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Charcot, Freud et l'hystérie

De
190 pages
L'hystérie a été pendant des siècles un objet d'étude et de perplexité pour le monde médical. Ses symptômes ont déroulé leur théâtralité identique et répétitive de l'époque d'Hippocrate à celle de Charcot et de Freud. Les médecins ont peut-être eu le tort de l'avoir abordée comme une pathologie et non comme un phénomène paroxystique de défense naturelle de l'organisme contre un environnement hostile.
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Charcot, Freud et l’hystérie
Acteurs de la Science Collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII et Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille  La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science. Dernières parutions Djillali Hadjouis,Camille Arambourg, Une œuvre à travers le monde, 2012. Jacques Marc,Comment l’homme quitta la Terre, 2012. Georges Mathieu,La Sorbonne en guerre (1940-1944), suivi deJournal de la Libération de Versailles, 2011. Norbert Gualde,L’épidémie et la démorésilience, 2011. Jean-Pierre Aymard,Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguins, 2011. e Pierre Pageot,siècleLa santé des Limousins et des Périgourdins au XIX , 2011. Yves Delange,Conversation au bord de la Sorgue : Jean-Henri Fabre et Louis Pasteur, 2011. André Audoyneau,D’un pays à l’autre. Chroniques d’un médecin colonial, 2011. Roger Teyssou,L’Aigle et le Caducée. Médecins et chirurgiens de la Révolution et de l’Empire, 2011. Henri Delorna,Les Tribulations d'Henri en Pologne occupée (1941-1945). Témoignage, 2010. J. Boulaine, R. Moreau, P. Zert,Éléments d'histoire agricole et forestière, 2010. Jean Céa,Une vie de mathématicien. Mes émerveillements, 2010. Bernard Faidutti,Copernic, Kepler, Galilée face aux pouvoirs, 2010. David Hanni,Rencontres avec des guérisseurs. Magnétiseurs, radiesthésistes et rebouteux en Champagne-Ardenne, 2010. Richard Moreau,Pasteur et Besançon. Naissance d’un génie, 2009. Jean Dominique Bourzat,Une dynastie de jardiniers et de botanistes : les Richard. De Louis XV à Napoléon III, 2009. Thomas de Vittori,Les notions d’espace en géométrie, 2009.
Roger Teyssou Charcot, Freud et l’hystérie
Du même auteur La médecine dans le sang. Gabriel Andral, pionnier de l’hématologie(à paraître). L'aigle et le caducée. Médecins et chirurgiens de la Révolution et de l'Empire, Editions L’Harmattan, 2011.Une histoire de l’ulcère gastro-duodénal. Le pourquoi et le comment,Editions L’Harmattan, 2009. Dictionnaire des médecins, chirurgiens et anatomistes de la Renaissance,Editions L’Harmattan, 2009. Dictionnaire mémorable des remèdes d’autrefois,Editions L’Harmattan, 2007. è è Quatre siècles de thérapeutique médicale du XVI au XIX siècle en Europe,Editions L’Harmattan, 2007. La Médecine à la Renaissance,Editions L’Harmattan, 2002. © L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99465-2 EAN : 9782296994652
En effet les grands hommes sont précisément ceux qui ont apporté des idées nouvelles et dé-truit des erreurs. Ils n’ont donc pas respecté eux-mêmes l’autorité de leurs prédécesseurs et ils n’entendent pas qu’on agisse autrement envers eux. Claude Bernard Les idées sont plus entêtées que les faits.  J.M. Charcot Notre pauvre raison dont nous sommes si fiers, est fragile et combien nous sommes suggestibles, 1 hallucinables, automates à nos heures.  Hippolyte Bernheim Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent, mais ne doutez pas de vous-même.  André Gide
1 Bernheim H.,Op. cit., 501.
 Collection particulière
Introduction Dans l’aliénation mentale, nous voyons les troubles les plus extraordinaires de la raison, dont l’étude est une mine féconde où peuvent puiser le physiologiste et le philosophe ; mais les diverses formes de la folie ou du délire ne sont que des dérangements de la fonction normale du cerveau, et ces altérations de fonction sont, dans l’organe cérébral comme dans les autres, liées à des altérations ana-tomiques constantes. Si, dans beaucoup de circonstances, elles ne sont point encore connues, il faut en accuser l’imperfection seule de nos moyens d’investigation. D’ailleurs ne voyons-nous pas certains poisons tels que l’opium, le curare, paralyser les nerfs et le cerveau sans qu’on puisse découvrir dans la substance nerveuse aucune alté-ration visible ? Cependant nous sommes certains que ces altérations existent, car admettre le contraire serait admettre un effet sans 1 cause. Toute l’œuvre de Charcot était basée sur ces prémisses positi-vistes. Celle de Freud les ignorait superbement, avec un soupçon de réserve toutefois (on ne saurait trop préserver l’avenir), car il écrivait : On doit se rappeler que toutes nos connaissances psychologiques provisoires doivent être un jour établies sur le sol des substrats orga-niques. Il semble alors vraisemblable qu’il y ait des substances et des processus chimiques particuliers qui produisent les effets de la sexua-lité et permettent la perpétuation de la vie individuelle dans celle de 2 l’espèce. Tout l’enjeu de l’interprétation de l’hystérie résidait dans ce dilemme : d’un côté un scientifique novateur qui tentait d’appliquer la
1 Claude Bernard,La science expérimentale, Paris, 1878, 400-401. Freud,Gesammelte Werke, X, 143.2 9
méthode expérimentale à l’étude d’une névrose, de l’autre un médecin qui réintroduisait la philosophie dans l’étude des maladies mentales. Charcot était le lucide contestateur de Pinel et d’Esquirol. Freud était leur génial continuateur. Georges Dujardin Beaumetz (1833-1895) en 1891 affirmait que par ses manifestations étranges,l’hystérie a sup-primé le mot impossible de la pathologie. Il ajoutait, avec quelque désappointement, qu’elle était hors d’atteinte de toute thérapeutique, d’une part en raison du rôle essentiel joué par l’imagination dans les perturbations nerveuses qui la caractérisaient, d’autre part du fait de la tendance de ces malades à tromper leur entourage et leurs médecins, aptitude qu’il interprétait comme un délire malicieux. Pour finir, le thérapeute en était réduit à reconnaître que dans cette névrose,tout 3 peut échouer et tout peut réussir. Or on peut imaginer que l’hystérie ne corresponde pas à un dys-fonctionnement du système nerveux et résulte d’un fonctionnement normal mais inhabituel. Ce serait dès lors un trait constitutif du com-portement de l’être humain comme le fait d’éprouver de la joie, de la peine, de l’anxiété ou de la colère, par contre dans la démesure. Ce serait la réponse excessive à un stimulus disproportionné, à un agent provocateur monstrueux, générateur de manifestations mobilisant en masse et dans le désordre toutes les ressources sensorielles, sensitives, motrices et végétatives de l’organisme. Que sa nature soit physique, comme le traumatisme provoqué par une blessure de guerre, ou moral, comme un deuil, ce stress se traduirait par une inhibition du contrôle qu’exercerait le cortex sur les comportements somatiques, et suscite-rait la libération de réactions plus archaïques de défense. Le néocortex passerait la main au paléocortex. Le pilotage humain deviendrait un pilotage automatique. Ce ne serait pas le surgissement de concepts anciens refoulés qui provoquerait la crise, mais la substitution d’une activité instinctive à une activité raisonnée. On comprend mieux l’attitude de l’inquisiteur qui y voyait une possession diabolique. L’hypothalamus pourrait effectivement s’identifier à Satan : il incarne ce que le système nerveux a de plus animal, de bestial aurait-on dit au Moyen Age. Il est philogénétiquement reptilien, et le serpent était l’incarnation du mal. Sans le savoir, Tomès de Torquemada (1420-1498) était peut-être plus proche de la vérité que Jean Martin Charcot et Sigmund Freud !
3 Dujardin-Beaumetz,Leçons de clinique thérapeutique, Paris, 1891,3, 149. 10