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Approche structurale de l'autisme et la psychose infantile

De
154 pages
La question de l'autisme met en évidence, aujourd'hui, dans le lien social, ainsi que dans les rapports que la science entretient avec la réalité, un réel absolument opaque et impossible à évaluer. L'autiste est un sujet qui refuse le lien à l'Autre à travers la parole, mais qui n'est pas pour autant en dehors du champ du langage. C'est un sujet hors-discours, mais pas hors-langage. La question de l'autisme et de la psychose infantile sera donc abordée à partir d'une approche structurale.
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© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-79459-4
Psycho – logiques Collection fondée par Philippe Brenot et dirigée par Joël Bernat
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho – logiques.
Déjà parus
Jean-Claude GRULIER,Eugène Minkowski, philosophe de la psychiatrie, 2017. Christian LEJOSNE,Un fil rouge. Ce qui relie l’œuvre d’un auteur à son enfance, selon la théorie d’Alice Miller (Abécédaire), 2017. Marie-Laure BALAS-AUBIGNAT,Identification au traumatisme des petits-enfants de survivants, 2017. Cécile CHARRIER,Tous des monstres. Voir sa violence en face, 2017. Myriam NOËL-WINDERLING,Théorie de la solitude,2017. Arlette VILLA-PORTENSEIGNE,L’expertise sous le regard de la psychanalyse. « Faux-Pas » ou la question des mères, 2017. Sébastien PONNOU,Le travail social à l’épreuve de la clinique psychanalytique, 2016. Souad BEN HAMED-VERNOTTE,Approche clinique de quelques mécanismes pervers narcissiques, La face cachée de la relation, 2016. Mourad MERDACI,Adolescence algérienne. Liens et cliniques, 2016. Paul MESSERSCHMITT et Mélanie DUPONT,Voulez-vous marcher sur la tête ? Témoins, experts et citoyens, 2016. Nadine GOBIN,La relation et le couple, vecteurs de changement. Changer pour aimer, aimer pour changer, 2016. Patrick-Ange RAOULT,Clinique du corps et de l’acte, Devenir psychologue, Tribulations professionnelles d’un praticien chercheur ordinaire, 2016. Martin EGGE,La cure de l’enfant autistique, 2015. Emiléa NKAYÉ,Une problématique de la douleur chronique, 2015. Jean-Claude GUILLAUMUE,Une petite histoire de la psyché ou quelques reflets de l’âme dans le miroir de l’inconscient, 2015. Michel LEMONNIER,Le travail reconnu. Comprendre, analyser et formaliser l’expérience professionnelle, 2015. Jean GODEBSKI,Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne, tu le fais contre la personne, Vers une redéfinition de la fonction paternelle, 2015. Michel DAVID,Soigner les méchants, Ethique du soin psychiatrique en milieu pénitentiaire, 2015.
Alejandro OLIVOS Approche structurale de l’autisme et la psychose infantile
Introduction
La question de l’autisme met aujourd’hui en évidenc e, dans le lien social, familial et pédagogique, ainsi que dans les rapports que la sci ence entretient avec la réalité, un réel absolument opaque, impossible de comptabiliser et d’évaluer. Cette question nous interroge sur un point crucial, à savoir les rappor ts entre le corps et le langage. L’être parlant est fondamentalement un effet du langage su r le corps : il n’y a pas deparlêtre sans un corps et il n’y a pas deparlêtresans le langage. Or, l’autisme met en évidence un sujet qui refuse le lien à l’Autre à travers la parole, mais qui n’est pas pour autant en dehors du champ du langage. Bien que l’autiste soit un sujet pour qui la mutation du réel dans le signifiant n’a pas été pleinement opér ée, bien qu’il refuse la perte inhérente à l’aliénation signifiante, il n’est pas, soulignons-le, un sujethors-langage. L’autiste est un sujethors-discours – discours en tant que fondement du lien social – mais pashors-langage. Même si le sujet autiste se protège de l’intrusio n de l’Autre, il est plongé, dès avant sa naissance, dans un bain de langage qui l’affecte ; l’autiste est dans le langage en tant qu’on parle de lui, qu’il e st inscrit quelque part, qu’il a un nom et qu’il peut être appelé par ce nom. Jacques Lacan faisait remarquer, à propos du cas Dick de Mélanie Klein, que nous ne devons pas confo ndrelangage etparole: « ce n’est pas pareil, le langage et la parole – cet enf ant est, jusqu’à un certain niveau, 1 maître du langage, mais il ne parle pas » . L’autisme représenterait ainsi la manifestation cli nique la plus frappante du réel au sens lacanien, à savoir, ce qui n’est pas pris dans un discours mais qui cependant opère dans la structure, dans le noyau de la struct ure, comme son ombilic même : 2 « l’autisme constitue l’ombilic du rêve de la civil isation moderne » , selon l’expression de Miquel Bassols. Il y aurait donc une homologie d e structure entre ce que l’autisme incarne aujourd’hui dans la civilisation moderne et ce que Lacan a appeléle réel du symboliqueans. C’est, peut-être, dans ce sens qu’Éric Laurent, d La bataille de 3 l’autisme, a intitulé un des chapitres : « L’autisme, un nom du réel » . Depuis la description princeps de Léo Kanner en 194 3, le tableau clinique de l’autisme infantile précoce a été l’objet d’importa nts remaniements, dans les classifications internationales, quant à son étiolo gie et sa prise en charge. En effet, 4 comme l’a bien montré Jacques Hochmann , un changement de paradigme s’est effectué à partir des années 1980, notamment avec l ’apparition du DSM-III. Annoncé comme un progrès scientifique, ce changement de paradigme a entrainé un glissement de la notion demaladie mentalecelle de vers handicap. Une maladie, par définition, est un processus évolutif, rattachable à un ou plus ieurs agents pathogènes, connus ou inconnus, qui, même s’il est actuellement incurable , peut, en droit, être supposé guérir quand on trouvera son remède. Elle a vocation à êtr e soignée. La notion de handicap suppose une déviation fixe à la norme, composée d’u n déficit et d’une incapacité plus ou moins marqués, qui désavantagent le sujet en gên ant son adaptation au milieu, et peuvent seulement être compensés. Il appelle une ré habilitation, un renforcement de l’utilisation des capacités restantes, le développe ment de nouvelles capacités par des prothèses et un aménagement de l’environnement. Dan s le domaine de l’autisme, ce glissement a amené à condamner fermement la dénomin ation de psychose, censée véhiculer une étiologie psychogénétique, marquée pa r une référence aux idées freudiennes. Ce mouvement, caractérisé entre autres par un retour à l’optique organiciste et aux thèses de la dégénérescence refo rmulées dans le langage de la
génétique moderne, conçoit les troubles autistiques comme étant précocement fixés, tels des handicaps non-évolutifs, supposant ainsi u ne dimension passive du sujet, lequel subirait les effets d’une perturbation senso rielle centrale ou d’une absence d’activation de telle ou telle région du cortex cérébral. L’orientation lacanienne conçoit l’autisme, non pas comme une pathologie fixée et irréversible, mais comme une position subjective, r elevant d’un choix inconscient du 5 sujet autiste qui met en jeu « l’insondable décisio n de l’être » , selon l’expression de Jacques Lacan. Réintroduire le sujet, c’est donc in troduire la question de la responsabilité subjective. L’autisme constituerait ainsi, aujourd’hui, la pierre angulaire de la réflexion sur les divergences, et convergence s, entre les notions issues de l’irréductible singularité du sujet et les avancées des neurosciences, lesquelles par leur méthode et leur logique, produisent un savoir unive rsel qui relève d’une « idéologie de 6 la suppression du sujet » , comme s’exprime Lacan dansRadiophonie. Dans la première période de son enseignement, Jacqu es Lacan développe la logique de l’opération constitutive du sujet : dans un premier temps, il y a quelque 7 chose qui « n’était absolument rien » , c’est-à-dire qui n’est pasinscriptible. La scène originaire du cri de l’infanse, – l’enfant crie et l’Autre maternel, par sa répons transforme ce cri enappel–, permet d’illustrer comment le sujet vient à s’i nscrire dans le langage qui le préexiste. Dès lors advient l’ins cription, au champ de l’Autre, d’un premier signifiant – S1 – qui désigne le sujet et l ’aliène au registre symbolique en tant q u emanque-à-êtreit sous la chaîne. Le sujet divisé c’est celui dont l’être est inscr signifiante, celui qui, par l’appelà l’Autre, aconsenti au manqueinhérent au langage et au branchement sur l’ordre symbolique. Or, la clinique de l’autisme montre comment le suje t autiste, par son « refus initial 8 d’appel à l’Autre » , selon la formule de Jean-Claude Maleval,n’a pas consenti au manque. Dans cette première période de l’enseignement de Lacan, l’autisme pourrait alors être conceptualisé à partir de ce qu’Éric Lau rent a proposé d’appeler la 9 « forclusion du manque » . Dans la scène originaire, le cri de l’infansla concerne voixobjet pulsionnel, comme comme objetas’extrait au moment où l’ qui infans fait l’expérience de ce que Lacan 10 appelle « la part manquante, [soit] le mythe de la lamelle » . Le cri de l’enfant, qui sera transformé en demande à travers l’interprétati on de la mère, représente une manière d’appréhender la possibilité de se séparer de cette « part manquante ». L’enfant qui crie réalise l’expérience d’une perte, uneperte d’ordre réel. Quand le cri est transformé enappel, et la réponse de la mère l’interprète en tant que demande, l’enfant est confronté à unmanque symbolique, mais la première perte à laquelle l’enfant est confronté, à travers le cri, constitue untrou réel: le cri concerne lavoixen tant qu’objetaque l’enfant doit céder. Dans le cas de l’enfant autiste, qui ne crie pas, c omme dans la description princeps 11 de Léo Kanner, on pourrait alors dire que « la part n’a jamais manqué » , comme s’exprime Clotilde Leguil. C’est, en effet, la thès e que soutient Jean-Claude Maleval, selon laquelle « la position du sujet autiste sembl e se caractériser de ne pas vouloir 12 céder sur la jouissance vocale » . Les conséquences de cetterétention de l’objet de la jouissance vocaleste. Il en résultecapitales pour la structuration du sujet auti  sont que l’autiste ne place pas savoixdans le vide de l’Autre ; l’objetademeure alors dans le champ du sujet entraînant l’échec dans la consti tution du circuit pulsionnel autour des zones érogènes. La jouissance, n’étant pas régu lée par la castration symbolique, 13 envahit le corps de l’autiste sous la forme de « se nsations auto-générées » , selon
l’expression de Frances Tustin, de stéréotypies psy chomotrices et de crises de colère clastique, avec passages à l’acte hétéro-agressifs et conduites d’auto-mutilation. L’objeta décomplète l’Autre, il impose à l’Autre unestructure de trou avec des bordscuit pulsionnel et pour la, topologie nécessaire pour la mise en place du cir constitution du corps en tant que surface trouée au tour des zones érogènes. Or, quand l’Autre se révèle commenon-troué, non-évidé de la jouissance, la structure du sujet autiste, de manière concomitante, se révèle comme u nesurface plane, sans trous, qui pourrait être mise en relation avec la topologie de la sphère via la Conjecture de Poincaré. Ainsi, comme le soulignent Rosine et Robe rt Lefort, « si l’Autre n’est pas 14 troué, le sujet ne peut rien prélever sur lui et l’ objet reste dans le réel » : regard persécuteur, intrusif, contraignant l’autiste à dét ourner son regard, voire à ne pas avoir de regard, voix persécutrice dont il doit se défend re en se rendant sourd à l’Autre, terreur devant les objets détachables du corps tels que les excréments, ou bien refus de lâcher des mots, équivalents pour lui à une pert e définitive de morceaux de son corps. Dans ce contexte, l’autisme pourrait donc êt re conceptualisé à partir de ce 15 qu’Éric Laurent a proposé d’appeler la « forclusion du trou » . Pour l’autiste rien ne manque ni rien ne peut manqu er ; il n’y a pas de trou, ni rien qui puisse s’extraire pour être logé dans ce trou, à savoir l’objeta. Cette topologie semble se confirmer dans la clinique de l’autisme, notamment avec l’horreur de certains autistes devant les orifices et les trous, qui implique la difficulté majeure pour aller aux toilettes au moment de la défécation. Un exemple paradigmatique c’est le cas 16 des Lefort,Robert, l’enfant au loupr la, qui hurlait devant le trou des toilettes, pris pa terreur car il n’y pouvait pas faire entrer ses fèc es ou se séparer de l’objet anal : dans le registre du réel, il n’y a pas de trou, sauf cel ui qu’essaye de produire une automutilation. En effet, cet enfant essaya de se c ouper le pénis avec des ciseaux, heureusement en plastique, dans une tentative de mu tilation, decastration dans le réel, ce que Jacques-Alain Miller proposait d’appeler « l’entrée en fonction de cemoins 17 qui tente de s’inscrire dans le réel » . Il s’agit alors de produire une négativité, un trou, 18 étant donné que, comme s’exprime Lacan, « au réel, il ne manque rien » . Pour l’enfant au loup, cette tentative decastration dans le réel serait donc une manière de composer avec cette « forclusion du trou » ; dans l a mesure où il n’y a pas de trou, et donc pas de bord, il s’ensuit l’échec de la mise en place du trajet pulsionnel. Or, en l’absence du circuit de la pulsion, la jouissance – selon la proposition introduite en 19 1987 par Éric Laurent au colloque sur l’autisme de Toulouse fait retour sur un bord, un bord que doit produire le sujet autiste, dans un etentative de guérison comme 20 s’exprime Freud , car il ne dispose pas d’un trou. L’objetaconsistance logique constitue un comme trou réel que l’opération de la castration fait entrer dans la symbolisation en l’i nscrivant en tant quemanque: c’est le moment où ce réel inassimilable est localisé dans l ’Autre comme ce qui manque au sujet, commeobjet perdu, et donc désirable. L’objeta en tant quecause du désir devient alors « agalma »,objet du désir, objet visé qui est à chercher au champ de l’Autre, et c’est à partir de ce moment qu’on peut parler demanque. La castration implique le passage du registre dutroucelui du à manquela mesure où le sujet dans perçoit ce manque dans l’Autre à travers le phallus en tant qu’élément négativé, ce qui s’écrit(–φ). Puis, dans la dernière période de son enseignemen t, Lacan fera du phallus une fonction de nomination, ce qui s’écritΦx. 21 Suivant Sophie Marret-Maleval , Lacan aborde ici la question de ce qui ne peut pa s être nommé, ce qui n’est pas nommable, autrement di t :ce qui ne cesse pas de ne pas
s’écrire. La notion de trou se précise alors comme étant de l’ordre du sans-nom, elle relève de l’innommable, tandis que le manque relève de la nomination. Le manque est un trou nommé par la fonction phallique : le manque est une nomination du trou. Le manque se situe au niveau de l’être ; le trou se si tue au niveau du réel. L’être et la question de l’ontologie concernent le sujet détermi né par l’inconscient en tant qu’effet de sens, effet de langage. Le manque s’insère donc dans le paradigme du sens : l’inconscient est structuré comme un langage. L’inconscient freudien est un effet, corrélatif de la question de l’être, dans le paradi gme du sens, que Lacan distingue dans son dernier enseignement du paradigme de l’ex-sistence, dans lequel s’insère la notion de trou. Voilà donc sommairement définies les coordonnées ép istémologiques dans lesquelles s’insère cet ouvrage. Notre intention dans ce travail est d’aborder la qu estion de l’autisme et la psychose infantile à partir d’une approche structurale dont les fondements sont issus de la première période de l’enseignement de Jacques Lacan – soit la période dite structuraliste des années 1950. En nous appuyant su r la formalisation logique de la structure différentielle du système de la langue, e t sur les rapports entre psychanalyse et cybernétique avec la notion de langage formel, n ous proposerons la thèse selon laquelle l’autisme trouverait une spécificité dans ce que nous appellerons la « défaillance de la symbolisation primordiale ». Cette thèse, qui d’emblée semble se présenter avec un aspect déficitaire, pourrait certainement être remise en question par le témoign age et les écrits des autistes de haut niveau. Nous restons donc très prudents quant à sa pertinence dans tout le champ duspectre autistiqueme, en. Elle concernerait plutôt certaines formes d’autis s’étayant surtout sur les descriptions de Kanner, M ahler, Tustin et les Lefort, ainsi que sur nos propres observations d’enfants et d’adolesc ents autistes en Institution de type IME, où l’on accueille beaucoup de cas avec insuffi sance intellectuelle associée. En articulant le refus d’appel à l’Autre avec les d éveloppements de Lacan sur la Théorie du manque d’objetthèse, nous essaierons d’élucider certains aspects de la d’Éric Laurent sur la « forclusion du manque ». Nou s étudierons ainsi la notion d’appel dans la doctrine lacanienne de la frustration, afin de la mettre en rapport avec le refus d’appel à l’Autre mis en évidence par l’indifférenc e à autrui chez l’enfant autiste. La clinique du retrait social sera envisagée dans ses rapports avec les neurosciences et les théories issues de la neuropsychologie cognitiv e, laThéorie de l’esprit, et les notions d’attention conjointede et pointage proto-déclaratif. Nous aborderons aussi quelques aspects des théories issues du mouvement p sychanalytique post-freudien, qui envisagent le retrait social comme une modalité de défense contre des angoisses dites archaïques. Bien que l’autisme ait longtemps été considéré comm e une psychose, beaucoup de cliniciens mettent aujourd’hui l’accent sur des élé ments de clinique différentielle : absence de délire et d’hallucinations verbales, vol onté d’immuabilité, absence de déclenchement, spécificité des productions écrites, et surtout évolution de l’autisme vers l’autisme – du syndrome de Kanner au syndrome d’Asperger. Une distinction entre autisme et psychose infantile sera ainsi envisagée à partir de l’âge de survenue des premiers troubles – le mode d’apparition du tableau clinique s’étant érigé comme critère différentiel depuis la description princeps de Léo Kanner en 1943. Ces deux syndromes se distingueraient ainsi selon le moment d’apparition des troubles : au tout début de la vie dans le cas de l’autisme et, dans l e cas de la psychose infantile, après une période de développement normal. Le moment d’ap parition des troubles semble
donc tracer une ligne de partage : la psychose se d éclenche, tandis que l’autisme serait présent dès la naissance. En tenant compte, bien entendu, que comme l’a déjà souligné Jean-Claude Maleval, « l’opposition n’est pas si radicale : il existe des schizophrénies précoces insidieuses, de sorte que l e moment d’apparition des troubles 22 n’est pas décisif pour un diagnostic différentiel » . Aussi, nous proposerons des éléments pour une sépar ation structurale entre autisme et psychose infantile à partir de la distin ction de deux modalités de la forclusion : la forclusion du Nom-du-Père chez le p sychotique et la « forclusion du manque » dans le cas du sujet autiste. La thèse de la « défaillance de la symbolisation primordiale », de son côté, a des corollaires au ni veau du registre imaginaire qui éclairent la clinique différentielle : la psychose infantile, par la prégnance des phénomènes spéculaires et des troubles de l’identit é, se distinguerait ainsi de l’autisme 23 de type Kanner, « où l’imaginaire ne trouve pas forme dans la relation spéculaire » . La première partie de cet ouvrage sera consacrée à l’histoire de la psychiatrie de l’enfant, depuis la possession diabolique au Moyen Age, l’idiotie et l’imbécillité au XVIII° siècle, en passant par le traitement – consi déré comme l’acte de naissance de la pédopsychiatrie – du jeune garçon muet connu sou s le nom de l’Enfant Sauvage de l’Aveyron et l’élaboration de la notion de psychose infantil e vers la fin du XIX° siècle, jusqu’aux descriptions princeps de l’autisme infant ile précoce par Léo Kanner et de la psychopathie autistique par Hans Asperger. Cet ouvrage est issu d’une thèse de doctorat en psy chanalyse, soutenue en 2012 à l’Université de Paris VIII, sous la direction de Fa bienne Hulak, devant un jury présidé par Jean-Claude Maleval et composé de François Anse rmet et Yves-Claude Stavy.
1 J. Lacan,Le séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud; Editions du Seuil, 1975, p. 99. 2Bassols, M. Entretien à l’Ecole de la Cause freudienne lors de la Soirée de l’AMP, 30 janvier 2017; Par Liliana Salazar-Redon, établi par Alejandro Olivos pour Radio Lacan : http://www.radiolacan.com/es/topic/920/3. 3Cf. E. Laurent,La bataille de l’autisme. De la clinique à la politique; Editions Navarin / Le Champ freudien, 2012. 4Cf. J. Hochmann,Histoire de l’autisme; Editions Odile Jacob, 2009. 5 J. Lacan, « Propos sur la causalité psychique », inEcrits; Editions du Seuil, 1966, p. 177. 6 J. Lacan, « Radiophonie », inAutres Ecrits; Editions du Seuil, 2001, p. 437. 7 J. Lacan, « Position de l’inconscient », inEcrits; Editions du Seuil, 1966, p. 835. 8 J.-C. Maleval, « Une sorte d’hypertrophie compensatoire ou la construction d’un Autre de suppléance », inDu changement dans l’autisme ?; Actes de la journée du 27 mars 1999, organisée par l’ACF/VLB Rennes, p. 43. 9 E. Laurent, « Les spectres de l’autisme », in Revue de la Cause Freudienne, N° 78, 2011, p. 61. 10 J. Lacan,Le séminaire, Livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse; Editions du Seuil, 1973, p. 187. 11 C. Leguil,Le corps lacanien, entre silence et parole; Séminaire de Recherche 2015-2016, Département de Psychanalyse de l’Université Paris VIII. 12 J.-C. Maleval,L’autiste et sa voix; Editions du Seuil, 2009, p. 81. 13Cf. F. Tustin,Autisme et protection; Editions du Seuil, 1992. 14 R. et R. Lefort,Naissance de l’Autre; Editions du Seuil, 1980, p. 392. 15 E. Laurent,La bataille de l’autisme. De la clinique à la politique; Editions Navarin / Le