LE SAPIN Enjeux anciens, enjeux actuels

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La forêt est l'emblème des Vosges. Le sapin unifie, mieux, identifie la contrée. Mais la pureté des peuplements engendre des problèmes. Problèmes sanitaires en raison de l'absence de cloisons végétales pour contenir les maladies, les attaques parasitaires. Problèmes commerciaux en raison d'une production insuffisamment diversifiée. Ces difficultés préoccupent également les voisins transalpins, helvétiques et germaniques, ainsi que l'aire scandinave. Le présent ouvrage compare diagnostics et solutions. Il révèle ainsi le Sapin européen dans tous ses états, au propre comme au figuré.

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Ajouté le 01 décembre 2001
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EAN13 9782296268692
Langue Français
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LE SAPIN
ENJEUX ANCIENS, ENJEUX ACTUELSsous la direction d'Andrée CORVOL
Groupe d'histoire des forêts françaises
Parc naturel régional des Ballons des Vosges
LE SAPIN
ENJEUX ANCIENS, ENJEUX ACTUELS«:>L'Hannattan, 2001
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris - France
L'Hannattan, Inc.
55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc)
Canada H2Y IK9
L'Hannattan, ltalia s.r.l.
Via Bava 37
10124 Torino
L'Hannattan Hongrie
Hargita u. 3
1026 Budapest
ISBN: 2-7475-1385-8REMERCIEMENTS
Cet ouvrage résulte du colloque « La Sapinière, du mythe de la
ligne bleue aux enjeux actuels, des enjeux contradictoires mais
complémentaires ». La manifestation européenne eut pour cadre La
Bresse, commune proche de Gérardmer (Vosges), les 29 et 30
septembre 1999. Les débats noués trouvèrent leur prolongement lors de la
séance inaugurale du Festival de Géographie «Nature. Vous avez dit
Nature? Nature de la géographie et de la nature» que
patronnait l'Association française de Géographie du 1er au 3 octobre
1999. Chaque année, à Saint-Dié (Vosges), l'initiative que lança le
maire de la ville, M. Christian Pierret, ministre de l'Industrie, obtient
un franc succès. Ceci indique que nos compatriotes détestent moins la
géographie qu'on le prétend. Cet été-là, la grande salle était pleine à
craquer non seulement parce que la préservation de la nature émeut
tout le monde, mais aussi parce que bon nombre d'assistants
revendiquaient l'originalité autochtone au travers du Sapin, tout en protestant
contre l'invasion des résineux. Ceux-là, ils n'en voulaient pas; ils les
dénonçaient comme «étrangers» à la contrée, introduits pour des
motifs bassement mercantiles, acidifiant les sols et obturant les
perspectives ; ils les voyaient en tueurs de la Nature - « rien ne pousse
làdessous et le gibier fuit vers d'autres horizons », entendait-on -, tandis
que le Sapin symbolisait, lui, la nature vosgienne. Le paradoxe
justifiait, s'il en était besoin, la tenue d'un symposium sur La Sapinière et
l'appui que son comité de parrainage et son comité d'organisation
reçut des instances économiques régionales et de la direction du Parc
naturel régional des Ballons des Vosges.
Rien n'aurait pu se faire sans le parrainage de l'ONF, de
l'IUFRO et de l'Université de Franche-Comté et sans le soutien
financier du Ministère de l'aménagement du territoire et de
l'environnement, les conseils régionaux d'Alsace, de Lorraine et de
FrancheComté. Rien n'aurait pu être fait, non plus, sans l'intervention du
Groupe d'Histoire des Forêts françaises, association pluridisciplinaire
de chercheurs, dont le recrutement est européen malgré un intitulé
d'apparence hexagonale. Que toutes ces bonnes volontés soient louées
pour avoir su apporter des subsides, soutenir l'entreprise, y assister et
dépasser les querelles ordinaires entre écologistes et sylviculteurs,
entre amoureux des feuillus et partisans des résineux, entre
défenseurs
-desfutaiesrégulières-etpraticiensdes-futaies-jardinée~;-entr~-humm~sde terrain et gens de cabinet. Ces rencontres montrèrent que tous ces
clichés n'étaient plus de saison, car des forestiers peuvent raisonner
sous l'angle du développement durable, car des universitaires peuvent
détenir un patrimoine sylvicole et le gérer habilement, car rien, jamais,
n'est acquis. Du coup, des vérités qui semblaient de toute éternité
devinrent relatives. démonstration était faite qu'elles fluctuaientbeaucoup, au gré des frontières et au gré du temps, et que cela ne
datait pas d'hier.
Le Sapin agit ainsi comme un mât de cocagne dressé sur la
place du village, au cœur de la communauté: il y eut plus de
consensus que de disputes, et l'arbre marqua une nouvelle fois qu'il unissait
davantage les esprits qu'il ne déchaînait les tempêtes. Las! les
tempêtes, c'est lui qui en pâtit puisque la France de l'Est connut des vents
sans précédent quelques semaines après la dispersion des auditeurs. La
catastrophe pose la question de la reconstitution de ces peuplements:
plus de sapins? moins de sapins? C'est dire que les Actes de ce
colloque ne sont pas prêts de quitter l'actualité. Les autorités
territoriales ont donc eu raison d'aider à son bon déroulement: voilà un livre
qui alimentera pendant longtemps les réflexions des gestionnaires, les
réflexions aussi de tous ceux qui prennent spontanément le chemin des
bois.PRÉFACE
par Andrée CORVOL*
Le Sapin est l'emblème de la région vosgienne. Il décore les
dépliants, les affiches et les souvenirs touristiques car résumant l'air
pur et le cadre sombre des stations thermales associées aux monts et
aux lacs. Il assure le succès des bonbons La Vosgienne et des sirops
antitussifs comme s'il garantissait à leurs consommateurs la belle
santé des bûcherons et autres travailleurs du bois, connus pour leur
ardeur à la besogne et leur endurance à la fatigue. Cette réputation
serait-elle une manipulation concoctée depuis que la défaite de 1870
avait attisé les rêves de tous les Piou Piou de France et de Navarre?
Que vienne vite le jour glorieux où le drapeau tricolore flottera
derechef sur les tours de la cathédrale! La Ligne bleue des Vosges, ligne
qui est moins bleue que verte au demeurant, a ainsi inspiré des
escadrons de politiques qui auraient perdu des électeurs par milliers s'ils
n'avaient su broder sur le thème de La Revanche. Du coup, le sapin
que, depuis les guerres louis-quatorziennes, on opposait au chêne des
Francs, cessait d'être un attribut du Germain lequel, soit dit en
passant, voyait aussi dans le chêne la marque du sacré, qu'il s'agisse du
religieux ou du souverain, et était chéri de tous les petits Français:
eux ne songeaient pas encore à la reconquête de l'Alsace en totalité et
de la Lorraine en partie mais aux mystères de la Noël, le bon saint
Nicolas faisant ici ce que le père Noël faisait ailleurs, à savoir
distribuer des jouets, de bois, bien sûr. Les enfants de familles pauvres n'en
avaient guère avant la Première Guerre Mondiale et même avant la
Seconde. Une orange suffisait à les ravir. Et lorsque celle-ci venait à
manquer, une pomme rouge faisait l'affaire. L'essentiel était dans
l'alliance de l'or et du vert, l'or du fruit et le vert des aiguilles, alliance
qui augurait bien pour la nouvelle année, alliance que rappelaient la
couronne et les guirlandes de branches, clouée à la porte ou installées
à travers la pièce à feu, chambre principale et parfois unique où l'on
mangeait, œuvrait, dormait et mourait. Le sapin était là, du berceau au
cercueil, présent dans toutes les fêtes et requis pour toutes les activités
des hommes, du métier à tisser à la herse au champ. On en perdait de
-vue-.1}ue-d-'autresessences--étaient-pfus---appré-ciées.. pour-te-ehauffKg~~
cas du charme et du chêne, ou bien meilleures pour nourrir le bétail,
cas du hêtre. On ignorait aussi qu'il n'était pas là de toute éternité,
qu'il lui avait fallu du temps pour coloniser cet espace et qu'un très
Directeur de recherche, CNRS, Présidente du Groupe d'histoire des forêts*
françaises.LE SAPIN. ENJEUX ANCIENS, ENJEUX ACTUELS
léger réchauffement suffirait à l'en faire déguerpir. On se contentait,
dans cet Est de la France, de l'aimer pour ce qu'il était: un arbre
toujours vert et pluri-fonctionnel. On continua d'ailleurs à l'y honorer
quand les autres Français cessèrent de regarder vers le Rhin et
déclarèrent que les résineux étaient des sujets indésirables hormis dans les
parcs et les jardins. Le pauvret était visé, lui qui incarnait à lui seul
toute la tribu des conifères! Son cône qui, jeté dans la cheminée,
crépitait joyeusement, n'avait-il pas la même vertu que la pomme de
pin. incarner la fécondité en étant prodigues de leurs semences?
C'est l'image, en tout cas, léguée aux autochtones et il n'était pas
question pour eux de vilipender un arbre qui avait permis à leurs
ancêtres de subsister bon an, mal an. On conçoit l'émotion des habitants
quand ils virent les cimes roussir et s'éclaircir dans les années 1970 et
qu'ils entendirent parler de ce mal inexorable des « pluies acides» en
train de transformer en manches à balai les beaux sapins, rois des
forêts dans tous les massifs hercyniens de l'Europe centrale. On n'eut
cure que le sapin ne fût pas seul à rougir, épicéa, douglas et pin
perdant aussi de leur verdure avant d'avoir le chef tout dégarni. On crut
que c'en était fini des sapinières en particulier et de la forêt en général
comme si jamais auparavant les peuplements n'avaient été malades, si les feuilles et les aiguilles qui jaunissent puis tombent alors
que l'automne n'a pas sonné, annonçaient la mort prochaine des tiges.
La crainte de voir périr cet arbre mythique fit regarder autrement le
dépérissement de ses compagnons, et l'angoisse d'assister à
l'appauvrissement des couverts fit croire à une régression de leurs surfaces.
On mit du coup en accusation l'extension des villes, la construction
des routes et des autoroutes sans réaliser que la déprise rurale
autorisait l'extension des forêts et que celle-ci, non contrôlée, suscitait des
problèmes inconnus jusque-là.
La chance des Vosges, c'est d'avoir évité et les méfaits de
l'urbanisation, et les inconvénients de la désertification. La contrée
doit ce sort enviable au fait qu'elle est à l'écart des deux métropoles
régionales, Strasbourg (Bas-Rhin), allemande de 1871 à 1918, et
Colmar (Haut-Rhin), sans parler des usines et des banlieues de
Mulhouse, la sous-préfecture. Certes, aujourd'hui, l'influence des
villes se ressent dès EpinaI, au centre du département, dès Neufchâteau
ou Saint-Dié à l'ouest ou à l'est, à partir surtout des vallées de l'Ill et
du Rhin, mais cela se limite à des habitations secondaires dont bon
nombre sont d'anciennes fermes délaissées, reprises puis restaurées.
Le massif a ainsi conservé son intégrité, échappant au grignotage des
agglomérations, qui étale l'emprise foncière, et à la dénaturation des
lambeaux boisés, devenus des espaces verts survivants, aménagés en
fonction des desiderata des citadins. Sans doute le doit-il à des
circonstances historiques: elles ont fait de cette forêt l'obstacle qui
protégeait l'hexagone des tentations ennemies. Sans doute l'inverse
a4PRÉFACE
t-il joué, à savoir que nul n'aurait osé toucher après la Première
Guerre mondiale aux étendues dont le tracé sommital désignait l'extrême
limite du territoire nationlll et l'obligation morale de lui restituer les
contours stabilisés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, consolidés
par les guerres de la Révolution et de l'Empire, malgré le coup d'arrêt
de 1815. Les deux données mêlées, objective et culturelle, les
habitants de la région ont la même perception que ceux d'ailleurs les
Vosges leur semblent d'un bloc, sentiment que conforte la couverture
végétale. Ainsi, le sapin unifie, mieux, identifie la contrée. Et chacun
pense qu'il en a toujours été ainsi. Rien n'est moins exact pourtant.
Les aspects actuels datent des lendemains du Second Conflit mondial,
quand les hommes quittèrent certaines vallées, permettant aux prairies
de se couvrir de broussailles, à la friche et à la forêt de coloniser les
terrains de parcours. Dans la commune de Basse-sur-Ie-Rupt, il y eut
jusqu'à 1 200 habitants en 1850.Il n'yen avait plus que 700 en 1975 .
30 % de baisse en 100 ans et 23 % de baisse en 20 ans (1956-1975).
Pourquoi? Parce que toute l'évolution des Trente Glorieuses pénalisa
la production agricole en moyenne montagne, qu'il s'agisse des
progrès scientifiques et techniques accomplis au cours des dernières
décennies, de la fixation des prix dépendant d'un coût peu élevé de
l'énergie, de leur faible différenciation selon la qualité des produits
agricoles, des économies en termes de consommation collective liées à
l'implantation urbaine plutôt que rurale. Le système vosgien,
agropastoralisme montagnard, fut victime de l'agriculture intensive de
plaine. Il a d'autant plus souffert que les années suivantes virent le
contrecoup de la mondialisation avec la crise du textile, crise qui
combinait une désaffection pour les fibres naturelles, le lin, la laine, le
coton, et la délocalisation des entreprises en quête de salariés dociles et
de charges allégées. 47 usines mirent ainsi la clé sous le paillasson
dans les Vosges méridionales. Exit 3000 ouvriers.. Or les hommes
travaillaient à l'exploitation agricole et «montaient» en forêt la
morte-saison venue. Mais, dans les années 1950, alors que les familles
étaient nombreuses, le ménage ne se satisfaisait plus du revenu des
champs et du jardin, et de l'apport du communal. Ses membres prirent
une activité extérieure, fromagerie, artisanat et commerce, emplois
dans les scieries et les usines. Les femmes œuvraient de préférence
dans le textile. Le maintien à la terre dépendait donc davantage du
partage d'activités au sein d'une famille que du cumul d'activités par
-le-ehef-üe-ménage-;-ba-tradition-ùéjà- ancÏenne-du-multi;;-empTOlaYaiCn
tissé des liens étroits entre agriculture et industrie, entre agriculture et
forêt: la besogne en forêt, très répandue en raison de la pratique
encore très générale des coupes affouagères, rendait familières les activités
de transport et du bois, prolongées par la charpente et la menuiserie,
voire par la boissellerie là où le Géromé est confectionné; la besogne
en usine facilitait le maniement du fer, de la soudure, de l'électricité,
5LE SAPIN. ENJEUX ANCIENS, ENJEUX ACTUELS
de la mécanique; d'où une aptitude au bricolage qui valorisait la
moindre ressource et pérennisait l'exploitation de quelques hectares
près d'un ruisseau ou d'une source, l'entretien des biens communaux
et des essarts.
Avec la dislocation de ce système, la stabilité du paysage fut
remise en cause ~ l'en friche ment progressa. Sa décadence semble
inéluctable. Certains y voient la note à payer pour réduire le coût
relatif des aliments. D'autres regardent l'exode rural comme le facteur
n° I d'une « peste verte» qui, à terme, bouchera la perspective de
toutes les riantes vallées. Fatalisme dans un cas: on accepte le nouvel
ordre économique. Pessimisme dans l'autre: on refuse la fermeture
des panoramas. C'est peut-être de là que viendra le salut. En effet, au
début des années 1980, une nouvelle demande sociale éclôt qui veut
enrayer la désertification dans les zones pénibles à cultiver, en raison
expo~ition. On aspire au sauvetage dede la pente, de l'altitude, de l'
ces «jardiniers du paysage» que furent les agriculteurs. On observe
donc le Massif Central, les Ardennes, le Jura et les Vosge2 ces
châteaux d'eau d'où coulèrent tant de migrants vers Saint-htienne et
Clermont-Ferrand, vers Charleville-Mézières puis Reims et Troyes,
Besançon et Mulhouse, avant de joindre leurs forces pour tenter
l'aventure parisienne. Mais on ne renverse pas un processus centenaire,
même si la précipitation du phénomène inquiète; on peut en
revanche ralentir le mouvement, c'est-à-dire freiner le vieillissement de
la population en aidant l'installation des jeunes et leur rendre
confiance en proposant des activités diversifiées. C'est dans cette
perspective que la forêt vosgienne entre en jeu, et pas seulement par les
emplois directs qu'apporte la filière bois, aussi et surtout parce qu'elle
est l'écrin ou la toile de fond qui séduit industriels et résidents. On
songe volontiers au pôle touristique que constituent Vittel et
Contrexéville, villes thermales. On songe moins à l'argent injecté dans
l'économie locale. Rien que dans les quatre cantons du sud, on décompte
80 résidences secondaires par commune, 27 % du total
départemental: le tourisme blanc a besoin du tourisme vert pour son
développement, ce que traduisent brutalement deux chiffres, 2 remonte-pentes
en 1965, 75 en 1975 ! Dès lors, comment le Sapin ne serait-il pas
l'em-blème des Vosges?
Le vert est à l'honneur stricto sensu, puisque les peuplements de
sapin et d'épicéa l'emportent sur tout autre, tant en forêts publiques
(76200 hectares, soit 42 % des surfaces gérées par l'ONF, d'après
l'Inventaire forestier national-données 1981) que privées (elles
occupent 33 % du patrimoine forestier et sont enrésinées à 52 %, ayant
pleinement profité des prêts du Fonds forestier national pour s'adapter
et répondre aux besoins nationaux dans la conjoncture 1960-1969). Le
sapin domine toujours avec 47 700 hectares de futaie en sapin pectiné,
soit 17 % de la superficie boisée départementale, pourcentage renforcé
6PRÉFACE
par celui, non négligeable, 7 %, qui correspond aux futaies de
conifères mélangés. Total ~ 68 500 hectares! La « sapinière» proprement
dite désigne des peuplements où le sapin forme plus de 75 % du
couvert résineux, critère rempli par 43 % du domanial, 47 % du
communal et H la % du privé. Or, sur 94 % des parcelles relevant de cette
catégorie, le sapin est omniprésent: 95 % ! La chanson campe « Mon
beau sapin, roi des forêts ». Voilà qui est plus vrai ici qu'ailleurs
pureté des peuplements extrêmement marquée, donc, ce qui ne va
jamais sans problèmes, qu'il s'agisse de leur état sanitaire - absence
de cloisonnage végétal pour contenir une maladie - ou de la récolte
commercialisée - insuffisante diversité de la production qui amplifie
la fluctuation des cours. Certains de ces défauts sont apparus crûment
après les sécheresses de 1976 avec la régression très forte (- 43 %) de
l'accroissement courant, effet porté trop vite au compte exclusif des
pollutions atmosphériques. Autre danger pour la sapinière. la
surabondance du grand gibier, du cerf notamment, qui est loin d'être une
espèce rare et menacée. Dire qu'au début du siècle, l'animal ne se
rencontrait plus qu'à l'intérieur du massif du Grand-Donon situé pour
partie en Moselle. Depuis, il a largement reconquis son territoire: par
le nord~est, de provenance alsacienne où les traditions cynégétiques le
protégeaient: par le nord-centre, grâce aux lâchers effectués dans le
massif de Rambervillers par des industriels propriétaires de chasse et,
de ce fait, importateurs de bêtes d'Europe centrale; par le sud-ouest,
enfin, dans la forêt de Darney, les cerfs colonisant le pays à partir des
déserts de Haute-Saône. En forêt de Gérardmer, leur charge pèse lourd
et nuit au renouvellement des vieux sapins, piliers d'un magnifique
paysage. En forêt de Val-de-Senonces, déjà, la pessière s'est
substituée à la sapinière en plus d'un endroit. Double contradiction, par
conséquent: entre le façonnement de l'histoire et la recommandation
des sylviculteurs; entre la demande de la filière-bois et la réaction des
estivants. Ce faisant, on comprend pourquoi, même pour des
spécialistes ès foresterie, la sapinière est ressentie comme une constante du
paysage. Et cependant, il faut admettre que le développement de
l'épicéa se fait et se fera à ses dépens; il faut bien aussi rajeunir ses
classes d'âge. On s'y efforce depuis une vingtaine d'années. On a
ainsi abaissé la proportion des très gros bois, c'est-à-dire des tiges
dont le diamètre excède les 0,65 m. On a pourtant été trop modéré en
la ma~i~~~'{)lljsgll~_~_catégorie de~J),:'tOJ!U~-pré_senlilitenç_Qrtl<t~
(les peuplements publics et 51 %, des privés (données de 1981), contre
67 % et 44 % à l'inventaire de 1973. On a donc encore du pain... sur la
planche pour mélanger les essences afin d'atténuer la monotonie du
paysage, pour garder des paysages ouverts en remédiant à l'obturation
des vallées par des rideaux d'épicéas communs. Et puis, qui sait si
l'esthétique paysagère de maintenant sera goûtée par notre
descendance? Peut-être qu'en face des taches d'un vert clair au printemps ou
7LE SAPIN. ENJEUX ANCIENS, ENJEUX ACTUELS
d'un roux foncé à l'automne, elle regrettera le somptueux vert-bleu né
de l'intensification des méthodes sylvicoles au milieu du siècle
dernier, selon le modèle solidement implanté Outre-Rhin?
8PREMIÈRE PARTIE
" " "L'ECOSYSTEME SAPINIERELE SAPIN DANS LES VOSGES
AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
par Annik SCHN/TZLER*
et Jean-Luc MERClER**
L'histoire du sapin dans les Hautes-Vosges ces 135000
dernières années est connue grâce aux données palynologiques effectuées
dans les tourbières lorraines et sur les sommets vosgiens (Janssen et
Janssen-Kettlitz al. 1972 ; Janssen et al. 1974; Woillard 1975 ; 1978 ;
1979; Edelman, 1985). Ces données restent fragmentaires pour
l'Eémien (135000-115000 ans BP), mais présentent l'intérêt de
visualiser les événements de tout le cycle interglaciaire depuis ses
premières traces dans les Vosges et son expansion jusqu'à son retrait et sa
disparition. Les données de l'Holocène ne concernent en revanche que
les premières phases du cycle interglaciaire puisqu'il n'est pas terminé
à l'époque actuelle, mais fournissent des données précises sur les
zones-refuges européennes du sapin, sur la durée qui lui a fallu pour
atteindre les Vosges à partir de ces implantations ou sur la vitesse à
laquelle cette espèce a élimi,:!é, en compagnie du hêtre, la
communauté forestière précédente. A partir de ces données, des essais de
phylogénèse de la végétation forestière holocène (Rameau, 1987) et de
la végétation herbacée (Carbiener, 1966; Bernard et Carbiener, 1979)
ont pu être proposées pour les Hautes Vosges.
Des recherches palynologiques effectuées sur des milieux
similaires en Forêt-Noire (Lang, 1973) et, plus largement, sur les
montagnes d'Europe occidentale (Burga et Perret 1998; Gliemeroth,
1995 : de Beaulieu et al., 1994rentre autres) apportent également
beaucoup à l'interprétation de l'évolution de leurs sapinières d'Europe
occidentale. Les causalités des processus d'expansion et de disparition
des sapinières au cours du Quaternaire sont aussi à rechercher dans
des données tirées de l'analyse du fonctionnement sylvigénétique des
forêts actuelles (Oldeman, 1990), de la paléoclimatologie globale de
l'hémisphère nord (Grip, 1993; Broecker, 1994; Klitgaard-Kristensen
et al. 1998) et de la dynamique glaciaire dans les Vosges (Mercier et
al. soumis).
I - ÉVOLUTION DES SAPINIÈRES AU COURS DES INTERGLACIAIRES__
-- -- -- --
----~--Durant le Pléistocène inférieur (entre 1,6 millions d'années et
730000 ans environ), les conifères (dont le sapin) restent
constamment présents en Europe, même durant les périodes les plus froides, si
Professeur, Université de Metz, Laboratoire de Phytoécologie* CEREG UMR 7007 CNRS**L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
on se réfère aux données palynologiques effectuées sur les séries du
Mont-Dore en Auvergne.. Au début du Pléistocène moyen, les
sapinières n'apparaissent plus que durant les interglaciaires. Durant les
premiers interglaciaires de cette époque, soit le complexe du
Cromérien (vers 730000 ans-360 000 ans BP), et l'Holsteinien
(340 000-306 000 ans BP), ces formations sont présentes durant toute
la durée des périodes tempérées. Puis, cette durée diminue, les
sapinières apparaissant après deux autres associations forestières: la
pinède-boulaie puis la chênaie mixte (Iversen, 1958). La période
d'existence la plus courte des sapinières semble être à l'Eémien
(moins de 1000 ans).
Outre des différences de durée considérables, les sapinières
modifient leurs limites géographiques. Durant le Cromérien et
l'Holsteinien, le sapin atteignait le Danemark et le nord de
l'Angleterre. Sa limite est plus septentrionale pendant l'Eémien
(135000 ans-HO 000 ans BP) puisqu'il ne dépasse pas les Pays-Bas.
A l'Holocène, son aire se réduit encore (Zagwin, 1989). Durant les
interstades du Pléistocène moyen et récent, les sapinières ne se
reconstituent pas au-delà des Alpes. Un autre fait émerge des analyses
palynologiques. les communautés végétales à sapins se modifient à
chaque interglaciaire. Durant les interglaciaires pléistocènes
(Holsteinien, Eémien), le sapin s'associe avec le charme et l'épicéa.
Durant l'Holocène, il avance en compagnie du hêtre vers l'ouest et le
centre de l'Europe. Le hêtre n'avait jamais eu jusque-là d'expansion
massive sur le continent.
L'évolution des sapinières au cours du Pléistocène et de
l'Holocène est en étroite dépendance des évolutions climatiques du
Quaternaire. Les données climatologiques mettent en évidence les
variations cycliques d'insolation ainsi que l'augmentation continue, à
partir du Pléistocène, de la durée, de la continentalité et de l'aridité
des périodes de froid, outre l'instabilité des températures. L'ensemble
de ces paramètres influence considérablement les écosystèmes
terrestres. La péjoration climatique du Pléistocène moyen, qui s'accentue
durant le Pléistocène supérieur, raccourcit de plus en plus les périodes
d'expansion des communautés forestières en Europe de l'Ouest. En ce
qui concerne le sapin, ses populations survivent dans des
zonesrefuges, qui semblent être, d'après les données récoltées durant le
Tardiglaciaire et le début de l'Holocène, aux abords de la
Méditerranée, vers l'Italie du Sud et autour de la Mer Noire. Ceci n'exclut
toutefois pas l'existence de petits noyaux de populations dans
quelques vallons abrités en Europe occidentale. Ces poches au sein de
l'Europe occidentale permettent aux espèces qui y sont réfugiées de
s'étendre plus rapidement lors des réchauffements. La plus grande
extension du sapin dans le passé pourrait s'expliquer par un climat
moins rude durant les périodes froides antérieures, qui aurait permis le
12LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
maintien d'un plus grand nombre des zones-refuges en Europe de
l'Ouest. La migration du sapin durant les périodes interglaciaires en
aurait été facilitée. Durant l'Holocène, ces poches ont presque toutes
disparues, et les sapinières de cet interglaciaire sont
issues de refuges très lointains.
Un point important est souligné dans l'étude de Bennett et al.
(1991). Lors de l'extension du froid, les taxons de ces diverses
communautés meurent sur place car aucun signe de migration vers les
zones-refuges n'a pu être démontré. On peut en déduire que les
migrations ultérieures des ligneux s'effectuent à partir des populations
restées dans les zones-refuges. Toutes les combinaisons génétiques
qui ont pu se produire au sein du taxon Abies par exemple
disparaissent donc à jamais, comme à chaque interglaciaire. Plus globalement,
on peut affirmer que chaque interglaciaire crée ses propres
écosystèmes en fonction de caractéristiques climatiques propres et que
ces ne sont pas reproductibles à l'identique à
l'interglaciaire suivant. Bennett et al. (1991) soulignent en outre les
risques d'appauvrissement génétique des taxons ligneux européens à
partir du Pléistocène moyen lorsque les périodes de froid, devenant
plus longues, froides et arides, diminuent les aires favorables au
maintien de populations viables. Certaines espèces ont alors
probablement perdu maintes combinaisons génétiques disponibles au début
du Quaternaire, ce qui expliquerait leurs modifications
comportementales. Afin d'appréhender l'évolution des paysages, et celui des
sapinières vosgiennes en particulier, considérons d'un peu plus près les
données climatiques des dernières 135 000 années qui englobent la
partie la plus contrastée du Quaternaire.
II - CONSIDÉRATIONS SUR LES CLIMATS DES 135 000 DERNIÈRES
ANNÉES
L'Eémien présente trois pics tempérés successifs repérés
(dénommés 5e5, 5e3 et 5el) par les analyses isotopiques et chimiques
d'un carottage de glace effectué au centre du Groenland (Greeland
Ice-core Project members, 1993). Le premier pic dure environ 2000
ans, le deuxième moins de 1 000 ans et le troisième environ 3 000 ans.
Les différences de ratios entre les isotopes d'oxygène 16 et 18
suggèrent que les températures y étaient de 2°C plus chaudes que les
tempétatüteSactüelles.
Ces.picslempérés.sontsépàiésparâesplcsâefroid correspondant à des températures inférieures de près de 5° aux
températures actuelles. Le plus long de ,ces pics de froid est de 5 000
ans, et se situe entre 5e3 et 5el. A ce rythme millénaire des se surimpose un deuxième rythme plus court, proche du
siècle, qui s'intègre au sein du pic tempéré le plus long deux
événements froids de durées respectives de 70 ans et de 750 ans sont
13L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
ainsi répertoriés. Pour le premier pic, la chute des températures est
estimée à 14°, pour le deuxième à 10°C, avec une augmentation de
l'aridité. Les pics de froid séculaires ont été mis en relation avec une
réorganisation des courants marins atlantiques à la suite de débâcles
importantes d'icebergs du Groenland (événements dits de Heinrich).
Les relargages provoquent un important apport d'eau douce
dans le nord de l'Océan Atlantique, faisant reculer vers le sud la
plongée des eaux chaudes et salées des courants atlantiques (Broecker,
1991). C'est pourquoi le Gulf Stream ~urait plongé au large du
Portugal, et non entre la Norvège et l'Ecosse, renforçant ainsi la
continentalité en Europe et engendrant plus généralement de fortes
perturbations climatiques sur le continent européen.
De tels événements climatiques n'ont pas eu lieu durant
l'Holocène qui apparaît, en 10 000 ans d'existence, bien plus stable.
Les palynologues l'ont classiquement découpé en cinq périodes
climatiques: le Préboréal, sec et froid (entre 10 000 à 9000 ans BP), le
Boréal, plus humide et plus chaud (9 000-8 000 ans BP), l'Atlantique
(8000-4700 ans BP), période particulièrement chaude. Suivent deux
périodes de plus en plus fraîches et humides le Subboréal (4
7002700 ans BP) et le Subatlantique, qui continue de nos jours. Les 3
premiers millénaires présentent des caractéristiques climatiques qui
disparaissent durant l'Atlantique avec plusieurs pics de froid (10 600 ;
9700; 9000; 8300; 7900) (Mercier et al., 1999) probablement
provoqués comme à l'Eémien par des événements de Heinrich. Un pic de
froid particulièrement net, entre 8 300 et 8 200 ans, est discernable
dans les carottages du Groenland, les sédiments marins et les analyses
dendrologiques qui révèlent par exemple un rétrécissement des cernes
sur les chênes. Durant ce pic de froid, la baisse des températures aurait
été supérieure à 2°C provoquant une descente des langues glaciaires
en montagne et un recul des limites forestières (Klitgaard-Kristensen
et al., 1998).
Les autres pics de froid, plus discrets, sont répertoriés dans de
petits systèmes montagneux comme les Vosges. Les glaciers vosgiens
sont en effet plus sensibles aux changements climatiques rapides de
l'Europe continentale que les glaciers alpins à cause de leur faible
masse. Cette sensibilité est accrue par trois autres faits: 1) la situation
de corridor des glaciers vosgiens, entre les bords de l'inlandsis
scandinave et les glaces alpines, qui accentue les gradients climatiques, 2)
l'orientation perpendiculaire par rapport à la circulation générale
ouest-est, 3) la topographie du massif qui engendre un gradient de
précipitations de l'ouest vers l'est (200 mmlkm). Les derniers névés
dans les cirques glaciaires sont répertoriés à 5 400 ans BP, ce qui
suppose un sol gelé en permanence au-dessus de l'altitude de ces cirques,
c'est-à-dire à partir de 600 m, du moins sur les versants froids
(Mercier et al. 1999). Cette hypothèse doit être nuancée par les
14LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
caractéristiques des étés du début de l'Holocène. Il y a 10 000 ans, la
Terre était au plus près du soleil au solstice d'été - c'est l'inverse
actuellement - ce qui laisse supposer une insolation plus élevée
(Joussaume, 1993) estimée à près de 10 % supérieure à la valeur
actuelle pour l'été et de - 10 % pour l'hiver en terrain plat, et de près de
30 % en montagne selon l'inclinaison des pentes. Le climat du début
de l'Holocène était donc plus continental et plus lumineux durant les
trois premiers millénaires, avec des différences de température et de
luminosité très contrastées selon les versants. Il en est très
probablement résulté des sols gelés en permanence sur les sommets et les
ubacs, alternant aux mêmes altitudes avec des adrets bien plus chauds,
lumineux et sans pergélisol. Les paysages végétaux formaient ainsi
des mosaïques de forêts et de steppes, sans zonation altitudinale
marquée.
Durant la deuxième moitié de l'Atlantique, l'Holocène connaît
un adoucissement progressif des extrêmes climatiques, une
augmentation de la pluviosité et une baisse de l'insolation. Ces modifications
sont à mettre sur le compte de 3 événements indépendants:
L'arrêt des relargages d'icebergs en raison de la fonte définitive
des glaces laurentidiennes et scandinaves;
Un événement (tectonique ?) encore mal connu ~ l'ouverture du
détroit de Bosphore il y a seulement 7 500 ans BP, qui transforme
un lac d'eau douce au nord de la Turquie en une mer, la Mer
Noire actuelle (Pitman et al.. 1998). L'augmentation considérable
du volume d'eau de cette nouvelle mer intérieure a sans doute
diminué les amplitudes thermiques, augmenté l'humidité
atmosphérique et réparti plus également les pluies en toutes saisons en
Europe centrale;
La modification lente de la précession des équinoxes qui évolue
selon un cycle de 20 000 ans environ.
III - LES SAPINIÈRES DANS LES PÉRIODES TEMPÉRÉES DE CES
135 000 ANS
En réponse à ces modifications climatiques, les montagnes les
plus modestes ont perdu leurs névés et leurs pergélisols, et la
reconquête forestière s'est faite selon une zonation strictement
altitudinale jusqu'aux sommets.
1 - Considérations sur les successions forestières de l'Eémien
et de l'Holocène
La rareté du sapin durant les interstades et sa lenteur migratoire
lors des interglaciaires s'expliquent par le climat continental qui les
caractérise. Certains Angiospermes (chênes, ormes, tilleuls) sont
mieux armés physiologiquement que lui sous de tels climats, ce qui
15L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
leur a permis de migrer avec plus de vigueur et de précocité, une fois
éliminées les pinèdes-boulaies pionnières peu compétitives et les
steppes héritées des périodes froides. De là la constance de la précocité
des chênaies mixtes par rapport aux autres communautés végétales
dans les phases tempérées de l'Eémien et de l'Holocène (Figure na 1).
Ces communautés de la chênaie dite mixte sont constituées de
postpionnières au sens de Van Steenis, 1956 : espèces nécessitant de la
lumière dans leur jeune âge, mais à capacité d'assimilation à un
niveau d'éclairement plus bas que les pionniers. Quercus, Ulmus, Tilia,
Acer. Ces espèces peuvent former des écosystèmes bien structurés,
très stables et d'une remarquable imperméabilité aux immigrants.
Elles sont très productives lors de périodes à insolation élevée surtout
sur les versants montagnards bien exposés où les contrastes
thermiques sont marqués. Les étés chauds et très lumineux stimulent en effet
les cycles biogéochimiques en accélérant la minéralisation de
l'humus. Les écarts de température entre le jour et la nuit favorisent la
productivité primaire car les nuits toujours froides diminuent les
pertes respiratoires des végétaux.
L'état de stabilité écosystémique des chênaies mixtes perdure
tant que les conditions climatiques favorisent le fonctionnement
interne de la chênaie mixte. Mais son élimination peut être rapide,
quelques générations d'arbres, si la communauté dominante se trouve
affaiblie par de nouvelles conditions écologiques. Dans ce cas, les
immigrants saturent rapidement les sous-bois et les trouées forestières
selon un processus sylvigénétique bien connu d'envahissement par le
bas. Les espèces supplantées sont rejetées vers des zones plus hostiles
ou changent de statut social dans la nouvelle communauté. Elles se
trouvent alors en position dominée dans les nouvelles mosaïques
forestières (Oldeman, 1990). Ces processus n'évincent donc pas les
espèces mais l'écosystème qu'elles constituaient.
2 - Les sapinières de l'Eémien
Les associations forestières incluant du sapin, diffèrent à
l'Eémien pour des raisons non encore élucidées. L'examen des
successions forestières souligne ainsi la rareté du hêtre, la curieuse
association du charme et du sapin, et l'importance de l'épicéa (Figure
na 2). En premier interviennent les conditions climatiques de
continentalité, d'instabilité et probablement de grande luminosité. La
continent alité est une explication à la quasi-absence du hêtre,
l'instabilité climatique à l'importance de l'épicéa (parce que ce facteur
tend à ouvrir la canopée en de grandes trouées), la luminosité à
l'importance du sapin (si le sapin éémien est généralement proche des
taxons méditerranéens). Mais les choses sont certainement plus
complexes si on considère les facteurs biotiques, comme les processus
de recombinaison génétique par dérive génétique, mutation,
16LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
polyploïdie ou hybridation induites par les alternances d'expansion et
de retrait des espèces végétales. Un autre facteur biotique important
est de considérer le rôle des riches réseaux trophiques mammaliens
(Auguste, 1995) dans le maintien de milieux semi-ouverts et la
sélection des semis.
Un autre trait des forêts éémiennes vosgiennes est l'accélération
des successions forestières. en moins de 2000 ans se sont succédées
des communautés à pin et bouleau, suivies d'une chênaie, puis d'une
sapinière à charme et épicéa, une pessière, qui disparaît en 150 ans au
profit d'une pinède-boulaie. Ces transitions de plus en plus rapides
vers la fin de l'interglaciaire sont contemporaines du rassemblement
des glaces en Arctique (Guiot et al. 1989).
3 - Les sapinières de l'Holocène
Les données concernant les migrations du sapin à partir de ses
zones-refuges sont mieux connues, a-t-il été dit. Les analyses
palynologiques démontrent que le sapin ne colonise l'Europe de l'Ouest que
dans les périodes tièdes et humides, soit vers le milieu de l'Atlantique.
Le patrimoine génétique du sapin tendrait-il vers une moindre
tolérance envers la continentalité ? Les faits semblent le démontrer,
puisque ce comportement ne s'observait pas dans les interglaciaires
antérieurs. Ce fait que le sapin reste rare durant les
phases de réchauffement climatique à forte continentalité et à courte
durée (de quelques siècles à un à deux millénaires. Il est cependant
signalé dans les Vosges durant l'interstade d'Allerod (13
15012 150 ans BP). Il est vraisemblable que ces quelques individus
viennent de zones-refuges localisées en vallée de la Vologne (Edelman,
1985).
Les données palynologiques des Vosges signalent que vers
8 330 BP, la chênaie mixte (Quercion pubescenti-petraeae) s'installe
massivement dans les Vosges, et y reste présente durant environ
3000 ans. Les chênaies sont répertoriées jusqu'à 835 m d'altitude,
donc beaucoup plus haut que les chênaies actuelles. Cette hypothèse
semble contredire les conclusions de Mercier qui suppose des sols
gelés au-dessus de 600 m jusqu'à 5300 ans BP. La contradiction
disparaît si on conçoit que les pergélisols disparaissaient sur les versants
les mieux orientés (sud et sud-est). Les paysages vosgiens étaient ainsi
constitués de mosaïques forestières à chênaie mixte montant en doigt
de. gafitsl.lr les Versants biëfi-expos€s~coritrastlnfauxriiêliiés-altifu-dés
avec d'autres formations végétales steppiques sur versants froids et
peu lumineux. Aux basses altitudes, ces formations des versants froids
n'avaient plus de pergélisol et devaient être colonisés par des taxons
comme le pin ou le bouleau. La steppe, riche en espèces continentales
(armoise, pulsatile, violette), couvrait également les sommets durant
les brefs et lumineux étés des trois premiers millénaires, lorsque les
17L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
sols dégelaient en surface (Carbiener, communication orale). Durant
les pics de froid répertoriés entre 10 000 et 7900 ans BP, l'ensemble
de ces formations devait probablement descendre en altitude.
L'océanisation croissante du climat et la baisse de luminosité
ont ralenti les niveaux de production de la chênaie mixte. Des indices
de déclin de la chênaie mixte apparaissent par exemple vers 6 460 ans
BP à la grotte Loiselot (Edelman, 1985), avec diminution des densités
de pollen pour le chêne. Un autre facteur totalement indépendant, la
mort massive des ormes, est en même temps répertoriée dans tout
l'Occident jusqu'en Irlande. Il pourrait s'agir d'une épidémie de
graphiose (Simmons, 1990) comme celle d'aujourd'hui. La mort de ces
constituants de la canopée des chênaies mixtes accroît encore le
nombre de trouées et aide les immigrants Abies et Fagus. Ceux-ci figurent
déjà à l'état dispersé depuis 6000 ans BP dans les Vosges. Leur
rythme de migration s'est renforcé du fait de l'océanisation du climat.
De ses refuges balkaniques et méridionaux, le sapin met environ
4 000 ans pour atteindre les Vosges, ses premiers pollens étant
répertoriés à la grotte Loiselot vers la date précitée (Figure n° 3 et n° 4). La
migration du sapin anticipe sur celle du hêtre qui quitte ses refuges
balkaniques vers 9000 ans BP. Malgré un retard de près de mille ans,
celui-ci arrive en même temps que lui dans les Vosges grâce à ses
atouts stratégiques plus développés quant à l'élimination des espèces
en place. Au contraire du sapin, il colonise massivement toutes les
Vosges (Gliemeroth, 1995). La hêtraie-sapinière vosgienne aura
ensuite besoin de cinq cents à mille ans pour remplacer la chênaie mixte,
soit moins de cinq générations d'arbres dominants. L'élimination est
rendue possible par la fragilisation de la chênaie mixte mais aussi
grâce aux stratégies spécifiques aux dryades, stratégies qui sont celles
du hêtre et du sapin. Les dryades sont des espèces d'ombre, dont la
photosynthèse assure la survie des jeunes même en lumière réduite, à
la différence des espèces de la chênaie mixte. Les adultes bénéficient
en outre d'un fort pouvoir ombrageant qui supprime les jeunes semis
de la chênaie mixte qui tenteraient de s'introduire dans la nouvelle
communauté.
Les constituants de la chênaie mixte ne disparaissent pas pour
autant, et leurs sorts sont très variés. Les chênes disparaissent de
l'étage montagnard et forment, aux altitudes inférieures, des
hêtraieschênaies dans lesquelles s'intégrera plus tard le charme. Le chêne
pubescent colonise les sols calcaires filtrants des collines
sousvosgiennes par exemple. Le tilleul constitue avec l'orme de montagne,
l'érable sycomore et le noisetier, des groupements typiques sur éboulis
(érablaies, tillaies-érablaies, tillaies, ormaies-érablaies). Certaines
herbacées thermophiles du cortège de la chênaie mixte (œillet des
chartreux, serratule des teinturiers...) se réfugient sur les flans bien
exposés des cirques glaciaires, où elles évoluent lentement vers de
nou18LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
veaux écotypes montagnards (Carbiener, 1966 ; Bernard et Carbiener,
1979). Cette régression de la chênaie mixte suit donc de quelques
millénaires celle de la boulaie et de la pinède qui avaient colonisé les
Vosges durant le Préboréal, et dont les éléments relictuels sont
éparpillés en petites formations boisées dans certains sites bien
particuliers: les sites d'altitude les plus hydromorphes, les tourbières ou
certaines dalles rocheuses. On voit donc que l'essaim climacique
vosgien, c'est-à-dire le nombre de climax locaux par diversification des
facteurs édaphiques et physiographiques (Rameau, 1987) est
suffisamment riche dans les Hautes-Vosges pour multiplier les
zonesrefuges des associations temporairement disparues et maintenir une
biodiversité élevée, malgré les aléas climatiques de l'Holocène.
L'adoucissement des contrastes entre versants
vosgiens dans la deuxième moitié de l'Atlantique, dû à l'océanisation
accrue du climat, brouille alors la mosaïque paysagère en doigt de
gant relevée au début de l'Holocène. Si on exclut les formations de
climax édaphique, on constate aisément le zonage des
végétales en bandes parallèles à l'altitude: la hêtraie-chênaie, occupe
les versants les plus bas, suivie de la hêtraie-sapinière, qui devient
avec l'altitude une hêtraie pure à éléments tordus et stériles. Cette
hêtraie s'interr9mpt sur les versants les plus hauts, d'où la formation
d'une lande à Ericacées et à relictes glaciaires sommitale qui remplace
la steppe à armoise après le dégel des sommets. L'installation de la
lande-pelouse à Ericacées met entre 6 000 et 4 500 ans BP selon Valk
(1981), mais les travaux récents de Mercier resserrent ce créneau
5000 et 4500 ans BP. L'existence de formations asylvatiques
naturelles, dénommées «chaumes primaires» sur les sommets vosgiens
les plus exposés aux vents d'ouest, semble confirmée par les travaux
des géomorphologues et des palynologues. Ces données démontrent
en outre la complexité de l'histoire de ces milieux sommitaux et
soulignent la valeur patrimoniale de leurs relictes holocènes ou
tardiglaciaires (Pulsatilla alba, Viola lutea, Lycopodium sp).
En 2000 ans BP, un nouvel événement survient: l'arrivée de
l'épicéa (Figure n° 5) dont la migration est particulièrement lente à
partir des zones-refuges balkaniques et des bordures de la Mer Noire,
puisqu'elle commence 14000 ans BP et arrive dans les Vosges, sa
limite occidentale, il y a seulement 2 700 ans BP. Notons que l'espèce
était présente dans la région dès 8000 ans BP d'après certaines
tlonnées-palynologiques-inédites;cequiviendraitde-ta-prê-sencelo-c1F
lisée de l'épicéa dans certains cirques glaciaires ou dans les vallées
proches ou, peut-être, de transports de pollen par le vent à partir des
zones colonisées situées plus à l'est (Figure n° 6). La faible
compétitivité de l'épicéa vis-à-vis des autres ligneux (qui est moins évidente en
Forêt-Noire) le relègue en position de dominé dans les
hêtraiessapinières ou en formation plus dense dans des sites hostiles: bordure
19L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
de tourbière, éboulis grossiers et sommets les plus hydromorphes,
comme le Tanet Gazon du Faing, qu'il recolonise depuis une centaine
d'années après abandon du pâturage traditionnel. Mais l'origine de ces
taxons demeure incertaine car il existe, en plus de ces petites pessières
autochtones, des populations plantées par l'homme depuis le
XVIIe siècle (Rameau, 1987) issues d'autres parties de l'Europe. En
deux siècles, ces pessières anthropiques ont pris une ampleur spatiale
considérable non seulement aux dépens des pessières naturelles mais
aussi aux dépens de la hêtraie-sapinières.
Ainsi, les sapinières européennes sont le fruit d'une longue
histoire évolutive commencée bien avant le Quaternaire et
singulièrement compliquée durant cette période géologique contrastée. Le
comportement très différent des sapinières au cours des trois derniers
interglaciaires (aires de répartition de moins en moins large de
l'Holsteinien à l'Holocène; composition des ligneux différente)
suggère des conditions écologiques à chaque fois différentes mais
assez mal connues. La réduction de l'aire des sapinières et la position
de ce type forestier dans les successions ligneuses pendant les
interglaciaires confirment ce qu'on connaît de l'autoécologie de l'espèce,
c'est-à-dire une certaine sensibilité aux caractéristiques du climat
continental. Un deuxième point mérite d'être souligné: l'originalité
des sapinières holocènes par rapport aux sapinières des interglaciaires
précédents, qui résulte 1) d'une composition ligneuse unique pour le
Quaternaire et 2) d'une exceptionnelle longévité (4000 ans), qui
autorise le développement d'une meilleure stabilité écosystémique.
Les sapinières holocènes n'ont cependant guère bénéficié des
conditions climatiques exceptionnelles de l'Holocène à cause des
multiples impacts négatifs causés par l'homme. En effet, leur
fonctionnement naturel a été altéré dès les premiers temps historiques par
la chasse effrénée aux grands mammifères, qui a déséquilibré ses
réseaux trophiques. Les dévastations liées aux guerres et
l'acclimatation d'un épicéa allochtone dans l'aire naturelle de la
hêtraiesapinière sont deux autres facteurs plus récents de perturbation
sylvogénétique qu'aggrave encore le choix dans ces dernières
décennies d'une gestion intensive: elle appauvrit l'écosystème et le
traumatise par suppression des phases âgées de la forêt. Les pollutions
atmosphériques sont une autre agression pour la hêtraie-sapinière,
notamment les retombées des pluies acides. Ces dysfonctionnements
qui résultent de l'emprise de l'homme se mesurent en comparant les
hêtraies-sapinières vosgiennes aux hêtraies-sapinières naturelles
d'Europe (Schnitzler et al.). Les à caractère naturel
existent aussi dans les Vosges, sous le Kastelberg et dans la haute
vallée de la Lauch, mais sont trop petites pour ne pas souffrir de la
proximité des forêts intensivement gérées. On ne saurait donc que
20LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
recommander la protection maximale de ces joyaux forestiers par mise
en réserve intégrale, ainsi qu'un agrandissement des surfaces jusqu'à
plusieurs milliers d'hectares, à effectuer au sein des
hêtraiessapinières actuellement exploitées. Ces réserves où le prélèvement
ligneux serait interdit, pourraient d'ici un ou deux siècles retrouver un
bon niveau de naturalité à condition que les réseaux trophiques
s'équilibrent, notamment ceux constitués par les mammifères. Mais la
protection des hêtraies-sapinières doit s' accompagner d'une
extensification de la gestion forestière dans tout le massif vosgien et d'une
réflexion généralisée sur la chasse aux ongulés afin d'augmenter la
stabilité de tout l'éco-complexe forestier.
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Kastelberg, Vosges, Franc). Université d'Utrecht, thèse, 1981.
- WALTER, H. Wiilder Europas. Stuttgart et New York Gustav
Fischer-Verlag, 1984.606 p.
- WOILLARD G. « Recherches palynologiques sur le Pléistocène
dans l'Est de la Belgique et dans les Vosges lorraines ». Acta
Geographica Lovaniensis, 1975, vol. 14, pp. 1-115.
- WOILLARD G. « Grande Pile Peat Bog. A continuous pollen
record for the last 140000 years ». Quaternary Research, 1978,
vol. 9, pp. 1-21.
- WOILLARD G. « Abrupt end of the last interglacial s.s. in
northeast France ». Nature, 1979, vol. 281, pp. 558-562.
- ZAGWIN W.-H. « Vegetation and climate during warmer intervals
in the late Pleistocene of western and central Europe ». Quaternary
International, 1989, vol. 3-4, pp. 57-67.
23L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
Figure n° 1 . Évolution climatique mondiale en 250 000 ans, mise en
évidence par les variations de la teneur en oxygène 18 de carottes de
glaces de 3 km de long prélevées au cœur du Groenland
Ce schéma situe la fin de l'interglaciaire de l'Holsteinien (vers 30000 ans
BP), l'interstade du Saalien (vers 170000 ans BP), l'interglaciaire de
!'Éémien (135000-115000 ans BP), les interstades du Würm dont l'épisode
du BoIling (14 000 ans BP) et l'Holocène (10 000 ans BP).
D'après Joussaume, 1993.
-36 -34 X.
.
1500o
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6t.0 (%0)
---24LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
Figure n° 2 ~Place des chênaies mixtes dans l'évolution des
communautés végétales des interglaciaires du Pléistocène supérieur (Éémien
et Holocène)
Ce diagramme met en évidence le retard systématique des forêts mixtes à
conifères et feuillus par rapport aux chênaies mixtes.
D'après Woillard (1979).
CLIMAJ
POLLEN
froid chaud
100% 1 2 3 1. 5 6G 50
Il Il I\
--~ -~
--HOLOCENE1
-'
29980 +/. 970 BP
.--J
S
I
Les 3 phases ternpérées de l'EEMIEN
CHENArE MIXTE.
{3AUTRES A\l..BRES
HERBACEESo
25L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
Figure n° 3: Composition des forêts vosgiennes durant l'Éémien
Noter la constance du charme (Carpinus) et de l'épicéa (Picea) dans les
sapinières (Abies) et l'absence du hêtre. D'après Woillard (1979)
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~ ~~~ ~.,.~ ~ ~ '" POllEN:>~ z ..; ::>V''" ~u-'ë t':!::> ~... IX> u :z >- o",z.. ~ ZONES'"o ~ ... 0:: ;;: :;.;DEPTH ~ ë
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'? zone 7U.7~O
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11.755
Il.760
zone 6b,
:1.765
: 1.770 --6b,/6bz
, zone 6b,
11.775
; --6a 16b,1./80
\\.185
10ne 6.
11.790
11.795
11.800
26LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
Figure n° 4: Composition des forêts vosgiennes durant l'Holocène
Ce diagramme palynologique met en évidence la succession chênaie
mixte/sapinière. Noter les différences de composition des sapinières par
rapport à l'Eémien. Le hêtre devient abondant tandis que l'épicéa est absent sauf
dans les périodes les plus récentes (2 000 ans BP). Le charme est totalement
absent. D'après Edelman (1985).
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Pollen Diagram Pari I
Core GloJ
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27L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
Figure n° 5' Position du sapin en Europe au cours de sa migration
vers l'ouest
D'après Gliemeroth (1995).
b 10)ans BP
>14
13
12
1I
10
9
8
7
6
5
4
3
2
I
o
28LE SAPIN DANS LES VOSGES AU COURS DES DERNIERS INTERGLACIAIRES
Figure n° 6: Migration de l'épicéa en Europe au cours de l'Holocène
D'après Gliemeroth (1995).
-Avancéeb
/~??
\')
29PLACE DV SAPIN (ABlES ALBA) DANS
, LES FORÊTS FRANÇAISES.
EV ALVA TION PATRIMONIALE DE SES HABITATS
par Jean-Claude RAMEAU*
I - AVANT-PROPOS
Le Sapin pectiné est l'essence fondamentale de l'étage
montagnard des forêts françaises. Il y représente une ressource de
production très importante. L'étude d'une essence forestière commence par
l'établissement de sa carte de répartition. Mais il faut éviter de se
limiter aux réalités actuelles. La prise en compte de l'histoire est
essentielle: comment le Sapin s'est-il réinstallé après la dernière glaciation,
au cours de l'Holocène? Quelles modifications son aire a-t-elle subies
du fait des actions anthropiques? Le Sapin participe à de multiples
habitats. Comment structurer cette diversité écologique? Nous
proposons trois paramètres. le découpage biogéographique de la France,
l'individualisation des étages de végétation, la modélisation des
principales niches du Sapin par rapport aux gradients trophique et
hydrique. Il devient simple alors de parcourir les territoires et
d'individualiser les grands types d'habitats que le Sapin domine. L'aire de
répartition et la caractérisation des types d'habitats permet de circonscrire
d'une part l'autécologie du Sapin et de l'autre les différentes
modalités dynamiques auxquelles il participe. Certains de ces types
d'habitats possèdent une grande valeur patrimoniale. Quels sont les principes
d'une évaluation patrimoniale? Nous conduisons cette évaluation à
deux échelles celle des types et enfin à celle des individus d'habitats
au sein d'un massif.
l - Le portrait du Sapin
Extrait de la Flore Forestière Française de J.-c. Rameau, G.
Dumé, D. Mansion.
PINACÉES
Abies alba Mill. =A. pectinata (Lam.) DC.
Sapin pectiné, sapin blanc, sapin argenté, sapin des Vosges, sapin de Normandie,
sapin commun, noir, sapin à feuilles d'if.
Angl. : Silver Fir, European Silver Fir
;AlIem. Weisstanne, Tanne, Tannenbaum, Silbertanne, Edeltanne
;Ital. Abete bianco
;Du latin abies: nom de cet arbre, albus blanc (l'écorce de l'arbre jeune est
blanchâtre), et pecten: peigne (aiguilles disposées de chaque côté du rameau comme les
dents d'un peigne).
Professeur, ENGREF, Centre de Nancy, Équipe Écosystèmes forestiers et*
Dynamique des paysagesL'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
CARACfÈRES BIOLOGIQUES
-arbre pouvant atteindre 45-50 m de hauteur; macrophanérophyte ; sempervirente ;
- longévité: 200 à 300 ans; croissance initiale lente;
- monoïque; floraison: mai; maturité: septembre à octobre; pollini sée et dispersée
par le vent;
- dryade.
CARACTÈRES DIAGNOSTIQUES
- port d'abord conique, puis ovoïde, enfin tabulaire ;
- écorce lisse, gris argenté; rhytidome à crevasses longitudinales chez l'adulte;
I - rameaux de 2 ans lisses, beige-gris, à pubescence courte et noirâtre (ou roussâtre) ;
2 - bourgeons brun-châtain non résineux;
3 - cicatrices foliaires rondes;
4 - feuilles linéaires (longues de 15-30 mm) paraissant disposées sur 2 rangs dans un
plan sur les rameaux stériles (sur les rameaux fertiles, elles sont disposées en brosse) ;
extrémité des feuilles tronquée ou légèrement échancrée;
5 - feuilles non piquantes présentant 2 raies blanches à la face intérieure;
6 - bractées saillantes dépassant des écailles et réfléchies;
n cônes dressés (longsde 10-15cm) sur les rameauxde la cime, se désarticulantsur7
l'arbre à maturité.
Nota. Ne pas confondre avec A. grandis, aux jeunes rameaux glabres et aux aiguilles
plus longues, ni avec A. nordmanniana aux aiguilles disposées en demi-cercle autour
du rameau.
'*
...
~
..
.
..
~-
7[
32PLACE DU SAPIN (Abies alba) DANS LES FORÊTS FRANÇAISES. ÉVALUATION
PATRIMONIALE DE SES HABITATS
2 -Importance du Sapin en France
En Europe, l'aire naturelle de cette essence comprend la
ForêtNoire, les montagnes de Bohème, des Tatras, des Carpathes, des
Apennins, des Alpes dinariques et du Rhodope (cf. Carte n° 1). La
France se situe à la limite occidentale de cette aire de répartition. Le
Sapin y couvre une surface totale de 566 696 hectares en additionnant
sapinières naturelles et sapinières issues de plantations hors de l'aire
naturelle (cf. Cartes n° 2 et n° 3). Le tableau n° I ci-dessous dont les
chiffres ont été communiqués par l'Inventaire forestier national donne
une idée plus précise de la ressource forestière Sapin. Il est la
principale essence résineuse de l'étage montagnard.
Tableau n° 1 . Importance du sapin en France
Terrains Terrains Terrains privés Total
~propriétés
domaniaux communaux
Paramètres
analysés
Surface boisée 103 578 221 794 241 324 566 696
(hectares)
Surface en futaie 100 835 206736 212703 520 274
(hectares)
Surface de
Mélange futaie I 2624 14830 45 85828 404
Taillis (hectares)
Boisements et
reboisements arti- 14280 32301 45 727 92 308
ficiels (hectares)
Volume sur pied 28 225 020 61645219 66 689 917 156560 156
enm3
Accroissement
courant annuel 916884 2053800 2 646 294 5616979
(m3/an)
Surface terrière 2768 106 6 187381 6 946 258 15901 745
(m2)
..
Nombre estimé de 54409889 122966816 158 %5 724 336 342429
ti~es
33L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
Carte n° 1 Aire de répartition d'Abies alba en Europe
AI... de r~partltlc>nd' Ables slbn en Eu pe
RÉPARTITION DES PEUPLEMENTS À SAPIN
PRÉPONDÉRANT
(source: Inventaire forestier national)
Carte n° 2 : Répartition du sapin par département
" ,..."...$urfat9 du peuplements;\ sapin prépOndérant (ha)
. 311000.1;3100 (6)
(4). 2!i000.3I1OOO
11II 10000.20000 (10)
(Ç1)
11II 1000-10000
o p- 1000 (S;;) f
34PLACE DU SAPIN (Abies alba) DANS LES FORÊTS FRANÇAISES. ÉVALUATION
PATRIMONIALE DE SES HABITATS
Carte n° 3 : Répartition du sapin par région forestière
,un.,. ou P9UPiem_ d. .., crépcndérornp., ré~ip", _it..
(11) f. 5000 .100000
1500. SOOO \$1).
III 500. 1500 an
($1)5001i'I1t".
(192)o..o '00
3 - Histoire postglaciaire
Au cours de la dernière glaciation (Würm), le Sapin pectiné a
trouvé des refuges au sud de l'Italie et en Espagne. Avec le début de
l'Holocène, le réchauffement progressif du climat a entraîné le lent
retour des essences selon une logique présentée sur le diagramme
cijoint qui concerne le massif vosgien. Nous prendrons l'exemple des
Vosges pour analyser le retour du Sapin.
Au Préboréal (- 10000, 9500 ans), le réchauffement entraîne
la colonisation des pentes par les Bouleaux et les Pins. La forêt
progresse jusqu'aux sommets des Vosges. Les peuplements se densifient
à la fin de cette période avec l'arrivée du Noisetier.
Au Boréal (- 9500 à 8400 ans), les bouleaux se raréfient du
fait de la concurrence exercée par les essences nouvellement arrivées.
Le Pin reste un ~oment dominant mais en équilibre instable avec les
feuillus. Chêne, Erables, Frêne, Orme.. qui finissent par dominer les
espaces forestiers.
À l'Atlantique (- 7 500 5 000 ans), le climat devient chaud et
sec, la forêt feuillue dense prend un grand développement (Chênes;;;)
et atteint les crêtes se résolvant aux sommets en prés-bois.
Au Subboréal (- 5 000. 2 750 ans), un refroidissement notable
et une augmentation sensible de la pluviométrie entraînent l'arrivée et
le développement du Hêtre et du Sapin. Au-dessous de 500 m le Hêtre
s'installe seul dans la chênaie (chênaie ~ hêtraie-chênaie). Plus haut,
le Hêtre et le Sapin éliminent la Chênaie (sapinière-hêtraie avec
permanence parfois sur le versant alsacien de chênaies alticoles sur sols
35L'ÉCOSYSTÈME SAPINIÈRE
superficiels, ceci jusqu'à 700 m). On constate une forte poussée du
Sapin dans tout le territoire vosgien, il y a 3 500 ans (pluviosité plus
élevée). C'est au cours de cette période qu'apparaît l'Epicéa qui
occupe les bords de tourbières, les éboulis grossiers et participe à la
dynamique cyclique des sapinières-hêtraies.
Au Subatlantique, de 2750 à 2250 ans, le Sapin offre son
extension maximale avec une aire naturelle débordant largement son
aire actuelle (on peut imaginer des forêts coIlinéennes mixtes. des
hêtraies-chênaies à Sapin). Les études de pollen montrent des schémas
assez identiques sur de nombreuses régions où le Sapin existe
actuellement, à l'exception de certaines de haute montagne où le
hêtre et le Sapin ont pu succéder directement au Pin. Sur l'ensemble
de l'aire française et européenne, il est possible, grâce aux données
palynologiques, de définir ces modalités de reconquête. La carte
cidessous donne une idée des migrations du sapin à partir de ses refuges
italiens.
L'aire naturelle primaire du Sapin établie (ou en cours de fin
d'établissement), intervient un événement majeur: l'humanisation des
espaces montagnards. Dans les Vosges par exemple, on constate une
dégradation anthropique des forêts avec des défrichements et une
exploitation des massifs qui subsistent pour le bois d'œuvre et surtout le
bois de feu. La première essence à faire les frais de ces actions est le
Sapin l'exploitation des forêts montagnardes pour le bois de feu
entraîne sa disparition ou sa raréfaction au profit du Hêtre exploité en
taillis (recépage des cépées). II régresse ainsi aux basses altitudes à
proximité des villages et aux hautes altitudes, près des habitats des
marcaires sur les sommets. Mais depuis le XIXe siècle, le Sapin est de
nouveau favorisé tout comme l'Épicéa d'ailleurs, ceci au détriment du
Hêtre. Mais il reste encore beaucoup de paysages forestiers vosgiens
qui gardent les stigmates du passé anthropique.
II en est de même dans bien des régions françaises (Pyrénées,
Massif Central, Alpes du Sud) où le Sapin est loin d'avoir récupéré
son aire naturelle initiale et où les futaies sur souche de Hêtre, les
pessières parfois, dérivent en réalité de sapinières-hêtraies potentielles.
Dans les Alpes, les espaces en déprise agricole sont recolonisés par les
Pins, le Mélèze; le Sapin revient peu à peu à partir des semenciers
voisins, profitant des conditions microclimatiques et photiques créées
par les essences pionnières. Ainsi, l'étude de la répartition actuelle
d'une essence n'est concevable qu'au moyen d'une double analyse;
écologique et historique (des pratiques anthropiques.. .).
4 - Les types d'habitats dominés par le Sapin, caractères
autécologiques de cette essence
La notion d'habitat est devenue familière en France avec la
mise en œuvre de la Directive européenne «Habitats ». L'étude des
36