La ville durable interculturelle

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Les projets de « villes durables » sont mis à rude épreuve par les problématiques interculturelles telles que les discriminations, les conflits religieux, l'exclusion culturelle. De la même manière, les projets de « cités interculturelles » sont mis en difficulté par les questions environnementales (changement climatique, mobilité durable, gestion des déchets, urbanisme durable...). Il est plus raisonnable de parler de « ville durable interculturelle » en tant que ville comprenant quatre piliers : la responsabilité interculturelle, la solidarité sociale, l'efficacité économique et la responsabilité environnementale.

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Ajouté le 01 janvier 2017
Nombre de lectures 35
EAN13 9782140025778
Langue Français
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Esoh ELAMÉLA VILLE DURABLE INTERCULTURELLE
Les projets de « villes durables » sont mis à rude épreuve par les
problématiques interculturelles telles que les discriminations, les LA VILLE DURABLE
conflits religieux, l’exclusion culturelle, etc. De la même manière,
les projets de « cités interculturelles » sont mis en difficulté par INTERCULTURELLEles questions environnementales telles que les changements
climatiques, la mobilité durable, la gestion des déchets, l’efficacité
énergétique, l’urbanisme durable, etc.
La présente publication aborde, avec équilibre, la question de la
ville durable dans une perspective interculturelle. L’auteur montre
que celle-ci ne peut s’opposer à la ville interculturelle et vice-versa.
Ainsi, il est plus raisonnable de parler de « ville durable
interculturelle », en tant qu’une ville disposant d’une planification
stratégique comprenant quatre piliers : la responsabilité interculturelle,
la solidarité sociale, l’efficacité économique et la responsabilité
environnementale.
Esoh ELAMÉ est pédagogue, géographe, géologue, environnementaliste.
Actuellement enseignant-chercheur à l’université de Padoue (Italie) au département
de génie civil, architectural et environnemental, ses principaux champs de
recherche concernent la pédagogie du développement durable, la pédagogie
postcoloniale, la géographie postcoloniale, l’ingénierie territoriale du développement
durable (planification stratégique, ville durable interculturelle, rudologie
négroafricaine), et le management environnemental (RSE, SMQ, SME, labels, achats
durables, mobilité durable et marketing territorial).
Illustration de couverture d’Arnauld Raphael Pemutet,
artiste camerounais d’art contemporain.
Email : anolart@yahoo.fr ; site: http://anolelpemu.jimdo.com
ISBN : 978-2-343-10603-8 Études postcoloniales
28€ du développement durable
H-CAMEROUN_GF_S_ETUDES-POSTCOLONIALES-DEV-DURABLE_ELAME_LA-VILLE-DURABLE-INTERCULTURELLE.indd 1 06/12/16 00:31
LA VILLE DURABLE INTERCULTURELLE
Esoh ELAMÉ






La ville durable
interculturelle





















Études postcoloniales du développement durable
Collection dirigée par Esoh Elamé
(DICEA/université de Padoue/Italie)

Cette collection d’ouvrages destinés à un public cultivé et curieux se
propose d’interroger, dans une perspective postcoloniale, la théorisation du
développement durable, ses principaux problèmes, ses piliers, ses principes,
et son opérationnalité concrète finalisée à son ancrage territorial.
La collection est ouverte aux travaux qui sont guidés par la volonté de
repenser la transition environnementale et interculturelle du développement
durable à partir des différents systèmes de pensée. Elle accueille des
ouvrages et des essais scientifiques, fruits de recherches originales montrant
qu’il est possible d’aller au-delà de la rhétorique actuelle du développement,
de penser à un autre modèle de société, où respect de l’environnement rime
avec dialogue entre les civilisations.


Déjà parus


ELAMÉ (Esoh), L’agenda 21 de seconde génération. Transition vers une éducation
durable, 2016.
ELAMÉ (Esoh), Pensée négro-africaine et représentations sociales, 2016.
ELAMÉLa pédagogie postcoloniale, 2016.














Ces derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Esoh ELAMÉ













La ville durable
interculturelle




























Du même auteur, chez L’Harmattan


L’agenda 21 de seconde génération. Transition vers une éducation durable,
2016.
Pensée négro-africaine et représentations sociales, 2016.
La pédagogie postcoloniale, 2016.














Cet ouvrage fait partie des produits du projet européen « Plan d’actions éducatives
sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement à travers les jumelages scolaires
Nord/Sud – OMD » (réf. DCI ‐NSAED/2009/202 ‐190) financé par la Commission
européenne, dans le cadre du programme européen « Acteurs non étatiques et autorités
locales –sensibilisation et éducation au développement en Europe ».
Cependant, cet ouvrage n’engage, par son contenu, que son auteur. La responsabilité
de ce matériau est celle de son auteur principal et ne représente pas l’opinion de la
Commission européenne qui n’est pas non plus responsable de l’usage qui pourrait être
fait des informations contenues dans ce texte. La reproduction est autorisée moyennant
mention de la source.








© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-10603-8
EAN : 9782343106038

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Depuis sa création en 1945, l’une des principales priorités de
l'Organisation des Nations Unies (ONU) fut de promouvoir la coopération
internationale pour résoudre les problèmes internationaux d'ordre
économique, social, intellectuel ou humanitaire tout en encourageant le
respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans
aucune distinction. Sous l’impulsion de l’ONU, tous les dix ans, divers
sommets ont été organisés tels ceux de Stockholm (Suède en 1972), Nairobi
(Kenya en 1982), Rio de Janeiro (Brésil en 1992 et en 2012), Johannesburg
(Afrique du Sud en 2002) sur les questions de développement dans le but
d’améliorer le bien-être des peuples. Du 6 au 8 Septembre 2000, à l’aube du
troisième millénaire, dans la ville de New York, l’ONU a réuni les dirigeants
du monde pour qu’ils prennent un engagement d’un symbolisme
incontournable adapté aux réalités et aux besoins changeants du monde du
XXIe siècle. Appelé Sommet du Millénaire et constituant le plus grand
rassemblement de chefs d'États et de gouvernements de tous les temps, la
rencontre de New York s’est conclue par l’adoption par les 189 États
Membres de la Déclaration du Millénaire. Cette dernière énonce huit
objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dans le but général
de consolider l’engagement de la communauté internationale et le
renforcement des partenariats avec les gouvernements et la société civile
pour bâtir un monde sans laissés-pour-compte. A travers la vision qu’ils ont
eue à incarner, les OMD mettent l’être humain au centre de toutes les
préoccupations des politiques gouvernementales pour aider tout humain là
où il se trouve à vivre mieux.
Pour l’Organisation des Nations Unies, l'amélioration des conditions
d'existence des peuples du monde entier passe par l'élimination de la
pauvreté, indispensable à l'instauration des conditions requises pour établir
une paix durable dans le monde. Au fil des ans, à travers ses différents
sommets, l’ONU a eu le mérite de construire un consensus mondial sur le
développement et sur l’avenir de notre planète. Les États Membres de
l’ONU ont progressivement admis que le développement devrait être
durable, pour promouvoir la prospérité de toutes les populations sur la
terre y compris celle des générations futures, dans le respect de
l’environnement.

Les efforts de l’Organisation des Nations Unies pour la construction
d’une nouvelle philosophie mondiale du développement, fondée
principalement sur le respect de l’environnement, ont aussi jeté les bases
pour la mise en place d’une société post-carbone. Dans ce contexte, la
mobilisation de l’ONU est plus que jamais concrète en faisant de
l’adaptation au changement climatique l’une de ses priorités d’action, et
plaçant par là-même la question énergétique au centre de ses
préoccupations. Cette nouvelle approche nous amène à nous questionner
sur les méthodes et actions à mettre en place pour disposer d’une approche
globale et systémique de la gouvernance post-carbone dans nos pays, villes
et campagnes. Si depuis 1972, les Nations Unies ont contribué à bien des
égards, à construire une appréciation globalement positive quant aux
rapports entre développement et préservation de l’environnement, les
conséquences déjà visibles et attendues des changements climatiques
exigent aujourd’hui d’adopter une nouvelle posture du développement.
Comme on le sait déjà, le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 a
contribué de manière significative à répandre à grande vitesse à travers le
monde, la notion du développement durable. Bien que les
recommandations adoptées dans la « Déclaration de Rio » et les mesures
préconisées dans le « Plan d’action », en particulier d’un point de vue
institutionnel, n’aient pas permis de répondre totalement aux problèmes
existants, elles ont tout de même contribué à accroître le niveau de prise de
conscience des enjeux des problèmes environnementaux. Le Sommet de la
Terre de Rio de Janeiro a bousculé les mentalités et les certitudes, en
invitant les décideurs planétaires à prendre conscience du fait qu’ils ne
pouvaient continuer à construire l’avenir de leurs pays à travers des
politiques qui conduisaient à modifier l’équilibre de l’écosystème. Cette
conférence affirma que les et modes de gouvernance de nos pays ne
devaient pas infléchir le devenir de l’humanité au point de mettre en péril les
écosystèmes dont dépend l’Humanité. Après la Conférence de Rio, certaines
questions ont progressivement mais rapidement émergé au point de
bousculer l’Agenda politique international. Aujourd’hui, les risques globaux
nouveaux tels le changement climatique, la disparition de la biodiversité, le
dépérissement des forêts, notamment tropicales, ou encore les problèmes
de sécurité sont au cœur du débat. Ces questions exigent une mobilisation
de l’opinion publique, de la société civile et des décideurs à tous les niveaux.
Ces risques globaux constituent aussi un volet important du développement
durable au troisième millénaire qui exige des compétences spécifiques,
appelant donc un renforcement du niveau de connaissance sur le thème.
Plus qu'un lien, l'articulation environnement et développement constitue
6
désormais un enjeu déterminant pour répondre de manière efficace aux
menaces de ces risques globaux.
Il est désormais admis dans la gouvernance planétaire, qu’une solidarité
internationale est indispensable pour satisfaire les besoins de l’ensemble des
populations dans le respect d’exigences accompagnées de performances
environnementales, sociales, économiques et culturelles. Le concept de
développement durable s’est ainsi imposé comme modèle de construction
des actions permettant à notre planète de faire face aux changements
climatiques, conséquence des mauvaises politiques de consommation des
ressources et des diverses formes de pollution qui en découlent. Lors de la
conférence de Rio, ce concept a également permis de prendre
progressivement conscience de la responsabilité des pays du Nord et de
certains pays en transition économique, tels la Chine et l’Inde, en matière de
dégradation de l'environnement planétaire. Globalement, sur le plan
international, le Sommet de Rio de 1992 et l’ensemble des autres Sommets
qui ont suivis, ont alimenté une réflexion plus générale sur l’impératif d’une
nouvelle vision du développement et de la citoyenneté planétaire.
C’est justement pour faire face à cette situation de plus en plus
dramatique que parmi les Accords du Sommet de la Terre de Rio en 1992,
figure l’Agenda 21 qui appelle les pays à établir des plans d’actions pour la
réalisation du développement durable au niveau national, et à encourager la
création d’Agendas 21 locaux pour poursuivre le même objectif au niveau
communal. L’Agenda 21 constituerait un cadre global de coopération dans
le cadre duquel chaque pays doit établir ses propres stratégies de
développement pour le XXIe siècle. Sa bonne application au niveau des
villes et agglomérations permettrait à ces dernières de renouveler leurs
stratégies de développement urbain ou rural en offrant une nouvelle grille
de lecture des mutations accélérées qu’elles connaissent depuis. Il
constituerait à ce titre un outil optimum d’aide à la décision dans la mesure
où il met l'accent sur la place des territoires et de leurs acteurs dans les
enjeux qu’impose le développement durable. Il est important de souligner
que le chapitre 28 de l’Agenda 21 de Rio met en avant le rôle essentiel qui
revient aux collectivités locales en matière de développement durable. Dans
ce chapitre, il est proposé aux collectivités locales d’instaurer « un dialogue
avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin
d’adopter un programme Action 21 à l’échelon de la collectivité », dans
lequel les citoyens peuvent préciser leurs objectifs de développement
durable et la manière de les atteindre. Il est recommandé aux villes, de
disposer d’un Agenda 21 local qui constitue une déclinaison au niveau local
des politiques de développement durable. Ces collectivités locales sont ainsi
7
invitées à mettre en place un programme d’action dans lequel l’ensemble des
acteurs locaux d’une communauté définissent ensemble leurs objectifs de
développement durable et la manière de les atteindre. Le processus
d’Agenda 21 local qui vise à construire des villes durables, à travers une
prospective territoriale, se voudrait ainsi être le catalyseur d'initiatives locales
qui naissent d’une dynamique collective de participation pour susciter la
mobilisation des acteurs autour d'objectifs communs. Dans un contexte
planétaire où la population mondiale est en augmentation, l’urbanisation en
plein essor, les perspectives budgétaires difficiles, il faut gagner en efficacité,
éviter le gaspillage, baisser les coûts de fonctionnement. En outre, la
maîtrise de l’urbanisation galopante, notamment dans les pays pauvres et
émergents, exige un investissement important dans les équipements
structurants. La ville durable devient ainsi une chance pour repenser les
territoires, assurer leur développement économique en cohérence avec une
démarche d’aménagement du territoire soucieuse de l’environnement, de
l’inclusion sociale et interculturelle. La ville durable devient
incontestablement le lieu où doit advenir et se matérialiser la prise de
conscience progressive de la responsabilité des décideurs dans la
dégradation de l'environnement. A cet égard, il apparaît nécessaire de
dépasser la vision économique du développement dans les villes pour
intégrer les questions environnementales. En même temps, l'importance des
menaces sécuritaires, en particulier à l’égard du vivre ensemble, impose une
exigence nouvelle de solidarité et tolérance de l’ensemble des populations
d’une ville.
Depuis le Sommet de la Terre de 1992 à Rio, en Europe, en Amérique et
dans d’autres continents, de nombreuses villes se sont engagées dans une
démarche d’Agenda 21 local pour mieux planifier les décennies futures pour
le bien des générations présentes et à venir. Plus d’une vingtaine d’années
après la promotion sur la scène internationale du concept de ville durable
via les Agendas 21 locaux, et compte tenu des exigences d’adaptation au
changement climatique, on comprend qu’il ne s’agit en aucun cas d’une
volonté d’adhérer à une pétition de principe. Il s’agit plutôt de la nécessité
des territoires à s’adapter à un impératif sociétal afin d’adapter leur
économie et mode de vie au changement climatique en cours. La situation
actuelle appelle à la planification stratégique afin d’arrimer les besoins
présents à ceux des générations futures. Malheureusement, dans la plupart
des pays pauvres et en voie d’émergence, les gouvernants ne se préoccupent
pas assez de l’inscription de la ville durable dans leurs politiques
d’investissement dans le domaine de l’urbanisation. Pourtant face aux
nécessités évidentes de démanteler les bidonvilles présents sur leurs
8
territoires, de lutter contre l’exode rural et contre l’étalement urbain, la mise
en place d’une démarche globale permettant de construire des territoires
répondant aux exigences du développement durable est fortement
souhaitable. Le 25 septembre 2015, les 193 pays membres de l’ONU ont
défini 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) appelé Agenda 2030
pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour
tous. Dans ce nouvel cadre mondial, l’Objectif 11 concerne les villes et
communautés durables préconisant la création de villes et établissements
humains ouverts à tous, sûrs, résistants et durables. Ainsi donc, à compter
erdu 1 janvier 2016 et ce jusqu’au 31 décembre 2030, la question de la ville
durable constitue un défi à relever dans le cadre de la démarche universelle
en faveur des Objectifs du Développement Durable.
Le présent ouvrage invite à s’interroger sur la notion de ville durable et
son interaction avec les questions interculturelles. Doit-on considérer la ville
durable en marge de la ville interculturelle ? Ces deux réalités doivent-elles
être distinctes ou alors peuvent-elles cohabiter pour donner lieu à une
nouvelle vision de la ville de demain qu’il reste à construire ?
Les discussions sur les questions juridiques, institutionnelles et
techniques ayant abouti à la notion de ville durable méritent donc non
seulement d’être connues mais également questionnées. En raison de ses
grandes ambitions, le concept de ville durable concerne en particulier les
questions relevant du développement de la ville. Il s’agit d’un concept qui
s’adresse aux générations présentes et futures de la ville. Au cours de ces
dernières années, une expertise internationale sur l’ancrage du
développement durable dans la ville s’est progressivement mise en place,
indépendamment du fait qu’à ce jour, une définition arrêtée, reconnue et
partagée tarde à émerger sur le plan scientifique, technique et institutionnel.
L’historiographie du concept de ville durable dont il sera question dans cet
ouvrage, repose sur les grandes lignes consensuelles qui ont jusqu’ici été
définies pour son cadrage technique lors des différentes rencontres
internationales. Ce concept en construction mérite une attention particulière
puisqu’il s’inscrit clairement dans la perspective de rendre la ville
l’expression tangible du développement durable traduisant un engagement
politique et institutionnel vigoureux des décideurs locaux et des
communautés territoriales.
Signalons d’emblée que c’est à tort que le concept de ville durable est
utilisé pour parler uniquement de transition écologique. En vue d'atteindre
l'objectif du développement durable dans une ville, il n’est pas seulement
question de réaliser un renouvellement institutionnel ou au contraire une
9
restructuration susceptible de revitaliser les institutions existantes et mettre
en place des politiques concernant le changement climatique, la perte de
biodiversité, la rareté des ressources et les risques sanitaires
environnementaux. Ainsi, la transition écologique qui est certes
indispensable, n’est plus suffisante. Il est à présent indispensable d'engager,
au-delà d'une correction à la marge des trajectoires actuelles sur les
questions environnementales, une transformation d'ampleur sur les
questions culturelles et interculturelles. L'attitude qu’exige l’ancrage
territorial du développement durable va bien au-delà des questions et
préoccupations écologiques. La transition écologique qui d’emblée est
incluse dans la transition environnementale, ne saurait être le leitmotiv pour
matérialiser la ville durable. En outre, comme nous le verrons, la ville
durable devrait se focaliser aussi sur la transition interculturelle de ses
quartiers et terroirs, marqués par la diversité culturelle où le vivre ensemble
ne se décrète pas mais se construit par des politiques qui portent
véritablement au dialogue interculturel dans tous les domaines du
développement local.
La nécessité de dresser une historiographie du concept de ville durable
vise à montrer que les actions en matière d’Agenda 21 local, qui existent et
sont même de plus en plus nombreuses, restent malgré tout éparses. Ceci
s’explique par le manque de lisibilité que le concept de ville durable
rencontre sur la scène internationale. Son succès mitigé, traduit sans aucun
doute, les incertitudes qui planent sur l’importance que les Etats confèrent à
cet outil de planification stratégique.

10







Première Partie

La ville durable entre utopie et réalité




Chapitre I

Les textes fondateurs du concept « ville durable »

La perception dominante actuelle du développement de la ville est
fondée sur un modèle socio-économique qui repose essentiellement sur
l’exploitation des ressources naturelles pour la majeure partie non
renouvelable. Face au progrès technique et aux enjeux liés aux changements
climatiques, cette approche tend à s’essouffler. Les inquiétudes sans cesse
croissantes liées aux dérèglements climatiques illustrent la nécessité de
repenser le modèle actuel de développement de la ville. La transition vers la
ville durable devient alors incontournable pour les prochaines décennies.
Dans ce contexte, des ruptures fondamentales sont à envisager sur le
devenir de la ville contemporaine. Pour mieux comprendre les enjeux qui
interpellent la ville du troisième millénaire, il est important de s’interroger
sur les textes fondateurs de la ville durable. Nous souhaitons pour cela faire
dans ce chapitre, le point sur l’ensemble des documents relatifs à la
conceptualisation de la ville durable.
1/- La ville durable dans la littérature onusienne.
La notion de ville durable, toujours plus utilisée dans la littérature
scientifique et institutionnelle, met l’accent sur la prise en compte du
développement durable dans les politiques territoriales. La ville durable de
par son histoire, met l’accent sur la qualité de l’environnement urbain, la
préservation, la restauration et la mise en valeur des écosystèmes en milieu
urbain. Elle plaide pour la mise en place d’une politique qui vise à résoudre
l’ensemble des problèmes environnementaux relatifs au milieu urbain et
périurbain afin de limiter ou réparer les impacts environnementaux tout en
améliorant le cadre et la qualité de vie des habitants. La ville durable est
aussi une ville ouverte vers une coopération internationale, régionale et sous
régionale, en vue d'assurer l'utilisation durable des ressources, le partage
juste et équitable des richesses découlant de l'exploitation des ressources
naturelles et des biens de production. Il n'en reste pas moins que

l’historiographie de la ville durable qui n’est pas dissociable de celle du
développement durable, justifiant donc que l’on attarde sur ce dernier en
examinant la littérature institutionnelle onusienne sur le thème.
1.1/. - L’écodéveloppement, antinomie de la ville durable ?
Les premières alertes du club de Rome qui remontent aux années 70,
relayées dès 1972 par la Conférence des Nations Unies sur l’environnement
humain à Stockholm, ont créé les conditions d’un début de prise de
conscience planétaire de l’émergence des problèmes environnementaux. Les
conclusions de la Conférence de Stockholm (1972) imposèrent une vision
de l’environnement non pas comme une variable d’ajustement mais plutôt
comme un déterminant susceptible à tout moment de conditionner la survie
de l’humanité.
Par ailleurs, cette dernière Conférence a permis sur le plan institutionnel
de formuler le concept d’écodéveloppement. Sachs (1978, p 16) souligne à
cet effet que « le mot écodéveloppement fut lancé par Maurice Strong en 1972 et il
circula dans les couloirs de la Conférence de Stockholm ; il détrôna immédiatement
l'écoéco (une fois pour l'écologie, une fois pour l'économie) proposé par les participants d'un des
forums parallèles à la Conférence officielle ». Mais la naissance de ce mot en 1972,
aux contours encore imprécis, est toutefois la résultante comme on peut
l’imaginer, de l’incertitude qui commence à régner des prévisions du rapport
de Meadows du Club de Rome. L’écodéveloppement ainsi en gestation,
semble incarner une ère où de nouvelles stratégies permettant d’insérer la
protection de l’environnement et des ressources naturelles dans un
mouvement combinant réaffirmation de l’objectif du développement et
réorientation profonde de ses priorités, commence à se poser. Malgré les
enjeux qui pouvaient concerner l’écodéveloppement, à la conférence de
Stockholm, Sachs nous informe que cette notion ne s’appliquait pas aux
pays riches, industrialisés :
A ses origines, le concept de l'écodéveloppement a été formulé d'une façon plutôt
restrictive, à savoir une stratégie de développement rural dans le Tiers Monde,
fondée sur l'utilisation ingénieuse des ressources locales et du savoir-faire paysan.
Mais cette formulation a vite été dépassée : l'écodéveloppement est devenu le
synonyme d'un développement socio-économique endogène, reposant sur des forces
vives et organisées de la société, conscientes de la dimension écologique et recherchant
une symbiose, entre l'homme et la nature (ibidem).
L’écodéveloppement fut alors envisagé comme une solution alternative
au modèle de développement des pays industriels capitalistes ou socialistes.
« En quelque sorte l'existence des vestiges d'une économie traditionnelle écologiquement
14
équilibrée fournissait à ces régions une occasion de ne pas s'engager dans la croissance
déprédatrice des ressources et du milieu, de récuser les modèles venus de dehors et plus
particulièrement du Nord (fût-il capitaliste ou socialiste) et de faire mieux » (ibidem).
Le débat lancé peu de temps après lors du colloque des Nations Unies sur
« l'utilisation des ressources, de l'environnement et des stratégies de
développement », organisé du 8 au 12 octobre 1974 dans la ville de Cocoyoc
au Mexique, et mobilisant plusieurs experts internationaux, a permis de
formuler une interprétation plus générale et plus riche du concept
d'écodéveloppement. «Ce texte insiste sur la nécessité d'aider les populations à
s'éduquer et à s'organiser en vue d'une mise en valeur des ressources spécifiques de chaque
écosystème pour la satisfaction de leurs besoins fondamentaux » (Ibid, t, p 17). La
déclaration de Cocoyoc condamne l'ordre économique international et
propose de le refondre pour lutter contre les disparités croissantes entre
pays du Nord et du Sud, mais également au sein de chaque pays. Elle fut
condamnée par les États-Unis dès sa publication. Ignacy Sachs va
s’intéresser de l’écodéveloppement pour en faire un concept scientifique
pouvant servir pour analyser et comprendre comment élaborer les
politiques de développement. En effet, il élabora une formulation
scientifique dans laquelle l’écodéveloppement renvoie à une planification du
développement qui se trouve être à la fois endogène, autocentrée et
participative, reposant sur les forces vives et organisées de la société,
conscientes de la dimension écologique et recherchant une symbiose entre
l'homme et la nature. Pour Sachs, (1980, p 32) cité par Olivier Godard
(1998) « l’écodéveloppement méritait d’être considéré à la fois comme un outil heuristique
et comme une approche, et non pas comme une doctrine ou une théorie » (p 218).
En visant l’harmonisation entre le développement et l’environnement,
l’écodéveloppement donna corps à la quête d’une nouvelle manière de
penser le développement local. En effet, il dénonça une croissance
économique qui n’internalisait ni les questions environnementales ni les
aspirations des populations. Sa portée eut une incidence sur les politiques
urbaines en termes de correction des imperfections du développement qui
jusque-là s’étaient focalisées sur les questions essentiellement économiques.
Il fut alors admis que pour parvenir à une internalisation optimale des effets
externes du développement économique, il ne fallait pas seulement résorber
les nuisances écologiques, mais aussi intervenir sur celles de nature sociales,
culturelles. On retient que l’écodéveloppement, en privilégiant le
développement endogène dans une logique de prise en compte des besoins
de la population et des préoccupations écologiques, fixa d’une manière
générale, les prémices du développement local urbain et rural. De la
15
littérature scientifique de Sachs sur l’écodéveloppement (Sachs, 1974a,1980),
il s’ensuit les éléments de synthèse suivants :
- dans chaque écorégion, l’effort doit porter sur la mise en valeur des
ressources spécifiques pour la satisfaction des besoins fondamentaux
de la population (référence générale à la self-reliance) ;
- la production est organisée de façon à exploiter toutes les
complémentarités techniques et à utiliser les déchets à des fins
productives, afin de limiter les impacts négatifs sur l’environnement ;
- l’écodéveloppement nécessite la mise en œuvre de techniques
appropriées, contre le transfert mimétique des techniques élaborées
dans les pays industriels ; le changement technique apparaît comme la
variable multidimensionnelle par excellence du jeu de la planification ;
- le cadre institutionnel ne saurait être défini une fois pour toutes, mais
exige aux niveaux régional et local la mise en place d’une autorité
horizontale capable de dépasser les particularismes sectoriels et de
jouer de la complémentarité des actions ; il requiert également, par
souci d’efficacité, une participation effective des populations
concernées ; il faut encore, aux niveaux supérieurs, un ensemble
cohérent de politiques visant à mettre à la disposition des acteurs
locaux les ressources qui ne peuvent pas être trouvées sur place et à
assurer l’intégration des divers objectifs du développement, dont
l’environnement n’est qu’une dimension.
L’écodéveloppement ainsi présenté par Sachs (1974) résulte d’une pensée
complexe, associant les questions sociales, économiques, culturelles et
environnementales pour parler de développement. Il est donc moins une
action portée essentiellement sur l’environnement. Pourtant son apparition
se fait dans un contexte international où le débat est centré sur les limites
environnementales du développement et sur la primauté de l’économie sur
l’environnement. Dans sa pensée approfondie sur l’écodéveloppement,
Sachs nous propose une réflexion originale sur le développement qui
montre que la relation mécanique entre économie et développement ne peut
se soustraire des questions environnementales, sociales et culturelles. Sachs
souligne à cet effet que :
le conflit de plus en plus dramatique entre la croissance et l’état de la nature peut
se résoudre autrement que par l’arrêt de la croissance. L’enjeu, c’est de trouver des
modalités et des usages de la croissance qui rendent compatibles le progrès social et
la gestion saine des ressources et du milieu (Sachs, 1980, p. 12).
16
La croissance, en tant que forme de l’augmentation de la production d’un
pays sur une longue période, a été pendant longtemps synonyme du
développement. Une croissance ne peut se produire sans changements
structurels, ayant une incidence sur le développement (Perroux, 1966) défini
jusqu’aux années 80 comme l’ensemble des transformations des structures
démographiques, économiques et sociales qui accompagnent la croissance.
Dans ses travaux sur le développement, Sachs précise que « si la croissance
économique en constituait une condition nécessaire, elle ne devait plus être considérée
comme une fin en soi ni comme une condition suffisante du développement » (Sachs,
1997, p. 83). Il rejette également l’idée d’une croissance qui conduit à
l’exploitation abusive de la nature. On peut donc tirer l’observation suivant
laquelle, la croissance, même quand elle est synonyme de transformation des
structures économiques, politiques et sociales, pouvant dans certaines
conditions engendrer le recul de la pauvreté, l'augmentation du niveau de
vie, du niveau d'éducation et de l'espérance de vie, l'épanouissement d'une
égale capacité des individus à exercer leur liberté, ne peut transformer la
nature au point de menacer son existence, sa survie, sa biodiversité. Le
développement, ne peut en aucun cas, conduire à choisir entre la croissance
et la qualité de l’environnement. Le développement ne peut être synonyme
de consommation de la nature. Il ne saurait non plus avoir un lien de
rupture entre développement et conservation de la nature. C’est d’ailleurs
avec intérêt qu’on donnera encore raison à Sachs lorsqu’il souligne à une
époque bien lointaine où la pensée environnementale n’est pas le thème qui
domine la recherche scientifique et encore moins les enjeux politiques
planétaires, que « l’échelle de l’intervention humaine dans la nature a atteint
aujourd’hui des proportions suffisamment dangereuses pour que la prudence écologique
devienne la règle » (Sachs, 1980, p. 29).
Le concept d’écodéveloppement, dans son élaboration théorique et dans
sa dimension appliquée, d’après Olivier Godard (1998), «résulte d’une pensée
sur le développement davantage que d’une réflexion sur l’environnement » (p 220).
Godard dans son article l’écodéveloppement revisité, va plus loin. Il dit que
«l’écodéveloppement est une pensée de l’harmonisation comme processus. Elle fait de
l’harmonie une visée, pas un état de nature ni un état initial, et de l’harmonisation un
processus de réduction de conflits qui constituent bien les termes premiers dont se saisit la
pensée » (op cit, p 213). Vu sous cet angle, Godard en approfondissant la
pensée de Sachs (1974), souligne « qu’avec l’écodéveloppement, la visée de
l’harmonie des relations entre les hommes et la nature ne peut se concevoir sans celle de
l’harmonie des rapports entre hommes » (op cit, p 213). Cela met en évidence
toute l’importance qu’il faille accorder au dialogue interculturel, au vivre
17
ensemble à partir des valeurs communes pour lutter contre le repli
identitaire dans tout territoire s’engageant dans l’écodéveloppement.
Le concept d’écodéveloppement dans son émergence institutionnelle et
son approfondissement scientifique, est finalement un outil de planification
du développement. Il jeta les bases d’une réflexion sur la planification
stratégique. Nous partageons à cet effet, les observations de Godard (op cit,
p 231) lorsqu’il dit :
«Si la société civile est la véritable héroïne de l’écodéveloppement, le personnage du
planificateur en est certainement le pivot. C’est à lui qu’incombe d’intégrer la
dimension de l’environnement avec les autres objectifs du développement, de
discerner et mettre en œuvre les multiples complémentarités entre des actions devant
s’agencer comme les parties d’un système technique intégré, de faire preuve
d’imagination au point d’ambitionner d’influer directement sur la conception de
nouveaux systèmes techniques »
L’émergence du concept d’écodéveloppement à la conférence de
Stockholm peut être considérée comme le début de l’ère de la planification
stratégique à l’attention des territoires (villes et campagnes). Il rend
opérationnel une nouvelle conception de la planification et de l’analyse du
développement (Sachs, 1974a, 1980). Concrètement, l’écodéveloppement se
voulait être un outil de prospective remettant en cause certains mécanismes
de fonctionnement et préjugés culturels qui prédominaient dans les années
70. « L’écodéveloppement n’est rien d’autre que la sensibilisation du planificateur à la
double dimension de l’écologie et de l’anthropologie culturelle » (Sachs, 1978, p. 22).
Ainsi, le planificateur est appelé à mieux prendre en compte la diversité des
situations, la pluralité des valeurs pour mieux appréhender la multiplicité des
solutions souhaitables pouvant varier en fonction des conditions spatiales,
temporelles, écologiques, économiques, culturelles et sociales. On voit bien
que l’écodéveloppement dans sa « formulation sachsienne », interpelle le
planificateur non seulement à savoir se poser les bonnes questions en
partant de l’existant mais aussi à se libérer des préjugés culturels pouvant
nuire dans la détermination des solutions les plus appropriées. On voit bien
là que l’écodéveloppement est une démarche de planification stratégique qui
ne dit pas son nom et focalise son attention sur l’effort à consacrer sur la
mise en valeur des ressources spécifiques pour la satisfaction des besoins
fondamentaux de la population (référence générale à la self-reliance).
L’écodéveloppement a donc constitué la référence de la planification
stratégique d’un développement réconciliant l’économie, le social, le culturel
et l’environnement dans un territoire précis. Abordé comme la traduction
d’une pensée globale de la planification territoriale qui se veut avant tout
18
participative, la notion d’écodéveloppement se trouve intimement liée au
postulat de la self-reliance à savoir prendre conscience du fait que pour se
développer, il faut compter sur soi-même. La self-reliance est un élément
moteur décisif pour la construction d’une mentalité résiliente en vue de se
prendre en charge soi-même pour se développer. Elle pénètre et anime tous
les domaines de l’activité humaine et trouve son élan dans les communautés
humaines soucieuses de se déterminer et de se conduire elles-mêmes. Elle
traduit l’horizon de la solidarité des membres de la communauté qui devient
une force d’attraction et de cohésion pour trouver ensemble des solutions
les plus appropriées aux problèmes internes, locaux de développement. La
self reliance incite à des efforts de groupes et des peuples pour se construire
un avenir. La self-reliance n’est pas un repliement sur soi, encore moins une
forme d’isolement, mais plutôt la construction en interne, dans une
communauté par ses membres, un dynamisme pour un développement
authentique qui ne se réduit pas en une simple accumulation d’éléments
étrangers. Le développement par la self reliance est une forme de
développement ressenti, voulu, souhaité, qui vient de l’intérieur d’un peuple,
d’une communauté, à partir d’une transformation positive qui prend
naissance dans ses traditions. La self reliance renvoie de manière
significative aux conditions internes de la vie d’un peuple, d’une
communauté qui souhaite se développer. Elle trouve son souffle et son
orientation au sein des communautés en mobilisant tous les acteurs à travers
son caractère éminemment social, participatif, inclusif, et la solidarité entre
les hommes qu’elle exige.
Travailler pour l’écodéveloppement impose le recueil d’informations
riches et singulières obtenues grâce à la contribution d’une large
participation des populations locales. A défaut, tout territoire à la recherche
du développement, serait dans l’impossibilité d’identifier correctement les
problèmes et les besoins de ses populations, mais aussi les potentialités du
milieu naturel local (Sachs, 1980, p. 32). Nous convenons avec Godard
(1998), reprenant certaines considérations de Sachs (1974, 1990) que :
« comme outil heuristique, l’écodéveloppement est apparu à géométrie assez
variable. Ayant à l’origine (1973) une portée délimitée visant les zones rurales
isolées du tiers monde, le concept a été enrichi et étendu par la suite pour désigner
un développement endogène à la fois soumis à la logique des besoins de la
population et conscient de sa dimension écologique » (p 219).
L’enrichissement du concept d’écodéveloppement et son processus de
généralisation nous permettent de conclure que, dans son élaboration
théorique et sa dimension applicative, ce concept incarnait à partir des
19
années 1980 la planification stratégique du développement local d’une ville
quel que soit son échelle. La littérature scientifique abondante d’Ignacy
Sachs (1974, 1990, 1994) montre que l’écodéveloppement s’inscrit dans un
schéma de planification (Sachs., 2008) tout en restant ouvert aux
dimensions écologiques et culturelles des différents territoires. On peut
alors conclure en disant que l’écodéveloppement fut ainsi pensé comme « un
ensemble de critères normatifs et de questionnements plutôt qu’un modèle rigide » (Sachs,
1990, p. 3) pour repenser l’avenir des territoires.
1.2/. - La ville durable : fruit d’un processus interactif international
de collectivités locales
Entre 1990 et 1992, en amont de la Conférence des Nations Unies sur
l’environnement et le développement (CNUED, Rio de Janeiro, juin 1992),
plus d’une dizaine de rencontres internationales s’étaient succédé desquelles
les villes avaient été les grands protagonistes. Ces rencontres internationales
avaient débouché pour la plupart, sur des Déclarations explicitant le lien
entre la ville et l’environnement. On peut notamment citer :
- la Déclaration de Melbourne ;
- la Déclaration d’Oslo sur l’environnement, la santé et le mode de vie ;
- la Déclaration de Toronto sur les villes mondiales et leur
environnement, Déclaration de Villa de Leyva ;
- la Déclaration d’Istanbul,
e- la Déclaration de Montréal adoptée au 3 Sommet des grandes villes
du monde,
- la Déclaration de Rio de Janeiro de janvier 1992 concernant un
engagement des villes et des autorités locales pour la Conférence des
Nations Unies sur l’environnement et le développement,
- l’Engagement de Curitiba en matière de développement durable.





20



Lieu Événement Déclaration
septembre New York World Congress of local governments for a ___
1990 sustainable future
eoctobre Melbourne 3 Congrès de l’Association mondiale Déclaration de Melbourne
1990 des grandes métropoles, Métropolis
èmejuin 1991 Oslo 30 Congrès mondial de l’IULA Déclaration d’Oslo sur
(Union internationale des villes et l’environnement, la santé et le mode
pouvoirs locaux) de vie
juillet 1991 Lisbonne Projet de contribution aux travaux ___
préparatoires à la Conférence des
Nations Unies pour l’environnement et
le développement présenté par la
Conférence des présidents de la FMCU
(Fédération mondiale des cités unies)
août 1991 Toronto Congrès des leaders municipaux Les villes mondiales et leur
environnement – La déclaration de
Toronto
août 1991 Villa de Rencontre de villes, Europe – Amérique Déclaration de Villa de Leyva
Leyva latine
(Colombie)
septembre Istanbul EuroDialogue Déclaration d’Istanbul
1991
e eoctobre Montréal 3 Sommet des grandes villes du monde Déclaration commune adoptée au 3
1991 Sommet des grandes villes du monde
janvier 1992 Rio de Rencontre des associations ne des villes et
Janeiro internationales de villes et d’autorités des autorités locales pour la
locales Conférence des Nations Unies sur
l’environnement et le développement
èmemars 1992 New York 4 réunion du Comité préparatoire de ___
la CNUED
mai 1992 Curitiba Forum mondial des villes L’engagement de Curitiba en
matière de développement viable
juin 1992 Rio de Rencontre des villes et des associations ___
Janeiro internationales de villes dans le cadre de
la Conférence des Nations Unies sur
l’environnement et le développement
juin 1992 Rio de The Urban Challenge ___
Janeiro
e3 juin 1992 Rio de 2 séance plénière de la CNUED – le ___
Janeiro message des villes et des autorités locales
Tableau 1. Le processus interactif international des villes pour la construction du
concept de ville durable
Tableau réalisé par Normand Brunet (2002) à partir de plusieurs sources,
principalement Anon. (1992) et Association mondiale des grandes métropoles et al. (1992)
21
1.3/. - La ville durable : un produit du Sommet de la Terre de Rio
de Janeiro
Le rapport de Brundtland du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro n’a
pas passé sous silence la problématique des villes. En définissant sur le plan
institutionnel ce que c’est que le développement durable, ce rapport ne s’est
pas non plus limité à un constat de la situation planétaire. On y retrouve des
propositions d’actions concrètes à mener en matière de politiques
économiques, sociales, environnementales pour atteindre les objectifs de
développement durable. Le rapport met en évidence l’ensemble des
problèmes environnementaux concernant aussi bien les pays industrialisés
que les pays pauvres. Le rapport attire l’attention sur sept objectifs critiques
relatifs aux politiques de développement à savoir :
• la reprise et le maintien de la croissance (économique) ;
• la modification de la qualité de la croissance ;
• la satisfaction des besoins essentiels (emploi, alimentation, énergie,
eau, salubrité) ;
• la maîtrise de la démographie ;
• la préservation et la mise en valeur des ressources ;
• la réorientation des techniques et la gestion des risques ;
• l’intégration des considérations relatives à l’économie et à
l’environnement dans la prise de décision.
Ces objectifs concernent aussi bien les villes des pays industrialisés que
celles des pays en développement. Le paradigme du développement durable,
tel qu’il est défini dans le rapport Brundtland, ouvre une large possibilité de
débat sur le devenir de la ville. En effet, le chapitre 28 intitulé « Initiatives des
collectivités locales à l’appui d’action 21 » (Action 21) constitue la preuve que les
questions urbaines sont au centre des préoccupations du paradigme du
développement durable. Les problèmes abordés dans le rapport de
Brundtland et qui concernent les collectivités locales sont nombreux. Quel
que soit le pays, ce sont les collectivités locales qui construisent, exploitent
et entretiennent les infrastructures économiques, sociales, culturelles et
environnementales. Ce sont les collectivités locales qui sont capables de
bien surveiller les processus de planification. Quand elles disposent du
capital humain, elles sont aussi les mieux placées pour fixer les orientations
et la réglementation locales en matière d'environnement. Elles sont les
mieux outillées pour appliquer les politiques environnementales à l'échelon
22
local dans une perspective « d’agir localement en pensant globalement » pour
reprendre l’expression de René Dubos. En tant qu’échelon administratif le
plus proche de la population, les collectivités locales jouent un rôle essentiel
dans l'éducation, la mobilisation et la prise en compte des perceptions des
populations en les associant à la fois aux choix des objectifs et des moyens
appropriés en faveur d'un développement durable. Les collectivités locales
sont à considérer comme des cadres de débats les plus appropriés sur le
développement durable. Elles sont plus à même de permettre
l’appropriation par tous les acteurs, à toutes les échelles, des enjeux du
développement dans leur territoire. Elles sont les lieux les plus appropriés
pour exercer et renforcer la capacité de planification et d’y associer tous les
acteurs en vue d’améliorer l’efficacité de l’action publique locale. Celles-ci
doivent participer à l’élaboration de véritables projets de développement
pleinement pensés et négociés avec les populations. Elles peuvent accélérer
le processus de développement durable quand les conditions de
participation sont réelles, intègres, endogènes, au point où toutes les parties
prenantes se sentent impliquées à toutes les phases intermédiaires
(élaboration, exécution, suivi évaluation) de la planification. Afin de
matérialiser la mise en place d’une démarche développement durable dans
les villes du monde, le rapport de Brundtland (1987) a formulé dans le cadre
de son chapitre 28 un ensemble d’objectifs concernant les collectivités
locales :
1) d'ici à 1996, la plupart des collectivités locales de tous les pays devrait
mettre en place un mécanisme de consultation de la population et
parvenir à un consensus sur un programme Action 21 à l'échelon de
la collectivité ;
2) d'ici à 1993, la communauté internationale devrait lancer un
mécanisme de concertation en vue de développer la coopération
technique entre les collectivités locales ;
3) d'ici à 1994, les représentants des associations de municipalités et
d'autres collectivités locales devraient développer leur coopération et
leur coordination afin de renforcer l'échange d'informations et de
données d'expérience entre les collectivités locales ;
4) des collectivités locales de tous les pays devraient être encouragées à
assurer l'exécution et le suivi de programmes visant à assurer la
représentation des femmes et des jeunes dans les processus de prise
de décisions, de planification et d'exécution.
23
Plus de vingt ans après Rio, nous sommes encore loin d'avoir atteint les
objectifs de développement durable proposés en 1992 en ce qui concerne sa
déclinaison sur le plan local à travers la mise en place des Agendas 21
locaux. Les acquis de la mise en œuvre d’une démarche d'Action 21 locale
restent discrets dans les villes des pays industrialisés et très insignifiantes
dans les villes des pays en développement. La notion de ville durable n’est
pas encore ancrée dans les pratiques managériales de ces territoires. Peu
d'efforts sont effectués par les décideurs locaux pour faire respecter les
recommandations du chapitre 28 du rapport de Brundtland. Il est bien de
rappeler une fois de plus que le chapitre 28 du rapport de Brundtland
exigeait que toutes les collectivités locales puissent instaurer un dialogue
avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin
d'adopter "un programme Action 21 à l'échelon de la collectivité". La concertation
et la recherche d'un consensus devait permettre aux collectivités de
s'instruire au contact des habitants et des associations locales, civiques,
communautaires, commerciales et industrielles, et d'obtenir l'information
nécessaire à l'élaboration des stratégies les plus appropriées. Grâce au
processus de concertation, les ménages devaient prendre davantage
conscience des questions liées au développement durable. Les programmes,
les orientations et les dispositions législatives et réglementaires appliqués par
les collectivités locales pour réaliser les objectifs d'Action 21 sont à évaluer
et à modifier en fonction des programmes d'Action 21 adoptés à l'échelon
local. Les stratégies devaient également servir à appuyer des projets de
financement local, national, régional et international.
Le rapport de Brundtland a donc mis en place des mécanismes
spécifiques pour accompagner l’ancrage du développement durable dans les
villes en s’inspirant bien entendu des travaux du Centre des Nations Unies
pour les établissements Humains qui lança son programme « Cités durables
» destiné à accroître les capacités de planification et de gestion
environnementale des collectivités locales des pays pauvres. Soulignons que
la réflexion ainsi entamée sur la ville durable appelait également un transfert
technologique destiné à accompagner les villes en développement pour
améliorer leur politique de gouvernance économique, environnementale et
1sociale. Dans le même cadre, en 1990, l’ONU, sur initiative du PNUE , de

1. Etabli en 1972, le PNUE est l’entité du système des Nations Unies désignée pour
répondre aux problèmes environnementaux aux niveaux régional et national. Le
travail du PNUE comprend: L'évaluation des conditions et tendances
environnementales aux niveaux global, régional et national; Le développement des
instruments environnementaux aux niveaux national et international; le renforcement des
institutions pour une gestion sage de l'environnement
24
l’Union Internationale des Autorités Locales (IULA) et du Centre pour
l’Innovation dans la Démocratie (CID) ont créé le Conseil International
pour les Initiatives Environnementales Locales (intitulé International
Council for Local Environnemental Initiatives, soit l’acronyme usuel
ICLEI), promu comme organisme destiné à sensibiliser les collectivités
locales de toute la planète à l'environnement et au développement durable.
Cette organisation a également la compétence de constituer un réseau de
villes œuvrant pour le développement durable sur le plan international de
manière à faciliter des échanges de bonnes pratiques et le transfert
technologique sur les problèmes urbains.
La création de l’ICLEI et le réseautage mis en place est appelé à donner
un poids de taille aux administrateurs municipaux afin que leurs points de
vue soient entendus et pris en compte par les gouvernements centraux et les
institutions internationales. Dans le cadre de ses politiques, l'ICLEI lança en
1991 deux programmes de travail, l'un sur les projets de réduction des
émissions de CO2 en milieu urbain et l'autre sur les Agendas 21 locaux. Le
mécanisme de coopération mis en place par l’ICLEI a un caractère incitatif
et s’inscrit dans une démarche de labélisation des villes qui souhaitent
montrer leur engagement sur le développement durable. Il est bon de
signaler que les actions de l’ICLEI se sont aussi fortement appuyées sur le
rôle que certaines villes ont joué dans la préparation de la Conférence de
Rio de 1992. En effet pour la première fois dans l’histoire des institutions
internationales, les collectivités locales, les réseaux des villes, les
Organisations Non Gouvernementales (ONG) avaient activement collaboré
en tant que représentants de la société civile, à la préparation de la
Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de
Rio notamment à la rédaction du chapitre 28 du rapport de Brundtland qui
reconnait leur rôle clé en matière de développement durable. Au-delà de ces
programmes, l’ICLEI s’engagea dans une campagne internationale pour
l’adoption de la démarche Agenda 21 local.

Mission "Montrer la voie et encourager la coopération pour protéger l’environnement.
Elle se doit aussi d’être une source d’inspiration et d’information pour les Etats et les
populations et un instrument de facilitation leur permettant d’améliorer la qualité de leur
vie sans toutefois compromettre celle des générations à venir
Mandat "Etre l'autorité principale en matière d’environnement qui fixe l'agenda mondial
de l’environnement, qui promeut la mise en œuvre cohérente de la dimension
environnementale du développement durable au sein du système des Nations Unies et qui
est un défenseur de l'environnement mondial
Le PNUE est dirigé par le Secrétaire général adjoint des Nations Unies - le
Directeur exécutif général, soutenu par un Directeur adjoint
http://www.unep.org/french/About/
25
L’ICLEI stimula également la participation des villes dans le cadre de
forums parallèles à la Conférence de Rio. Furent effectivement institués des
forums qui ont regroupés en «off» les activités de plusieurs parties prenantes
dont les O.N.G, les collectivités locales, les industriels, les syndicats, les
organisations de femmes, de jeunes, les associations sur des thèmes divers
finalisés à la réalisation des objectifs du développement durable dans les
villes. Plusieurs initiatives ont ainsi été organisées lors de la Conférence de
Rio pour produire des décisions et des discussions présentant un caractère
technique et politique visant à améliorer la gouvernance des villes.
21.4/.- L’Engagement de Curitiba face à la gestion urbaine durable
Globalement, la période s’étalant de 1990 à 1992 a été particulièrement
fertile en déclarations officielles autour du concept de développement
durable. Le mois de mai 1992, quelques jours avant la tenue même de la
Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de
Rio de Janeiro, a été déterminant pour ses différentes rencontres
préparatoires au Sommet de la Terre. Parmi les différentes mobilisations
internationales enregistrées pour la préparation du Sommet de la Terre, on
retiendra surtout le processus de concertation mobilisant des centaines de
maires, élus représentant les villes et les associations des autorités locales, à
Curitiba (Paraná, Brésil). Lors de cette rencontre, il a été adopté une
3Déclaration commune et signé «l'Engagement de Curitiba » en matière de

2. Située au sud du Brésil, Curitiba est une ville qui avait en 1950, une population de 150
000 habitants. En 2010, la ville comptait près de 1.8000.00 habitants. En 50 ans, sa
population s’est multipliée par 12. Mais comparée à d’autres mégalopoles brésiliennes, la
ville de Curitiba a su mettre en place un programme d’urbanisation innovant capable
d’associer croissance économique, développement social et protection de l’environnement.
A la différence des autres villes brésiliennes, Curitiba s’est dotée d’une démarche
d’urbanisation cohérente avec notamment un réseau de transport en commun de qualité,
une gestion écologique de ses déchets,, une démocratie participative fonctionnelle et
efficace qui permet de résoudre des problèmes locaux ponctuels, des zones piétonnes
servant d’espaces de convivialité. Certaines zones piétonnes sont appelées rues de la
citoyenneté et regroupent la plupart des services publics, des commerces, des salles
polyvalentes pour les activités culturelles et sportives, ou encore des magasins familiaux,
gérés par des représentants de quartier. Depuis plus d’une quarantaine d’années, la ville de
Curitiba est un laboratoire de recherche action participative sur l’aménagement raisonné du
territoire avec des centres de santé gratuits. Les établissements scolaires, les espaces verts
sont également pris en compte dans les lignes directrices du développement de la ville. La
volonté des élus qui se sont succédés à la tête de la ville a permis de mieux associer les
exigences environnementales et sociales de la ville à sa réussite économique.
3. Lire à ce propos : Anon. 1992. Rapport. Rencontre des associations internationales de
villes et d’autorités locales. Rio de Janeiro, Brésil. Association mondiale des grandes
métropoles, Métropolis, Fédération mondiale des cités unies, Sommet des grandes villes du
26