Carnets d'un expatrié au coeur de la Chine

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320 pages
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Ingénieur détaché sur un site industriel de la Chine, Christophe Tanguy a tenu, au fil des quelque 30 mois que dura son séjour, un passionnant carnet quotidien dans lequel il a noté les péripéties professionnelles et personnelles qui ont ponctué son immersion dans le monde chinois.

De son arrivée à l'usine jusqu'aux relations d'amitié qu'il tisse avec les Chinois, Christophe Tanguy n'omet rien de ses étonnements quotidiens. Son témoignage est une remarquable chronique de la "Chine intérieure".

« Seize heures, c’est le rush dans les couloirs et les escaliers de l’usine. Le bâtiment se vide en quelques minutes, direction les parcs à vélos et les grands bus articulés blancs et verts.

Quand tout est calme et semble désert, Zhao Zhen me tend une petite clef jaune en me faisant comprendre que c’est celle du bureau. Puis il se prépare à partir en m’expliquant que je dois attendre jusqu’à cinq heures pour fermer moi-même à clé. Peut-être est-ce la contrepartie de la pose repas plus longue dont bénéficient les expatriés ? J’en profite pour mettre un peu d’ordre dans mes affaires, aménager mon nouvel univers de travail. Je n’ai jamais vu des meubles aussi mal finis, pas un seul des tiroirs de mon petit bureau ne ferme correctement. Pire, le panneau avant du tiroir du haut n’est mortaisé que d’un côté et il me faut le tirer avec précaution pour éviter qu’il ne se déboîte. »

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Date de parution 12 juin 2008
Nombre de visites sur la page 299
EAN13 9782818801062
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Carnets d'un expatrié au coeur de la Chine

Christophe Tanguy

Ingénieur de formation, Christophe Tanguy a d’abord acquis une expérience industrielle en France avant de partir comme expatrié dans une joint venture en République Populaire de Chine pour un contrat de trois ans. Depuis son retour, il continue son métier d’ingénieur pour un employeur du nord de l’Europe.

Infos/nouveautés/catalogue : www.maxima.fr

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192, bd Saint-Germain, 75007 Paris

Tél. : + 33 1 44 39 74 00 – Fax : + 33 1 45 48 46 88


© Maxima, Paris, 2008.

9782840015543

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

Sommaire


Page de titre
Page de Copyright
Avant-propos
I – Avant le départ – Transfert de technologie – Rumeurs d’Extrême-Orient – Je pars à mon tour
II – En voiture de Pékin à Tian Jin – Banlieue infinie – L’hôtel Sheraton – Premiers contacts – Cocktail avec mes collègues expatriés
III – Le minibus – Premières présentations – Au restaurant – Au travail – Retour à l’hôtel
IV – En voiture – L’atelier de mécanique – La maison d’hôtes de notre partenaire chinois – Le bureau d’études – L’atelier de bobinage – Divergences sur les matériaux
V – Au bureau d’études (suite) – Mécaniciens et électriciens – Mauvaise découpe à l’atelier – Après le travail
VI – En taxi – Achat d’une bicyclette – Au restaurant – En vélo parmi les Chinois – Première panne – S’orienter dans Tian Jin
VII – Train et taxi en Chine Populaire – Que de sacs en plastique ! – Sur la Grande Muraille – Problèmes de véhicule
VIII – Réunion du comité de direction – Effets de voix – Jogging dans les faubourgs – Soudeur, un métier féminin – Première leçon de chinois – À la blanchisserie – Le service informatique – Aux toilettes – Réunion du Parti
IX – Dans Tian Jin – Au centre-ville – Le marché aux poissons d’ornement – J’achète un dictaphone – Jogging avec mon directeur – La rue de l’Ancienne Culture
X – Une nouvelle semaine – Au cocktail du mardi – Conséquences des coupures d’électricité – Retour à la blanchisserie
XI – Au marché – En vélo à la campagne – Friches industrielles et pollution – Un train à vapeur – Retour à l’usine – Messe à la cathédrale
XII – Repas d’affaire au Gou Bu Li – Mes malles sont arrivées – Visite du directeur de l’unité de Belfort – Usages des sociétés d’État chinoises
XIII – En discothèque – Jolies filles et piliers de bar – Macabre découverte dans les rizières
XIV – Le pont du 1ermai – Week-end à la plage – Bei Dai He, station balnéaire sur la mer de Bo Hai – Retour par l’omnibus
XV – Nous parlons de Zhao Zhen – Dextérité des ouvrières chinoises – Zhao Zhen et son protecteur – Une jolie Chinoise
XVI – En mission au Si Chuan – Dans l’avion – Discussions techniques – Soirée dansante – Tourisme et gastronomie
XVII – Immatriculation de mon vélo : premières démarches – Ordre et propreté – Le chant des cigales en Provence et en Chine
XVIII – Sorties culturelles à Pékin – Les musées de la Révolution et de l’Armée Populaire – Du renfort pour l’atelier – Manutentions périlleuses dans l’atelier
XIX – Premières chaleurs – J’ai une nouvelle interprète – Un visiteur japonais – Nous parlons à nouveau de Zhao Zhen – Chaulage de la voie publique
XX – Xi Shian, bourgade chinoise – Visite du Pan Shan – À la gare de Xi Shian – Dîner dans une famille chinoise
XXI – Immatriculation de ma bicyclette – Qualité ? Qualité ! – L’usine en fête – Incident au marché – Encore une nouvelle interprète – À l’atelier de bobinage – Le grand nettoyage
XXII – Drôle de bobine – Nouveau séjour à Bei Dai He – Les Russes en vacances
XXIII – À la recherche d’un nouveau logement – Histoires de sous-traitance – Le mariage de l’ingénieur Zheng Gang
XXIV – Le festival d’automne – Voyage à Qin Dao, ancienne concession allemande – Une tentative d’homicide – Une villa – Je déménage – La discothèque du magasin Carrefour
XXV – « Civilised and safe area » – Froid administratif et rigueurs de l’hiver chinois – Au cyber café – Zhao Zhen est destitué – Course d’orientation avec la communauté expatriée
XXVI – Cadeaux de fin d’année – Nouvelle sortie entre expatriés – Fêtes de fin d’année en France
XXVII – Retour à Tian Jin – Je retourne à la discothèque du magasin Carrefour – Nouveau départ en vacances – Arrivée à Kun Min – Voyage en car couchettes – À la découverte du Yunnan : Da Li, Li Jiang – Un médecin traditionnel
XXVIII – Retour de stage « extrême » pour la direction générale – Rencontre heureuse au parc – Productivité chinoise – Avec Zhang Jié – Fermeture « radicale » des portes laissées ouvertes
XXIX – Une dactylo étourdie – Vive le skaï – Moments difficiles pour le transfert de technologie – Les Chinois prennent les choses en main – Ma mission en Chine va-t-elle prendre fin ? – La situation s’améliore
XXX – Les nouveaux diplômés – Une visite à Wu Han – Un technicien allemand –Elastic plan– Du nouveau à l’atelier : nouvelles pièces et changement de direction
XXXI – Visite chez les expatriés allemands – Un bar pour expatriés – À la cantine de TMP – Une visite de Mademoiselle Xiao Xu – Des sous-traitants à problèmes – Un contrat macédonien en négociation
XXXII – Visite express du Secrétaire d’état à l’industrie – L’atelier bouge – Une candidate pour notrejoint venture– J’envisage de passer mon permis de conduire
XXXIII – En voyage organisé au Wu Tai Shan – Salariés des multinationales et lieux saints bouddhiques – Des nouvelles de mon permis de conduire – Minijupe et tabouret
XXXIV – Toujours le permis de conduire – Des visiteurs macédoniens
XXXV – Congés de fin d’année en France – Une frangipane – Nouvel an chinois à Tian Jin – En voyage organisé dans le Fu Jian – Deux journalistes de la télévision locale – Service aux voyageurs de l’hôtellerie locale
XXXVI – Rumeurs alarmantes de la centrale électrique de Yang Guo Xia – En mission dans le Gan Sou – Que de petits pieds ! – Une centrale hydroélectrique sur le Fleuve Jaune – À bicyclette – Difficultés administratives – Tous au travail !
XXXVII – Le permis de conduire : suite et fin – Sous-traitances chez notre partenaire – Une nouvelle copine ?
XXXVIII – Situation comparative desjoint ventures– Un futur plan social ? – 1ermai dans le Shan Xi – Les grottes de Da Tong – Du charbon partout
XXXIX – Nous fusionnons avec notre concurrent – À la recherche du dernier empereur
XL – Avec Kong Ling Jun – Une mauvaise nouvelle – Le bureau de Pékin – Pots de départ – Retour en France

Avant-propos

Élève ingénieur lassé par des études que j’estimais trop scolaires, j’avais idéalisé ma future vie professionnelle en un long parcours de découvertes et d’expériences. Une vision naïve, à peine tempérée par de premiers séjours en entreprise lors de stages industriels. La réalité fut assez différente. Jeune ingénieur, mon premier quotidien fut d’abord fait de routines et d’actions répétitives. Cependant, avec le temps, ma situation s’améliorait, je m’intéressais à la technique et m’adaptais au cadre familial de mon usine. Je m’installais dans la routine ! Quand, après quelques années passées en bureau d’études, un beau matin, mon directeur me convoqua : il m’invitait à m’expatrier dans une joint venture du nord de la Chine pour y occuper le poste de co-directeur d’une division technique.

J’acceptais et, un mois plus tard, je prenais l’avion vers mon nouveau lieu d’affectation. De là date mon récit. La période à venir s’annonçait si riche et si exceptionnelle, que je décidais d’en ramener le témoignage.

L’ouvrage obtenu est un simple récit, une relation d’événements successifs, parfois émaillés de commentaires, où le monde professionnel se mêle au domaine privé et où les préoccupations de l’ingénieur alternent avec la description des lieux.

J’espère qu’il intéressera le lecteur expatrié ou futur expatrié, les salariés des multinationales, leurs actionnaires et d’une manière générale toute personne curieuse d’exotisme.

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I – Avant le départ – Transfert de technologie – Rumeurs d’Extrême-Orient – Je pars à mon tour

Avant le départ

Mon premier contact avec mes futurs collègues chinois avait eu lieu quand toute une délégation était venue à Belfort pour quelques semaines de stage. Jusque-là, nous n’avions au bureau d’études qu’une connaissance succincte de la récente joint venture établie en Chine par notre société. Tout juste nous rappelions-nous que le responsable technique expatrié avait lui aussi suivi une formation dans nos murs moins de deux ans auparavant. Un passage que nous aurions sans doute oublié s’il n’avait été suivi par la signature de plusieurs contrats de sous-traitance. Plus inquiets que curieux, nous appréhendions le départ de notre savoir-faire vers un « paradis social »… même pour le bien de notre société.

C’est dans ce contexte que nous avions accueilli au bureau d’études quatre techniciens et ingénieurs chinois. Des hommes jeunes, mal vêtus, ne parlant pas le français et dont un seul pouvait s’exprimer en anglais. Nous devions assurer pour eux une formation à temps complet en nous répartissant les tâches. Une répartition dont j’aurais normalement été écarté si l’un de mes collègues plus âgé avait été plus disponible et s’il avait su l’anglais. Je me suis donc trouvé chargé d’une formation sur un type de machines que je ne connaissais pas. J’ai d’abord pensé demander à mon collègue de me former pour restituer ensuite ce que j’aurais appris, selon un schéma d’enseignement classique. Un scénario qu’il m’a fallu immédiatement réviser. Nos stagiaires chinois avaient apporté dans leurs valises les plans et schémas préliminaires de leurs premières études. Ils venaient en France, non pas pour bénéficier d’un enseignement général, mais pour faire valider le résultat de leurs premiers travaux et préparer les phases futures de leurs projets. Leurs plans, des reprographies bleues savamment pliées, étaient reliés par de la ficelle à paquet cadeau en petits albums. Le papier était moite, très odorant, avec des restes d’humidité. Déplié, chaque plan révélait un joli travail de plume : des dessins nets, précis, à peine estompés ça et là par le procédé de reprographie. Nous pouvions travailler dans de bonnes conditions !

Transfert de technologie

Mon interlocuteur principal était un jeune Chinois aux traits un peu lourds, aux yeux à peine bridés. Travailleur, seul de sa délégation à pouvoir s’exprimer correctement en anglais, il allait m’accompagner pendant plus d’une semaine.

Au départ, je sollicitais fréquemment mon collègue plus âgé, le dérangeant pour chaque requête de mes stagiaires. Puis, aidé par des dossiers qu’il me confiât, je ne l’interrogeai plus que sur des points précis. D’autant que je découvrais que les machines sur lesquelles il avait travaillé présentaient de nombreux points communs avec celles dont j’avais l’expérience. Tout allait pour le mieux ! Je n’avais qu’à comparer les plans et documents des Chinois avec ceux, tirés des archives, de nos anciens projets… mes stagiaires m’apportaient leur travail, nous en discutions ensemble et éventuellement y apportions les corrections nécessaires. L’examen avançait rapidement, la plupart des plans présentés ne divergeant que très peu de la conception traditionnelle de notre usine : parties statiques, parties mobiles… tout était semblable à nos anciennes machines. Rapidement, leur stock de documents s’épuisa et nous eûmes à réfléchir aux phases futures de la conception. Après quelques discussions sur les orientations possibles, nous décidâmes de travailler sur les parties actives de la machine. Mon interlocuteur m’apporta alors le tracé manuel d’une petite bobine, fruit de ses premières réflexions. Un joli plan qu’il désirait faire reprendre par un calcul informatique pour repartir en Chine avec un tracé automatique. Je l’arrêtais alors ! Notre usine sous-traitant ce type de bobines, aucun programme de dessin n’avait été développé en interne. Il devait se contenter de son tracé manuel ! Étonnement, surprise… ma réponse laissa mon interlocuteur abasourdi. Il était venu pour bénéficier des derniers raffinements de la technologie occidentale et je le laissais repartir avec ses dessins à la plume. Je lui expliquais alors que nous nous contentions d’acheter ces petites bobines à l’extérieur pour les monter et qu’habituellement nous n’en faisions même pas les plans. Venus conforter leurs connaissances, nos stagiaires repartaient avec le doute. C’est du moins ce que je croyais alors. Un fait dont ils ne me tinrent absolument pas rigueur. Comme les autres formateurs, j’eus moi aussi droit à une petite gratification de courtoisie : un éventail en bois de santal et deux boîtes de figurines peintes.

Rumeurs d’Extrême-Orient

Les mois passèrent et cette histoire aurait été pratiquement oubliée si un matin mon directeur ne m’avait convoqué à son bureau. J’étais sollicité pour occuper un poste d’expatrié dans la joint venture où travaillaient mes ex-stagiaires. Un délai de réflexion d’une semaine m’était laissé pour une prise de poste devant intervenir sous un mois. D’une manière générale, quelle que soit leur origine, les informations circulant dans mon usine convergeaient sur un point : nous aurions passé en Chine un marché de dupes. La joint venture ne serait qu’un tonneau des Danaïdes et son activité serait maintenue artificiellement par un filet de commandes provenant des autorités chinoises. Des témoignages directs apportaient également leur part d’inquiétude. Un camarade de cours de la chambre de Commerce m’en rapporta une vision particulièrement glauque :

– L’ambiance de la joint venture ne s’appréhende nulle part aussi bien que dans le minibus assurant la navette entre l’hôtel où résident les expatriés et l’usine où ils travaillent : rappel des problèmes de la veille le matin, inventaire des problèmes du jour le soir. Elle est sinistre. Beaucoup d’expatriés vivent leur journée de travail comme une longue séance d’apnée. Ils prennent un maximum de précautions avant le départ, serrent bien les fesses dans la journée et se soulagent de retour à l’hôtel.

Son témoignage ne fut pas que pessimiste. Il ajouta également une note constructive :

– J’ai une longue expérience des séjours à l’étranger : réussir son expatriation c’est d’abord s’intégrer. Si tu pars, ne te construis pas une existence d’assiégé : évite la navette, évite l’hôtel.

J’allais également entendre un témoignage vécu de l’intérieur, celui de Gilbert Rocheport, un ancien collègue en poste dans la joint venture depuis un an et demi. Il était à Belfort pour quelques jours à l’occasion d’un déplacement sur la France.

Qui allais-je trouver ? Quel témoignage allais-je entendre ?

Mon ex-collègue présentait le visage d’une personne de retour d’une courte absence ! Calme et détendu ! Son séjour chinois ne paraissait pas l’avoir affecté. Ce qu’il me confirma :

– On exagère considérablement nos difficultés quotidiennes et bien souvent celles-ci se limitent à des problèmes de compréhension. Nous vivons, comme la majeure partie de la communauté expatriée, dans un bâtiment annexe de l’hôtel Sheraton… chacun, seul ou en famille y dispose d’un appartement aménagé avec kitchenette. La semaine, un minibus assure la navette avec l’usine : quarante minutes le matin, quarante minutes le soir. Évidemment, tout cela est pris en charge par la société. Tian Jin est une grosse ville de peu d’intérêt, mais assez proche de Pékin où la communauté occidentale est très dense.

Sans totalement infirmer les témoignages extérieurs, celui-ci en relativisait considérablement la portée. Il paraissait bien vivre son expatriation, pourquoi ne la vivrais-je pas bien moi aussi ? Il me donna également des informations plus techniques sur l’organisation interne de la joint venture. Le schéma en était une structure classique en râteau, avec, côté manche, la direction générale et côté dents, un alignement de sous-directions. Plus bas, on trouvait la multitude des Chinois, deux mille au total. Chaque poste de direction était systématiquement bicéphale, ceux de directeur et de directeur adjoint étant alternativement occupés par des Français et des Chinois selon les sous-directions. Une organisation imposée par la répartition égale des parts de capital de la joint venture. En acceptant de m’expatrier, j’allais occuper un siège de directeur adjoint.

Parallèlement, le service des ressources humaines m’avait préparé un tableau de simulation financière. Tout était calculé sur une base salariale de référence France mais avec des horaires chinois. Cette somme, diminuée des contributions sociales et impôts qui auraient été dus si l’activité s’était exercée en France, constituait mon salaire net. S’y additionnaient, pour toute la durée du séjour, une indemnité de dépaysement et un différentiel de coût de la vie. Sur place, tout ou presque était pris en charge par la société : logement, transport travail domicile, impôts, taxes locales… À cela s’ajoutait une indemnité de transfert versée au moment du départ. Les chiffres paraissaient assez engageants. À titre d’image, on rapportait que la charge financière du personnel chinois et celle des expatriés seraient presque identiques.

Je pars à mon tour

Après quelques jours de réflexion, je répondis positivement à la proposition de mon directeur… à son grand soulagement. La date effective de ma prise de fonction fut fixée au premier avril.

J’avais trois semaines pour me préparer. Un délai insuffisant pour obtenir le visa de type « Z » nécessaire à une activité professionnelle en Chine. Mon départ ne pouvant être différé, il fut décidé que je rejoindrai ma nouvelle affectation avec un visa « F », de tourisme. Mon départ devenait éminent.

Les choses allèrent alors très vite. Au bureau, je soldai mes dernières affaires et préparai la transmission de mes dossiers vers mon successeur : un jeune ingénieur longtemps cantonné à des taches de gestion. Mon départ faisait un premier heureux. Dehors, j’alternai les démarches administratives avec les examens médicaux, les mises en garde-meubles avec les rendez-vous… j’étais totalement accaparé par la préparation de mon départ !

Mon indemnité de transfert était conséquente, je l’entamai pour solder mes impôts. Débiteur de la République, je devais fournir à l’administration un quitus fiscal avant mon départ. De leur côté, les autorités chinoises semblaient très préoccupées par les problèmes de santé publique. J’eus à subir, entre autres choses, un test de dépistage du SIDA ainsi qu’un examen clinique complet. En fait, je passai deux examens. Le premier, dans le cadre de la médecine du travail, ayant été déclaré non valide, j’en passai un second à l’hôpital.

Les choses avançaient donc et j’allais bientôt être prêt. Autour de moi, l’annonce de mon départ pour la Chine suscitait diverses réactions, dont la plus répandue était une certaine forme de compassion. Au meilleur des cas, je passais pour un original. Pour couper court à toutes sortes de suspicions, je déclarai n’être intéressé que par l’argent. Mon entourage professionnel en fut soulagé.

Vers cette période je recevais une lettre de la joint venture : une feuille couverte d’idéogrammes avec leur traduction française. Mon futur binôme, Monsieur Zhao Zhen, par l’intermédiaire de son interprète, Mademoiselle Chen, me souhaitait la bienvenue.

Mon départ approchait : j’organisai mes derniers pots, vidai mon appartement, saluai mes voisins… Je n’avais plus qu’à prendre le train pour Paris, passer le week-end auprès de mes parents et enfin monter dans l’avion pour Pékin.

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II – En voiture de Pékin à Tian Jin – Banlieue infinie – L’hôtel Sheraton – Premiers contacts – Cocktail avec mes collègues expatriés

En voiture de Pékin à Tian Jin

Mardi premier avril, première journée en Chine et première impression : l’odeur, le tarmac de l’aéroport de Pékin exhale des relents de remise humide. La Chine sent le renfermé !

Le débarquement s’effectue comme dans toute zone aéroportuaire : descente de l’avion, attente sous une petite pluie froide sur la piste, montée dans une navette jusqu’au terminal. Seule la présence de quelques employés à bicyclette rétro apporte une touche locale. Les bâtiments de l’aérogare semblent relativement anciens. Les couloirs sont rectilignes, les murs verticaux, les escaliers alignés. Ici pas de structure métallique apparente ni de croisements d’escalators comme dans les aéroports les plus récents. La réception des bagages est aisée, les formalités rapides et, très vite, j’atteins le hall d’arrivée.

J’y suis attendu par un chauffeur de la société, un type robuste portant veste et chemise à col ouvert. Il est chaussé de baskets. Il était là avec sa petite pancarte, attendant comme le font tous ses collègues du monde entier. Il ne parle ni l’anglais, ni le français, baragouine quelques mots inintelligibles, prend une de mes deux valises puis m’invite à le suivre. Le hall d’arrivée est tout en largeur, d’un côté l’aérogare, de l’autre le parking de plain-pied, vite traversé. La voiture est une Volkswagen Santana bleu nuit. Les vitres, à l’exception du pare-brise, ont toutes été recouvertes d’un film plastique noir. Les sièges sont habillés de housses à bordure en dentelle anglaise. Il y règne une atmosphère de confessionnal !

Après avoir acquitté un péage, nous traversons une zone suburbaine avec des hôtels, des immeubles anonymes, des hangars au milieu de friches et partout d’immenses panneaux publicitaires. La circulation est assez fluide : quelques camions mais surtout des automobiles, essentiellement des Santana, pas de cyclistes. Après dix minutes de ce trajet l’urbanisation se fait plus dense, les constructions plus nombreuses, plus hautes, jusqu’à ce que nous arrivions à une grande rocade, Pékin sans doute.

De loin, la ville se présente comme un front gris d’immeubles uniformes dont dépassent ça et là de grandes tours. Seule présence humaine, des cyclistes et des triporteurs que l’on aperçoit en contrebas. Le long de la voie des halls d’exposition, des centres commerciaux, des restaurants. Tous avec de longues bannières pendues à leur façade. Tout ceci dure environ vingt minutes, puis nous nous engageons sur une bretelle qui nous mène à la grande barrière d’un nouveau péage. Partout des hommes et des femmes en uniforme vert à casquette plate, depuis les péagistes jusqu’aux sentinelles, pas un civil ne semble travailler ici. J’appréhende un peu cet endroit, à tort car nous passons très rapidement. À la barrière une sentinelle nous salue, nous voilà partis. La route est à deux fois deux voies, la circulation est fluide : presque exclusivement des voitures particulières et des minibus. Le chauffeur reste silencieux, pas de radio à bord, les seuls bruits sont ceux du véhicule. Le paysage est d’un vert sombre, sans relief particulier, avec une succession de champs, parfois des bosquets de peupliers et des étangs presque noirs. De temps en temps des gros villages de maisons de briques, toutes bien alignées en rangs parallèles avec leur mare et leur aire de battage. De grands panneaux nous signalent d’autres destinations en caractères chinois et latins. Après une heure de ce parcours monotone des affiches publicitaires montées sur des structures métalliques apparaissent au bord de la chaussée. Maintenant on peut apercevoir quelques constructions, d’abord rares puis de plus en plus nombreuses : essentiellement des édifices industriels en briques ou en tôles d’acier et enfin un panneau annonce la sortie vers Tian Jin. Nous empruntons alors une bretelle pour accéder au dernier péage, au point frontière plutôt !

Banlieue infinie

Nous atteignons un nouveau monde : des vélos, des triporteurs, des petits taxis jaunes et de gros camions bleu pétrole. La route est toujour s aussi large, mais défoncée, pleine de nids de poule. Au début les constructions se limitent à des établissements de plain-pied : commerces, ateliers, restaurants, puis des immeubles de quatre à cinq étages en brique ou en béton, d’abord isolés puis en blocs, et ensuite de plus en plus hauts jusqu’à une dizaine d’étages. Quelle que soit leur hauteur ils présentent tous la même façade de balcons encombrés d’un bazar indescriptible : vélos, meubles, cages… pas un mètre carré n’est perdu. Et partout des vélos, des milliers de vélos, un flot continu de capes de pluie multicolores, vertes, bleues, roses… Progressivement, la route se resserre pour devenir une rue où les pistes cyclables occupent la moitié de l’espace. L’impression de banlieue est infinie, une banlieue qui aurait mangé la ville. Néanmoins, quelques tours arrivent à sortir de la grisaille, dont une immense colonne de béton, comme un phare gigantesque vers lequel nous nous dirigeons. Bientôt nous arrivons à sa base. Son gros pied elliptique plonge dans un grand bassin triangulaire que nous contournons pour prendre une rue que longe un canal. Ici, cyclistes et automobilistes cohabitent, pas de piste cyclable, mais des caniveaux inondés. En position basse les pédales des bicyclettes dépassent à peine du niveau de l’eau. Enfin, à notre gauche apparaissent des drapeaux américains et chinois, un large portail et des petits taxis en attente… nous sommes arrivés !

L’hôtel Sheraton

Le chauffeur donne un coup de volant, la voiture tourne à gauche, plonge dans le caniveau, en émerge et enfin nous voilà dans l’enceinte de l’hôtel. Il se compose de deux bâtiments distincts reliés par une galerie couverte, tous deux gris et rectangulaires, un grand et un plus modeste dans un petit parc avec une pièce d’eau. Nous nous arrêtons sous la marquise du second, le plus petit. Nous descendons, le chauffeur m’aide à décharger mes bagages. Il y a une porte vitrée à tourniquet avec, derrière, un hall immense, désert. Tout est gris, mais d’une autre grisaille, de marbre cette fois, c’est un désert minéral. Une employée lisse, policée, les cheveux noués en chignon et vêtue d’un tailleur strict, gris muraille, m’accueille. Mes bagages suivent, portés par deux grooms immenses, clones géants de Spirou.

Deuxième étage, la présentation de l’appartement est rapide : une chambre à coucher avec un lit unique, immense, un living bureau salle à manger cuisine, avec un petit réfrigérateur, deux plaques électriques, un four à micro-ondes et une bouilloire. L’état des lieux ne prend pas cinq minutes, le temps de compter les cuillères et les assiettes. L’impression générale est médiocre. Les fenêtres donnent sur une terrasse bétonnée, toutes les ouvertures sont condamnées… Le réfrigérateur vide me servira de prétexte pour sortir.

Premiers contacts