//img.uscri.be/pth/73ee0751462689270f98f32798819a59a52c61a0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La ville durable interculturelle

De
276 pages
Les projets de « villes durables » sont mis à rude épreuve par les problématiques interculturelles telles que les discriminations, les conflits religieux, l'exclusion culturelle. De la même manière, les projets de « cités interculturelles » sont mis en difficulté par les questions environnementales (changement climatique, mobilité durable, gestion des déchets, urbanisme durable...). Il est plus raisonnable de parler de « ville durable interculturelle » en tant que ville comprenant quatre piliers : la responsabilité interculturelle, la solidarité sociale, l'efficacité économique et la responsabilité environnementale.
Voir plus Voir moins
EsohE L A MÉ
LA VILLE DURABLE INTERCULTURELLE
Études postcoloniales du développement durable
La ville durable
interculturelle
Études postcoloniales du développement durable Collection dirigée par Esoh Elamé (DICEA/université de Padoue/Italie) Cette collection d’ouvrages destinés à un public cultivé et curieux se propose d’interroger, dans une perspective postcoloniale, la théorisation du développement durable, ses principaux problèmes, ses piliers, ses principes, et son opérationnalité concrète finalisée à son ancrage territorial. La collection est ouverte aux travaux qui sont guidés par la volonté de repenser la transition environnementale et interculturelle du développement durable à partir des différents systèmes de pensée. Elle accueille des ouvrages et des essais scientifiques, fruits de recherches originales montrant qu’il est possible d’aller au-delà de la rhétorique actuelle du développement, de penser à un autre modèle de société, où respect de l’environnement rime avec dialogue entre les civilisations. Déjà parus ELAMÉ (Esoh), L’agenda 21 de seconde génération.Transition vers une éducation durable,2016.ELAMÉ(Esoh),Pensée négro-africaine et représentations sociales, 2016. ELAMÉ(Esoh),La pédagogie postcoloniale, 2016. Ces derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent.La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Esoh ELAMÉLa ville durable interculturelle
Du même auteur, chez L’Harmattan L’agenda 21 de seconde génération.Transition vers une éducation durable, 2016.Pensée négro-africaine et représentations sociales, 2016. La pédagogie postcoloniale, 2016. Cet ouvrage fait partie des produits du projet européen « Plan d’actions éducatives sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement à travers les jumelages scolaires Nord/Sud(réf. DCI OMD » NSAED/2009/202190) financé par la Commission européenne, dans le cadre du programme européen « Acteurs non étatiques et autorités localessensibilisation et éducation au développement en Europe ». Cependant, cet ouvrage n’engage, par son contenu, que son auteur. La responsabilité de ce matériau est celle de son auteur principal et ne représente pas l’opinion de la Commission européenne qui n’est pas non plus responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations contenues dans ce texte. La reproduction est autorisée moyennant mention de la source. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10603-8 EAN : 9782343106038
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Depuis sa création en 1945, l’une des principales priorités de l'Organisation des Nations Unies (ONU) fut de promouvoir la coopération internationale pour résoudre les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire tout en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans aucune distinction. Sous l’impulsion de l’ONU, tous les dix ans, divers sommets ont été organisés tels ceux de Stockholm (Suède en 1972), Nairobi (Kenya en 1982), Rio de Janeiro (Brésil en 1992 et en 2012), Johannesburg (Afrique du Sud en 2002) sur les questions de développement dans le but d’améliorer le bien-être des peuples. Du 6 au 8 Septembre 2000, à l’aube du troisième millénaire, dans la ville de New York, l’ONU a réuni les dirigeants du monde pour qu’ils prennent un engagement d’un symbolisme incontournable adapté aux réalités et aux besoins changeants du monde du XXIe siècle. Appelé Sommet du Millénaire et constituant le plus grand rassemblement de chefs d'États et de gouvernements de tous les temps, la rencontre de New York s’est conclue par l’adoption par les 189 États Membres de la Déclaration du Millénaire. Cette dernière énonce huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dans le but général de consolider l’engagement de la communauté internationale et le renforcement des partenariats avec les gouvernements et la société civile pour bâtir un monde sans laissés-pour-compte. A travers la vision qu’ils ont eue à incarner, les OMD mettent l’être humain au centre de toutes les préoccupations des politiques gouvernementales pour aider tout humain là où il se trouve à vivre mieux. Pour l’Organisation des Nations Unies, l'amélioration des conditions d'existence des peuples du monde entier passe par l'élimination de la pauvreté, indispensable à l'instauration des conditions requises pour établir une paix durable dans le monde. Au fil des ans, à travers ses différents sommets, l’ONU a eu le mérite de construire un consensus mondial sur le développement et sur l’avenir de notre planète. Les États Membres de l’ONU ont progressivement admis que le développement devrait être durable, pour promouvoir la prospérité de toutes les populations sur la terre y compris celle des générations futures, dans le respect de l’environnement.
Les efforts de l’Organisation des Nations Unies pour la construction d’une nouvelle philosophie mondiale du développement, fondée principalement sur le respect de l’environnement, ont aussi jeté les bases pour la mise en place d’une société post-carbone. Dans ce contexte, la mobilisation de l’ONU est plus que jamais concrète en faisant de l’adaptation au changement climatique l’une de ses priorités d’action, et plaçant par là-même la question énergétique au centre de ses préoccupations. Cette nouvelle approche nous amène à nous questionner sur les méthodes et actions à mettre en place pour disposer d’une approche globale et systémique de la gouvernance post-carbone dans nos pays, villes et campagnes. Si depuis 1972, les Nations Unies ont contribué à bien des égards, à construire une appréciation globalement positive quant aux rapports entre développement et préservation de l’environnement, les conséquences déjà visibles et attendues des changements climatiques exigent aujourd’hui d’adopter une nouvelle posture du développement. Comme on le sait déjà, le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 a contribué de manière significative à répandre à grande vitesse à travers le monde, la notion du développement durable. Bien que les recommandations adoptées dans la « Déclaration de Rio » et les mesures préconisées dans le « Plan d’action », en particulier d’un point de vue institutionnel, n’aient pas permis de répondre totalement aux problèmes existants, elles ont tout de même contribué à accroître le niveau de prise de conscience des enjeux des problèmes environnementaux. Le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro a bousculé les mentalités et les certitudes, en invitant les décideurs planétaires à prendre conscience du fait qu’ils ne pouvaient continuer à construire l’avenir de leurs pays à travers des politiques qui conduisaient à modifier l’équilibre de l’écosystème. Cette conférence affirma que les et modes de gouvernance de nos pays ne devaient pas infléchir le devenir de l’humanité au point de mettre en péril les écosystèmes dont dépend l’Humanité. Après la Conférence de Rio, certaines questions ont progressivement mais rapidement émergé au point de bousculer l’Agenda politique international. Aujourd’hui, les risques globaux nouveaux tels le changement climatique, la disparition de la biodiversité, le dépérissement des forêts, notamment tropicales, ou encore les problèmes de sécurité sont au cœur du débat. Ces questions exigent une mobilisation de l’opinion publique, de la société civile et des décideurs à tous les niveaux. Ces risques globaux constituent aussi un volet important du développement durable au troisième millénaire qui exige des compétences spécifiques, appelant donc un renforcement du niveau de connaissance sur le thème. Plus qu'un lien, l'articulation environnement et développement constitue
6
désormais un enjeu déterminant pour répondre de manière efficace aux menaces de ces risques globaux. Il est désormais admis dans la gouvernance planétaire, qu’une solidarité internationale est indispensable pour satisfaire les besoins de l’ensemble des populations dans le respect d’exigences accompagnées de performances environnementales, sociales, économiques et culturelles. Le concept de développement durable s’est ainsi imposé comme modèle de construction des actions permettant à notre planète de faire face aux changements climatiques, conséquence des mauvaises politiques de consommation des ressources et des diverses formes de pollution qui en découlent. Lors de la conférence de Rio, ce concept a également permis de prendre progressivement conscience de la responsabilité des pays du Nord et de certains pays en transition économique, tels la Chine et l’Inde, en matière de dégradation de l'environnement planétaire. Globalement, sur le plan international, le Sommet de Rio de 1992 et l’ensemble des autres Sommets qui ont suivis, ont alimenté une réflexion plus générale sur l’impératif d’une nouvelle vision du développement et de la citoyenneté planétaire. C’est justement pour faire face à cette situation de plus en plus dramatique que parmi les Accords du Sommet de la Terre de Rio en 1992, figure l’Agenda 21 qui appelle les pays à établir des plans d’actions pour la réalisation du développement durable au niveau national, et à encourager la création d’Agendas 21 locaux pour poursuivre le même objectif au niveau communal. L’Agenda 21 constituerait un cadre global de coopération dans le cadre duquel chaque pays doit établir ses propres stratégies de développement pour le XXIe siècle. Sa bonne application au niveau des villes et agglomérations permettrait à ces dernières de renouveler leurs stratégies de développement urbain ou rural en offrant une nouvelle grille de lecture des mutations accélérées qu’elles connaissent depuis. Il constituerait à ce titre un outil optimum d’aide à la décision dans la mesure où il met l'accent sur la place des territoires et de leurs acteurs dans les enjeux qu’impose le développement durable. Il est important de souligner que le chapitre 28 de l’Agenda 21 de Rio met en avant le rôle essentiel qui revient aux collectivités locales en matière de développement durable. Dans ce chapitre, il est proposé aux collectivités locales d’instaurer « un dialogue avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin d’adopter un programme Action 21 à l’échelon de la collectivité », dans lequel les citoyens peuvent préciser leurs objectifs de développement durable et la manière de les atteindre. Il est recommandé aux villes, de disposer d’un Agenda 21 local qui constitue une déclinaison au niveau local des politiques de développement durable. Ces collectivités locales sont ainsi
7
invitées à mettre en place un programme d’action dans lequel l’ensemble des acteurs locaux d’une communauté définissent ensemble leurs objectifs de développement durable et la manière de les atteindre. Le processus d’Agenda 21 local qui vise à construire des villes durables, à travers une prospective territoriale, se voudrait ainsi être le catalyseur d'initiatives locales qui naissent d’une dynamique collective de participation pour susciter la mobilisation des acteurs autour d'objectifs communs. Dans un contexte planétaire où la population mondiale est en augmentation, l’urbanisation en plein essor, les perspectives budgétaires difficiles, il faut gagner en efficacité, éviter le gaspillage, baisser les coûts de fonctionnement. En outre, la maîtrise de l’urbanisation galopante, notamment dans les pays pauvres et émergents, exige un investissement important dans les équipements structurants. La ville durable devient ainsi une chance pour repenser les territoires, assurer leur développement économique en cohérence avec une démarche d’aménagement du territoire soucieuse de l’environnement, de l’inclusion sociale et interculturelle. La ville durable devient incontestablement le lieu où doit advenir et se matérialiser la prise de conscience progressive de la responsabilité des décideurs dans la dégradation de l'environnement. A cet égard, il apparaît nécessaire de dépasser la vision économique du développement dans les villes pour intégrer les questions environnementales. En même temps, l'importance des menaces sécuritaires, en particulier à l’égard du vivre ensemble, impose une exigence nouvelle de solidarité et tolérance de l’ensemble des populations d’une ville.
Depuis le Sommet de la Terre de 1992 à Rio, en Europe, en Amérique et dans d’autres continents, de nombreuses villes se sont engagées dans une démarche d’Agenda 21 local pour mieux planifier les décennies futures pour le bien des générations présentes et à venir. Plus d’une vingtaine d’années après la promotion sur la scène internationale du concept de ville durable via les Agendas 21 locaux, et compte tenu des exigences d’adaptation au changement climatique, on comprend qu’il ne s’agit en aucun cas d’une volonté d’adhérer à une pétition de principe. Il s’agit plutôt de la nécessité des territoires à s’adapter à un impératif sociétal afin d’adapter leur économie et mode de vie au changement climatique en cours. La situation actuelle appelle à la planification stratégique afin d’arrimer les besoins présents à ceux des générations futures. Malheureusement, dans la plupart des pays pauvres et en voie d’émergence, les gouvernants ne se préoccupent pas assez de l’inscription de la ville durable dans leurs politiques d’investissement dans le domaine de l’urbanisation. Pourtant face aux nécessités évidentes de démanteler les bidonvilles présents sur leurs
8
territoires, de lutter contre l’exode rural et contre l’étalement urbain, la mise en place d’une démarche globale permettant de construire des territoires répondant aux exigences du développement durable est fortement souhaitable. Le 25 septembre 2015, les 193 pays membres de l’ONU ont défini 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) appelé Agenda 2030 pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous. Dans ce nouvel cadre mondial, l’Objectif 11 concerne les villes et communautés durables préconisant la création de villes et établissements humains ouverts à tous, sûrs, résistants et durables. Ainsi donc, à compter er du 1 janvier 2016 et ce jusqu’au 31 décembre 2030, la question de la ville durable constitue un défi à relever dans le cadre de la démarche universelle en faveur des Objectifs du Développement Durable.
Le présent ouvrage invite à s’interroger sur la notion de ville durable et son interaction avec les questions interculturelles. Doit-on considérer la ville durable en marge de la ville interculturelle ? Ces deux réalités doivent-elles être distinctes ou alors peuvent-elles cohabiter pour donner lieu à une nouvelle vision de la ville de demain qu’il reste à construire ?
Les discussions sur les questions juridiques, institutionnelles et techniques ayant abouti à la notion de ville durable méritent donc non seulement d’être connues mais également questionnées. En raison de ses grandes ambitions, le concept de ville durable concerne en particulier les questions relevant du développement de la ville. Il s’agit d’un concept qui s’adresse aux générations présentes et futures de la ville. Au cours de ces dernières années, une expertise internationale sur l’ancrage du développement durable dans la ville s’est progressivement mise en place, indépendamment du fait qu’à ce jour, une définition arrêtée, reconnue et partagée tarde à émerger sur le plan scientifique, technique et institutionnel. L’historiographie du concept de ville durable dont il sera question dans cet ouvrage, repose sur les grandes lignes consensuelles qui ont jusqu’ici été définies pour son cadrage technique lors des différentes rencontres internationales. Ce concept en construction mérite une attention particulière puisqu’il s’inscrit clairement dans la perspective de rendre la ville l’expression tangible du développement durable traduisant un engagement politique et institutionnel vigoureux des décideurs locaux et des communautés territoriales.
Signalons d’emblée que c’est à tort que le concept de ville durable est utilisé pour parler uniquement de transition écologique. En vue d'atteindre l'objectif du développement durable dans une ville, il n’est pas seulement question de réaliser un renouvellement institutionnel ou au contraire une
9