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Construire son identité culturelle

De
232 pages
Comment la personne peut-elle construire son identité - tout particulièrement culturelle ? Cet ouvrage révèle des situations au cours desquelles la personne par ses mots, ses témoignages d'histoires de vie, fait apparaître des pratiques culturelles. L'analyse de ces dernières révèle le lien qui existe entre valeurs et pratiques culturelles.
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Construire Sous la direction de Louis Basco
son identité culturelle
L’approche humaniste nous offre un intérêt centré sur la personne.
Nous comprenons ce qu’elle peut ÊTRE au quotidien de sa vie personnelle
ou professionnelle.
Comment la personne peut-elle construire son identité – tout
particulièrement culturelle ? Construire
Les valeurs et spécifi quement les valeurs culturelles sont un élément
essentiel de Soi et vont permettre l’engagement de la personne dans
des conduites et des pratiques. L’adhésion du sujet au groupe social son identité culturelle
au sein duquel il évolue est alors possible.
Cet ouvrage relève des situations au cours desquelles la personne par
ses mots, ses témoignages d’histoires de vie, fait apparaître des pratiques
culturelles. L’analyse de ces dernières révèle le lien qui existe entre valeurs
et pratiques culturelles.
Louis Basco est enseignant à l’Université d’Avignon et des
Pays de Vaucluse. Chercheur au sein de l’Équipe Culture
et Communication de l’Unité Mixte de Recherche Norbert
Elias. Ses travaux sont engagés sur la construction et
l’accompagnement de la personne. Il est coordonnateur
de projets internationaux ayant pour fi nalité la mise en
place d’une part d’un référentiel d’indicateurs de la construction de la
personne étudiante et d’autre part d’une démarche d’accompagnement tout
spécialement destinée aux personnes en di culté.
Collection « Logiques Sociales »
dirigée par Bruno Péquignot
Préface d’Emmanuel Ethis
En couverture : aquarelle de Julien Matois.
ISBN : 978-2-343-02863-7
23 € L O G I Q U ES S O C I A L ES
Série Études Culturelles
Sous la direction de
Construire son identité culturelle
Louis Basco








Construire
son identité culturelleCollection Logiques Sociales

Série : Études Culturelles
Dirigée par Bruno Péquignot

Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie
sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des
recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme
sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglo-saxon utilise
pour les désigner l’expression cultural studies. Cette série publie des
recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des
chercheurs dans l’esprit général de la collection.

eJean-Louis FAVRE, Une histoire populaire du 13
arrondissement de Paris. « Mieux vivre ensemble », 2013.
Marisol FACUSE, Le monde de la compagnie Jolie Môme. Pour
une sociologie du théâtre militant, 2013.
Ji Eun Min, La réception de la comédie musicale de langue
française en Corée. Echanges culturels dans une économie
mondialisée, 2013.
Nadine BOUDOU, Les imaginaires cinématographiques de la
menace. Émergence du héros postmoderne, 2013.
Laetitia SIBAUD, Les musiciens de variété à l’épreuve de
l’intermittence. Des précarités maitrisées ?, 2013.
Christian APPRILL, Aurélien DJAKOUANE et Maud
NICOLASDANIEL, L’enseignement des danses non réglementées en
France. Le cas des danses du monde et des danses traditionnelles,
2013.
Christiana CONSTANTOPOULOU, Barbaries contemporaines,
2012.
Barbara LEBRUN (éd.), Chanson et performance. Mise en scène
du corps dans la chanson française et francophone, 2012.
Isabelle PAPIEAU, Du culte du héros à la peoplemania, 2012.
Frédéric GIMELLO-MESPLOMB, L’invention d’un genre : le
cinéma fantastique français, 2012. Les cinéastes français à
l’épreuve du genre fantastique, 2012.
Raphaële VANÇON, Musicien amateur ou professionnel ? La
construction identitaire musicienne, 2011.
Yves RAIBAUD, Géographie socioculturelle, 2011.
Françoise CARECCHIO, La culture des jeux. Une poétique
enfantine, 2010.
Steve GADET, La Culture hip hop dans tous ses états, 2010. Sous la direction de
Louis BASCO





Construire
son identité culturelle


*


Préface d’Emmanuel Ethis
















L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02863-7
EAN : 9782343028637 Sommaire
Présentation des auteurs .......................................................................................... 9

Préface
Students Graffiti ..................................................................................................... 13

Introduction
Vers une psychologie de la personne, de l’Être... ................................................. 17


PREMIERE PARTIE
VALEURS ET PRATIQUES CULTURELLES DE L’ETUDIANT

Chapitre 1
Être étudiant : de l’apprentissage des pratiques culturelles à l’université
à la construction de la personne étudiante .......................................................... 29

Chapitre 2
Représentations des valeurs culturelles et pratiques culturelles
des étudiants européens .......................................................................................... 45

Chapitre 3
Prendre son autonomie cinéphilique… Les pratiques cinématographiques
des étudiants ............................................................................................................ 71

Chapitre 4
Considérations sur l’étudiant polonais en philologie française
en tant que lecteur .................................................................................................. 85

Chapitre 5
De l’adaptation et de l’accueil des étudiants étrangers en Arménie
De l’intégration au développement personnel ...................................................... 95

Chapitre 6
Les étudiants étrangers et la culture/civilisation française
à l’Université nationale d’Athènes-Capodistrienne .......................................... 107

Chapitre 7
Entre valeurs et pratiques culturelles : le silence de l’étudiant ........................ 125
7 DEUXIEME PARTIE
ÊTRE...
AVEC SES VALEURS ET PRATIQUES CULTURELLES

Chapitre 8
Naître et être avec une double culture
Nàisser e èsser amb una dobla cultura ............................................................... 141

Chapitre 9
Pratiques culturelles et perspectives éducatives
dans l’Europe des ruralités .................................................................................. 155

Chapitre 10
Valeurs et pratiques culturelles : convergences ou conflits ?
De la langue (et culture) d’origine à la (langue) culture cible ........................... 165

Chapitre 11
Identités et pratiques culturelles
dans un projet d’éducation communautaire ...................................................... 181

Chapitre 12
Famille et Internet : perspectives d’une recherche ............................................ 203

Conclusion ............................................................................................................. 211

Bibliographie ......................................................................................................... 213
8 Présentation des auteurs
Ethis Emmanuel
Professeur département Sciences de l’information et de la
communication Chercheur Centre Norbert Elias (UMR 8562) - Equipe
Culture & Communication, UFR-ip Sciences Humaines et Sociales
Président de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
Basco Louis (dir.)
Docteur en Sciences de l’Éducation.
Enseignant département Sciences de l’information et de la
communication
Chercheur Centre Norbert Elias (UMR 8562) - Equipe Culture &
Communication, UFR-ip Sciences Humaines et Sociales, Université
d’Avignon et des pays de Vaucluse
Président de l’Association pour la recherche sur la personne (ARP).
Malinas Damien
Maître de conférences département Sciences de l’information et de la
communication Chercheur Centre Norbert Elias (UMR 8562) - Equipe
Culture & Communication, UFR-ip Sciences Humaines et Sociales,
Université d’Avignon et des pays de Vaucluse, autour de l’axe Publics
de la Culture - cinémas, festivals, événements
Chargé de Mission Culture et Associations Culturelles de l’Université
d’Avignon et des Pays de Vaucluse
Vice-président « cultures, campus et communication »
Cote Fabienne
Chargée de cours en psychologie à l’Université d’Avignon et des Pays
de Vaucluse (France).
Chercheure Équipe Culture et Communication de l’Université
d’Avignon (Centre Norbert Élias).
Blancon Rémi
Professeur d’Université.
Université d’Avignon et des pays de Vaucluse
9 Apostolou Irini
Professeur assistante
Département de Langue et de Littérature françaises
Université nationale d’Athènes-Capodistriakon

Tsamparli Anastasia
Psychologue clinicienne. Professeur en Psychologie clinique –
Université d’Egée (Grèce).
Laboratoire de psychologie clinique

Zaremba Jean-Luc
Docteur en Sciences de l’Éducation.
Chargé de cours à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
(France).

Oszetzky Éva
Maître de conférences habilité.
Directrice du Département d’études françaises et francophones –
Université de Pécs (Hongrie).

Chrobak Marzena
Docteur ès lettres.
Enseignant-Chercheure à l’Institut de Philologie romane – Université
Jagellonne, Cracovie (Pologne).

Freire Isabel
Professeur - Equipe de recherche Education et interculturalité
Université de Lisbonne, Institut d’Education

Caetano Ana Paula e Education et interculturalité
Université de Lisbonne Institut d’Education

Avanesyan Hrant
Dr., Prof. General Psychology - Université de Yerevan
Directeur du Laboratoire de Psychologie Expérimentale

10 Pourquier-Jacquin Stéphanie
Doctorante contractuelle en Sciences de l’Information et de la
Communication, Centre Norbert Elias (UMR 8562) – Équipe Culture
et Communication de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
11 Préface
Students Graffiti
Emmanuel Ethis
En collaboration avec Raphaël Roth
Chaque année, dans la plupart des universités françaises, les
semaines de vacances estivales sont consacrées à la remise en état et à
l’entretien de nos établissements éreintés par une année d’assiduités
estudiantines. À l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse,
parmi les tâches rituelles de réparation qu’il devient chaque fois plus
difficile d’exécuter, il y a le ponçage du bois des tables des
amphithéâtres. Apparent paradoxe à l’heure où près de 85% des
étudiants prennent leurs notes de cours sur ordinateur ou tablette, le
mystère des graffitis étudiants persiste car ces derniers sont tout aussi
nombreux d’une année sur l’autre obligeant à enlever chaque fois un
millimètre d’épaisseur de table pour rattraper la profondeur de ces
gravures énigmatiques. À quoi tient ce désir de marquer ainsi son
territoire ? Puisque c’est bien de cela dont il s’agit : laisser une trace
destinée à celle ou celui – imaginaire – qui sera assis à la même place
que vous l’heure suivante, retrouver son emplacement lorsqu’on
reprendra place dans le même amphi, réactiver sur un espace de bois
disponible l’inscription d’une blague, d’une insulte, d’un dessin
approximatif, d’une déclaration d’amour que l’on espère inscrite dans
la longue durée à l’image de ces cœurs déposés avec initiales sur
l’écorce d’arbres supposés immortels ou des vœux inscrits aux
crayons indélébiles sur les murs du Palais des papes par ces soldats
qui, au siècle dernier, allaient partir en guerre sans trop savoir s’ils
allaient revenir un jour.
L’un des actes les plus communs de dégradation d’un bien public –
les tables des amphis – que nos graveurs occasionnels seraient
incapables de justifier rationnellement serait-il en réalité une manière
d’être au monde en se rattachant par là même à une tradition anodine
d’écritures ordinaires ? L’analyse anthropologique qui reste à réaliser
13 sur les graffitis étudiants ne démentirait pas la thèse soutenue par
1Daniel Fabre selon laquelle ces écritures véhiculent une dimension
affective en direction des proches ou de ceux qui occuperont votre
place dans le futur. Prises au sérieux, on pourrait même concevoir
combien ces écritures-là enrichissent un patrimoine affectif
estudiantin et universitaire où s’expriment, dans une certaine mesure
des valeurs à commencer par celle de la transgression qui conduit à
écrire sur une table en la dégradant. Une autre transgression exprimée
là tient aussi à la façon dont on porte à la connaissance de tous une
marque qui relève de l’intimité, une marque que l’on abandonne sur la
table alors même que l’on remporte avec soi cahiers et ordinateurs
portables.
Des valeurs aux formes de la pratique culturelle, l’ouvrage dirigé
par Louis Basco, va lui aussi tenter de prendre en considération la
compréhension d’actes singuliers – parfois transgressifs, parfois
conformistes – qui sont autant de supports sur lesquels prennent forme
les identités personnelles des étudiants qui sont les sujets
d’observation principaux de la somme rassemblée ici. On va y
découvrir ainsi comment nos étudiants vont mettre à l’épreuve durant
leurs années universitaires plus qu’à aucun autre moment de leur vie
leur étrange capacité – citons Georg Simmel – de se passionner pour
des choses que ne concernent en rien leurs intérêts premiers. Et, s’il
arrive du neuf, de l’innovation, de la nouveauté dans ce que nous
vivons, c’est précisément parce qu’ils intéressent et qu’ils vont avoir
avec les êtres et les choses à construire, à un moment ou un autre, un
rapport susceptible de dépasser véritablement, sans qu’ils sachent
exactement pourquoi, le socle de ce qui devrait initialement constituer
leurs intérêts. L’université est un lieu privilégié pour s’ouvrir à ce que
sont ces intérêts désintéressés. Mieux, c’est souvent un endroit où les
étudiants prennent conscience qu’il n’est pas tout à fait anormal que
certaines idées viennent soudainement changer leur manière de voir
ou de penser. Car c’est bien ainsi que les choses arrivent dans nos
têtes : nous avons tous fait un jour l’expérience d’une idée étrangère
(au sens de corps étranger) qui nous saisit sans qu’on s’y attende et
qui est capable de bouleverser la routine de tout notre système de
pensée ; plus encore, on a souvent conscience de l’effort que nous
devons faire pour accepter cette idée étrangère, pour la faire nôtre au
1 D. Fabre (Dir.), Ecritures ordinaires, Editions POL, Paris, 1993.
14 point de recomposer l’ensemble de nos certitudes. On peut prendre
goût à cela ou pas du tout, mais l’on sait parfaitement que prendre
goût à cela risque définitivement de nous rendre plus ouverts, plus
perméables à notre environnement, qu’il soit proche ou lointain.
Comme le rappelle l’historien Paul Veyne : « le rapport de l’homme
aux choses ne s’explique pas seulement à partir de ce qu’il y a à
l’intérieur de l’homme. Sinon l’altruisme serait de l’égoïsme, puisque
l’altruisme se « plaît » à « n’être pas égoïste »…C’est aussi et
précisément là que commencent notre intérêt pour l’autre, et plus
fortement encore les formes de la pensée les plus généreuses que nous
appelons « culture(s) ».
Mais ne nous y trompons pas, notre besoin et notre nécessité de
culture ou de création commencent toujours par un tourment ; ainsi,
est-ce bien d’un tourment qu’est née la volonté d’écrire de Stendhal,
un tourment subsumé dans une question initiale et déterminante :
« comment me serais-je comporté à l’une de ces batailles de Napoléon
où je ne me suis jamais trouvé ? »

Les étudiants que l’on entraperçoit dans le présent ouvrage ne sont
eux pas sans rappeler Rusty Cartwright, étudiant de première année de
la série campus Greek, qui exprime avec justesse combien la vie
universitaire ne va donc pas se limiter pas à rechercher et à vivre le
meilleur enseignement possible. Entre le lycée et la vie
professionnelle, le passage par l’université relève d’une expérience
unique qui n’est pas de tout repos car il s’agit pour tout un chacun de
s’exercer et surtout de réussir à trouver sa place dans un espace
propice aux tourments : « J’ai passé toute la nuit dernière à essayer
d’apprendre par cœur cinq chapitres très pointus de physique. J’ai mis
le paquet, je t’assure, j’ai donné le maximum et je vais me planter et
tu sais le pire là-dedans, les examens sont truqués ; assistants achetés,
questions connues d’avance, amphétamines, on n’est pas là pour
étudier, on passe quatre ans à apprendre comment on peut faire pour
contourner le système… En principe, on est dans un bastion dédié à
l’enseignement, un endroit protégé à l’écart de la société qui est censé
t’inspirer, pas te décourager, un lieu où les enseignants enseignent et
les étudiants étudient… Tout est relatif, donc il faudra que je décide ce
qui est bien pour moi ».
Ne nous y trompons pas, ce sont ces tourments façonnés à l’aune
de nos valeurs qui vont être les tamis de ce que l’on choisit de garder
et d’emporter avec soi et de ce qu’on choisit de laisser derrière soi
15 lorsqu’on devient adultes, alors que l’on s’émancipe à l’image de ces
adolescents que dépeint Georges Lucas dans American Graffiti. Ce
2film de campus allégorique nous présente des jeunes au volant de
leurs propres voitures qui, à la veille de quitter leur petite ville de
province pour l’université, passent leurs nuits à parader dans ces
« grosses américaines » en écoutant du Rock’n Roll. Ces
adolescentslà sont conscients qu’ils vont laisser leur jeunesse derrière eux et que
pour la plupart, ils ne se reverront plus. Leurs derniers tours de piste et
de drague dans les rues de leur ville ressemblent bien à une allégorie
d’un parcours où une dernière fois, ils vérifient qu’ils n’apprendront
plus rien sur eux- mêmes dans ces rues qui les ont vu grandir. Ils n’ont
pas encore trouvé leur identité de femmes et d’hommes, mais ils
savent que les études qui arrivent ont de grandes chances – s’ils les
réussissent – de les aider à inventer le rôle social dans lequel ils
devront s’accomplir, ce qu’un des héros du film, Curt Henderson,
appellera « le destin » lorsque, quelques années plus tard, il sera
devenu un écrivain célèbre.
2 American Graffiti : film américain de George Lucas, sorti en janvier 1973.
16 Introduction
Vers une psychologie de la personne, de l’Être...
Louis Basco
Le développement réel de chaque personne s’organise de façon
singulière, unique, utilisant les énergies nécessaires à la réalisation de
ses visées individuelles. Il est davantage déterminé de l’intérieur que
de l’extérieur.
L’Homme est considéré comme une totalité, non achevé, toujours
en évolution et dont le passé explique le présent. Chaque être humain
est apprécié dans sa singularité. Il est unique et engagé dans un
contexte dynamique : toujours en conflit positif avec les autres, le
monde et lui-même. C’est ainsi qu’un bon fonctionnement psychique
peut s’affirmer.
L’approche clinique que l’on peut avoir du sujet humain, de l’être,
à partir de situations de la vie, s’intéresse d’abord à des cas
individuels qui ne sont jamais rigoureusement comparables ; ses
interprétations se réfèrent à un ensemble synchronique et diachronique
de conduites.
Juliette Favez-Boutonier affirme que l’objet du psychologue
clinicien est « l’être humain en tant qu’il existe et se sent exister
comme un être unique, ayant son histoire personnelle, vivant dans une
3situation qui ne peut être totalement assimilée à aucune autre ».
L’idée de personne présente l’être humain comme un individu en
relation et permet d’édifier un humanisme capable de conjuguer
singularité et communauté. Lorsqu’aujourd’hui nous parlons de
« personne », nous indiquons en effet l’être humain avec l’intention
d’en souligner l’épaisseur psychologique et spirituelle.
Une psychologie de la « réalisation de soi » met en valeur les
aspects les plus positifs de l’expérience vitale et particulièrement dans
ces moments privilégiés où l’être est porté à la pointe de lui-même,
qu’ils soient en référence au religieux, à l’esthétique, à l’intellectuel

3 J. Favez-Boutonier, Questions de psychologie générale, Centre de Documentation
universitaire, 1966, 234 p.
17 ou à l’affectif. Moments qu’Abraham H. Maslow appelle
4« expériences paroxystiques ». Cette psychologie dynamique
proposée permet de surmonter la stérilisante antinomie des contraires.
Ses effets peuvent être bénéfiques sur le plan individuel, puisqu’elle
préconise et facilite l’ouverture de l’être.
Être... c’est affirmer « je suis » au travers de sa réalité et, tout
particulièrement, de ses valeurs.
Les valeurs sont un élément fort du « Soi réel » de la personne.
L’intérêt que le concept de valeurs suscite est très ancien puisque
son origine remonte à la Grèce antique, avec les écrits de Platon sur le
fondement des gouvernements et la responsabilité des citoyens.
Nous relevons plusieurs définitions données au concept de valeur :
« Ce que les hommes apprécient, estiment, désirent obtenir,
5recommandent, voire proposent comme idéal »
« Adhésion des individus à des objectifs permettant de satisfaire
des intérêts appartenant à des domaines motivationnels et ayant une
6importance plus ou moins grande dans la vie de tous les jours »
Les valeurs sont les convictions que la personne considère comme
particulièrement importantes pour elle, celles qui constituent ses
repères essentiels, qui lui servent pour effectuer ses choix les plus
cruciaux et orientent donc pour une large part ses actions et son
comportement. Pour expliquer les motivations de base qui
soustendent ses attitudes et ses comportements, la personne va
consciemment ou non mettre en évidence ses valeurs.
Les valeurs peuvent avoir des relations entre elles : défendre
certaines valeurs implique d’en rejeter d’autres, défendre certaines
valeurs implique d’en défendre d’autres. Elles sont souvent relatives :
dans l’absolu, il n’existe pas de valeurs préférables à d’autres, mais
aussi une même valeur peut être affirmée par les uns ou rejetée par les
autres (notion de « contre-valeur »).
Elles sont les éléments les plus stables de la personnalité, de la
personne : c’est le moteur qui fait agir et permet d’avoir confiance en
soi.
Les valeurs sont un concept central dans la vie personnelle de
chaque sujet humain.
4 A. H. Maslow, Vers une psychologie de l'Être, Fayard, coll. "L'expérience
psychique", 1972, IX-267 p.
5 R. Rezsohazy, Sociologie des valeurs, Armand Colin, 2006.
6 S. H. Schwartz, W. Bilsky, « Toward a psychological structure of human values »,
Journal of personality and social psychology, 53, 3, 1987, pp. 550-562.
18 Les valeurs qui nous intéressent plus particulièrement dans la
construction de la personne ont les caractéristiques suivantes : elles
expriment individuellement des besoins sous-jacents et influencent les
traits de personnalité. Lorsque les valeurs sont susceptibles de
changer, la personnalité peut s’en trouver modifiée.
7Pour de nombreux auteurs, elles sont fondamentales pour
expliquer l’organisation et le changement, au niveau de la société
comme à celui des personnes. Elles jouent un rôle important au niveau
de la psychologie de la personne. Elles sont plus ou moins
structurantes du comportement. Les attitudes résultent en partie des
valeurs de la personne.
On peut définir quatre dimensions dans le concept de valeur :
- L’objet de la valeur, c’est-à-dire ce qui est valorisé ou déprécié ;
par exemple : la nation, la famille, le travail, la religion, la fidélité,
l’instruction, etc. Tout élément de la réalité de la personne peut avoir
un aspect valeur dans la mesure où cet élément est estimé ou refusé
consciemment ou inconsciemment.
- La valence de la valeur ; par exemple : bonne ou mauvaise, utile
ou inutile, etc. La personne va émettre un jugement.
- Le caractère plus ou moins normatif de la valeur ; par exemple :
être patriote, être fidèle, etc.
La personne suit alors des conduites, prescrit des lignes d’action,
des comportements, des engagements. La valeur fonde la norme et la
norme oriente les actes.
Les valeurs sont à l’origine des lois, des règles, des conventions et
des coutumes qui régissent les groupes et les relations entre les
individus qui les composent.
- Les porteurs de la valeur sont des acteurs individuels (parents, par
exemple) ou collectifs (parti politique, par exemple), groupes sociaux
(commerçants, jeunes, etc.).
L’individu qui prend conscience de ses valeurs peut prendre la
place dont il a besoin sur le chemin de sa vie, et développer une
confiance en soi. Il est une personne. Ses valeurs génèrent ses
attitudes et orientent ses comportements. La compréhension des
manifestations comportementales ne peut se réaliser sans se référer
aux valeurs de la personne.

7 H. Mendras, J. Etienne, Les grands auteurs de la sociologie : Tocqueville, Marx,
Durkheim, Weber, Hatier, 1993, 196 p.
19 Les valeurs révélées par la personne, tout particulièrement au cours
d’un accompagnement qui peut lui être proposé, sont de plusieurs
types.
Dans son discours, les valeurs centrales placent la personne au sein
d’une population donnée où des valeurs spécifiques apparaissent,
propres à sa classe sociale, à sa génération, etc. L’affirmation de
choix, l’orientation que la personne donne à sa vie prennent tout leur
sens par rapport aux valeurs structurantes liées aux valeurs finales qui
visent des buts recherchés et aux valeurs instrumentales nécessaires
pour les atteindre.
Les valeurs sont liées les unes aux autres mais sont indépendantes
et forment un système.
La question des valeurs et spécifiquement celle des valeurs
culturelles est à la fois très vaste et très complexe. On désigne par
valeurs culturelles « les relations symboliques qui assurent la cohésion
d’une société donnée ou d’un groupe, maintiennent et renforcent le
sentiment d’appartenance de ses membres, perpétuent la richesse de
son patrimoine social-spirituel, assurant à sa vie la plénitude, et
8donnent sens aux existences individuelles » .
Selon M. Makagiansar, les valeurs, et par extension les valeurs
culturelles, sont un ensemble de signes et de symboles par lesquels
s’exprime un système commun d’orientations et de comportements...
Ainsi conçues, les valeurs servent aussi bien à intégrer qu’à guider et à
9canaliser les activités organisées des membres d’une société .
C. Kluckhohn voit dans les valeurs culturelles des « symboles
affectifs ou cognitifs dans la mesure où, formellement, elles traduisent
une conception du désirable qui influence les modes, les moyens et les
10fins de l’action » .
S’interroger sur le rôle des valeurs culturelles dans notre société
contemporaine, c’est poser le problème de la structure du
développement culturel et de son rapport avec le processus du ent individuel de la personne.
La notion d’un développement personnel en lien avec les valeurs
culturelles procède de la prise de conscience de la personne et de sa
8 Thesaurus international du développement culturel, Paris, Unesco, 1980, p. 19
9 M. Makagiansar, « Préservation et épanouissement des valeurs culturelles », in
Cultures, vol. VI, n°1, Les Presses de l'Unesco, 1979.
10 C. Kluckhohn, « Values and value - orientation in the theory of action... », in
Toward a general theory of Action, Parsons and Shils, Ed. Cambridge Mass :
Harvard University Press, 1962.
20 réalité. Ainsi nous pouvons considérer l’intégration de la culture et de
l’histoire de la personne dans son développement global.
Le bénéfice du développement personnel doit être celui de
l’Homme dans toutes ses dimensions. Le développement doit donc
viser à la promotion de 1’être humain total dans son insertion sociale
et dans son épanouissement individuel, tant sur le plan spirituel que
moral. Loin d’asservir les hommes à une discipline extérieure ou de
les aliéner par la séduction des modèles de vie qui leur sont étrangers,
il doit contribuer à les émanciper, leur permettre de rechercher
euxmêmes leurs voies, assurer leur dignité d’êtres libres et responsables.
Être c’est vivre... c’est agir...
Rousseau affirme, à propos de l’éducation qu’il entend donner à
Émile : « Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de
mes mains, il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre :
il sera premièrement homme ». Et il conclut : « Il s’agit moins de
l’empêcher de mourir que de le faire vivre. Vivre, ce n’est pas
11respirer, c’est agir » .
Agir, c’est engager sa personne. Être, c’est donc cet engagement de
la personne dans le cadre social dans lequel elle vit. Le « Soi social »
de la personne se construit au travers des pratiques qu’elle met en
œuvre et, tout particulièrement, des pratiques culturelles. Elles sont un
élément du « Soi social » de la personne. Elles sont traversées par des
courants contradictoires : uniformisation, fragmentation,
démocratisation dans l’accès au contenu, tout en produisant de la
distinction et de la singularité dans les structures sociales. Les
pratiques culturelles constituent des éléments structurants de
différenciation sociale. Ces pratiques sont constituées des activités de
consommation ou de participation liées à la vie intellectuelle et
artistique, dans la mesure où elles participent à la définition des styles
de vie. Appartiennent aux pratiques culturelles la fréquentation des
équipements culturels tels que le cinéma ou le théâtre, mais aussi
l’usage de médias de télédiffusion ou de diffusion à la demande, sans
oublier la lecture et les pratiques amateurs artistiques ou de
semiloisir. Les habitus de vie avec leurs codes, leurs règles sont également
à considérer.
L’homme d’aujourd’hui aspire à assurer l’enrichissement et le
progrès des valeurs vivantes en lui par la libre activité créatrice. Être

11 J.-J. Rousseau, Émile, ou de l’éducation [1762], Oeuvres complètes, tome IV,
Paris, Gallimard, 1969, p. 88-89.
21 créateur c’est être acteur et en premier lieu acteur de sa vie. Chaque
homme, en quelque sorte, est un créateur et il est possible de le
reconnaître comme tel. Il s’agit de rendre à tous, à chaque personne, la
conscience de ses aptitudes et ainsi les possibilités de participer à la
création, de trouver une place dans la société, d’engager le passage de
l’homme intérieur à l’homme social.
Les pratiques culturelles permettent ce passage. Elles doivent être
appréciées comme un système symbolique et narratif interne à la
personne, mais aussi complexe car il est en mis en relation au social
qui transpose l’identité d’une personne dans une matrice de sens
partagés, en évolution.
Elles placent les personnes en contexte (dans une communauté de
semblables) au centre de la culture, de la recherche, mais aussi de la
12pratique clinique.
Les pratiques culturelles ne se définissent pas par des « groupes de
personnes » formant une entité statique, mais plutôt par des sens
partagés et des pratiques en contextes.
13La culture est fluide, elle évolue . Comprendre les pratiques
culturelles exige une compréhension unique et personnalisée de
l’expérience vécue et des contextes imbriqués de cette expression
culturelle.
Il est important que la personne donne du sens à ses pratiques
culturelles au delà de leurs formes. La psychologie clinique pratique
reconnaît de plus en plus le rôle du contexte.
Ainsi, lorsque la personne accompagnée par la clinique prend
conscience de ce qui la détermine socialement par ses pratiques
culturelles, elle est favorisée dans son évolution, son cheminement.
Les paroles du sujet engagé dans des pratiques sont souvent
pertinentes. Au moment précis où se déclenche la réalité du contexte
social et de la relation que la personne a avec lui, elle fait apparaître
par les mots l’agression subie qui la déchoie, l’exclut, l’isole et la
dénie. La réalité institutionnelle peut apparaître et être comprise,
analysée.
C’est de cette analyse qu’advient la conscience de ce qui détermine
l’acte engagé dans les pratiques culturelles. L’accompagnement

12 McGuire, A perspectivist looks at contextualism and the future of behavioral
science, in M. G. R. Rosnow (Ed.), Contextualism adn, 1986.
R. Shweder, Thinking through culture: Cultural expeditions, Cambridge Mass :
Harvard University Press
13 C. Geertz, The Interpretation of Cultures, 1977, 480 p.
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