176 pages
Français

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Claude Javeau, témoin de son temps

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Description

Claude Javeau, né à Liège en 1940, professeur émérite de sociologie à l'Université libre de Bruxelles et figure de proue de la sociologie belge francophone, a été l'auteur de plus de quarante livres et d'un nombre considérable d'articles. Se basant sur des entretiens réalisés par Bernadette Bawin-Legros, ce livre passe en revue les grands événements qui ont marqué l'itinéraire de Claude Javeau et les grands thèmes qui ont retenu l'attention de cet intellectuel souvent iconoclaste.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2011
Nombre de lectures 64
EAN13 9782296464858
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.






Claude Javeau,
témoin de son temps










































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55095-7
EAN : 9782296550957






Bernadette BAWIN-LEGROS
Nathalie LENAERTS

Claude Javeau,
témoin de son temps














Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la
dominante reste universitaire, la collectionLogiques Sociales entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou
d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des
phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique
ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes
conceptuels classiques.

Dernières parutions

Maurice MAUVIEL,L’histoire du concept de culture,2011.
Emmanuel AMOUGOU,Sciences sociales et patrimoines, 2011.
Gérard REGNAULT, Les mondes sociaux des petites et très petites
entreprises, 2011.
Brigitte LESTRADE,Travail et précarité. Les « Working poor » en Europe,
2011.
Christos CLAIRIS, Denis COSTAOUEC, Jean-Baptiste COYOS,
Béatrice JEANNOT-FOURCAUD (Éditeurs),Langues et cultures
régionales de France. Dix ans après. Cadre légal, politiques, médias, 2011.
Mathieu MARQUET,Trajectoires sociales ascendantes de deux jeunes issus
de milieu populaire. Récits de vie, 2011.
Jean-Claude NDUNGUTSE,Rwanda. Les spectres du Malthus : mythe ou
réalité ?,2011.
Lina BERNABOTTO,Ces choses non dites et qui font leur chemin,2011.
Bénédicte BERTHE,Le sentiment de culpabilité et les sciences
économiques : les promesses d’une nouvelle relation, Tome 2, 2011.
Bénédicte BERTHE,Le sentiment de culpabilité et les sciences humaines :
la richesse d’une ancienne relation, Tome 1, 2011.
e
Anne COVA,Féminismes et néo-malthusianismes sous la IIIRépublique:
“La liberté de la maternité”,2011.
H. LETHIERRY,Sauve qui peut la ville. Études lefebvriennes, 2011.

I

N

T

R

O

D

U

C

T

I

O

N

Figure de proue de la sociologie belge francophone, Claude
Javeau fut tout d’abord un professeur d’université,
en l’occurrence à l’Université Libre de Bruxelles, passionné par
son enseignement, aimant son métier plus que de raison et
même aujourd’hui à la retraite il continue de dispenser son
immense savoir dans des universités étrangères et aussi en
Belgique sous la forme de conférences. Mais Claude Javeau
n’est pas seulement un professeur d’université qui a publié près
de quarante livres, dont certains sont devenus des classiques tels
queL’enquête par questionnaireouLeçons de Sociologie, c’est
aussi un grand intellectuel qui est passionné par le monde des
idées et par la culture. Grand amateur de musique classique il
voue une adoration à Beethoven; fervent lecteur il aime les
livres qui sortent des sentiers battus ; c’est ainsi qu’il m’a offert
ème
ce qu’il considère comme un des plus grands romans du XX
siècle :La plage de Scheveningende Paul Gadenne.

Mais ce qui caractérise peut-être le plus Claude Javeau et qui
m’a poussée à faire ces entretiens avec lui, c’est que c’est avant
tout un homme sincère qui n’hésite pas à ruer dans les
brancards, à affirmer haut et fort ses opinions même si celles-ci
ne sont pas toujours dans la ligne du politiquement correct. Il
s’est agi pour moi de le considérer comme le témoin de son
temps, un temps qu’il n’a cessé de scruter de son regard
critique.

Côtoyant Claude Javeau depuis plus de trente ans, je peux
me targuer de le connaître bien et d’être une amie fidèle.
Pourtant ces entretiens m’ont souvent révélé un autre homme,
un homme essentiellement de parole, de droiture et, bien qu’il
manie volontiers l’humour féroce, un homme plein de bonté et
de compassion.

7

Fidèle dans ses engagements d’homme de gauche, laïc et
républicain, il n’est inféodé à aucun parti ou faction et sait
reconnaître la justesse d’une idée d’où qu’elle provienne.

Chroniqueur àLa Libre Belgiquedurant plusieurs années il
avait pris l’habitude de commenter l’actualité à son degré le
plus quotidien. Il l’a fait parfois de manière féroce, au point de
s’attirer une réputation d’atrabilaire de la part de ceux et celles
pour qui la servitude volontaire n’est pas un vain mot.

Mais Claude Javeau, c’est aussi un homme de déférence et il
n’oublie pas ses maîtres tels Henri Janne et Georges Balandier,
qui lui ont tous deux ouvert des portes institutionnelles en
même tant qu’ils lui ont offert leur amitié et leur soutien dans sa
longue carrière.

Dans ce petit livre, Javeau retrace son itinéraire depuis sa
petite enfance à Liège, où il est né en 1940, marquée par la
bataille des Ardennes, jusqu’à sa retraite en passant par sa
jeunesse sage, militante et aussi théâtrale puisqu’il fut figurant
dans des spectacles au théâtre de la Monnaie.

Il raconte ce qu’il a vécu personnellement lors de l’Affaire
royale ou de Mai 68, mais surtout il commente l’actualité à la
fois de son pays et plus largement de ce qui a fait l’histoire
récente de notre monde tourmenté et plein de contradictions,
tant dans ses aspects politiques que culturels.

Fait au départ sous la forme d’entretiens nous avons,
Nathalie Lénaerts et moi-même, réécrit ce livre non sans le
soumettre à la critique vigilante de son sujet.

Qu’il soit ici remercié pour les heures passées en 2009 et
2010 avec moi dans son bureau, à l’Institut libre de Bruxelles,
avec l’enregistreur et pour les heures qu’il a consacrées à
réviser le manuscrit.

8

Nous espérons n’avoir pas trahi l’homme.

Bernadette BAWIN-LEGROS

Par souci de cohérence, le présent ouvrage est agencé en
trois parties distinctes.

Tout adepte de Sciences Humaines caresse le doux rêve
d’atteindre l’objectivité, grande quête utopique. Le meilleur
moyen de s’en approcher est de révéler la subjectivité de
l’homme à travers le regard duquel nous allons redécouvrir
notre société, comprendre et intégrer son point de vue. Ainsi
nous commençons ce livre par la présentation deLa vie de
Claude Javeau.

Une fois initiés à son mode de pensées, son langage et ses
origines, nous abordons les grands sujets sur lesquels il porte
un jugement ferme et tranché avec le franc parler qui le
caractérise, à travers la partie consacrée àSes grands thèmes de
prédilection.

Enfin familiarisés avec sa vision du monde, nous sommes
prêts à rentrer dans le vif du sujet principal de cet ouvrage, à
savoirLes grands événements ayant marqué notre actualité.

Pour conclure, nous laisserons le mot de la fin à Claude
Javeau.


Les notes infrapaginales sont principalement issues ou inspirées par
Wikipédia et résultent de recoupements d’articles et d’archives
journalistiques.

9





La vie de
Claude Javeau



Né en 1940, pendant la guerre comme deux autres de ses
frères, Claude Javeau a gardé quelques souvenirs de cette
deuxième guerre mondiale, à la fin de laquelle environquatre
mille cinq cents V1 sont tombés sur sa ville natale de Liège en
1944 et 1945. Il peut encore évoquer des soldats américains
dans les rues, des courses aux abris à l’appel des sirènes, des
premiers aliments exotiques découverts après la libération.

Je me souviens du dernier V1, disait-on, tombé sur Liège à
la fin de l’hiver 44-45 alors qu’on croyait que les hostilités
allaient se terminer. On habitait Rocourt, chez mes
arrièregrands-parents maternels et un V1 est tombé à trois maisons de
chez nous. Du plâtre s’est détaché du plafond de la pièce où
nous dormions, ma mère et mes trois frères, au deuxième étage
de la maison, et je ne sais pas pourquoi ma mère avait redressé
la capote du landau où dormait mon plus jeune frère, peut-être
parce qu’il faisait très froid ; du coup le plâtrasest tombé sur le
landau et non sur le visage du bébé ; on a eu très peur, toutes les
vitres et les portes ont valsé et je crois que j’ai vu ma mère
prier. Peut-être est-ce elle qui me l’a raconté mais moi je crois
l’avoir vu, c’est un très impressionnant souvenir.Un autre
souvenir est celui de ce grand soldat américain noir qui m’a
donné un chewing-gum ; j’étais avec ma grand-mère, c’est elle
qui me l’a repris des mains. J’ai également le vague souvenir
d’un soldat américain qui, en septembre 44, m’avait donné un
ballon, mais en fait il s’agissait d’une capote anglaise. Mon
premier ballon fut donc une capote anglaise. Les Américains
distribuaient des rations de nourriture, c’est ainsi que ma
première banane fut américaine. À cette époque les Américains
étaient synonymes d’abondance. Mon père était très
américanophile, vu que son métier à l’époque consistait à faire
l’interprète entre les Américains et la population belge dans
divers cas de contentieux. Mon père parlait anglais, il l’avait
appris en grande partie tout seul et c’est lui qui m’a transmis,
non pas son amour pour les Américains, mais son goût pour la
littérature anglo-saxonne, que j’ai commencée à lire à l’âge de
douze ans. Mais également quand je vois des livres traduits en
anglais comme « Guerre et Paix » à la télévision, je me rappelle
l’avoir lu en anglais à l’âge de douze ans.


12

Au fond ce qui lui est resté de la guerre ce sont juste
quelques souvenirs marquants, des souvenirs reconstitués bien
sûr, mais surtout le sentiment que la paix était d’une grande
fragilité. Il dira lui-même que lorsqu’il a appris la mort de
Kennedy en 1963, il a cru que la guerre allaitrecommencer.

Les menaces de guerre je les ressens, les sirènes je les ai
entendues et j’ai développé un grand intérêt pour les deux
guerres et particulièrement pour la guerre de 14-18, c’est ce qui
m’a rendu profondément pacifiste: la guerre est à la fois
horrible et ignoble. Pourquoi les hommes se tuent-ils ? Quand je
dis les « hommes » cela inclut aussi les femmes, mais les mâles
surtout aiment la guerre.On peut être aussi forcé de faire la
guerre. J’ai un grand-oncle maternel qui était un résistant, arrêté
en 1941 pour sabotage, il a été fusillé par les Allemands. Il faut
dire que pendant la Première Guerre Mondiale, où il n’avait que
seize ans, il avait déjà été condamné à mort pour sabotage mais
gracié par l’occupant en raison de son jeune âge. Les autorités
belges avaient gardé son dossier qui a été retrouvé par le
Conseil de guerre allemand lorsqu’il a été traduit devant lui.
Après son exécution on est venu chez ses parents remettre 5 000
francs belges de la part de la Reine Elizabeth: à cette époque
c’était une somme importante. Mon père a fait de la résistance
passive, il n’y a pas eu de collabo dans la famille.

Une des valeurs familiales transmise est pour lui la fidélité à
la parole donnée.

Je suis indulgent, je peux comprendre que des gens aient
collaboré, mais pas quand ils se sont enrichis; au fond je suis
un résistant. Je suis admiratif des gens qui ont caché des enfants
juifs pendant la guerre, notamment des gens de Banneux, dans
la campagne liégeoise : lorsqu’on a demandé bien plus tard à
une vieille dame pourquoi elle l’avait fait, elle a répondu : « On
ne fait pas de mal aux enfants… »

Voilà une attitude que j’admire beaucoup, une traduction toute
simple d’un impératif catégorique kantien.

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La guerre en tant que telle aura aussi façonné un aspect de
la personnalité de Claude Javeau.

Il y a deux valeurs au fond que j’ai gardées de la guerre : on
ne triche pas et quand on attaque, c’est à visage découvert. Je
suis sans doute un agressif, mais quand j’attaque j’avertis
toujours la personne visée et le cas échéant je lui envoie une
copie de mes écrits la concernant.

Lorsqu’il a huit ans, la famille Javeau part pour Wavre puis
pour Bruxelles, plus précisément à Auderghem; son père
travaillait à Bruxelles, et depuis 1949 Claude se considère
comme Liégeois émigré à Bruxelles. Il a terminé ses études
1
secondaires à l’Athénée Royal d’Ixelles. À Auderghem il a
habité assez longtemps un quartier petit bourgeois et c’est dans
la rue qu’il a appris le flamand avant de l’apprendre à l’école.

Je suis rentré en «Humanités »à onze ans, j’étais un
gringalet, je n’étais pas maltraité par mes camarades mais
j’essayais de ne pas suivre le cours de gym parce que j’étais
plutôt honteux de mon aspect physique. À partir de la quatrième
année j’y suis parvenu. J’étais plutôt populaire, je faisais rire les
autres et j’écrivais leurs lettres d’amour. J’étais aussi plutôt fort
en thème, premier de ma classe sans que cela me coutât
beaucoup d’efforts.

J’ai été inscrit à l’université à dix-sept ans. Mon père voulait
que je devienne ingénieur civil mais il y avait un examen
d’entrée et les maths n’étaient pas mon fort. Il a alors pensé aux
études d’ingénieur technicien, dans une école technique
supérieure, mais ce n’était pas mon goût. J’ai finalement été
amené à choisir celles d’ingénieur commercial: grâce au fort
soutien de ma mère je me suis inscrit à l’Ecole de Commerce de


1
Equivalentdu lycée en France, à l'époque réservé aux seuls garçons dans
l'enseignement public. L'équivalent, pour les filles, portait le nom de lycée.


14

l’Université Libre de Bruxelles (ULB), bien que mon père
considérait cette université comme un ramassis de débauchés.
J’ai réussi la première année avec une moyenne de 14 sur 20 et
comme je n’ai pas reçu alors de mention je croyais ne pas
pouvoir continuer à obtenir ma bourse d’études ; mon père avait
dit «tu ne continues pas si tu n’as pas de bourse», comme
j’avais quand même une moyenne de 14, cela a suffi pour que je
reçoive encore ma bourse.

A l’ULB je me considérais comme un «libéral »au sens
traditionnel du terme, à ce moment où il n’y a pas de
catholiques au Gouvernement belge alors que de 1884 à 1954 il
y en avait eus de manière permanente. Vers 55-56 les partisans
du parti libéral au pouvoir avec les socialistes étaient considérés
comme de gauche car ils étaient anticléricaux. Mes parents
n’étaient pas de gauche mais en 1960 j’ai viré ma cuti et je suis
devenu membre du cercle des étudiants socialistes. À cette
époque c’est la guerre d’Algérie, et je participe à des
mouvements contre la menace fasciste, je lis des articles de Jean
2 3
Cau contrela torture, et de Roger Lallemand , grande figure du
4
socialisme en Belgique et qui fut l’avocat de Régis Debray,
contre la censure.


2
JeanCAU : (1925-1993) écrivain et journaliste français, ancien secrétaire
de Jean-Paul Sartre et grand reporter à l’Express, auNouvel Observateur, au
Figaro etParis-Match. Par la suite il passe de l’Extrême Gauche à la
« Nouvelle Droite » et se lance dès lors dans une polémique sur le Gauchisme.
3
RogerLALLEMAND :(1932) licencié en philologie romane, docteur en
droit, avocat et ministre d’État belge, connu notamment pour avoir défendu
Régis Debray détenu en Bolivie pour avoir soutenu Che Guevara en 1967.
4
RégisDEBRAY : (1940) écrivain français et médiologue, fils d’un grand
avocat et d’une ancienne résistante, il s’engagea à son tour dans de grands
combats notamment en suivant Che Guevara en Bolivie. Il est arrêté et
incarcéré pendant quatre ans. Il s’est intéressé constamment à la croyance, au
besoin de référence transcendante tant territoriale, doctrinaire que légendaire
vers laquelle se tourne la croyance des gens, garantissant la confiance
réciproque entre les membres de tout groupe, condition au maintien de la
cohésion, de l’ordre social.

15

J’ai participé alors à des tas d’assemblées, de réunions
5
d’étudiants et, quand surviendra la Grande Grève de 60, j’ai
défilé dans la rue derrière les bannières syndicales socialistes.
A l’époque à l’ULB c’est l’effervescence, et les polémiques
constantes entre étudiants socialistes (à la gauche du parti),
communistes, pro-moscou et maoïstes.

J’ai guindaillé mais plus tardivement, car mes parents me
surveillaient. J’ai été dans les boîtes fréquenter les filles mais
j’ai peu consommé. Sexuellement parlant, c’était la période
prélibertaire que j’appelle aussi pré-pilulaire, celle-ci s’étant
répandue à la fin de la décennie.

J’ai décroché mon diplôme d’ingénieur commercial en 1962.
En attendant mon service militaire, commencé en août 1963 et
terminé une année plus tard, j’ai été recruté par l’Institut de
Sociologie de l’ULB comme petite main. Je suis sorti de
l’armée avec les galons de caporal (d’administration) et me suis
marié pour la première fois, avec une amie d’enfance, presque
immédiatement.


5
LaGrande Grève de 60 : Ensemble de mouvements de grève déclenchés en
décembre 1960 contre la «Loi unique», composée de diverses dispositions
visant à instituer des mesures d'austérité, concoctées par un gouvernement de
droite. Elle sera votée, mais à la suite d'un changement de gouvernement
comprenant des socialistes, elle ne sera pas appliquée de manière intégrale.


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L’ACTION SYNDICALE

A la fin des années cinquante, il exista un mouvement de
syndicalisme étudiant. Il s’est démarqué des organisations
étudiantes traditionnelles. C’est l’amorce du mouvement de
démocratisation des études, qui effectivement, entre 58 et 68,
multiplie les effectifs d’étudiants. Une des causes de Mai 68 est
quand même la pression démographique, celle qui a résulté du
baby boom (44-64)les rejetons arrivent alors surles dont
campus. Ce n’est pas la seule cause bien sûr, mais c’est quand
même une des premières à prendre en compte. Sont nés, à cette
époque, à l’ULB, différents mouvements liés à la grande
période de crise de 1960 (et ses grèves) et de laLoi Unique.La
guerre d’Algérie n’a pas eu une influence directe mais a
engendré une politisation des étudiants ; à l’époque, s’est créée
à l’ULB une UGS (Union Générale Syndicale) dont j’ai rédigé
une espèce de manifeste, une plaquette intitulée« Pourquoile
syndicalisme étudiant? »; cette plaquette n’avait rien de
ridicule, elle était sans doute un peu prétentieuse, mais dans
l’air du temps: j’y prônais le droit à la syndicalisation des
étudiants au même titre que les autres catégories de
« travailleurs ».

Ce fut pour moi le premier essai d’écriture publié. On en a
très peu parlé mais je crois qu’un journal flamand en a dit du
bien. J’étaisun syndicaliste-né. Et je me suis découvert plus
tard une vocation de dirigeant syndical, ce que je suis devenu
6
sous l’égide de Georges Debunne . Aujourd’hui, je suis toujours


6
Georges DEBUNNE: (1918-2008) instituteur de formation, cet ancien
secrétaire général de la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB,
d'obédience socialiste) dont il a renforcé la position anticapitaliste, a démarré
sa carrière de syndicaliste en présidant une section locale d’enseignement à
l’âge de vingt ans. En 1973, il contribue à la création de la Confédération

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