L'Homme, un animal comme les autres ?

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Français
109 pages
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Un chat est différent d’un tigre, un moineau différent d’un aigle, un homme différent d’un gorille et donc la question « L’homme est-il un animal comme les autres ? » pourrait sembler incongrue. Pourquoi pas : le chat est-il un animal comme les autres ? La question concernant l’homme prend toutefois une connotation très différente si on la situe dans un contexte historique.

Charles Darwin et Alfred Russel Wallace, les deux inventeurs de la théorie de l’évolution, étaient d’accord de voir en l’homme un animal apparenté aux grands singes. En cela l’homme était donc un animal comme les autres. Toutefois et à la différence de Darwin, Wallace considérait que les capacités intellectuelles de l’homme, son pouvoir d’abstraction, son sens du beau ne pouvaient s’expliquer par la sélection naturelle.

Cette publication commémore le centième anniversaire de la mort de Wallace.

Sous la direction de Jacques Reisse et Marc Richelle
Préface d’Yves Coppens
Contributions de Jean-Paul Bronckart, Jean-Pierre Changeux, Alexandre Ganoczy, Dominique Lambert, Michel Morange, Odile Petit, Jacques Reisse, Marc Richelle

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Nombre de lectures 12
EAN13 9782803104352
Langue Français

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L'HOMME, UN ANIMAL COMME LES AUTRES ?
ACTECOLLOQ ES D UES
L'homme, un animal comme les autres ?
Sous la direction de Jacques Reisse et Marc Richelle
Préface d’Yves Coppens
Classe des des Sciences
Académie royale de Belgique
Académie royale de Belgique rue Ducale, 1 - 1000 Bruxelles, Belgique www.academieroyale.be
Informations concernant la version numérique ISBN : 978-2-8031-0434-5
© 2014, Académie royale de Belgique
Mémoires de la Classe des Sciences, Collection in-8°, série IV tome III N° 2096
Diffusion Académie royale de Belgique www.academie-editions.be
Crédits Conception et réalisation : Grégory Van Aelbrouck, Laurent Hansen, Académie royale de Belgique
L'AurorE - Éditions numériquEs ruE dE VErlainE, 12 - 4537 SEraing-lE-ChâtEau (BElgiquE) contact@laurorE.nEt www.laurorE.nEt
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Leprésent ouvrage correspond aux actes d’un colloque organisé les 29 et 30 novembre 2013 par l’Académie royale de Belgique, avec l’appui du Fonds national de la Recherche scientifique. En novembre 1913 disparaissait Alfred Russel Wallace, l’un des plus grands naturalistes e anglais du XIX siècle. Le colloque visait à commémorer le centième anniversaire de la mort d’une personnalité éminente mais qui, après son décès et durant plusieurs décennies, a été injustement oublié. Heureusement, un retour des choses s’est amorcé dans le monde anglo-saxon depuis une trentaine d’années ; plusieurs biographies ont été consacrées à Wallace que les biologistes et tout particulièrement les évolutionnistes et les biogéographes reconnaissent comme l’un des pères de leurs disciplines. Wallace n’était pas seulement un grand naturaliste, inventeur avec Darwin de la théorie de l’évolution ; il était aussi explorateur, sociologue, politologue et témoin lucide des bouleversements sociétaux associés à la révolution industrielle. À la différence de Darwin, Wallace était spiritualiste et croyait en l’existence d’un Pouvoir supranaturel responsable notamment de l’existence, chez l’homme, de caractéristiques intellectuelles que ne possédait, selon lui, aucun autre animal. Le thème choisi pour ce colloque « L’homme : un animal comme les autres ? » fait explicitement référence à cette question qui interpelait Darwin, comme elle interpelait Wallace, mais à laquelle ils n’apportaient pas la même réponse. La question reste d’actualité aujourd’hui et dans les pages qui suivent des réponses sont proposées par des praticiens des sciences de la nature, par des praticiens des sciences de l’homme, par des théologiens et des philosophes. Aucune de ces réponses n’est définitive, mais le lecteur devrait trouver dans ces textes des éléments, parfois convergents et parfois divergents, lui permettant d’affiner sa propre réflexion quant à la question posée. Le comité scientifique du colloque était composé de Jean-Pierre Changeux et Jacques Reisse, co-présidents ainsi que de Dominique Lambert, Jacques Pasteels, Marc Richelle et Claude Tomberg. Le comité d’organisation était composé de Jacques Reisse, Kristin Bartik et Mélanie Vander Geeten (Université libre de Bruxelles), ainsi que de Françoise Thomas et Grégory Van Aelbrouck de l’Académie royale de Belgique La publication des actes du colloque a été placée sous la responsabilité éditoriale de Jacques Reisse et Marc Richelle, aidés dans cette tâche par FrançoiseThomas et Grégory Van Aelbrouck, ce dernier assurant la mise en page de l’ouvrage et la conception de la couverture.
PRÉFACE
Y C VES OPPENS Collège de France, Paris
Sometimes more is different
Il y a 10 millions d’années, en Afrique tropicale, des Primates supérieurs, qu’on nomme Hominidés, ont eu une descendance qui, pour des raisons environnementales, s’est trouvée divisée en deux, une partie de cette descendance a du se développer dans un milieu forestier, couvert et l’autre partie, dans une milieu mixte, on dit mosaïque, forêt claire et espaces découverts, en tout cas, incontestablement moins couvert. Les Primates en question étaient les ancêtres communs des Chimpanzés et des Humains ; les descendants s’étant, par hasard, retrouvés dans un milieu forestier, étaient les Préchimpanzés, qui allaient devenir les Chimpanzés (les Paninés) ; les descendants s’étant, par hasard, retrouvés dans un milieu de forêts claires et de grandes clairières à graminées, étaient les Préhumains, qui allaient devenir les Humains, les Homininés. * * * C’est évidemment cette deuxième histoire, cette deuxième voie, qui nous intéresse ici, et elle va se traduire par une adaptation, une curieuse sélection naturelle, le redressement du corps. Et ce n’est pas une vue de l’esprit ; on connaît aujourd’hui 3 genres et 4 espèces qui illustrent joliment ce choix :
Sahelanthropus tchadensis, dit Toumaï, 7 millions d’années, du Tchad ; Orrorin tugenensis, 6 millions d’années, du Kenya ; EtArdipithecus (A. kadabba5 millions et demi d’années et de A. ramidus de 4 millions et demi d’années), dit Ardi, tous deux d’Éthiopie.
Ce qui veut dire que les Homininés sont vraiment caractérisés par leur station debout permanente. Ce nouveau port, la possibilité que nous avons acquise d’étendre à la fois le tronc, le bassin, la cuisse et la jambe, s’accompagne logiquement d’une locomotion bipède ; mais cette locomotion n’en est pas moins alors doublée d’une locomotion arboricole. C’est probablement l’exploitation, pour la première fois, des arbres et des espaces découverts, ayant d’ailleurs entraîné une alimentation de fruits en l’air et de racines à terre, qui a été à l’origine de cette adaptation qui a dû répondre correctement à ce qui était souhaité puisque nous sommes encore debout. Le corps redressé a entraîné une série particulièrement importante de transformations mécaniques, faciles à comprendre : transformation de la main, position de la tête sur la colonne vertébrale, courbures de cette colonne vertébrale, allongement du membre inférieur, transformation du bassin, dans lequel d’ailleurs, le conflit redressement du corps-parturition entraînera cet accouchement antéischiatique si particulier de la femme, etc. ; et bien sûr, transformation certaine de l’encéphale qui doit gérer toute cette révolution morphologique et comportementale. Et, à côté de cela, la taille de ces premiers Homininés demeure petite, celle de leur cerveau également, et leur dimorphisme sexuel presque inexistant, caractéristique d’une vie à l’abri des prédateurs.
Ardipithecus ramidus(110 restes), par exemple, se caractérise ainsi par des contrastes surprenants : son bassin est un bassin de grimpeur dans sa partie inférieure (puissantes insertions musculaires) et bassin de marcheur dans sa partie supérieure ; son pied a un gros orteil divergent, opposable pour grimper et un petit os, leperoneum, dans le tendon du premier rayon, ce qui lui facilite la marche ; sa main allie une musculature très robuste (il peut marcher sur les paumes) et une saisie fine et flexible. Orrorin tugenensis, par exemple encore, présente des fémurs aux traits anatomiques (comme la tubérosité glutéale), précurseurs de lalinea aspera, la ligne âpre, rugosité signifiant une forte insertion d’un fortgluteus maximus, c’est-à-dire des fesses, caractéristiques d’Homininé debout. « Il n’est de fesses que chez l’Homme », a écrit Buffon. Et l’humérus quant à lui présente une importante insertion du musclebrachioradialis, caractéristique d’habitudes arboricoles.
* * * Vers 4 millions d’années, toujours en Afrique tropicale, cette tendance à l’ouverture du paysage s’accentue ; c’est le même changement climatique qui se fait par étapes. D’autres Homininés apparaissent alors, plus agressifs parce que plus exposés, au dimorphisme sexuel d’ailleurs cette fois important, marchant et courant mieux tout en continuant à grimper. C’est le temps d’Australopithecusbahrelghazali(dit Abel), du Tchad, d’Australopithecus afarensis, dite Lucy, d’Éthiopie,d’Australopithecus prometheus, dit Little Foot, d’Afrique du Sud, deKenyanthropusplatyops,Kenya, d’ du Australopithecus anamensis, du Kenya et d’Ethiopie, le premier qui probablement ne grimpe plus (il a 4 millions d’années). * * * Et dans le même mouvement climatique, la même tendance à l’assèchement et à l’ouverture du paysage, que l’on a vu apparaître il y a 10 millions d’années et s’accuser il y a en a 4, de nouveaux Homininés apparaissent dans toute l’Afrique tropicale, à partir de 3 millions d’années. La diversité des réponses de ces Homininés à ce nouveau changement est d’ailleurs un superbe exemple de la créativité de la nature et en même temps de ses limites. À la même sollicitation du climat, en effet, les réponses, souvent très comparables, ne sont jamais tout à fait semblables et varient en fonction des niches écologiques. Face donc à ce nouveau coup de sécheresse de 3 millions d’années, les Homininés répondent en effet par 5 solutions « parades » : Une forme robuste en Afar et en Afar seulement,Australopithecus garhi, longs membres, très grosses dents, face prognathe, petit cerveau ; une séquence de formes robustes en Afrique de l’Est, sud-Éthiopie, Kenya, Tanzanie, Malawi,Paranthropus aethiopicus —Paranthropus boisei, très robustes, dentition très spécialisée (petite batterie antérieure, énormes séquences postcanines) et petit cerveau ; une forme robuste en Afrique du Sud.Paranthropus robustus, corps robuste et denture spécialisée comme en Afrique de l’Est (petite batterie antérieure coupante et énormes séquences postcanines broyantes), mais petit cerveau ; Une séquence de formes graciles, en Afrique du Sud,Australopithecus africanus — Australopithecus sedibaet grimpeurs incontestablement meilleurs et meilleurs marcheurs coureurs, mais toujours petit cerveau ; et enfin une forme gracile en Afrique de l’Est,Homo habilis, l’Homme, le premier Homme, marchant mieux et ne grimpant plus, à dentition nouvelle d’omnivore (par nécessité) et à cerveau nettement plus gros, plus compliqué (circonvolutions), mieux irrigué (vaisseaux de la dure-mère) et avec tous les comportements nouveaux qui forcément accompagnent ces innovations. Voici donc l’Homme, le genre humain né il y a 3 millions d’années en Afrique tropicale, de la nécessité de s’adapter à un changement climatique, au même titre que l’Éléphant son voisin qui a augmenté le fût de sa molaire ou que le Cheval, son autre voisin, qui a réduit le nombre
des doigts de sa patte. Mais il se trouve que la sélection naturelle a choisi, pour l’Homme, un plus gros cerveau et que ce cerveau ayant passé un certain seuil de complexité, a atteint un certain seuil de réflexion. Au lieu de se contenter de savoir, l’Homme a su qu’il savait et il s’est mis à anticiper ses actions ; c’est la raison pour laquelle il est désormais accompagné de pierres taillées, de pierres qu’il a transformées avec d’autres pierres, pour leur donner des formes correspondant aux fonctions auxquelles il les destinait. Le Préhumain est donc devenu Humain par nécessité d’adaptation à un environnement climatique subi. * * * Pour mieux comprendre l’évolution du genre humain durant les 3 millions d’années de son existence, je me suis amusé à découper cette durée et son parcours en quatre parties, d’ailleurs chronologiquement très inégales. * * * De 3 000 000 d’années à 10 000 ans, l’Homme est un chasseur, un pêcheur, un cueilleur. Il nomadise en fonction des saisons, des chasses et des cueillettes et puise sans problèmes ce dont il a besoin dans la nature ; son développement est durable bien que son économie soit celle d’un prédateur. Comme sa démographie a doucement augmenté grâce à son adaptation réussie, comme sa chasse l’a rendu plus mobile, sa réflexion plus curieux, ses outils, plus efficace, développant un nouvel environnement que l’on dit culturel, il a bougé tout de suite ; il s’est déployé, à partir de son berceau tropical et africain dès 2 500 000 ans. Il a d’abord couvert l’Afrique, puis le Proche-Orient, l’Eurasie, puis par le Behring l’Amérique et par bateau l’Australie et toutes les îles. Son environnement est alors subi. * * * Il y a 10 000 ans, l’Homme est partout sur la planète (à part au Groenland et sur quelques îles). On estime son effectif (au mieux) à 10 000 000 d’individus (on dit 10 000 000 il y a 10 000 ans, 200 000 000 au changement d’ère). C’est la fin de la dernière glaciation ; les climats deviennent, dans beaucoup de régions, plus tempérés ; et au lieu cette fois de subir ce changement climatique, l’Homme, qui a considérablement développé ses comportements culturels, va conquérir ce changement, l’utiliser à son avantage. Il se trouve que c’est d’abord au Proche-Orient qu’il s’arrête pour mieux cueillir les graminées qui y abondent. Et à force de les cueillir et de les stocker, il va lui venir l’idée de les semer. Étant désormais fixé, la domestication de certains animaux va devenir plus simple et là aussi, de manière logique, il passera de la domestication à l’élevage. Imaginez-le désormais installé dans sa maison, avec les silos à grain d’un côté et l’étable de l’autre ; son développement est toujours parfaitement durable mais son économie de prédation est devenue une économie de production. D’environnement subi, il y a 3 millions d’années, il a renversé la vapeur et grâce à sa culture, ce changement d’environnement-ci, il l’a conquis. * * * e Au XIX siècle, il y a 200 ans, l’effectif de l’Humanité atteint, pour la première fois, le milliard d’individus. Il faut désormais une production de masse pour une alimentation de masse ; on entre dans l’ère industrielle, celle du développement des sciences et des technologies. Et pour la toute