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L'arganier au Maroc

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Description

En parcourant l'histoire, le droit, la sociologie et l'écologie, ce livre évoque les aspects complexes et fascinants de la "civilisation de l'arganier". Cet arbre multi-usages a sculpté les paysages, il a nourri les hommes et les animaux, il a retenu le sol qui sans lui aurait été emporté vers l'océan.
L'arganier est symbole de l'éternité : présent avant l'arrivée de l'homme, il l'a accompagné depuis l'Antiquité. Producteur de l'huile d'argane, alimentaire ou cosmétique, il pourrait représenter un espoir de vie meilleure pour les populations du sud-ouest marocain, s'il était réhabilité et replanté.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2005
Nombre de lectures 495
EAN13 9782336272740
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

L'ARGANIER AU MAROC :
ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Une civilisation née d'un arbre<Ç) L'Harmattan, 2005
ISBN: 2-7475-8453-4
EAN: 9782747584531Rachida NOUAIM
L'ARGANIERAUMAROC:
ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Une civilisation née d'un arbre
Photos de Rémi Chaussod
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
France HONGRIE ITALlEINTRODUCTIONIntroduction
rganier, un mot qu'on ne peut évoquer sans émotion,
A sans passion. Ce nom unique comme l'arbre qui le
porte fait vibrer l'âme de tous les habitants du Maroc. Plus que
toute autre chose, l' arganier constitue pour les marocains le
symbole de la vie, de leur vie et de leur chemin à travers les temps.
Il était là bien avant le premier homme et a accueilli tous ceux qui
sont nés ou qui sont venus se réfugier dans ses forêts. Il leur a offert
la protection et l'ombre, le fourrage pour leurs animaux et l'huile
pour se nourrir et s'éclairer. Cette espèce à la fois forestière,
fruitière et fourragère, est le pivot d'un système agraire traditionnel
qui a permis jusqu'ici de répondre aux besoins d'une population
dense dans une zone aride. Parfaitement adapté aux sols et au
climat de la région, ses caractéristiques physiologiques et
écologiques en font l'arbre idéal pour lutter contre l'érosion et la
désertification qui menacent très sérieusement le sud marocain.
Sans cet arbre, l'eau fuit vers les profondeurs du sol et vers les
océans, laissant derrière elle un milieu âpre et aride. Sans cet arbre,
le sol glisse à son tour parfois lentement, parfois avec violence vers
l'océan et le sable chaud couvre la terre d'un voile empêchant les
graines de germer, chassant les hommes et les troupeaux.
L'arganier ne laisse jamais indifférent. Il marque les esprits
comme il marque le temps et les lieux. Plus qu'un végétal, c'est un
être sacré, doué de sentiments, capable d'offrir la protection et la
bénédiction. Il est aussi clément et pardonne souvent les outrages et
les massacres, à condition de respecter les individus sacrés
dispersés ici et là dans la forêt. Il faut les connaître, leur faire des
offrandes et quémander toujours leur bénédiction.L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités
L'aspect sacré de cet arbre se perd dans la nuit des temps. Il
est même permis de penser que les fruits d'or du merveilleux jardin
des Hespérides (filles du titan Atlas métamorphosées en arbres),
évoqués dans la mythologie grecque, sont des fruits d'argan. Cette
légende rapporte qu'Héraclès, parti à la recherche des fruits d'or,
parvint au pays de l'Atlas qui est le Maroc actuel. Il proposa à Atlas
de le soulager en portant à sa place la voûte céleste, en échange de
quoi Atlas demanda à ses filles les fruits d'or pour Héraclès. On a
voulu croire que les pommes d'or «jaunes et amères» de la
légende étaient des oranges, mais les oranges originaires de Chine
Xèmene furent introduites au Maroc que vers la fin du siècle. L'or,
qui était symbole de l'immortalité chez les grecs anciens et chair
des dieux chez les Egyptiens, symbolisait en fait l'éternité. Quoi
d'autre que l'arganier pour symboliser cette éternité, présent depuis
toujours, vert par tous les temps, couvrant le pays de l'Atlas depuis
l'océan jusqu'au désert? Quoi d'autre que les fruits d'argan pour
représenter la chair des dieux, luisants au soleil, présents toute
l'année, refusant leur chair aux hommes tout en l'offrant aux béliers
sacrés? Grâce à son intérêt et ses nombreuses utilisations, la
sacralisation de l'arganier s'est confirmée avec le temps. Loin de
l'effacer, la religion l'a appuyée. Dans l'islam, Dieu n'évoque-t-il
pas, pour se décrire lui-même, un arbre dont les fruits produisent de
l'huile qui éclaire le monde entier?
Pour l'histoire, l'arganier est toujours présent. Il était là
avant l'écriture et son histoire s'est transmise oralement dans les
légendes et les contes de fées. Les premiers écrits sur l'arganier sont
ceux de géographes et médecins arabes qui ont étudié la région du
Maghreb.
L'arganier fait partie intégrante du milieu, il est le symbole
même de la vie dans une vaste région du Maroc. Il fait la pureté de
l'eau et de l'air, la fertilité des sols, la vie de la flore, de la faune et
10Introduction
des hommes. Il a permis le développement d'une civilisation unique
où l'on vogue toujours entre archaïsme et modernisme. A travers
l'arganier se mêlent le présent, le passé et l'avenir; mais le présent
et le futur plongent sans cesse dans les légendes et les songes du
passé.
L'origine du mot
"argane" viendrait de serg, qui
désigne chez la tribu des Aït
Bouzemmour "faire du bois",
qui a donné par la suite erg puis
ergen synonyme de "noyau
d'arganier" et argan, arbre au
bois lourd ou arbre au bois de
fer. En 1219 dans son traité des
simples, Ibn El-Beïthar évoque
« l'arbre appelé Arc{jân qui
donne un fruit appelé amande
berbère qui pousse dans le pays
des Hahâ et des Regraga.
L 'huile de herc{jân que les
berbères du Maroc appellent
arc{jânou bien encore argân est
très estimée par les habitants»
traduction de L. Leclerc (1877).
Notons que dans la région
d'Essaouira, les anciens parlent
encore de herdjân et non pas
d'argan.
11Première partie
REPARTITION ET CARACTERISTIQUES
DE L'ARGANIERAire naturelle de l' arganier
AIRE NATURELLE DE L'ARGANIER
'arganeraie s'étend actuellement sur huit cent vingtLhuit mille hectares selon les chiffres de la Direction
des Eaux et Forêts, ce qui fait de l'arganier l'une des toutes
premières essences forestières du Maroc avec le chêne vert (un
million trois cent mille hectares) et le thuya (six cent mille
hectares). L'arganier (Argania spinosa) est localisé principalement
dans le sud-ouest marocain, mais on trouve quelques peuplements
isolés au nord-est du pays dans le massif montagneux des Beni
Snassen et dans le centre (haute vallée de l'oued Grou). Enfin, on a
aussi rapporté son existence, sous forme d'arbrisseaux, dans le
Sahara entre le jbel Ouarkziz et la hamada de Tindouf et sur
celleci, ainsi que dans le Rio de Oro ou "oued Argan" aux confins de la
Mauritanie.
Actuellement, la plus grande partie de l'arganeraie couvre
une bande côtière plus ou moins clairsemée, depuis l'embouchure
de l'oued Tensift au nord d'Essaouira, jusqu'à celle de l'oued Souss.
L'arganeraie s'étale aussi dans une grande partie de la plaine du
Souss, sur le versant sud du Haut Atlas et sur le versant nord de
l'Anti-Atlas, jusqu'au massif du Siroua à l'Est. La limite sud-est de
l'arganier se situe aux environs de l'oued Noun.
Des forages pour l'eau dans la région de Smara ont
dernièrement révélé l'existence de bois d'arganier dans le sous-sol
saharien et des observations récentes ont aussi montré qu'à sa limite
sud l'arganier coexiste avec le Balanites, un arbre typiquement
sahélien. Ceci prouve l'étendue autrefois plus importante de
l'arganeraie dans le sud du pays et plaide en faveur d'un continuum
d'une flore, aujourd'hui disparue, depuis l'Afrique du Nord
jusqu'aux tropiques. L'arganier assure la transition entre les
espèces tropicales et les espèces méditerranéennes. C'est leL'arganier au Maroc: entre mythes et réalités
représentant le plus septentrional des Sapotacées, famille
essentiellement tropicale. On pense que sa présence au Maroc
remonterait à l'ère tertiaire, la famille des Sapotacées étant connue
depuis le crétacé supérieur. Ceci est corroboré par la découverte en
Sardaigne d'un bois fossile du tertiaire que Biondi décrivit en 1981
sous le genre Arganioxylon et qui présente de grandes affinités avec
l'arganier. Ce dernier aurait vu son aire régresser lors des périodes
plus froides correspondant, en Afrique du Nord, aux glaciations
européennes du quaternaire. Mais il n'a pas disparu, ce qui atteste
de sa grande résistance et de sa capacité d'adaptation.
L'arganier est en effet un arbre thermophile (adapté aux
fortes températures) et xérophile (supportant la sécheresse), dont
l'aire chevauche à la fois les étages climatiques semi-aride et aride.
Le secteur semi-aride s'étend surtout le long de la côte atlantique de
Safi jusqu'à Agadir et pénètre jusqu'à plus de 60 km à l'intérieur du
pays. Les précipitations moyennes annuelles dans cette zone sont
comprises entre 290 et 400 mm et la température moyenne du mois
le plus froid est le plus souvent supérieure à 7°C. Le secteur aride,
qui constitue les deux tiers de l'arganeraie, comprend la plaine du
Souss et l'Anti-Atlas. Les précipitations moyennes annuelles
oscillent entre 150 et 300 mm et la température moyenne du mois le
plus froid entre 3 et 7°C. L'arganier résiste à de grandes amplitudes
de température et à l'irrégularité des précipitations, caractéristiques
de son aire géographique. L'arganier peut tolérer des températures
minimales extrêmes plutôt basses (-2,6°C à Agadir en novembre
1955), tout comme des températures estivales élevées, parfois de
plus de 50°C. Il réagit aux périodes de sécheresse prolongée en
perdant tout ou partie de son feuillage.
En fait, dans les zones arides et semi-arides où pousse
actuellement l'arganier, la climatologie se caractérise surtout par
16Aire naturelle de l'arganier
une forte influence océanique. Celle-ci se manifeste par une
importante humidité de l'air, de fréquentes rosées matinales et des
brumes et brouillards se maintenant une grande partie de lajoumée,
notamment en été, produisant au total chaque année quelques
dizaines de millimètres de « précipitations occultes ». C'est d'abord
et avant tout cette océanité qui règle, dans le sud marocain, la
répartition de l'arganier.
Il est intéressant de noter ici que la flore qui accompagne
l'arganier présente les mêmes exigences climatiques, mais se
retrouve aussi dans les îles voisines du Cap Vert et des Canaries.
Cette zone relativement homogène au plan climatique et floristique
est appelée domaine macaronésien. En 1906, Gentil écrivait: « On
s'accorde à regarder l'arganier et le Sideroxylon marmulano de
l'île Madère comme les représentants d'une famille dont les
espèces sont en majeure partie tropicales. Ces deux essences qui se
trouvent ainsi sur le même parallèle ne coexistent pas et sont
inconnues aux Canaries. Elles montrent par leur situation
géographique une relation évidente entre deux régions aussi
voisines que Madère et la côte sud du Maroc et marquent les
vestiges d'une flore tropicale disparue qui devait être uniformément
répandue à cette latitude ».
En altitude, c'est le froid qui détermine la limite supérieure
de l'arganier. Celle-ci est de l'ordre de 1300 m dans l'Anti-AtIas,
900 m dans le Haut Atlas et 600 m dans les Ida-ou-Tanane.
L'arganier n'a aucune exigence par rapport au type de sol. Il
a une grande faculté d'adaptation et pousse aussi bien sur des
schistes, des quartzites, que sur des roches calcaires ou sur des
alluvions. On peut même le retrouver sur des sols salés. En
revanche, il ne peut s'installer sur les sables mobiles profonds,
probablement à cause du décapage éolien, susceptible de mettre à
nu ses racines. L. Gentil (1906) a bien décrit l'indifférence de
17L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités
l'arganier à la nature du sol: « Il convient de remarquer que cette
essence paraît tout à fait indifférente à la nature du sol. L'arganier
subsiste dans les Chiadma aussi bien sur les dunes et les alluvions
du quaternaire que sur les argiles et grès du crétacé ou sur les
calcaires jurassiques qui forment la voûte des .!bel Hadid et Koural
et jusqu'à la vallée de l'oued Tensift. Mes recherches ne peuvent
laisser subsister de doute à cet égard. Les terrains primaires,
secondaires ou tertiaires, aussi bien argileux ou calcaires que
siliceux, meubles que compacts, sont susceptibles de lui offrir un
sol favorable à son essor. Il faut donc chercher la cause de sa
dissémination dans une question climatique. Il ne peut vivre qu'au
dessus d'une température déterminée et à la faveur de l 'humidité
du littoral atlantique».
18Aire naturelle de l' arganier
Phytosociologie de l'arganier
Du point de vue biocIimatique, une large part de l'arganeraie
relève de l'étage inframéditerranéen, que l'on peut considérer comme une
variante à forte influence océanique du thermoméditerranéen. L'étage
inframéditerranéen coïncide en grande partie avec le domaine floristique
macaronésien dont l'arganier lui-même fait partie. Le domaine s'étend des côtes atlantiques marocaines aux îles voisines,
Cap Vert et Canaries.
Les arganeraies sont des forêts assez particulières. Elles ont une
physionomie très ouverte, les arbres étant très distants les uns des autres.
Celles de la zone aride -les plus étendues- peuvent être rattachées à un
type de végétation non sylvatique correspondant à une steppe ligneuse
arborée. En revanche, les arganeraies semi-arides constituent le plus
souvent des matorrals (comparables à la dehesa de chêne-liège en
Espagne).
A l'heure actuelle, la phytosociologie de l'arganeraie est
relativement bien connue. Elle a été largement étudiée par Jean-Paul
Peltier et son équipe franco-marocaine (Peltier, 1982; El Aboudi, 1990;
Msanda, 2004). Ces travaux ont abouti à la description des différents
taxons et associations floristiques dans les régions des arganeraies. Ils ont
aussi donné lieu à des cartes de la végétation précieuses pour l'écologue ou
pour l'aménagement dans le cadre de programmes de réhabilitation des
forêts d'arganiers.
Selon leur position géographique, les associations végétales des
arganeraies relèvent de l'élément méditerranéen, de l'élément
macaronésien, de l'élément tropical ou de l'élément saharo-sindien. La
plupart de ces associations ont été rattachées à un ordre spécial, que les
scientifiques dénomment l'Acacio-Arganietalia. Ces associations
regroupent de nombreuses espèces tropicales ou endémiques qui traduisent
une rare richesse et une grande diversité végétale.
Une bonne quinzaine d'associations ont été décrites. La plus
remarquable est certainement celle à arganier et euphorbe de Beaumier
(Euphorbia ojJicinarum L. var. beaumierana) qui s'étend sur une étroite
bande côtière au nord d'Agadir et qui comporte un lot important d'espèces
de « plantes grasses}) pour la plupart de souche macaronésienne, en
rapport avec l'hygrométrie élevée due aux brouillards côtiers. La plus
étendue est celle à arganier et euphorbe oursin (Euphorbia echinus) qui
couvre une grande partie de la terminaison occidentale de l'Anti-Atlas.
19L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités
A la découverte de l'arganier,
quelques écrits et témoignages à travers les siècles.
En 1219 dans son «traité des simples », traduit par L. Leclerc
(1877), Ibn El-Beïthar (Dhya Eddine Abou Mohamed Abd Allah Ben
Ahmed, surnommé En Nabâty, le botaniste) a décrit l'arganier et la
technique d'extraction de l'huile: « l'arbre appelé Arcljân qui donne un
fruit appelé amande berbère qui pousse dans le pays des Hahâ et des
Regraga. L 'huile de hercljân que les berbères du Maroc appellent arcljân
ou bien encore argân est très estimée par les habitants ».
Jean-Léon L'Africain en parle également en 1515 et décrit l'huile
comme servant pour l'alimentation et l'éclairage (traduction d'Epaulard,
1956).
Hosst (1781) mentionne l'utilisation de l'huile dans des usines,
notamment à Marseille, pour la fabrication du savon.
A la suite d'un voyage effectué à la fin du 18ème siècle, le Consul
Général du Danemark au Maroc publiera des observations sur la flore
marocaine et en particulier sur l'arganier (Schousboe, 1801) ; ses écrits
seront ultérieurement repris par de nombreux auteurs. Outre une
description de l'arbre, Hooker (1878) donnera des informations sur le
mode d'obtention de l'huile.
Louis Gentil (1906) précisera l'aire géographique de l'arganier. Il
a décrit l'arbre et ses caractéristiques ainsi que ses exigences climatiques.
A la même époque, Eugène Aubin, marqué lui aussi par la présence de
l'arganier, écrivait dans «Morocco to-day» (1906): «De Mogador à
Safi, nous avons préféré abandonner le chemin (la route) de Makhzen et
faire un détour par l'intérieur à travers la chaîne du Jbel El Hadid.. La
région a une bonne couverture végétale, jujubier, caroubier...et surtout
l'arbre de fer qui constitue la note caractéristique de ce pays... ».
20Aire naturelle de l'arganier
A la découverte de l'arganier,
quelques écrits et témoignages à travers les siècles (suite)
Dans ses notes sur l'expédition Allison Vincent Aromour
(19251927) Exploring for plants, Fairchild décrit ainsi son voyage et sa
rencontre avec l'arganier :
« L'expédition à dû demander la permission au commandement de
Marrakech pour visiter Agadir qui était fermée aux visiteurs à cette
époque (..). Sur la route de Marrakech à Mogador, des plaines
monotones, puis arrivée soudaine dans la forêt d'arganier, Argania
sideroxylon qui occupe un million d'ha dans la région (..). L'arganier a
fait naître une curieuse civilisation qui semble entièrement dépendante de
cet arbre. Au Maroc, l'arganier est le support d'une civilisation pauvre et
misérable, c'est vrai, mais composée d'une population de pasteurs à
caractère rude et courageux (..). Parmi tous les pays visités c'est
l'endroit le plus romantique que je n'ai jamais vu. Il est resté marqué dans
ma mémoire et j'y repense toujours avec beaucoup de nostalgie (..).
Estee que l'arganier peut être introduit dans nos régions arides? Ce n'est
pas intéressant car sa croissance est très lente. Il est hors de question de
l'utiliser dans l'industrie du bois car planté, il faut attendre 3 générations
avant qu'il ne soit rentable. L 'huile est extraite d'une petite amande, les
quantités sont trop faibles pour considérer une production oléagineuse ».
Si l'arganier a fortement impressionné les explorateurs
d'autrefois, il continue de marquer l'esprit et d'enrichir l'imaginaire des
voyageurs qui le découvrent aujourd'hui. Paul Bowles dans Leurs mains
sont bleues écrivait en 1989 :
« Après Taroudant, Tiznit, Tanout, Timri, Tiffermit. D'immenses vallées
étouffantes couleur de poussière au milieu des montagnes dénudées,
parsemées d'arganiers sans feuilles, gris comme des bouffées de fumée.
Les arganiers poussent partout, par milliers, épineux et courtauds,
agrippés aux rochers situés au-dessous, dans leur ombre incertaine. Ils
prospèrent là où rien d'autre ne grandit, pas même les mauvaises herbes
ou les cactus. Leur écorce écailleuse ressemble à de la peau de crocodile
et donne la sensation de fer. Là où pousse l'arganier, les chèvres ont la
vie belle ».
21Caractéristiques de l' arganier
CARACTÉRISTIQUES DE L'ARGANIER
inné, qui n'avait eu à sa disposition que des rameauxLséchés et sans fleur, avait donné la description
spécifique de l'arganier en 1737 dans son Hortus ClifJortianus sous
le nom de Sideroxylon spinosum.
L'arganier appartient à la famille botanique des Sapotacées.
C'est le représentant le plus septentrional d'une famille regroupant
environ 600 espèces de plantes tropicales. Plusieurs espèces de
cette famille présentent un grand intérêt économique, d'ordre
alimentaire (Karité) ou industriel (production de Gutta Percha). Le
plus proche parent de l'arganier est le Sideroxylon marmulano de
l'île de Madère qui forme des arbrisseaux de 1 à 2 mètres de haut et
non pas des arbres volumineux comme l'arganier. Les premiers
botanistes avaient d'ailleurs classé l'arganier dans le même genre. Il
en résulte une certaine confusion sur son éventuelle existence dans
d'autres régions du monde comme l'Amérique du Sud (Nouaïm et
al., 1991). Le fait est aujourd'hui bien établi: l'arganier, Argania
spinosa, est le seul représentant de son genre et son aire naturelle
actuelle est limitée au Maroc et à quelques individus dans la
hamada de Tindouf, dans le sud-ouest de l'Algérie.
Se diversifier pour mieux durer.
Si cet arbre millénaire est unique, il est aussi doté d'une
extraordinaire variabilité génétique, très probablement à l'origine de
sa grande résilience. Il a en effet résisté aux mauvais traitements et
dans une certaine mesure aux changements climatiques depuis l'ère
tertiaire jusqu'à nos jours.
Contrairement à d'autres arbres où l'uniformité des ports