Adolescents limites, limites d

Adolescents limites, limites d'adolescence

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Français
157 pages

Description

Certains ouvrages, colloques et diplômes proposent d'aborder les "adolescents difficiles". Ce livre prend le contre-pied de cette idée reçue : les adolescents sont d'autant plus difficiles qu'on les voudrait dociles. Abordons plutôt les adolescents en difficulté psychique par le point de vue des difficultés que nous, professionnels de santé mentale, rencontrons éventuellement avec eux. Cet ouvrage est issu d'une réflexion à propos des adolescents non-demandeurs d'être aidés, un thème largement récurrent dans les supervisions auprès de jeunes collègues psychologues, de travailleurs sociaux, d'éducateurs, ainsi que dans les institutions.

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Date de parution 10 janvier 2020
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EAN13 9782140140198
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Clément Rizet
Adolescents limites, limites d’adolescence
Les consultations difficiles avec les adolescents
ADOLESCENTS LIMITES,LIMITES DADOLESCENCE
Psycho - logiques Collection fondée par Philippe Brenot et dirigée par Joël Bernat Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. Déjà parus Jean-Paul DESCOMBEY,La psychiatrie sinistrée, toujours, 2019. Claudine LEGUEIL BOURDIOL,Promenade en violence. Et si l’agresseur était aussi une personne ?, 2019. Marie-France BLÈS,S’adresser à l’autre, Regards croisés sur le langage de l’adulte, du bébé et de l’adolescent,2019.Bernard MAROY,La dépression et son traitement. Aspects méconnus, Nouvelle édition, 2019. Pierre DELMAS,Petit traité de psycho-mythologie ou le pouvoir évolutif du mythe, 2019. Patrick ALARY,Puisque je passais par là… De la psychiatrie de secteur à la réhabilitation polaire, 2018. Myriam NOEL-WINDERLING,Vaincre vos traumatismes par la méthode IPSCi. Une histoire naturelle de la souffrance et de la guérison,2018. Didier BOURGEOIS,Le syndrome de Schopenhauer, Variante psycho-sociale des troubles du comportement à l’adolescence, 2018. Clément RIZET,Les tentatives de suicide des adolescents. Du Négatif à la Subjectivation, 2018. Walter TRINCA,les multiples visages duself,Traduit du brésilien par Pascal Reuillard, 2018. Sophia DUCCESCHI JUDES,Anorexie mentale, Quand un père passe… et manque, 2018. Agnès VOLTA & Jean-Claude ROLLET,Influence socioculturelle sur la souffrance psychique, Une question de place,2017.
Clément Rizet Adolescents limites, limites d’adolescence Les consultations difficiles avec les adolescents
© L’Harmattan, 20205-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19148-5 EAN : 9782343191485
INTRODUCTIONEn rédigeant cette introduction, je songe à trois cas de Freud : Katharina, Dora et la Jeune homosexuelle. Leur exposé s’étale largement dans la durée de la carrière de Freud et donc dans son élaboration de la théorie, mais aussi de la technique : 1895, 1901 et 1920. De nombreux confrères et consœurs m’ont fait part, lors de supervisions, au même titre que d’autres professionnels de santé mentale ou du travail social, de certaines de leurs difficultés avec les adolescents. J’entends cette « plainte » depuis des années. Correspond-elle à mon expérience clinique ? Oui et non. Cela dépend de certains « facteurs ». Pour avoir échangé longuement sur cette question avec Stanislaw Tomkiewicz, avoir écouté Bernard Brusset et quelques autres, comme Bernard Roch, qui m’a initié à la pratique clinique, j’ai acquis, sinon la conviction, du moins une position dans laquelle je considère que c’est l’attitude contre-transférentielle qui détermine et suscite un certain type de transfert, et donc de collaboration, entre le sujet adolescent et le clinicien. Il en va d’ailleurs de même, à mon avis, entre tous les sujets, et tous les cliniciens. Katharina (1895) est une jeune fille que Freud rencontre par hasard à la montagne, non pas « rue de la montagne », traduction littérale de la rue du domicile et du cabinet qu’il habite. Avec beaucoup d’humour, il décide de tester la méthode qu’il est en train d’inventer « en altitude ». Le récit de ce cas est aussi miraculeux en apparence que le sont certaines rencontres cliniques « fulgurantes » avec des adolescents. J’ai pu en faire l’expérience, notamment lorsque j’étais psychologue clinicien à l’hôpital général, et en centre de crise, plus tard, à la seule condition, peut-être, d’une certaine audace, comme celle qui pousse Freud à tester la méthode psychanalytique « en altitude ». Une audace,
comme celle que Winnicott et Lacan ont su montrer, toute 1 proportion gardée avec moi-même, évidemment . Dora et la Jeune homosexuelle, en revanche, ont semblé être plus « difficiles » avec Freud. D’aucuns ont étudié ce qui avait, semble-t-il, achoppé, du côté de Freud quant au contre-transfert et au « maniement de la cure ». Mais si on est tout à fait honnête, il faut reconnaître que chacun d’entre nous, cliniciens, a vécu des situations bien délicates, en particulier avec des adolescents, qui peuvent avoir l’art et la manière, à cet âge si vif, si créatif et tellement à l’acmé des capacités humaines, de nous en faire voir des vertes et des pas mûres ! C’est de ce type de situations que je voudrais parler ici. Mais j’ai choisi de ne pas m’en tenir aux seuls écueils de la technique ou des aléas des subjectivités et de leur rencontre. Il me semble que le contexte « post-moderne » de notre culture crée un nouveau malaise, au sein duquel les adolescents se perdent souvent dans unno-limit land. C’est que, je le crains, les adultes ont autant de mal à se situer qu’eux. Les conséquences peuvent être gravissimes pour ces gens ne demandant qu’à avoir accès à un destin prometteur. Adolescents limites : oui, mais pas seulement adolescents borderline au sens psychopathologique. Limites d’adolescence : quelle est la limite de l’adolescence ? Je tenterai ici, dans ce qui n’est qu’un essai, de proposer une
1 On sait aussi à quel point l’un et l’autre ont été créatifs, et ont apporté à la théorie une nouveauté fondatrice et cela à partir de leur créativité technique. On sait aussi qu’ils partageaient un intérêt prononcé pour l’anti-psychiatrie et même unevisionla démocratie que j’ose de qualifier de révolutionnaire, qui dépasse le cadre de la Psychanalyse. Lacan envoyait Maud Mannoni en supervision avec Winnicott alors même que ce dernier faisait venir en congrès à Paris Ronald Laing et David Cooper pour le remplacer. Un goût de la liberté, finalement ! Enfin, chacun avait un respect du symptôme qui évidemment tranchera toujours avec les approches objectivistes en psychopathologie.
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réflexion sur ces thèmes et d’articuler problématique individuelle et problématique culturelle. En ce qui concerne la technique avec les adolescents, en fait, ce qu’en dit Freud quand il commence à en établir la méthode, en particulier dans son analyse de L’Homme aux rats, dès 1909, donc, est proche d’être applicable à la lettre, en tout cas pour ce qui est de l’articulation entre la prise en considération du transfert, celle des « associations libres » (qui sont davantage une libération des surgissements de la pensée, comme le nota Jacques Sédat en 2009) et la construction du cadre thérapeutique. Même si Ernst Lanzer (l’Homme aux rats) n’est plus adolescent quand il consulte Freud, cette cure nous ramène nécessairement à son adolescence, ainsi que Roussillon (2010) considère que toute cure d’adulte s’opère en référence à l’adolescence du sujet (et donc de l’analyste). A juste titre, Jacques Sédat écrit qu’en « laissant surgir ses pensées, c’est donc l’analysant qui va déterminer le modèle de la cure et qui va apprendre à l’analyste dans quelle direction se tourner. Le cadre de la cure est défini par ce que le patient va construire à partir de cette ouverture. » Ceci représente un tournant et une avancée considérables dans la technique. C’est un point sur lequel Winnicott a toujours insisté. L’expression « conduite de la cure », véritable poncif psychanalytique, et qui est le négatif de ce qu’il convient d’envisager techniquement, avec les adolescents, est déjà décrié, en général, par Freud. Récemment, Philippe Gutton (2000) a insisté, lui aussi sur cette dimension : c’est l’adolescent qui dirige sa cure ou sa psychothérapie. Mais, dans sa quête de limite, véritable recherche de butée identitaire, de « distinction » et d’auto-étayage prenant sa source dans l’identification, le sujet adolescent en devenir met en lieu et place d’imago le clinicien. Il « s’attache de lui-même à l’analyste et le range parmi les imagos de ceux dont il avait coutume d’être aimé », nous dit Freud dansLa
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Technique psychanalytique(1913).Parmine signifie évidemment pas « comme ». Cependant, chez nos adolescents limites en quête de limites, une place interne en négatif, attend pour que s’y loge ce tiers qui manque et représentera cette butée nécessaire. Là est la place où le clinicien doit veiller à se situer. Ce n’est pas que le psychologue clinicien ou le psychiatre, psychanalystes, ou de cette orientation, ont àremplacer les adultes réellement défaillants de l’environnement de l’adolescent. Mais quand même… Cette instance tierce qui a manqué et continue de manquer, certains ne la trouveront que dans leur cabinet. Il me semble que cette pensée libérée de la logique consciente rationnelle et du jugement moral est plus proche du mode de penser adolescent (ou du jeune adulte) que de l’adulte. Ce surgissement spontané est une survivance de l’enfance. On sait combien cet « exercice » est spontané pour l’enfant. Il faudrait toujours être capable de pratiquer le jeu dusquigglepar Winnicott de façon verbale (1971). employé Cette opportunité avec les adolescents et les jeunes adultes est une aubaine que nous ne devons pas perdre, ainsi que la tentative typiquement adolescente de guider, parce qu’ils ne peuvent pas guider beaucoup d’autres choses, leur psychothérapie elle-même.
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