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Cameroon Radio Television, un grand malade ?

De
214 pages
Voici grandement ouvertes les portes de la cuisine CRTV. Dans cet environnement obsolescent, fait de menaces, de tabous, de lignes de conduite, de vérités et de paupérisation de ses membres, les journalistes, à leur corps défendant, fabriquent des informations prédigéres à servir au bon peuple, sous les regards inquisiteurs des tenants du pouvoir. Dogme des journalistes, extrême inféodation au gouvernement... Nombreux sont les dysfonctionnements qui font de cet organisme un grand malade.
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Raoul Simplice MinloCameroon Radio Television,
un grand malade ?
Diagnostic fonctionnel de l’audiovisuel public
Cet ouvrage ouvre grandement les portes de la cuisine CRTV, ce haut lieu Cameroon Radio Television,
où se concocte depuis des décennies le conditionnement des masses pour
le consensus. Dans cet environnement obsolescent, fait de menaces, de un grand malade ?
tabous, des lignes de conduite, de vérités et de paupérisation de ses membres,
les journalistes, à leur corps défendant, fabriquent des informations Diagnostic fonctionnel de l’audiovisuel public
prédigérées à servir au bon peuple, sous les regards continuellement
inquisiteurs de tous les tenants du pouvoir.
Nonobstant les avancées politiques, économiques et sociales tangibles,
malgré la démonopolisation du paysage médiatique et la troisième
révolution industrielle dont le numérique est le ferment et les soubresauts
qui en découlent, la CRTV peine toujours à changer de cap pour s’arrimer
résolument à la modernité. Elle n’arrive pas à faire son aggiornamento.
L’environnement juridique et réglementaire dans lequel elle se meut, son
statut, le management, l’outil de production, les fnancements, la qualité
des programmes, le dogme des journalistes, les journalistes eux-mêmes,
ainsi que son extrême inféodation au gouvernement et au parti au pouvoir,
sont autant de dysfonctionnements, de maladies chroniques qui font de cet
organisme un grand malade.
Raoul Simplice Minlo est, depuis le 14 février 2001,
journaliste à la Cameroon Radio Television. Licencié ès
langue et civilisation espagnoles et ibériques de l’université
de Yaoundé-I, diplômé de l’École supérieure des sciences et
techniques de l’information et de la communication, option
journalisme radio, de l’université de Yaoundé-II, il est
aussi diplômé de l’Institut français de presse de l’université
de Paris-II Panthéon-Assas, et a déjà passé la moitié de sa carrière au Poste
national de la CRTV. Depuis 2012, il a été mis, à sa demande, à la disposition
d’une entreprise publique de type particulier à Yaoundé, où il occupe le poste Préface de Florent Etoga Eily
de chef de la cellule de la communication.
ISBN : 978-2-336-30091-7
21 E
Cameroon Radio Television, un grand malade ?
Raoul Simplice Minlo
Diagnostic fonctionnel de l’audiovisuel public







Cameroon Radio Television,
un grand malade ?


Raoul Simplice Minlo




Cameroon Radio Television,
un grand malade ?


Préface de Florent Etoga Eily























































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30091-7
EAN : 9782336300917
LISTE DES ABREVIATIONS

AFRIMAP : Africa governance monitoring and
advocacy project
BBC : British broadcasting corporation
CDM : Centre de distribution et de modulation des
fréquences
CT : Cameroon tribune
CTV : Cameroon television
CRTV : Cameroon radio television (Office de
radiodiffusion télévision camerounaise)
ELECAM : Elections Cameroon
EMIA : Ecole militaire interarmées
ESOPE : Etude des systèmes opérationnels pour le
développement
MRC : Mouvement pour la renaissance du Cameroun
INA : Institut national de l’audiovisuel
OCORA : Office de coopération radiophonique
ORTF : Office de radiodiffusion télévision française
OSIWA : Open society initiative for West Africa
OSIMP : Open society institute media program
RDPC : Rassemblement démocratique du peuple
camerounais
RFI : Radio France Internationale
PIDC : Programme international pour le
développement de la communication
RTI : Radio télévision ivoirienne
RTS : Radio télévision sénégalaise SDF : Social democratc front
SOFIRAD : Société financière de radiodiffusion
SORAFOM : Société radiophonique de la France
d’outre-mer
UNESCO : United nations for education, science and
culture organization
(Organisation des nations unies pour
l’éducation, la science et la culture)
UIT : Union internationale des télécommunications
UNC : Union nationale camerounaise


6








Je dédie cet ouvrage
à feu mon père, Biscotin Oyono.
Père, tu as toujours voulu que je dise le droit.
Mais, moi, j’ai choisi de dire la vérité.
À ma petite sœur, Félicité Judith Eyinga,
belle plante, happée par l’ange de la nuit à la fleur de
l’âge.
À tous les pionniers de radio Cameroun, de la CTV et
de la CRTV, pour tous les hauts faits et sacrifices
consentis, merci.
EPIGRAPHE

« ...l’enjeu pour nous citoyens par rapport au
journalisme, c’est que nous avons tous, y compris les
journalistes, des convictions, des préjugés, des
sensibilités voire des croyances. (…) L’enjeu c’est que
puissent surgir des vérités qui nous font réfléchir, qui
nous font changer, qui nous font bouger (…) qui nous
évitent de trop grandes dépressions démocratiques. Ne
pas accorder d’importance à cet enjeu, c’est prendre le
risque de corrompre (…) les causes de transformations
sociales, économiques et démocratiques, s’il n’y a pas
ce rapport construit à la vérité (…) et donc tout l’enjeu
(…) c’est comment amener les journalistes à être
capables de produire des informations qui vont y
compris les déranger eux-mêmes ».

EDWY PLENEL
(Thomas Gauthier, « Edwy Plenel :
être journaliste et rester
citoyen, informer coûte que coûte ? »,
Passerellesud.org,
première diffusion le 13 août 2010)
PREFACE
J’éprouve une gêne certaine d’avoir à préfacer un
travail comme celui-ci, consacré à une institution dont
je m’honorerais d’avoir été le premier Directeur général.
Ce n’est pas une question de modestie, mais de
conscience. Mais, comme le dit un vieil adage juridique
qui a fait depuis longtemps jurisprudence : l’on ne
saurait se prévaloir de sa propre turpitude, lorsqu’on a
mis la main à une œuvre dont les dérives se font sentir
dans le futur. « Nemo auditur propriam turpitudimen
suam allegans »
"Cameroon radio television : le grand malade,
diagnostic fonctionnel de l’audiovisuel public" se veut
un regard froid et sans complaisance de Raoul Simplice
Minlo sur les médias à capitaux publics camerounais.
En saurait-il en être autrement, au regard de la
prédominance excessive de la force publique pour
laquelle la CRTV reste ni plus ni moins qu’une simple
caisse de résonnance. L’indigence d’une offre de
programmes qui n’arrivent pas à soutenir la
concurrence et révulse les publics, une information
décrédibilisée, véhiculée par des journalistes
idéologiquement délégitimés.
Ce livre à tempérament, écrit par un journaliste nous
donne à voir la CRTV autrement. Il remonte le temps et
fait revivre les péripéties qui ont concouru à la création
de radio Cameroun, son évolution, l’avènement de la
télévision et de la démocratie, les maux qui gangrènent
les médias de service public, la situation des journalistes, le tout agrémenté d’anecdotes de plusieurs
acteurs, témoins de l’histoire.
L’auteur nous fait revivre la conception, la gestation
et la parturition de ce qui est aujourd’hui, le poste
national de la CRTV. En effet, le processus de
développement de la radiodiffusion est semblable à
celui relatif à la construction de l’État. D’abord, une
radio coloniale, ensuite une radio autonome et enfin
une radio "indépendante". La période
postindépendance reste significative à cet égard. Elle se
caractérise par un monisme informationnel, une
limitation subséquente de toute expression autre que
l’opinion officielle et la caporalisation des journalistes.
C’est naturellement que la télévision occupe le second et
le troisième chapitres. Il s’agit de son histoire, qui
culminera par une fusion avec la radiodiffusion et la
venue de la CRTV. Ce nouvel organisme ne va pas
fondamentalement changer dans son fonctionnement.
Les survivances du passé monopolistique font ainsi
l’objet du quatrième chapitre. Censure, autocensure,
apologie, demi-vérités, vérités prédigérées, etc.,
constituent la marque de fabrique de l’audiovisuel
public camerounais. La mise en œuvre de ces tares est le
fait de fonctionnaires et agents contractuels aux ordres.
Une subordination organique et fonctionnelle du
journalisme au politique.
L’auteur consacre ainsi le chapitre V à ses confrères.
Pour lui, les journalistes de la l’office incarnent
l’immobilisme et le conservatisme. Ils sont pris en otage
par un système qui les contraint à le soutenir
servilement. Anesthésiés, déformés par l’assimilation
des codes, ils ne sont pas rétribués comme les autres
fonctionnaires à la hauteur des nombreux services
rendus. Cette situation justifierait l’hémorragie des
12 cadres que subit l’entreprise depuis des années. Les
chapitres VI, VII et VIII se penchent sur des sujets
éminemment importants du journalisme. D’abord la
crédibilité qui a pour corollaire la confiance et la
légitimité. La CRTV souffrirait d’une crise de crédibilité
aiguë qui l’a délégitimée auprès de ses publics. L’auteur
illustre ses propos par des exemples pertinents tirés des
faits vécus par le Cameroun il y a quelques années.
Ensuite, il évoque les problèmes d’éthique et de
déontologie dont la trame principale est la corruption.
Enfin, l’environnement juridique et réglementaire dans
lequel se meut l’organisme. Un environnement en
déphasage avec les réalités de notre temps. Raoul
Simplice Minlo donne quelques pistes de réflexion pour
une refondation de l’organisme en charge des médias de
service public afin d’oxygéner la démocratie
camerounaise en construction.
Nous admirons le courage de ce jeune compatriote
qui met sur la place publique un problème qu’aucun de
ses devanciers dans le métier n’a osé évoquer jusque-là.
Au lieu de chercher l’exil comme plusieurs de ses
respectables ainés, en lieu et place du silence (obligation
de réserve) dicté par des textes d’une autre époque, des
préoccupations carriéristes des uns et des autres, la
peur d’éventuelles représailles de l’ordonnateur de
l’information au Cameroun, Raoul Simplice Minlo a
décidé de dire sa part de vérité sur la CRTV, d’aborder
des sujets qui fâchent, de mettre sur la table la
problématique des médias de service public dans une
démocratie en construction et à l’ère du tout
numérique. Cette contribution intellectuelle est d’autant
plus intéressante qu’elle survient au lendemain des
états généraux de la communication. Des assises qui
n’ont pas osé s’y aventurer, se contentant de faire le
procès de la seule presse privée. Or, la CRTV mérite
13 qu’on s’y attarde. Que l’on s’en préoccupe également et
très sérieusement.
En effet, les médias à capitaux publics sont
aujourd’hui au cœur des enjeux cruciaux. Dans les
démocraties avancées, la réflexion sur l’avenir des
médias de service public est décomplexée et en phase
avec le dynamisme de l’époque actuelle qui se manifeste
pratiquement dans tous les domaines. Au Cameroun,
les médias de service public doivent indubitablement
faire l’objet d’une attention soutenue au même titre que
les institutions politiques qui en sont des gages, parce
qu’ils sont de toute première importance dans
l’édification d’une démocratie crédible. L’élargissement
des publics, la graduelle dispersion mondiale des
images, l’universalisation croissante des débats
politiques et sociaux, les pressions économiques, la
révolution numérique et la concurrence avec les médias
commerciaux, internationaux et internet, imposent leur
refondation. Cet état de choses suppose une nouvelle
vision de l’environnement juridique et réglementaire,
des approches novatrices des métiers de l’audiovisuel et
une prise de conscience de nouvelles responsabilités des
journalistes.
L’époque où la radio et la télévision étaient conçues
de manière normative est révolue. L’utilisation assumée
par le personnel politique des médias de service public
comme porte-voix du gouvernement pour « la
fabrication du consentement » selon l’expression du
linguiste américain Noam Chomsky, relève d’une autre
époque. Les journalistes fonctionnaires, agents du
développement et d’une information caporalisée, sont
des pièces de musée. Le temps du monopole de la
communication verticale est désormais achevé, dont la
14 CRTV fut et demeure le modèle parfait, le creuset d’un
système médiatique aujourd’hui dépassé.
La nouvelle vie politique en construction au
Cameroun impose donc des médias de service public
"nés de nouveau". C’est-à-dire, des médias en phase
avec les changements rapides du paysage médiatique et
technologique actuel, ainsi que les évolutions des
attentes du public. L’auteur évoque l’urgence d’un
aggiornamento. Une adaptation de la CRTV à
l’évolution du monde. C’est dire que l’organisme est
resté figé, statique, paralysé par les pratiques de
l’époque monopolistique et le poids des responsabilités
qui pèse toujours sur lui.
L’urgence d’un éclatement de cet organisme ainsi que
je l’avais souhaité semble plus que jamais s’imposer.
Une télévision et une radio fonctionnant chacune de
manière autonome, paraissent être plus aptes à jouer le
rôle que l’on est en droit d’en attendre. Cela serait
d’autant plus facile que les structures en place
permettent de réaliser cette répartition indispensable
sans dépense, ni structure nouvelle à créer ou à mettre
en place. Cependant, il urge au préalable de bien définir
les missions des différentes structures tout en veillant à
ce que les conditions juridiques, techniques, financières
et organisationnelles adéquates soient assurées. Cette
refondation souhaitée suppose également que soit
introduit le concept de gouvernance qu’évoque Raoul
Simplice Minlo avec pertinence dans ce livre. Une
innovation dans le secteur des médias publics au
Cameroun et en Afrique qui permettra à la radio et à la
télévision à capitaux publics une prise en compte
efficiente du nouveau contexte politique, sociétal et
économique. Ainsi donc, l’organisme en charge de
l’audiovisuel public saura se manifester comme le fruit
15 de son temps. Cet aspect à la fois critique et
prophétique des médias à capitaux publics me paraît
indispensable pour la mission qui devrait être la sienne
à notre époque de démocratie apaisée. Je ne puis qu’en
rendre hommage à mon jeune compatriote Raoul
Simplice Minlo qui ouvre ainsi une brèche sur ce que
sont la radio et la télévision au sein des pays que nous
considérons aujourd’hui comme des modèles du genre.


FLORENT ETOGA EILY
(Premier directeur général de la
SOPECAM et de la CRTV)

16 INTRODUCTION
Bamenda, 26 mai 1990 dans l’après-midi, le Social
Democratic Front, formation politique nouvellement
créée en marge des lois et règlements de la République,
décide de bouleverser le microcosme politique
camerounais en organisant un meeting de lancement de
ses activités. L’article 3 de la constitution du 02 juin
1972 dispose en effet que les partis et formations
politiques concourent à l’expression du suffrage, se
forment et exercent leurs activités conformément à la
loi. Mais le pouvoir établi au Cameroun se passera bien
de prendre cette loi, nécessaire à la création et à
l’exercice des activités des partis politiques. Il s’agit
d’une technique de l’abstention législative, une des
variantes majeures de la technique de l’abstention
normative bien connue des socio-politistes. « La
technique de l’abstention législative en l’occurrence,
consiste à ne point prendre cette loi d’application, ce
qui rend impossible la mobilisation de la disposition
1constitutionnelle concernée ». Aucun autre parti ne
pouvait donc se créer. La manifestation est par
conséquent légitimement proscrite par les
représentants du pouvoir central.
Face aux nombreux militants de ce nouveau parti,
bien décidés à outrepasser la prohibition, les unités de
gendarmerie et de police. Elles ont pour mission de
faire respecter la décision de l’autorité administrative.

1 Fabien Nkot, « Usages politiques du droit de la presse au
Cameroon. Notes de sociologie politique du droit », Polis/R.C.S.P.
/C.P.S.R. Vol. 13, numéros 1 -2, 2006, p.6. La tension est vive. Les forces de l’ordre chargent et
cognent. Bilan : six morts. Six Camerounais. Six
militants dont une femme perdent la vie par balles.
Le lendemain, 27 mai, au journal dominical de 8
heures du poste national de la CRTV, Zacharie
Ngniman, alors rédacteur en chef et présentateur
vedette annonce dans un long communiqué
gouvernemental, signé du ministre de l’Information et
2de la Culture, Henri Bandolo , que les militants du SDF
tombés la veille ont été piétinés par leurs camarades
lors de la charge des forces de l’ordre. La presse privée
parlera avec sarcasme de « morts piétinés par balles ».
Cette information sera diffusée en boucle dans les
bulletins d’informations et tous les journaux parlés. Le
soir à la télévision, les journalistes anglophones seront
plus subtils. Dans un commentaire de Julius Wamey,
cette information émanant du gouvernement sera mise
au conditionnel dans le journal télévisé de 19 heures 30,
présenté par Eric Chinje. À 20 heures 30, Zacharie
Ngniman reviendra plus en détail sur cet évènement à
la télévision, avec des images bidouillées car « A la
demande du directeur général, j’ai relaté et commenté
la marche de Bamenda avec un support d’images dont
je suis incapable à ce jour, de situer la provenance.
Mais je pense qu’elles n’avaient pas été tournées par la
3CRTV... » . Bamenda qui a vu naître la télévision
nationale, verra également la première fille du
Renouveau se déliter dans le soap opéra.

2 Henri Bandolo Ondoua dit HB (1943-1997), journaliste émérite, le
tout premier de la corporation à occuper le poste de ministre au
Cameroun. Il a été ministre de l’Information et de la Culture (1988-
1990).
3 Zacharie Ngniman, Cameroun : la démocratie emballée,
Yaoundé, Ed. Clé, 1993, p.35.
18 Le 16 juin 1990, Zacharie Ngniman et le responsable
du service politique à la CRTV, Antoine Marie Ngono,
vont adresser une lettre ouverte à l’autorité de tutelle, le
ministre de l’Information et de la Culture. La
correspondance est intitulée : « Le droit d’informer
pour la presse officielle, aussi ». Les deux journalistes
s’insurgent en effet contre ces vérités gouvernementales
qui leur sont imposées et revendiquent la possibilité
d’exercer enfin librement leur métier en toute
responsabilité. A leur avis, il faut que les médias à
capitaux publics, par ailleurs accusés depuis des lustres
d’être une caisse de résonnance de l’Union nationale
camerounaise (UNC) d’abord, du Rassemblement
démocratique du peuple camerounais (RDPC) ensuite,
et du gouvernement enfin, de parti pris et de
désinformation, puissent être responsabilisés à l’effet
d’asseoir leur crédibilité à travers une information
vraie. Une information qui s’en tient au fait, « nettoyée
de rhétorique autant que de convenances, de
prévenances ou de connivences » (Daniel Bougnoux,
1997, p. 37). « …Depuis quelques mois, la presse
officielle est dans ses petits souliers. Elle est
unanimement accusée « de désinformation » de
« ramer à contre-courant » et d’être à la solde du parti
unique au pouvoir… Nous demandons à avoir les
coudées franches dans notre travail, pour prendre des
initiatives qui nous semblent les mieux à même de
contribuer positivement au débat en cours, sans que
nous ayons l’impression de nous faire violence dans
4l’accomplissement de notre tâche... » .
Pour la première fois depuis l’avènement de la
radiodiffusion camerounaise, puis de la CTV dont le
couplage donnera naissance le 17 décembre 1987 à la
CRTV, des journalistes « fonctionnaires » qui sont les

4 Op. cit., pp. 27-28.
19 acteurs principaux de ces médias, ont le courage de
revendiquer le droit de dire aussi la vérité. Enfin la
vérité. Tout un symbole ! En clair, Zacharie Ngniman et
Antoine Marie Ngono se font la voix des journalistes des
médias à capitaux publics. Ces voix qui ne souhaitent
plus être complices des contre-vérités, des demi-vérités
et des informations prédigérées du gouvernement. Ces
deux journalistes, ténors des médias audiovisuels de
service public, conscients de leur responsabilité vis-à-
vis des publics qui aspirent à mieux appréhender le
monde dans sa vérité, refusent de continuer de
propager l’information mensongère et aveugle, de
porter de faux témoignages comme l’interdit la bible
(exode XX, 16), l’éthique, la morale et la déontologie
journalistique.
Au Cameroun et comme dans beaucoup d’autres
pays, le rôle principal des médias à capitaux publics a
toujours été de défendre la politique des gouvernants et
le système établi. La presse officielle, selon les termes
de Maurice Duverger, « sert à persuader les gouvernés
que leur gouvernement est le meilleur possible, qu’ils
vivent heureux grâce à lui, plus heureux que sous
5n’importe quel autre gouvernement » . Les journalistes,
« fonctionnaires » et contractuels, sont pris au piège,
englués dans un paradoxe qu’explique avec pertinence
Marc Paillet : « la société réclame, et même exige une
présentation complète et sans fard des innovations
fondamentales. Elle veut un répertoire abondant des
problèmes, un exposé des solutions possibles….ce qui,
aux yeux de l’establishment, s’accompagne du souhait
que le compte rendu privilégie ce qui existe au
détriment de ce qui pourrait être, et reflète les

5 Maurice Duverger, Institutions politiques et droit constitutionnel,
ecoll. Thémis, 20 éd, Paris, PUF,1990, p.101.
20