Théologie lucanienne

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Des Evangiles synoptiques - les trois Evangiles de Matthieu, Marc et Luc -, il est admis que celui de Luc est le plus développé. Le troisième évangile n'est que le premier tome de l'œuvre lucanienne, le second étant le Livre des Actes. Dans la recherche de la théologie lucanienne, certains articles de l'ouvrage tirent parti de ce que l'on appelle le "bien propre" de Luc, ces 500 versets qui lui sont propres. D'autres articles s'efforcent de montrer l'originalité de Luc en examinant des passages parallèles Mc/Mt/Lc.

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Date de parution 01 novembre 2010
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EAN13 9782296450738
Langue Français

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Théologie lucanienne
Religions et Spiritualité dirigée parRichard Moreau, Professeur émérite à l'Université de Paris XII et André Thayse, Professeur émérite à l'Université de Louvain La collectionReligions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions Pierre EGLOFF,La Messe sur l'univers. Les Nourritures du Ciel et de la Terre,2010. Marie LUCIEN,10 maîtres de vie dans la Bible, 2010. Philippe BEITIA,Le baptême et l'initiation chrétienne en Espagne e e du III au VII siècle, 2010. Michel GIGAND, Michel LEFORT, Jean-Marie PEYNARD, José REIS et Claude SIMON,La sortie de religion, est-ce une chance ?, 2010. Francis LAPIERRE,Saint Luc en Actes ?, 2010. Georges BONDO,Analogie de l'Avent. Transcendance de l'extériorité et critique anthropologique, 2010. André THAYSE,Dieu caché et Réel voilé. L'une et l'autre Alliance, 2010. NGUYEN DANG TRUC,Bouddha, un contemporain des Anciens Grecs, 2010, Philibert et Dominique SECRETAN,Fêtes et raisons. Pages religieuses,2010. Roger BENJAMIN,Nature et avenir du christianisme, 2009. Philippe PENEAUD,Le visage du Christ. Iconographie de la Croix, 2009. Philippe PENEAUD,La personne du Christ. Le Dieu-homme, 2009. Geneviève SION-CHARVET,Bible et Coran à l’école laïque, 2009.
Pierre HAUDEBERT Théologie lucanienne Quelques aperçus
© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13815-5 EAN: 9782296138155
Avant-propos Aux lendemains d’une thèse soutenue à l’U.E.R. de Théologie et de Sciences Religieuses de l’Institut Catholique de Paris sous le titre : « La conception lucanienne de la conversion à partir d’Actes 2, 37-40 », travail qui m’avait donné une certaine familiarité avec la littérature lucanienne, il me fut proposé de reprendre, pour le terminer, un commentaire de l’Evangile de Saint Luc que le Père Augustin GEORGE, de la Faculté de Théologie de Lyon avait entrepris, mais sans pouvoir le terminer. Le Père Pierre BENOIT, de l’Ecole Biblique de Jérusalem, qui avait pris connaissance de mes recherches, m’avait fortement invité à tenter l’aventure… Il n’en a pas été ainsi. Ce fut, quelques mois après cette soutenance, l’enseignement du Nouveau Testament (mondes synoptique, johannique et, accessoirement, paulinien) qui me fut confié à la Faculté de Théologie de l’Université Catholique de l’Ouest à Angers. Il m’a donc fallu abandonner mon projet pour un moment – c’était du moins mon intention – pour découvrir l’univers évangélique. Cela ne pouvait qu’être bénéfique. Me sentant en possibilité de reprendre le projet initial, ce furent des responsabilités administratives au sein de la Faculté, pendant une quinzaine d’années, qui, de nouveau, m’empêchèrent de le mener à bien. Malgré tout, Saint Luc demeurait le centre d’intérêt de mes recherches et, mettant à profit diverses occasions, j’ai pu approfondir l’un ou l’autre passage, l’une ou l’autre péricope, naviguant, au gré des circonstances, de l’Evangile de Luc aux Actes des Apôtres. Ces articles ont été publiés dans certains ouvrages ou revues.
Ces quelques pages, que je vous invite à découvrir, rassemblent une partie de ces travaux, à défaut d’une étude suivie soit en forme de commentaire, soit sur un thème précis. Bien que certains articles soient assez datés, j’ose espérer qu’ils permettront à l’un ou l’autre lecteur d’approfondir sa connaissance du troisième évangile et, éventuellement du Livre des Actes, et je lui souhaite bonne lecture.
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1 Deux cantiques : Benedictus (Lc 1, 68-79 et Gloria (Lc 2, 13-14)*Benedictus (Lc 1, 68-79) Nom latin (« béni ») donné au cantique de Lc 1, 68-79, deuxième d’une série de quatre en Lc 1-2 : 1, 46-55.68-79 ; 2, 13-14.28-32, qui pour des raisons de fonction, de sources, de composition et de structure, a, depuis longtemps, retenu l’attention des exégètes. 1. Place Le Benedictus joue un peu le rôle des discours dans Ac : Zacharie lui-même (cf. Marie et Syméon en Lc, Pierre et Paul en Ac) exprime les sentiments qui l’animent en la circonstance (Brown, 347 ; Fitzmyer, 376) et, ce faisant, donne sens à l’événement. Lc utilise là un procédé littéraire connu de la littérature profane. De plus, le Benedictus forme un ensemble littéraire complet en lui-même, - une étude structurée le souligne particulièrement (Vanhoye, Auffret) -, séparable de son contexte de telle sorte que le v. 66 peut trouver sa suite logique au v. 80. Il est toutefois bien incorporé au récit : les v. 68-75 sont introduits par le v. 64 (« il bénissait Dieu »), et les 76s répondent à la question du v. 66 : « Que sera cet enfant ? » _____________ *Publiés dans leDictionnaire Encyclopédique de la Bible,Editions Brepols, 1987, respectivement pp. 195-196 et 537-538.
2. Origine Les nombreuses citations explicites et implicites font du Benedictus un véritable centon de textes bibliques et lui donnent une certaine unité, mais la soudaine apparition du style direct au v. 76 (« Et toi … ») brise le rythme. Ces deux remarques soulèvent la question de ses sources et de sa composition. Harnack, prétendant que le Benedictus était « tout entier de la main de Luc » (Benoit, 182) n’a pratiquement pas été suivi. Reste alors l’hypothèse, communément suivie, de l’existence pré – ou non – lucanienne du cantique avec une insertion proprement lucanienne aux v. 76-77. Mais peut-on discerner l’origine de ce cantique préexistant ? Certains ont pensé à un original hébreu en raison de nombreux sémitismes ; mais dès 1924, Loisy a montré qu’un grec sémitisant pourrait être tout aussi vraisemblable. Winter, à cause de la mention des « ennemis », de « ceux qui nous haïssent », propose une origine maccabéenne. Selon ces hypothèses, peu suivies actuellement, Luc aurait adapté un cantique juif. Avec des nuances de détail, Benoit, Robinson, Gnilka et Jones y voient un hymne provenant d’un milieu judéo-chrétien. Brown et Fitzmyer ajoutent : l’atmosphère religieuse de cet hymne judéo-chrétien laisse transparaître la piété desânâwîm. En ce cas, à l’exception de sa propre intervention (v. 76-77) et, sans doute de quelques adaptations, mais difficilement identifiables, Luc aura utilisé un cantique chrétien, lequel pourrait être déjà, si l’on suit Benoit, une transposition « d’un cantique messianique juif ». 3. Structure Comment établir la structure du Benedictus ? Prendre comme critère les strophes ? Plummer en propose cinq, Loisy, six. Faut-il tenir compte de la coupure du v. 76 ? Le Benedictus présente alors deux parties distinctes, chacune d’elles étant formée de deux strophes : -v. 68-75 : action de grâce au Dieu sauveur (v. 68-70), évocation de l’œuvre messianique (v. 71-75) ;
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-v. 76-79 : mission du précurseur (v. 76-77), effets résultant de la venue du Messie (v.78-79). Faut-il regarder le Benedictus comme un ensemble hymnique (Brown), avec : -une introduction (v. 68 a) ; -le corps de l’hymne où sont développées, en trois strophes (v. 68b-71.72-75.76-77), les raisons de l’action de grâce ; -une conclusion (v. 78-79) ? Faut-il souligner les parallélismes propres à la poésie biblique comme le propose Vanhoye ? Cette analyse permet d’établir une symétrie concentrique : F (68), E (69-70a), D (70b), C (71), B (72a), A (72a), A’ (73a), B’ (73b), C’ (75-76a), D’ (76b), E’ (77), F’ (78-79) et fait ressortir, comme élément central A-A’, les termes d’alliance et de serment. Chaque analyse met en valeur un aspect du Benedictus, mais aucune d’elles ne semble devoir s’imposer. ______________________________________ Bibliographie DBS, I, 956-962 (bibliographie) ; P. Vielhauer,Das Benedictus des Zacharias, ZTK 49, 1952, 255-272 (=Aufsätze zum Neuen Testament, Münich, 1965, 28-46) ; P. Winter,Magnificat and Benedictus. Maccabaean Psalms ?, BJRyL 37, 1954-55, 328-347 ; P. Benoit,L’enfance de Jean Baptiste selon Luc 1,NTS 3, 1956-57, 169-194 (=Exégèse et Théologie; J.A.T., III, Paris, 1968, 164-196) Robinson,Elijah, John and Jesus, NTS 4, 1958, 278-281 ; M. Gertner,Midrashim in the New Testament, JSS 7, 1962, 273-282 ; J. Gnilka,Der Hymnus des Zacharias, BZ 6, 1962, 215-238 ; A. Vanhoye,Structure du Benedictus, NTS 12, 1966, 382-389 ; D.A. Jones,The Background and Character of the Lucan Psalms, JTS 19, 1968, 19-50 ; O. Haggenmueller,Der Lobgesang des Zacharias (Lk 1, 68-79), BiLeb 9, 1968, 249-261 ; P. Auffret,Note sur la structure littéraire de Lc 1, 68-79, NTS 24, 1978, 248-258 ; R. E. Brown,The Birth of the Messiah, New York, 1979, 374-380 ; J.A. Fitzmyer,The Gospel according to Luke I-IX, New York, 1981, 374-380.
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GLORIA(Lc 2, 13-14) 1. Place Le Gloria, bien que composé de 2 versets seulement (Lc 2, 13-14) et présentant un ton et un contenu particuliers, est habituellement compté au nombre des cantiques du récit d’enfance en Luc, après le Magnificat, le Benedictus et avant le Nunc dimittis. Dans ces trois derniers, ce sont des personnes qui interviennent : Marie, Zacharie, Siméon ; le Gloria, lui, est le fait « d’une troupe nombreuse de l’armée céleste » (2, 13). Dès lors, le cantique reçoit une tonalité liturgique, rejoint le thème, bien connu du judaïsme, de la liturgie angélique (cf. Is 6, 3 ;Testament de Lévi3, 8 ; 1 QSa II, 8s ; 1QM VII, 4s) ; il s’inscrit aussi dans la perspective lucanienne de la louange :ainein (Lc 2, 13) est employé 6 fois par Luc (Lc et Ac) et 2 fois seulement dans le reste du N.T.,doxazein (doxa, Lc 2, 14) est employé 14 fois par Luc alors que Mt ne connaît que 4 emplois et Marc un seul (L. Legrand, 173-175). 2. Structure Littérairement, le Gloria est construit selon le procédé du parallélisme antithétique : ciel et terre, Dieu et hommes. Toutefois, les auteurs ne s’accordent pas sur la structure de ce cantique en raison d’une hésitation textuelle concernant le termeeudokia(s) ; aussi bien selon l’option prise, aurons-nous soit trois soit deux membres. D’autre part, même chez les partisans d’une structure bipartite, l’on peut relever des nuances non négligeables de traduction suivant qu’ils tiennent compte ou non de la Vulgate. Doit-on lireeudokia au nominatif, à la suite des versions syriaque, arménienne, bohaïrque, des manuscrits grecs tardifs et d’Eusèbe ? S’il en était ainsi, nous aurions trois nominatifs :doxa, eirènèeteudokiaqui ne peuvent être rendus que par une structure tripartite, équilibrée du reste : « Gloire à Dieu au plus haut (des cieux), sur terre paix, aux hommes bienveillance » (cf. p. ex. D.
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