La terre : une marchandise ?

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Français
318 pages
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Dans la crise actuelle de la mondialisation, l'agriculture est redevenue un objet d'étude voire même une priorité pour certaines institutions internationales. L'agriculture est-elle en voie d'être absorbée par le capitalisme mondialisé ou y a-t-il des foyers de résistance laissant entendre que la petite exploitation agricole a encore un avenir ? Ce dossier s'ouvre sur des approches à la fois internationales, nationales et régionales.

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Date de parution 01 novembre 2012
Nombre de lectures 30
EAN13 9782296509108
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

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L’homme la société
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
La terre : une marchandise ? Agriculture et mondialisation capitaliste
C OO R D O N N ÉPARThierry Pouch
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
La terre : une marchandise ? Agriculture et mondialisation capitaliste
Coordonné par
Thierry Pouch
Revue soutenue par l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS et le CNL
L’Harmattan
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Fondateurs Serge JONASet Jean PRONTEAU
Directeurs Claude DIDRYet Michel KAIL
Comité scientifique
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Comité de rédaction
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Secrétariat de rédaction Jean-Jacques DELDYCK
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-00449-5 EAN : 9782336004495
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
N° 183-184
2012/1-2
Éditorial. La vieillesse ! Quelle vieillesse ? De l’intérêt du point de vue philosophique……………………………….5 * * * LA TERRE:UNE MARCHANDISE? AGRICULTURE ET MONDIALISATION CAPITALISTE
Thierry Pouch La terre : une marchandise ? Agriculture et mondialisation capitaliste... 9 Benoît Lallau Land grabbingversusinvestissements fonciers à grande échelle. Vers un « accaparement responsable ? »………………………………15 Benoît Prévost Échanges alimentaires et juste prix. Un détour par l’histoire de la pensée économique pour alimenter un débat contemporain …………………. 35 Gérard Azoulay Sécurité alimentaire mondiale et crise structurelle d’un mode de fonctionnement de l’économie agricole ………………. 61 Rémy Herrera et Laurent Ilboudo Les défis de l’agriculture paysanne : le cas du Burkina Faso………… 83 Aurélie Druguet Les productions locales : une alternative au productivisme mondialisé ? Le cas de la valorisation du riztinawondans la province Ifugao (Philippines)………………………………… 97 Bernard Roux L’agriculture familiale au Brésil. Une présence ancienne mais une reconnaissance très récente par les politiques publiques au pays du capitalisme agraire………………………………………. 125 Patrick Mundler et Jacques Rémy L’exploitation familiale à la française : une institution dépassée ?…. 161 Jean-Christophe Kroll et Thierry Pouch Régulationversusdérégulation des marchés agricoles : la construction sociale d’un clivage économique…………………….181
Madlyne Samak Des agriculteurs contre le marché ? Itinéraire d’un mode alternatif de commercialisation des fruits et légumes…………………………….. 207 * * *
HORS DOSSIER
Sabine Erbes-SeguinLes sciences sociales en mouvement. Aux frontières des disciplines : le cas des recherches sur les femmes et l’emploi…………………….225 * * *
DEBATS ET CONTROVERSES
Jean-Pierre Garnier « Philosophie solaire ? » Philosophie sommaire. Quand Michel Onfray recycle Albert Camus……………………….. 261
NOTE CRITIQUEPierre Lantz Travail et multiactivité………………………………………………. 283 COMPTES RENDUS……………………………………………………... 293 Résumés/Abstracts……………………………………………………. 307
Appel à contribution………………………………………………….. 313
* * *
Toute la correspondance — manuscrits (double interligne, 35 000 signes maximum pour les articles, 4 200 pour les comptes rendus), livres, périodiques — doit être adressée à laRédaction: L’homme et la société -Jean-Jacques Deldyck Université Paris 7 – Boîte courrier 7027 75205 Paris Cedex13-Téléphone 01 57 27 64 86 E-mail : deldyck@univ-paris-diderot.fr ABONNEMENTS ET VENTES AU NUMEROÉditions L’Harmattan 5-7 rue de l’École-Polytechnique 75005 PARISUn abonnement annuel couvre 3 numéros dont 1 double (joindre un chèque à la commande au nom de L’Harmattan). France : 60— Étranger par avion : 65
Éditorial
La vieillesse ! Quelle vieillesse ? De l’intérêt du point de vue philosophique
La question de la vieillesse est en train de devenir une question sociale et politique majeure du fait de ce qu’il est convenu de nommer l’allonge-mentdelavie.N’était-ce pas en effet l’argumentprincipalavancéparceux qui ont conduit, sous le quinquennat précédent, celui de Nicolas Sarkozy, la « réforme des retraites » ? Les statistiques qui calculent l’espérance de vie semblent conférer tout son poids à cet argument. La définition fournie par l’Insee de cette espérance de vie est la sui-vante : « L’espérance de vie à la naissance (ou à l’âge 0) représente la du-réedevie moyenne — autrement dit l’âge moyen au décès — d’une géné-ration fictive soumise aux conditions de mortalité de l’année. Elle carac-térise la mortalité indépendamment de la structure par âge » (Insee). Elle est donc un cas particulier de l’espérance de vie à l’âge x. Cette dernière espérance de vie est « le nombre moyen d’années restant à vivre au-delà de cet âge x (ou durée de survie moyenne à l’âge x) dans les conditions de mortalité par âge de l’année considérée» (Insee). (On notera que la dé-finition parle de « survie »). Or, nous pouvons constater, par exemple, que l’espérance de vie des hommes en France à 0 an est, en 1994, de 73,6 et de 78,2 en 2011 ; l’espérance de vie à 60 ans étant respectivement de 19,7 et de 22,5. Les chiffres,demêmeordre,pour les femmes étant, à leurtourrespectivement, de 81,8 et 84,8 ; de 25,0 et 27,3. Autant de chiffres qui traduisent donc un sensible allongement de l’espérance de vie, que l’on explique pêle-mêle par les progrès de la médecine, la baisse de la mortalité infantile, l’amé-lioration des conditions de vie, d’éducation, d’hygiène, d’alimentation, de prévention du tabagisme et des maladies cardio-vasculaires.
o L’homme et la société, n 183-184, janvier-juin 2012
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Éditorial
Aussi serait-on tenté de se dire, au regard de ces chiffres, que l’ana-lyse de Simone de Beauvoir, développée dans son ouvrage,La Vieillesse, publié en 1970, et qu’elle présente comme le symétrique de son maître livre,Le Deuxième Sexe, a, sans jeu de mots, beaucoup vieilli, marquée qu’elle est par un sombre pessimisme. Ne déclare-t-elle pas dans l’intro-duction :
« À l’égard des personnes âgées, elle [la société de consommation] est non seulement coupable, mais criminelle. Abritée derrière les mythes de l’expansion et de l’abondance, elle traite les vieillards en parias. En France, où la proportion des vieillards est la plus élevée du monde — 12% de la population a plus de 65 ans — 1 ils sont condamnés à la misère, à la solitude, aux infirmités, au désespoir.»
Pessimisme cependant solidement documenté, comme c’est déjà le cas de l’ouvrage de 1949, mais également entretenu par un parti pris idéolo-gique :
« Par le sort qu’elle assigne à ses membres inactifs, la société se démasque ; elle les a toujours considérés comme du matériel. Elle avoue que pour elle seul le e profit compte et que son “ humanisme ” est de pure façade. Au XIX siècle, les classes dominantes assimilaient explicitement le prolétariat à la barbarie. Les luttes ouvrières ont réussi à l’intégrer à l’humanité. Mais seulement en tant qu’il est productif. Les travailleurs vieillis, la société s’en détourne comme d’une 2 espèce étrangère.»
La philosophe nous prévient que la forme de quantification dessinée par le recours aux seuls chiffres de l’espérance de vie construit une repré-sentation qui mérite pour le moins d’être nuancée. Sans doute 12% de la population française a plus de 65 ans, mais les travailleurs vieillis, impro-ductifs, sont comme les femmes dans les termes des analyses duDeuxiè-me Sexeprivés de toute relation au monde et rangés sous la catégorie de l’Autre absolu. Sur la base de ce constat, elle dénonce alors un tel quan-titativisme comme venant relayer la dynamique économiciste qui anime la société de consommation, de soi-disant abondance. En d’autres termes, le quantitativisme statistique participe de la légitimation d’une société préoccupée du seul développement interprété dans les termes de la mar-chandisation, ou vient enrichir la représentation qu’une telle société pré-tend donner d’elle-même. Or, il peut sembler que le signal d’alarme qu’elle déclenche en 1970 ait finalement été entendu par l’Action conjointe européenne sur les espé-rances de vie en bonne santé, coordonnée par Jean-Marie Robine, direc-teur de l’Inserm, qui fait remarquer que :
1. SimoneDEBEAUVOIR,La Vieillesse, Paris, Gallimard, « Idées », I, 1979, p. 11. 2.Ibidem, II, p. 398.
La vieillesse ! Quelle vieillesse ?…
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« Jusqu’à récemment, pour faire un diagnostic de la santé d’un pays, on ne 3 pouvait étudier que son taux de mortalité, un indicateur purement quantitatif.»
Une bonne santé, nous renseigne l’Insee, est « définie par l’absence de limitations d’activités (dans les gestes de la vie quotidienne) et l’absence d’incapacités ». L’AVBS (années de vie en bonne santé) est un indicateur qui combine des informations sur la mortalité et la mobilité (il est aussi appelé « espérance de vie sans incapacité », EVSI), qui échappe à la seule logique de la fatalité de la survie. Si nous comparons les chiffres obtenus par l’application des deux in-dicateurs, espérance de vie et AVBS (à la naissance), nous obtenons res-pectivement, par exemple, en France, pour les hommes en 1995, 73,8 et 60,0, en 2009, 77,7 et 62,5 ; pour les femmes, 81,9 et 62,4, 84,4 et 63,2. Soit le commentaire suivant pour une appréciation plus générale :
« Bien qu’elle soit championne de l’espérance de vie des femmes, la France connaît un léger recul de l’espérance de vie en bonne santé depuis quelques an-nées. Voilà ce que conclut, jeudi 19 avril, l’Institut national des études démogra-phiques (INED).En 2010, les Françaises avaient une espérance de vie de 85,3 ans (contre 84,8 en 2008) et leurs compatriotes masculins de 78,2 ans (contre 77,8 ans). Mais outre l’espérance de vie, les démographes étudient aussi combien de temps les populations peuvent espérer vivre en bonne santé : c’est “l’espérance de vie sans incapacité(EVSI), soit la durée moyenne que l’on peut espérer vivre sans être affecté de maladies chroniques. Et l’EVSI, elle, baisse légèrement. Celle des hommes est passée de 62,7 ans à 61,9 ans entre 2008 et 2010 ; et de 64,6 ans à 63,5 ans pour les femmes, relève l’INED. Ainsi, en 2010, les hommes pouvaient espérer vivre en bonne santé 79,1% de leur espérance de vie totale contre 80,6% en 2008 et les femmes 74,4% contre 76,1%. Selon les chiffres de l’Insee, l’es-pérance de vie en bonne santé avait entamé sa légère baisse en 2006. La tendance française rejoint celle d’autres pays européens qui ont comme elle des espérances de vie élevées, note l’INED, qui a compilé et étudié les données de l’Union des 27. “Dans les pays où l’espérance de vie est déjà élevée, les gains d’années de vie se font aux âges les plus élevés, donc lorsqu’on est en moins bonne santé”, a commenté pour l’AFP l’auteur de l’étude, Jean-Marie Robine, pour expliquer 4 cette dichotomie.»
Des statisticiens ont ainsi enfoncé un coin qualitatif dans le quantita-tivismeinitialdeleur discipline, à l’image de certains économistesquiont, dans les années 1990, introduit l’indice de développement humain (IDH) en vue de qualifier le développement et non seulement le mesurer. Pro-longeant à leur manière, sans qu’un lien direct puisse être tissé, la forte intuitionde la philosophe Simone de Beauvoir. Et sans doute cela devrait-il nous convaincre d’approfondir la référence à la philosophie. La prise en
3. Cité inValeurs mutualistes, n° 279, juillet-août 2012, p. 22. 4.Le Monde.fr, 19/04/2012.
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Éditorial
compte de la seule espérance de vie, indépendamment de la capacité à définir son rapport au monde à l’occasion d’autant de choix et de projets, à la fois, reflète et encourage une attitude qui se laisse commander par l’impératif du toujours plus. Toujours plus vieux, toujours plus de cente-naires : 200000 centenaires sont anticipés en France en 2060. Dans quel état ? La pauvre logique du profit, celle du toujours plus, s’est dès lors imposée comme règle de conduite, qui inspire un absolutisme de la vie à tout prix oublieux de la condition mortelle de l’être humain. La mort n’est pas en elle-même un scandale, elle est une composante de la condition humaine. La finitude n’est pas une limitation, elle est une part consti-tuante de cette même condition. Sans crainte du paradoxe, il faut soutenir que c’est le désir d’illimitation qui constitue une limitation, enfermant l’existence humaine dans l’exclusive dimension quantitative. Il convient de raviver l’antique sagesse épicurienne qui enseigne que c’est l’illusoire désir d’éternité (illusoire quant à son objet) qui entretient la crainte de la mort, laquelle empêche sinon paralyse ; elle est un facteur d’aliénation. Cespremiersélémentsde réflexion permettent de suggérer que laques-tion posée par l’allongement de la vie exige la coopération de la statis-tique, de la sociologie, de la psychologie et de la philosophie, indispen-sable pour éclairer une prise de position politique et sociale. Coopération qui a spectaculairement fait défaut lors du débat sur la réforme du régime des retraites qui s’est installé dans le registre du quantitatif : l’allonge-ment de la vie impliquant de façon automatique et comptable l’allonge-ment des années de cotisation. Que la résolution de cette question doit avoir pour complément, politique et social, la revendication du droit à mourir dans la dignité pour que chacune et chacun puisse se libérer de la tentation aliénante de l’illimitation.
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Michel KAIL
La terre : une marchandise ? Agriculture et mondialisation capitaliste
Si ce dossier agriculture avait été publié il y a quarante ans, l’essentiel des articles aurait été consacré, d’une façon ou d’une autre, au thème de «l’absorptiondel’agricultureparlemodede production capitaliste », pour reprendre le titre d’un article resté célèbre à ce jour de Claude Servolin. La raison aurait tenu au fait que, depuis Marx, et surtout depuis la publi-cation, en 1900 par Karl Kautsky, deLa question agraire, les économis-tes, agronomes et autres sociologues, n’avaient cessé de se pencher sur le sort réservé à la petite exploitation familiale agricole dans le capitalisme contemporain. Deux écoles s’affrontaient alors. La première estimait que l’agrandissement de l’exploitation agricole était inéluctable et correspon-dait aux anticipations d’un Marx (ou d’un Kautsky), telles qu’elles figu-rent dans le Livre III duCapital. La seconde, à laquelle se rattachait d’ail-leurs l’analyse de Claude Servolin, pensait que la résistance de la petite exploitation familiale était finalement bien plus élevée que ce que l’on imaginait. En revanche, la publication d’un tel dossier durant la période 1980-2000 aurait sans doute été perçue comme décalée, voire incongrue, au re-gard de l’affaiblissement continu de la part du secteur agricole dans la va-leur ajoutée et dans l’emploi, et ce, dans la plupart des pays industrialisés. Quant aux pays en développement, si le secteur agricole occupait une place encore considérable dans les structures économiques et sociales, l’évolution des prix des matières premières produites et exportées laissait entendre qu’il s’agissait d’un secteur certes crucial pour les populations y travaillant, mais en déclin économique, ou tout du moins, peu rentable se-lon les critères économiques les plus basiques, et notamment celui du prix des importations. À quoi bon, dès lors, se pencher sur une agriculture que toute l’évolution du capitalisme condamnait à n’être,in fine, qu’un sec-teurpourvoyeur de matières premières au moindre coût pour les acheteurs et insuffisamment rentable pour les producteurs ? Il convient d’ajouter un élément supplémentaire et de poids dans ce panorama historique. À partir deladécenniequatre-vingt-dix,sedéployaeneffetlaproblématiquede
o L’homme et la société, n 183-184, janvier-juin 2012