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Rencontres avec Jésus

De
226 pages
Pour l'auteur, Jésus n'est pas un Fils de Dieu puissant, auteur de maints miracles, soulevant les foules, c'est, au contraire, un personnage humble et fragile qui connaît le doute et l'échec, mais qui ne dévie jamais de la vocation qu'il a décidé de suivre. Ces hommes et ces femmes de la Palestine du Ier siècle ont bien des points communs avec ceux et celles du XXIe siècle ; aussi la considération de la vie et des rencontres innombrables de Jésus avec ses contemporains reste d'une permanente actualité.
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RENCONTRES
AVEC
JÉSUS
Du même auteur
’apôtreierre devantCorneille (Esquisse d’une théologie de la rencontre),L'Harmattan, Paris, 200.
Fiona(roman), L'Harmattan, Paris, 2008.
our l'onneur deDieu,L'Harmattan, Paris, 2007.
Fêtes chrétiennes (duour desorts à la Reformation), L'Harmattan, Paris, 2007.
Enuête duGraal,Aubéron,Anglet, 2003.
Guillaume le Troubadour,Aubéron,Anglet, 2002.
'hérésie des pauvres (Vie et rayonnement deierre Valdo),Labor etFides,Genève, 2002.
seult et ses sœurs celtiques,CoopBreizh, Spezet, 15.
Des légions romaines aux saints bretons,CoopBreizh, Spezet, 13.
VA, histoire d'un nouveau moyen de transport,Ronald Hirlé, Strasbourg / Maxima, Paris, 13.
Bernard
RENCONTRES
Félix
AVEC
L’Harmattan
JÉSUS
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aris
ntroduction
Un de mes livres précédents,apôtreierre devant Corneille, paru aux éditions l’Harmattan, esquissait ce que j’avais appelé une théologie de la rencontre. Le présent livre tente d’en être la continuation. M’appuyant sur les entretiens fameux de l’apôtre et du centurion romain de Césarée, déclenchés par la vision reçue par le premier d’une table descendant du ciel et chargée de mets impurs, j’avais essayé de faire de la rencontre avec ses contemporains l’art essentiel et premier de Jésus, le fondement de son enseignement de l’Amour deDieu.Et j’employais pour définir Jésus ce propos de l’apôtre devantCorneille relaté enAc 10, 38 :vous savez comment ésus a parcouru le pays en faisant le bien et en guérissant... Parcourir le pays, c’est-à-dire principalement laGalilée et la Judée, voire un peu la Samarie qui les sépare, rencontrer les gens de toutes sortes, se mettre à leur écoute en leur consacrant tout le temps nécessaire, leur faire du bien par la Parole, les guérir de leurs maux ou de leurs misères, en même temps leur apporter laBonne Nouvelle fondamentale de l’Amour deDieu, tel était le portrait que Pierre faisait àCorneille de ce Messie qu’il avait suivi pendant deux ou trois ans et dont le souvenir emplissait son nouveau ministère d’apôtre. Pour illustrer ces propos, différentes relations de rencontres de Jésus émaillaient mon ouvrage, confortant les enseignements de Pierre dans la maison du centurion.Ainsi la rencontre de Jésus avec la femme adultère, avec les Juifs de la synagogue de Nazareth, les rencontres avec Marie-Madeleine, avec la Samaritaine, avec Zachée, avec Marthe et Marie, avec ses bourreaux auCalvaire, enfin cette vision des sept disciples partis à la pêche sur le lac de Tibériade, vision qui les met en face de leur maître ressuscité. Poursuivant mon intention de décrire Jésus lors de son court ministère, j’entreprends ici une suite de récits de
nouvelles rencontres. Toutes sont signes de l’Amour de Dieu et de sa sollicitude pour tous les hommes ; je les ai choisies pour l’éclairage qu’elles donnent sur Jésus et sa vie publique.Elles sont capitales parce qu’elles dégagent un portrait dont l’unité va nous apparaître au fil de cet ouvrage. Les évangiles qui les racontent m’ont servi pour compléter ma propre connaissance de Jésus : par là, ils m’ont éclairé dans ma recherche de la vérité de la foi chrétienne ou, plus simplement, dans ma recherche de moi-même en tant que chrétien. Cpersonnel donc, est ainsi une collection dee livre, très relations des rencontres de Jésus avec ses contemporains, présentées sans préoccupation de les placer dans l’ordre de l’histoire de Jésus, au demeurant bien difficile à établir. Il est voulu pour contribuer à étayer cette théologie de la rencontre, la seule, en ce point de mes réflexions, qui situe bien le Jésus de ma foi à travers ces quelques relations que les évangiles ont conservées plus ou moins bien de son histoire en Palestine. Plus encore et partant des évangiles relatant la geste terrestre de Jésus, ce livre veut situer le rôle que chaque chrétien peut avoir auprès de ses frères, à l’exemple de son modèle, Jésus.Fortement en effet, je pense que nous sommes appelés à être aussi, chacun à notre place, des envoyés deDieu dans un monde qui a tant besoin d’une présence divine rassurante et d’une parole d’Amour. Nous pouvons tous être ces messies, ces Oints deDieu chargés d’apporter un témoignage de vérité et un message d’amour et de pardon.Comme les disciples l’ont ressenti après la mort de leur maître, est-il rien de plus exaltant ?
C Jeanhapitre Baptiste
Les récits des évangiles qui traitent du baptême de Jésus le situent au tout début de son ministère. Si nous lisons l’évangile de Matthieu, ce baptême est suivi par la tentation au désert et l’ensemble clôt cette période de vie anonyme que Jésus a connue depuis son adolescence en poursuivant, au milieu des siens, à Nazareth, le métier de son père Joseph. Une nouvelle étape s’ouvre ensuite, celle de son ministère public comme envoyé deDieu.Après le baptême, puis l’épreuve de l’isolement complet au désert, l’apparition de Jésus au milieu de ses contemporains signe sa conviction qu’il possède une vocation bien précise à accomplir ; elle inaugure les temps de pleine conscience de cette exceptionnelle vocation et de son bref dérou-lement, grandiose et tragique. Notre livre commence donc par la méditation de ce que nous pouvons considérer comme la première rencontre de Jésus ; celle avec Jean leBaptiste.C’est là son véritable départ dans une vie publique. Remarquons déjà qu’aucune mention du baptême ne figure dans l’évangile de Jean, seulement ce témoignage duBaptiste (Jn 1, 2) :il vit ésus venir à lui et il dit : voici l’Agneau deDieu qui ôte le péché du monde.Ainsi s’ouvre pour cet évangéliste un ministère qui se développe très vite par la vocation des premiers disciples appelés à suivre Jésus. Petite troupe soudée et itinérante, discutant en chemin et s’attachant à connaître, à enseigner et à aider tous ceux qu’elle croise ou qui viennent à elle.
Dvie... Un départ un peu tardifépart dans une nouvelle en apparence, puisque, selon la grande majorité des commentateurs, Jésus est alors proche de la trentaine ou bien il l’a juste atteinte. Ne nous étonnons pas. Une telle vocation suppose une maturation lente afin d’être sérieuse et complète. Une très longue réflexion a été menée de
manière fort solitaire, car à qui se confier, avec qui discuter, sans se faire “rabrouer”, contester, voire ridiculiser ? Il est concevable que Marie, sa mère, ait suivi discrètement les interrogations spirituelles de son fils. L’épisode des noces deCana nous laisse entendre qu’elle avait percé l’étonnant personnage doué de pouvoirs remarquables que Jésus allait être, conformément peut-être à ce qu’elle avait deviné au moment même de sa naissance. Toutes ses intuitions touchant Jésus,elle les repassait dans son cœurau long de l’enfance, puis de la jeunesse de son fils (Lc 2, 1). Al’inverse, d’autres passages des évangiles montrent à plusieurs reprises une incompréhension profonde entre Jésus d’une part, sa mère et ses frères et sœurs d’autre part. Qu’en était-il en vérité ? Il n’est pas aisé de l’établir. Après tout, il est possible que l’appréciation de la famille sur ce fils ou ce frère senti comme sortant trop de l’ordinaire ait varié au cours du temps ou, à tout le moins, ait fait l’objet de doutes réels, d’interrogations persistantes, de revirements. Evocation tardive de Jésus avant sa sortiest-ce une dans le monde ? Rappelons-nous qu’il en est allé de même pour quelques grands autres mystiques qui passent par un même chemin de méditation solitaire et une encore plus longue préparation spirituelle les conduisant à leur vérité profonde. Une comparaison est possible avec l’aventure du prophète Mahomet dans la caverne du mont Hira, près de La Mecque.Cette préparation à sa vocation d’envoyé deDieu est suivie par sa femme Khadidja, avec une attention discrète et intelligente. Un subtil accompa-gnement féminin peut être source de lumière. Ainsi Mahomet passe de longues périodes de retraite au bout desquelles il reçoit finalement la révélation qu’il attend. Il déclare plus tard que l’angeGabriel est descendu lui parler à maintes reprises de la part deDieu. C’est le cas également duBouddha méditant longuement en forêt avant de recevoir l’illumination qui
lui fait comprendre la vanité de tout désir humain et qui le délivre de ses attachements et de ses recherches antérieurs. C’est le cas de Moïse resté longtemps au désert au milieu des Madianites avant d’entendre l’appel deDieu venu du centre du buisson ardent. Mais c’est le cas aussi de tant d’autres prophètes ou mystiques entre lesquels on peut citerFrançois d’Assise ou Pierre Valdo... Sans oublier tous ces moines qui, de l’Egypte à l’Irlande, ont subi avec enthousiasme l’épreuve de la solitude avant de compren-dre leur vocation et de l’embrasser. Après son baptême, Jésus est dit, selon les évangiles synoptiques, avoir fui au désert pendant une longue période (le chiffre de quarante jours signifie simplement une durée très importante). Il est alors éprouvé par différentes tentations venant du “diable”, au milieu desquelles il faut sans doute placer celle du pouvoir.C’est en effet une prise de pouvoir de leur Messie qu’attendent en ce temps bien des Juifs opprimés, afin de chasser l’occupant romain, leur oppresseur. Nous reparlerons, dans le prochain chapitre, de la signification des tentations de Jésus. Avant ce passage au désert et ces tentations, Jésus a donc fait une première rencontre parmi les hommes. Tous les évangélistes la rapportent : celle d’un homme bien différent de lui, un solitaire aussi, qui attire de grandes foules au bord du Jourdain.C’est la rencontre avec Jean le Baptiste.
Cherchons à situer Jean. Le personnage est étonnant, vêtu d’un habit en poils de chameau, hirsute et se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles, signes d’une vie ascétique choisie pour frapper les foules. Les hommes seulement, probablement ? Ou hommes et femmes ? Nos textes ne mentionnent pas ces dernières au bord du Jourdain où officie Jean. Quoi qu’il en soit, il est assez malaisé de décrire Jean parce que les évangiles peuvent être interprétés de différentes façons. Il est certain que les
textes qui parlent de lui cherchent à accentuer ses contrastes avec Jésus, peut-être un peu dans le but de marquer une nette prééminence de ce dernier. Jean est un exalté qui s’adresse aux Juifs de la façon la plus vigoureuse.Ce n’est pas un tendre, un indulgent, son objectif est de déranger les consciences, d’éveiller ses interlocuteurs par des apostrophes très dures (Mt 3, 7 et 10). Bande de serpents !ui vous a enseigné que vous pourriez échapper au jugement deDieu qui est proche ?... a hache est déjà prête à couper les arbres à la racine : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Bien des prédicateurs du MoyenAge se sont inspirés de ces armes de l’invective et de la menace pour réorienter à leur façon la vie des chrétiens d’alors et ils y ont réussi souvent. La plupart présentent des figures d’exaltés violents aux jugements sommaires. Sur des foules incultes, cela a maintes fois réussi.Elles ont été conquises, soulevées, converties, baptisées. Jean est empli de la vision apocalyptique du jugement du monde et de sa disparition finale, effet de la colère d’un Dpar les péchés des hommes et par leursieu courroucé infidélités à sa Loi. Le but de ces propos violents est d’éveiller ses interlocuteurs à une meilleure conscience de leur état de péché, à un meilleur sentiment de leurs fautes vis-à-vis de la Thora, afin d’éviter la catastrophe qui pourrait se produire. Jean les incite donc à une purification morale qui doit se manifester par un baptême dans la rivière du Jourdain, après une confession pleine et entière de leurs transgressions.De telles ablutions complètes n’étaient pas totalement inconnues du monde juif à cette époque.Certaines d’entre elles avaient lieu au Temple et, surtout, dans la secte desEsséniens où elles étaient courantes. Il n’en reste pas moins que le baptême est une création originale faite par leBaptiste qui a le mérite de
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