Plantes de milieux humides et de bord de mer du Québec et des Maritimes

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Du marais à la tourbière, de l'étang au rivage maritime, une flore diversifiée et souvent insoupçonnée soutient une biodiversité indispensable.
Le guide idéal autant pour l'amant de la nature que pour le spécialiste en quête d'inventaire
Plus de 300 fiches d'identification d'espèces bien documentées (taille, port, feuilles, fleurs, fruits, habitat, répartition, notes)
Des photos couleur et des illustrations de grande qualité
Une description claire des différents milieux humides et de leur écologie
Une section explicative sur la morphologie des plantes
Une galerie comparative des fleurs par couleur

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Date de parution 19 mars 2015
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EAN13 9782894359693
Langue Français

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PLANTES DE MILIEUX HUMIDES
Martine Lapointe
ET DE BORD DE MER
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
PLANTES DE MILIEUX
HUMIDES
ET DE BORD DE MER
Partez à la découverte d’un milieu riche et précieux DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
Du marais à la tourbière, de l’étang au rivage maritime, une fl ore diversifi ée
et souvent insoupçonnée soutient une biodiversité indispensable.
Le guide idéal autant pour l’amant de la nature que pour
le spécialiste en quête d’inventaire
Plus de 300 fi ches d’identifi cation d’espèces bien documentées
(taille, port, feuilles, fl eurs, fruits, habitat, répartition, notes)
Martine LapointeDes photos couleur et des illustrations de grande qualité
Une description claire des différents milieux humides et de
leur écologie
Une section explicative sur la morphologie des plantes
Une galerie comparative des fl eurs par couleur
Martine Lapointe œuvre dans le domaine de la recherche universitaire et
de l’enseignement en foresterie depuis plus de 20 ans. Membre active de
FloraQuebeca depuis de nombreuses années, elle a été une collaboratrice
de la première heure de la Flore des bryophytes du Québec-Labrador.
Son talent de photographe naturaliste enrichit des publications variées.
L’ouvrage profi te aussi de la collaboration précieuse de Michel Leboeuf,
vulgarisateur scientifi que récipiendaire du prix Hubert-Reeves, et
d’Arold Lavoie, biologiste et consultant expert en botanique.
ISBN 978-2-89435-602-9editionsmichelquintin.ca
FSC
to come
9 782894 356029PLANTES DE MILIEUX
HUMIDES
ET DE BORD DE MER
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
Martine Lapointe
avec la collaboration de
Michel Leboeuf et Arold LavoieCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du
Rédaction (première partie) et consultant scientifque : Michel Leboeuf Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Révision scientifque : Arold Lavoie
Lapointe, Martine, 1965-Édition : Johanne Ménard
Révision linguistique : Serge Gagné Plantes de milieux humides et de bord de mer du Québec et des
Conception graphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron Maritimes
Mise en page : Sandy Lampron
(Guides nature Quintin)
Retouche photo : Stéphane Jennings Comprend des références bibliographiques et un index.
Photos et illustrations : voir p. 444
ISBN 978-2-89435-602-9 (broché)
ISBN 978-2-89435-603-6 (relié)
1. Flore des zones humides - Québec (Province) - Identifcation. 2. Flore des
zones humides - Provinces maritimes - Identifcation. 3. Flore littorale - Québec
(Province) - Identifcation. 4. Flore littorale - Provinces maritimes - Identifcation.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de I. Leboeuf, Michel, 1962- . II. Lavoie, Arold, 1969- . III. Titre. IV. Collection :
Guides nature Quintin.livres — Gestion SODEC
QK203.Q8L36 2014 581.7’6809714 C2013-942701-5Les Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC et
du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au déveRédaction (première partie) et consultant scientifque : Michel Leboeuf lop-
Révision scientifque : Arold Lavoie pement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition.
Édition : Johanne Ménard
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute Révision linguistique : Serge Gagné
reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou Conception graphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron
électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans Mise en page : Sandy Lampron
l’autorisation écrite de l’éditeur.Retouche photo : Stéphane Jennings
Photos et illustrations : voir p. 444ISBN 978-2-89435-602-9 (version imprimée, reliure souple)
ISBN 978-2-89435-603-6 (version imprimée, reliure cartonnée)
ISBN 978-2-89435-969-3 (PDF)
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de Copyright 2014©livres — Gestion SODECÉditions Michel Quintin
Les Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC et
4770, rue Foster
du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour
Waterloo (Québec) leurs activités d’édition.
Canada J0E 2N0
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute Tél.: (450) 539-3774
reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou Téléc.: (450) 539-4905
électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans www.editionsmichelquintin.ca
l’autorisation écrite de l’éditeur.
ISBN : 978-2-89435-602-9 (reliure souple)
978-2-89435-603-6 (reliure cartonnée)
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014
– Bibliothèque et Archives Canada, 2014
© Copyright 2014
Éditions Michel Quintin
4770, rue Foster
Waterloo (Québec)
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Tél.: (450) 539-3774
Téléc.: (450) 539-4905
editionsmichelquintin.ca
FSC
14-Leo-1 to come
Imprimé en Chine« La beauté naît du regard de l’homme.
Mais le regard de l’homme naît de la nature. »
Hubert Reeves
À mes flles, Ariane et Laurence.
Suivez vos passions,
elles pourront vous mener loin !
En hommage à Gisèle Lamoureux,
qui a montré la clé des champs à plus d’un.Table des matières
Préface ................................................................................................9
Introduction ......................................................................................11
Première partie
COMPRENDRE LES MILIEUX HUMIDES
ET LEURS COMMUNAUTÉS VÉGÉTALES ...................................15
1. Qu’est-ce qu’un milieu humide ? ..........................................17
2. Pourquoi protéger les milieux humides ? .............................41
3. Comment identifer et classer les plantes ? ..........................57
Deuxième partie
PLANTES CHOISIES ........................................................................73
À propos des fches d’identifcation .........................................74
Photos comparatives de feurs .................................................77
Arbres et arbustes .....................................................................85
Plantes terrestres 123
Fleurs vertes 124
Fleurs blanches ....................................................................132
Fleurs jaunes et orangées ...................................................160
Fleurs roses et rouges .........................................................175
Fleurs bleues et violettes ....................................................193
Plantes aquatiques ..................................................................209
Feuilles émergées ...............................................................212
Feuilles fottantes 232
Feuilles submergées ............................................................243
Plantes maritimes ....................................................................267
Milieux humides .................................................................268
Milieux secs .........................................................................286
Carex, herbes et joncs .............................................................305
Carex et autres Cypéracés ..................................................307
Herbes .................................................................................349
Joncs ....................................................................................365 Fougères, prêles et lycopodes ................................................373
Fougères ..............................................................................376
Prêles ...................................................................................382
Lycopode .............................................................................385
Hépatiques et mousses ...........................................................387
Hépatiques ..........................................................................391
Mousses ...............................................................................397
POUR EN SAVOIR PLUS .............................................................409
Plantes OBL et FACH des milieux humides
pour le Québec méridional ...............................................410
Glossaire ..................................................................................423
Bibliographie ...........................................................................431
Sites Internet utiles .................................................................436
Crédits photographiques ........................................................438
Crédits des illustrations ...........................................................438
Index ........................................................................................439
Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier Michel Leboeuf et Arold Lavoie pour
leur précieuse collaboration à la rédaction de cet ouvrage. Grâce à eux,
la qualité et la précision de l’information sont au rendez-vous.
Merci à Jacques Cayouette, Jean Faubert, Marc Favreau, Christian Grenier,
Jacques Labrecque et André Lapointe pour leurs judicieux conseils
scientifques, ainsi qu’à tous mes amis et collègues botanistes qui m’ont aidée
et soutenue tout au long de cette aventure.
Merci également à tous les phytophotographes du Québec et du
nordest des États-Unis qui ont contribué généreusement à l’enrichissement
iconographique de ce livre.
Et en terminant, un grand merci à toute l’équipe des Éditions Michel
Quintin : Michel Quintin pour sa confance et son soutien, Sandy Lampr on,
pour la qualité artistique de la conception graphique et de l’infographie,
Stéphane Jennings pour le travail minutieux des retouches photo,
Marthe Boisjoly et Chantal Roux, pour la grande qualité et la beauté
des illus trations, Serge Gagné, réviseur linguistique, pour la rigueur et la
jus tesse, et Johanne Ménard, éditrice scientifque, qui a cru à mon projet
et qui m’a accompagnée tout au long de sa réalisation, avec patience,
enthousiasme, professionnalisme et amitié.Préface
eau, une nécessité pour la vie selon les astrobiologistes. Sur Terre, ’L elle est indispensable au maintien des grands cycles du vivant.
Pourtant elle ne saurait l’être sans la capacité de jouer son rôle de
molécule miracle en s’imposant comme constituant primaire de tous les
organismes ayant évolué au fl du temps. Le monde végétal, capable
de photosynthèse, était soumis à cette règle dès l’aube de l’évolution.
Depuis les premiers stromatolithes, la fore n’a pas cessé d’évoluer en
conquérant l’ensemble des biomes de la planète. Toute la base de la
pyramide alimentaire dépend de la présence des plantes, et nous, les
humains, ne faisons pas exception.
Voici un ouvrage qui nous permet de découvrir cette réalité et qui nous
ramène à l’ordre, à savoir que nous avons pratiqué jusqu’ici une piètre
gestion d’un environnement délicat. Rappelons-nous d’abord ce que
sont les milieux humides et ensuite quelle est leur importance au Québec
et dans les Maritimes. Cet aspect essentiel constitue la première partie
du livre. Le lecteur prend pleinement conscience des liens intimes qui
existent entre la plante et l’eau. Bien que la Nature nous ait choyés dans
nos régions, nous avons trop longtemps considéré les milieux humides
comme malsains au point d’oublier leur véritable valeur. Que subsiste-il
de ces communautés végétales complexes et comment les découvrir ?
C’est ce dont il est question dans ces premières pages.
Mais le tableau ne saurait être complet sans qu’on s’attarde sur la beauté
des unes ou l’attrait saisissant des autres. De nombreuses images, captant
leurs principaux traits distinctifs, accompagnent de manière succincte
et équilibrée les fches descriptives de plus de 300 espèces. Afn de
faciliter la recherche, l’auteure a regroupé les espèces en sections. Ce
choix judicieux nous permet d’explorer les principaux habitats et les
groupes de plantes les plus représentatives. Même les mousses et les
hépatiques sont traitées avec tous les égards pour la part importante
qu’elles prennent dans notre fore.
Pourtant, les milieux humides demeurent des écosystèmes menacés,
particulièrement dans les zones périurbaines. Hélas, trop ont déjà disparu, au
point que la protection de ceux qui subsistent s’impose. Ce guide arrive à
point pour qui veut bien réagir. L’auteure et ses collaborateurs daignent
nous accorder cette chance, celle de comprendre pour mieux aimer !
André Lapointe
Président, FloraQuebecaMatteucie fougère-à-l’autrucheIntroduction
Riches oasis
vec les forêts tropicales plu- L’ouvrage que vous tenez entre les Avieuses et les récifs coralliens, mains vous permettra d’identifer
les milieux humides comptent 302 plantes « obligées » (on ne
parmi les systèmes écologiques les trouvera que dans les milieux
les plus diversifés et les plus pro - humides) ou « facultatives » (on les
ductifs de la planète. La richesse de trouvera dans les milieux humides,
leurs communautés végétales en mais aussi dans d’autres types
nombre d’espèces est surprenante, de milieux) de ces endroits. Du
la biomasse produite en leur sein, nombre, vous trouverez 18 espèces
phénoménale. Écologiquement maritimes des milieux secs, ainsi
parlant, de tels milieux sont pré- que 17 bryophytes (mousses et
cieux et valent leur pesant d’or. hépatiques). De plus, au fl des
D’où l’importance de savoir les fches d’identifcation des plantes
reconnaître, et de pouvoir les repé- choisies, 59 espèces semblables
rer dans le paysage. sont citées, avec indication des
critères permettant de les départager.
Cette tâche n’est pas aussi simple
qu’elle n’y paraît au premier abord. Ayez toujours sous la main votre
Parfois, la différence entre une forêt guide lorsque vous visiterez les
marécageuse et une autre qui ne rivages des cours d’eau et des bords
l’est pas est diffcile à percevoir. de mer, les marais, les prairies
huParfois, à un endroit donné, il sufft mides, les marécages et les
tourde légères disparités dans le type bières ; il vous sera d’une grande
de drainage ou la composition du aide pour nommer les végétaux
sol pour que l’on franchisse, sans rencontrés lors de vos sorties et
trop s’en rendre compte, la subtile déterminer si vous vous trouvez –
frontière entre un milieu humide ou non – dans un milieu humide.
et un milieu plus sec.
Des milieux précieux,
Une des clés pour identifer à coup
mieux perçus qu’avant
sûr un milieu humide est
d’observer sa communauté végétale. Le S’il fut un temps où les milieux
cortège des plantes associées à humides n’étaient, aux yeux des
ces habitats est, en effet, générale- humains, que des terres incultes,
inutiles, voire nuisibles en raison ment bien typique. En raison de
de la prolifération des moustiques certaines conditions, des végétaux
sont même exclusifs à de tels lieux. enquiquineurs à leur pourtour ou des odeurs nauséabondes qui s’en purifcation de l’eau des marais et
dégageaient parfois, cette percep- marécages. Au Canada, dans les
tion a, fort heureusement, bien grandes zones métropolitaines de
Montréal, Toronto ou Vancouver, changé.
la valeur de tels services est estimée
annuellement à plusieurs milliers On leur reconnaît aujourd’hui
dide dollars l’hectare. vers rôles fonctionnels, précieux
pour nos sociétés, dont la rétention
À propos De ce guiDeet la fltration des eaux, l’assainis -
sement de l’air, la régulation de Plantes de milieux humides et de bord
la température moyenne estivale de mer du Québec et des Maritimes
en périphérie des villes – limitant est divisé en trois parties. La
preainsi l’effet des îlots de chaleur en mière décrit les différents types de
zone urbaine –, etc. milieux humides et explique leur
rôle écologique (chapitre 1),
souPour faire davantage ressortir leur ligne l’importance de mieux les
apport, on tente de plus en plus protéger (chapitre 2) et présente
d’associer une valeur économique des notions générales de
morphoréelle aux services écologiques que logie et de taxonomie des végétaux
nous rendent les milieux humides. (chapitre 3). Elle fournit des
renSur le seul territoire du Royaume- seignements destinés à rendre plus
Uni, des scientifques britanniques aisée l’utilisation des fches d’iden -
ont évalué à 2,25 milliards de dol- tifcation de la deuxième partie et à
lars par an la valeur des services de permettre au lecteur plus néophyte
Nymphéa odorant
12la maîtrise sommaire du
vocabulaire associé aux descriptions
botaniques qu’elles contiennent.
La deuxième partie, le cœur de
l’ouvrage, consiste en une série
de fiches sur les végétaux des
milieux humides du Québec et
des Maritimes. On y trouvera des
rubriques descriptives
d’identification (taille et port, feuilles,
feurs, fruits...) et de comparaison
avec des espèces semblables, des
renseignements sur l’habitat et
la répartition, des notes sur des
aspects particuliers, des photos Gentiane à feuilles linéaires
et des illustrations. Bref, tout ce
qu’il a été jugé utile d’inclure pour références bibliographiques et un
vous permettre d’identifer le plus index des plantes traitées.
aisément possible toute plante
rencontrée sur des terres humides. Plus qu’un guide d’identifcation,
Plantes de milieux humides et de bord
La troisième partie, enfin, ras- de mer est une invitation à partir à
semble des annexes pratiques, dont la découverte de ces riches oasis
la liste complète des espèces « obli- de biodiversité, de ces diamants
gées » et « facultatives » des milieux bruts de nos paysages naturels, et
humides du Québec, un glossaire d’aller à la rencontre des plantes
des termes utilisés dans le livre, des admirables qui les colonisent.
13Première partie
COMPRENDRE
LES MILIEUX HUMIDES ET
LEURS COMMUNAUTÉS
VÉGÉTALESSarracénie pourpreQu’est-ce qu’un milieu humide ?1
L’expression « milieu humide » dé- du sol sont les trois éléments
signe, de manière générale, tout mi- principaux permettant de bien
comprendre les dynamiques éco-lieu de transition entre un milieu
logiques des terres humides, fort terrestre et un milieu aquatique et,
diversifées au Québec et dans les plus spécifquement, tout milieu
Maritimes.saturé d’eau ou inondé pendant
une période suffsamment longue
De multiples visages durant l’année pour favoriser la
formation de sols hydriques et Les milieux humides ont de
mull’établissement d’une communauté tiples faciès : ils seront d’eau douce
végétale où s’observent des plantes ou d’eau salée ; subiront ou non
hydrophytes. l’effet des marées ; s’observeront sur
des sols minéraux ou organiques.
Cette communauté végétale est Ils seront dominés par des arbres
formée d’un assemblage d’espèces ou par des carex ; seront isolés ou
occupant une même zone dans un alors connectés à un vaste réseau
milieu donné. hydrologique, etc.
La saturation en eau, la nature de L’omniprésence du Saint-Laurent
la communauté végétale et celle dans l’est du Canada – son tronçon
17efuvial, son estuaire et son golfe – 49 parallèle, dans la forêt boréale
n’est pas étrangère au fait que le et la taïga, celles-ci constituent un
Québec et les Maritimes sont riches élément marquant du paysage, à tel
de pareils milieux : on y compte des point qu’elles représentent environ
prairies humides, des marais, des 12 % de l’ensemble des superfcies
marécages, des rives en eau douce terrestres du Québec.
et des bords de mer.
Connaître les divers types de
miPar ailleurs, à maints endroits lieux humides permet de mieux
dans le Québec méridional, mais comprendre les dynamiques
écosurtout plus au nord, s’étalent des logiques de chacun et les
particutourbières, parfois sur des éten- larités des communautés végétales
dues considérables. Au-delà du qui s’y sont établies.
18L’herbier aquatique
Près des berges, dans l’eau libre
des lacs et des grandes rivières ou
celle plus stagnante des étangs ou
des mares, s’observent des
herbiers aquatiques (voir la fgure 1).
L’eau y recouvre généralement le
substrat toute l’année. L’étendue
de tels herbiers varie en fonction Nymphéa odorant
de la profondeur, de la pente et de
la fuctuation annuelle du niveau
de l’eau (soit entre le moment de la
crue printanière et celui des basses
eaux estivales).
La communauté végétale des lieux
est dominée par des plantes
aquatiques submergées ou fottantes.
On y trouve la vallisnérie d’Amé- Potamot fottant
rique, des myriophylles, des
potamots, le nymphéa odorant ou le plantes est moindre et celles-ci ne
grand nénuphar jaune. La richesse dépassent guère 2,5 m de hauteur ;
en espèces de cette communauté de dans les eaux limpides (souvent
même que la hauteur relative des alcalines), le nombre d’espèces
plantes qui la composent varient est plus élevé et plusieurs peuvent
selon la turbidité de l’eau : dans s’enraciner par ailleurs à 3, voire
les eaux brunes, la diversité des 4 m de profondeur.
Figure 1 – Profil d’un milieu d’eau douce,
de l’eau libre jusqu’à la forêt marécageuse
PRAIRIE MARAIS HERBIER MARAIS MARÉCAGE
HUMIDE AQUATIQUE
19Dans les étangs et les lacs, les eaux Les sites au relief plat, abrités (baies)
généralement considérées comme ou favorables à la sédimentation
« profondes » se trouvent à plus de (deltas) sont propices à la création
2 m de profondeur *. de marais. Sur un sol minéral,
partiellement ou complètement
subLe marais mergé durant la saison de croissance
des végétaux, s’installe une com-Le marais est un habitat riverain ;
munauté dominée par des plantes il borde la plupart du temps un
herbacées.lac, une rivière ou un feuve, bien
qu’il arrive aussi qu’il soit isolé de
Les espèces présentes seront, bien tout réseau hydrographique. Ce
sûr, différentes selon que le marais type de milieu humide s’observe,
est d’eau douce ou d’eau salée, et le long d’une pente, dans une
secqu’il subit ou non l’infuence de tion plus haute que l’herbier
aquala marée. tique (fgure 1). Par sa position en
rive, il peut subir des variations
Alors que les quenouilles, les importantes du niveau de ses eaux
rubaniers, les sagittaires ou la (inondations ponctuelles,
évapopontédérie cordée sont les espè-transpiration, action des marées).
ces émergentes les plus fréquentes
des marais d’eau douce sans marée, Les marées peuvent, à certains
enc’est le scirpe piquant qui domine droits, faire fuctuer le niveau des
le marais intertidal d’eau douce eaux de manière importante : on
enou saumâtre (figure 2). Dans registre à la hauteur de Trois-Pistoles,
le long de l’estuaire du Saint-Laurent, les secteurs plus élevés,
inonune différence de 3,4 m entre marée dés en moyenne sur une moins
haute et marée basse. longue période, le scirpe piquant
* Les secteurs de moins de 2 m de profondeur font partie des habitats techniquement
identifés comme des milieux humides.
Pontédérie cordée
20Sagittaire à Spartine alternifore
larges feuilles
partage l’ha bitat avec un cortège Dans les marais salés (fgure 3),
de plusieurs espèces, dont des c’est au tour de la spartine
alternisagittaires, la zizanie aquatique, fore d’occuper les parties les plus
la berle douce et, parfois, l’eupa- basses du marais, tandis qu’un peu
toire perfoliée. plus haut sur la pente, la spartine
étalée prend la relève.
Figure 2 – Profil d’un milieu intertidal d’eau douce ou saumâtre
MARÉCAGE
HAUT
BAS MARAIS MARAIS
Figure 3 – Profil d’un milieu intertidal d’eau salée
HAUT MARAIS
BAS MARAIS
MARELLES
21
Limite de la
Limite de la
marée basse
marée basse
Limite de la
marée haute
Limite de la
marée hauteDes marais à visiter
Voici quelques suggestions – la liste est loin d’être exhaustive – permettant
de prendre contact avec ce milieu si particulier qu’est le marais. Les sites
ont été déterminés en fonction de leur accessibilité, de leur superfcie,
de leur richesse en espèces ou encore de leur intérêt botanique.
Cheminant vers l’aval le long des rives du Saint-Laurent, vous serez à
même de mesurer les différences perceptibles entre les communautés
végétales de la section fuviale, de l’estuaire – où se mêlent eaux douces
et eaux salées – et des grands marais salés des rivages du golfe et de la
baie des Chaleurs.
Marais d’eau douce
Marais Antoine
(Abitibi, en bordure du lac Abitibi)
1Parc national de Plaisance
(Outaouais, en bordure de la rivière des Outaouais)
Réserve de faune du lac Saint-François
(Montérégie, en bordure du feuve Saint-Laurent)
Refuge faunique Marguerite-d’Youville
(Montérégie, en bordure du lac Saint-Louis)
2Marais Léon-Provancher
(Région de Québec, en bordure du feuve Saint-Laurent)
1
2
223
4 5
Marais d’eau saumâtre ou salée
Battures de Saint-Fulgence
(Saguenay–Lac-Saint-Jean, en bordure du Saguenay)
3Réserve nationale de faune du Cap Tourmente
(Région de Québec, en bordure du feuve Saint-Laurent)
4Battures de Kamouraska et de La Pocatière
(Bas-Saint-Laurent, en bordure du feuve Saint-Laurent)
Marais de la pointe aux Épinettes
(Bas-Saint-Laurent, en bordure du feuve Saint-Laurent, sur le territoire
du parc national du Bic)
Marais de la pointe aux Outardes
(Manicouagan, en bordure du feuve)
5Barachois de la rivière Malbaie
(Gaspésie, en bordure du golfe, entre Gaspé et Percé)
Réserve nationale de faune de la pointe de l’Est
(Îles-de-la-Madeleine, près de Grosse-Île)
Le marais de Tantramar
(Nouveau-Brunswick, près de Sackville, à l’extrémité supérieure de la
baie de Fundy)
23La prairie humide La prairie humide est parfois
maintenue artifciellement dans cet état
Le long d’une pente, dans un secteur
par l’action des humains (elle sert
un peu plus haut que le marais, se
fréquemment de pâturage).
trouve à l’occasion la prairie
humide. Milieu de transition entre
le marais et le marécage, la prairie
humide est, elle aussi, inondée une
partie de l’année.
Les plantes herbacées, dont
plusieurs graminées, y sont dominantes,
au point parfois de limiter le retour
des arbustes et des arbres sur les
lieux en raison de leur forte densité.
Parmi les espèces les plus
représentatives de ce type de milieu humide,
on note deux hautes herbes, la
calamagrostide du Canada et l’alpiste
roseau. Des arbustes – des saules
de diverses espèces, la spirée ou le
cornouiller stolonifère – s’observent
occasionnellement sur place, mais
ils ne régentent habituellement pas
Calamagrostide du Canada
les lieux.
24Hier, la forêt marécageuse ;
aujourd’hui, la prairie
Dans la plaine du Saint-Laurent, les grandes forêts marécageuses de
jadis ont eu la vie dure. Ces bois humides riverains, souvent dominés
par l’érable argenté (voir la section suivante sur les marécages), ont
été rasés ou morcelés à des fns d’agriculture ou de villégiature.
Abandonnés à eux-mêmes, de tels sites ont été recolonisés par un
assemblage d’espèces végétales dont la composition varie selon
plusieurs facteurs, notamment le type de drainage du sol. Dans les
secteurs les mieux drainés des anciennes érablières argentées, ou
en bordure des fragments de celles-ci, des plantes graminées, dont
l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea), tendent à envahir les lieux.
Ces plantes, dotées de racines rampantes, sont habituellement très
grégaires et leur appropriation du sol rend diffcile la survie des
semis d’arbres ou d’arbustes.
Alpiste roseau
25Le marécage La végétation marécageuse typique
du sud-ouest du Québec – le long
Le long de la pente, le marécage
des grandes rivières calmes et du
s’observe dans une section plus
feuve Saint-Laurent – est celle de
élevée que le marais (fgure 1). Tout
l’érablière argentée. Cette forêt,
comme ce dernier, il peut subir des
dominée par cette essence, abrite
variations importantes du niveau
aussi le frêne de Pennsylvanie,
de ses eaux en raison d’inondations l’orme d’Amérique et plusieurs
ponctuelles (comme des crues autres arbres et arbustes, dont de
printanières) ou par l’action des nombreux saules. Selon la durée
marées – il arrive aussi que la satu- de l’inondation en période de crue
ration en eau du milieu résulte de printanière, on peut aussi
remarl’action d’une nappe phréatique quer des différences dans la
comsituée très près de la surface. De position des communautés à l’étage
manière générale toutefois, la pé- des plantes herbacées. C’est la
matriode d’inondation du marécage est teuccie fougère-à-l’autruche qui
domoins longue que celle du marais. mine les secteurs plus élevés (donc
plus secs), mais les sites détrempés
C’est la domination de la végéta- durant une plus longue période
tion ligneuse (arbres ou arbustes) sont sous le joug de l’onoclée
senqui caractérise surtout le marécage sible, une autre fougère qui règne
(un milieu humide prend générale- en maîtresse absolue dans cette
parment le nom de marécage lorsque tie du marécage. Dans la vallée du
le recouvrement par des arbres ou Saint-Laurent, des peuplements de
des arbustes y atteint 30 % ou plus). frênes noirs à orme d’Amérique se
26remarquent également en bordure peuplier baumier) ou par l’aulne
des ruisseaux ou dans les dépres- rugueux mais, lorsque les sols
sions. D’autres forêts marécageuses deviennent plus tourbeux, par
riveraines, dont les sols sont très l’épinette noire et le mélèze laricin.
riches en matière organique, sont,
elles, dominées par l’érable rouge, Le marécage peut être riverain (en
le thuya occidental (notre « cèdre »)
bordure d’un lac, d’un étang, d’une
et, beaucoup plus rarement, par le
rivière ou d’un feuve) ou situé hors
micocoulier occidental ou le chêne
de tout réseau hydrographique – il
bicolore, cette fois sur des sables et
se trouve alors dans le bas d’une des argiles marines.
pente et est alimenté par les eaux
de ruissellement des collines, des Plus au nord, les forêts
marécaescarpements ou des montagnes geuses sont dominées par le frêne
noir (accompagné parfois du qui ceinturent le site.
27Des marécages à explorer
Dans nos régions, les marécages les plus riches en espèces se concentrent
dans le Sud-Ouest. Ils se trouvent souvent en bordure du feuve
SaintLaurent ou de ses affuents les plus calmes, de même que sur les rives du
lac Saint-Pierre. Les sites proposés abritent des forêts marécageuses de
superfcie variable, mais d’un grand intérêt foristique.
Réserve de faune du lac Saint-François
(Montérégie, en bordure du feuve Saint-Laurent)
1Parc national d’Oka
(Basses-Laurentides, en bordure du lac des Deux-Montagnes)
2Parc de la rivière des Mille-Îles
(Région de Laval, en bordure de la rivière des Mille-Îles)
Parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard
(Montréal, en bordure du lac des Deux-Montagnes)
3Baie de Lavallière
(Montérégie, près de Sorel, en bordure du lac Saint-Pierre)
4Parc écologique de l’Anse du Port
(Centre-du-Québec, près de Nicolet, en bordure du lac Saint-Pierre)
5Parc écologique Godefroy
(Centre-du-Québec, près de Bécancour, en bordure de la rivière Godefroy)
Étang Stater
(Centre-du-Québec, près d’Irlande, en bordure du lac à la Truite)
1
282
3
4 5
29Les bords de mer
À partir de la pointe est de l’île
d’Orléans, l’eau du Saint-Laurent
devient progressivement salée. Le
climat, la température de l’eau, la
force des courants, la salinité de
surface – qui varie de 2,9 à 3,2 %
selon les secteurs et les saisons – et la
nature des sols – argileux,
sablonneux, graveleux, etc. – expli quent
Mertensie maritimela diversité des plantes
rencontrées sur les rivages maritimes en
aval de ce point. Outre les marais
salés (voir p. 20-21), on compte
des plages de galets ou de sable,
des dunes, des lagunes, des côtes
rocheuses, des falaises.
Sur les plages de galets et les rivages
graveleux s’observent la
mertensie maritime, une plante grasse,
et l’élyme des sables, une haute
graminée ; deux espèces tenaces, Gesse maritime
capables de supporter des vents
desséchants, des embruns salés et fort les hauts de plage et dans les dunes
peu d’eau et de matière nutritive de sable fn se trouvent l’ammo -
dans leur habitat puisque celle-ci phile à ligule courte, la gesse
maris’écoule rapidement vers la mer, time et le myrique de Pennsylvanie.
entre les galets grossiers. Dans les la- Au pied des falaises, s’accrochent
gunes et sur les hauts-fonds sablon- entre les rochers la livèche d’Écosse
neux pousse la zostère marine ; sur et le plantain maritime.
Plantain maritime
30Des bords de mer à parcourir
Des kilomètres et des kilomètres de rivages maritimes vous attendent sur
les rives nord et sud du Saint-Laurent, au pourtour de la péninsule
gaspésienne et sur les côtes du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de
l’île du Prince-Édouard. Voici quelques exemples de hauts lieux à découvrir.
Plages de galets, rivages graveleux et falaises
1Baie-des-Rochers
(Charlevoix, près de Saint-Siméon, en bordure de l’estuaire
du Saint-Laurent)
Réserve de parc national du Canada de l’Archipel-de-Mingan
(Duplessis, en bordure du golfe du Saint-Laurent)
2Île d’Anticosti
(Duplessis, au milieu du golfe du Saint-Laurent)
3Parc national du Canada Forillon
(Gaspésie, en bordure du golfe du Saint-Laurent)
Parc national du Canada Fundy
(Nouveau-Brunswick, en bordure de la baie de Fundy)
1
2 3
31Dunes et lagunes
Dunes de l’île du Havre aux Maisons
(Îles de la Madeleine, au milieu du golfe du Saint-Laurent)
Baie du Havre aux Basques
(Îles de la Madeleine, au milieu du golfe du Saint-Laurent)
4Parc national du Canada Kouchibouguac
(Nouveau-Brunswick, en bordure du détroit de Northumberland)
5Parc national du Canada de l’Île-du-Prince-Édouard
(Cavendish, au milieu du golfe du Saint-Laurent)
4
5
32Tourbière minérotrophe
La tourbière
La tourbière est un milieu humide
mal drainé recouvert de tourbe où,
techniquement, la biomasse
végétale produite par la photosynthèse
s’accumule davantage qu’elle ne se
décompose, d’où l’amoncellement
d’une litière tourbeuse de 30 cm
d’épaisseur ou davantage*. Platanthère dilatée
Sphaignes et autres mousses qui La tourbière minérotrophe est
alicolonisent les lieux poussent len- mentée à la fois par les eaux de
ruistement vers le haut (de quelques sellement provenant du drainage
millimètres ou centimètres par des sols minéraux à sa périphérie
année), laissant le bas de leur tige et par les eaux de pluie. La présence
se décomposer sous elles. En rai- de substances minérales contribue
son de l’importance de la matière à limiter l’acidité du milieu et rend
organique en décomposition, ce les lieux plus aptes à être colonisés
type de milieu humide est acide. par une communauté diversifée
de végétaux. Des sphaignes et et
Les tourbières s’observent isolé- d’autres mousses, des Cypéracés et
ment dans le paysage, mais p arfois des plantes herbacées – dont
plus’étalent aussi à partir de la bordure sieurs magnifques orchidées – les
d’un lac. On en distingue deux caractérisent notamment.
types (fgure 4) : les tourbières
minérotrophes (appelées parfois fens) La tourbière ombrotrophe est
uniet les tourbières ombrotrophes quement approvisionnée par les
(appelée parfois bogs). eaux de pluie. Puisqu’elle reçoit
* Certains spécialistes estiment qu’une épaisseur d’au moins 40 cm doit être observée
pour que, techniquement, une zone humide puisse être défnie comme tourbière.
33Figure 4 – tyPes de tourbières
Tourbière minérotrophe
RUISSEAU
TOURBE
Tourbière ombrotrophe
MARE
TOURBE
34un apport moindre en minéraux
dissous, son milieu est
considérablement plus acide. La composition
en espèces est plus homogène, les
sphaignes et les Éricacées dominant
les lieux. La tourbe, qui s’accumule
moins rapidement en bordure de
telles tourbières puisque l’eau y est
souvent plus riche en minéraux,
atteint souvent son épaisseur
maximale au centre, formant alors un
dôme caractéristique. Kalmia à feuilles d’andromède
Comparativement aux marais et kalmia à feuilles d’andromède, le
marécages, les tourbières subissent thé du Labrador.
moins de fuctuations de leur ni -
veau d’eau. En zone boréale, notamment aux
abords de la baie James, la
tourLorsque le recouvrement par des bière est souvent l’écosystème
arbres et des arbustes dans l’habitat dominant le paysage. En maints
est supérieur à 25 %, on parle de endroits, c’est le relief de plaine qui
tourbière boisée. Selon les condi- détermine la superfcie des tour -
tions locales et la latitude, quelques bières. Dans certaines régions des
arbres et arbustes y seront typique- Maritimes, des tourbières se
dévement observés : l’érable rouge, l’épi- loppent dans des milieux fort peu
humides, souvent même sur des nette noire, le thuya occidental, le
sols rocheux et bien drainés. mélèze laricin, l’aulne rugueux, le
Tourbière ombrotrophe
35Des tourbières à découvrir
Voici quelques suggestions de sites à explorer. Si les tourbières sont plus
vastes et plus nombreuses dans la forêt boréale et la taïga, quelques-unes
sont facilement accessibles dans la vallée du Saint-Laurent et les Maritimes.
La tourbière de la pointe Taillon
(Saguenay–Lac-Saint-Jean, parc national de la Pointe-Taillon)
Réserve écologique des Tourbières-de-Lanoraie
(Lanaudière)
1La tourbière Saint-Daniel
(Chaudière-Appalaches, parc national de Frontenac)
La tourbière du parc écoforestier de Johnville
(Estrie)
La tourbière de Villeroy
(Centre-du-Québec)
2La Grande Plée bleue
(Chaudière-Appalaches, Lévis)
3La tourbière Kellys
(Nouveau-Brunswick, parc national du Canada Kouchibouguac)
1 2
3
36sol québécois se trouvent dans parfois permanents,
l’Outaouais, le reste étant réparti parfois éphémères
dans les autres régions de
l’extrêmeCertains milieux particuliers, com- sud du Québec. Comme les alvars
plètement inondés au printemps, sont fort peu communs sur notre
subissent ensuite une sécheresse territoire, il n’est pas étonnant de
sévère tout le reste de l’année. Il en constater que plusieurs des plantes
est ainsi de certains affeurements qui sont associées à de tels habitats
rocheux calcaires, plutôt plats, qui soient également peu fréquentes.
bordent parfois des rivières et des Bon nombre d’entre elles, comme
lacs – mais pas toujours –, et sont le panic de Philadelphie ou le
miltotalement arides durant de longs lepertuis de Kalm, fgurent d’ail -
mois. De tels sites, érodés par ail- leurs sur la liste floristique des
leurs à l’occasion par les glaces et espèces susceptibles d’être
désibalayés par les vents, offrent ainsi gnées menacées ou vulnérables.
des conditions bien peu hospita- Certaines autres, comme l’orme
lières pour les plantes. Néanmoins, liège, sont légalement reconnues
des végétaux y poussent. Ces en- comme menacées ou vulnérables.
droits, appelés alvars, terme
suédois, sont rares à l’échelle mondiale.
On les trouve en Europe, autour de
la mer Baltique, et en Amérique du
Nord, dans le bassin des Grands
Lacs. Sur notre continent, les alvars
ne s’observent que dans les régions
ayant subi la dernière glaciation,
essentiellement dans les États du
Michigan, du Wisconsin, de l’Ohio,
de New York et du Vermont ; de
même que dans les provinces de
l’Ontario et du Québec. Plus de
Aster de New Yorkla moitié des alvars répertoriés en
37D’autres milieux humides sont
également éphémères, comme
ces mares ou étangs printaniers
qu’on observe dans les dépressions
des sous-bois. Ces lieux, qui
possèdent des sols généralement plus
riches en nutriments que les alvars,
conservent aussi une certaine
huChou puantmidité plus longtemps durant l’été.
Ils sont ainsi plus accueillants pour
un plus grand nombre de plantes. La profondeur de l’eau, les précipi -
Du fait de leur caractère tempo- tations moyennes annuelles locales,
raire, de leur petite superfcie et le rythme d’évaporation, la
perméade leur isolement relatif au sein bilité du sol, l’ensoleillement et la
de plus vastes milieux, ces mares densité de la végétation en
périphésont des sites intéressants à visiter rie sont les principaux éléments qui
pour leurs communautés végétales défnissent la dynamique écolo -
distinctives. gique et la composition en espèces
de telles mares temporaires.
Les plantes qui colonisent les mares
temporaires ont souvent des cycles Permanents ou temporaires, les
de reproduction très brefs, la ger- milieux humides sont
étonnammination et la dissémination des ment riches et diversifés. Nous
graines se déroulant rapidement venons d’en prendre pleinement
au printemps, alors que l’eau est conscience. Mais qu’en est-il de
encore présente dans l’habitat. leur protection?
38Des espèces discrètes, mais révélatrices
En fn de saison, alors que l’eau d’une mare temporaire a disparu
depuis plusieurs semaines, de petits végétaux des plus discrets, dont
la structure est en forme de thalle, révèlent parfois la présence d’une
nappe d’eau printanière s’étant asséchée.
C’est le cas de la riccie fottante
(Riccia fuitans), une hépatique
associée à l’existence de telles
mares, et de l’ondine à ventre
violet (Ricciocarpos natans), une
espèce analogue possédant les
mêmes attributs.
Riccie fottante
L’ondine à ventre violet s’observe
d’ailleurs sous deux formes : une
forme aquatique et une forme
terrestre (ou exondée).
La situation et la répartition de ces
deux plantes sont mal connues dans
nos régions. À l’échelle du
contiOndine à ventre violet :
nent, on sait néanmoins que leur forme aquatique
répartition correspond aux zones du
Nord-Est ayant subi la dernière
glaciation, celle du Wisconsinien, qui
s’amorça voilà quelque 113 000 ans
et libéra les terres les plus
méridionales de leur couverture de glace, il
y a environ 12 500 ans. Au Québec,
on croit que ces deux hépatiques
Ondine à ventre violet : seraient davantage présentes dans
forme terrestre
le sud-ouest de la province.
39Sagittaire à larges feuillesPourquoi protéger 2 les milieux humides ?
Les milieux humides occupent une les superfcies qui ont été détruites
partie importante du Québec et depuis la colonisation du territoire
des Maritimes, au nord comme par les premiers Européens. Selon
au sud. Si plantes et animaux des les estimations du gouvernement
zones humides septentrionales du fédéral néanmoins, de 80 à 98 %
Québec ont pour l’instant peu à des milieux humides situés à
l’incraindre de l’impact des activités térieur ou en périphérie des grandes
humaines, il en va tout autrement agglomérations urbaines du Canada
dans les régions habitées du sud. seraient disparus depuis 400 ans
(environ 80 % dans la région
métroEn effet, plusieurs dizaines de mil- politaine de Montréal).
liers d’hectares de terres humides
méridionales ont été drainées, dé- On estime avoir perdu sous la
presfrichées, remblayées, asphaltées sion d’un développement tous
azipour faire place à des exploitations muts jusqu’à 70 %, voire 80 %, des
agricoles, des complexes industriels, milieux humides dans la plaine du
des banlieues, des autoroutes, des Saint-Laurent. Il n’en resterait plus
ports, des quais. que 17 % dans le centre du Québec
et qu’un maigre 6 % en Montérégie.
Comme aucun inventaire exhaustif
des milieux humides naturels de Quant aux terres humides qui ont
nos régions n’a jamais été réalisé, échappé à la destruction, celles-ci
il est hasardeux de tenter d’évaluer sont actuellement confrontées à
41des menaces diverses : pollutions utilisées comme dépotoirs ou
comme sites de remblais. industrielle et agricole, invasion
d’espèces exotiques envahissantes,
morcellement des superfcies, ré - On les exploite davantage, de nos
jours, pour la culture de la canne-chauffement climatique et
exploitaberge à gros fruits (Vaccinium macro-tion appréhendée d’hydrocarbures.
carpon), une industrie qui connaît, Autant d’assauts à leur intégrité
au Québec, une croissance soute-écologique.
enue depuis le début du XXI siècle.
assauts sur les tourbières
À titre d’exemple, dans la région
Les tourbières ouvertes ou boisées de Rivière-du-Loup−Isle-Verte,
de la vallée du Saint-Laurent su- 62 % des superfcies tourbeuses
bissent des assauts depuis la venue ont fait l’objet de perturbations
des premiers colons européens. On profondes alors que 12 % ont
carréempiéta sur elles à des fns agri - ment disparu. Dans la seule région
coles ou d’exploitation forestière, de Bécancour, entre 1966 et 2010,
puis on y pratiqua l’extraction de 5433 hectares ont subi des
perturla tourbe pour approvisionner le bations irréversibles (près du quart
marché horticole. On les a aussi des superfcies en tourbières).
Canneberge à gros fruits
42la partie centrale du lac, augmentant assauts en eau Douce
ainsi la vitesse de l’eau au centre
Le lac Saint-Pierre est le dernier et la ralentissant en périphérie.
grand bassin d’eau douce du Saint- Véritable mur qui sépare les masses
Laurent avant que ses eaux ne de- d’eau du sud et celles du nord, le
viennent saumâtres, puis salées. À
chenal a entraîné l’envasement des
lui seul, ce plan d’eau immense
rives et leur dégradation comme
regroupe la moitié des milieux
milieux de vie et de reproduction,
humides qui bordent le feuve. Et il
et ce, non seulement pour les
oiabrite toute une diversité végétale :
seaux, les poissons, les amphibiens
du marécage à l’eau courante, on
et les invertébrés, mais aussi pour
y compte en effet 300 espèces de
plusieurs végétaux. Le traitement
plantes herbacées, 40 d’arbustes
obsolète des eaux usées de la ré-et 30 d’arbres. Viennent ensuite
gion métropolitaine de Montréal les herbiers aquatiques avec leur
et les rejets industriels des usines cortège de sagittaires, de rubaniers,
aménagées en bordure du feuve le de pontédéries et de lenticules.
chargent aussi en résidus
médicamenteux non fltrés par les usines D’une profondeur moyenne de
de traitement, en coliformes fécaux 3 m, le lac Saint-Pierre est toutefois
et en polluants chimiques. Enfn, aujourd’hui littéralement coupé en
l’intense activité agricole qui a cours deux par un chenal de navigation
le long de ses tributaires contribue de plus de 11 m de profondeur et
également à dégrader la qualité de d’une largeur minimale de 230 m.
ses eaux dans la mesure où engrais, Ce chenal, aménagé pour permettre
le passage des navires océaniques herbicides et pesticides, drainés par
les pluies, aboutissent dans ses eaux qui remontent le feuve jusqu’aux
Grands Lacs, concentre le débit dans et sur ses rives. Outre la dégradation
43de ses habitats, le lac Saint-Pierre, à bois humides, de même qu’en
péril’exemple de bien d’autres milieux phérie de certains lacs du Québec
humides de la vallée du Saint- méridional, comme le Grand lac
Laurent, fait aussi face à l’assaut Saint-François. Rapidement
domid’envahisseurs venus d’ailleurs. nante sur les sites où elle s’installe,
grâce à la dissémination effcace de
Depuis les années 1920, une ses graines et la multiplication (et
sous-espèce asiatique du roseau le transport fortuit par l’homme)
commun (Phragmites australis ssp. de ses rhizomes, la plante a un
australis), cette grande plante qu’on effet dévastateur sur la diversité
remarque maintenant aisément en foristique. Sous la canopée d’une
bordure de plusieurs autoroutes du colonie de roseaux communs, plus
sud-ouest du Québec, s’approprie rien d’autre ne pousse.
lentement notre territoire. Celle
dont on dit qu’elle est probable- assauts en eau salée
ment la plante la plus
envahisÀ maints endroits, les riches rivages sante du Nord-Est américain ne se
bordant l’estuaire et le golfe du contente pas de jouer du coude avec
Saint-Laurent ont été morcelés les quenouilles dans les fossés de
pour de multiples usages. drainage des routes ; elle se répand
aussi dans les marais d’eau douce
Dans le Bas-Saint-Laurent par du feuve Saint-Laurent, sur les
rivages des îles (notamment dans exemple, nombreuses ont été
les raisons pour empiéter sur les l’archipel des îles de Boucherville),
en bordure des marécages et des marais salés : endiguement à des
Roseau commun
44fns agricoles ; aménagement arti- usées domestiques ou industrielles ;
fciel des rives pour la villégiature surverse sporadique des eaux
muniou des aménagements résidentiels cipales ; augmentation de la
navi(empierrement, construction de gation de plaisance ; circulation de
murs de soutènement, remblai, véhicules tout-terrain (VTT) et de
motocyclettes sur les plages et les etc.) ; activités industrielles et
portuaires (construction de jetées, de fèches de sable des barachois ;
améquais, etc.). nagement d’infrastructures de
villégiature en bordure des barachois
En Gaspésie et aux îles de la (stationnements, ponts, marinas,
Madeleine, des impacts importants zones commerçantes, campings,
se sont aussi fait sentir : rejets d’eaux sentiers), etc.
Quand on se compare, on se console ?
Triste consolation, les milieux
humides de nos régions ne sont pas
les seuls à voir leur intégrité
écologique compromise. Partout autour
du globe, en Europe, en Asie, en
Afrique ou en Amérique du Sud,
les milieux d’eau douce subissent
des pressions considérables.
Butome à ombelleLes rives des lacs Saint-Pierre et
Cham plain ont en commun avec
celles des grands lacs africains, comme les lacs Victoria et Tanganyika,
de subir les effets de l’eutrophisation, de l’introduction d’espèces
exotiques envahissantes ou de la pollution agricole.
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