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HISTOIRE DE L'IG-FARBEN 1905-1952

De
116 pages
Dans les années trente, IG-Farben a représenté l'élite de la chimie européenne, installant une présence commerciale dans le monde entier, finançant une recherche qui va collectionner les prix Nobel, et jouant un rôle politique auprès des gouvernements allemands de l'époque. Mais en 1945 s'installe l'opprobre généralisé sur cette société, ses dirigeants sont traînés en justice, ses usines confisquées. Sa dissolution en 1945 par les Alliés donnera naissance aux firmes BASF, Bayer et Hoechst.
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Histoire de l'IG-Farben (1905 - 1952)

Allemagne d'hier et d'aujourd'hui Collection dirigée par Thierry FeraI
L'Histoire de l'Allemagne, bien qu'indissociable de celle de la France et de l'Europe, possède des facettes encore relativement méconnues. Le propos de cette collection est d'en rendre compte. Constituée de volumes généralement réduits et facilement abordables pour un large public, elle est le fruit de travaux de chercheurs d'horizons très variés, tant par leur discipline, que leur culture ou leur âge. Derrière ces pages, centrées sur le passé comme sur le présent, le lecteur soucieux de l'avenir trouvera motivation à une salutaire réflexion.

Dernières parutions

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Jean-Philippe MASSOUBRE

Histoire de l'IG-Farben (1905 - 1952)

L'Harmattan

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06254-2 EAN : 9782296062542

.Ji monsieur .Jlnton J-feinz, i{ était un grand seigneur.

.Ji :Frédéric, mon firs, your son gros travai{ de re{ecture et de mise en yage. Sans fui, ce {ivre n'aurait yu voir {ejour.

Avaut-propos
J'ai travaillé près de trente ans chez Bayer. Cette société allemande dont le siège est à Leverkusen, sur la rive droite du Rhin au Nord-Est de Cologne (Land de Rhénanie-Westphalie), a appartenu, avec d'autres sociétés chimiques (Basf= Badische Anilin- und Soda-Fabrik), Hoechst, Agfa = Aktiengesellschaft für Anilinfabrikation), au groupe IG-Farben. Ces sociétés, sous l'impulsion de leurs dirigeants, se sont d'abord rapprochées en 1905 pour former un groupe d'intérêt économique (GIE, en allemand IG : Interessengemeinschaft), puis ont fusionné en 1925 pour former une nouvelle société, l'IG-Farben. En 1945, sur décision des alliés vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, l'IG-Farben fut dissoute. Étudiant, j'avais eu l'occasion de faire un stage à la Basf, à Ludwigshafen, dans le cadre de l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OF Al). Plus tard, durant mes études de chimie, j'ai travaillé chez Bayer comme « Werkstudent », terme désignant les jeunes qui, pour financer leurs études, travaillent en usine pendant les vacances d'été. Puis, assez naturellement, j'ai été embauché par cette entreprise où j'ai fait la plus grande partie de ma carrière, en Allemagne, en Espagne, et enfin en France. J'y ai travaillé à la division «caoutchouc ». Le caoutchouc, avec les colorants et les médicaments, fait partie des produits «à tradition », c'est-à-dire des produits qui ont intéressé l'entreprise très tôt, qui ont donné lieu à des recherches importantes, puis à des fabrications, à des opérations de croissance externe, bref des produits qui font partie de l'histoire de l'entreprise. Et c'est ainsi que je me suis penché sur l'histoire de l'IGFarben, pour mieux connaître cette société dans laquelle je travail-

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lais. J'ai voulu comprendre les raisons et les circonstances qui ont conduit à la formation de cette entreprise. Dans les années trente, l'IG-Farben a représenté l'élite de la chimie européenne, installant une présence commerciale dans le monde entier, finançant une recherche qui va collectionner les prix Nobel, jouant même un rôle politique non négligeable auprès des gouvernements allemands de l'époque. Mais en 1945 s'installe l'opprobre généralisé sur cette société; ses dirigeants sont traînés en justice, ses usines confisquées. Le nom même d'IG-Farben est devenu synonyme de cette puissance industrielle on dirait aujourd'hui de ce complexe militaroindustriel - que fut le troisième Reich, et que les Alliés avaient écrasé sous leurs bombes, En écrivant l'histoire de l'IG-Farben, c'est aussi l'histoire de la chimie et de ses découvertes au cours de la première moitié du XXe siècle que l'on écrit. Ce fut une période extrêmement féconde. Je relaterai de quelques unes de ces grandes découvertes qui ont révolutionné leur époque. Pour écrire ce livre, mes sources ont été diverses. Il y a d'abord ma propre connaissance de l'entreprise. J'ai pu consulter certaines archives au centre d'archives de la société Bayer qui a hérité d'une grande partie des archives de l'IG-Farben. En outre, la lecture des rapports de l'Omgus (Office ofmilitary governmentfor Germany, United States finance division) de 1946-1947 sur l'IG-Farben et la Deutsche Bank - publiés en 1986 - m'ont été d'une grande utilité. Avec ce livre, j'ambitionne de faire découvrir au lecteur l'histoire de l'IG-Farben, à l'origine de grandes inventions dans le domaine de la chimie que le monde exploite encore aujourd'hui, mais aussi de faire le point sur une entité qui, comme l'Atlantide disparue, a alimenté bien des rumeurs et des approximations, Je désire apporter ma part de vérité et un éclairage qui faciliteront la compréhension et le jugement sur cette grande aventure industrielle, en vérité encore fort méconnue dans ses aspects positifs comme négatifs.

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Chapitre I La « petite IG »
Au début du XXe siècle, l'industrie allemande des colorants est en pleine expansion. Cette expansion va durer jusqu'à la Première Guerre mondialeo Les bénéfices générés par cette industrie sont considérables, permettant ainsi le financement de ce développement et d'une certaine diversification. Les colorants servent principalement à teindre les textiles, les colorants naturels ne suffisant plus au regard d'une industrie textile en forte évolution dans le monde entier. Bien que ce soient des Anglais et des Français qui aient été les pionniers dans la découverte des colorants synthétiques à la fin du XIXc, ce sont les sociétés allemandes telles Agfa, Bayer, Basf et Hoechst, qui réussissent la production industrielle de ces produits, ainsi que leur commercialisation au niveau mondial. L'industrie des colorants suisses (Ciba, Sandoz) se développe aussi très fortement, aidée en cela par un système très performant de grandes écoles d'ingénieur qui fournissent à J'industrie les chimistes nécessaires à la recherche et à la production. La grande force des industriels allemands est de disposer des produits de base nécessaires comme l'acide nitrique, l'acide sulfurique, le chlore, et d'autres produits intermédiaires. La diversification évoquée s'oriente vers la synthèse de médicamentso Ainsi, durant les années 1880, les sociétés Bayer et Hoechst mirent au point des médicaments contre la fièvre et la douleur à base de dérivés d'anthraquinone et de pyrazolone qui

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sont des molécules intermédiaires pour la fabrication des colorants. On s'aperçoit également que certaines molécules peuvent servir à développer des insecticides. Ainsi l' Antinonin de Bayer, mis sur le marché en 1890, qui sert à lutter contre les chenilles processionnaires. C'est le début de l'industrie des phytosanitaires qui deviendra un secteur très important de l'industrie chimique. Ainsi, au début du XXe siècle, plusieurs grandes sociétés allemandes de colorants prospèrent et se développent en pleine concurrence. Bien que le fait de fusionner plusieurs sociétés directement concurrentes soit facile à comprendre dans sa finalité, à savoir des capacités de production, de recherche et de commercialisation accrues, et ainsi une meilleure rentabilité, il faut reconnaître qu'à cette époque, la concentration n'avait rien d'évident dans cette industrie. L'initiative de la démarche vint de Carl Duisberg, président du directoire de Bayer depuis 1900. Après en avoir parlé avec ses homologues de Hoechst et de Basf, il rédigea un rapport en 1903, expliquant les avantages et les risques d'une fusion. La difficulté principale est la valorisation de chacune des entreprises. Rapidement, des dissensions apparaissent, et les dirigeants de Hoechst refusent de continuer à discuter avec Duisberg. Bien plus, Hoechst entre seul en discussion avec une autre société de colorants, Cassella, et durant l'été 1904, les deux sociétés forment un GIE par échange de capital. Cette démarche hostile accé-

lère les discussions entre Bayer et Basf et débouche le 1er janvier

1905 sur la formation d'un GIE entre Bayer, Basf et Agfa. C'est ce GIE que l'on appellera par la suite « petite IG », par opposition à la « grande IG » de 1925. Le GIE permet à chacun de conserver son identité propre, mais structure les politiques économiques. Bayer et Basf sont à égalité avec 43% du capital, Agfa représente 14%. Un conseil de gestion est créé avec des représentants des entreprises, mais les décisions de ce conseil ont besoin de l'aval des deux grands du GIE, Bayer et Basf, ce qui rend assez lourd le management de l'entreprise. En 1906, la société Kalle se joint au GIE de Hoechst/Cassella. Dans un premier temps, ce processus de concentration n'eut que peu d'influence sur le marché des colorants qui resta large-

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ment oligopolistique. Les circuits de commercialisation de chacune des sociétés restent séparés. Chaque GIE essaie plutôt de coordonner son développement financier, sa politique d'approvisionnement en matières premières et en énergie, ainsi que les projets à l'étranger. Les deux GIE vont grandir rapidement et le marché allemand se révéler trop petit. C'est donc l'exportation sur les marchés mondiaux qui va soutenir l'expansion de l'industrie allemande. À la veille de la Première Guerre mondiale, pratiquement 90% des colorants de synthèse utilisés dans le monde sont fabriqués par les deux GIE, en Allemagne et dans leurs filiales étrangères. Si l'industrie allemande des colorants est avant tout tournée vers l'exportation, elle doit cependant importer la plupart de ses matières premières, comme le soufre, ou l'azote sous forme de nitrates. Cette industrie est donc très dépendante des politiques économiques des États, en particulier de leur politique fiscale. Le protectionnisme est très répandu en Europe et dans le monde. Des pays comme les États-Unis, la France, la Russie, l'Empire austrohongrois, disposent de barrières douanières conséquentes afin de protéger leurs productions nationales. À l'inverse, l'Empire allemand, pour défendre son agriculture contre des importations à bas prix de pays comme la Russie et la France, prend des mesures protectionnistes envers ces pays qui, par représailles, rendent les importations de colorants en provenance d'Allemagne encore plus difficiles. Ces évolutions conduiront les deux GIE à s'engager directement sur ces marchés protégés par le biais de la création de filiales de production ainsi que de la construction de structures multinationales. Dès 1878, Basf fonde une filiale à Neuville-sur-Saône. En 1881, Hoechst crée à Tremblay la «Compagnie parisienne des couleurs d'aniline ». Enfin, en 1882, Bayer ouvre à Flers, dans la banlieue lilloise, la « Société anonyme de produits Bayer & Ce» qui disposera rapidement d'une usine importante. D'autres sociétés allemandes suivent, comme Agfa (à Saint-Fonds en 1910), Cassella (<< Manufacture lyonnaise de matières colorantes »), Weiler ter Meer (<<Société anonyme Weiler ter Meer» à Tourcoing en

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