prières de l’exil, construites en deux parties : un rappel des
dons du Seigneur et de son lliance, puis trahison du peuple (des pères) et
acceptation du châtiment éclairée par la théologie d’Ézékiel : chacun est
responsable de ses fautes...
- s prières de Sagesse enfin, de l’époque perse puis grecque,
cherchent à tirer une leçon de l’histoire. Dieu (jamais prononcé) est loué par
toutes sortes de termes, il se manifeste par ses anges, le peuple est son héritage
préservé malgré les tumultes de l’histoire.
On découvre alors que le texte le plus achevé est celui du dernier
Ésaïe (ch. 56-66) et que la révélation de la paternité divine échoit à Édom,
le peuple maudit depuis l’affaire du droit d’aînesse d’Ésaü, spolié par
Jacob. Avant de se dire Père de tous, Dieu doit d’abord pardonner à
Édom…
Comment méditer et prier aujourd’hui avec ces textes, que Jésus
connaissait par cœur ?
Francis LAPIERRE est diacre permanent du diocèse de Nanterre,
en mission à N.-D. de Pentecôte, l’église du quartier d’affaires de
la Défense.
Il rend ici hommage à Pierre Watremez, le bibliste du diocèse
qui l’a initié à l’Ancien Testament.
Retrouvez l'auteur sur son site Internet : www.lapierrevangilearameen.com
En couverture : Les dix commandements © Hugo Clément, 2008.
ISBN : 978-2-343-07104-6
31 €
-F-F5-F"
Francis Lapierre
Les prières de l’Ancien Testament
et Pierre Watremez (†)
Mille ans de dialogue avec Dieu














Les prières de l’Ancien Testament


























Religions et Spiritualité
fondée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l'Université de Paris XII
dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse,
Professeur émérite à l'Université de Louvain
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages :
des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se
posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions
de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue
interreligieux.
Dernières parutions
François PONGO LOWANGA, Le recours aux Écritures dans le récit
matthéen des tentations de Jésus, Mt 4, 1-11, 2015.
Fr Etienne GOUTAGNY, Les impératifs de Dieu, 2015.
Hidulphe BILALI BONAZEBI, Défense des droits subjectifs des fidèles.
Equité et légalité au canon 221 CIC 83, 2015.
Jean REAIDY, Naissance mystique et divinisation chez Maître Eckhart et
Michel Henry, 2015.
Christian GALLOT, Un maitre d’autrefois : monseigneur Jean Calvet
(1874-1965), recteur émérite de l’Institut Catholique de Paris, 2015.
François et Michèle GUY, Un couple au service de la vie, 2015.
Jean-Marie Vernier, De l’homme à Dieu et retour. Propédeutique à la foi
chrétienne, 2015.
Abbé Jacques-Yves PERTIN, Justice et gouvernement dans l’Eglise d’après
les Lettres de saint Grégoire le Grand, 2015.
Stanislas LONGONGA, Saint Paul, un apôtre contre les femmes ?, 2015.
Jacques Assanvo AHIWA, Jésus et la maladie dans l’évangile de Jean,
2014.
Philippe BEITIA, Pour vivre son couple dans la foi, 2014.
Rodolphe de BORCHGRAVE, De Veritate, Essai sur les langages de la foi,
2014.
Albert REY, Henri Reymond (1737-1820), évêque constitutionnel de l’Isère
(1793-1802), 2014.
Gérard LEROY, A la rencontre des pères de l’église, L’extraordinaire
histoire des quatre premiers siècles chrétiens, 2014.
Martine DIGARD, Lettre à tous ceux qui cherchent Dieu, 2014.
Véronique GAY-CROSIER LEMAIRE, Plongée dans l’enseignement social
de l’Église, 2014.
André THAYSE, Dieu personnel et ultime réalité, 2013.
Francis LAPIERRE et Pierre WATREMEZ (†)










Les prières de l’Ancien Testament
Mille ans de dialogue avec Dieu
























































































































Ouvrages du même auteur
L’évangile de Jérusalem, Éditions L’Harmattan, 2006.
Les rédacteurs selon Saint-Jean, Éditions L’Harmattan, 2008.
Saint-Luc en Actes ?, Éditions L’Harmattan, 2010.
Saint-Paul et les Évangiles, Éditions l’Harmattan, 2011.
L’évangile oublié, Éditions L’Harmattan, 2012 ; (Nouvelle
édition, 2014).
F. Lapierre et Labbé D, L’Évangile de Marc : un carrefour
èmelinguistique sémitico-grec. 5 Congrès de l’ERLA, Éditions
L’Harmattan, 2008.

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07104-6
EAN : 9782343071046 AVANT-PROPOS
Pendant plus de vingt-cinq ans, le Père Pierre Watremez dispensa
des cours sur la Bible dans le Diocèse de Nanterre (Hauts-de-Seine),
dans le cadre d’une association qu’il avait fondée : Vivre la Bible.
À son décès en 2008, les membres du Bureau trouvèrent sur son
ordinateur, 1.700 pages de traduction de l’hébreu (l’AT, sauf I Mcc,
Esther et une partie des Psaumes) et 5.300 pages de cours bibliques.
Une première mise en forme et la relecture de ce Corpus m’a pris
environ cinq années. Lorsque le projet de recension des prières
disséminées dans l’AT prit corps, il devenait indispensable de
présenter chaque livre en fonction de son genre littéraire et de la date
probable de sa rédaction.
Or, ce travail avait déjà été effectué par le Père Watremez. Je me
suis donc permis de reprendre l’un de ses cours, ainsi que sa
traduction très fidèle du texte hébreu.
Lorsque le terme hébreu conduit à des images hors de notre culture
et que la compréhension même du texte en est obscurcie, je suis
revenu à la traduction de la Nouvelle Bible Segond (NBS - 2003), que
le Père tenait en haute estime.
Du père Watremez, j’ai conservé également le JE quand Dieu parle
ou agit et les majuscules pour Peuple (de Dieu) et Fils (d’Israël).
Le contexte particulier de ce travail explique pourquoi le nom de
Pierre Watremez y est associé. Il en a fourni le cadre linguistique et
historique et cela me paraissait la meilleure manière de lui rendre
hommage.
Francis Lapierre.


1

L’HISTORIEN FACE AU TEMPS

Les pays du Moyen-Orient à l’époque où l’Ancien Testament fut
rédigé, n’avaient pas le même rapport au temps que le lecteur
d’aujourd’hui.
Aujourd’hui en effet, la civilisation (?) occidentale a imposé son
calendrier, dont le nombre désignant l’année croît depuis la naissance
du Christ. Cette croissance porte avec elle l’idée d’un projet auquel
l’histoire des hommes est conviée, tendue entre une origine et un
1accomplissement, comme le dit Rémi Brague . Nous allons vers…,
notion renforcée par le développement des sciences et techniques au
cours des deux derniers siècles.
Pour le rédacteur de l’Ancien Testament, le temps est au contraire
circulaire et répétitif. Les événements sont repérés par rapport au
nombre d’années de règne du souverain et le royaume du nord (Israël)
comme celui du sud (Juda) se souviennent du temps passé en Égypte,
où le soleil immuablement se lève au-dessus des collines à l’est et se
couche le soir derrière les collines de l’ouest et reprend des forces ...
Rien de nouveau sous le soleil, résume Qohèlet (1,9).
Il se trouve qu’à l’échelle des centaines d’années, l’histoire du
peuple d’Israël a connu, elle aussi, des cycles répétitifs :
- Avant l’an 1.000 avant J.-C., il n’y avait pas de royauté, mais
des Juges avec des fonctions politico-religieuses et chacun
faisait ce qu’il lui plaisait en Israël (Jg 21,25).
- De 1.000 av. J.-C. à 600 av. J.-C., le peuple se sédentarise,
obéit à un roi et célèbre un culte à son Dieu dans le Temple de
Jérusalem.
- En 597 et 587 av. J.-C., l’élite du peuple est exilée à Babylone
et le peuple perd à la fois son roi et son Temple. L’exil durera
jusqu’en 538.

1 .Rémi Brague., Modérément moderne, Flammarion, 2013.
9 Au cours de l’exil 597/587-538, le clergé du Temple comprit la
nécessaire obligation de mettre par écrit les fondements de la Loi et de
pérenniser ainsi l’histoire du peuple d’Israël afin que rien ne se perde
de sa relation avec le Seigneur. Une École deutéronomiste fut chargée
de cette compilation, dont le travail le plus visible fut la rédaction
définitive de la Torah, les cinq premiers livres de la Bible et la
relecture (mise à jour en fonction des événements) des livres dits
historiques, dont l’objet n’est pas simplement de décrire l’histoire
d’Israël mais de lui donner un sens en fonction de la relation avec le
Seigneur, en expliquant notamment le sens de cet exil qui laisse le
peuple de Dieu sans roi et sans Temple.
En 538, l’empire perse s’empare de Babylone et le roi Cyrus
autorise le peuple juif à rentrer chez lui, acquérant ainsi le titre de
messie ! Seule une petite élite de la population, autour de la hiérarchie
du Temple et de l’École deutéronomiste, prend le chemin du retour.
Entre 538 et 515, l’élite des Judéens revit le cycle de ses ancêtres
de l’an mille : plus de roi et plus de Temple, ce qui lui permet de
mieux comprendre le temps des Juges et la construction du Temple
par Salomon ! Comme le firent leurs ancêtres, leur premier travail fut
de construire un autel pour les sacrifices.
Il faut d’ailleurs noter que l’épisode du déluge conté dans le Livre
de la Genèse est une autre occasion de décrire un recommencement.
Noé, seul survivant du désastre, commence par ériger un autel à
YHWH pour sacrifier des holocaustes, tout comme le firent Abraham,
Isaac, Jacob et Josué.
Le nouveau Temple, inauguré en 515, est bien plus modeste que le
précédent ce qui tire des larmes aux plus vieux fidèles, revenus de
l’exil… autre opportunité de revenir – en l’embellissant – sur la
majesté passée du Temple de Salomon.
En outre, vers 450, le roi Artaxerxès, comprenant que les Juifs ne
s’assimileront pas avec les autres nations, propose à Esdras le scribe,
d’écrire une loi applicable à son peuple ! Une nouvelle École de
rédacteurs, regroupés sous le nom de Chroniste, recommence donc
une Torah compréhensible par la culture perse et suffisamment
prudente dans sa rédaction pour ne pas indisposer les autorités...
Autre élément important : la voie prophétique s’est tue vers 500,
avec Malachie. Plus de personnage inspiré par Dieu pour donner sens
au présent et dire le futur. Les nouveaux rédacteurs sont des maîtres
de Sagesse qui, partant de la condition humaine (le sage est au départ
10 un homme avisé qui réussit ses affaires), en arriveront à voir la
présence de Dieu dans le cours de l’histoire des hommes.
Vers 350, l’invasion du Moyen-Orient par l’empire grec, entraînera
en Judée la mise en place d’un gouvernement cynique et réaliste qui
heurtera la piété juive, profanera le Temple, jusqu'à provoquer
soulèvements et répressions. Une nouvelle occasion pour implorer le
Seigneur et revivre les affres de l’exil.
Cette histoire cyclique ou à rebonds successifs, conduit les Fils
d’Israël à un dialogue permanent avec leur Dieu. Du simple appel au
secours sur un champ de bataille à l’action de grâce méditée par
Salomon lors de la consécration du premier Temple, les hommes de la
Bible n’ont pas cessé de s’adresser à Dieu. Ce sont ces prières
rédigées sur mille ans, que nous nous proposons de relire, en
respectant si possible la chronologie. Ces prières ont-elles évolué dans
le temps, à mesure que progressait la sagesse de l’homme, ou bien
Qohèlet a-t-il raison : rien de nouveau sous le soleil ?
Les spécialistes appellent relecture la mise à jour par un rédacteur,
d’un texte venu de la tradition, qu’il corrige et complète en fonction
de la situation au moment où il écrit.
Bien conscient de ce mode de fonctionnement, nous allons
pourtant, en se basant sur l’ordre chronologique le plus probable des
rédactions, essayer de comprendre comment les hommes ont tenté de
dialoguer avec Dieu au cours du temps, à travers ce moyen que nous
appelons la prière…

* * * * *










11



2

LE PEUPLE HÉBREU ET LA BIBLE


La Bible rassemble quarante-huit livres de l'Ancien Testament et
vingt-sept du Nouveau Testament. Elle commence par les Cinq Livres
(en hébreu : Torah, en grec : Pentateuque); suivent les Écrits
Prophétiques et les Autres Écrits ou inversement. Les écrits
deutérocanoniques (voir note) peuvent être intercalés dans les livres
précédents ou, comme dans la T.O.B., (Traduction Œcuménique de la
Bible), regroupés en finale, juste avant le Nouveau Testament.
Au long de son histoire, le peuple d'Israël a découvert un Dieu qui
lui parlait par les prophètes; c’est aussi au long de son histoire qu’il a
eécrit la Bible. Cette histoire commence aux environs du 10 siècle,
quand le roi David unifie sous son autorité des tribus installées en
terre de Canaan, et qui se reconnaissent une commune origine. Les
plus anciens écrits datent sans doute de cette époque, ou même
quelques-uns sont-ils antérieurs, mais aucun livre comme tel n'a été
erédigé avant le 8 siècle.
Un premier regard portera sur la situation du peuple d’Israël avant
que le roi David n'en réalise l'unification, et spécialement sur l'état de
la religion avant la venue des prophètes. Puis, dans un rapide parcours,
seront évoqués les principaux événements qui ont constitué le cadre de
la rédaction des livres de la Bible.

1.- La naissance d’une religion
Il n’est pas facile de retrouver qu’elle était la foi des Fils d’Israël
eavant le 9 siècle, c’est-à-dire avant la venue des prophètes.
Les livres qui parlent de cette époque furent écrits notablement plus
tard. Le rédacteur n’hésite pas, dans un but didactique, à projeter dans
les siècles antérieurs un idéal qui n’était pas encore vraiment vécu
même à sa propre époque !
13 e e On peut dire qu’entre les 12 et 8 siècles, les Fils d’Israël
pratiquèrent une religion de même type que celle des peuples qui les
entouraient. Le culte était celui des Cananéens autour du dieu El. Dans
chaque ville ou village existait un haut lieu où se réunissait le peuple,
pour les sacrifices. C’était une aire sacrée comportant un autel. On y
offrait à la divinité, des animaux, ovins ou bovins prélevés sur les
troupeaux, pour obtenir, en échange, fertilité des cultures et fécondité
du bétail et de la famille. Le plus souvent un repas de communion
rassemblait les offrants pour manger à la table du dieu.
Le Temple de Jérusalem fut construit sur le modèle des temples
dits païens. Il était situé au sommet de la colline de Sion et comportait
un petit édifice, la maison de Dieu. Au fond, dans une salle obscure,
siégeait la divinité, dont la présence était symboliquement figurée par
un Coffre considéré comme son trône. Dans la pièce principale, les
prêtres déposaient les offrandes de nourriture et faisaient brûler des
parfums. À l’extérieur, à l’est de la construction, devant le vestibule,
était l’autel (de pierres brutes), où les victimes étaient immolées.
Outre les sacrifices de communion, où la viande était partagée, se
pratiquaient également des holocaustes au cours desquels la victime
était entièrement consumée au feu. Il est vraisemblable que des
sacrifices humains, surtout de premiers-nés, y étaient perpétrés.
Pour desservir les différents sanctuaires, un important personnel
était nécessaire. Les prêtres étaient responsables du bon déroulement
des sacrifices. L’acte sacrificiel était accompli par celui qui offrait le
sacrifice, le père de famille, ou le chef de clan, ou le roi, mais les
prêtres s’assuraient que les rites étaient bien respectés et préparaient
les repas. Autour des sanctuaires, vivant en collèges, des prophètes
professionnels délivraient des oracles. À ceux qui venaient les
consulter, ils disaient une parole du dieu en échange d’une
gratification. On devine les abus qui pouvaient s’y donner libre cours
et contre lesquels les prophètes de YHWH ne cessèrent pas de
s’indigner. Enfin les hiérodules, prostitués sacrés des deux sexes,
offraient aux pèlerins la possibilité de réaliser une union intime avec
le dieu. Quel(s) dieu(x) ? À lire la Bible dans son texte actuel,
résulterait que le monothéisme était déjà institué depuis des siècles,
depuis Moïse au moins, voire même depuis Abraham ! Rien n’est
e emoins sûr. L’enseignement des prophètes du 9 au 7 siècle atteste
qu’on y adorait les Baals à côté d’un autre dieu : YHWH. Le nom de
Baals désigne les dieux cananéens, le nom de YHWH un dieu propre à
14 Israël. Ce nom, appelé tétragramme sacré, est ineffable ; sa
prononciation est restée inconnue. En effet, pour un sémite, prononcer
le nom d’une personne est, d’une certaine façon, montrer que l’on a
pouvoir sur elle. Ne serait-il pas sacrilège pour un homme d’avoir une
telle prétention à l’égard du Dieu qui s’est révélé à Moïse, en disant :
YHWH sera mon Nom à jamais (Ex 3,15) ? Les Juifs lisent YHWH
Adonaï, ce qui veut dire Seigneur. Des bibles préfèrent écrire l’Éternel
ou Jéhovah ; d’autres (surtout catholiques) le transcrivent YHWH ou
2Yahvé. C’est le Dieu qui a fait sortir d’Égypte des hébreux pour en
faire son peuple, qui a parlé du haut de la montagne et qui a donné
aux Fils d’Israël une terre où ruissellent lait et miel (Ex 3,8). Il sera
appelé Dieu des dieux. Les Baals sont les dieux des Cananéens, dieux
de la fécondité du pays de Canaan, pays conquis par YHWH pour le
donner à son Peuple.

Selon une idée commune en ces temps anciens, les terres habitées
appartiennent aux dieux, chaque dieu a son pays et il est adoré par ses
habitants. En échange des offrandes qu’il reçoit, il doit protection et
prospérité. Ainsi chaque nation a son dieu ou ses dieux, ou déesses.
Israël rend un culte à celui qui lui a donné le pays mais il estime
prudent de ne pas oublier les anciens propriétaires !

Les prophètes auront bien du mal à faire admettre que YHWH est
un dieu jaloux, qu’il n’accepte aucun concurrent, capable qu’il est de
remplir toutes les fonctions que les Cananéens attribuaient aux Baals.
Pour Israël, YHWH est l’unique dieu, les autres dieux sont pour les
eautres nations. Ce n’est qu’au cours du 6 siècle (durant l’exil à
Babylone) que les Fils d’Israël passeront de l’idée de YHWH, leur
unique Dieu, à celle de YHWH, dieu unique, et ils proclameront alors
que les dieux des nations ne sont pas des dieux, qu’ils n’existent pas.
Ici encore le lecteur de la Bible doit bien distinguer ce qui, dans le

2 Le mot hébreu, dont l'origine est incertaine, désigne les descendants de Jacob en
tant que réduits à la servitude par le Pharaon d'Égypte. Après le passage de la Mer
de Suph (Exode), les Hébreux ne sont plus jamais appelés autrement que "Fils
d'Israël" (Israélites). Hébreu doit qualifier des gens en condition d'esclaves ; il a
donc une connotation péjorative. Des documents anciens donnent, semble-t-il, le
nom d'hébreux à des troupes mercenaires servant dans une armée. Puis le mot ne se
retrouve que dans des écrits tardifs (par exemple, Jonas) où le rédacteur recherche
un effet d'archaïsme.

15 texte, peut être regardé comme renseignement à valeur historique de
ce que le rédacteur introduit en vue d’un enseignement catéchétique.
2.- Esquisse de l'histoire du peuple d'Israël
Sachant combien il est délicat d’utiliser les textes bibliques pour
reconstituer l'histoire, on ne peut tracer qu'à grands traits les diverses
époques qui ont marqué l'histoire des Fils d'Israël. Elle se divise en
huit grandes périodes.
I. La "protohistoire" du peuple d'Israël
Vers l'an 1.000, le roi David crée une nation, rassemblant des tribus
pour constituer le peuple d'Israël. D'où vient-il ? Selon les souvenirs
contenus dans la Bible, l'origine remonterait à un personnage nommé
Jacob (ou encore Israël) ; il serait père de douze fils, ancêtres des
douze tribus d'Israël. Ces tribus sémitiques seraient venues d'Égypte,
evers le 13 siècle, pour s'établir au pays de Canaan. Ce Jacob-Israël est
donné comme frère d'Ésaü, ancêtre des Édomites, et fils d'Isaac,
petitfils d'Abraham. Isaac a un demi-frère du nom d'Ishmaël, ancêtre des
arabes.
Cette présentation est loin d'être admise des historiens. La vérité
historique présente (aujourd’hui…) les choses de façon quelque peu
différente. Des tribus, nomadisant dans les déserts à la jonction de
l'Afrique et de l'Asie, se seraient infiltrées peu à peu dans les monts
entre Jourdain et mer Méditerranée. Ces tribus, d'origine sémite,
peuvent provenir de deux courants : les unes, venues du Sud, auraient
occupé la montagne de Juda, les autres, venues de l'Est au-delà du
Jourdain, se seraient répandues dans les monts d'Ephraïm, en Samarie
et sur le plateau de Benjamin.
e À travers un jeu d'alliances, se serait formée vers le 11 siècle une
sorte de confédération. Là, aurait été assimilée, plus ou moins, une
population occupant déjà le pays, que la Bible appelle les Cananéens.
La rencontre entre les deux populations semble s'être faite lentement
et sans grand heurt. Les récits de combats que narre le Livre de Josué,
ont plus une valeur didactique qu'historique. Attention ! Nous aurons à
le redire souvent : autre est l'événement tel qu'il s'est passé et autre la
raison pour laquelle il est ainsi raconté. Ce qui compte, c’est
l’interprétation proposée, non la reconstitution historique.
16 eII. Le Royaume d'Israël au 10 siècle
David, vers l'an 1.000, profitant d'une situation politique favorable,
se construit un petit empire, s’étendant depuis Dan, au nord, (près des
sources du Jourdain) jusqu'à Beèr-Shèva, dans le Néguev. Déjà roi de
Juda régnant à Hébron, il regroupe sous son autorité le royaume des
douze tribus d'Israël. Il conquiert Jérusalem, à la charnière des deux
royaumes, pour en faire sa capitale. Il fait alliance avec le roi de Tyr et
il étend aussi sa domination en vassalisant les petits états voisins,
Philistins, Édomites, Ammonites et Moabites... Le règne de David fut
le temps des conquêtes.
Salomon, fils de David, succède à son père vers 970. Il affermit son
pouvoir par des traités politiques et commerciaux avec les états
mésopotamiens et avec l'Égypte. La tradition a conservé de lui le
souvenir d'un roi sage et pacifique. Sa sagesse était faite d'un savoir
encyclopédique et d'expérience; elle lui permettait d'être riche, admiré
et puissant. Il se fit construire un somptueux palais, s’entoura d'un
harem à la mode orientale et il couronna sa gloire en édifiant un
Temple grandiose en l'honneur de son Dieu. Aucune guerre ne semble
avoir marqué son règne, mais pour mener à bien ses entreprises il
soumit son peuple à une dure servitude, favorisant sa propre tribu de
Juda au détriment des tribus du nord. Des révoltes éclatèrent avant
même la fin de son règne.
À la mort de Salomon (vers 930), la déchirure de l'empire
davidique était devenue inévitable. Les tribus du nord se détachèrent
de Jérusalem pour constituer un royaume indépendant, qui deviendra
bientôt le royaume de Samarie. C'est le schisme des dix tribus. Le roi
Jéroboam fit installer deux sanctuaires rivaux de Jérusalem, l'un à
Dan, l'autre à Béthel (à quelques 15 kilomètres au nord de Jérusalem).
De ce moment, les deux royaumes vécurent durant deux siècles une
histoire de frères ennemis. Les Livres des Rois conservent quelques
souvenirs de cette époque; ils sont plus documentés sur le royaume
d'Israël du nord que sur celui de Jérusalem.

III. La coexistence des deux royaumes (930-722)
Vers 930, à la mort du roi Salomon, les tribus du nord font
sécession et constituent le Royaume du Nord, dit Royaume d'Israël,
tandis que le Royaume de Juda reste fidèle à la dynastie davidique
autour du Temple de Jérusalem, où est déposé un Coffre sacré
(souvent appelé Arche d'Alliance), symbole de la présence du dieu.
17 Au nord, la capitale du royaume fut d'abord Sichem, puis Tirça à
quelques kilomètres plus au nord. En 880, le roi Omri achète une
colline, véritable forteresse naturelle, pour y construire Samarie. Il a
déjà établi deux sanctuaires rivaux du Temple de Salomon, l'un à Dan
aux sources du Jourdain, l'autre à Béthel près de la frontière sud. Le
dieu national y est représenté, à la façon cananéenne, par un taureau
de fonte dorée que le prophète Osée appellera, par dérision, veaux de
Samarie.
L'histoire de ce royaume fut, sans doute, très occupée par les luttes
avec les états voisins – dont le Royaume de Juda – et caractérisée par
une instabilité dynastique notoire. Elle fut marquée par le ministère
de deux prophètes, Élie et Élisée. En 732, une de ces guerres
s'achèvera par la destruction de Samarie par les armées assyriennes,
suivie de la déportation d’une partie notable de sa population à Ninive
(en 722).
Le royaume de Juda, au cours de cette période, vit sous les règnes
de la dynastie davidique. En contraste avec le royaume du nord, sa
stabilité est étonnante. L'usurpatrice Athalie (841-835) en sera
l’unique rupture.
IV. Le Royaume de Juda (722 à 586)
Après la disparition du Royaume de Samarie, le Royaume de Juda,
devenu vassal de l'empire assyrien, ne connaîtra plus guère
l'indépendance jusqu'au moment où il disparaîtra à son tour, sous les
coups de l'expansionnisme Chaldéen de Babylone. En 597,
Nabuchodonosor vient assiéger Jérusalem. La ville doit capituler, elle
est pillée et une partie de sa population accompagne en exil son roi
Jojaqîn. Dix ans plus tard, un nouveau siège s’achève par la
destruction de la ville; le Temple est brûlé et un nouveau convoi
d'exilés rejoint Babylone et la Basse Mésopotamie. Quelques fuyards
cherchent refuge en Égypte.
V. Le temps de la captivité à Babylone (597-538)
Toute la population du Royaume de Juda ne fut pas emmenée;
furent laissées sur place les petites gens, surtout cultivateurs. Quant
aux exilés, ce fut pour eux plus une déportation qu'un esclavage.
Ils s'y regroupèrent en communautés et certains ne tardèrent pas à
s'installer dans leur nouvelle vie. Les Fils d'Israël, désormais privés de
roi et de culte, vont se tourner vers les oracles prononcés jadis par
leurs prophètes pour revivre leur histoire et en tirer enseignement.
18 VI. La domination perse (538-333)
En 538, Cyrus met un terme à la puissance Chaldéenne. Il fonde
l'empire Perse et inaugure à l'égard des populations déportées une
politique très libérale. Il autorise le retour des exilés et la restauration
des cultes particuliers. Les Judéens bénéficient de ces mesures et
certains regagnent Jérusalem pour y reprendre les sacrifices à YHWH
et reconstruire son Temple. En fait, peu nombreux furent, semble-t-il,
les candidats au retour. Absents depuis un demi-siècle, ils trouvaient
les terres occupées par des étrangers, Édomites ou Samaritains, peu
disposés à leur laisser la place. Malgré toute la bienveillance des
souverains perses, la majorité des descendants des Fils d’Israël préféra
s’installer en diaspora c’est-à-dire à l’étranger.

VII. La domination grecque (333-63)
En 333, Alexandre le Grand conquiert la côte méditerranéenne,
d'Asie Mineure à la Grèce; puis il s'enfonce dans l'intérieur du
continent asiatique pour former son empire. À sa mort (323), son
immense empire fut partagé entre quatre de ses généraux. La Palestine
fut d'abord rattachée à l'Égypte, comme fief des Ptolémée (dynastie
des Lagides). En 199, Antiochus III en prend possession, sans doute
avec l'appui de la population juive; il l'annexe à l'empire des
Séleucides, avec Antioche sur Oronte pour capitale.
Les événements semblent s’être déroulés dans le calme et la
tolérance jusqu'à l'avènement d'Antiochus IV Épiphane (175).
Celuici, pour asseoir son autorité, voulut imposer sur tout son territoire la
culture et la religion grecque. Il vint à Jérusalem, y profana le Temple
en y installant un culte idolâtrique et il interdit aux Juifs la pratique
des rites traditionnels, enseignés par YHWH, y compris la
circoncision. Certains fidèles se soulevèrent en une révolte armée, et
beaucoup moururent martyrs (révolte des frères Maccabées).

En 143, Simon, l'un des frères Maccabées, grand prêtre, profite de
la décadence de l'empire séleucide pour restaurer un Royaume
d'Israël. Ce sera la dynastie hasmonéenne, marquée par le règne de
son fils Jean Hyrcan; elle se maintiendra près d'un siècle.
C'est au cours de cette période que la Bible fut traduite en grec, à
Alexandrie (version dite Septante parce que selon une lettre d’Aristée,
la traduction de la Torah en grec aurait été réalisée par 72 –
septantedeux – sages à Alexandrie, vers 270 av. J.-C.), et que furent écrits les
derniers livres de l’Ancien Testament.
19 VIII. La domination romaine (à partir de 64)
En 64, Pompée entreprend la conquête de la Palestine et s'empare
de Jérusalem l'année suivante. En 39, Hérode le Grand, fils d'un
Iduméen et d'une Nabatéenne, obtient de Rome le titre de Roi et
conquiert la Palestine, des sources du Jourdain (Césarée de Philippe)
au désert du Néguev (Beèr-Shèva). C'est déjà le Nouveau Testament
qui commence !
3. - Histoire de la rédaction des Livres
Avant la rédaction des Livres bibliques, les Fils d’Israël disposaient
de traditions orales; ainsi devaient être conservés les oracles des
prophètes, mais aussi des souvenirs ancestraux; on se transmettait
3également des légendes étiologiques. Existaient en outre des
documents tels que des droits coutumiers, des codes législatifs, des
annales royales, des recueils de poèmes ou de chants, tous écrits qui
n'avaient pas expressément une destination religieuse. Parfois les
rédacteurs mentionnent de telles sources : vbx. Cependant rien de tout
cela ne s’est conservé.
D'une façon générale, il faut distinguer (en simplifiant) trois étapes
dans le travail de rédaction.
e 1 étape. Un auteur inspiré écrit, à une époque donnée, un livre
destiné à l'instruction du Peuple de Dieu. Il utilise souvent ces
traditions orales ou documents écrits préexistants, tout en usant de la
liberté de les modifier pour les adapter à l’enseignement qu’il veut
donner. Ce rédacteur peut être considéré comme l’auteur principal,
même si sa part personnelle est quantitativement restreinte par rapport
à l'ouvrage qui se trouve aujourd'hui dans la Bible. Ainsi, dans le
eLivre d'Ésaïe, la part du prophète du 8 siècle doit correspondre à une
dizaine de chapitres dans un livre qui en comporte soixante-six.
e 2 étape. Un ou plusieurs autres rédacteurs (inspirés) introduisent
des additions ou des relectures. Ou bien, ils veulent ajouter à
l'enseignement de l'auteur principal un nouvel enseignement
(addition), ou bien, ils veulent adapter l’enseignement primitif à une
situation historique nouvelle, en l'enrichissant d'une révélation
nouvelle (relecture).
3 Une étiologie est un récit qui veut expliquer l'origine d'une coutume (cf. I Samuel
5,5), ou d'un nom de lieu (ainsi le nom de Beth-El en Genèse 28,19).
20 D'autre part, les relectures ne se trouvent pas nécessairement dans
le même livre. Ainsi Osée (ch. 2) ouvre à des relectures en Jérémie
(ch. 2-3) et en Ézékiel (ch. 16).

e 3 étape. Au cours des siècles, les manuscrits sont copiés par des
scribes. Ceux-ci peuvent commettre des erreurs ou même introduire
des ajouts, par exemple sous forme de réflexions personnelles. Écrites
d'abord en marge, elles sont ensuite incorporées au texte (gloses).
C'est ainsi que s’interprète souvent le verset qui clôt le livre d'Osée :

"Qui est sage et a l'intelligence de telles choses ?
assez intelligent pour les connaître ?
Car droits sont les chemins de YHWH
et les justes y vont et ceux qui offensent y trébuchent."

Le texte actuel est la résultante de ces composantes; il est le texte
4déclaré inspiré , Parole de Dieu pour la foi des croyants.

4.- Chronologie de la rédaction des Livres
Dans la chronologie qui suit nous prendrons en compte surtout
l’auteur principal, mais il reste une part d’hypothèse dans un tel
classement.
Quatre grandes périodes sont distinguées :

e eI. Livres antérieurs à l’exil à Babylone (9 au 7 siècle).
II. Livres rédigés pendant l’exil à Babylone (597-538).
III. Livres de l’époque perse (538-335).
IV. Livres gréco-romains (333 av. J.-C. – 100 ap. J.-C.).

I. Livres antérieurs à l’exil
Ce sont surtout des livres prophétiques. Les prophètes portent un
regard attentif aux événements de leur époque ; sous la lumière de
l’inspiration divine, ils en tirent un enseignement destiné aux Fils
d’Israël.
1 Le Livre du prophète ‘Amos’ (vers 750)
Le prophète, originaire du royaume de Juda, exerce son ministère dans
le royaume du Nord sous le règne de Jéroboam II (783-743), qui
marque l’apogée de ce royaume.

4 voir page 25.

21 2 Le Livre du prophète ‘Osée’ (entre 740 et 722)
C’est un temps de décadence ; le royaume tombera sous les coups de
l’empire assyrien avec la destruction de Samarie, sa capitale, et sa
disparition sera accompagnée d’une déportation vers Ninive.
3 Les ‘Livres de Samuel’ (entre 700 et 650 ?)
Sans doute écrit à Jérusalem, cet ouvrage est, pour une notable part,
econstitué de documents anciens (10 siècle). Consacré au roi-messie
de Jérusalem, il est centré sur la personne de David.
4 Les oracles des prophètes ‘Ésaïe’ et ‘Michée’ (vers 700)
Ces prophètes exercent leur ministère dans le royaume de Juda. Leurs
livres ont été rédigés un peu plus tard et ont donné lieu à des
relectures, plusieurs siècles durant.
5 Les livrets des « petits » prophètes (entre 650 et 600)
Le Livre de ‘Nahum’ concerne la destruction de Ninive en 612.
Ceux de ‘Sophonie’ et d’’Habacuc’ correspondent aux années
précédant la réforme du roi Josias (622).
6 Le Livre de ‘Jérémie’
Il joint aux oracles du prophète des souvenirs autobiographiques
(627586), ainsi que de nombreuses additions et relectures.
II. Livres du temps de l’exil à Babylone (597-538)
1 Le rouleau des ‘Lamentations’
Recueil de cinq poèmes, vraisemblablement composés au pays de
Juda, évoquant le siège de Jérusalem, la destruction de la ville et
l’incendie du temple (586).
2 Le Livre du ‘Deutéronome’
Ce livre est construit autour d’un noyau législatif central très ancien,
(venu du nord ?). Une première édition a pu voir le jour sous Josias
(640-609) mais sa rédaction définitive est à placer au cours de l’exil.
3 L’Histoire d’Israël : ‘Josué, Juges, Rois’
La même École théologique « deutéronomiste » complète, autour des
Livres de Samuel une « Histoire Sainte » du peuple d’Israël, depuis
l’entrée en Terre Promise sous la conduite de Josué à la déportation à
Babylone et à la libération du roi Jojaqîn (vers 560).
4 Le Livre du prophète ‘Ézékiel’
Prêtre déporté en 597, Ézékiel est appelé par Dieu comme prophète
des exilés en 594. La plus grande partie du message contenu dans le
livre est antérieure à la destruction de Jérusalem. Les relectures et
additions sont nombreuses.
22 5 Le ‘Prophète de la Consolation’ (550-538).
Le message de celui qu’on appelle « deutéro-Ésaïe » ou Ésaie II
(Ésaïe ch. 40 à 55) annonce la fin prochaine de l’exil et le retour
triomphal en Terre Promise.
Les écrits antérieurs à l’exil furent tous remaniés et complétés de
relectures durant la domination chaldéenne.

III. Livres de l’époque perse (538-336)

1 Les Livres des prophètes ‘Aggée’ et ‘Zakharie’ (ch.1-8)
C’est le temps du retour à Jérusalem ; les prophètes encouragent
la population à reconstruire le Temple malgré les difficultés.
2 Les Livres d’‘Ésaie III’ et de ‘Malakhie’
Le Livre d’Ésaïe est relu et complété d’une vision universaliste et
tardive. À la fin des temps, les nations rejoindront Israël. Mais après la
reconstruction du Temple la ferveur retombe et un prêtre se lamente
sur la décadence du sacerdoce.
3 Les Livres des ‘Proverbes, Job, Psaumes’
Les écrits de Sagesse viennent remplacer les oracles des prophètes.
Le Livre des Proverbes est un recueil de maximes de sagesse antique,
mais réinterprétées dans la lumière de la foi d’Israël. Job est un
homme juste accablé de souffrances. Il remet en question l’idée
traditionnelle de la souffrance conséquence du péché. Les Psaumes
sont un recueil de 150 cantiques composés pour la prière liturgique.
Certains réadaptent aux temps nouveaux des compositions de l’époque
royale, antérieures à l’exil.
4 Le livre d’’Abdias’ (vers 500)
C’est un pamphlet de 21 versets contre les Édomites ; ils sont
considérés par Israël comme des frères ennemis.
5 Rédaction de la Torah (vers 400)
eSelon la tradition, vers la fin du 5 siècle, à la demande du roi de
Perse, le prêtre-scribe Esdras, à Suse, capitale de l’empire, rédige la
Loi (en hébreu : Torah) qui régira les Juifs résidant sur toute l’étendue
de l’empire. Utilisant certainement des documents antérieurs, il
compose cette œuvre magistrale en cinq tomes (d’où Pentateuque) :
‘Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome’.
6 L’œuvre du Chroniste : ‘I-II Chr., Esdras, Néhémie’
eDans les premières années du 4 siècle, un théologien juif réécrit
l’Histoire Sainte du Peuple de Dieu en commençant à Adam. Il
actualise l’œuvre deutéronomique, la complète à l’aide de documents
23 d’époque perse (certains en langue araméenne) pour nourrir
l’espérance messianique d’Israël.
7 Les Livres de ‘Jonas’ de ‘Ruth’ et de ‘Joël’
Petits livres, témoins d’une mentalité qui s’ouvre aux nations.
IV. Livres gréco-romains (335-100 ap. J-C.)
1 ‘Cantique des Cantiques’, ‘Qohèlèt’, Deutéro-Zakharie,
‘Siracide’.
Ces écrits de Sagesse mettent en garde les Juifs contre les dangers
de la culture grecque païenne. Le Cantique des Cantiques est un
recueil de poèmes chantant l’amour humain ; il se prête à une
interprétation spirituelle allégorique de l’amour de Dieu et de son
peuple.
Qohèlèt (ou : Ecclésiaste) oppose la sagesse grecque à la foi juive
dans la lumière de son Dieu. Le Livre de la Sagesse de Ben Sira
(ou : Siracide, ou : Ecclésiastique) est connu surtout dans sa traduction
en grec. C’est comme un manuel du juif fidèle à Dieu pour le guider
dans son comportement.
2 Le Livre de ‘Tobit’ (vers 200 ?) est un roman exemplaire.
Il est écrit en grec et destiné aux Juifs de la diaspora. Il invite à la
fidélité à la Loi de Moïse à travers les souffrances et les persécutions,
en particulier sur le refus du mariage avec des païens.
3 Les Livres d’‘Esther’ et de ‘Judith’ (100)
Dans le même esprit que les textes précédents, ces deux petites
nouvelles sont destinées à affermir les Juifs, surtout ceux de la
diaspora, à rester fidèles à la foi des ancêtres. Leur Dieu est le Dieu
des cieux, le Tout-Puissant qui sauve son Peuple.
4 Les deux Livres des ‘Maccabées’ et le Livre de ‘Daniel’
Ces écrits évoquent les persécutions d’Antiochus IV Épiphane (164).
Leurs genres littéraires sont bien différents ; mais ils proclament qu’en
dépit des apparences, le vrai Dieu d’Israël protège toujours ses fidèles
contre leurs ennemis.
5 Le Livre de ‘Barukh’ et la ‘Sagesse de Salomon’
Tels sont les deux derniers écrits de l’Ancien Testament. Ils datent de
erla seconde moitié du 1 siècle avant J.-C. et ils font transition avec les
Livres du Nouveau Testament.
Chacun de ces livres sera présenté de manière plus développée au
long des chapitres suivants. Ils seront étudiés en suivant cet ordre
chronologique, bien différent de celui proposé dans les bibles.
24 5.- La Bible, un livre inspiré à décrypter ?

Pour les croyants, juifs et chrétiens, la Bible est un livre inspiré,
c’est-à-dire écrit sous l’influence de Dieu lui-même. C’est pourquoi
Bible rime souvent avec Saintes Écritures. En d’autres termes, le
texte, tel qu’il se trouve aujourd’hui dans ces livres, est regardé
comme Parole de Dieu, Vérité révélée par Dieu.

Mais attention ! Déclarer que l’inspiration divine concerne
l’ensemble de ces écrits ne veut pas dire que le rédacteur, ou auteur
inspiré, a perdu toute personnalité sur le plan littéraire ou historique.
Chaque écrivain utilise le genre littéraire qui lui convient et écrit selon
son style propre. Imprégné des conceptions et des connaissances de
son temps, y compris des idées mythologiques, il les laisse
transparaître ou même les utilise pour être mieux compris de ses
contemporains. Ce qui est objet de la révélation divine, Vérité révélée,
c’est Dieu lui-même, et l’homme en tant que créé par Dieu, pour vivre
en relation avec Lui. Inversement, se trouve exclu ce que l’homme
peut découvrir par lui-même grâce à l’intelligence qui lui a été
donnée. La Bible ne dispense pas l’homme de son travail de
recherche ; elle n’enseigne ni données scientifiques ni historiques.
À cet égard, le rédacteur inspiré reste un homme de son époque.
Un exemple fera mieux comprendre. Dans le Livre de la Genèse
(chap. 6 à 9), se trouve le récit du déluge. À l’origine peut-être, un
vieux souvenir de cataclysme ayant donné lieu à des compositions
è èpoétiques et, vers les 13 -12 siècles, est écrit un long poème
assyrobabylonien, l’épopée de Gilgamesh. Le rédacteur biblique n’hésite pas
à s’en inspirer au point d’en recopier des phrases (ou presque).
Or, sous sa main naît un texte profondément nouveau ; à l’aide du
récit mythologique, entremêlé de traditions israélites anciennes, il
compose, dans la lumière de l’inspiration et de sa foi, une esquisse
d’Histoire du Salut. L’épopée légendaire a été sublimée en profession
de foi !

Il n’est pas facile pour bien des lecteurs de la Bible de faire la part
entre la lettre du texte, les procédés littéraires et ce qui est objet de la
Révélation. Tout risque d’être compris et interprété sur le même plan,
comme une Fable de La Fontaine pour laquelle nous nous
demanderions à quelle époque les animaux ont cessé de parler !
Il faut distinguer l’objet de l’enseignement et la manière dont il est
25 présenté, le dit et le comment c’est dit. Le comment est l’onde
porteuse, la vérité révélée en est la modulation signifiante.
Un décodage est nécessaire pour faire jaillir du bruit des mots la
Parole de Dieu.
La Bible n’est pas un écrit ésotérique. Cependant elle s’adresse à
des initiés, aux croyants. La Bible a été écrite par le peuple d’Israël
pour le Peuple de Dieu ; par la main d’un croyant, Dieu parle à des
hommes qui croient en lui. Le lecteur, même incroyant, doit accepter
cette perspective sous peine de se fermer à une lecture honnête.
Ceci compris, il reste, même pour le croyant, à décoder la
signification religieuse de l’écrit. Le lieu privilégié pour une lecture de
la Bible est la communauté chrétienne. C’est là que les Écritures
peuvent déployer leur richesse. Malheureusement une telle rencontre
n’est pas souvent offerte à tous ceux qui désirent lire les Saintes
Écritures avec intelligence et profit. C’est à leur intention qu’a été
rédigé cet ouvrage. Il propose un choix de prières, extrait de chacun
des livres de l’Ancien Testament. La manière de prier Dieu a évolué
au cours du temps. Après avoir repéré cette évolution, nous relirons
les textes des trois grands prophètes (Ésaïe, Jérémie et Ézékiel) ainsi
que le Livre des Psaumes afin de rechercher les traces des ultimes
relectures. Jusqu’à quelle époque ces textes ont-ils été relus et
complétés pour faire corps au texte et nourrir l’histoire des hommes ?
* * * * *
26
PREMIÈRE PARTIE

LIVRES ANTÉRIEURS À L’EXIL À BABYLONE
E E(9 AU 7 SIÈCLE)

La prière exige-t-elle un apprentissage, un cheminement ? Si oui,
comment l’homme a-t-il progressé dans son dialogue avec son
Créateur ? L’idée vient naturellement de regarder à travers la Bible
l’évolution du dialogue dans le temps, entre la créature et son
Créateur.

La difficulté est que la chronologie des plus anciens documents
bibliques n’est pas bien assurée. Suivant l’avis des spécialistes, nous
avons considéré que la geste d’Élie et Élisée (fin I R/début II R)
représente le témoignage le plus ancien, suivi ou accompagné des
oracles des prophètes Amos et Osée, le cadre historique de cette
erpériode se trouvant décrit dans le 1 Livre de Samuel.

Il apparaît donc que différents genres littéraires sont concernés.
Élie et Élisée sont plus des figures légendaires que des personnages
historiques, mais ils résument en eux-mêmes une partie de l’histoire
du peuple juif au point que les rédacteurs les ont intégrés dans
l’histoire des Rois d’Israël, sous le règne d’Achab.
Les oracles des prophètes sont datables au travers des
circonstances de leur proclamation originelle. Tous ont été relus et
complétés ultérieurement à l’aune d’événements postérieurs. Ainsi, les
prophètes Amos, Osée et Michée n’annonçaient à l’origine que la
destruction de Samarie et la disparition des dix tribus juives du nord
(723). Ces oracles seront complétés deux fois :
- Une première fois, pour annoncer que Jérusalem (Juda) va
connaître le même sort (597/587) ;
- Une deuxième fois, pour annoncer que le Seigneur lent à la
colère et plein d’amour autorise le peuple à rentrer chez lui
(538).
Il nous faudra donc être attentifs à ces rédactions successives et
vérifier si les successeurs prient comme le prophète initial.
Enfin, il nous faudra investiguer comment prie le rédacteur des
Livres de Samuel, celui qui donne le cadre historique de la période,
27 mais en se souvenant aussi qu’il rédige, peut-être, quelque siècles
après les événements qu’il prétend mettre en scène…
Selon ce fils ténu et précaire, la plus ancienne prière de la Bible serait
formulée par Élie (I R 17,20) :
Prologue.- Élie et Élisée (1 R 17,1-II R 8,15/13,14-21)
17 20 Et il appela YHWH et dit :
“YHWH, mon Dieu,
veux-tu aussi du mal à cette veuve
avec qui je suis immigré,
en faisant mourir son fils ?”
* s'allongea21 Et il se mesura* sur l'enfant trois fois
et il appela YHWH et dit :
“YHWH, mon Dieu,
* à l'intérieur que donc retourne l'être de cet enfant-ci
de lui dans son sein*.
22 Et YHWH entendit la voix d'Elie
et retourna l'être de l'enfant sur son sein
et il fut vivant !
Cela commence mal ! Élie accuse le Seigneur de meurtre gratuit !
Pourquoi faire mourir le fils unique de cette veuve, immigrée comme
lui ? Déjà la mort du fils unique est évoquée ici…
18 36 Et ce fut quand monta l'offrande,
s'avança Élie le prophète
et il dit :
“YHWH, Dieu d'Abraham, d'Isaac
et d'Israël,
aujourd'hui, sera connu que toi [es] dieu
en Israël et moi, ton serviteur,
et par ta parole j'ai fait toutes ces paroles.* * choses
Cette deuxième prière évoque la transmission par le prophète de la
Parole de Dieu ou des Actes de Dieu. Par ta Parole, j’ai fait toutes les
paroles. Ce n’est pas du saint Jean, parce qu’ici, paroles et actes sont
un seul et même mot. Dire et faire sont un seul et même concept en
langue sémitique.
La troisième prière d’Élie témoigne de son profond désarroi. Du
fond du trou, il demande la mort, ce qui est un refus d’assumer son
statut de créature de Dieu et de prophète…
28 Élisée, disciple d’Élie, voit son maître aspiré au ciel alors qu’ils
sont en terre étrangère… Comment continuer sa mission ?

2 14 Et il prit la cape d'Élie
qui était tombée de sur lui
et il frappa les eaux et dit :
“Où [est] YHWH, Dieu d'Élie ?”
Lui également, il frappa les eaux
et elles furent divisées ici et là,
et Élisée passa.

Élie disparu, Élisée se trouve dans une situation embarrassante.
Il a traversé le Jourdain avec Élie et maintenant, que faire pour
revenir ? Il commence tout d’abord par imiter Élie et frappe les eaux
avec le manteau que celui-ci lui a laissé en guise d’héritage. Sans
résultat… Il n’a plus maintenant qu’à s’adresser à ce Dieu qu’il ne
connait pas et qui n’est pas encore le sien : « Où est YHWH, Dieu
d’Élie ? » Cela suffit pour l’instant au Seigneur qui accède à sa
demande.

6 20 Et ce fut, comme ils étaient venus à Samarie,
Élisée dit :
“YHWH ! Ouvre les yeux de ces gens
et qu'ils voient.”
Et YHWH ouvrit leurs yeux et ils virent
et voici : ils [étaient] au milieu de Samarie !

Ceci est la dernière prière d’Élisée. Elle reste très utilitaire et
concentrée sur les besoins immédiats de prophète. Seuls comptent les
résultats, et le Seigneur accède à la demande de son prophète.
Les premières guérisons obtenues par Jésus dans l’Évangile de Marc
sont exactement de ce type.
Terminons II Rois, qui nous décrit la succession des rois de Juda
jusqu’à la prise de Jérusalem par les armées de Babylone. Un seul roi
s’adresse à son Dieu, il s’agit du roi Ézékias, tombé gravement
malade :
Et Ézékias pria face à YHWH
et dit : 19 15
“YHWH, Dieu d'Israël, assis [sur] les kerubîm,
c' [est] toi le Dieu,
toi seul pour tous les royaumes de la terre,
29