Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes - Réédition

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Partez à la découverte de la forêt.
- Le guide de terrain par excellence pour identifier 215 espèces (arbres, arbustes, plantes herbacées, fougères, prêles, lycopodes, bryophytes et lichens)
- Une 2e édition mise à jour et bonifiée
- Des fiches d'identification par espèces bien documentées.
- Des renseignements étoffés sur l'écologie des forêts
- Des cartes de répartition des arbres, de nombreuses illustrations et plus de 600 photos couleur.
- Des clés d'identification claires et pratiques
- Une édition revue et augmentée

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Date de parution 18 mai 2016
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EAN13 9782897621537
Langue Français

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ARBRES et PLANTES FORESTIÈRES
Michel Leboeuf
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES

ARBRES
et
PLANTES FORESTIÈRESARBRESDU QUÉBEC ET DES MARITIMES
et
Partez à la découverte de la forêt
PLANTES FORESTIÈRESLe guide de terrain par excellence pour identifi er 215 espèces
(arbres, arbustes, plantes herbacées, fougères, prêles, lycopodes, DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
bryophytes et lichens)
eUne 2 édition mise à jour et bonifi ée
Des fi ches d’identifi cation par espèce bien documentées Michel Leboeuf
Des renseignements étoffés sur l’écologie des forêts
Des cartes de répartition des arbres, de nombreuses
illustrations et plus de 600 photos couleur
Des clefs d’identifi cation claires et pratiques
Vulgarisateur scientifi que chevronné et auteur prolifi que,
Michel Leboeuf a déjà à son actif une quinzaine d’ouvrages
documentaires sur la fl ore et la faune de nos bois. Récipiendaire
à deux reprises du prix Hubert-Reeves, son travail journalistique a
aussi été primé par différents orga nismes de conservation. Il œuvre
au sein de la Fondation David Suzuki et est un conférencier apprécié
sur des sujets touchant la pro tection et la sauvegarde de notre
patrimoine naturel. Il est également rédacteur en chef de la revue
Édition revueNature sauvage.
et augmentée
ISBN 978-2-89762-097-4editionsmichelquintin.ca
FSC
to come 9 782897 620974Du même auteur dans la même collection :
Découvrir les oiseaux du Québec et des Maritimes : guide d’initiation
Famille nature : jouer dehors au Québec
Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes
(avec Stéphane Le Tirant)
Édition revue
et augmentéeARBRES
et
PLANTES FORESTIÈRES
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
Michel Leboeuf
Édition revue
et augmentéeCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du
Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Leboeuf, Michel, 1962-
Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes
Édition revue et augmentée.
(Guides nature Quintin)
Comprend des références bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-89762-097-4 (couverture souple)
ISBN 978-2-89762-098-1 (couverture rigide)
1. Flore forestière - Québec (Province) - Identifcation. 2. Flore forestière
- Provinces maritimes - Identifcation. 3. Arbres - Canada - Identifcation. 4.
Flore forestière - Canada - Ouvrages illustrés. I. Titre. II. Collection : Guides
nature Quintin.
QK203.Q8L42 2016 581.7’309714 C2015-942537-9
Édition : Johanne Ménard
Révision linguistique : Serge Gagné
Conception graphique : Ruth Pelletier
Mise en page : Domino Design Communications, Sandy Lampron Design
Édition : Johanne Ménard Illustrations : Marthe Boisjoly
Révision linguistique : Serge Gagné
Conception graphique : Ruth Pelletier
Mise en page :
Illustrations : Marthe Boisjoly
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— Gestion SODEC
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duction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou électro- nique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans l’autorisation
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écrite de
l’éditeur.ISBN 978-2-89762-097-4 (couverture souple) -
ISBN 978-2-89762-098-1 (couverture rigide)
écrite de l’éditeur.Dépôt légal – Bibliothèque et Archives du Québec, 2016
Bibliothèque et Archives Canada, 2016 re Copyright 2016 (1 édition 2007)©
Éditions Michel QuintinISBN 978-2-89762-153-7 (PDF)
4770, rue Foster
reWaterloo (Québec) Copyright 2016 (1 édition 2007)©
Canada J0E 2N0
Tél. : (450) 539-3774
4770, rue Foster
Téléc. : (450) 539-4905 editionsmichelquintin.ca
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Imprimé en Chine Tél. : (450) 539-3774 FSC
16 - Leo -1Téléc. : (450) 539-4905
editionsmichelquintin.caÀ Roméo, mon père,
qui le premier m’a appris à
jouer dans les bois.Remerciements
Un grand merci aux personnes suivantes, qui ont contribué, de près ou de loin, à la
réalisation de cet ouvrage : Marthe Boisjoly, illustratrice; Laurent Brisson, botaniste,
pour son coup de main dans l’identifcation des saules, un groupe taxonomique dif -
fcile; Robert Brisson, biologiste au parc de la Rivière-des-Mille-Îles ; Marie-Andrée
Camirand, agente de marketing au Jardin botanique de Montréal ; Jean Faubert,
biologiste et président de la Société québécoise de bryologie ; Serge Gagné, réviseur
linguistique, qui a également collaboré à l’établissement du glossaire de l’ouvrage ;
François Gros d’Aillon, compagnon d’excursion, qui m’a grandement aidé à dénicher
plusieurs des espèces traitées dans la seconde partie ; Michel Labrecque, conservateur
au Jardin botanique de Montréal ; Luc Lauzon, agent de recherche au CEF (Centre
d’étude de la forêt) ; Johanne Ménard, éditrice aux Éditions Michel Quintin ; Michel
Quintin, éditeur ; Anca Sultana, compagne d’expédition.
Je tiens à remercier particulièrement Daniel Gagnon, professeur et chercheur en
écologie forestière à l’université de Regina (auparavant à l’Université du Québec à
Montréal), de même qu’André Sabourin, botaniste, qui ont relu et annoté
respectivement les première et deuxième parties du manuscrit original. Leur aide, fort
précieuse, nous permet d’offrir au lecteur un ouvrage que nous espérons le plus exact
et le plus à jour possible quant à son contenu scientifque.
Merci enfn aux lecteurs et utilisateurs de la première édition de l’ouvrage. Les nom -
breux témoignages d’appréciation de même que les commentaires recueillis au fl des
ans ont contribué à améliorer et mettre à jour la présente édition, revue et augmentée.
Origine des fgures
p. 21 : adaptée de Klenholz (1934) dans Kramer et Kozlowski (1960)
p. 52 : inspirée de Barnes et al. (1980)
p. 58 : adaptée de Saucier et al. (1998)
Crédits photographiques
Toutes les photos apparaissant dans l’ouvrage sont de l’auteur,
sauf les suivantes :
p. 55 (porte-queue verdâtre) : Thomas Elliot
p. 185, photo 3 (samare du frêne noir) : Les Arbres du Canada, Ressources naturelles
Canada, Service canadien des forêts/Fides, 1996. Reproduit avec la permission
du Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux, 2006
couverture arrière : Pierre Leclerc / ShutterstockTABLE DES MATIÈRES
Mot de l’éditeur .................................................................................9
Préface ..............................................................................................11
Introduction ......................................................................................13
PREMIÈRE PARTIE
Écologie des forêts du Québec et des Maritimes ...........................17
1. Qu’est-ce qui fait pousser la forêt ? .........................................19
2. Comment se régénère la forêt ? ...............................................39
3. Comment se distribuent les forêts ? 57
4. Comment les végétaux forestiers sont-ils classés ? ..................75
DEUXIÈME PARTIE
215 espèces à identifer ...................................................................83
Grands arbres (plus de 10 mètres) ...............................................91
Petits arbres, arbustes,
arbrisseaux et plantes ligneuses .............................................187
Plantes herbacées .......................................................................245
Fougères ......................................................................................325
Prêles, lycopodes, bryophytes et lichens ....................................347
POUR EN SAVOIR PLUS
Glossaire ..........................................................................................372
Liste des plantes forestières comestibles,
toxiques ou urticantes ............................................................380
Clef d’identifcation des arbres (été) ............................................. 384
Clef hivernale d’identifcation des feuillus ................................... 389
Bourgeons des arbres feuillus ........................................................392
Troncs des arbres ............................................................................396
Port des arbres par famille .............................................................399
Auteurs des noms scientifques
des plantes citées dans l’ouvrage ...........................................404
Références ......................................................................................406
Index ...............................................................................................408Mot de l’éditeur
e2 édition
Promenons-nous dans les bois
« Ouvrir un livre sur les arbres, c’est un peu comme pénétrer dans une forêt :
une impression de plénitude nous gagne et nous sommes envahis par un
sentiment d’admiration pour ces vénérables êtres vivants qui demeurent,
contre vents et marées, les grandes sentinelles de nos bois. » Ainsi
commençait le mot de l’éditeur de l’édition originale. Pourquoi en changer ?
L’admiration est toujours là. Encore plus présente à l’heure du grand
chambardement climatique et de la raréfaction des milieux naturels.
Dix ans déjà depuis la première parution, et l’ouvrage n’a pas pris une ride.
Il est seulement devenu le guide de référence par excellence sur le sujet et
mérite qu’on le mette à jour et qu’on le bonife. Outre 15 espèces ajoutées,
dont une nouvelle essence d’arbre récemment découverte sur le territoire
québécois − le platane occidental −, l’auteur a pris soin de remplacer
plusieurs photos pour faciliter l’identifcation des espèces, d’ajouter des
encadrés et de joindre, en annexe, un outil supplémentaire pour différencier
les arbres en toutes saisons, soit une clef d’identifcation photographique
des bourgeons. Enfn, la classifcation et la nomenclature des espèces ont
été mises à jour suivant l’avancée des connaissances en ces matières. Le
guide de terrain pratique, avec ses fches signalétiques complètes, se double
ici en première partie d’un manuel d’écologie forestière concis offrant aux
lecteurs un tour d’horizon des forêts de l’est du Canada. Qu’est-ce qui
fait pousser la forêt ? Comment se régénèrent nos forêts ? Comment se
distribuent-elles au Québec et dans les Maritimes ?
Vulgarisateur chevronné, Michel Leboeuf présente un parcours jalonné de
nombreuses publications, dont une quinzaine de livres documentaires sur
la fore et la faune de nos bois, et de reconnaissances diverses. Récipiendaire
à deux reprises du prix Hubert-Reeves récompensant le meilleur ouvrage
de vulgarisation scientifque en français au Canada, il œuvre également à
la conservation des milieux naturels par son implication de longue haleine,
entre autres au sein de la Fondation David Suzuki, et donne des conférences
aux quatre coins du Québec sur divers sujets touchant la protection et la
sauvegarde de notre patrimoine naturel. Il est également rédacteur en chef
de la revue Nature sauvage.
Avec lui, promenons-nous dans les bois pendant que le loup..., l’écureuil
et la chouette y sont encore.
Michel Quintin
Éditeur10Préface
J’ai tant de souvenirs marqués par d’être connus et aimés. C’est
pourdes images d’arbres accumulées au fl quoi les ouvrages comme celui de
Michel Leboeuf sont si importants. de ma vie. Certaines me viennent de
Du général au particulier, Leboeuf la canopée du Gabon sur laquelle j’ai
nous fait découvrir dans son livre, dormi à bord du Radeau des cimes
destiné tant aux experts qu’au grand de Francis Hallé, bercé par les vagues
public, la diversité foristique et le de l’océan vert. D’autres, d’une
marfonctionnement des écosystèmes che dans la forêt californienne parmi
forestiers de l’est du Canada. Un les Sequoias sempervirens, dominants
livre d’une grande richesse qui com-dans leur milieu et vieux de mille
porte une juste dose d’information ans. J’ai ainsi développé, comme
scientifque et technique accessible, plusieurs, une grande sensibilité à
bien vulgarisée et bien appuyée par l’égard de l’arbre.
l’image qui permettra de mieux
connaître l’arbre, de mieux l’aimer. Et, Mais voilà que partout de par le
faut-il espérer, de nous éviter les monde les forêts sont envahies,
coubarbaries…pées, détruites. Sous les tropiques,
on brûle chaque jour des hectares
Un week-end de septembre, une de forêts pour y mettre à nu la terre
pluie froide tombait. Septembre
qui, bien souvent, quelques années
déjà. Je transplantais de jeunes
plus tard, devient sèche et inculte.
érables à sucre de l’endroit où ils
Chez nous, l’acharnement des
soavaient spontanément germé pour
ciétés forestières à prélever le bois,
les mettre où, j’espérais, ils
trouvede plus en plus loin, de plus en plus
raient plus de ressources pour
granbonzaïs, est de plus en plus ridicule.
dir. Je plantais des arbres comme
Partout le royaume de l’arbre est
pour chasser mes idées, comme
menacé. Ainsi, Félix-Antoine Savard
pour sentir la vie reprendre, comme
avait raison : pour faire le bon geste, faire du bien.
J’ai regardé longtemps par la suite
« Mais un arbre mutilé, m’annonce mes quelques arbres dans leur
noucomme un prophète les barbaries futu- velle terre. Ils avaient l’air heureux.
res. » (Aux marges du silence, Éditions Je l’étais.
Garneau)
Michel Labrecque
C’est Pierre Dansereau, le grand éco- Conservateur
logiste, qui nous enseignait l’im- Jardin botanique de Montréal
portance d’apprendre à nommer les
choses, les poissons, les insectes, les
oiseaux : tu aimeras mieux ce que tu
connais et reconnais. Et la forêt et ses
arbres ont plus que jamais besoin
11Introduction
Les forêts du Québec et des Maritimes :
mosaïque de diversité
e la jeune futaie de peupliers au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, Dfrémissants à la vieille forêt mys- qu’elle ait ou non les pieds dans
térieuse de conifères ; de la pinède l’eau, qu’elle se soit installée au fond
sèche des basses terres d’Abitibi à la d’une vallée, sur un cap rocheux,
sapinière humide des Maritimes ; de aux abords d’une tourbière ou sur
la riche érablière de la vallée du Saint- les fancs d’une montagne ; tout cela
Laurent à la taïga nordique, rude et concourt à façonner la
composifroide : le Québec et les Maritimes tion de sa communauté végétale – et
sont riches de forêts, des forêts d’une animale. Chaque forêt possède son
surprenante diversité. Sur ce grand propre caractère : arbres, arbustes,
territoire, la végétation forestière plantes herbacées, fougères, prêles,
change non seulement du sud vers le lycopodes, mousses et lichens
fornord, mais aussi d’ouest en est. Il en gent des alliances avec des espèces
est des forêts comme des personnes ; compagnes ou s’engagent dans des
chacune possède sa propre histoire, rivalités avec d’autres pour
intercepsa propre personnalité. ter la lumière ou monopoliser les
éléments nutritifs contenus dans
Chaque forêt possède sa propre his- le sol. Cette dynamique engendre
toire : l’agencement des essences qui une mosaïque forestière complexe,
la composent est parfois le refet de fascinante.
grandes perturbations – qui
remontent à 50, 100, voire 300 ans (incen- Le présent ouvrage a pour double
dies forestiers, épidémies d’insectes) ; objectif de vous faire apprécier
parfois le refet de toutes petites sur - l’immense diversité des
commuvenues l’année précédente – qu’un nautés forestières du Québec et
seul vieil arbre vienne à tomber et la des Maritimes et de vous permettre
trouée de lumière dans la voûte per- d’identifer tous les arbres qu’on y
mettra à toute une légion de jeunes retrouve, de même que les autres
vésemis de s’élancer vers le ciel. Le sol gétaux (arbustes, plantes herbacées,
de chaque forêt aussi a une longue fougères, etc.), parmi les plus faciles
histoire : l’assise rocheuse ancienne, à observer et à reconnaître.
qui structure le paysage du Québec
et des Maritimes, est recouverte de La première partie du guide propose
dépôts meubles en surface, laissés un tour d’horizon des facteurs
phypar le dernier glacier qui se retira il siques de l’environnement (climat,
y a 15 000 à 18 000 ans. géologie, sols, relief) qui délimitent
les domaines forestiers du Québec
Chaque forêt possède sa propre per- et des Maritimes (chapitre 1). On
sonnalité : qu’une forêt se trouve y traite également de la dynamique forestière, c’est-à-dire des mécanis- de manière à offrir au lecteur une
mes qui permettent à la forêt de se liste des plus complètes - nous
maintenir et se régénérer (chapi- avons choisi d’inclure dans l’ouvrage
tre 2). Les grandes zones de végéta- toutes les essences d’arbres indigènes
tion naturelle (érablières, sapinières, du Québec et des Maritimes, même
pessières, forêts acadiennes) sont les moins fréquentes (comme l’orme
ensuite présentées (chapitre 3). Un liège) ou celles dont la répartition
survol de l’évolution et de la clas- est plus restreinte (le genévrier de
sifcation des plantes (chapitre 4) Virginie par exemple). Cette seconde
complète cette section. édition compte également une
nouvelle espèce d’arbre puisque, depuis
La seconde partie brosse le portrait la parution de la première version
de 215 espèces forestières. Une des- de l’ouvrage, le platane occidental
cription des critères d’identifcation a été ajouté à la liste des arbres du
ainsi que des textes sur la répartition territoire québécois.
et l’habitat accompagnent la ou les
photos de chaque plante. Quant au choix des autres végétaux
de la fore forestière à présenter dans
Du fait que l’arbre est l’organisme un guide de terrain (tâche ardue
vivant le plus visible de la forêt – et puisque plusieurs milliers d’espèces
14d’arbustes, de plantes herbacées ou territoire. Partez à leur découverte !
de fougères trouvent refuge sous le Que ce guide soit à la fois livre de
couvert des arbres dans les forêts chevet et compagnon d’excursion,
de nos régions), il a été déterminé que ses pages soient maculées de
en fonction des probabilités éle- boue, que sa couverture soit abîmée,
vées d’observation de ces espèces, élimée : vous pourrez alors dire qu’il
de leur facilité d’identifcation et aura été vraiment utile.
du fait qu’elles sont typiques des
habitats forestiers naturels décrits Et malgré tous les renseignements
dans la première partie de l’ouvrage. que cet ouvrage contient, malgré
À la liste originale (première édi- l’avancée des connaissances en
écotion), 14 plantes ont été ajoutées, logie forestière, même si nous en
soit 4 arbustes, 4 plantes herbacées apprenons chaque jour davantage,
et 6 hépatiques et mousses. vous réaliserez bien vite que nous en
savons pourtant fort peu sur ce qui
À elles seules, les forêts couvrent se trame au fond des bois. Et c’est
près de la moitié de la superfcie du tant mieux… Qui voudrait marcher
2Québec (quelque 750 300 km ) ; dans une forêt dont on a percé tous
dans les Maritimes, elles s’étendent les mystères ?
2sur 91 290 km , plus de 75 % du
15Première partie
Écologie des forêts
du Québec et des
Maritimes181 Qu’est-ce qui fait pousser la forêt ?
Les facteurs physiques
Quatre facteurs physiques permet- climat est d’abord fortement marqué,
tent d’expliquer, en grande partie, du sud vers le nord, par des
différenla distribution de la végétation ces importantes de température. Il
forestière au Québec et dans les faut se rappeler que le rayonnement
Maritimes : le climat (température solaire qui parvient à la surface de
et précipitations), la géologie, le sol la terre varie selon la latitude et fait
et le relief. varier à son tour la température
moyenne annuelle : à l’équateur, les
Le CLimat rayons du soleil frappent la surface
terrestre perpendiculairement. Ces
Le climat est le facteur le plus
déterrayons sont toutefois de plus en plus
minant en ce qui a trait à la
distriobliques, et de moins en moins
puisbution de la végétation forestière.
sants, à mesure que l’on s’en éloigne.
Sous nos latitudes, deux éléments
Pour chaque mètre carré de surface
climatiques – la température et les
terrestre, l’énergie disponible pour
précipitations (pluie, neige, bruine,
les organismes vivants – et pour leur
etc.) – façonnent en premier lieu les
croissance – diminue à mesure que
communautés forestières.
l’on se dirige vers les pôles, ce qui
entraîne une réduction de la diversité
La température
des végétaux, des champignons, des
microorganismes, des invertébrés En raison de l’étendue du territoire
et des vertébrés. Dans la commu-(nos forêts s’étalent entre 44 et
56 degrés de latitude nord), notre nauté forestière, c’est toute la chaîne
PHOTO
19de la vie qui subit l’infuence de la de jours nécessaire chaque année
latitude. Dans nos régions, la tempé- pour assurer leur reproduction ou
rature moyenne annuelle diminue même leur croissance (la saison de
d’environ 1°C à chaque degré de croissance correspond au nombre
latitude vers le nord. de jours consécutifs compris entre
le dernier gel printanier et le premier
Tandis que la température moyenne gel automnal).
tend à diminuer en direction des
e epôles, la différence entre les valeurs Entre les 45 et 46 parallèles, dans
extrêmes de température entre l’hi- les érablières du sud-ouest du
ver et l’été, elle, tend à augmenter Québec, la température annuelle
(le climat en dents de scie des forêts moyenne est de 5 à 7°C, et le
nomtempérées et boréales). À partir des bre de jours de croissance est de 190
latitudes tempérées, la croissance est à 200 en moyenne par année : on y
interrompue par le gel hivernal. Et dénombre 46 espèces d’arbres
indie eplus l’on se dirige vers le nord, plus gènes. Entre les 52 et 56 parallèles,
le gel est hâtif et prolongé. Certaines dans les forêts d’épinettes noires à
espèces, abondantes dans le Sud, ne lichens (ou taïga), la température
réussiront pas à s’implanter dans des annuelle moyenne est de -5 à -2,5°C,
régions plus septentrionales, du fait et le nombre moyen de jours de
qu’elles ne peuvent plus compter – à croissance est de 100 à 140 jours
seulement quelques degrés de lati- par année : on n’y retrouve que huit
tude plus au nord – sur le nombre espèces d’arbres.
20Dormance et croissance
Le rythme saisonnier, qui engendre des écarts marqués de
température et des variations dans la durée du jour et de la nuit, dicte le
métabolisme général des arbres. À l’automne, la réduction journalière
du nombre d’heures d’éclairement amorce le cycle de dormance (la
période de ralentissement et d’arrêt de croissance) et la chute des
feuilles des arbres décidus. Sans période de dormance, les feuillus
des forêts tempérées et nordiques subiraient les effets d’un
manque chronique d’eau et d’un climat trop froid pour permettre la
photosynthèse. La durée de la période de dormance est déterminée
par l’accumulation d’un certain nombre de jours de temps froid
(de 60 à 90) durant la saison hivernale ; tant que ce seuil n’est pas
atteint, l’arbre poursuit sa dormance (cela lui évite par exemple de
« s’éveiller » lors d’un redoux en février puis de mourir de gel par la
suite). La hausse des températures au printemps marque la fn de
la dormance et annonce le début de la saison de croissance. Durant
celle-ci, différentes parties de l’arbre vont croître selon les mois.
Un jeune pin blanc de dix ans consacrera beaucoup d’énergie à
allonger sa tige principale au printemps (mai et juin), à agrandir le
diamètre de son tronc au cours de l’été (juin, juillet et août), puis à
développer son réseau de racines à l’approche de l’automne (août
et septembre).
Croissance saisonnière du pin blanc
21Température et photosynthèse
La photosynthèse est un phénomène chimique par lequel les
plantes utilisent l’énergie du soleil, de l’eau et du dioxyde de carbone
(CO ) pour produire des molécules de sucre qui serviront ensuite de
2
source d’énergie afn de métaboliser ou de produire des composés
essentiels à la survie et à la croissance. La température joue un rôle
considérable dans le processus. Il existe une température optimale
moyenne où la photosynthèse est la plus effcace, toutes espèces
confondues : entre 15 et 25 °C. Par temps froid, la photosynthèse
est plus lente et la croissance, ralentie (la photosynthèse fonctionne
jusqu’à 5 °C en général, mais certains végétaux, dont une bonne
proportion de conifères, peuvent la réaliser sous le point de
congélation, soit jusque vers – 8 °C environ). À l’inverse, lorsque le temps
est plus chaud, la plante devra utiliser plus d’énergie pour évacuer
le surplus de chaleur. Adaptées à leur milieu, les espèces ne sont pas
toutes égales à ce chapitre. Ainsi, la température optimale pour la
photosynthèse des chênes – espèces des forêts tempérées – sera plus
élevée que celle propre aux espèces nordiques comme les épinettes
ou le mélèze.
Arbre, transpire, et je te dirai qui tu es
Contrairement aux animaux, qui sont mobiles, les plantes ne peuvent
pas se déplacer pour modifer les conditions environnementales qu’el -
les doivent subir : un arbre accablé de chaleur sous un soleil ardent
ne peut pas se mettre à l’ombre. Pour évacuer le surplus de radiation
solaire qu’ils reçoivent, les végétaux transpirent (ils libèrent le surplus
de chaleur en émettant de la vapeur d’eau : l’énergie est dissipée
lors du passage de la phase aqueuse à la phase gazeuse). Le taux de
transpiration varie selon les espèces et en fonction du climat.
22La différence importante entre la l’apport d’eau. Le régime des
préciquantité d’énergie solaire reçue à pitations du Québec change selon
l’équateur et celle qui est enregis- que l’on se trouve au sud, au nord,
trée dans les deux hémisphères est à l’ouest ou à l’est.
responsable des écarts de pression
atmosphérique entre les grandes Entre 44 et 56 degrés de latitude
zones climatiques du globe. De nord, de façon générale, les
précigrandes masses d’air chaud ou froid pitations diminuent au fur et à
meentrent en mouvement sous l’effet sure que l’on monte vers le pôle. Si,
de la rotation de la terre et génèrent dans les érablières du sud-ouest du
des patrons de vents dominants à Québec, la moyenne annuelle des
différentes latitudes. Dans le nord- précipitations oscille entre 900 et
est de l’Amérique du Nord, les vents 1 000 millimètres (mm), elle n’est
dominants souffent de l’ouest. Les plus que de 500 à 800 mm dans les
mouvements des masses d’air chaud forêts d’épinettes noires à lichens du
et froid – et les vents qui les accompa- Nord-Ouest.
gnent – vont, à leur tour, infuencer la
distribution des précipitations. Les végétaux des forêts du sud du
Québec bénéfcieraient-ils donc de
Les précipitations plus d’humidité pour croître ? On
serait porté à le croire. Mais ce n’est Le régime annuel des
précipitapas si simple. Pourquoi ? Parce que tions (pluie, neige, rosée, bruine
température et humidité sont étroi-ou brouillard) d’une forêt – soit la
tement liées. Une température plus quantité d’eau dont elle peut
bénéfcier en une année – dicte aussi la élevée s’accompagne d’un plus haut
composition de sa communauté taux d’évaporation. Lorsque la
temvégétale, car les espèces ont chacune pérature diminue, il y diminution
des exigences particulières quant à de la capacité de l’air à contenir de la
23vapeur d’eau. Par conséquent, même d’eau disponible pour les conifères.
si elles reçoivent moins de précipita- Ceux-ci ont toutefois trouvé moyen
tions, les forêts nordiques disposent de s’adapter à ce défcit chronique
paradoxalement de plus d’humidité et périodique en eau : grâce à leurs
que les forêts du Sud, parce que la aiguilles, dotées d’une membrane
température moyenne plus basse ra- externe cireuse empêchant de trop
lentit l’évaporation de la vapeur d’eau grandes pertes d’humidité, pins,
sadans l’air. Mais cela n’est valable que pin et épinettes transpirent moins
pour les mois sans gel. La chute des que les feuillus. La couche de cire
températures en forêt boréale en- des aiguilles des conifères protège
traîne un gel prolongé du sol durant ceux-ci des vents desséchants, évite
les mois d’hiver et réduit la quantité leur déshydratation et leur permet de
Plus sec dans l’Ouest, plus humide dans l’Est
Les sapinières à bouleau blanc de l’ouest du Québec reçoivent de 800
à 1000 mm de précipitations annuellement, alors que celles situées
dans l’Est en reçoivent de 900 à 1 300 mm. En forêt acadienne, dans
l’ensemble des trois provinces maritimes, on enregistre des
précipitations annuelles de l’ordre de 900 à 1 400 mm à l’intérieur des
terres, davantage près des côtes.
Précipitations comparées
24poursuivre la photosynthèse même et bruine côtières jouent un rôle non
en hiver, jusqu’à une température de négligeable dans l’apport en eau des
−8 °C environ. forêts côtières.
Par ailleurs, les précipitations aug- Cette différence dans les régimes des
mentent d’ouest en est. En effet, de précipitations aura non seulement
la frontière de l’Ontario au golfe des conséquences importantes sur la
du Saint-Laurent, on observe un composition de la végétation, mais
accroissement général des préci- aussi sur le type de perturbations
supitations. Dans l’Ouest, règne un bies par les forêts. C’est ainsi que les
climat continental, plus sec, avec des incendies forestiers, plus fréquents
écarts marqués de température entre dans l’ouest du Québec, y
modèl’été et l’hiver. La partie orientale leront davantage le paysage alors
du Québec et toutes les Maritimes que dans l’Est, ce sont les épidémies
subissent davantage l’infuence du d’insectes – notamment la tordeuse
golfe et de la mer et donc, forcément, des bourgeons de l’épinette – qui
d’un climat où les chutes moyennes contribueront le plus à façonner le
de pluie et de neige enregistrées an- visage des forêts.
nuellement sont plus considérables.
Sous un climat maritime, les écarts Dans l’Ouest, dans les forêts
d’épide température sont moindres et les nettes noires à mousses, là où les
hivers généralement plus doux ; la conditions sont propices, le pin
saison de croissance des végétaux gris est, après l’épinette noire,
l’estend à s’allonger légèrement. Brume sence la plus commune. Préférant
25s’installer au sec, sur des dépôts sa- humides, tandis qu’aux abords des
blonneux, le pin gris a besoin de rives marécageuses d’une rivière,
feux de forêts à intervalles réguliers l’érable argenté – qui aime avoir
pour faire ouvrir ses cônes et ainsi les pieds dans l’eau – y règne en
libérer les graines qui assureront sa maître absolu. Même phénomène
succession. Sa proportion en forêt dans les forêts d’épinettes noires
boréale diminue donc progressive- à mousses où, sur les sommets
roment à mesure que l’on se dirige vers cheux, s’enracine le pin gris, tandis
l’est. Il y sera remplacé par le sapin que sur les franges des tourbières
baumier, qui domine avec l’épinette s’alignent les mélèzes laricins. Les
noire les forêts d’épinettes plus hu- sections suivantes traitent du rôle de
mides de l’Est. la géologie, des types de sols et du
relief sur la composition des
comPar ailleurs, des conditions géomor- munautés forestières.
phologiques, ou encore des
caractéristiques du sol, font en sorte de La géoLogie
modifer les taux d’humidité des
Les régions du Québec et des sites d’une même région. Dans les
érablières du sud-ouest du Québec, Maritimes comprennent trois
disur les fancs d’une douce colline, visions géologiques : le Bouclier
l’érable à sucre et le caryer cordiforme canadien, les Basses-Terres du
Saintdominent les forêts moyennement Laurent et les Appalaches.
26Toutes les régions du Québec situées Au sud du feuve Saint-Laurent, de
au nord du contrefort des Laurentides l’Estrie jusqu’à la Gaspésie, et sur
touappartiennent au Bouclier cana- tes les provinces maritimes, s’étend
dien, formé de roches datant du la division des Appalaches, formée
Précambrien (l’ère la plus ancienne de roches datant du Cambrien au
des temps géologiques, qui remonte Carbonifère, entre 540 et 290
milà plus de 600 millions d’années). lions d’années avant aujourd’hui.
Lorsqu’elles entrent dans la com- Lorsqu’elles entrent dans la
composition des sols, ces roches dures position des sols, ces roches, moins
et plutôt acides engendrent un sol acides et moins dures que celles du
pauvre en éléments nutritifs, pierreux, Bouclier canadien, engendrent un
et dont les plus fnes particules sont sol complexe, varié, alternant
réconstituées de sable. La forêt boréale gions riches et régions pauvres,
conquébécoise se retrouve majoritaire- tenant de fnes particules de limon
ment sur le Bouclier canadien. plutôt que de sable. Les forêts de
cette région, plutôt feuillues dans le
La plaine des Basses-Terres du Saint- Sud-Ouest (Estrie, Beauce),
devienLaurent est formée de roches datant nent peu à peu dominées par les
codes périodes du Cambrien et de l’Or- nifères dans le Nord-Est (Gaspésie)
dovicien, soit entre 540 et 440 mil- et par la forêt mixte acadienne dans
lions d’années avant aujourd’hui. les provinces maritimes.
Ces roches sédimentaires (qui
reposaient en couches au fond d’ancien- Cette assise rocheuse ancienne, qui
nes mers), composées notamment structure le paysage du Québec et
de calcaire, produisent des sols très des Maritimes, est recouverte de
riches en éléments nutritifs. Les sols dépôts meubles en surface, là où
les plus fertiles et les érablières les s’enracinent les arbres et les autres
plus riches du Québec se retrouvent végétaux de la forêt. L’épaisseur du
dans cette région. sol au-dessus de la roche nue peut
27varier entre quelques centimètres et les régions du Québec au sud du
Lac-Saint-Jean étaient à peu près plusieurs dizaines de mètres.
libres de glace, et 4 000 ans avant
La nature et la répartition de ces dé- aujourd’hui, les glaciers étaient
dispôts de surface résultent des effets parus du nord du Québec.
du retrait du dernier glacier – qui
La composition des dépôts de sur-commença à fondre, à la faveur d’un
face (argile, sable, limon, cailloux réchauffement climatique, il y a
arrondis et angulaires, pierres de 15 000 à 18 000 ans. Lors de sa
derdifférentes tailles, etc.) varient selon nière avancée, le glacier avait érodé
l’action subie lors de la fonte du gla-la roche, avait arraché des matériaux
cier et l’endroit où ils furent déposés. divers et les avait transportés sur de
Ces dépôts sont ainsi de divers types : longues distances. L’effet de rabot du
glaciaires, fuvioglaciaires, fuviatiles, glacier en expansion, puis son retrait
lacustres, marins, etc.et la fonte des eaux qui en résulta
favorisèrent la création de dépôts
Ces sols se sont ensuite modifés meubles sur tout le territoire.
avec le temps sous l’infuence de
divers facteurs : le climat, le drainage On estime qu’il y a 11 500 à 12 500
(la pente) du site, sa colonisation ans, le glacier s’était déjà retiré de
par des végétaux et des microorga-l’extrême sud du Québec et des
pronismes, l’accumulation de matière vinces maritimes. De gigantesques
organique, la lente altération des étendues d’eau, telles que la mer de
minéraux, le temps écoulé depuis Champlain (qui recouvrait la plaine
la formation du dépôt, etc.
du Saint-Laurent il y a 11 000 ans)
et le lac Ojibway (recouvrant
l’AbiLe SoLtibi vers 8 400 avant aujourd’hui),
s’asséchèrent lentement, laissant en Les végétaux forestiers ont besoin de
héritage de riches dépôts limoneux cinq éléments fondamentaux pour
et argileux. Il y a 9 500 ans, toutes croître et se multiplier : de l’énergie,
28du dioxyde de carbone (CO ), un D’autres végétaux viendront par la 2
substrat poreux et meuble servant de suite s’y établir, lesquels seront
suisupport physique (le sol), de l’eau vis par d’autres encore, et d’autres
et des nutriments. Si les plantes encore, jusqu’à ce que la forêt f -
puisent leur énergie de la lumière nisse par prendre d’assaut le ciel,
solaire et le CO de l’atmosphère, ils que sa voûte se referme presque 2
sont dépendants du sol pour les trois complètement et que son sous-bois
autres éléments. Le sol constitue la se couvre d’une pléiade d’espèces.
fondation de l’écosystème forestier Le sol de la forêt devient alors
dynaet joue un rôle capital dans la dis- mique, vivant, riche des multiples
tribution et la diversité des plantes. interactions minérales, végétales
Il fournit non seulement le support et animales qui le nourrissent et
physique et l’eau, mais aussi l’azote, l’animent.
le phosphore, le potassium, le
calcium, le magnésium et le soufre dont Le type de végétation qui s’installe
les végétaux forestiers ont notam- à la surface d’un sol contribue
égament besoin. lement à le caractériser. C’est ainsi
que l’on retrouve plusieurs types de
Sous l’infuence de la température, sols au Québec et dans les Maritimes,
des précipitations, du relief et de notamment les brunisols
(majoril’action des plantes pionnières qui tairement dans les forêts de feuillus)
colonisent un site, le dépôt de sur- et les podzols (typiques de la forêt
face se transforme progressivement. de conifères).
29Dans la forêt feuillue du sud du La richesse animale du parterre des
Québec, presque tous les arbres per- forêts est surprenante. Cette faune
dent leurs feuilles chaque automne. minuscule – la pédofaune – est
difféCes feuilles s’amoncellent, se dé- rente selon les sols, mais quel qu’en
composent et enrichissent le parterre soit le type, on retrouve partout une
forestier. La fertilité du sol est élevée. multitude d’espèces d’invertébrés
Une multitude d’invertébrés et de (protozoaires, limaces, escargots,
microorganismes s’activent pour vers, araignées, acariens,
centipèdécomposer, très rapidement, toute des, millipèdes, coléoptères, etc.)
cette matière : des feuilles tombées qui s’activent dans les feuilles
morà l’automne, il ne restera presque tes, au pourtour des souches et des
plus rien à la fn de l’été suivant. troncs renversés. En forêt boréale, on
L’humus forestier (appelé mull) y a recensé 64 espèces de
collemboest épais et riche. Dans les forêts les, de minuscules arthropodes (les
nordiques d’épinettes noires ma- plus gros ont à peine 2 mm de
lontures, par contre, seules les aiguilles gueur) qui se nourrissent de spores,
mortes des conifères tombent par de champignons et de matières en
terre. La décomposition est très décomposition. C’est sans compter
lente, car le nombre d’organismes des centaines d’autres espèces tout
décomposeurs est infniment plus aussi discrètes.
faible (surtout des champignons).
L’humus forestier (appelé mor) est La microfore du sol est, elle aussi,
mince, pauvre et acide. Toutefois, riche et différente selon les types de
cette litière s’accumule au fl des forêts. Bactéries, algues et
champians, et seul un feu intense pourra gnons s’activent dans les
premières couches du parterre forestier. Le la réduire en cendres.
rôle des champignons dans le sol est
Une coupe de profl dans les sols de par ailleurs déterminant pour les
ces deux types de forêt permet de végétaux qui croissent à la surface.
constater les différences d’épaisseur, Plusieurs champignons vivent en
de texture ou de composition dans association sur les racines et les
rales multiples strates du sol (appelées dicelles des arbres, en prolongeant
aussi horizons par les spécialistes ainsi leur système de racines. Grâce
des sols). L’épaisseur de la couche à cette association, appelée
mycode matière organique, par exemple, rhize, la plante peut compter sur un
et la teneur en fer ou en argile des réseau plus vaste et plus effcace pour
couches inférieures varieront selon capter l’eau du sol, pour prélever les
le type de milieu forestier. nutriments et la protéger de
certaines maladies. En retour, la plante
Le sol abrite une riche communauté fournit au champignon des sucres
d’organismes vivants (moisissures, et d’autres substances organiques
bactéries, microorganismes, in- – telles des vitamines – nécessaires à
vertébrés, etc.) qui participent à la sa croissance. Ce type d’association
formation et à la régénération des existe chez plusieurs conifères (les
matières organiques et des minéraux pins, les épinettes, le sapin, la
pruche ou le mélèze) et certains feuillus nécessaires à la continuité de la forêt.
30PHOTO
31(les bouleaux, les chênes, les caryers, à permettre à ces plantes d’extraire
le hêtre et le tilleul). plus effcacement les éléments nu -
tritifs de la matière organique peu
D’autres champignons, invisibles décomposée.
à l’œil nu ceux-là, sont présents
à l’intérieur même du système de Le reLieF
racines de nombreux végétaux et
Gravir une montagne équivaut à plantes de sous-bois (plusieurs
faire un voyage de plusieurs centai-plantes herbacées et arbustes ; les
nes de kilomètres vers le nord : un fougères ; plusieurs feuillus : érables,
randonneur qui fait l’ascension du frênes, ormes, cerisiers ; certains
mont Jacques-Cartier en Gaspésie conifères comme le thuya, l’if ou
(1 270 m), ou du mont Carleton, les genévriers). Ils fournissent à la
au Nouveau-Brunswick (817 m), plante, par mutualisme, les mêmes
gagnera l’équivalent d’un degré de services.
latitude tous les 100 m environ. Si
l’élévation a un effet sur le climat D’autres encore se sont associés
ex(du fait, par exemple, de la diminu-clusivement aux plantes de la famille
tion de la température moyenne au des Éricacées (les bleuets, le lédon
fl de l’ascension ou de la présence du Groenland, les kalmias, le
rhodode vents plus soutenus), l’altitude dendron du Canada) et se sont ainsi
adaptés à des sols organiques plus peut devenir un facteur limitatif,
acides (abords des tourbières, des tout comme la latitude, pour
l’étamarécages et des marais) de manière blissement des végétaux forestiers,
32notamment ceux qui se trouvent des essences. Car un paysage
accià la limite nord de leur aire de ré- denté modife aussi l’écoulement des
partition. eaux et fait varier les pentes, la
composition du sol et l’exposition au
L’élévation modifie la composi- soleil, ce qui en retour conditionne
tion des essences dans les régions la composition foristique de la forêt
au relief montagneux : on trouve et la structure de sa végétation.
dans le nord de l’île du Cap-Breton
(Nouvelle-Écosse), des vallées en- Écoulement des eaux
caissées, abritées, baignant dans un
Le degré d’inclinaison du fanc d’une climat océanique modéré où
submontagne ou d’une colline déter-sistent de riches peuplements de
mine la vitesse de son drainage : plus feuillus matures à l’extrême limite
la pente est abrupte, plus les eaux de septentrionale de leur aire de
réparruissellement dévalent rapidement tition (érable à sucre, frêne blanc,
celle-ci. Ainsi, les sols du sommet ostryer de Virginie, hêtre à grandes
des pentes sont secs. De tels sites, feuilles), alors que tout près, sur les
dits à drainage rapide, sont qualifés sommets des hautes terres, à
quelde xériques dans la terminologie que 500 m d’altitude, ne poussent
propre à l’écologie forestière. Les que des conifères rabougris.
sommets de montagnes ou de
colliMais l’élévation n’est qu’un des fac- nes, les crêtes rocheuses et les
escarteurs topographiques expliquant les pements font partie des sites les plus
changements dans la composition xériques. Plusieurs essences d’arbres
33s’établissent dans ces habitats secs : à mi-pente caractérise – et sert à
déle pin gris, le hêtre à grandes feuilles, nommer bien souvent – les grands
le chêne blanc. domaines forestiers du Québec :
c’est ainsi que le sapin baumier et
À l’inverse, sous l’effet de l’écoule- le bouleau jaune dominent dans
ment des eaux provenant du haut de les forêts mésiques du domaine de
la pente, les dépressions sont plus la sapinière à bouleau jaune (voir
humides. D’autres essences sont chapitre 3).
plus aptes à coloniser de tels sites,
mal drainés, appelés hydriques : le Exposition au soleil
mélèze laricin, le frêne noir, le frêne
Dans l’hémisphère Nord, une pente rouge.
orientée vers le sud bénéfcie d’un
plus grand rayonnement solaire Enfn, directement sur la pente, là où
qu’une pente faisant face au nord. le drainage est généralement bon, où
Par conséquent, les températures les végétaux disposent d’un apport
du sol et de l’air sur le versant sud supplémentaire d’éléments
nutrides collines et des montagnes sont tifs ou de matière organique par
plus élevées et l’air est moins humide. l’écoulement modéré des eaux, bref
Cela est manifeste au printemps et à là où, théoriquement, les conditions
l’automne lorsque le parcours jour-d’ensemble requises pour la
croisnalier du soleil dans le ciel est plus sance sont moyennes, s’installera
bas sur l’horizon. Par une journée une végétation forestière
généralement plus diversifée. De tels sites ensoleillée de printemps, au moment
sont appelés mésiques. La cohorte le plus chaud du jour, la différence de
d’arbres dominants qu’on retrouve température de l’air entre les versants
34sud et nord peut être supérieure à température au fond d’une vallée
10 °C, ce qui infuence la foraison soit plus basse que sur les fancs
ou l’éclatement des bourgeons (qui des montagnes qui l’entourent. Ce
peut être parfois retardé de quelques phénomène, appelé inversion
therjours sur le versant nord). De telles mique, se traduit parfois par une
différences peuvent parfois avoir un gelée tardive au printemps ou hâtive
impact sur la présence ou l’absence à la fn de l’été, dans tous les cas
d’espèces sur un versant ou un autre. douloureuse pour certaines espèces.
Au Québec, dans les régions à relief
plus accidenté du domaine de l’éra-Forêts montagneuses :
blière à bouleau jaune, on peut nuages et précipitations
constater les effets de l’inversion
À proximité de massifs montagneux, thermique sur la composition des
le vent horizontal qui se heurte à essences forestières en observant,
une paroi verticale engendre un notamment, la domination de
l’éramouvement de l’air vers le sommet. ble à sucre en haut des pentes –
laL’ascension forcée de l’air et son re- quelle espèce tend normalement à
froidissement rapide favorisent la disparaître au fur et à mesure que
formation de nuages et les précipi- l’on monte au nord ou que l’on
attations. Les forêts montagneuses sur teint le sommet des montagnes
les fancs les plus exposés aux vents (puisque l’altitude a le même effet
dominants sont plus humides et que la latitude).
reçoivent moins de rayonnement
solaire. Par ailleurs, par vent faible, Quatre FaCteurS Qui
durant une belle journée d’été, le
n’expLiQuent paS toutfanc d’une montagne exposé au so -
leil génère une circulation thermique Si le climat, la géologie, le sol et le
reprévisible selon un cycle journalier : lief expliquent bien des choses quant
durant le jour, l’air réchauffé au bas à la distribution et à l’abondance des
de la pente tend à monter le long végétaux forestiers, ces facteurs
n’exde la montagne ; le soir, l’air froid pliquent pas tout. Les multiples
inte– plus lourd – prend le chemin in- ractions entre les facteurs physiques,
verse et redescend la pente. dynamiques et biologiques propres
à la forêt, de même que l’histoire des
Forêts des vallées continen­ événements perturbateurs qui l’ont
tales : chaudes le jour, froides affectée font en sorte qu’il est parfois
la nuit diffcile de bien comprendre com -
ment elle s’est établie. Une chose Au centre du Québec, loin des effets
est sûre : pour mieux l’interpréter, modérateurs du feuve ou de la mer,
il faut aussi connaître son caractère les forêts établies dans les vallées
dynamique, savoir comment elle se subissent parfois les conséquences
maintient et se régénère.de cette brise de montagne. Si elles
jouissent de la chaleur générée par
le rayonnement solaire durant le
jour, la nuit, l’air froid y « coule » vers
le fond. Il arrive ainsi que la nuit, la
35Changement de saison
Le passage des saisons est manifeste en forêt. Chacune marque le
paysage à sa façon et infuence le cycle de vie des végétaux. C’est
encore plus vrai dans l’érablière argentée, une forêt marécageuse
installée sur des dépôts d’alluvions, qu’on trouve en bordure des grands
cours d’eau du sud du Québec − par exemple le long du feuve
SaintLaurent ou sur les berges des rivières des Outaouais et des Mille Îles.
La fonte des neiges au printemps submerge le parterre dans les
parties les plus basses de la forêt. Puis, avec l’arrivée de l’été et le
retrait progressif des eaux, une fougère typique de tels milieux,
l’onoclée sensible (p. 344), accapare la quasi-totalité de la surface
Mai
Juillet
36terrière. Tolérante aux conditions de faible luminosité sous la
canopée bien développée, elle restera dominante jusqu’en septembre,
mais fnira par céder sa place à des arbustes, comme le céphalante
occidental (p. 233). Ceux-ci continueront plus tardivement à réaliser
la photosynthèse tandis que leurs fruits termineront leur maturation
jusqu’aux premiers gels. Ils fétriront à leur tour, laissant l’érable
argenté (p. 172), arbre dominant de ce type de forêt, faire face, seul,
aux grands froids de l’hiver.
Ces quatre images successives ont été prises la même année (2011),
au même endroit (en bordure de la rivière des Mille Îles).
Octobre
Décembre
37382 Comment se régénère la forêt ?
Les dynamiques forestières
La forêt est un écosystème dyna- se produiront inévitablement dans
mique, aussi vivant que les plantes le cycle de vie naturel d’une forêt
(incendies, épidémies d’insectes, ver-et les animaux qui y habitent ; elle
glas, chute d’arbres sous l’action du se modife dans le temps et dans
vent, etc.) pour se régénérer alors l’espace.
que d’autres disparaissent ; et
comment, une fois parvenue à maturité, Dans le chapitre précédent, nous
la forêt se maintient.avons décrit le rôle des facteurs
physiques de l’environnement sur
LeS perturbationSl’établissement, la répartition
géographique et la composition des Les conséquences des événements
forêts à une grande échelle. Nous perturbateurs sur une forêt
diffèverrons ici, à une plus petite échelle, rent selon l’étendue, la sévérité et
comment se modife une forêt dans la fréquence de ces événements : un
le temps, comment et pourquoi s’y incendie forestier majeur, brûlant
succèdent les essences forestières ; tout sur son passage, laisse plus
comment certaines espèces utilisent de séquelles sur la faune et la fore
les événements perturbateurs qui qu’un feu de surface qui ne consume
39que les plantes herbacées et les ar- et changent selon les conditions
clibustes. De même, un feu de retour matiques des régions : dans l’ouest
sur un même site après un intervalle du Québec, les forêts se renouvellent
de 75 ans marque différemment le davantage par le biais d’incendies
paysage forestier que s’il se produit forestiers, et dans l’Est, par les
épidémies d’insectes. Ces perturbations de nouveau après 150 ans.
s’opèrent sur de vastes étendues et
Nous, humains, avons souvent ten- modifent radicalement le paysage
dance à percevoir de tels événements forestier : les peuplements
d’épinetcomme des catastrophes (peut-être tes noires qui s’établiront suite au
parce que, sur le plan strictement passage d’une épidémie ou d’un feu
économique, ceux-ci représentent auront souvent un aspect uniforme
des pertes fnancières importantes puisque les arbres qui composent
pour l’industrie forestière et tous ces communautés se seront installés
ceux qui vivent de la forêt), mais au même moment et auront donc à
d’un point de vue écologique, il peu près tous le même âge.
n’en est rien : incendies, épidémies
d’insectes, chute d’arbres par l’ac- Dans le sud du Québec toutefois,
dans les domaines des érablières tion du vent (chablis) s’inscrivent
dans le cours naturel des choses et de la zone tempérée (érablière à
caentraînent le renouvellement des ryer cordiforme, érablière à tilleul,
écosystèmes forestiers. érablière à bouleau jaune ; voir
chapitre 3), les perturbations sont
De façon générale, les perturbations généralement moins sévères et se
à grande échelle des forêts plus manifestent à une plus petite échelle
nordiques – sapinières et pessières (même si parfois des événements,
(forêts d’épinettes) – sont différentes comme le grand verglas de 1998
40dans le sud-ouest du Québec, sur- Mais la vie revient vite après un feu.
viennent à une plus grande échelle). Toute la matière altérée et
décomposée à des degrés variables (chicots Ici, la forêt se régénère davantage
d’épinettes, troncs noircis tombés au localement, par des trouées causées
sol, etc.) est une source de nourriture par la chute des plus vieux arbres
considérable pour certains insectes, qui ouvrent la voûte arborescente et
qui accourent très tôt après le pas-permettent à la lumière d’atteindre
sage d’un incendie forestier, notam-le sol en plus grande quantité. Il en
ment les longicornes (Cerambycidae, résulte une mosaïque plus complexe
ordre des Coléoptères), insectes fo-d’âges, de structures et de hauteurs
reurs dont les larves raffolent des des arbres.
tissus ligneux des arbres morts ou
malades. Les arbres des grands brûlis Dans l’Ouest, les feux
sont tout sauf morts : ils grouillent
Les feux caractérisent la dynami- littéralement de vie. À leur tour, des
que de renouvellement des forêts oiseaux excavateurs de cavités, tel le
de l’ouest et du nord du Québec. pic à dos noir, viennent nicher et se
La moyenne annuelle des précipi- nourrir de cette manne d’insectes
tations y étant plus faible, celles-ci des brûlis ; on détecte dix fois plus
brûlent en général plus souvent, plus de pics à dos noir dans les secteurs
intensément et sur de plus grandes brûlés où abonde le longicorne noir
surfaces que dans l’est du Québec. que dans les secteurs épargnés par
Le passage du feu modife en pro - le feu.
fondeur les propriétés chimiques
et biologiques du parterre forestier. Dans les grandes pessières du
Il expose davantage le sol minéral, Nord, le pin gris et l’épinette noire,
réduit la matière organique, libère adaptés à ces feux à grande échelle,
des éléments nutritifs, modife le renaîtront des cendres. Les cônes
pH de surface. du pin gris ont d’ailleurs besoin
41