Clinique psychanalytique et lien social
126 pages
Français

Clinique psychanalytique et lien social

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Description

Dépassée, la psychanalyse ? Un vent nouveau pousse à l'invention. Les résistances, depuis Freud, se développent. Elles épousent les variations des sociétés modernes. La cure analytique, par exemple, n'a jamais attiré autant de patients. Les arts, la littérature, la musique, le cinéma, mais aussi tous les espaces sociaux, dialoguent avec la psychanalyse. Donc non seulement la psychanalyse n'est pas morte, mais le lecteur va pouvoir lire ici, sous la plume d'un collectif d'auteurs engagés dans la psychanalyse, les lettres qui s'ensuivent de cette bonne nouvelle.

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Date de parution 15 juin 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140039737
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Sous la direction deJoseph Rouzel
Clinique psychanalytique et lien social
Clinique psychanalytique
et lien social
Sous la direction de Joseph RouzelClinique psychanalytique et lien social
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11653-2 EAN : 9782343116532
SOMMAIRE
Rapprochement… ...................................................................... 7 Joseph Rouzel Le désir de l’analyste et le lien social ..................................... 13 Marie-Jean Sauret Psychanalyse not Dead. L’« Idée Punk »................................ 31 Jacques Cabassut Non, non, non, non la psychanalyse n’est pas morte… .......... 55 Joseph Rouzel L’objet fini et mesurable… Cure et création, création et cure.............................................. 65 Geneviève Dindart Affranchissement, une histoire d’amour .................................. 79 Agnès Benedetti Traversées. Accompagner dans les processus de création en formation .......................................................... 89 Claire Lecoeur Pour une clinique du sujet de la citoyenneté en institution médico-sociale ......................................................................... 99 Alain Bozza LES AUTEURS ..................................................................... 117
Rapprochement…
Joseph Rouzel
J’ai rejoint récemment l'APJL (Association de Psychanalyse Jacques Lacan), après bien des hésitations. Hésitations liées à une appréhension : est-ce qu'il ne s'agit pas encore d’une de ces associations de l'entre-soi ? J'avais fait le voyage à Damas aux côtés de collègues de l'APJL il y a quelques années, avant que la grande boucherie s'y déclenche. Je dois dire que ce voyage m'avait laissé sceptique sur les possibilités de l'association d'accueillir du dissemblable. Bref, j'ai tourné autour quelque temps. Et si je m'y suis engagé c'est parce qu'il s'agit à ma connaissance de la seule association de psychanalyse qui mette dans ses statuts et au travail une critique permanente de l'institution. J’ai pris appui sur cet énoncé des statuts de l'APJL : « Enfin, elle encouragera toute initiative visant à prévenir la transformation de l’association en institution et à empêcher la constitution d’une bureaucratie de fait. » 1 (Extrait de l’Article 2). C’est quoi le contraire de la « bureaucratie », si ce n’est l’invention, la création, la prise en compte des solutions de chacun ? C'est ce qui m'a décidé à entrer dans l'association. Quelques collègues de Psychasoc, en recherche d’un lieu pour loger leur
1  Au moment où je révise ce texte, une nouvelle association s’est constituée,Le Pari de Lacan, à partir de l’expérience de l’APJL, qui a été dissoute. Le rapprochement est donc tombé à l’eau. Ce qui va nous pousser à inventer autre chose.
élaboration sur leur pratique d’analyste, m’y ont encouragé. Psychasoc n’est pas en soi une école ni une association de psychanalyse, mais un espace de transmission et de formation en direction des professionnels du champ social et médico-social, qui s’éclaire de la psychanalyse et ceci en dehors de toute distinction d’affiliation à telle ou telle association. En reprenant le texte de Freud sur « Psychologie collective et analyse du moi », on voit bien que tout collectif se moule sur un point d'idéal, incarné par un chef ou une idée forte. Ce pour quoi ses membres s'aiment et se désignent comme « frères ». C'est vrai autant pour Daech que pour une association de psy. Mais ce qui est juste effleuré dans le texte de Freud, c'est qu'il y a un envers à ce montage, un cône obscur à cette part lumineuse. Si l'amour colle ensemble les membres du même collectif, c'est parce que la haine a été rejetée dans l'ombre. La haine de l'autre, du tout autre, du dissemblable. Cela me pousse à penser la fabrication des collectifs à partir de la haine et 2 de son traitement possible. C'est me semble-t-il la question la plus difficile qu’affronte tout groupement humain. Soit cette part de haine est rejetée vers l'extérieur, et l'amour des uns prend corps sur la haine des autres, soit elle est traitée et apprivoisée de l'intérieur. C'est nettement plus coton, cette deuxième option. La pente facile et savonneuse va pousser à extérioriser celle ou celui qui en porte les stigmates. Le faire taire, le ridiculiser, l'exclure, etc. Comment traiter la haine, articulée à une forme d’envie qui projette chez autrui une jouissance à soi interdite ? C’est comme cela qu’un certain discours politique peut proclamer que d’aucuns de nos concitoyens ont des odeurs particulières, disons-le, antirépublicaines, et que d’autres élèvent des chèvres dans leur salle de
2  Voir Daniel Sibony,Le groupe inconscient : le lien et la peur, Christian Bourgois, 1992.
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bain… Il en va de même dans certains groupes de psychanalystes où la haine du différent fait florès et soude le comme-un. Saint Augustin dans sesConfessions emploie le terme d’invidiapour désigner l’origine de ce processus haineux. In-videre, signifie proprement : voir dans autrui les signes imaginaires d’une jouissance qui nous est refusée. C’est l’envers de la castration qui profile un point de réel. Jalousie, « jalouissance » précise Lacan, certes, mais aussi, précise mon Gaffiot à propos de l’invidia, malveillance, hostilité, haine, puis envie. Comment alors dans un groupe humain prendre en compte le traitement de la haine, sans la rejeter à l’extérieur et sans en charger l’un de ses membres comme bouc émissaire ? C’est une question autant subjective que collective. L'aboutissement du texte 3 de Lacan sur « Le temps logique... » , dans le moment de conclure, fort d'une certitude anticipée, témoigne de ce mouvement dialectique de précipitation, ensemble et différent pour chacun. Mettre en marge un des prisonniers, c'est se priver d'une issue possible, autrement dit d’un possible traitement du réel par le symbolique. Une lectrice du Forum de l’APJL m’a fait cadeau d’un joli mot que je ne connaissais pas : «la talvera», issu de la langue occitane. Mes origines sont plutôt bretonnes. Et j'ai découvert ceci : il s’agit de la « Bordure du champ, non labourée pour créer une marge de manœuvre, mais faisant l’objet de multiples usages par les paysans, latalveraest un vieux mot occitan qui, pris au pied de la lettre, sert d’analyseur pour penser les inventions dissensuelles du travail des champs et du rapport des chercheurs ou praticiens à leurs terrains. » Belle
3  Jacques Lacan, « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée »,Écrits, Seuil, 1966.
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