Les océans français en 36 interviews

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Qui sait aujourd'hui que la France possède 11 millions de Km² d'océans et 350 îles ? Et que cela représente le deuxième patrimoine maritime au monde après les Etats-Unis ? Les océans sont de plus en plus abandonnés non seulement à la pollution, mais surtout aux pilleurs des mers, au point que leur vie propre est en danger. Une nouvelle ère s'ouvre pour l'humanité où les océans doivent être repensés comme des organes vitaux de la planète qu'il faut sauver...

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Ajouté le 01 décembre 2008
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EAN13 9782336257877
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Les océans français
en 36 interviews

Bertrand

de La Roncière

Les océans français
en 36 interviews

L'IfCmattan

@ L'HARMATIAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://w\Vw.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07383-8 EAN : 9782296073838

Préface d'Yves Jégo Secrétaire d'État à l'Outre-mer

Le droit de la mer a consacré l'exercice par l'État français de droits souverains sur de vastes espaces maritimes qualifiés de «zones économiques

exclusives» (ZEE). La France est ainsi à la tête de « 11 millions de kilomètres
carrés d'océans français» c'est-à-dire du deuxième plus grand domaine océanique du monde après les USA. Bertrand de la Roncière, au fil des pages de ce remarquable ouvrage, fruit de trente-trois entretiens avec «les gens de mer» et de son expérience d'officier de marine, nous éclaire sur l'incontestable atout de ce patrimoine maritime qui permet à la France de bénéficier d'une position privilégiée sur la scène internationale. Nation riveraine des trois océans Atlantique, Indien et Pacifique, mais également de l'Antarctique, de la Méditerranée et de la mer du Nord, la France est présente dans la quasi-totalité des instances internationales de préservation de l'environnement et de négociation du droit maritime international ainsi que dans de nombreuses instances de coopération régionales. Les potentialités économiques de la mer sont considérables et exacerbent les convoitises. La conquête des espaces océaniques ne fait que commencer. Les enjeux économiques et politiques liés au monde maritime sont plus que jamais au cœur des préoccupations des Etats. Ainsi, les débats passionnés sur le programme d'extension des limites du plateau continental suscitent espoirs pour les uns, craintes pour les autres. Par leur intensité, ils témoignent de la compétition qui s'exerce désormais sur les espaces maritimes. Toutes les grandes nations du moment, notamment la Chine,
l'Inde, la Russie et le Brésil, développent leurs flottes navales

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militaire,

marchande, scientifique et de pêche - et revendiquent leurs droits sur les espaces maritimes. Car c'est en mer que l'homme trouvera les ressources en protéines et en énergies nécessaires à la survie d'une population mondiale qui pourrait atteindre 9 milliards d'individus en 2050. Les « champs marins », au-delà de l'exploitation off shore du pétrole, du gaz et des granulats, et demain sans doute des nodules polymétalliques, permettent l'accès à des sources

d'énergies renouvelables très prometteuses: énergie thermique des mers, énergies des courants et des marées. C'est aussi en mer que l'on trouvera dans l'extraordinaire richesse de la biodiversité marine les molécules qui permettront de lutter contre les maladies, notamment celles liées au vieillissement humain. Les espoirs des chercheurs en la matière sont considérables. La France reste l'un des leaders des sciences de la mer, domaine dans lequel elle a été pionnière et où elle doit maintenir ses efforts. Il faut valoriser les espaces océaniques français, en faisant de l'Outre-mer français le lieu de départ d'une nouvelle conquête économique et scientifique. Cette conquête doit avoir le souci permanent de l'environnement et de la protection des espèces pour éviter que, soumis à l'appétit des nations et des «multinationales », les espaces océaniques ne

deviennent à leur tour « unfar West ». Il faut dès à présent mobiliser tous les
talents, toutes les volontés et toutes les compétences pour promouvoir une exploitation raisonnée des océans et des mers, dans une logique de développement durable. Car la mer est hélas un espace fragile agressé depuis trop longtemps par l'activité humaine. La prise de conscience du rôle majeur des mers et océans pour la santé de notre planète n'en est qu'à ses débuts. Tous les services de l'État sont associés à ce défi qui doit conduire à «faire de la mer l'avenir de la Terre. » Puisse cet ouvrage y contribuer en aidant à la mobilisation de nos élus, de nos entrepreneurs, de nos scientifiques, de nos marins et de nos concitoyens.

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MINISTERE DE l'INTERIEUR DE l'OlITRE-MER ET DES COllECTIVITES TERRITORIALES

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Commandant,

J'ai pris connaissance avec beaucoup d'intérêt de votre projet d'ouvrage intitulé « Il millions de kilomètres carrés d'océans français Il et c'est avec plaisir que je donne suite à votre demande de le préfacer. le suis convaincu que votre remarquable ouvrage aidera à une prise de conscience par nos concitoyens de l'importance toujours plus grande de la mer dans leur existence quo!idienne et du besoin d'une politique maritime ambitieuse de « la France des trois océans» qui par ce biais pourra valoriser l'extraordinaire atout que constituent ses territoires ultra-marins. En souhaitant plein succès éditorial à votre ouvrage, Commandant, l'expression de ma considération distinguée'. je vous prie d'agréer,

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Monsieur Bertrand de La Roncière Capitaine de frégate, 3 rue de Limoges 78 000 Versailles

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17 SEP.2007

Monsieur,
Vous avez bien voulu appeler \'attenlion de M. Jean-Louis BORLOO, Ministre d'Etat, Ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, sur l'ouvrage à paraitre en 2008 dont vous êtes l'auteur.
Le Ministre, qui a pris connais. nce avec grande a!lention de votre envoi, a bien noté J'intérêt que vous portez au développement durable et au rôle déterminant de l'homme dans la protection de la planète et de ses océans.

Les travaux actuellement conduits à l'occasion du "Grenelle de l'environnement» offrent précisément le cadre d'une telle réflexion et visent à amener la mutation écologique dans laquelle notre pays doit s'engager. Il vous remercie par ailleurs pour vos félicitations et vos encouragements auxquels il a élé particulièrement sensible.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'as.,umnce de mes sentimenlS les meilleurs.

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Monsieur Bertrand de LA RONCIERE 3, rue de' Umoges 78000 VERSAILLES

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INTRODUCTION

La lecture d'un article du commissaire général de la marine Arnaud Réglat-Boireau dans la revue « la Baille» - revue de l'association amicale des anciens élèves de l'Ecole navale - sur les 11 millions de km2 d'océansfrançais, a été mon chemin de Damas. En effet, ce sujet que j'ignorais, l'auteur le connaissait bien, puisqu'il avait fait partie de la délégation française lors de la discussion et de la signature du fameux traité de Montégo Bay, port de la Jamaïque, en 1982,

sur la « Convention sur le Droit de la mer» dont nous donnons le texte en
annexe. C'est cet accord qui créa les fameuses zones économiques exclusives (ZEE) lesquelles s'étendent dorénavant autour des îles appartenant aux puissances signataires «dans un rayon de 200 milles marins, sur le plateau continental - fonds qui s'étendent au-delà de la mer territoriale - lorsque sa morphologie le permet ». Ce système permet d'attribuer à la France Il millions de km2 d'océans pour lesquels la communauté internationale lui a confié l'usufruit des ZEE. Jamais avant de l'avoir lu, je n'avais vu ni entendu chiffrer l'immensité du patrimoine maritime français, vaste comme cinq fois la surface de l'Europe. Et pourtant je suis ancien officier de marine et rédacteur dans « la Baille », revue de l'association des anciens élèves de l'Ecole navale. J'ai été stupéfait de l'ampleur et de la nouveauté de l'information... et de la faiblesse de mes connaissances. Ali Baba devant sa caverne avait dû ressentir la même . . . ImpresslOn que mol. J'ai donc décidé de faire une enquête en interviewant des personnes d'importance, proches de la Marine, pour leur demander si elles avaient la même impression que moi, ce qu'elles pensaient de cette donnée nouvelle dont on ne parle jamais et si l'on pouvait faire quelque chose pour alerter, sinon informer les Français, à commencer par les médias et ceux qu'on

appelle « les politiques ».
En progressant dans mes entretiens, j'ai découvert une autre caverne d'Ali Baba qui se profilait derrière la première: le nouveau concept de développement durable. La personne qui m'a ouvert les yeux est Isabelle Autissier, notre Tabarly féminin, lorsqu'elle m'a déclaré, au cours d'une

interview, que les océans étaient de plus en plus pillés, impunément, même les nôtres, que si cela continuait nous allions assister à la disparition des

ressources halieutiques, les océans devenant progressivement « abiotiques »,
selon son expression, et que cette désertification risquait même d'entraîner à terme la disparition de l'espèce humaine. La suite de mon enquête a confirmé que pour s'opposer à ce que certains n'hésitent pas à appeler aujourd'hui un désastre écologique en cours, la France avait un rôle fondamental à jouer, puisqu'elle est la deuxième puissance au monde à posséder une aussi grande surface maritime. Là encore je n'imaginais pas la gravité de la situation pour elle et pour la planète. C'est au fur et à mesure de ces interviews, réalisées sur une période d'un an et demi, que je me suis rendu compte que nous étions en train de passer dans une nouvelle ère de l'histoire de l'humanité, celle de la lutte pour sa survie. En effet jusqu'ici les nations raisonnaient en termes de forces, d'empires, de guerres de dominations... A présent on voit poindre et se développer beaucoup plus rapidement qu'on ne pensait les préoccupations environnementales qui sont en train de prendre le pas sur les désirs de conquêtes. Il est vrai que ce phénomène ne touche pour l'instant que quelques pays développés; ce ne sont pas d'ailleurs les plus grands prédateurs des océans, mais ce sont les plus puissants. Parmi eux, la France. Un sondage récent d'un journal du matin montrait qu'une grande majorité des jeunes adultes se déclare désireuse de «sauver la planète ». Expression qui devient même à la mode. Des personnalités du monde entier font entendre leur voix pour défendre cette cause nouvelle. En lisant leurs témoignages, il ressort du contexte que ces personnes songent surtout aux gaz à effet de serre. Mais progressivement elles vont se rendre compte de l'importance des océans dans cette lutte pour la vie. « La mer est l'avenir de l'humanité », ou encore « le XX/ème siècle sera celui des océans», ai-je entendu plusieurs fois au cours de mes entretiens. La terre est en voie de céder à la mer la place prépondérante qu'elle a occupée pendant des millénaires chez la plupart des peuples, dont le nôtre. Le présent livre que je propose au public reproduit de façon thématique, en vingt-et-un chapitres les extraits fidèles des trente-cinq entretiens que j'ai eu l'honneur d'obtenir de la part des personnalités aussi diverses qu'un exchef d'état-major de la Marine, plusieurs officiers généraux de haut rang, un élève de l'Ecole navale, deux officiers embarqués, des jeunes officiers de l'armée de terre, une illustre navigatrice, des écrivains connus, un ancien Premier ministre, une personnalité proche du Secrétariat général de la Mer, 10

des préfets de l'Outre-Mer, des personnalités du Musée National de la Marine, un professeur dans une école d'ingénieurs, un universitaire amoureux actif de la mer, une haute personnalité de l'état-major de la Marine, le directeur de l'Ecole de guerre navale, le fondateur d'une société de lobbying, une doctorante thésarde de l'océan Pacifique, deux dirigeants des instituts de la Mer (IFREMER et IFM) ... les autres séduiront aussi le lecteur. . .. Qu'ils en soient vivement remerciés. Certains ont préféré rester discrets, voire anonymes, j'ai noté toutefois leur fonction. Les textes ont été pour la plupart approuvés; les interviews de ceux pour lesquels je n'ai pas eu de corrections sont publiées telles quelles. Ce qui a compté pour moi, ce n'était pas tant la fonction de l'interviewé que la qualité de ses idées sur les sujets abordés. Il est intéressant, m'a-t-il semblé, de rencontrer sur un même sujet la diversité des opinions même si certaines sont analogues. D'un autre côté, le classement thématique fait que lorsque les thèmes abordés sont cousins, les opinions des personnes interviewées peuvent être voisines. Si cela permet de bien cerner et consolider le sujet, l'inconvénient, j'en suis conscient, est que le lecteur trouvera des redites. Les vingt-et-un chapitres décrivent donc de diverses façons l'immense patrimoine maritime français vu sous les rapports de la France, de la Marine et des océans français riches de leurs 350 îles. L'ordre des chapitres n'est pas donné suivant l'importance du sujet qu'ils traitent, mais suivant sa place logique dans le tableau que j'ai tenté de peindre. L'ouvrage présente toutefois en deuxième partie, in extenso, huit de ces interviews qui m'ont semblé emblématiques: le commissaire général de la Marine Arnaud Réglat-Boireau, Isabelle Autissier, François-Olivier Corman jeune enseigne de vaisseau, major de l'Ecole navale, le capitaine de corvette Pierre Maigne qui a navigué sans arrêt pendant quinze ans, l'amiral Olivier Lajous commandant le centre d'enseignement supérieur de la Marine, l'officier supérieur de l'armée de terre Hubert Dunant, Michel Rocard un des hommes politiques qui s'intéresse le plus à la mer et à l'outre-mer; enfin, un jeune officier de marine de l'état-major central. Au moment où paraît le Livre Blanc de la Défense incluant la Marine sans hélas la développer comme les mers françaises le méritent, je souhaite que ce livre puisse être utile à la réflexion pour l'avenir et à la recherche pour la solution des deux préoccupations de la France et de la Marine: d'une part, celle de conserver et promouvoir la souveraineté française sur son patrimoine océanique; d'autre part, le souci de plus en plus marqué d'encourager les

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actions en faveur du développement durable de ces Il millions de km2 d'océans. Je suis convaincu que, plus vite qu'on ne le pense, les Français dont le caractère humain ainsi que la passion pour les idées, généreuses et rationnelles, sont des traits constants, sauront surmonter leur indifférence séculaire aux choses de la mer: en effet ils commencent à se rendre compte de l'importance de celles-ci pour l'humanité, et bientôt ils auront à cœur de revêtir leur «furia francese» et de demander à leurs marines, via les politiques, de relever les défis que présentent la préservation et l'exploitation de ces 11 millions de km2 d'océans et leurs îles. Ils se rendront vite compte que ce patrimoine fait désormais partie non seulement du domaine français mais aussi de la responsabilité de la France devant les nations, en attendant que son exemple soit suivi par l'Europe et le monde.

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CHAPITRE 1

Nous rendons-nous compte des Il millions de km2 d'océans français?

1 - La France, notamment la Marine française, se rendent-elles bien compte des 11 millions (bientôt 12) de Km2 d'océans et des 350 îles, dont 210 outre-mer, que possède la France?1
Les extraits d'entretiens qui suivent, et que l'auteur a eus avec diverses personnalités, rendent compte de la conscience qu'ont respectivement la France et sa Marine sur le gigantesque patrimoine maritime que possède notre pays.

Interviews
RéPonse unanime: La France, non. La Marine, oui

Alain Pierret - ambassadeur de France Je ne suis pas du tout persuadé que nos compatriotes aient saISI l'importance de la chose et je pense au contraire que la grande majorité d'entre eux l'ignore et que ceux qui savent n'en voient pas l'intérêt. Vice-amiral Gard (directeur du Musée National de la Marine) Je répondrai: La Marine oui: les marins sont conscients de l'importance de ce patrimoine maritime français et nombre d'entre eux patrouillent ou ont patrouillé dans ces zones régulièrement. Les Français, non, pour la plupart. Les politiques, plus, mais sans doute pas assez.

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grâce aux ZEE (zones économiques exclusives) que lui a attribuées le traité de Montégo Bay en 1982 - cfp.142.

Amiral PR, ancien inspecteur général - Les hommespolitiques actuels: rien sur la mer Que la Marine en soit consciente, c'est une chose, quant aux moyens, c'est une autre chose. Le Français n'a pas l'esprit maritime. On a vu lors de la campagne présidentielle avec les questions posées aux candidats sur TF1 : rien sur la mer. Le Français ne sait pas ce qui se passe en mer et sur mer. Non. Pourquoi? Quefaire? Isabelle Autissier - faire rêver Non. Les Français s'en fichent, cela ne les intéresse pas. Ils tournent le dos à la mer. Cousteau a réussi à les faire rêver. Ce qu'ils demandent, c'est cela: "Merci de nousfaire rêver". CR - une personnalité
recherche sur la mer)

des conférences

dlIFREMER

(institut français de

-

Non. Ni la France ni les Français. On ne se rend pas compte des opportunités qu'offre la mer: en France on ne vit pas tourné vers elle. Nous nous en sommes même protégés, au cours de l'histoire, en construisant des fortifications. Les politiques non plus ne pensent pas à elle: la mer n'a pas d'électeurs. Il n'existait pas jusqu'à ces derniers temps de lobby maritime, Le cluster maritime français vient de se fonder dans le but d'en constituer les éléments. Gardons espoir. Explication historique Michel Rocard, ancien Premier ministre La France non. Pourtant elle est le pays d'Europe qui possède la plus grande longueur de côtes. Il y a toujours eu quelque chose de bizarre dans notre comportement vis-à-vis de la mer à travers notre histoire. Je ne suis pas
historien,

-

il faut relire Braudel

-, mais

pour ma part j'observe

que la sortie

du Haut Moyen-Age se fait vers le commerce chez la plupart de nos voisins d'Europe, et d'abord vers la mer dans les pays les plus avancés de l'époque: Gênes, Venise, Espagne, Portugal, Scandinavie, Ligue hanséatique, Angleterre.. .pas en France. Notre pays est le cas unique où la sortie s'est faite par voie de terre. Paris est une des rares capitales qui ne soit pas liée à la mer. Conséquence majeure: notre population va se mettre à négliger la mer. De grands navigateurs français ne seront pas soutenus. Et pourtant nous avions toutes les chances.

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Mais la vie française va s'organiser par voie de terre: cela va entraîner un renchérissement des prix des denrées: il faut "paver" les routes que l'on emprunte instinctivement alors que la voie d'eau ne coûte pas cher; on doit créer une police pour en surveiller le trafic. L'orientation donnée à l'histoire par ce trait a pesé fort sur notre destin. Nos derniers rois ont porté davantage d'attention aux régiments terrestres plutôt qu'à la Marine. La France aura gagné quelques batailles navales certes, mais Napoléon, notre plus grand stratège, perd la guerre par la mer. Et cela, il ne le pardonne ni à la mer ni à la Marine; ses poilus non plus. Trafalgar ne favorise pas la réputation de la Marine dans l'administration impériale et dans l'opinion. Par exemple, alors qu'on va dire "mon commandant" à un officier de l'armée de terre, contraction de "monsieur le commandant", dans la Marine après Trafalgar, quand on s'adresse à un officier de Marine, on supprime le "mon". C'est une sanction protocolaire. Importance du chef d'expédition navale - Le Français pas commerçant Le professeur Etienne T ailtemite, (historien, ancien président de l'Académie de Marine) Jacques Chardonne a écrit: "le Français est un être clos." Les Français sont en effet peu tournés vers le monde extérieur, ce qui a pour eux comme conséquence une faible aptitude au commerce maritime. Les marins du XIXème siècle avaient une réelle ouverture d'esprit vers l'extérieur, ils fréquentaient les mers et ports du monde, ce qui leur ouvrait l'esprit. Ceci dit, les Français aiment à être commandés. On doit compter, pour les entraîner dans les expéditions maritimes, comme dans toute grande entreprise, avec le charisme du chef. C'est le plus souvent à cause de cette qualité qui stimule les équipages, que le chef réussit dans ses actions. Sous Louis XIV, on peut citer des officiers généraux possédant ce talent: les marins Tourville, Duguay-Trouin qui n'avaient rien à envier aux terriens, Turenne ou Villars. Au siècle suivant, citons les amiraux de La MottePicquet, Lapérouse, Suffren. Océans: recherche faible. Ports trop nombreux, peu modernes

Francis Valtat, président du Cluster Maritime français et de l'IFREMER Oui et oui. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, on ne cesse de mettre cela en avant dans les milieux professionnels, les milieux administratifs et les milieux du commerce, de façon telle que cela devient

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presque contre-productif. Et démobilisateur car un tel atout est loin d'être suffisant pour faire d'un pays une grande nation et un grand Etat maritimes. Je reconnais que pour le Français moyen, c'est non. Lui n'en n'a peutêtre pas assez conscience On dit que ce patrimoine est un élément de puissance: argument que l'on ressort pour se plaindre qu'on n'a pas de politique maritime proportionnée à nos possessions, ce qui n'est pas faux. Il est évident qu'il faut avoir une politique maritime, tout simplement parce que c'est indispensable pour un pays comme le nôtre. Autre chose: aujourd'hui, certes, toutes les ressources de ces millions de km2 ne peuvent pas être exploitées. Il faut reconnaître que pour ce faire, les investissements à réaliser par la France seraient tellement importants qu'on ne les met pas au rang des priorités. Il ne faut pas pour cela jeter la pierre aux politiques qui ont continuellement des arbitrages difficiles à faire.. .et les nodules polymétalliques, c'est quand même du très très long terme! En 1978, j'ai passé un an en Hollande et ai fait une première note sur les nodules. C'est vrai que ça n'a pas bougé beaucoup depuis, nulle part. Tout cela n'est pas évident à réaliser, et très lourd à financer pour un résultat très lointain. Cela dit, ça n'est pas pour rien que la plupart des pays ont défendu pied à pied leur plateau continental, origine des ZEE. C'est une réserve pour les recherches de tous ordres dans le futur. A notre époque cette préoccupation est dans l'air du temps. C'est tant mieux et on voit d'ailleurs émerger des volontés de progrès structurant autour de ces notions, d'autant que les résultats des recherches scientifiques dans ces zones sont encourageants. A un autre point de vue, certains se demandent si le fait de posséder des milliers de kilomètres de côtes est pour eux une richesse. En effet cela entraîne presque mécaniquement une multiplicité de ports, et donc une dispersion des moyens disponibles, une concurrence interne parfois négative, etc.. ..Voir à cet égard les avantages objectifs des caractéristiques géographiques de petits pays comme la Belgique et la Hollande qui font porter le gros de leurs efforts sur deux ou trois ports en tout. A noter aussi que les pays où les ports se développent le plus rapidement, comme la Chine, Singapour.. .n'ont pas nos lois protectrices: chez nous, il faut exproprier, faire des enquêtes d'opinion, résoudre des oppositions politiques... c'est objectivement bien plus compliqué de développer un port dans nos pays démocratiques, sophistiqués et bien entendu plus complexes.. J'ai d'ailleurs déjà développé ces idées:

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J'ai en effet écrit il y a trois mois « qu'il était plus facile de faire un port dans lespetits pays car il n'y a pas de dispersionpossible, on est obligé de concentrerses efforts. Il y a même des Etats-Ports comme Singapour. En France chacun défend son pré-carré» . « La longueur des côtesn'est doncpas forcément un atout. Regardez l'Angleterre:
c'est une île, avec beaucoup de ports, mais elle n'a pas les plus grands du monde. Il y a dans le reste de l'Europe des ports plus importants. A cela deux raisons:
«

Primo: la longueur des côtesentraîne le handicap de la multiplicité desports:
Le La la

en France 500 ports français, parmi eux quelques ports importants: Dunkerque, Havre, Nantes -Saint Nazaire, Marseille... ; moins importants, Lorient, Rochelle, etc. Cette prolifération rend les choses plus compliquées à gérer. Pourtant avec le Rhin..

France est au bout, tout au bout de la péninsule Europe. Mais elle n'a pas l'équivalent de Rotterdam qui en plus dispose d'un énorme hinterland Secundo: tous les problèmes sont chez nous rendus plus ardus du fait
»

que la et

France est un état de droit où la loi et la discussion démocratique sont primordiales entraînent des lourdeurs pour les prises de décision...

I mportance des médias En parle-t-on bien?
Personnalité proche du SGMer

-- on en parle

dans les milieux initiés

Si votre préoccupation est de savoir si cette proposition est pleinement prise en compte par ceux qui savent, on peut répondre qu'à chaque colloque qui traite de la mer, on commence par rappeler cette donnée fondamentale. Précisons, pour commencer, que l'agrandissement des ZEE françaises à 350 milles au-delà de la zone actuelle (200 milles) et sur le plateau continental prolongé, selon la convention en préparation, s'exercerait seulement sur les fonds et les sous-sols. Elle porterait en effet à près de 12 millions de km2 la surface des mers françaises. Le Secrétariat général de la Mer, dispose es-qualité de la carte des permis d'explorations entre Polynésie et Nouméa. Ainsi que de nombreux permis accordés par l'Autorité internationale des Fonds Marins ( située à Kingston), créée par la convention de Montégo Bay de 1982. C.B.IFREMER (institut français de recherche sur la mer) - pas de vlSton
Mardis de la mer

passéiste, la mer c'est l'avenir:

-

Car la mer rapporte plus qu'on ne le pense, elle pourrait le faire plus encore mais on s'imagine que c'est quelque chose de trop traditionnel, pas assez moderne. 17

Il faut se débarrasser de cette vision passéiste. On commence à s'apercevoir que la mer, c'est l'avenir. Réalise-t-on que c'est par la mer que vient internet? En effet le câble à fibres optiques qui crée internet, traverse les mers, sans l'autorisation de quiconque. En outre, grâce à la recherche maritime, IFREMER notamment, le CNRS, l'IRD (institut de recherche et développement), on découvre tous les jours que la mer renferme des ressources dans ses grands fonds, minérales comme les nodules polymétalliques, ou vivantes comme certaines bactéries, qui peuvent révolutionner la médecine et les moyens nutritionnels. On ne connaît pas toutes les espèces vivantes dans la mer, beaucoup s'en faut. On ignore encore nombre de propriétés ou réactions chimiques à l'intérieur des milieux marins ou à leur contact avec l'atmosphère. La mer recèle des trésors de connaissances à découvrir. Avec des amis, nous avons décidé d'informer nos concitoyens en commençant par l'Université et avons fondé les mardis de la mer. Médias Les "mardis de la mer", qui sont des conférences-débats gratuits se déroulant à l'Institut Catholique de Paris, accueillent régulièrement 180 à 200 assistants dont beaucoup d'étudiants. Mais le public est différent selon les sujets traités: les constructions navales amènent un certain public, le thème "mer et musique" un autre, etc...ce qui semble normal, mais ce qui montre la grande diversité des centres d'intérêt. Sensibilité des gens et préoccupations des jeunes Al Lajous (CESM) - savoir en parler à la sensibilité et à l'imagination de la population et aux nouvellespréoccupations desjeunes La France, l'opinion publique, le peuple: clairement non. D'ailleurs, les Il millions de km2 d'océans, c'est une chose que les gens ont du mal à concevoir, on ne peut se les représenter. Des 350 îles, on retient "îles", mot qui fait rêver, j'en reparlerai. Pour intéresser l'opinion publique, il faudrait rendre ce message humain, c'est-à-dire trouver quelque chose qui le rende sensible aux gens. Il faut imaginer une façon différente de parler de cette question si importante. Les hommes et femmes politiques de France, quant à eux, se rendent-ils compte de ce que vous annoncez? Peu d'entre eux s'intéressent à la mer et aux possessions françaises. Ils les ignorent. Quelques députés peut-être s'en rendent compte. Mais pour la plupart, ils ne savent pas que la France possède toutes ces îles, tout ce patrimoine.

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S'ils sont sensibles aux océans, souvent c'est parce qu'ils leur font peur, à cause des catastrophes dont les médias sont friands. Transformer les messages des médias Al Lajous (suite) sentiment - rêve - faire vibrer lesjeunes En parlant des médias, ce qui fait cruellement défaut dans l'information actuelle, c'est que, sauf événements dramatiques évoqués ci-dessus, le maritime n'y a pas sa place. Bien plus, France Télévision n'est pas globalement favorable à la chose militaire: Thalassa, cette émission consacrée à la mer qui a une excellente audience, parle peu des bateaux gris de la Marine nationale et de leurs missions. Pour attirer l'attention du grand public sur ce patrimoine français méconnu, on ne le fera pas avec des mots sérieux. Il faut l'intéresser par le côté sentimental, par des histoires d 'hommes et de femmes. Il faut le toucher, utiliser des personnages populaires contemporains qui font rêver: Tabarly, Cousteau, Maud Fontenoy... On ne passera jamais le message sous l'angle géopolitique: cette approche est réservée aux universitaires, population très importante qu'il faut aussi convaincre. Revenons aux 350 îles françaises. J'ai pensé que le mot "île" était un mot magique. C'est une bonne occasion de faire porter l'attention du public sur ces thèmes. Nous avons imaginé avec un ami journaliste et reporter, Stéphane Dugast, et avec Michel Bez, peintre officiel de la Marine, de faire un livre sur les îles des mers du Sud que nous voulons mettre en scène. Car nous pensons que les îles sont une vraie chance pour la France. Nous allons imaginer une nouvelle façon de raconter ces portions de France sur les océans. Les hommes politiques n'en parlent pas assez. Certes, les Français sont repliés sur eux-mêmes, sur leur hexagone: pour eux la mer c'est le bout du monde. Pourtant là-bas, à Shanghaï, on est en train de construire en ce moment un port sur une surface grande comme celle de Paris. Les Français l'ignorent: on ne le leur dit pas. Pourquoi? On leur tait aussi que notre pays a une chance folle: avec les Il millions de km2 d'océans dont la France a l'usufruit plein et entier, elle est la deuxième puissance au monde à avoir la responsabilité d'un si grand patrimoine. Elle est en outre présente sur tous les océans de par les 350 îles qui lui permettent d'avoir sous sa coupe ces fameuses zones exclusives économiques, dites ZEE, qui forment les Il millions de km2. Cela lui donne une autorité considérable lorsqu'elle parle dans les assemblées internationales. Les hommes politiques

-

19

s'en rendent-ils moquent.

compte?

Et les médias?

On dirait vraiment

qu'ils

s'en

Un ancien commandant de navire de guerre à Mururoa: la mer, don de la nature, créedes obligations. La France est bordée par les mers les plus passantes. C'est un don de la nature qui donne des obligations. On pourrait lui demander :"France, qu'as-tu fait de ta vocation maritime ?" Et ajouter cette remarque fine de Vidal de la Blache "La géographie commande quand les Français ne font pas les sots". La Bourgogne, ma province, a toujours été traversée par des courants commerciaux internationaux, ce qui a donné à beaucoup des pensées de voyages et de mer: nous avons eu un grand marin Jean de Vienne, nom donné à une frégate qui a été récemment au Liban.

Problèmes Géographie trop abstraite Commandant Hubert Dunant

-

même les cartographes négligent les océans

Je remarque d'abord qu'on n'a jamais, dans les écoles, donné à la mer et la marine toute l'importance qu'elles méritent. Cela vient notamment de la représentation cartographique de la géographie de la terre sur les cartes et atlas courants. On y voit rarement les océans dans leur immensité: la mer occupe les deux tiers de la planète et cela ne se voit pas. Les cartes coupent le Pacifique en deux ou plusieurs morceaux. Ailleurs on voit surtout les terres. Nous sommes "cartocentrés" (ou victimes de cette représentation réductrice). Cela dit, que les marins se rendent compte de l'importance de ce patrimoine maritime, oui. Par contre, les aviateurs et les terriens, moins. On peut évoquer ici les considérations intellectuelles opposées des écoles anglaises et allemandes. L'école géopolitique anglo-saxonne, avec MM Spykman et Mac Kinder à la fin du XIXème siècle, mettait en avant le poids de la maîtrise des mers pour la possession de la planète. Tandis que l'école allemande, donnait l'avantage à la périphérie pour maîtriser le centre. L'Asie Centrale devenait ainsi le bUt et le pivot des relations internationales. Capitaine de corvette Pierre Maigne (14 ans de navigation)-les îles Les officiers de marine ne peuvent ignorer cette réalité. Les Français en ont une idée plus abstraite, normalement abordée pendant leur scolarité, mais rarement rattachée à des notions concrètes. 20

D'ailleurs beaucoup ne voient aucun intérêt à s'intéresser à la question. Les îles sont loin et leurs zones économiques exclusives sont une notion réservée à quelques spécialistes du droit international à l'exception de celle qui jouxte la Métropole. Alors ces Il millions de km2 sont plutôt considérés autant comme des invitations au voyage ou à l'évasion que comme un patrimoine à valoriser ou un joyau à protéger. Problème au niveau des hommes politiques Personnalité ex-responsable outre-mer La France n'est pas un pays qui s'intéresse aux possessions maritimes. Les politiques français donnent l'exemple du désintérêt. Sans parler des médias.

En 1978, Raymond Barre avait lancé le concept de « l'action de l'Etat en
Mer» qui a été organisé et instrumentalisé par la Marine nationale, les marines de France. Cette organisation fonctionne de façon efficace, surtout depuis le renforcement du rôle du Préfet Maritime, par le décret de février 2004 qui fait de lui un acteur à part entière de la haute administration. Il est le référent de l'Etat en mer. L'AEM s'exerce surtout dans les mers voisines de la métropole. Mais au niveau planétaire, est-il possible pour la France d'exploiter ces Il millions de km2 ? C'est une considération qui reste conceptuelle et qui ne se traduit pas par de vraies décisions; un problème dont on ne sait par quel bout l'attaquer. Pourtant on se rend bien compte que cet immense patrimoine fait de la France un grand pays. La Polynésie française est grande comme l'Europe: mais comment cette

réalité se traduit-elle pour nous Français? Nos gouvernants sont souvent « le
nez dans le pare-brise », et n'arrivent pas à prendre le sujet à bras le corps, si toutefois ils ont bien conscience de son importance et de sa portée. Cela n'empêche pas les rares politiques qui en parlent de faire des phrases dans le sens de la valorisation de la France. Mais on constate que, qu'ils soient de droite ou de gauche, finalement ils n'ont pas d'idées sur le sujet. Il serait injuste de leur en faire grief car le problème est difficile... et mal expliqué par les connaisseurs.

Problème budgétaire Amiral HF -la Marine n'arrive pas à obtenir budget suffisant Bien sûr que la Marine s'en rend compte. Tout le monde dans la Marine, de près ou de loin, a été concerné par une action dans la ZEE. Ainsi l'amiral commandant les forces navales en Océan Indien, Alindien, est président de la 21

Commission maritime de l'Océan Indien (Marine Réunion, gendarmerie, pêches, douanes et autres acteurs de la zone) Il faut savoir que la France a aussi l'usufruit de ce qu'il y a sous le fond des ZEE. Les ressources qu'elle peut exploiter sont aussi là. La convention de Montégo Bay l'a bien prévu. Qui dit ZEE, dit contrôle, dit moyens. C'est le budget de la Défense qui paie le contrôle des ZEE. Aux USA, les Coast Guards ont leur propre budget. Le budget, c'est là le nerf de la guerre.

Finalité

de ce patrimoine?

Al Régis Merveilleux du Vignaux - pourquoi? Votre excellent questionnaire est plutôt axé sur le "comment" de la mise en valeur des Il millions de km2 d'océans français et leurs 330 îles, en voyant les choses du particulier au général. Pour ma part, je mettrais d'abord en avant le ''Pourquoi''. Je me demande quelle est la finalité de l'exercice de notre souveraineté sur ces domaines maritimes. Pourquoi continuer à mettre en valeur? Et d'abord qu'est-ce qui justifie notre présence? Qu'est-ce qui nous pousse à y rester? Grandeur et puissance Est-ce la grandeur de la France? Cette notion est liée à la puissance de la France. Or, depuis le milieu du XXème siècle, cette puissance ne peut plus s'envisager avec les critères d'avant. D'abord ses attributs, qui étaient à l'époque le privilège du monde occidental, sont à présent de plus en plus partagés par des grandes nations émergentes comme l'Inde et la Chine. Ensuite si la France exerce encore la souveraineté politique sur les régions du globe incluses dans les Il millions de km2, aujourd'hui celle-ci est atténuée, mise en question par le désir d 'hégémonie des populations locales, par leur tendance vers l'autonomie, voire l'indépendance. Reconnaissons que ces orientations ont été rendues possibles par les structures installées par la France. Monde globalisé Alors, peut-elle prétendre seule à la souveraineté de ce domaine, dans le monde d'aujourd'hui? Car ce monde n'est plus celui de la colonisation. C'est un monde globalisé qui s'oriente vers cinq grands blocs: les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, l'Inde, Le Brésil.

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La France ne peut y être toute seule à part. Elle y sera présente à travers ce que sera l'Europe, car seuls nous ne sommes capables de peser sur aucun des blocs extérieurs à l'Union.

ZEE inutiles
Journaliste, professeur école nationale d'ingénieurs - les ZEE ne servent à rten Je suis en opposition de phase avec ceux qui sont enthousiastes de ces Il millions: ils sont frappés d'inutilité. Certes nous avons la seconde ZEE mondiale et les océans transportent 80% de nos besoins. Mais nous avons à redresser une balance négative de 60% de notre consommation. Ces surfaces ne recèlent jusqu'ici pas un gramme d'hydrocarbure. Il y a peu de travail de fait sur ces zones. Exemple: le câble EASSY estafricain partant de Monbasa, où va-t-il passer? Il faut obtenir un droit de passage pour le poser dans certaines zones. . .Qui va payer? Une ZEE coûte cher: rien que pour la surveillance. Et on ne l'exploite pas. Déjà en Polynésie française la surveillance de la zone requiert deux frégates et deux avions Falcon à 1000 heures de vol par an. Or les 5 millions de km2 d'océans polynésiens sont pillés par d'autres que des Français: par les coréens, chiliens, japonais, etc. Sans parler de Clipperton et de ses 430. 000 km2 que la France n'a pas les moyens de surveiller et qui sont continuellement pillés de leurs ressources halieutiques.

Conscients

d'un atout considérable

Le préfet des T AAF (terres australes antarctiques françaises) Michel Champon les TAAF en ont conscience Oui, pour les TAAF, et c'est une fierté, car les TAAF avec 2,5 millions de km2 de ZEE maritimes apportent à la France le quart de l'ensemble de la surface des océans français. Nous sommes, aux TAAF, plus que conscients de l'importance géopolitique et maritime de ce patrimoine. C'est un atout considérable pour la France dont on n'a pas pris conscience à sa juste valeur: la Marine, si. Les Français, non. Pour des raisons historiques et culturelles, nous ne sommes pas un peuple tourné vers la mer. Cependant, la France est un pays incroyable à l'échelle du monde car elle est présente partout!

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Christina
Toulon

Baron,

directrice

du MNM

(musée nationale de la Marine)

-

Je répondrai en tant que française: non, la France ne s'en rend pas bien compte. Culturellement nous sommes des gens de terre. Les choses ont peu évolué depuis des centaines d'années, je le vois bien étant donné ma fonction. Si vous parlez de la mer à un paysan du Centre, cela ne le touche pas. Pourtant la France en tire les bénéfices que sont: d'abord une présence, un drapeau, une nationalité, une langue, ensuite une appropriation de territoire, de patrimoine maritime immense. Ces chances lui donnent un atout considérable: celui de la légitimité à pouvoir s'exprimer devant les nations, à être acteur dans un conflit, à monter un projet à plusieurs partenaires... L'enseigne de vaisseau François Olivier Corman (Ecole navale) -la nation oublieuse de l'intérêt, mais sensible aux aspects sentimentaux. La marine gère heureusement et développela communication Oui. La Marine, pas les Français. Tabarly disait "La mer, pour les Français, c'est ce qu'ils ont derrière eux quand ils regardent la plage". C'est la différence avec les Anglais qui habitent dans une île et pour qui la mer fait partie de la vie. La Marine nationale essaie de peser de toutes ses forces pour que l'opinion la prenne en compte. Il y a eu une époque où les mers lointaines sont devenues populaires, par

exemple lors des expéditions en Terre Adélie avec le bâtiment

«

Commandant

Charcot », dans les années 1950. Aujourd'hui, c'est oublié. Les zones d'intérêt économique de la France sont oubliées, sinon inconnues du public, sans parler des ZEE. Mais la Marine se rend compte de ses responsabilités et elle a réparti ses navires dans les zones principales de son empire maritime. Elle envoie ainsi l'Albatros, les patrouilleurs de type P 400 et les frégates de surveillance à la recherche des bateaux en action de pêche illicite, elle emploie le binôme hélico - frégate, elle dote la lutte contre le narco-trafic, le terrorisme maritime et la piraterie de moyens adaptés (commandos, ETRACO,...) et participe activement à la lutte contre l'immigration clandestine. En outre, à nouveau de façon plus ou moins directe, mais de plus en plus, la marine de France se fait connaître: exemple, l'expédition de JeanLouis Etienne à Clipperton, ou l'expédition Vanikoro sur les traces de Lapérouse, avec les navires Batral Jacques Cartier et Dumont d'Urville,

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l'intervention au Liban, Isabelle Autissier au pôle sud, la libération des otages du Ponant. Mais cette prise de conscience des Il millions de km2 d'océans ne peut se faire chez nos compatriotes de façon efficace que si les meneurs de l'opinion et les pouvoirs politiques prennent les choses en main. C'est ce qui s'est passé pour les dernières expéditions Lapérouse auxquelles le Chef de l'Etat s'est intéressé.

Avantage

de la mer sur la terre

Amiral Oudot de Dainville (d'après notes prise à la conférence au "mardi de la mer" du 7 novembre 2006) La Marine, oui. Les marins se rendent compte du rôle croissant de la Marine dans ce domaine. La sanctuarisation terrestre actuelle fait que, sur
terre, on perd sa liberté d'action.

Au contraire avec la mer, les marins jouent un rôle sans cesse plus important et ils ne laissent pas d'empreinte au sol. Lorsque la crise éclate sur terre, la manière de la traiter est le plus souvent d'ordre maritime. "Comme je l'ai dit, la mer garde sa liberté au contraire de la terre". Les grandes clefs de demain sont doubles: dissuasion et maîtrise des océans. 1) La dissuasion. La France doit maintenir la composante de défense, essentielle, que constitue la dissuasion. Se pose alors la question des alliances: comment ouvrir nos capacités de dissuasion à nos alliés? C'est une question complexe dont la solution prendra beaucoup de temps. Il ne pourra y avoir que des solutions de compromis. 2) Participer à la maîtrise des océans. Celle-ci permet à la France, à ses alliés, à l'Europe demain, d'agir sur les mers et de profiter de la liberté que cette maîtrise nous offre. Cette maîtrise implique trois conditions: une surveillance du trafic, une bonne liaison entre alliés, une capacité d'action.... AmiralJean-Charles Lefebvre (ancien Chef d'Etat major de la Marine) - Pour la population, les ZEE sont vides. Mais la Marine travaille pour l'avenir. Certes, la Marine est consciente. Mais il convient de mettre les choses en perspective. D'abord, il y a une différence fondamentale entre la ZEE Atlantique qui jouxte nos côtes métropolitaines et couvre une zone d'intérêt national et

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stratégique

majeur, et les ZEE d'outre-mer

qui s'étendent

sur des espaces

démesurés, qui constituent de loin la plus grande part de nos « onzemillions de km2 » mais qui sont essentiellement vides. Et je ne parle pas de la mer
Méditerranée si vitale pour nous, mais dont la configuration interdit toute sorte d'appropriation de la part des états riverains. Ensuite, il faut bien considérer que lorsque les choix fondamentaux ont été faits pour la remise à plat des programmes entre 1991 et 1996, je devrais même dire leur remise en cause, le dispositif permanent de notre posture de sûreté a été reconduit dans son format du moment et intégré dans ce qu'on a appelé le « socle». Les grands débats ont évidemment porté sur les très grands programmes (porte-avions, sous-marins nucléaires, Rafale, Hawkeye, missiles). Il se trouve que nous avions alors une panoplie de moyens (frégates de surveillance, patrouilleurs, BATRAL, avions de surveillance maritime) qui n'avait pas été prise en défaut de façon flagrante et dont la reconduction ne posait pas trop de problèmes. A l'échelle des enjeux budgétaires majeurs, leur coût de possession et de renouvellement restait «dans le bruit de fond» . Le modèle Armées 2015, rendu public en février 1996, élaboré après six mois de débats extrêmement animés au sein du comité stratégique sous l'autorité du ministre, et structurés par plusieurs conseils de Défense présidés par le Président de la République en personne, a pérennisé le format des moyens d'outre-mer au titre de la protection et de la prévention2, étant entendu que, pour ce qui concerne la métropole, l'importance et la polyvalence des moyens stationnés dans nos ports et bases permettait de faire face à toutes les situations relevant de l'exercice des missions de souveraineté au large.

Elément

de prestige

océanique

- L'Australie

Amiral Bertrand Lepeu (institut français de la mer)- importancedes 11
millions pour la position internationale de la France Je crois honnêtement que sur ce plan-là, grâce à la communication interne dans les écoles de la marine, dans Cols Bleus, par les messages du CEMM (chef d'état-major de la marine), notamment, cette question est connue dans la Marine. En revanche, on ne peut pas dire que tout le monde en tire les conséquences.

2

Les

deux

autres volets de la planification

étaient

la dissuasion et l'action.

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