Le travail en agriculture : son organisation et ses valeurs face à l'innovation

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Français
302 pages
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Description

De pressions croissantes s'exercent pour que les pratiques de production agricole évoluent. Mais que connaît-on de la réalité des pratiques professionnelles des agriculteurs ? L'ambition de cette étude est moins de s'intéresser à l'agriculture qu'aux agriculteurs : leurs stratégies, leur organisation, les valeurs que portent les métiers de cultivateur et d'éleveur. On ne pourra penser les mutations du secteur dans prendre en compte les rapports que les agriculteurs entretiennent avec leur propre travail.

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Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 32
EAN13 9782336273280
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Le travail en agriculture :
son organisation et ses valeurs
face à l’innovation




































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-14012-7
EAN : 9782296140127





























Sous la direction de
Pascal Béguin, Benoît Dedieu et Éric Sabourin

Le travail en agriculture :
son organisation et ses valeurs
face à l’innovation


L’Harmattan

Sommaire

Liste des auteurs

Introduction

Pascal Béguin, Benoît Dedieu, Eric Sabourin

La place du travail agricole dans l’innovation

Les circuits courts en agriculture revisitent-ils l’organisation du travail
dans l’exploitation ?
Christine Aubry, Frédérique Bressoud, Caroline Petit

Réflexions sur les enjeux d’une prise en compte du travail agricole
dans la conception d’une agriculture durable
Pascal Béguin

Les objets de la nature, les pratiques agricoles et leur mise en œuvre.
Le cas de l’agriculture de conservation
Frédéric Goulet
L’écriture comme travail. Des éleveurs face aux exigences de
traçabilité
Nathalie Joly
Création de normes, innovation sanitaire et éthique des éleveurs ovin
bio
Christian Nicourt, Jacques Cabaret
Des livres anciens aux vieux agriculteurs
Laura Sayre
Innovations sociales pour éliminer les pesticides dans les bananeraies :
les conditions de mobilisation du travail
Ludovic Temple, Frédéric Bakry, Philippe Marie

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L’organisation de la production et du travail dans le
secteur agricole

Comprendre l’organisation du travail pour préciser les stratégies
d’éleveurs laitiers uruguayens
Pastora Correa, Francisco Dieguez, Benoît Dedieu, Pedro Arbeletche,
Danilo Bartaburu, Hermes Morales, Jean-François Tourrand

Les modèles du travail en élevage : points de vue de zootechniciens des
systèmes d’élevage
Benoît Dedieu, Gérard Servière

Le rôle de la conduite technique dans la cohérence d’une organisation
du travail : une étude en élevage laitier (Ségala, France)
Nathalie Hostiou, Benoît Dedieu

Transformations des exploitations d’élevage au prisme des relations
famille-travail
Sophie Madelrieux, Baptiste Nettier, Laurent Dobremez

Modélisation de l’organisation du travail en systèmes de grande
culture : méthode et application à l’évaluationex anted’innovations
variétales de pois
Jean-Pierre Rellier, Roger Martin-Clouaire, Nathalie Cialdella,
Marie-Hélène Jeuffroy, Jean-Marc Meynard

Les valeurs et le sens du travail en agriculture

Le travail en élevage comme rapport social et comme activité de travail
Annie Dufour, Benoît Dedieu
Les agriculteurs : une profession en travail
Bruno Lémery
Mettre au jour la place des animaux dans le travail
Jocelyne Porcher
L’entraide agricole : structuration et évolutions
Éric Sabourin
« Noussommes les magiciens des petits revenus ». Une analyse du
statut du travail dans des projets de pluriactivité
Hélène Tallon

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Liste des auteurs

ARBELETCHE Pedro, Facultad de Agronomía Universidad de la República Oriental
del Uruguay, Estación Experimental "Dr. Mario A. Cassinoni" (EEMAC), Ruta 3
km 363,Paysandú CP. 60 000 Uruguay, arbe19@fagro.edu.uy
AUBRY Christine, INRA, UMR SADAPT, Agroparistech, 16, rue Claude Bernard,
75231 Paris Cedex 05, France, Christine.aubry@agroparistech.fr
BAKRY Frédéric, CIRAD – BIOS, TA A-75/02, avenue Agropolis, 34398 Montpellier
Cedex 5, France, frederic.bakry@cirad.fr
BARTABURU Danilo, Instituto Agropecuario-Uruguay, Amorim 55, Salto, Uruguay,
dbartaburu@planagropecuario.org.uy
BÉGUIN Pascal, INRA, Département SAD, UR SenS, Université Paris-Est, Bois de
l'Etang. 5, Bd Descartes, Champs sur Marne, 77454 Marne-la-Vallée, France
pbeguin@grignon.inra.fr BRESSOUD Frédérique, INRA Alenya, UE 411 Domaine
expérimental Alenya Roussillon, 66200 Alenya, France,
frederique.bressoud@supagro.inra.fr
CABARET Jacques, INRA-IASP-Tours, 37380 Nouzilly, France,
jacques.cabaret@tours.inra.fr
CIALDELLA Nathalie, CIRAD, Embrapa – Cerrados, Rodovia Brasilia/Fortaleza –
Caixa Postal : 08223, 73310-970 Planaltina - DF, Brasil, Nathalie.cialdella@cirad.fr
CORREA Pastora Facultad de Agronomía Universidad de la República Oriental del
Uruguay. Estación Experimental de la Facultad de Agronomia en Salto (EEFAS),
Ruta 31, km 21.Salto CP 50 000 Uruguay, pcorrea@unorte.edu.uy
DEDIEU Benoît, INRA, Département Sciences pour l’Action et le Développement,
UMR 1273, INRA Métafort, THeix, 63122 Saint Genès Champanelle, France,
benoit.dedieu@clermont.inra.fr
DIEGUEZ Francisco, Instituto Plan Agropecuario,Artigas 3802, CP 11700, Brd
Montevideo, Uruguay, fdieguez@planagropecuario.org.uy
DOBREMEZ Laurent, Cemagref de Grenoble, UR Développement des Territoires
Montagnards, Domaine Universitaire, 2 rue de la Papeterie, BP 76, 38402 St Martin
d’Hères, France, laurent.dobremez@cemagref.fr
DUFOUR Annie, ISARA-Lyon – LER, 23, rue Jean Baldassini, 69364 Lyon Cedex 07,
France, annie.dufour@isara.fr
GOULET Frédéric, CIRAD, Département Environnements et Sociétés, UMR
Innovation, TA C-88/15, 73 avenue Jean-François Breton, 34398 Montpellier Cedex
5, France, frederic.goulet@cirad.fr
HOUSTIOU Nathalie, UMR Métafort / INRA SAD, UMR Metafort, 1273, 63122
SantGenès Champanelle, France, nhostiou@clermont.inra.fr
JEUFFROY Marie-Hélène, INRA, UMR d’Agronomie, INRA-AgroParisTech,
Bâtiment EGER, Campus de Grignon, 78850 Thivernal-Grignon, France,
mariehelene@grigon.inra.fr

JOLY Nathalie, AgrosupDijon/INRA-LISTO Dijon, Bât les Longelles, BP 87999,
21079 Dijon Cedex, France, n.joly@agrosupdijon.fr
LÉMERY Bruno, AgroSupDijon, 26, boulevard Dr Petitjean, BP 87999, 21079 Dijon
Cedex, France, bruno.lemery@agrosupdijon.fr
MADELRIEUX Sophie, Cemagref de Grenoble, UR Développement des Territoires
Montagnards, Domaine Universitaire, 2, rue de la Papeterie, BP 76, 38402 St Martin
d’Hères, France, sophie.madelrieux@cemagref.fr
MARIE Philippe, CIRAD, UMR Systèmes banane et ananas, Boulevard le la Lirande,
TA B-26/P54 (Bât. PS IV, Bur. 16), 34398 Montpellier Cedex 5, France,
philippe.marie@cirad.fr
MARTIN-CLOUAIRE Roger, INRA, Unité de Biométrie et Intelligence Artificielle,
Chemin de Borde-Rouge-Auzeville, BP 52627, 31326 Castanet Tolosan Cedex,
France, rmc@toulouse.inra.fr
MEYNARD Jean-Marc, INRA, Département SAD, Bâtiment EGER, Campus de
Grignon, 78850 Thivernal-Grignon, France, jean-marc.meynard@grignon.inra.fr
MORALES Hemes, Instituto Plan Agropecuario,Brd Artigas 3802, CP 11700,
Montevideo, Uruguay, hmorales@planagropecuario.org.uy,
NETTIER Baptiste, Cemagref de Grenoble, UR Développement des Territoires
Montagnards, Domaine Universitaire, 2 rue de la Papeterie, BP 76, 38402 St Martin
d’Hères, France, baptiste.nettier@cemagref.fr
NICOURT Christian, INRA – SAEZ-RitME, 65, boulevard de Brandebourg, 94205
Ivry Cedex, France, nicourt@ivry.inra.fr
PETIT Caroline, INRA, UMR SADAPT, 16, rue Bernard, 75005 Paris, France,
caroline.petit@agroparistech.fr
PORCHER Jocelyne, INRA SADAPT, AgroParisTech/INRS, 16, rue Claude Bernard,
75231 Paris Cedex 05, France, Jocelyne.porcher@agroparistech.fr
RELLIER Jean-Pierre, INRA, Unité de Biométrie et Intelligence Artificielle, Chemin
de Borde-Rouge-Auzeville, BP 52627, 31326 Castanet Tolosan Cedex, France,
rellier@toulouse.inra.fr
SABOURIN Eric, CIRAD, Département Environnement et Société, Unité Politiques et
marchés, TA C-88/15, 73 avenue Jean-François Breton, 34398 Montpellier Cedex 5,
France, eric.sabourin@cirad.fr
SAYRE Laura, INRA, LISTO-Dijon, Bât. Les Lontelles, 26, boulevard Dr. Petitjean,
BP 87 999, 21079 Dijon Cedex, France, laura.sayre@dijon.inra.fr
SERVIÈRE Gérard, Institut de l’Elevage, 9, allée Pierre de Fermat, 63170 Aubière,
France, gerard.serviere@inst-elevage.asso.fr
TALLON Hélène, CIRAD, UMR TETIS, CIRAD ES, Campus international de
Baillarguet, TAC-91F, 34398 Montpellier Cedex 5, France, helene.tallon@cirad.fr
TEMPLE Ludovic, CIRAD, UMR Innovation, TA C-88/15, 73 avenue Jean-François
Breton, 34398 Montpellier Cedex 5, France, ludovic.temple@cirad.fr
TOURRAND Jean-François, CIRAD et Université de Brasilia Cirad, Bat. 4, Bur. 109,
Avenue Agropolis, 34398, Montpellier, cedex 5, France, tourrand@cirad.fr

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Introduction

Pascal Béguin, Benoît Dedieu et Éric Sabourin

Cet ouvrage fait suite à un séminaire interdisciplinaire tenu durant l’année
universitaire 2010 à l’initiative de chercheurs de l’INRA (département Sciences
pour l’Action et le Développement) et du CIRAD (département
Environnements et Sociétés). Son ambition est de s’intéresser aux agriculteurs
plus qu’à l’agriculture, en se focalisant sur les rapports qu’ils entretiennent à
leur propre travail. Nous pensons qu’il est indispensable de mieux appréhender
le travail des agriculteurs et des éleveurs (qu’ils soient salariés agricoles ou leur
propre patron) dans un contexte où les discours convergent sur leurs pratiques
professionnelles, le plus souvent pour les remettre en cause, mais sans en avoir
interrogé les logiques ni les dynamiques.

De partout, le secteur agricole est appelé à un profond changement. Les
rapports scientifiques nationaux et internationaux se multiplient pour
questionner la place de l’agriculture dans le Développement durable. En écho,
les pouvoirs publics s’impliquent de plus en plus dans les transformations du
secteur, par le biais des politiques agricoles, sanitaires, environnementales ou
territoriales. Les consommateurs demandent des produits différents, et les
exigences de traçabilité et de qualité s’accroissent dans toutes les filières
alimentaires. Les citoyens réclament des environnements agréables pour leurs
loisirs. Et la presse généraliste met en accusation les pratiques productivistes et
les innovations techniques et génétiques qui sont ressenties comme y étant liées
(pesticides, engrais minéraux, OGM…). Or l’ensemble de ces discours
converge sur l’acte productif: c’est le labeur de l’agriculteur, ses actes
techniques et son identité professionnelle qui sont questionnés. Potentiellement,
nous sommes tous prescripteurs du travail des agriculteurs, cet objet public de
débat, de négociations, de normes et de réglementations. Mais que
connaîton dutravail en agriculture? S’est-on seulement interrogé sur la réalité du
travail des agriculteurs, sur ses contraintes et ses dynamiques ?

Posons ce constat: une pression croissante, portée par des acteurs très
diversifiés, s’exerce à différentes échelles pour que les pratiques de production
agricoles évoluent. C’est là un fait que les agriculteurs ont largement intégré.
Cependant, ces discours s’interrogent trop peu sur les logiques et sur les
dynamiques du travail agricole. On se polarise sur l’amont (les objectifs) ou sur
l’aval (les résultats) en perdant l’essentiel : le travail lui-même.

Partant de ce constat, cet ouvrage développe une certitude : cette occultation
du travail agricole est préjudiciable à un moment où une mutation cruciale est
en jeu, pour notre environnement comme pour notre alimentation. Dans la
mesure où on ne pourra relever ces défis sans les agriculteurs, il est
incontournable de tenir compte du rapport qu’ils entretiennent à leur propre
travail. Au moins trois idées, qui parcourent l’ensemble des textes de cet
ouvrage, nous conduisent à cette certitude :
- La première est qu’il faut prendre soin du travail. En agriculture, ce souci
n’est pas nouveau, Champenois soulignait déjà en 1979 que «les
conditions de travail du secteur constituent un repoussoir», et que si on
ne prend pas cette question au sérieux «on ne trouverait bientôt plus de
jeunes à vouloir choisir ce métier» (Champenois, 1979,op.cit.p. 30et
sq.). De fait, il ne peut y avoir de production agricole sans agriculteurs.
Trente ans plus tard, cette question est en passe de devenir primordiale
pour certaines filières du secteur, comme en témoigne lamultiplication
des études destinées à comprendre les difficultés du recours à la
maind’œuvre salariée (Roguet, Salaün et Gallot, 2009) et l’émergence de
démarches de « conseil agricole en travail », qui se fixent pour objectif de
repérer les marges de progrès au niveau des exploitations (Sarzeaud et
Bisson, 2009). On ne trouvera pas dans cet ouvrage de données
quantitatives sur les conditions de travail des agriculteurs (on pourra pour
cela consulter Yilmaz, 2006 par exemple). Nous avons fait le choix d’une
approche plus qualitative, dont la finalité est d’appréhender l’épaisseur
du travail agricole. À cet égard, plusieurs des textes de l’ouvrage
témoignent d’une particularité très structurante des situations de
production du secteur: elles sont indissociables des conditions de vie
hors travail. Ainsi, le travail agricole mobilise (et impacte) très largement
la structure familiale comme le montrent les textes de N. Hostiou et B.
Dedieu ainsi que S. Malderieuxet al., et le travail agricole est très
profondément inscrit dans des réseaux sociaux, tels que des réseaux
d’entraide dont Sabourin analyse les logiques. Peu de métiers témoignent
en fait d’une telle imbrication entre vie au travail et conditions de vie. Il
est d’ailleurs notable que chez les pluriactifs (ceux qui pratiquent une
activité agricole associée à une autre activité) le travail agricole soit
d’emblée mis en relation avec un « projet de vie », comme le montre H.
Tallon. On comprend alors l’importance que prennent les conditions de
réalisation du travail pour les agriculteurs eux-mêmes (qu’ils soient
salariés ou non salariés), et la nécessité d’en tenir compte pour l’avenir
du secteur dans son ensemble.
- La seconde raison pour laquelle il est nécessaire de mieux appréhender le
travail en agriculture peut être formulée de la manière suivante: une
connaissance du travail constitue une force de rappel et une ressource

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pour définir et accompagner les évolutions et les mutations du secteur. P.
Correaet al. letravers une recherche qu’ils mènent ensoulignent à
Uruguay :le conseil agricole, les politiques publiques et même les
contenus de formation sont très insuffisants parce qu’ils ne prennent pas
suffisamment en compte les stratégies des éleveurs et leurs logiques de
travail. Qualifier les techniques mises en œuvre (au sens étymologique du
terme de technique, comme un« savoir-faire efficace») devient alors un
enjeu scientifique comme le montre le texte de J.P. Rellieret al. centré
sur les grandes cultures, ou celui de B. Dedieu et G. Servière qui porte
sur l’élevage. C. Aubryet al. lesoulignent également en abordant la
question très actuelle des «circuits courts» :cette modalité de
distribution des produits n’est pas sans incidence sur les techniques
agricoles ;mais les connaissances agronomiques, essentiellement issues
de la grande culture, ne sont alors plus adaptées à l’extrême variété des
productions. Les situations de production agricole sont d’ailleurs des
classes de situation très spécifiques, qui se caractérisent par un rapport au
vivant, et où toutes les techniques ne sont évidemment pas possibles.
Alors que Goulet explore cette dimension dans la culture sans labour,
Porcher l’analyse dans l’élevage, et dans le rapport à l’animal y compris
dans sa dimension morale. Cependant, cette connaissance du travail n’est
pas ici appréhendée uniquement sur le versant des techniques, mais
également sur celui des relations sociales. Plusieurs textes (A. Dufour et
B. Dedieu, C. Nicourt et J. Cabaret, B. Lémery) explorent en effet
l’interaction entre élaboration des techniques et construction collective et
sociale du métier. Mais comme le souligne B. Lémery, l’articulation entre
ces deux dimensions n’est pas triviale au regard de l’acception même
qu’on peut donner à la notion de travail, ni aux conditions de son analyse.
- : la nécessité de mieux appréhender lesEnfin, troisième enjeu
dynamiques évolutives du travail (et pas seulement des normes, des
réglementations ou des procédés de culture ou d’élevage) et les
dimensions qui sont en jeu pour les agriculteurs eux-mêmes. Pour
certains de nos contemporains, l’agriculture apparaît comme un milieu de
tradition, peu en phase avec la modernité, parfois associée à une image
peu flatteuse. La réalité est tout autre. Le secteur agricole est un milieu
extrêmement dynamique, qui s’est profondément transformé depuis la fin
de la Deuxième Guerre mondiale. Et qui continue à le faire aujourd’hui :
les agriculteurs témoignent, dans leur travail, de capacités d’innovations
majeures. Il est alors particulièrement intéressant de comprendre les
conditions de production des connaissances et de transformation des
pratiques de travail pour en saisir, non seulement les dynamiques, mais
également le sens. C’est dans cette perspective que peuvent être
appréhendées les contributions de C. Nicourt et J. Cabaret et de L. Sayre
sur l’agriculture biologique, de F. Goulet sur la culture sans labour et de

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N. Joly sur la mise en œuvre de technique de traçabilité. On peut
d’ailleurs affirmer qu’il n’y a d’innovation dans le secteur qu’à la hauteur
des transformations possibles ou impossibles du travail lui-même. C’est
en tout cas un enseignement de la contribution de L. Templeet al. Ces
auteurs montrent en effet que des évolutions du travail ont été nécessaires
pour réduire la consommation de pesticides dans les bananeraies de la
Martinique. À la Guadeloupe en revanche, la réduction de pesticide sera
impossible (alors même qu’on disposait de toutes les connaissances
nécessaires au plan biotechnique) parce que les conditions d’évolution du
travail n’étaient pas réunies.

Trois raisons nous conduisent donc à penser qu’une connaissance du travail
agricole est une nécessité. Il reste, cependant, que le travail (en tant que
concept) est un objet d’une singulière complexité. Dans notre cas, cette
complexité se redoublait d’une relative absence de repères. Plus encore pour les
cultivateurs ou les éleveurs que pour d’autres catégories socioprofessionnelles,
la conceptualisation du travail est un point aveugle. Les secteurs des transports
ou de l’énergie (centrale nucléaire, raffinerie de pétrole…) par exemple, on fait
l’objet de suffisamment d’études et d’échanges scientifiques pour qu’émergent
des conceptualisations et des modélisations spécifiques de l’acte de travail. Le
travail agricole en revanche ne semble pas avoir fait l’objet d’une modélisation
comparable, en dépit de ses fortes particularités: nature de l’emploi (qui n’est
pas forcément salarial), importance des relations travail – hors travail et de
l’organisation familiale, temporalité très longue du cycle de production, rapport
au vivant, caractère ouvert et non confinable des situations de travail. Dans cet
ouvrage, nous avons donc abandonné (provisoirement) l’ambition
conceptualisatrice (quelle est la nature du travail agricole?) pour suivre une
présentation moins académique, mais mieux focalisée sur les enjeux actuels.
L’ouvrage est divisé en trois parties.

Une première section de l’ouvrage se focalise surla place du travail
agricole dans l'innovation. L’enjeu est de mieux saisir comment s’opèrent les
mutations dans le secteur. Elle est composée de sept textes. Quatre d’entre eux
analysent les dynamiques d’innovations telles qu’elles apparaissent sous le
prisme d’une compréhension du travail des agriculteurs. Il s’agit du texte de F.
Goulet qui porte sur la culture sans labour, et de celui de C. Nicourt et J.
Cabaret qui porte sur l’élevage biologique. Deux autres textes se focalisent sur
la gestion des ressources informationnelles. N. Joly se centre sur les pratiques
d’écriture dans la traçabilité de la production, et L. Sayre examine les
ressources cognitives mobilisées par les agriculteurs et les éleveurs dans la
construction de l’agriculture biologique aux USA. Trois autres textes
s’interrogent sur la prise en compte du travail pour conduire l’innovation. C.
Aubry, F. Bressoud et C. Petit analysent l’impact des circuits courts sur les
techniques de production (en particulier dans le secteur du maraîchage) et sur la
charge de travail des agriculteurs. Et elles en tirent les conséquences en terme

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d’évolution des cadres d’analyse des agronomes. P. Béguin s’interroge sur la
place du travail dans la fabrication d’une agriculture durable, qu’il examine
sous deux angles : celui d’une diversité des voies de prise en compte de l’acte
productif dans la conception des artefacts et des procédés, et celui d’un futur à
faire advenir collectivement dans lequel les projets de travail des agriculteurs
doivent être pris en compte. Enfin, L. Temple, F. Bakry et P. Marie se centrent
sur les liens entre mutation technique et travail. Mais plutôt que de regarder
comment l’innovation transforme le travail, ils examinent l’impact de la
transformation des pratiques professionnelles sur l’innovation, en prenant
comme cas d’étude la réduction des pesticides dans les bananeraies des Antilles.

La seconde partie de l’ouvrage se centre surl’organisation de la
production et du travail dans le secteur agricole. L’enjeu est de mieux saisir
l’impact du travail sur les stratégies de production. Deux textes s’intéressent à
l’impact de problèmes relatifs au travail sur les stratégies d’élevage adoptées
par les agriculteurs. N. Hostiou et B. Dedieu analysent l’impact de la charge de
travail, du nombre de personnes nécessaires pour réaliser les tâches et des
équipements disponibles sur la conduite des troupeaux. S.Madelrieux, B.
Nettier et L. Dobremez s’intéressent pour leur part à l’impact de différentes
organisations sur la vie familiale. Trois autres textes développent comment et à
quel titre une connaissance de l’organisation du travail est de nature à
réinterroger les connaissances pour l’action dans la recherche agronomique.
J.P. Rellier, R. Martin-Clouaire, N. Cialdella, M.-H. Jeuffroy et J.-M. Meynard
examinent, dans le cadre d’une approche systémique, la place de l’organisation
de la production dans un modèle de la production en la grande culture. P.
Correa, F. Dieguez, B. Dedieu, P. Arbeletche, D. Bartaburu, H. Morales et J.F.
Tourrand examinent pour leur part l’organisation des exploitations d’élevage
dans la région du Salto (Uruguay) et la diversité de leurs logiques de
fonctionnement afin d’ajuster les propositions d’évolution des techniques et
mieux définir les politiques agricoles. Enfin, B. Dedieu et G. Servière retracent,
à l’occasion d’une analyse rétrospective, comment les modèles du travail en
élevage ont fait évoluer les concepts de leur discipline : la zootechnie.

La troisième et dernière section cherche à appréhenderles valeurs et le sens
du travail en agriculture. L’enjeu est d’appréhender l’épaisseur humaine du
travail agricole, et ce qu’on pourrait appeler sa culture professionnelle. A.
Dufour et B. Dedieu dressent un état des lieux des études récentes sur le travail
en élevage en France, à partir d’une double focale : le « rapport social » d’une
part, qui renvoie aux changements du métier d’éleveur, des collectifs de travail,
et des rapports entre la famille et l’exploitation, et la subjectivité et l’identité
professionnelle d’autre part, qu’ils rattachent à l’intensification du travail et à
l’industrialisation des élevages. B. Lémery propose un cadre d’analyse
permettant de clarifier le modèle de production autour duquel s’est constitué le
métier d’agriculteur, et qui permet d’appréhender en quoi les changements
actuels supposent la construction d’une nouvelle vision de ce métier par la

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profession elle-même. H. Tallon analyse de son côté la relation au travail dans
les systèmes ruraux pluriactifs du haut Languedoc. Elle montre en particulier
que la richesse créée par le projet agricole se mesure plus en termes de liens
qu’en terme monétaire. J. Porcher analyse le rapport au travail des animaux
d’élevage. Une majorité des éleveurs qu’elle interroge soulignent que le travail
ne pourrait être fait si les animaux ne collaboraient pas, et ce au-delà des
comportements supposés dictés par la nature. Ce texte, qui prend au sérieux
l’idée que les agriculteurs sont des travailleurs du vivant, opère un renversement
qui ouvre sur des perspectives alternatives aux dynamiques actuelles
d’industrialisation du secteur. Enfin, E. Sabourin livre un texte dans lequel il
mène, à partir de regards croisés dans plusieurs sociétés rurales contemporaines,
une analyse de l’entraide agricole. L’auteur montre en particulier que dans
l’entraide, la relation et sa reproduction comptent plus que la quantité de travail
ou la nature du service rendu.

Au final, l’ensemble de ces textes regroupe un éventail d’approches fort
différenciées. En s’inscrivant dans des champs disciplinaires distincts, ils
poursuivent leurs propres objectifs. Mais, ils ont en commun de montrer les
spécificités et l’épaisseur du travail en agriculture dans son rapport à la nature,
et dans son rapport aux autres, à la famille et à la communauté d’appartenance.
Nous espérons que le lecteur pourra mesurer, à travers ces quelques textes, les
tensions, parfois les drames, mais aussi tout le dynamisme et toute la richesse
humaine et symbolique d’un métier et d’une identité en devenir.

Références

Champenois, J. (1979). Condition de vie et de travail des salariés agricoles, in
Ergonomie et Amélioration des Conditions de Travail en Agriculture,
Rodez, 29-30 avril 1977, pp. 30-34
Roguet, C., Salaün, Y., Gallot, S. (2009). Les enjeux d’organisation du travail
dans les filières porcines,in Actes des «Rencontres nationales en travail
d’élevage »,Rennes, 19-20 novembre 2009, pp. 21-26.
Sarzeaud, P., Bisson, P. (2009). TRAVIBOV – aide à l’amélioration du travail
en élevage bovin viande, in Actes des «Rencontres nationales en travail
d’élevage », Rennes, 19-20 novembre 2009, pp. 85-90.
Yilmaz, J. (2006).Pénibilité du travail, évaluation statistique. Document de
o
travail du Centre d’Eudes de l’Emploi, n55, janvier.

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La place du travail agricole dans l’innovation

Les circuits courts en agriculture revisitent-ils
l’organisation du travail dans l’exploitation ?

Christine Aubry, Frédérique Bressoud et Caroline Petit

Introduction

Pour l’agronome qui cherche à comprendre, évaluer voire accompagner des
modifications dans le fonctionnement technique de l’exploitation agricole et la
conduite des systèmes de culture, le travail a toujours été une ressource
productive centrale, souvent rare, à attribuer aux différentes cultures. En effet,
les dates réelles des opérations culturales dépendent dans de nombreux
systèmes de culture des décisions d’organisation du travail dans l’exploitation :
les conditions d’intervention (météorologiques, états des sols et des
peuplements) peuvent ainsi être contraintes et devenir défavorables du point de
vue agronomique (Papy, 1994, 2001). Historiquement, les agronomes ont
affronté l’organisation du travail dans l’exploitation de deux façons, jusqu’ici,
rarement combinées (i) en proposant et évaluant pour certaines cultures des
itinéraires techniques conçus pour limiter les conséquences d’un problème
d’organisation du travail sur le niveau et la variabilité des performances
techniques d’une culture (Meynard, 1985) et (ii) en contribuant à élaborer des
outils de représentation de l’organisation du travail, comme OTELO, permettant
de simuler les conséquences sur les dates et conditions des interventions
culturales de modifications de l’organisation du travail dans l’exploitation
(Papyet al., 1988; Chatelin, Mousset et Papy, 1994 ; Chatelin et Mousset,
1997). Dans l’un comme dans l’autre cas, les agronomes ont surtout travaillé
sur les systèmes de grande culture inscrits dans des filières longues de
production, bien que les systèmes maraîchers fassent l’objet de recherches
croissantes (Navarreteet al., 1999, 2006). En élevage, des approches
d’évaluation et de rationalisation des charges de travail en lien avec la conduite
des troupeaux sont proposées (Hostiou et Dedieu, 2010).

Or parmi les nombreuses évolutions qui touchent actuellement l’agriculture,
l’une nous semble interroger tout particulièrement le travail dans l’exploitation
et plus largement en agriculture: il s’agit de la fréquence croissante et de la
diversification des formes de circuits courts, entendus ici, conformément à la
définition officielle du Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la
Pêche en 2009 comme un mode de commercialisation des produits agricoles qui

s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la
vente indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire. Pour
l’agronomie des systèmes techniques, la question se pose de savoir en quoi ces
formes de commercialisation des produits modifient le fonctionnement
technique de l’exploitation, et si les outils et concepts de l’agronome sont ou
non adéquats pour traiter des systèmes de culture et du fonctionnement
technique dans ces exploitations agricoles. Nous montrerons ici, à partir de
premières recherches exploratoires, comment les circuits courts modifient a
priori le fonctionnement technique et les liens de l’exploitation à son
environnement socio-économique (1), puis, à partir des mêmes études
empiriques, comment le travail et l’organisation du travail dans l’exploitation
(et en dehors) peuvent être affectés (2). Nous en déduirons (3) comment ces
circuits courts peuvent, à titre hypothétique, modifier les cadres d’analyse
« classiques »de l’agronome concernant l’organisation du travail dans
l’exploitation. Nous conclurons sur une proposition de recherche sur les liens
entre gestions techniques, dont l’organisation du travail, et modes de
commercialisation des produits.

Les circuits courts dans l’exploitation agricole
Des études empiriques initiales ont été réalisées par des agronomes dans des
exploitations en circuits courts, en Ile de France et en Languedoc-Roussillon
notamment. Récentes, elles ont surtout porté sur l’analyse globale de
l’exploitation, son inscription dans un territoire et les principaux problèmes
d’ordre technique ou organisationnel rencontrés (Bressoud, 2006; Vassor,
2007 ;Aubry, Kebir et Pasquier, 2008). Les panels enquêtés sont encore
restreints :26 exploitations en plaine de Versailles, 10 en Plaine de Bière, 8
spécifiquement sur les circuits de paniers en Île-de-France ; 31 producteurs près
de Perpignan. Des constats communs cependant peuvent en être tirés (Aubry et
Chiffoleau, 2009).
- Les produits agricoles engagés dans des circuits courts étant le plus
souvent des produits frais (légumes, fruits, certains produits animaux –
œufs, volailles, miel), ils relèvent soit d’exploitations spécialisées
(maraîchères, arboricoles, avicoles qui représentent 46 % du total en
Îlede-France), soit d’exploitations mixtes (36% en Île-de-France), ayant
adjoint un atelier de production spécialisé à une base de grandes
cultures : de taille généralement inférieure à la moyenne régionale, elles
ont souvent une main-d’œuvre (permanente et temporaire)
proportionnellement supérieure (76 ha et 4,4 équivalents temps plein
chez les mixtes en Île-de-France contre plus de 130 ha et 1,2 équivalent
temps plein chez les céréaliers classiques – Agreste 2005). La part
d’exploitations en circuits courts varie fortement selon les régions (au
moins 25% des 5300 exploitations franciliennes, seulement 13% en

20

Languedoc Roussillon), même si on constate partout une augmentation
récente, suite aux crises sanitaires de la fin du siècle dernier (Maréchal,
2008).
- Beaucoup d’exploitations s’inscrivent dans plusieurs circuits courts
simultanément, et recourent souvent aussi aux circuits longs. La question
des liens entre techniques de production et destination commerciale des
produits dans ces cas est encore peu traitée par les agronomes.
- La diversification forte des formes de circuits courts est aussi une
caractéristique commune: aux traditionnelles ventes en marchés forains
(60 % des exploitations en Île-de-France), on voit s’adjoindre des formes
autres (cueillettes, ventes à la ferme), souvent très nouvelles: ventes en
Amap en pleine expansion (Lamine, 2008), diversification forte des
formes de paniers (ventes en entreprises, en gares SNCF en Île-de-France
depuis fin 2007), ventes Internet, etc. (Fig. 1).












Fig.1. Diversité des formes de circuits courts (Chiffoleau, 2008)
Certaines régions, comme Rhône-Alpes, développent particulièrement des
formes collectives de circuits courts (Bernardet al., 2008), et d’autres comme
Languedoc-Roussillon, des formes innovantes de marché de producteurs
(Chiffoleau, 2008).
Ainsi, diversité, nouveauté et importance croissante pour répondre aux
demandes urbaines, mais aussi faire face aux incertitudes pesant sur
l’agriculture en circuits traditionnels (dont les répercussions redoutées de la
révision de la PAC en 2013) font que le développement des circuits courts est
une donnée à prendre en compte: si les sciences sociales ont déjà largement
entamé cette réflexion (Deverre et Lamine, 2010), les agronomes la
commencent.

21

Répercussions des circuits courts sur le travail dans
l’exploitation et dans l’agriculture
Nos études montrent des phénomènes convergents en termes de gestion
technique des systèmes :












Fig.2.Diversité des espèces selon les circuits de commercialisation en maraîchage
(Bressoud, 2006)
La diversification des productions, lorsque l’exploitation passe à une ou
plusieurs formes de circuits courts est une généralité (Fig. 2), notamment dans
les secteurs du maraîchage (Bressoud, 2006 ; Navarrete, 2009) : dans le Sud-Est
de la France, on observe entre 1 et 5 cultures en circuits longs, et une moyenne
de près de 30 espèces, avec une grande diversité de variétés, pour les
exploitations orientées majoritairement vers les circuits courts. On a même
enregistré, début2010 en Île-de-France, dans une exploitation maraîchère
pratiquant diverses formes de paniers (Amap, livraisons à des entreprises,
paniers livrés en gare) jusqu’à… 130 productions différentes! C’est cet
ensemble complexe que chaque producteur doit organiser et gérer.
On imagine, sans mal, qu’une diversification forte des productions dans
l’exploitation se traduit par (i) un besoin de compétence accru sur le plan
technique (acquisition de connaissances sur les cycles culturaux, les pratiques
culturales recommandées, les compatibilités/incompatibilités des espèces dans
les successions culturales) et (ii) une grande complexité de gestion technique
pour organiser, dans l’espace et dans le temps, la distribution des cultures dans
les parcelles, les successions de culture, la conduite technique de toutes ces
productions, et donc l’attribution du travail entre ces productions ; le tableau 1
montre pour les principales cultures légumières (que l’on trouve fréquemment

22

Culture

Ail
Aromatiques
Artichaut
Asperge
Aubergine

Betterave
rouge
Blette

Carotte

Céleri
Chicorée

Chou

Concombre

Courgette
Epinard
Fenouil
Fève
Haricot
Laitues
Melon

% citation
difficultés
techniques
57 %
n.r.
35 %
29 %
57 %

n.r.

33 %

81 %

87 %
n.r.

70 %

35 %

31 %
64 %
26 %
17 %
32 %
52 %
43 %

Exigences Risquesprincipaux
Spécificité de conduite
particulières
maladies Ravageurs
sol drainantrouille, fus.thrips, ném.
variable
sol fraisoïdium Puc.,noct.
Fus.Mouche
chaleur Vert.,bot., Ném.,thrips, palissage,ébourg.
oïdium, sclér.puc., punaises,
aleur., acariens
lit de semenceNoct., puc.
frais
sol fraiscercosporiose, Noct.,puc.
mildiou
lit de semenceScler., Ném.,mouche
frais pythium,rhiz.
sol fraisseptoriose Mouche
Scler.,Puc.
pythium, rhiz.
sol fraisPuc., noctuelle,
piéride
humidité airoïdium, Puc.,acarien, palissage,ébourg.
mildiou thrips
oïdium,bot. acarien,puc.
sol riche, fraisAnthr. Puc.

Puc.
chaleur Bot.acarien, puc.Palissage
mildiouPuceron
oïdium,fus. Ném.,acarien, Rest.Irrig.,palissage,
puc., thripstaille

Navet 25% soldrainant Mouche
Oignon 13% Bot.mouche, thrips
Pastèque 11% oïdium,fus.
Persil 13% solfrais Altern.,sclér.
Petit pois50 %oïdium, anthr.Puc.Palissage
Poireau 35% rouillemouche, thrips
Poivron 29% chaleurSclér., bot.Ném., puc.Palissage
Pomme de40 %sol légermildiou Ném.,Rest. Irrig.
terre doryphore,
taupin
Potiron/courge 4% nématodesoïdium
Radis 5% Altise
Tomate 50% Bot.,oïdium Ném.,aleur., palissage,ébourg.,
noct., acariens,effeuill.., taille de
mineusebouquet
En italique : opération facultative, variable selon les agriculteurs
Fus. Fusariose, altern. alternariose, sclér. Sclérotinia, bot. Botrytis, rhiz. Rhizoctonia, Vert. Verticilliose,
Anthr. Anthracnose ;Ném. nématodes, aleur. aleurodes, noct. noctuelles, puc. Pucerons; Ebourg.
Ébourgeonnage, effeuil. Effeuillage, Rest. Irrig. Restriction irrigation en fonction du stade
Tab.1.Quelques spécificités techniques des principales cultures sur les exploitations en
circuits courts

(source : enquêtes 2006, 31 producteurs Pyrénées Orientales)

23

combinées dans les exploitations) la diversité des spécificités techniques,
notamment des risques de maladies et de ravageurs à laquelle l’agriculteur doit
faire simultanément face lorsqu’il est en système diversifié.
Au-delà de la production elle-même, une part importante du travail en
circuits courts est liée aux activités commerciales auprès des consommateurs
et/ou de l’intermédiaire: fabriques et livraisons des paniers, tenue de la
boutique à la ferme, accueil des personnes venant cueillir, tenue des stands de
marchés. Ceci nécessite des compétences particulières, mais aussi demande un
temps de travail important et/ou à des horaires précis: tôt le matin pour les
marchés, en fin de journée pour certains paniers, dans certains créneaux pour les
boutiques, les cueillettes, etc. Ce sont alors les exigences des consommateurs, y
compris dans les formes « militantes » comme les Amap, qui dictent durées et
horaires de cette commercialisation. Nombre de ces circuits courts signifient un
déplacement de l’agriculteur vers les consommateurs : le temps de transport et
de livraison (au-delà même de l’équipement nécessaire – véhicules, chambres
froides, étals) peut se dérouler dans des conditions relativement pénibles (cas
classique des livraisons en soirée en Amap en Île-de-France où les agriculteurs
subissent de plein fouet les embouteillages routiers). Ces activités commerciales
sont souvent réparties de façon assez stricte au sein du collectif de travail de
l’exploitation :on constate empiriquement que les agriculteurs, dès qu’ils le
peuvent, « déconnectent » au moins en partie cette activité vente de l’activité de
production, afin que le temps et le soin consacrés à cette dernière ne pâtissent
pas trop du caractère chronophage de la commercialisation. En Languedoc
Roussillon, on montre (Bressoud, 2006) que cette forte présence de salariés
n’existe que lorsque les maraîchers combinent circuits courts et longs (Fig. 3).
Le contexte socio-économique, moins favorable à la demande de paniers qu’en
Île-de-France, explique que les exploitations en circuits courts soient de petite
taille, vendent sur stand ou marché de plein air et fonctionnent beaucoup avec la
main-d’œuvre familiale, sous statut d’associée ou non (enfants, conjoint,
parents retraités, entraide...).
Diversification et activité commerciale se conjuguent pour requérir en
circuits courts une charge globale en travail très élevée, expliquant la forte
main-d’œuvre. Cette charge est encore l’objet de peu de données quantifiées
précises : de premiers ordres de grandeur indiquent en Amap un ratio moyen de
2 ha et 2 personnes à temps plein pour 50 à 60 paniers hebdomadaires, avec des
économies d’échelle (exploitations de 8 à 10 ha avec 7 à 9 pleins temps
fournissant quelque 500 paniers hebdomadaires).

24


Fig.3.Circuits de commercialisation et main-d’œuvre dans 31 exploitations maraîchères
du Languedoc-Roussillon (Bressoud, 2006).
Bien sûr, ces données demandent à être précisées et systématisées, ce que
l’on espère notamment du nouveau groupe «Circuits courts» du réseau rural
français. Il en résulte que les exploitations en circuits courts sont, au niveau
d’un territoire, «des microbassins d’emploi» :ainsi les 26 exploitations en
circuits courts de La Plaine de Versailles représentent 170 emplois permanents
et plus de 200 emplois temporaires. Cet aspect «positif »sur l’emploi ne doit
pas occulter de grandes difficultés de recrutement de main-d’œuvre, surtout en
zones périurbaines. Les urbains sont rarement compétents ni attirés par le travail
agricole, les salaires agricoles peu attractifs et le recours à de la main-d’œuvre
étrangère est fréquent, mais délicat: contraintes administratives, obstacle
majeur du logement de ces salariés à faible revenu en contexte urbain. L’une
des premières revendications adressées par des agriculteurs versaillais aux élus
locaux et au Conseil régional estnous à trouver et à loger nos« aidez
employés ! ».
La charge et la pénibilité du travail (dans et hors de l’exploitation) sont de
plus mal acceptées par les jeunes générations: un indicateur en est le peu
d’empressement que mettent les enfants de maraîchers en circuits courts,
surtout ceux orientés majoritairement vers les marchés, à reprendre
l’exploitation familiale. Sur La Plaine de Versailles, où les débouchés sont
assurés, les prix élevés, et les places de marché fort convoitées (et fort chères !),
11 exploitations orientées vers les marchés en majorité n’auront pas de
successeur dans les dix ans. Pour 10 d’entre elles, le problème majeur est la
charge de travail trop forte conjuguée à la difficulté à recruter de la
maind’œuvre :nombre de jeunes n’acceptent pas le «rythme infernal» de la vie
d’un producteur vendeur en marchéque nos voisins urbains vivent au« alors
rythme des 35heures». Cependant, on observe aussi des reprises avec
modification des formes de circuits courts: les livraisons de paniers semblent
les plus appréciées des producteurs sur le plan de la charge et de l’organisation

25

du travail en Ile de France, surtout les livraisons en entreprises ou dans les gares
proches par la limitation des distances et les horaires fixes qu’elles engendrent.
Pour l’agronome, une meilleure connaissance des charges et organisation du
travail et de leurs répercussions sur la conduite des systèmes techniques, dans la
diversité des formes de circuits courts, est donc nécessaire, ce facteur semblant
essentiel dans la durabilité même des exploitations.

Des cadres d’analyse du travail interrogés par les circuits
courts

Les cadres classiques d’analyse du travail par l’agronome
Dans les systèmes de grande culture où ces cadres ont été initiés, l’agronome
s’intéresse à la répartition du travail humain et des équipements entre cultures.
Par culture, il considère l’itinéraire technique, suite logique et ordonnée des
techniques culturales appliquées à une culture. Pour décrire l’organisation du
travail, c'est-à-dire la répartition dans le temps et l’espace des moyens en
hommes et en matériel, l’agronome s’inspire du cadre conceptuel qu’est le
modèle d’action (Sebillotte et Soler, 1990). Il considère des variables
décisionnelles, des règles de décision et des unités de gestion (Aubry, 2007). Le
formalisme présidant à la construction du Logiciel OTELO (Papyet al., 1988)
distingue ainsi :
-La combinaison des opérations culturales par culture, et pour chaque
opération (i) leurs modalités de chantier, c'est-à-dire la combinaison
précise des hommes, moyens de traction et outils mobilisés pour chacune
d’entre elles (ii) leur positionnement temporel ;
-Ce dernier est régi par des règles d’enchaînement entre opérations. Entre
cultures, des règles d’arbitrage permettent de réguler les concurrences de
travail pouvant survenir, ces priorités entre cultures pouvant changer en
cours d’année culturale ;
-période »,Le temps cultural au cours de l’année est ainsi découpé en «
laps de temps {t1, t2} défini par l’existence d’une règle d’arbitrage d’une
culture sur une autre.
L’utilisation d’OTELO suppose que l’on écrive a priori, culture par culture,
ces variables, ces règles et ces périodes, donc suppose que cet ensemble est
planifié à l’avance par l’agriculteur, la démarche de simulation ayant comme
premier effet positif d’amener l’agriculteur à expliciter selon ce cadre sa propre
organisation du travail. Elle suppose aussi que l’agriculteur est capable
d’exprimer des règles de pilotage de cette organisation prévisionnelle, en
fonction, par exemple, de l’adaptation des dates des opérations ou de leur
nature, aux conditions climatiques rencontrées dans la réalité d’une année
donnée. Le simulateur permet alors d’« activer » ce corps de règles dans chaque
scénario que l’on veut tester (des classiques |variabilités climatiques

26

interannuelles aux variations de tailles des soles des différentes cultures,
d’équipement, etc.) et d’inférer le calendrier de travail (nature et dates des
différentes opérations, utilisations des différents couples homme*équipement,
etc.) correspondant. L’utilisateur construit lui-même les critères de jugement de
cette organisation du travail (par exemple, risque de dépassement de telle date
pour telle opération, de telle quantité horaire pour telle personne ou tel matériel,
etc.).

En grande culture, ce mode de représentation a largement montré son intérêt
opérationnel, puisque la formalisation et la démarche fondée sur OTELO ont
donné lieu à d’importantes appropriations par les agents de développement,
notamment en Picardie, Bourgogne Centre et Poitou-Charentes (Chatelinet al.,
1994). On a constaté de nombreuses simulations réalisées par des conseillers
spécialement formés pour, notamment, aider les agriculteurs à réfléchir les
conséquences sur leurs calendriers de travail de modifications stratégiques,
telles les modifications d’assolement, la mise en commun de matériel ou de
personnel, etc. Cela montre que ces formalisations fondées sur la primauté de la
planification des opérations culture par culture et période par période sont,
sinon exclusives, en tout cas porteuses de sens pour ces exploitants en grande
culture.

Qu’il donne ou pas lieu à une simulation informatisé, ce cadre d’analyse de
l’organisation du travail en grande culture se rapproche de ceux mis en œuvre
pour l’élevage: nous le situerions, sous réserve de confirmation par les
intéressés, entre le modèle du «travail ressource» et le modèle du «travail
comme un système complexe d’activités» (Dedieu et Servière, 2010). Au
premier, il emprunte l’intérêt marqué pour des résultats quantitatifs de type
« budget ». Mais du deuxième, il se rapproche, par la prise ne compte explicite
des interactions (arbitrages notamment) entre cultures, entre conduites
techniques et mobilisations des ressources équipement*main-d’œuvre, par la
considération explicite de la répartition des tâches entre membres du collectif,
leurs acceptations ou refus de travailler certains jours ou au-delà de certaines
durées, et par le fait que le « diagnostic » porté sur un résultat de type calendrier
l’est au regard des attentes de l’utilisateur. Moins complexe par nature que pour
l’élevage, l’organisation du travail classiquement vue par l’agronome dans les
exploitations de grande culture présente ainsi un cadre formalisé qui permet de
faire un rapprochement direct entre les itinéraires techniques par culture et les
ressources mobilisées pour mener les opérations culturales requises par ces
conduites techniques.

L’organisation du travail au champ dans les exploitations en circuits courts :
la diversification comme complexité… et source de simplification
La diversification des cultures dans le cadre des circuits courts remet pour
partie en cause ce cadre formalisé. De même que pour les décisions de

27

successions de culture en maraîchage, on a montré que les agriculteurs
raisonnent sur des groupes de cultures et non sur des cultures individuelles du
fait de la diversité culturale (Mawois, 2009; Petit, Bressoud et Aubry, 2010),
on fait l’hypothèse que l’agriculteur ne peut plus raisonner des itinéraires
techniques et la distribution temporelle des opérations, culture par culture et
opération par opération pour chaque culture : imagine-t-on la difficulté pratique
et conceptuelle que cela représenterait avec 30 voire… 130 cultures? :il va
donc probablement opérer de nécessaires simplifications notamment par
regroupements. En grandes cultures, quand il existe beaucoup de parcelles pour
une culture donnée dans l’exploitation, la gestion technique de cette culture
relève de la constitution de lots de parcelles redevables de la même conduite
technique et non pas d’une conduite différenciée parcelle par parcelle (Aubry,
Papy et Capillon, 1998). Notons que ce principe d’allotement est aussi
couramment pratiqué dans les élevages (Ingrandet al.; Cournut et, 1993
Dedieu, 2005 ; Ingrand, 2006).

On fait l’hypothèse (H1) que, de la même façon, la diversité des cultures
dans les exploitations en circuits courts conduise à raisonner ces décisions
techniques par groupes de culture, de parcelles ou d’opérations, qu’il s’agisse
des successions de culture, des itinéraires techniques ou de l’organisation du
travail. En conséquence, on suppose (H2) que les itinéraires techniques sont le
plus possible homogénéisés entre cultures, par impossibilité matérielle de
prendre en charge totalement des conduites différenciées selon les cultures. Si
tel est le cas, la notion même d’itinéraire technique, où la combinaison des
opérations culturales est interprétée par l’agronome en fonction des objectifs
poursuivis sur une culture et de la conduite subséquente des états du peuplement
cultural et du milieu, serait largement remise en cause. Enfin (H3), on suppose
que ces formes de regroupement et de simplification sont liées, au moins en
partie, aux contraintes de temps de travail et de son organisation complexe au
sein de l’exploitation. Il s’agit bien sûr d’un corps d’hypothèses encore
largement à tester. Cependant, les données déjà recueillies permettent d’illustrer
ce que ces regroupements et simplifications signifient.

Par exemple, comment raisonner, si l’on reste en maraîchage conventionnel,
des applications de fongicides ou d’insecticides sur une cinquantaine de cultures
différentes présentes à un même moment sur l’exploitation? D’une part,
chacune a, en théorie et au mieux, ses «propres »agresseurs et ses propres
produits, doses et moments optimaux d’application. D’autre part, pour de
nombreuses cultures en maraîchage, notamment via le retour des espèces
anciennes, l’arsenal chimique n’existe tout simplement pas. Du coup, on
constate chez des maraîchers diversifiés, des formes de simplifications
consistant à ne traiter que certains bioagresseurs pour certaines cultures de leur
exploitation (il reste alors pour nous à mieux comprendre quels sont les
déterminants de ces choix). De façon plus radicale encore, certains déclarent se
« passer de traitements » en comptant précisément sur la diversité culturale pour

28

limiter la pression parasitaire sur chaque culture (ce point n’ayant pas encore
été, à notre connaissance, objectivé par des observations agronomiques), et/ou
sur la «tolérance »des circuits courts (au moins certains d’entre eux) au fait
que certaines cultures présentent des défauts d’aspect pour cause d’attaques
parasitaires. Certains producteurs invoquent également l’impossibilité de traiter,
avec les produits usuels, le respect des délais réglementaires avant récolte
compromettant sinon l’achalandage quotidien promis à leurs acheteurs, et
déclarent donc pour cette raison limiter au maximum le recours aux traitements
phytosanitaires. Ceci donne lieu à une « réorganisation » du travail par rapport à
ce que serait l’application de traitements culture par culture: beaucoup de
temps est dévolu au travail très qualifié d’observation des cultures (un
maraîcher nous a dit y consacrer deux heures par jour en saison), et un travail
minutieux manuel d’élimination précoce de feuilles, voire de plantes entières,
où des symptômes ont été observés, peut être le corollaire de cette autre façon
de gérer les risques parasitaires.

Quelles peuvent être les conséquences techniques de ces simplifications ? Le
maraîchage est par essence hautement intensif, tant en intrants qu’en charge de
travail :certains maraîchers enquêtés justifient la nécessité de simplifier
certaines tâches culturales par l’impossibilité de les déléguer à une
maind’œuvre non qualifiée. On sait par ailleurs (Bressoud, 2006) que certaines
opérations culturales, peuvent être parfois complètement modifiées par le
passage aux circuits courts dans une recherche explicite de simplification du
travail :ainsi, des producteurs déclarent utiliser la fertilisation organique qui,
apportée une fois ou deux par an sur un à deux groupes de cultures, est conçue
comme une alternative partielle, et parfois totale, aux apports d’engrais qu’il
faut faire en cours de cycle, moment de forte charge de travail. La
simplification des tâches peut ainsi coïncider, volontairement ou implicitement,
avec des réductions d’intrants, conduisant certains exploitants en circuits courts
à s’auto-déclarer « proches du bio ». Pour nous, des questions restent vives à cet
égard :ce principe guide-t-il l’ensemble des conduites culturales dans
l’ensemble des exploitations diversifiées ? Quelles sont les conséquences sur la
performance technique de ces exploitations, sur la qualité des productions ? Sur
la culture de tomate, il a été montré que ceci pouvait entraîner une amélioration
qualitative appréciée par les consommateurs, mais au détriment plus ou moins
grand des quantités produites (Bressoud, 2009).

D’autre part, pour obtenir, notamment, une « diversité à tout moment » des
cultures sur l’exploitation, il faut raisonner et largement anticiper,
l’échelonnement dans l’année des plantations et des récoltes de chaque culture :
on constate que les maraîchers diversifiés considèrent comme une tâche très
importante (survenant plutôt en hiver) la planification des dates de plantations
par culture, des quantités à implanter (d’où dépendent directement les nombres
de plants minimums à faire ou commander), des périodes a priori de récoltes
(compte tenu des connaissances globales sur la durée des cycles) et de leur

29

localisation sur les différentes «planches »de l’exploitation. Plusieurs
élaborent des documents papier voire des logiciels «maison »pour leurs
« plansd’occupation des sols» de l’exploitation, qui sont aussi des plans de
charge de travail. Dans nos enquêtes actuelles, la demande apparaît forte pour
des outils d’aide à cette planification des plannings culturaux. Il reste qu’en
cours d’année culturale, des retards dus au climat, des accidents culturaux ou
d’autres événements peuvent survenir, qui rendent nécessaire l’adaptation «in
situ» du plan prévisionnel. On sait peu aujourd’hui, de la part respective de la
planification et du pilotage dans la conduite des cultures et dans l’organisation
du travail en circuits courts. Peut-on parler encore de périodes, au sens de
priorité nette entre cultures pendant un laps de temps donné, lorsque l’on doit
faire face à des échelonnements quasi continus de plantations et de récoltes?
Comment se constituent éventuellement les arbitrages entre les cultures ou les
groupes de cultures ? Tout ceci reste encore pour nous des questions vives.

L’organisation du travail en circuits courts et la prise en compte par
l’agronome des activités non directement productives
Ce qui précède porte sur le « cœur de métier » de l’agronome : qualifier et si
possible quantifier le travail au champ et son organisation pour comprendre et
évaluer les conduites culturales. Mais les circuits courts se caractérisent aussi,
on l’a vu, par des activités hors production: conditionnement, éventuelle
transformation, activités de vente. L’agronome doit les prendre en compte au
minimum à travers les répercussions directes qu’elles ont en défalquant du
temps des activités productives: il s’agit donc de connaître les durées et les
positionnements horaires de ces activités commerciales, ainsi que leur
attribution au sein du collectif de travail de l’exploitation. Cependant, d’une
part ces données sont inexistantes au plan statistique, d’autre part, dès que l’on
commence à creuser la logistique de ces activités, on s’aperçoit d’une
complexité et d’une diversité considérable : c’est ainsi que, s’intéressant au seul
cas des producteurs de paniers en Île-de-France, on a pu dégager une typologie
traduisant une diversité de charge en travail pour les exploitants (Fig. 4), selon,
notamment, la présence ou non d’un tiers se chargeant d’au moins une partie de
l’acheminement vers les consommateurs (Petitet al., 2010). L’auteur a aussi
montré que les distances parcourues varient très fortement au sein même d’une
région et d’un type de système de panier et qu’une exploitation peut par ailleurs
être inscrite dans plusieurs types de paniers et donc correspondre à plusieurs
modèles de charge de travail.

30