Adolescence, maltraitance et placement

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Français
190 pages
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Description

L'éducation biographique a pour objectif de développer la capacité de l'adolescent à donner forme à son expérience biographique, ici de maltraitance et de placement. Il s'agit de réaliser et publier un livre d'histoires fictionnelles de résilience dont l'objectif est de travailler les stratégies passées et/ou présentes à partir du récit de leur vécu et du travail sur ce récit pour en faire une histoire/fiction.

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Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 73
EAN13 9782296486522
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ADOLESCENCE,MALTRAITANCE
ET PLACEMENT






CollectionHistoires de résiliences

Dirigée par Michelle Van Hooland


La collectionHistoires de Résiliences proposede rendre compte
d’histoires de personnes qui ont su résister et se construire face à une
expérience de vie difficile telles que la maltraitance, la maladie, le deuil,….
La collection s’intéresse au vécu difficile du côté des savoirs, des processus
de résistance et de construction. Elle est ouverte autant aux jeunes qu’aux
adultes, aux professionnels qu’aux non-professionnels.
Les histoires de résiliences peuvent être l’objet d’un travail à plusieurs
voix :à une seule voix, à deux voix -entre un auteur et un facilitateur
d’histoire, à différentes voix dans un cadre institutionnel par exemple de
foyers de l’enfance. Les histoires de résiliences peuvent se présenter sous
diverses formes: histoires de vie, comptes-rendus scientifiques mais aussi
histoires fictionnelles de résilience avec notamment des contes.


Livres parus
Van Hooland M., 2011, Maltraitance psychologique et résilience.
Approche psychosociale et biographique. Paris : L’Harmattan.
Van Hooland M., (Ed.), 2009, Histoires de résilience au foyer de
l’enfance, Paris : L’Harmattan.
Carhaix J. et Rennais B.L., 2009, Parkour d’adolescents, Résister et se
construire en foyer de l’enfance, Paris : L’Harmattan.



Michelle Van Hooland








ADOLESCENCE,MALTRAITANCE
ET PLACEMENT

Méthode d’éducation biographique pour la résilience













Chez le même éditeur





VAN HOOLAND M., 2011, Maltraitance psychologique et résilience. Approche

psychosociale et biographique. Paris : L’Harmattan, 240 pages.

VAN HOOLAND M. (Ed.), 2009, Histoires de résilience au foyer de l’enfance, coll.
Histoires de résilience, Paris : L’Harmattan, 183 pages.
CARHAIX J., RENNAIS B. L. et VAN HOOLAND M., 2009,
Parkoursd’adolescents, résister et se construire en foyer de l’enfance, coll.
Histoires de résilience, Paris : L’Harmattan, 60 pages.

VAN HOOLAND M., 2008, Les contes du sac percé. Six petites histoires de
résilience. Paris : L’Harmattan. 64 pages.

VAN HOOLANDM., 2006, Maltraitance communicationnelle (L’histoire

communicationnelle dans les récits d’enfance maltraitée), Paris. L’Harmattan.
303 pages.

VAN HOOLANDM., 2005, La troisième personne. Maltraitance, résilience et

interactions verbales (Analyse psychosociolinguistique de témoignages). Paris:
L’Harmattan, 348 pages.

VAN HOOLANDM. (dir.), 2005, Psycho-sociolinguistique. Les facteurs

psychologiques dans les interactions verbales. Paris : L’Harmattan, 208 pages.

VAN HOOLANDM., 2002, La parole émergente. Approche
psycho
sociolinguistique de la résilience. Parcours théorico-biographique. Paris:

L’Harmattan, 278 pages.

VAN HOOLANDM., 2000, Analyse critique du travail langagier: du langage

taylorisé à la compétence langagière. Paris : L’Harmattan, 247 pages.













© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96158-6
EAN : 9782296961586

Introduction

L’adolescent maltraité placé en institution (foyer de l’enfance, Mecs)
peut avoir développé une résilience avant son placement puisque 1. le
placement est consécutif d’une situation de maltraitance et 2. la résilience se
développe face à ce type de situation. Comment évaluer, promouvoir,
soutenir cette résilience pendant le placement ? Comment faire en sorte que
le placement ne soit pas perçu comme une situation de stress générant des
stratégies dysfonctionnellesl’entraînant vers une rupture de d’ajustement
résilience ou encore vers desconduites transitoires inadaptées? Comment
faire en sorte que le placement en foyer de l’enfance, par exemple, qui est un
placement d’urgence, d’évaluation et d’orientation, dans un temps
relativement court, puisse être le lieu de l’évaluation et l’orientation de
l’adolescent résilient ? Comment faire en sorte que le placement en internat
éducatif spécialisé (Mecs), qui peut être plus long, participe à cette
construction identitaire? Tout d’abord, il y a à connaître cette résilience
passée et ensuite à la travailler pendant le placement.

D’un point de vue psychosocial, la résilience de l’enfant/adolescent
psychologiquement maltraité correspond à un processus de construction
psychologique, de définition et formation de soi (une personnalisation) qui
aboutit à une compétence. Dit autrement, face à un événement de vie, la
maltraitance psychologique familiale, l’enfant/adolescent met en place, à
partir de ses ressources, un ensemble de stratégies de construction, les
stratégies de personnalisation. Ceci a pour issue une compétence: la
compétence d’apprentissages. A l’âge adulte, différentes voies sont possibles
pour retravailler son vécu d’enfant maltraité parmi lesquelles se trouve celle
du récit fictionnalisé de l’enfance maltraitée résiliente. Qu’il soit sous forme
d’une autobiographie réalisée seul ou sous forme d’une histoire de vie
réalisée avec un tiers, la narration écrite ou orale a pour particularité de
retravailler les stratégies passées, de les transformer en ressources
biographiques pour soi et les autres. La narration écrite ou orale a cette
particularité parce que celui qui raconte, à l’écrit ou à l’oral, s’érige en

8
humain, en une personne digne d’être entendue, comme le contraire de ce
qu’il a été dans la maltraitance: la narration favorise l’expression de son
émotion, sa position d’humain dans le langage, le travail de son identité dans
un champ socioculturel et relance le projet de soi. D’un point de vue
psychosocial et biographique (Van Hooland, 2011), la résilience de l’adulte
ex-enfant maltraité s’exprime dans le récit de vie, écrit ou oral, parce que ce
récit met en acte un processus de personnalisation qui aboutit à une
capacité :la capacité à donner forme à son expérience biographique de
maltraitance.

Dans la mesure où les adolescents résilients ont, parmi leur capacité de
résilience, celle qui consiste à parler d’eux et dans la mesure où le récit de
vie est utilisé auprès d’adolescents placés (Abels, 2000) et auprès
d’adolescents scolarisés (Delory-Momberger, 2002) à travers le principe
d’une éducation biographique, alors une éducation biographique pour la
résilience est proposée. Elle a pour objectif de développer la capacité de
l’adolescent à donner forme à son expérience biographique, ici, de
maltraitance et de placement c’est-à-dire de transformer son savoir
biographique et ses stratégies de résistance et de construction en ressources.
Dans le contexte de la protection de l’enfance, cette action éducative
biographique répond à la socialisation et la régulation de l’émotion puisque
la personnalisation est complémentaire à la socialisation et les stratégies
émotionnelles font partie de cette personnalisation.

Pour leur permettre de dépasser d’éventuelles stratégies
dysfonctionnelles, de transformer leurs stratégies passées, pour relancer leur
résilience, une action éducative selon le principe d’une pédagogie de projet
est proposée à des adolescents volontaires: participer à un projet, celuide
réaliser et publier un livre d’histoires fictionnelles de résilience dont
l’objectif est de travailler les stratégies passées (celles de l’enfance
maltraitée résiliente) et/ou présentes (celles du placement) à partir du récit de
leur vécu et du travail sur ce récit pour en faire une histoire/fiction.

Le présent ouvrage expose cette méthode de travail biographique. Un
choix a été fait concernant la présentation de la méthode afin que le lecteur
puisse soit aller directement à la définition de la méthode et à ses différentes
phases, soit lire la progression de l’application de la méthode auprès de deux
adolescents. Ainsi, dans la première partie, se trouvent la définition
psychosociale de la résilience personnalisation dans le premier chapitre et
dans le second chapitre, la présentation synthétique de la méthode
d’éducation biographique pour la résilience développée en foyer de l’enfance
ou en Mecs. La deuxième partie propose, quant à elle, les différentes phases
de travail de la méthode d’éducation biographique : phase 1. de préparation à

9
la production de l’histoire, phase 2. de production de l’histoire, phase 3. de
révision/réécriture et phase 4. de socialisation. Le lecteur trouvera dans lHV
troisième et quatrième parties l’application de la méthode auprès de deux
adolescents. Ainsi, la troisième partie est plutôt centrée, d’un point de vue
éducatif, sur l’évaluation de la transformation des stratégies à partir des
différentes phases de travail alors que la quatrième partie porte sur
l’évaluation réalisée par les professionnels et adolescents avant, pendant et
après la méthode d’éducation biographique pour la résilience. C’est dans
cette partie que les adolescents sont présentés par les professionnels. Ces
deux parties présentent la manière d’évaluer le travail et la présence des
stratégies de personnalisation. Ces deux parties doivent être envisagées sous
l’angle d’une démarche qualitative de recherche-action. Elles se terminent
par une synthèse générale sur la transformation effective des stratégies des
adolescents par la méthode d’éducation biographique pour leur résilience.
Pour comprendre les exemples, le lecteur peut avoir besoin de se munir des
1
deux ouvrages:Histoires de résilience en foyer de l’enfance(Van Hooland
(Ed.), 2009) dans lequel se trouvent les histoires réalisées par Romain et
Parkour d’adolescents. Résister et se construire en foyer de l’enfance
(Carhaix et Rennais, Van Hooland, 2009) dans lequel se trouvent les textes
2
de Jim Carhaix. Le choixpour Romain et Jim Carhaix s’appuie sur leurs
nombreuses et différentes productions et sur leur présentation différente par
les professionnels.

La méthode d’éducation biographique pour la résilience est une méthode
de promotion et de soutien de la résilience, entendue comme résilience
personnalisation. Ce qui est proposé dans cet ouvrage doit servir de guide et
non de modèle à suivre à la lettre puisque toute pédagogie de projet doit non
seulement s’adapter à la situation rencontrée et aussi permettre à l’adolescent
de suivre son propre projet de construction de compétence. Ainsi, s’il y a une
éducation socialisante avec un principe essentiel, la fictionnalisation du récit
du vécu, et des étapes incontournables dans les rencontres avec les
différentes séquences, à l’intérieur de celle-ci, l’adolescent doit pouvoir se
personnaliser.


1
Laméthode a aussi été développée dans une MECS en 2011 avec deux
adolescentes dont la publication du livre est en cours: Linda R. et Liss E., (à
paraître),Je pourrais faire un livre… Fiction en Mecs, Paris : L’Harmattan.
2
Le projet a été proposé dans 5 foyers de l’enfance auprès de 19 adolescents.

Partie 1.
Définitions

1

Chapitre 1.
Définition de la résilience personnalisation

Le modèle intégratif de la résilience personnalisation

La résilience peut être abordée selon un modèle intégratif psychosocial :
face à un événement de vie qu’est la maltraitance, l’individu met en place un
processus transactionnel à partir d’un ensemble d’antécédents, ce qui a pour
issue une compétence spécifique. Ce processus transactionnel ou domaine de
résilience est un processus de personnalisation. La résilience à court terme
(celle de l’enfant/l’adolescent) et la résilience à long terme (celle de l’adulte)
s’appuie sur ce type de modèle.

La différence entre le court terme et le long terme réside dans la nature
même du processus et dans celle de la compétence. Le processus de
résilience à court terme est un effort de personnalisation avec
personnalisation par contrôle et invention alors que le processus de résilience
à long terme, dans et par le récit, est un processus de personnalisation
totalisation.

2

La résilience à court terme pour l’enfant/adolescent

3
2.1 L’événementde vie : la maltraitance psychologique
La maltraitance psychologique correspond à un ensemble de pratiques
parentales psychologiquement violentes c’est-à-dire psychologiquement
aliénantes du point de vue de l’identité. Ces pratiques sont en rapport avec
l’espace, le temps, les relations, la communication et les projets. L’enfant
perd ou est menacé de perdre son identité d’humain et d’enfant mais aussi de
fils et fille de, de garçon et fille, d’élève, de membre d’une famille restreinte
et élargie, de sujet communicant autorisé et/ou capable d’utiliser telle ou
telle langue, telle ou telle manière de parler, autorisé à bouger de telle ou
telle manière, à utiliser, avoir, disposer des objets, des lieux et des temps
personnels et collectifs. Il y a menace identitaire à travers le dépouillement
des peaux sociales. L’enfant peut se sentir perdu, abandonné, dépossédé. Son
identité physique, grammaticale et juridique (celui qui dit je et qui porte un
nom), son identité ethnique, nationale ou régionale ou encore son identité


3
Voir Van Hooland (2011, 2005).

14
sociale (celle des rôles sociaux) et culturelle sont atteintes, menacées. Ceci
s’actualise dans des pratiques en rapport avec :
Le projet : projet existentiel, projet scolaire, projet professionnel
La place de l’enfant/adolescent dans les relations familiales
oLes membres de la famille: fratrie, parents, grands-parents,
autres,
o: lien conjugal, lien affectifLa nature des relations familiales
entre les enfants et les parents, entre les enfants, entre les autres
membres,
o: la famille entretientLes relations familiales et extra-familiales
des relations extra-familiales…
oL’enfant et les relations familiales et extra-familiales : interdites,
contraintes…
La place de l’enfant/adolescent dans la communication familiale
oLa place de la communication/langue de l’enfant dans la famille,
oLa place de la communication avec d’autres mauvais traitements,
oLa place de la communication nonverbale,
o: rejet, terrorisme,La nature de la communication avec l’enfant
etc., et la nature structurale de la communication (séquences
interactionnelles / actes de langage),
oLa construction de l’identité de l’enfant/adolescent via l’usage
des termes d’adresse (prénom, surnom, termes de relation,
insultes).
La place de l’enfant/adolescent dans le cadre spatio-temporel familial
oEspace contraint, restreint, interdit, à occuper, à s’occuper,
surveiller,
oLe rapport au temps est distordu : le temps des activités (emploi
du temps et activités scolaires), des fêtes (anniversaires, etc.), le
temps quotidien (nuit, matin, repas, lever, coucher, etc.), le temps
en fonction de l’état de l’adulte.
Il faut rappeler ici que la maltraitance psychologique peut être une
modalité à part entière ou encore faire partie des autres formes de
maltraitance (Durning et Fortin, 1996).

15
2.2 Leprocessus de personnalisation de l’enfant/adolescent
Face à une situation familiale de maltraitance psychologique définie en
termes de pratiques parentales psychologiquement aliénantes du point de vue
de l’identité quant au rapport à l’espace, au temps, aux relations, à la
communication et aux projets, la résilience de l’enfant/adolescent est une
résilience-personnalisation ;la personnalisation apparaissant comme le
contraire de l’aliénation (Tap, 1988). La résilience-personnalisation est un
processus dynamique de construction et d’affirmation psychologique. Il
permet l’articulation de plusieurs processus -processus d’apprentissage, de
connaissance et de formation de soi- et de stratégies (coping,
positionnement, identitaire et projet). Il est basé sur l’interaction des facteurs
environnementaux et socio-démographiques et des facteurs individuels, tous
ces facteurs ayant pour issues à la fois des effets biologiques et somatiques,
émotionnels et psychologiques, et socio-cognitifs tels que la compétence
d’apprentissages biographiques.

La personnalisation est la quête du pouvoir agir, d’avoir des objets, de
donner du sens, d’avoir des valeurs et des normes, d’être autonome et de
pouvoir se réaliser (Tap, 1988). Lorsque l’enfant/adolescent sesent perdu,
abandonné, dépossédé, désorienté, il cherche à compenser ce qu’il a perdu,
à restaurer sa propre identité, à redorer son ambition, à réintégrer son
corps doublement mis en souffrance.La personnalisation est une
construction dynamique identitaire.

Après une phase d’évaluation cognitive importante consistant à
déterminer la nature de la pratique parentale en termes d’effet pour sa santé,
ses compétences, son environnement personnel et social et consistant aussi à
envisager les ressources disponibles pour faire face, l’enfant/adolescent met
en place des stratégies de coping, positionnement, projet et identitaires. Les
stratégies de coping, dans la personnalisation, sont les stratégies qui se
mettent en place dans le face-à-face avec l’adulte maltraitant pour tenter de
résoudre le problème, modérer l’impact et réguler l’émotion. Elles
comprennent des stratégies d’apprentissage. Les stratégies de
positionnement familial se situent aussi dans le face-à-face avec l’adulte
maltraitant et au sein du cercle familial où se déroule la maltraitance. Il
s’agit de l’action dans le rôle de fille/fils, garçon/fille, élève que définit le
parent. Ces stratégies découlent des stratégies de coping dès lors que le vécu
s’installe, qu’il y a eu apprentissage et réussite dans une stratégie de coping.
Toutefois, pour ne pas plonger dans une situation elle aussi aliénante
puisqu’il y a construction d’une identité négative, l’enfant développe des
stratégies identitaires qui ont pour finalité de lui prouver son existence de
manière positive. La définition des stratégies identitaires (Camilléri, 1996)

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retenue est celle qui porte sur ladéfinition de soi, le maintien, la
préservation ou l’augmentation du degré de valorisation de soi. En effet,
elles visentla reconnaissance de son existence. Les stratégies identitaires se
déploient non dans le face-à-face avec l’adulte maltraitant mais dans une
situation extérieure c’est-à-dire dans une interaction avec des pairs (la fratrie
ou d’autres enfants) et/ou avec des adultes qu’ils soient ou non de la famille
de l’enfant, elles ont donc directement à voir avec la socialisation. Enfin, les
stratégies de projet se déploient en même temps que les stratégies de coping,
elles comprennent les projets existentiels, scolaires, professionnels et
personnels. Il s’agit tout autant de développer le projet de soi en termes de
projet de vie que de développer les autres projets lorsque ceux-ci sont
dénigrés, contrecarrés.
Ainsi, les stratégies de coping comprennent des ajustements centrés sur le
problème identitairedans l’espace, le temps, les relations et la
communication ; il s’agit d’un coping plutôt du côté cognitif.
oApprendre, s’approprier les normes relationnelles,
communicationnelles et celles en rapport avec le cadre
spatiotemporel,
oRechercher de l’information sur la situation, sur le parent
(grands-parents, photo, conversation) en comparant la situation
avec d’autres situations, en recherchant la cause des
comportements de l’adulte,
oPlanifier ses actions: intervenir au bon moment (notamment
selon l’humeur de l’adulte),
oInterpréter les paroles de l’adulte maltraitant en étudiant ses
réactions et les réactions des autres et en restant centré sur le sens
et non sur l’affect,
oAnalyser la communication non-verbale de l’adulte pour prévenir
l’orage.
Ensuite, se développe aussi un coping centré sur la régulation de
l’émotion suscitée par les différents contextes aliénants.
oRésignation : résignation pour l’école, sur la relation,
oFuite : fuguer, détaler, se cacher, déguerpir,
oDistraction : aller dans la nature, lire,
oMaîtrise de la manifestation de ses émotions: pas de pleurs, de
grimaces, de soupirs,

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oManifester ses émotions pour influencer l’autre : pleurer.
oEntendre ce qui se dit et se boucher les oreilles pour ne pas
entendre,
oEntendre ce qui se dit et aller chercher la définition dans le
dictionnaire,
oEntendre ce qui se dit et penser que cela se répète, que c’est un
refrain, une rengaine.
Il existe aussi un coping religieux.
4
Les stratégies de positionnement , quant à elles, réfèrent à différents rôles
que l’enfant/adolescent doit prendre ou cherche à prendre.
oLe rôle stéréotypé: le devoir-êtreest la stricte conformité aux
attentes et aux modèles (faire comme cela est demandé),
oest le compromis plus ou: le paraîtreLe rôle comme masque
moins lucide, d’intention opportuniste et manipulatrice : la ruse,
le mensonge, le compliment, la feinte,
oest la prise de rôle de style protecteur(ne plusLe rôle refuge
parler ou parler, s’occuper de la fratrie),
oest l’expression de son moi: le vouloir-êtreL’idéal personnel
profond (vouloir-être aimer, vouloir être et rester soi),
oLe rôle redéfini, c’est chercher à s’octroyer le statut de locuteur,
refuser/changer la relation parent/enfant (à travers les termes de
relation, les insultes par exemple).
Les stratégies identitaires ont pour but d’acquérir une identité positive
personnelle et sociale à travers différentes actions.
oTentative de préservation de ses codes et de ses apprentissages
antérieurs à la maltraitance,
oConstitution, maintien d’un réseau relationnel,
oContournement de l’espace/du temps: créer/fréquenter un autre
espace/temps,
oAlternance conjoncturelle des différentes normes,


4
Espabès-Pistre et alii, (1996).

18
o: accepter et défendre l’assignationRetournement sémantique
identitaire (ex. identité ethnique dénigrée dans le cas d’enfants
étrangers adoptés),
oRecomposition identitaire : se renommer, changer de statut dans
la fratrie (devenir l’aîné),
oIdentification catégorielle des normes, des statuts et rôles,
oIdentification de maîtrise et d’accomplissement,
oAction collective (dans le cas de fratrie ou entre pairs),
oInfluence d’un référent (humain, animal, présent ou non),
oRapport identitaire au savoir scolaire, à d’autres savoirs.
Enfin, les stratégies de projet se mettent en place pour envisager le soi
primordial, lesoi à venir dans un futur proche et lointain, le soi ici et
ailleurs, le soi d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
oComparer les situations, le présent et le passé, envisager l’avenir
(formuler un serment sur l’être ou le faire à venir : école, projet
professionnel, existentiel),
oAnticiper, planifier sa journée, ses actions, se mobiliser, réajuster
son projet lorsque celui-ci est contrarié, dénigré, espérer, rêver,
oEfforts cognitifs et comportementaux pour repenser le soi d’hier,
le soi futur : pensées, écritures, discours.
2.3 L’issuepour l’enfant/adolescent
Au moment de la sortie physique de la maltraitance, il n’y a pas, pour
l’enfant/adolescent résilient, de désorientation spatio-temporelle (Lemay,
1993), de troubles du langage et de la communication (Blager et Martin,
1996). L’enfant/adolescent a, au contraire, développé une compétence
d’apprentissages biographiques. Elle renvoie à la capacité à apprendre et à
améliorer ses apprentissages en lien avec la réalité vécue à savoir les
différentes pratiques parentales. Cette compétence est issue des différentes
stratégies puisque chacune des stratégies renvoie à un processus
d’apprentissage. Concernant la stratégie identitaire reliée à la socialisation,
cette stratégie qui est l’incorporation volontaire de normes, de statuts et de
valeurs d’un groupe aboutit à plusieurs apprentissages spatiaux, temporels,
relationnels et communicationnels. La stratégie de projet comprend
intrinsèquement l’apprentissage puisque le projet scolaire suppose
d’apprendre, d’augmenter ses ressources pour pouvoir réaliser ce projet. Le
projet de soi primordial est aussi un apprentissage puisque résister, c’est

19
aussi apprendre à vivre, développer certaines valeurs. Les apprentissages
réalisés sont des apprentissages biographiques c’est-à-dire en rapport avec
la réalité spatiale, temporelle, relationnelle, communicationnelle et sur les
projets. Les stratégies de coping relèvent de l’apprentissage puisqu’il s’agit
de développer des stratégies pour augmenter ses ressources mises en danger
par la situation de maltraitance. De même, les stratégies de positionnement
renvoient à l’apprentissage de rôles (parent/enfant). Ce sont des
apprentissages biographiques puisqu’ils sont en rapport avec la réalité vécue.
De ces apprentissages, naît une expérience biographique
(DeloryMomberger, 2005) puisque l’enfant/adolescent a transformé une situation en
un ensemble de savoirs. Ila fait une expérience car il a catégorisé, étiqueté,
analysé, décrit une situation. Cette expérience entre dans la réserve de ses
savoirs biographiques autrement dit dans sa mémoire autobiographique. Il y
aura à les transformer c’est-à-dire à transformer ces savoirs biographiques
réfléchis en savoirs plus abstractifs afin qu’ils deviennent une ressource. Dit
autrement, il aura à transformer ces savoirs de sa mémoire autobiographique
vers des savoirs vers sa mémoire sémantique, transformer une expérience en
connaissances pour soi et les autres. C’est ce que fait l’adulte ex-enfant
maltraité lorsqu’il écrit son récit d’enfance maltraitée résiliente.

3

La résilience à long terme pour l’adulte écrivant

L’adulte écrivant ex-enfant maltraité donne forme dans et par le récit
d’enfance maltraitée résiliente à son expérience biographique de
maltraitance selondeux aspects: il transforme son savoir biographique
réfléchi en savoir biographique abstractif d’une part, et d’autre part, le récit
transforme ses stratégies en ressources biographiques. Autrement dit, il
développe une capacité à donner forme à son expérience biographique de
maltraitance, et ce, de deux façons. Dans et par le récit, l’adulte transforme
son savoir sur la maltraitance en tant que pratique familiale, son savoir sur
lui du point de vue des relations et sur les activités qu’il a pu/dû développer.
En effet, selon une approche en termes derapport au savoir(Charlot, 2002),
il a développé un savoir/apprentissage objet, activité et relation. Le savoir
objet renvoie à la maltraitance lorsque par exemple, l’adolescent se
considère comme unenfant battu, maltraité. Le savoir activité découle des
apprentissages des différentes pratiques parentales: savoir maîtriser une
activité comme le désherbage, le ménage, la cuisine autrement dit en rapport
avec les pratiques spatiales et temporelles. Le savoir relation est le savoir sur
les relations et la communication avec l’adulte maltraitant. Ainsi, lorsque le
récit part d’un concept, maltraitance ou résilience, ces savoirs d’enfant
passent d’unfonctionnement cognitif réfléchià uncognitif fonctionnement